A propos de Gilad Atzmon


samedi 12 novembre 2011 – 06h:24

Excellent article de Jean Bricmont


« Un des fondateurs de l’International Solidarity Movement m’a dit qu’il préférait de beaucoup se battre contre un soldat israélien à un barrage routier que de se battre contre nos détracteurs juifs ’anti’-sionistes. Je n’aurais pas pu être plus d’accord. »
Gilad Atzmon, interview avec Silvia Cattori.

Gilad Atzmon, musicien d’origine israélienne vivant en Angleterre, est sans doute une des personnes les plus controversées au monde. Son nouveau livre, The Wandering Who ?, est une réflexion critique sur l’identité juive (1). Ce livre se vend apparemment comme des petits pains et a reçu le soutien d’une liste impressionnante d’intellectuels , y compris John Mearsheimer, co-auteur avec Stephen Walt du livre Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine et Richard Falk, qui a été deux fois représentant des Nations-Unies pour la Palestine. Par contre, le livre et son auteur sont attaqués, pour antisémitisme évidemment, par un grand nombre de personnalités juives, y compris « pro-palestiniennes ». Un juif israélien, exilé volontaire, qui est accusé d’antisémitisme par des juifs pro-palestiniens, le sujet vaut peut-être qu’on s’y arrête.

Il est très facile de « démontrer » l’antisémitisme d’Atzmon : celui-ci explique fréquemment, y compris au début de son livre, qu’il distingue trois sens du mot « juif » : les gens d’origine juive, avec lesquelles il n’a aucune querelle, les gens de religion juive, avec lesquelles il n’a également aucune querelle et ceux qu’il appelle de la troisième catégorie, c’est-à-dire ceux qui, sans être particulièrement religieux, mettent constamment en avant leur « identité » juive et la font passer avant et au-dessus de leur simple appartenance au genre humain. Il suffit alors d’interpréter dans le premier sens (les gens d’origine juive) le mot « juif » chez Atzmon, alors qu’il est utilisé dans le troisième sens, dans un discours dont le style est souvent extrêmement polémique, pour « démontrer » son antisémitisme.

Est-il légitime de critiquer les juifs au sens de la troisième catégorie ? Tout d’abord, je dois souligner que, pour moi, les gens ont parfaitement le droit de se « sentir » appartenir à un groupe dont ils sont fiers, ou dont ils pensent qu’il apporte quelque chose d’important à leur image d’eux-mêmes, qu’il s’agisse des juifs, des bretons, des français, des catholiques, des noirs, des musulmans etc. Comme toutes ces identités sont liées aux hasards de la naissance, ces sentiments de fierté me semblent complètement irrationnels, mais qui penserait forcer les êtres humains à être rationnels ? Par ailleurs, je n’ai personnellement aucun intérêt pour les discours sur les « identités » et les « cultures », qui sont en général très peu scientifiques, mais je ne souhaite pas empêcher d’autres de s’y intéresser.

Le problème se pose quand ces identités acquièrent une signification politique, exactement comme lorsque les religions acquièrent un tel statut. Aujourd’hui, on appelle cela la politique de l’identité ; dans le temps, on appelait cela le nationalisme. Quand une communauté, groupée autour de son « identité », revendique certains droits, ou compensations, ou privilèges, il doit être permis à d’autres, ne partageant pas l’identité en question, de critiquer ces revendications (étant Belge, je suis malheureusement habitué à ce genre de débats). Exactement comme lorsqu’une religion cherche à imposer sa morale au reste de la société.

Mais il doit également être permis à des personnes ayant grandi dans une certaine identité ou religion de rompre avec elle, de se révolter contre elle, et d’en faire la critique d’une certaine façon « de l’intérieur ». Il ne manque pas de gens d’origine catholique, musulmane, française, allemande etc. qui deviennent hyper-critiques à l’égard de leur culture d’origine ; en général, on les considère comme des libre-penseurs. Mais pas quand ils sont d’origine juive comme Atzmon. Celui-ci est certes obsédé par l’identité juive et par la critique de celle-ci ; il est souvent excessif, provocateur, irritant même. Mais au nom de quoi un juif ne pourrait-il pas être hyper-critique de sa culture d’origine, et ne pourrait-il pas être excessif, provocateur, irritant ? Je sais, par expérience personnelle, que Atzmon est loin d’être le seul dans son genre, même s’il est un des rares à l’être publiquement. N’est-ce pas une forme subtile d’antisémitisme que de refuser à un juif le droit d’être un révolté par rapport à ses origines, alors que ce type de révolte est admis et même respecté lorsqu’il s’agit d’autres origines ? Un juif n’a-t-il pas droit aux excès de langage que l’on admire chez Sade ou Nietzsche ?   Mais il est probable que ceux qui attaquent Atzmon n’espèrent pas l’empêcher de s’exprimer (des juifs progressistes anglais s’y emploient d’ailleurs, sans succès) mais plutôt empêcher les non-juifs de s’intéresser de trop près à ce « sulfureux » personnage, parce que cela risquerait d’engendrer chez eux de mauvaises pensées.

Alors que les Allemands anti-nationalistes ont toujours étés accueillis à bras ouverts en France, que les ex-catholiques ou les ex-musulmans le sont par les laïcs, pour ne pas parler des ex-communistes ou ex-maoïstes devenus thuriféraires des droits de l’homme, du marché libre et des guerres américaines, qui le sont par à peu près tout le monde, il serait imprudent, pour un non-juif, d’avoir la même attitude envers un ex-israélien tel que Atzmon.

Et c’est là que la discussion autour du « cas » Atzmon devient fondamentale. Est-il vraiment raisonnable, ou même légitime de tenter de verrouiller certains débats, celui sur la signification et les conséquences de l’identité juive par exemple, au nom de la « lutte contre l’antisémitisme » ?

Il existe en France des lois interdisant de contester l’existence de faits historiques liés à la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’une telle interdiction n’existe pour aucun autre événement historique. Des gens sont poursuivis pour avoir prôné le boycott d’Israël (mais pas d’autres pays). Les spectacles ou les écrits qui heurtent des sensibilités des uns ou des autres sont multiples, et il est banal d’insulter ce qui est sacré aux yeux des musulmans ou des chrétiens, mais seuls les spectacles de Dieudonné sont régulièrement interdits. Il est risqué de discuter publiquement du lobby pro-israélien. Lors d’une émission de Daniel Mermet consacrée au lobby pro-israélien, John Mearsheimer a déclaré que Tony Judt (historien américain des idées, spécialiste de la France et cible lui-même du lobby pro-israélien aux Etats-Unis, bien que d’origine juive) lui avait dit que la France serait le pays où il lui serait le plus difficile de se faire entendre, ce qu’au départ Mearsheimer ne croyait pas, mais qu’il a pu vérifier par la suite.

Le récent incendie des locaux de Charlie Hebdo a provoqué une réaction absolument unanime en faveur de la liberté d’expression, au moment où ce journal heurte une fois de plus les sentiments des musulmans. Mais y aurait-il eu la même unanimité si Charlie Hebdo avait fait un compte-rendu favorable d’un spectacle de Dieudonné, avait publié des extraits du livre d’Atzmon, ou avait dressé une liste de groupes et d’individus soutenant la politique israélienne en France ?

Il me semble que si on est « démocrate », comme tout le monde prétend l’être, la première chose à faire est d’exiger l’égalité, au moins en principe, entre tous les êtres humains, en tout cas en ce qui concerne l’accès à la parole. Or, pour tout ce qui concerne Israël et les communautés juives, ce n’est pas le cas. Il est par ailleurs impossible de combattre le communautarisme si on ne met pas d’abord tout le monde sur un pied d’égalité en ce qui concerne le droit à l’expression d’idées.

Il ne faut d’ailleurs pas s’étonner que, le climat intellectuel étant ce qu’il est, et toutes les identités, françaises, catholiques, musulmanes, étant régulièrement attaquées, un livre critique de l’identité juive suscite autant d’intérêt que, dans l’Angleterre victorienne, un livre sur l’amour libre.

De plus, avant de demander le droit à l’autodétermination pour les Palestiniens, peuple lointain et relativement inconnu, le mouvement de solidarité avec la Palestine, y compris les progressistes juifs qui en font partie, devraient exiger le droit à l’autodétermination pour le peuple français en ce qui concerne toutes les questions soulevées ci-dessus, autodétermination par rapport aux incessantes pressions dont il est victime de la part des organisations sionistes.

En effet, la société civile française peut faire très peu de choses pour « libérer la Palestine », le conflit étant fondé sur des rapports de force militaires sur lesquels elle n’a aucune prise. Elle pourrait espérer influencer ses propres « élites » politiques, médiatiques et économiques, ce qui pourrait, à terme, avoir un certain effet, mais celles-ci ne bougeront pas tant qu’elles seront terrorisées par les accusations d’antisémitisme manipulées par les organisations sionistes. C’est à ces accusations qu’il faudrait s’attaquer en premier lieu, au lieu d’en lancer de nouvelles, fondées sur une lecture partisane des écrits d’Atzmon.

On me répondra peut-être : mais quid du véritable antisémitisme ? Et les propos d’Atzmon (ou les miens) ne l’encouragent-ils pas ? Bien que je n’aie pas les moyens de mesurer cela objectivement, je suis absolument convaincu (par simple observation) que le véritable antisémitisme (entendu comme hostilité généralisée à l’encontre des personnes d’origine juive) monte, et cela de façon inquiétante. Mais cette montée est due avant tout à l’incroyable arrogance de la politique israélienne, à celle de ses soutiens en France, à leur volonté suicidaire d’imposer au peuple français à la fois une politique dont il ne veut pas et une censure de fait qui le musèle lorsqu’il cherche à protester. La « lutte contre l’antisémitisme », telle qu’elle est menée actuellement, sans doute avec les meilleurs intentions du monde, ne fait que renforcer l’irritation que provoque toute censure et, dans ce cas d’espèce, ne fait que renforcer l’antisémitisme. Lutter réellement contre l’antisémitisme nécessite d’en finir avec la « lutte contre l’antisémitisme » fondée sur l’intimidation et la censure. Les gens qui ne comprennent pas cela devraient réfléchir un peu plus à l’histoire du socialisme réel ou du catholicisme à l’heure de sa gloire.

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* Jean Bricmont est Docteur en Sciences et a travaillé comme chercheur à l’Université Rutgers puis a enseigné à l’Université de Princeton, situées toutes deux dans l’Etat du New Jersey (États-Unis). Il enseigne aujourd’hui la physique théorique en Belgique et est l’auteur de Impérialisme humanitaire : Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?

Note :

(1) Ce livre n’existe qu’en anglais (http://www.amazon.com/Wandering-Who…), mais il existe une interview de lui en français à propos de son livre (http://www.silviacattori.net/articl…).

Du même auteur :

-  L’impérialisme humanitaire et la Palestine (3 vidéos)
-  La Libye face à l’impérialisme humanitaire
-  Libye : la gauche européenne et le retour de l’impérialisme humanitaire
-  Un monde plus juste et la « responsabilité de protéger »
-  Sur le retour du ni-ni, l’islamisme et l’antisémitisme dans les manifestations
-  Entretien avec Jean Bricmont
-  Trois idées simples
-  Pour en finir avec « l’antisémitisme »

9 octobre 2011 – Communiqué par l’auteur

Citations de « Les Damnés de la Terre » (1961)


Le 11 novembre 2011 était le 50ème anniversaire de sa mort. N’hésitez pas à relire « Les Damnés de la terre » et « Peaux noires, masques blancs ». Toujours d’actualité.

 
Citations de « Les Damnés de la Terre » (1961)

jeudi 24 septembre 2009

« Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, aux pullulements, aux grouillements, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. »
- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 45

« Chaque fois qu’il est question de valeurs occidentales, il se produit, chez le colonisé, une sorte de raidissement, de tétanie musculaire. […] Or il se trouve que lorsqu’un colonisé entend un discours sur la culture occidentale, il sort sa machette ou du moins il s’assure qu’elle est à portée de sa main. La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensées des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ces valeurs. »
- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 46

« Pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n’a rien à voir avec la dignité de la personne humaine. Cette personne humaine idéale, il n’en a jamais entendu parler… »

- Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 47-48

« Le colon fait l’histoire. Sa vie est une épopée, une odyssée. Il est le commencement absolu : « Cette terre, c’est nous qui l’avons faites. » Il est la cause continuée : « Si nous partons, tout est perdu, cette terre retournera au Moyen-Age. » En face de lui, des êtres engourdis, travaillés de l’intérieur par les fièvres et les « coutumes ancestrales », constituent un cadre quasi minéral au dynamisme novateur du mercantilisme colonial. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 52-53

« Les nations européennes se vautrent dans l’opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s’est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 94

« Si les conditions de travail ne sont pas modifiées il faudra des siècles pour humaniser ce monde rendu animal par les forces impérialistes. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 98

« Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quitte avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées […]. Pareillement nous disons que les Etats impérialistes commettraient une grave erreur et une justice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse.[…] L’Europe est littéralement la création du tiers monde. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 99

« Politiser les masses, ce n’est pas, ce ne peut pas être faire un discours politique. C’est s’acharner avec rage à faire comprendre aux masses que tout dépend d’elles, que si nous stagnons c »est de leur faute et que si nous avançons c’est aussi de leur faute, qu’il n’y a pas de démiurge, qu’il n’y a pas d’homme illustre responsable de tout, mais que le démiurge c’est le peuple et que les mains magiciennes ne sont en définitive que celles du peuple. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 187

« Au bout d’un ou deux siècles d’exploitation se produit une véritable émaciation du panaroma culturel national. La culture nationale devient un stock d’habitudes motrices, de traditions vestimentaires, d’institutions morcelées. On y décèle peu de mobilité. Il n’y a pas de créativité vraie, pas d’effervescence. Misère du peuple, opression nationale et inhibition de la culture sont une seule et même chose. Après un siècle de domination coloniale, on trouve une culture rigidifiée à l’extrême, sédimentée, minéralisée. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 227

« Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout ou elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 301

« Cette Europe qui jamais ne cessa de parler de l’homme, jamais de proclamer qu’elle n’était inquiète que de l’homme, nous savons aujourd’hui de quelles souffrances l’humanité a payé chacune des victoires de son esprit. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 302

« Dans décolonisation, il y a donc exigence d’une remise en cause intégrale de la question coloniale. Sa définition peut, si on veut la décrire avec précision, tenir dans la phrase bien connue : « les derniers seront les premiers. » La décolonisation est la vérification de cette phrase. C’est pourquoi, sur le plan de la description, toute décolonisation est une réussite. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 40

« La première chose que l’indigène apprend, c’est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites ; c’est pourquoi les rêves de l’indigène sont des rêves musculaires, des rêves d’action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j’éclate de rire, que je franchis le fleuve d’une enjambée, que je suis poursuivi par une meute de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n’arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin. Cette agressivité sédimentée dans ses muscles, le colonisé va d’abord la manifester contre les siens. C’est la période où les nègres se bouffent entre eux et où les policiers, les juges d’instruction ne savent plus où donner de la tête devant l’étonnante criminalité nord-africaine. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 53-54

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. »

- Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 61

Source

Vous pouvez le télécharger gratuitement ici : http://www.4shared.com/get/RlvI7oSJ/Frantz_Fanon_-_Les_damnes_de_l.html

Syrie : quelles options subsistent ?


vendredi 11 novembre 2011 – 16h:44

Abdel Bari Atwan

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L’opposition syrienne, le Conseil national de transition (TNC), a qualifié l’initiative de la Ligue arabe pour arrêter l’effusion de sang en Syrie, de « bouée de sauvetage » dont l’objectif serait de prolonger la vie du régime au pouvoir.

Mais cette évaluation de l’opposition est totalement incorrecte, non pas parce que le régime syrien a fait avorter cette initiative seulement un jour après qu’elle ait été lancée en ne respectant aucune de ses dispositions, mais parce que les Etats arabes qui sont à l’origine de l’initiative ne veulent pas qu’elle réussisse. La première raison étant qu’ils savent d’emblée que la volonté du régime de mettre véritablement en œuvre cette initiative est extrêmement limitée sinon inexistante.

L’administration américaine a ensuite brûlé les cartes des Arabes dès le début, en exhortant les Syriens armés à ne pas répondre au décret du régime syrien stipulant qu’ils seront amnistiés dès qu’ils rendront leurs armes. Le porte-parole du régime a utilisé cette déclaration [américaine] comme preuve d’une intervention flagrante des Etats-Unis dans les affaires intérieures syriennes.

Les Syriens armés n’avaient pas l’intention de remettre leurs armes et, par conséquent, ils n’avaient nul besoin de ce « stupide » conseil venu des États-Unis, en premier lieu parce qu’ils ont pris ces armes contre le régime et ses forces non pas pour les leur rendre mais plutôt pour les épuiser dans une guerre qui finira par conduire à la chute du régime en place.

Hier, le TNC a renouvelé ses appels à la création d’une zone tampon qui sera supervisée et protégée par des Casques bleus. Cette déclaration a été faite après la prise de la région de Homs par des chars syriens et l’utilisation d’une artillerie de gros calibre dans une première répétition du modèle libyen. Cela pourrait creuser le gouffre croissant entre l’opposition interne et l’opposition à l’étranger.

Le véritable test pour la Ligue arabe sera évidemment la réunion du samedi [12 Novembre], qui devrait avoir lieu au niveau des ministres des Affaires étrangères. Après que le régime syrien ait été ouvertement accusé de faire échouer l’initiative arabe, beaucoup de gens attendent des ministres qu’ils prennent des mesures de rétorsion. Les possibilités de ce qui sortira de cette réunion peuvent se résumer dans ce qui suit.

Premièrement : la reconnaissance par certains ou la plupart des Etats [arabes] du Conseil national de transition comme représentant du peuple syrien, suivant l’exemple du conseil national de transition libyen (seule la Libye a reconnu le conseil syrien), ce qui revient à retirer sa légitimité au régime syrien.

Deuxièmement : le soutien à la création de zones d’exclusion aérienne ou de zones régionales ou internationales (zones tampons) protégées pouvant être utilisées comme bases par les forces armées qui sont opposées au régime et qui ont fait défection de l’armée, pour lancer des attaques et tenter de saper la sécurité et la stabilité du régime.

Troisièmement : un resserrement du blocus économique par les Etats voisins en vue de resserrer l’étau autour de la classe moyenne composée surtout de commerçants. Cette classe, surtout dans les villes d’Alep et de Damas, continue de soutenir le régime ou au mieux reste neutre, en attendant que la situation penche en faveur du régime ou de l’opposition.

Il est difficile de prédire si les ministres arabes des Affaires étrangères prendront unilatéralement ou collectivement des mesures de ce genre à leur prochaine réunion. Toutefois, étant donné l’intensité des discussions entre Israël et les Etats-Unis sur une frappe militaire imminente contre l’Iran pour détruire ses installations nucléaires, de telles mesures semblent être très probables.

La question syrienne a commencé à entrer dans une phase de tensions politiques et militaires, coïncidant avec l’augmentation des menaces contre l’Iran. Peut-être n’est-ce pas un hasard si la prochaine réunion des ministres arabes des Affaires étrangères se tiendra deux jours seulement après la publication du rapport de l’AIEA, dont on s’attend à ce qu’il vise l’Iran et lance des accusations – supposées prouvées – qu’il est impliqué dans un programme nucléaire militaire dans une installation secrète dans une montagne de la région de Qom, comme des rapports occidentaux le prétendent.

La militarisation de l’insurrection syrienne, pourrait être l’étape la plus importante dans la réponse officielle des Arabes au régime [syrien], au motif que l’initiative arabe n’a pas été appliquée. Ce qui faciliterait cette étape plutôt aisée, est le fait que la Syrie est entourée par des États « hostiles », comme la Turquie, la Jordanie et le Liban, en plus d’une bande frontalière à l’ouest avec l’Irak où une majorité sunnite a une inimitié envers l’Iran et le gouvernement pro-iranien de Bagdad.

Nous ne savons pas si l’intervention étrangère en Syrie va précéder ou suivre les attaques aériennes attendues contre l’Iran. Cependant, ce qui peut être anticipé, c’est que toute la région va vivre une division sectaire sunnite-chiite qui pourrait se traduire en guerres civiles non seulement en Syrie mais aussi dans la plupart des pays de l’Orient arabe, notamment en Irak, au Liban et dans certains Etats du Golfe.

Certains responsables de la région du Golfe parlent dans leurs réunions privées d’un nouveau scénario consistant à laisser tomber pour le moment l’idée d’une intervention militaire étrangère en Syrie et à s’attaquer directement à l’Iran, « la tête du serpent », car Israël et les bases américaines dans le Golfe pourraient subir les mêmes pertes si les frappes se font contre l’Iran ou contre la Syrie. Dans les deux cas, le Hezbollah libanais bombarderait Israël et l’Iran pourrait intervenir militairement pour protéger son allié la Syrie si celle-ci est soumise à une intervention étrangère.

La militarisation de l’insurrection syrienne n’est pas une stratégie qui assurera forcément le succès de l’insurrection et la fin du régime, car le soulèvement islamique en Algérie qui a éclaté dans les années 90 pour protester contre l’annulation des résultats des élections législatives gagnées par le Front du Salut, a duré près de 10 ans et a conduit à la mort de 200 000 personnes.

Cette comparaison peut ne pas être correcte car, contrairement à l’Algérie, la Syrie est entourée par des Etats qui lui sont hostiles. D’autre part, l’Occident n’a pas voulu que le soulèvement des Islamistes en Algérie soit couronné de succès. Et il attend tout le contraire du soulèvement syrien. Cela ne signifie pas que nous devrions oublier l’existence de l’aide étrangère pour le régime syrien venue de la Russie et de la Chine, même s’il est difficile d’être sûr de la force de ce soutien.

L’attente est la seule option possible pour quiconque analyse la situation dans cette région qui nous a toujours apporté des surprises. Il est difficile de prévoir l’évolution de la situation et ses conséquences probables. Qui avait prévu que les Etats-Unis seraient vaincus en Irak et retireraient toutes leurs forces de façon humiliante après avoir dépensé de mille milliards de dollars et perdus 5000 soldats ? Et qui avait prévu que les Talibans feraient un retour en force en Afghanistan, lanceraient une guerre sanglante contre l’occupation américaine, et forceraient l’administration américaine à lever un drapeau blanc dans un aveu de défaite ?

Certes, il y a eu le succès des Etats-Unis et des occidentaux en Libye, où l’OTAN a renversé le régime Kadhafi après huit mois de bombardements. Mais l’ancien président américain George Bush n’avait-il pas déclaré, fier comme un paon, « mission accomplie en Irak » trois semaines après l’invasion et l’occupation de ce pays ? Qui aurait cru que l’Iran, qui n’a pas tiré une seule balle, serait à la fin le principal gagnant ?

La Syrie fait certainement face à un avenir inconnu avec encore plus de carnage, et le régime portera certainement la plus grande part de responsabilité parce qu’il aura estimé que l’utilisation de la violence et le refus de concessions en faveur du peuple seraient le moyen idéal pour sortir de cette crise.

Ce que nous craignons le plus, c’est que le régime et l’opposition ne rendent pour finir la Syrie ingouvernable.

Les Arabes seront les « faux témoins », tout comme ils l’ont été dans le cas de l’Irak et de l’Afghanistan, ou les bailleurs de fonds des guerres américaines parce qu’ils ne peuvent pas s’opposer aux Etats-Unis et à leurs projets, même si ces plans sont en contradiction avec leurs ambitions et leurs intérêts. La défaite arabe est certaine, et seule son ampleur est en discussion.

Nous ne parlons pas ici de pertes financières avec les nombreux milliards déposés dans des banques occidentales. Ce qui est important est quel sera l’état de la région et quelle sera l’ampleur des pertes humaines après une quatrième guerre américaine au Moyen-Orient en moins de 30 ans.

(JPG)

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

Du même auteur :

-  Chantage américain à l’UNESCO – 4 novembre 2011
-  Le soulèvement shiite en Arabie Saoudite inquiète les monarchies du Golfe – 18 octobre 2011
-  Al-Assad et l’avertissement russe – 15 octobre 2011
-  L’hypocrise d’Obama sur la Palestine – 22 septembre 2011
-  Al Qaïda 10 ans après – 13 septembre 2011
-  Pour éviter une intervention étrangère, la Syrie doit accepter l’initiative de la Ligue arabe – 11 septembre 2011
-  Dans le vide qui suivra leur victoire, les rebelles libyens se diviseront – 30 août 2011
-  La Syrie est-elle en train de basculer dans la guerre civile ? – 16 août 2011
-  Intifada au Royaume Uni – 13 août 2011
-  L’opportunité du Ramadan – 3 août 2011
-  Leçons syriennes de démocratie – 23 juin 2011

8 novembre 2011 – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.abdelbariatwan.com/Syria…
Traduction : al-Mukhtar

Source

G1000 Ces Belges qui veulent réinventer la démocratie


Le 11 novembre, mille citoyens belges se réuniront à Bruxelles pour débattre de grandes questions de société. Pour les organisateurs de ce G1000, après la crise institutionnelle qu’a traversé le pays et à l’heure du tout-numérique, il est urgent de redonner la parole au citoyen.

10.11.2011 | François Brabant | Le Vif-L’Express

Fiches pays

 Le site du G1000 (en français & néerlandais)

Le site du G1000 (en français & néerlandais)

Alors qu’Internet permet à chacun de diffuser ses opinions en temps réel, la démocratie reste prisonnière d’un moule hérité du XIXe siècle : une élection tous les quatre ans. Ce paradoxe est de plus en plus intenable, avertissent les organisateurs du G1000, un sommet citoyen qui va rassembler 1 000 Belges tirés au sort.

Le 11 novembre, nonante-trois ans après la fin d’une guerre qui a meurtri tous les Belges, la démocratie prendra peut-être un nouvel élan dans nos contrées. Ce vendredi-là, 1 000 citoyens tirés au sort se réuniront à Bruxelles, où ils débattront d’enjeux essentiels pour l’avenir du pays. Cette assemblée citoyenne, antithèse des grands sommets internationaux, porte un nom : le G1000.

L’initiative bénéficie d’un large écho médiatique en Flandre, où elle est notamment portée par l’écrivain David Van Reybrouck, le politologue Dave Sinardet et la présentatrice télé Francesca Vanthielen. Côté francophone, la mobilisation est plus timide, ce qui n’a pas empêché le dessinateur Pierre Kroll, le romancier Vincent Engel ou l’économiste Eric De Keuleneer d’apporter leur soutien.

L’idée du G1000 est née au plus fort de la crise politique [au printemps dernier], alors que le blocage des négociations semblait total, plusieurs mois après la chute du gouvernement fédéral. Entre-temps, un accord institutionnel a été bouclé par Elio Di Rupo [sept partis sont tombés d’accord sur les bases de la formation d’un gouvernement, mais celui-ci n’a pas encore vu officiellement le jour]. Mais, pour les promoteurs du G1000, le problème reste entier : la démocratie belge est en crise. « On a dit que les négociations patinaient à cause de la complexité du contentieux communautaire. C’est faux, soutient David Van Reybrouck. C’est la démocratie parlementaire elle-même qui est en panne. » La sentence ne vaut pas que pour la Belgique. Partout en Europe, les vieux modèles politiques se craquellent.

Archéologue de formation, spécialiste de la préhistoire, David Van Reybrouck est bien placé pour savoir que rien n’est jamais acquis. « L’être humain expérimente la notion de démocratie depuis trois millénaires. Mais cela fait moins de deux siècles que s’organisent des élections à grande échelle. A présent, il nous faut adapter le rêve démocratique aux nouvelles formes de communication. La démocratie représentative a pu fonctionner correctement tant que l’information allait à sens unique, de l’émetteur vers un récepteur. C’était le cas avec la radio, la télévision et la première phase d’Internet. Par contre, depuis que nous sommes entrés dans une ère d’interactivité permanente, celle du Web 2.0, ce modèle est devenu intenable. »

C’est la révolution déclenchée par Facebook et Twitter : chacun peut désormais devenir éditeur ou imprimeur. Fin 2006, l’hebdomadaire Time désignait d’ailleurs « vous » comme personnalité de l’année. « Depuis cinq ou six ans, nous vivons dans un autre écosystème d’informations. Et ça change tout ! Le développement d’un Internet bien plus interactif remet en cause les schémas traditionnels de la démocratie », insiste Van Reybrouck. Le manifeste du G1000 dresse à cet égard un constat sans appel : l’innovation est encouragée dans tous les domaines, sauf dans celui de la démocratie. Les entreprises doivent innover, les scientifiques ouvrir de nouvelles perspectives, les sportifs battre des records et les artistes créer de l’inédit. En revanche, à l’ère du tout-numérique, la politique belge reste fondée sur des principes datant de 1830.

Faut-il en conclure que les élections et les institutions parlementaires sont obsolètes ? Non, assure David Van Reybrouck. « Dans un Etat de droit, le suffrage universel reste l’instrument principal de la démocratie. Mais il y a un terrible décalage entre le rythme des élections et celui des réseaux sociaux, qui permettent au citoyen d’exprimer un point de vue chaque seconde. »

La tension entre un système électoral figé et un débat public de plus en plus instantané s’avère doublement problématique. Un : les citoyens s’expriment partout, tout le temps, sans limites, mais ont l’impression que le monde politique ne les entend pas. D’où une immense frustration, dont témoigne la culture de l’insulte qui s’est installée sur les forums Internet. Deux : les politiciens sont tétanisés. La moindre phrase de travers prononcée devant une poignée de militants à Marloie ou à Blaton [deux bourgs wallons] peut désormais entraîner un buzz d’enfer… à leurs dépens. La crainte d’une chute au prochain scrutin – voire au prochain sondage – les tenaille au quotidien. Et les condamne à l’impuissance.

Des « Freedom Riders » palestiniens vont défier la ségrégation israélienne en voyageant dans des bus de colons vers Jérusalem


8 novembre 2011

ISM

Le mardi 15 novembre 2011, des militants palestiniens vont rééditer les Freedom Rides(voyages de la liberté) du mouvement des Droits civiques aux États-Unis vers le sud de l’Amérique en montant à bord de transports publics réservés aux Israéliens en Cisjordanie pour se rendre à Jérusalem-Est occupée.

Des soldats de l’occupation ont monté un « check-point volant » à l’extérieur de Ramallah, près du village de Surda.

Mardi prochain, des militants palestiniens vont tenter de monter à bord de transports publics réservés aux Israéliens pour se rendre de l’intérieur de la Cisjordanie jusqu’à Jérusalem-Est occupée dans un acte de désobéissance civile inspiré des Freedom Riders (Voyageurs de la liberté) du mouvement des Droits civiques aux USA, dans les années soixante.

Cinquante ans après que les Freedom Riders des USA aient organisé leurs voyages dans des bus qu’ils avaient ouverts à toutes les races sur les routes des États ségrégationnistes du sud états-unien, des Freedom Riders palestiniens vont réaffirmer leur droit à la liberté et à la dignité en perturbant le régime militaire de l’occupation par une désobéissance civile pacifique.

Ce que veulent les Freedom Riders, c’est mettre en évidence les tentatives d’Israël de couper illégalement Jérusalem-Est occupée du reste de la Cisjordanie et le système d’apartheid qu’Israël impose aux Palestiniens dans les territoires occupés.

Plusieurs compagnies israéliennes, dont Egged et Veolia, exploitent des dizaines de lignes qui courent à travers la Cisjordanie occupée et Jérusalem-Est, et beaucoup avec des subventions de l’État. Elles relient les différentes colonies israéliennes entre elles et à d’autres villes de l’intérieur d’Israël. Certaines lignes qui relient Jérusalem à des villes de l’intérieur d’Israël, comme Eilat et Beit She’han, doivent aussi traverser la Cisjordanie.

Les Israéliens ne souffrent quasiment d’aucune limite à leur liberté de déplacements dans les territoires palestiniens occupés, et ils sont même autorisés à s’y installer, en violation du droit international ; les Palestiniens, en revanche, ne sont autorisés à entrer en Israël qu’après s’être procurés une autorisation spéciale auprès des autorités israéliennes. Les déplacements des Palestiniens, même à l’intérieur des territoires occupés, sont lourdement restreints, avec un accès à Jérusalem-Est occupée et à quelque 8 % de la Cisjordanie dans la zone frontalière également autorisé uniquement avec une autorisation similaire.

Même s’il n’est pas officiellement interdit aux Palestiniens d’utiliser les transports publics israéliens en Cisjordanie, ces lignes sont de fait réservées aux Israéliens puisque beaucoup d’entre elles traversent des colonies exclusivement juives dont l’entrée est interdite aux Palestiniens par décret militaire.
Sur les restrictions aux déplacements des Palestiniens dans les territoires sous occupation israélienne, voir les rapports hebdomadaires successifs du Centre palestinien des Droits de l’homme (PCHR)

8 novembre 2011 – PalSolidarity – traduction : Info-Palestine.net

http://palsolidarity.org/2011/11/palestinian-freedom-riders-to-challenge-segregation-by-riding-settler-buses-to-jerusalem/

NPA : Solidarité avec les opposants syriens !


lundi 7 novembre 2011

Alors qu’une répression féroce s’abat sur le peuple syrien, et a déjà fait plus de 3 000 morts, le gouvernement illégitime de Bachar Al-Assad avait dépêché jeudi 27 octobre son vice-ministre de la Culture afin d’animer une conférence, au centre culturel syrien avenue de Tourville à Paris, intitulée, ironie de l’histoire, « Vestiges de la civilisation byzantine, les villes mortes de Syrie ».

Devant une telle provocation, une trentaine d’opposants à la dictature, aidés de quelques membres de l’intercollectif de soutien aux luttes des peuples du monde arabe, décidaient d’occuper pacifiquement les locaux. Le quartier était immédiatement quadrillé, un dispositif policier démesuré mis en place, Il fût même fait appel à l’armée sous la forme de soldats munis de fusils mitrailleurs, agissant dans le cadre du plan Vigipirate !

Mais le zèle des autorités françaises ne s’arrête pas là. Après avoir délogé les occupants, la police procédait à leur arrestation, suivie d’une garde à vue humiliante et exceptionnelle en pareil cas. Pendant ce temps, un groupe de manifestants agressif et injurieux, soutenant la dictature, pouvait continuer de parader en toute tranquillité ! La complicité avérée de la police de Sarkozy avec la dictature syrienne s’était déjà manifestée le 26 août dernier lors de l’agression d’un rassemblement pacifique d’opposants au boucher de Damas par des nervis de l’ambassade. Après avoir blessé plusieurs manifestants, ils étaient tardivement interpellés par la police… puis relâchés immédiatement après avoir exhibé leurs passeports diplomatiques.

La riposte unitaire s’organise : rapidement mobilisés, des militants du NPA et de l’intercollectif se sont rassemblés avec leurs amis syriens devant le commissariat où étaient gardés à vue la trentaine d’occupants, exigeant de rencontrer le commissaire, organisant une pression médiatique qui s’avéra fructueuse, rédigeant un communiqué unitaire signé par les organisations suivantes :
« …Nous, signataires de ce communiqué, solidaires du peuple syrien, soutenons l’action entreprise par les jeunes syriens et exigeons leur libération immédiate ! »1
Bien que les gardes à vue aient été levées, un jeune Syrien reste inculpé pour « dégradations de matériel ». Une vitre aurait été cassée ! Ayant refusé une comparution immédiate, son procès devrait se tenir début novembre. Il n’est pas question de laisser criminaliser la juste lutte des opposants à la dictature syrienne. Un seul procès est à tenir, celui de Bachar Al-Assad et de sa bande d’assassins ! Le NPA et l’ensemble des organisations constituant l’Intercollectif appellent dès aujourd’hui à se rendre nombreux au tribunal pour soutenir notre camarade. Tout est à nous ! se fera l’écho des préparatifs de la mobilisation.

Alain Pojolat

1. Comité de coordination de Paris pour le soutien à la révolution syrienne – Comité syrien de solidarité avec l’appel de Damas – Intercollectif des luttes des peuples du monde arabe – Forum Palestine citoyenneté – PCF – PG – NPA – PCOT – Collectif algérien pour le changement et la démocratie (ACDA) – Mouvement Rachad Algérie – Collectif de soutien aux luttes du peuple égyptien – PIR – Association des Marocains de France (AMF) – Congrès mondial Amazigh (CMA) – Association des jeunes Égyptiens du 25 Janvier – Mouvement marocain du 20 Février.

« Bandes à Gaza » : que savent les étudiants du conflit israélo-palestinien ?


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lundi 7 novembre 2011, par Chloé Yvroux

Que savons-nous du monde et de ses conflits, vraiment ? Rien… Ou si peu. Nous recevons des médias d’énormes masses d’informations qui nous arrivent plus ou moins filtrées, et ces informations, ces images, notre cerveau les filtre à nouveau. C’est dire la distance qui, bien souvent, nous sépare de la réalité. Notre perception du monde est dès lors largement pervertie.

Chloé Yvroux s’est livrée à une expérience – riche d’enseignements – auprès d’un groupe d’étudiants en deuxième année d’histoire-géographie à l’université de Montpellier, en leur demandant leur vision du conflit israélo-palestinien à travers une série de questions simples. Pour un groupe a priori mieux informé que la moyenne de la population, les résultats sont tout simplement ahurissants.

« Gaza, la Cisjordanie, pour les gens c’est très clair », observe Frédéric Barreyre, correspondant de Radio France au Proche-Orient [1]. Que connaissent les auditeurs du conflit israélo-palestinien ? « Ils connaissent les noms d’Arafat et de Peres, mais ne comprendront peut-être plus si je parle d’Abou Mazen, le nom de guerre de Mahmoud Abbas. »

En dehors des éléments fournis par les sondages d’opinion, bien souvent limités à des questions de sympathie et de responsabilité [2], il s’agit de questionner les représentations du conflit par la population en France. Une enquête a été réalisée auprès d’étudiants en histoire-géographie au cours des mois d’avril et mai 2009 [3].

Au-delà du simple constat d’un manque général de connaissances, l’analyse des représentations révèle des perceptions bien partagées, apparemment dues à des déformations collectives. De la situation au Proche-Orient, la plupart des Français ne reçoivent des informations qu’au travers des conversations, de la littérature et des médias. Autant de filtres et d’intermédiaires à l’origine du processus de fabrication des représentations qui permettent de créer un cadre de médiation avec le « réel ». Considérées ici dans leur dimension spatiale en tant que « créations sociales ou individuelles de schémas pertinents du réel » [4], dans le cadre d’espaces qui ne sont pas familiers, les représentations sont le plus souvent réduites à des stéréotypes. Afin de mettre à jour ces représentations partagées sur le conflit israélo-palestinien, l’enquête s’appuie à la fois sur une série de questions ouvertes (portant sur la localisation du conflit, les colonies, les réfugiés, Jérusalem…) et sur la réalisation de cartes. Les fonds de carte sont proposés aux étudiants avec la consigne suivante : « Voici le territoire du conflit. Complétez cette carte avec tous les éléments que vous connaissez. »

Bien qu’il s’inscrive dans un contexte plus large, le conflit israélo-palestinien est surtout territorial. « Une terre pour deux peuples », voilà les termes du problème à résoudre et qui est à l’origine d’une imbrication de territorialités réelles ou projetées. De même, les principaux éléments de revendication et de contestation – qu’il s’agisse de la création de l’Etat palestinien, de l’occupation, de la colonisation, de Jérusalem ou du Mur de séparation – renvoient également à des aspects territoriaux.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce conflit, cette apparente complexité est une source de confusion, et c’est également le cas pour les étudiants interrogés, alors même qu’ils sont supposés connaître cette question mieux que la moyenne de la population française.

La bande de Gaza devient, pour près d’un tiers des étudiants, l’enjeu principal du conflit israélo-palestinien.

« Une bande de terre revendiquée par les deux pays en conflit », un « lopin de terre sujet du conflit israélo-palestinien », une « zone de combat entre les deux pays » ou encore un « territoire, ou parcelle, en plein milieu du conflit israélo-palestinien ». Les cartes produites illustrent cette vision partagée : Gaza apparaît parfois littéralement comme une « bande » traversant le territoire de part en part, séparant Israël de la Palestine.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza, zone « frontière » entre Israël et la Palestine
Esquisses produites par les étudiants au cours de l’enquête menée par Chloé Yvroux en 2009.

Pour nombre d’étudiants, la bande de Gaza constitue le seul territoire des Palestiniens. Une idée par ailleurs nuancée, soit en termes de contrôle : « dernière bande de terre encore sous un petit contrôle palestinien », « seul territoire encore sous contrôle palestinien », ou de présence : « territoire des Palestiniens, le seul qu’il leur reste, envié par les Israéliens », « bande de terre où sont réfugiés l’ensemble des Palestiniens ». Si 20 % des étudiants décrivent explicitement la bande de Gaza comme un territoire palestinien, le reste hésite et n’exprime clairement ni l’identité de la population qui y réside, ni les enjeux. Finalement, sur les cartes, pour la moitié d’entre eux, le territoire du conflit se limite à deux entités : la bande de Gaza et Israël.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza

Enfin, il n’est pas possible de faire abstraction des quelques cas de personnification de la bande de Gaza, qui devient « la bande à Gaza » : « Un groupe organisé, armé », « Des extrémistes palestiniens à l’origine de plusieurs attentats ».

Les résultats de l’enquête traduisent le contexte particulier dans lequel elle s’est déroulée, quelques mois seulement après les attaques israéliennes sur Gaza. Ces dernières restent très présentes dans l’esprit des étudiants, puisque 60 % d’entre eux se réfèrent à des thèmes tels que « conflits, violences, attaques et destructions » quand ils évoquent la bande de Gaza [5]. Les explications données au sujet de l’opération « Plomb durci » restent confuses : « Un territoire qui n’était pas dans le mandat israélien avec l’Angleterre, mais laissé aux Palestiniens, que les Israéliens voulaient, donc ils l’ont attaqué en début d’année. »

La Palestine et son allié cisjordanien…

L’enquête permet aussi de soulever l’un des points essentiels de la fausse perception du conflit ; il s’agit de la dissociation entre la Palestine, la bande de Gaza et la Cisjordanie. La plupart vont donc au plus simple ; le conflit israélo-palestinien, un conflit entre deux territoires, Israël et la Palestine. Peu d’entre eux se sont essayés à cartographier cette vision. Ils sont un quart à citer uniquement ces deux territoires lors d’une question sur la localisation du conflit.

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Exemples de représentations du conflit
entre Israël et la Palestine

Si l’utilisation du mot « Palestine » semble spontanée, bien que la définition d’une entité territoriale palestinienne reste confuse, la Cisjordanie reste l’élément le plus insaisissable pour la très grande majorité des étudiants interrogés. Il y a d’une part une confusion sur la nature de l’entité territoriale palestinienne, et, d’autre part, une dissociation entre la Cisjordanie et le conflit israélo-palestinien.

Moins de 10 % des étudiants mentionnent la Cisjordanie dans la question relative à la localisation du conflit. Elle est absente de près de 80 % des cartes réalisées, et quand elle apparaît, dans la moitié des cas, elle est signifiée comme un Etat voisin, souvent en lieu et place de la Jordanie. Les explications données par les étudiants sur l’entité « Cisjordanie » confirment la méconnaissance qui transparaît dans les cartes. Plus de la moitié d’entre eux ne se sont pas exprimés sur ce point. Beaucoup présentent la Cisjordanie comme un pays voisin accueillant des réfugiés palestiniens. La relation entre ce territoire et le conflit se trouve souvent limitée à cet aspect. Au mieux, la Cisjordanie devient un pays adhérant à la cause palestinienne : « Pays d’accueil des Palestiniens réfugiés qui s’allie aux Palestiniens pour la défense de leur territoire », « Allié du Hamas », « Aide non officiellement la Palestine. Ouvertement anti-israélien ». La formulation de l’un d’entre eux résume la vision de l’ensemble des étudiants : « Pays voisin accueillant des réfugiés et se mettant en conflit avec l’Etat d’Israël – même si je ne sais pas très bien son rôle –, ce pays revient souvent dans le conflit israélo-palestinien. »

Sur les colonies, les réfugiés et Jérusalem

Les cartes produites par les étudiants restent rudimentaires, relativement peu élaborées (les éléments les plus représentés sont respectivement les territoires voisins, la bande de Gaza, Jérusalem, Israël et la Palestine). Les manifestations concrètes d’un différend territorial, ou du moins d’un phénomène singulier, qu’il s’agisse des colonies, du Mur, etc. ont une fréquence d’apparition qui rend leur présence insignifiante. Ainsi, les deux cartes ci-dessous sont les exemples les plus renseignés. Si une partie de ces représentations offrent une vision relativement « conforme » du territoire du conflit, d’autres proposent des représentations plus fantaisistes ; toutes doivent être analysées en termes de pertinence.

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Représenter Israël et la Palestine occupée…

Même les notions les plus basiques, telles que celles de « colonies » ou « colonisation », donnent lieu à des confusions. Les propositions sont multiples. L’utilisation du registre historique pour définir les colonies revient dans près de 6 % des réponses : « Israël, ancienne colonie britannique », « implantation initiale des colons après la seconde guerre mondiale », et certains n’y voient aucune résonance contemporaine : « Elles n’existent plus. » Par ailleurs, 5 % des étudiants affirment que la bande de Gaza est une colonie : « La Bande de Gaza abrite une importante colonie palestinienne, tout comme la Cisjordanie » et la même proportion présente les camps de réfugiés palestiniens comme des colonies : « Les réfugiés palestiniens se regroupent en colonies. » Malgré tout, 20 % présentent les colonies comme « israéliennes/juives » situées « sur le territoire palestinien », mais les informations données sont souvent succinctes : « colonies israéliennes sur le territoire palestinien protégées par l’armée », « occupation illégale de certains Israéliens sur des territoires que l’ONU considère comme palestiniens ».

Quant aux réfugiés, si les étudiants se réfèrent à près de 40 % aux Palestiniens, ils se rapportent dans leur grande majorité à ceux qui ont dû fuir leur territoire suite aux bombardements récents : « Palestiniens vers l’Egypte, la seule sortie », « Beaucoup de personnes (plutôt palestiniennes) ont dû se réfugier dans les pays voisins, comme des réfugiés, à cause du conflit dans la Bande de Gaza ». Ainsi seuls 15 % des étudiants replacent la notion de réfugié dans le contexte historique, mais dans ce cadre, les Israéliens sont évoqués dans 10 % des cas : « Israël est une terre de réfugiés. »

La confusion entre les éléments du passé et la situation contemporaine revient de façon récurrente dans les réponses : certains présentent Jérusalem comme une zone internationale ou neutre, se référant au statut de la ville préconisé par le plan de partage de l’ONU en 1947.

La connaissance géographique du conflit chez des étudiants en histoire-géographie est fragmentée, déformée et incomplète. L’intérêt n’est alors pas seulement l’évaluation des connaissances – ce que les individus savent ou ne savent pas –, mais la mise en valeur des perceptions partagées – ce que les individus croient savoir. Les résultats de l’enquête attestent un manque de connaissances, mais ils ne sont en rien surprenants dans ce type de questionnement, et ils peuvent être envisagés comme un indicateur des représentations détenues par l’ensemble de la population en France. Ils soulignent le décalage entre une information de plus en plus présente, accessible, actualisée presque en direct, et ce qu’en retiennent les « usagers de l’information ». Et on se demande quel est le processus qui produit ces représentations collectives « déformées » sur un sujet aussi prégnant dans l’actualité. Ces résultats constituent également un révélateur et offrent un bon support aux journalistes qui pourront, le cas échéant, penser la manière dont leurs lecteurs ou auditeurs reçoivent et absorbent les informations…

Chloé Yvroux est doctorante à l’université de Montpellier.

Notes

[1] Entretien réalisé le 12 janvier 2010 à Jérusalem.

[2] En mars 2010, un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) demande notamment : « Qui porte la plus grande responsabilité dans la non-résolution du conflit israélo-palestinien ? » Autre sondage effectué en 2000-2001 : « Avez-vous davantage de sympathie pour les positions des Israéliens ou pour celles des Palestiniens ? » (sondage BVA).

[3] Cette enquête s’est déroulée sur l’ensemble des étudiants inscrits en licence d’histoire-géographie de l’université Paul-Valéry de Montpellier. 221 questionnaires ont été récoltés.

[4] « Géographie et représentations », in Yves André, Antoine Bailly, Robert Ferras, Jean-Paul Guérin, Hervé Gumuchian, Représenter l’espace. L’imaginaire spatial à l’école, Ed. Anthropos, 1989.

[5] Il faut tout de même relativiser l’impact de l’actualité sur les réponses, car en dehors des éléments se référant à la violence, lors de tests préliminaires organisés en avril 2008, les tendances étaient les mêmes.

http://blog.mondediplo.net/2011-11-07-Bandes-a-Gaza-que-savent-les-etudiants-du-conflit#nh5

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