La colonisation, cancer mortel pour la paix


Baudouin Loos bl

Palestine et colonisation: à propos du projet de loi concocté en Israël pour légaliser même les colonies juives illégales aux yeux de la loi israélienne, j’ai commis ce commentaire ce 15 novembre dans Le Soir.

La colonisation, cancer mortel pour la paix

Une loi qui légaliserait des milliers d’unités de logement situées dans des colonies juives qui sont illégales même aux yeux de la loi israélienne ne constituerait pas seulement une énormité en terme juridique – aucune instance judiciaire suprême, israélienne ou internationale, ne pourrait la cautionner: elle confirmerait, si besoin était, que la majorité des partis politiques israéliens entendent bien fouler au pied les droits nationaux palestiniens.

La fiction qui consiste donc à proclamer depuis des décennies qu’on promeut la paix avec le voisin palestinien occupé vole ainsi en éclats devant les yeux distraits et fatigués de la communauté internationale. La majorité parlementaire de droite et d’extrême droite chère à Binyamin Netanyahou cherche, contrairement à ce que prétend mollement son chef, à annihiler tout espoir d’avènement d’un Etat palestinien digne de ce nom, qui est pourtant une exigence partagée par le monde entier.

La bande de Gaza reste complètement encerclée et assiégée (par Israël mais aussi l’Egypte) malgré les appels réitérés de la communauté internationale, Jérusalem-Est est grignotée jour après jour par une colonisation de plus en plus agressive, alors que la Cisjordanie ressemble à une peau de léopard, avec quelques îlots peuplés de Palestiniens qui ont reçu, en legs misérable du «processus de paix», une autonomie très restrictive.

Autrement dit, la vision d’une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, Israël et Palestine, vivant pacifiquement côte à côte, s’effiloche sans grand bruit, à mesure que progresse la colonisation comme un cancer produit des métastases létales. De plus en plus rares se font d’ailleurs les observateurs encore assez naïfs pour assurer que la paix reste possible, que le partage de cette terre trop sainte demeure une option réaliste.

Tous les gouvernements israéliens depuis la conquête des territoires de 1967 ont participé à l’entreprise de la colonisation. De gauche comme de droite. Peres ou Barak comme Begin, Shamir, Sharon ou Netanyahou. Seul Rabin, entre 1994 et 1995, pendant les mois qui précédèrent son assassinat par un extrémiste israélien, avait osé ordonner l’arrêt des constructions pour colons. On connaît la suite.

La communauté internationale sait tout cela. Condamne cela. Et reste les bras ballants.

Migrants et Indiens d’Amérique : la satire au service du bon sens  


Migrants et Indiens d’Amérique : la satire au service du bon sens

Crédit photo : Sergei Bachlakov / Shutterstock.com

Crédit photo : Sergei Bachlakov / Shutterstock.com

 Ici et là, on entend que les immigrants devraient retourner d’où ils viennent. Un raisonnement simple… mais qui est loin d’être si évident que ça. Après tout, qui est immigrant ? Celui qui est arrivé après les autres ? Dans ce cas l’immense majorité des Américains devraient se considérer comme immigrants. Le site satirique The Daily Currant s’est amusé à imaginer ce qui se passerait si les peuples autochtones (les Indiens d’Amérique) se penchaient aujourd’hui sur la question de l’immigration. Résultat : drôle mais, surtout, très bien vu !

Voici l’article en question :

« Un Conseil de chefs amérindiens a offert une amnistie partielle à environ 220 millions d’immigrants blancs illégaux vivant aux États-Unis. Le problème « blanc » est au coeur de nombreux débats dans la communauté amérindienne depuis des siècles, et les chefs de la communauté ont décidé que le moment était venu de le traiter correctement.

Lors d’une réunion du Conseil des Peuples Amérindiens à Albuquerque, Nouveau Mexique, les chefs amérindiens ont examiné plusieurs propositions sur l’avenir de l’importante population européenne non autorisée sur ce continent. Les anciens ont finalement décidé de prolonger la durée de la citoyenneté pour les personnes sans antécédents criminels.

« Nous sommes prêts à offrir aux Blancs la possibilité de rester sur ce continent légalement et de demander la citoyenneté », explique le chef Wamsutta du peuple Wampanoag.

« En retour, ils devront payer tous les impôts impayés et rendre les terres volées de nos ancêtres. »

« Cependant, toute personne blanche avec un casier judiciaire, sera renvoyée dans les 90 prochains jours dans sa patrie ancestrale. Rush Limbaugh ira en Allemagne, Justin Bieber partira pour le Canada. »

L’immigration blanche illégale augmente rapidement depuis ces 400 dernières années en provenance des pays européens (France, Espagne, et Angleterre). Ces clandestins ont ravi la terre et colonisé les zones occupées par les indigènes.

Certains défenseurs blancs affirment que les immigrés sont une bénédiction, en faisant valoir qu’ils prennent tous les emplois de bureau ingrats dont les autochtones ne veulent même pas.

« Quel autochtone voudrait d’un salaire pépère et d’un coin bureau comme comptable, ou un excès de pouvoir en tant que sénateur ou la fortune de l’un des 500 PDG ? »

D’autres ne sont pas si indulgents. « Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement renvoyer tous les Blancs en Europe ? » demande Ité Omácau du peuple Lakota. « Ils ne font que ponctionner notre économie de toute façon. Ils sont venus ici pour voler nos ressources parce qu’ils sont trop paresseux pour développer les leurs… Je n’arrive pas à croire qu’ils devront simplement payer une amende. Ils devraient faire la queue comme tout le monde – derrière les Mexicains. »

 

Bienvenue dans le monde selon Trump


©AFP

©AFP

Bienvenue dans un nouveau monde. Un monde dont le nouveau chef a conquis le leadership en violentant les principes élémentaires de la décence, de même que les idéaux et les valeurs de base de la démocratie. Donald Trump a été élu mardi à l’issue d’une journée – la nuit en Europe – qui avait commencé par donner Hillary Clinton gagnante à 82 %, pour finir par accorder au Newyorkais son bail de quatre ans à la Maison blanche. Et cela, en dépit d’une différence minime en termes de nombre de voix… en faveur de la candidate démocrate.

Les fifrelins de voix qui, dans quelques États clés comme la Floride ou l’Ohio, ont donné la victoire à Trump peuvent produire de véritables raz-de-marée. Et celui qui vient de se produire outre Atlantique résulte d’un séisme sans précédent. Pourquoi ? Parce que comme dans le référendum britannique qui a décidé du Brexit, comme dans d’autres victoires électorales qu’il est convenu de qualifier de « populistes » la victoire des uns est perçue par les perdants comme un danger existentiel. C’est-à-dire comme la négation des valeurs qui jusque-là semblaient partagées et permettaient à tous, gagnants et perdants, d’envisager la poursuite d’un destin commun sur une embarcation commune. Paul Krugman, prix Nobel d’économie et grande voix de la gauche américaine, avouait son angoisse mardi soir dans un premier billet pour le New York Times, et sa « peur pour mon pays et son unité ». Quelques heures plus tard, dans son texte suivant, Krugman se demandait déjà si « l’Amérique est un état et une société faillis ». Rien de moins.

On peut aborder par tous les bouts possibles l’élection à la présidence américaine de cette star de la téléréalité qu’est Trump. Par la colère des oubliés, par la revanche des blancs, l’une et l’autre supposément activées par les effets de la mondialisation et la peur de l’immigration. Ou encore par la faiblesse de la candidature de Hillary Clinton. L’ex-première dame, sénatrice et secrétaire d’État a finalement perdu en finale en 2016 comme elle avait perdu face à Obama dans les primaires en 2008 : contre des adversaires qui ont su encapsuler en de formules porteuses les raisons d’être de leurs candidatures, tandis qu’elle n’a jamais été capable de motiver de façon convaincante la sienne, qui avait besoin d’un programme de l’épaisseur d’une thèse universitaire.

La démocratie libérale ébranlée

Une chose est sûre : la victoire de Trump est un Brexit à la puissance mille, qui fait trembler sur ses bases la démocratie libérale à l’occidentale, et la pratique politique qui en organisait la dynamique. Bienvenue donc dans ce monde nouveau où sont considérés comme des faiblesses le respect de l’adversaire, la recherche du compromis, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, et enfin le droit des minorités, qu’elles soient politiques, ethniques, religieuses ou sexuelles. (On espère bien sûr voir Donald Trump démentir par sa pratique de président ce qu’il a donné à voir de lui comme candidat, et oublier toutes ses promesses farfelues ou inquiétantes. Mais l’espoir est ténu.)

©AFP

Les libertés qu’a prises le candidat Trump avec tous les principes évoqués plus haut – on n’en rappellera pas les occurrences, sinon qu’il n’avait accepté de reconnaître le résultat de l’élection que s’il la remportait – n’étaient-elles que postures de campagne et moulinets de bagarreur de préau ? On est bien obligés de craindre le contraire.

D’abord parce que cet homme inculte, fantasque et infantile aura son doigt sur le bouton du plus important arsenal nucléaire au monde. C’est proprement terrifiant. Il est désormais le dirigeant du pays – on aime ou on n’aime pas – qui se considère et est considéré par beaucoup comme le point focal du monde démocratique. Mais de quoi les États-Unis de Trump seront-ils le modèle ? D’un coup, d’un seul, la défaite de Clinton a propulsé la démocratie trumpienne en partenaire, parrain ou caution morale de régimes qui sont des mutants de la démocratie. Soit qu’ils aient dévié – déraillé ? – d’une route qui devait les y mener à partir de régimes dictatoriaux, comme la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan. Soit qu’ils aient tout simplement entamé une marche arrière une fois arrivés à destination démocratique, au sein même de l’Union européenne, comme la Hongrie d’Orban et la Pologne de Kaczynski. (Nombre d’entre eux, auxquels on peut aussi ajouter l’Israélien Benyamin Netanyahou, se voient déjà comme de futurs grands amis du président Trump. Cela en dit aussi long sur eux que sur lui.

Enfin, sans verser ce pays dans les catégories précédentes, comment ne pas questionner les étranges phénomènes à l’œuvre au Royaume-Uni ? Ses nouveaux dirigeants obsédés comme leurs électeurs par l’immigration ont brièvement envisagé, il y a quelques semaines, de forcer les entreprises à publier leurs nombres de travailleurs étrangers. Et la semaine passée, la décision de trois juges de rappeler aux politiques que les lois qu’ils ont eux-mêmes votées doivent s’appliquer – en l’occurrence, l’obligation pour le gouvernement de consulter le parlement au sujet du Brexit – a été saluée par leur désignation à la vindicte populaire comme « ennemis du peuple » (sic).

Un modèle mutant de démocratie

Et ce n’est peut-être pas fini en Europe. En mars, les Néerlandais pourraient porter au pouvoir l’extrême droite de Geert Wilders, tandis que nombre d’observateurs européens, stupéfiés par l’élection de Trump, envisagent maintenant sérieusement que Marine Le Pen en France pourrait constituer la prochaine grande surprise… Le constat est terrible : celui d’un modèle mutant de démocratie qui s’installe et progresse au cœur même de l’UE.

À quoi cette tentation de « démocratie illibérale » – monstrueuse appellation popularisée par Viktor Orban – apporte-t-elle une réponse ? Par-delà les différences transatlantiques, le choc de l’élection de Trump fait la démonstration ultime des béances qui ont sapé le contrat social de nos démocraties : l’accroissement des inégalités et les effets pervers d’une mondialisation érigée en religion. Ces facteurs sont pour beaucoup dans le fait que nombre de citoyens de nos démocraties n’aiment plus le monde dans lequel ils vivent. C’est, pour reprendre une description chère à Herman Van Rompuy, notre ex-Premier ministre et ex-président du Conseil européen, l’écartèlement et la perte de repères entre le besoin d’une « place » (le chez soi), et « l’espace », vertigineux mais insécurisant, de la globalisation.

Aux angoisses de larges pans insécurisés de nos sociétés, voire d’autres catégories qui l’étaient moins mais sont de plus en plus insatisfaites à leur tour, quelle réponse a-t-on apporté ces deux dernières décennies ? Celle, invariable, du « Tina » : « There is no alternative » (il n’y a pas d’alternative). Une réponse correspondant à des politiques pratiquées invariablement par les gouvernements européens de gauche (ou démocrates aux États-Unis) et de droite (ou républicains), par des personnels politiques perçus comme de plus en plus interchangeables et uniformisés, et de plus en plus discrédités. Surtout lorsqu’ils vont richement discourir (Hillary Clinton) ou s’embaucher (Barroso) chez Goldman Sachs, après avoir prétendu sauver le monde ou ses plus faibles, et sans que le reste des classes politiques ne s’en émeuve.

« Trump, tu es un idiot » ©EPA

Après s’être fait servir la « pensée unique » sous ses différentes variantes, une partie des citoyens a donc finalement décidé de tester l’autre offre politique, développée à mesure que la première décevait. Celle des nationaux-populistes. On peut aujourd’hui sans hésiter y assimiler Donald Trump. Ils arrivent avec des solutions qui bien sûr n’en sont pas. Cela s’explique d’abord par l’absurdité que souvent ils incarnent. Comment peut-on croire la promesse d’un milliardaire comme Trump, ou d’un rejeton de la haute société britannique comme Boris Johnson, d’être « la voix des oubliés », comme Trump l’a encore dit mardi soir lors de son premier discours de président élu ? Trump arrive avec les idées de sa classe (réductions d’impôts, donc des dépenses publiques, abaissement des contraintes pour les entreprises, marche arrière sur l’Obamacare…), tout en promettant déjà d’investir lourdement dans les infrastructures : en augmentant le déficit et la dette ? Ça promet chez les républicains…

Par ailleurs, le recentrage sur les « solutions nationales », il faudrait dire solutions chauvines (notre intérêt d’abord, celui de nos éventuels alliés après), couplées à la désignation d’ennemis extérieurs, ne peut que déboucher in fine sur la collision avec d’autres « intérêts nationaux ». L’histoire du 20ème siècle en a fourni les exemples tragiques que l’on sait. Et tout récemment, les accès russe et turc de prurits nationalistes, que ce soit entre eux ou avec des pays tiers, nous ont rafraîchi la mémoire en la matière.

Réinventer le pacte social

L’élection de Donald Trump est une ultime alerte. Le « business as usual » n’est plus acceptable, pas plus dans le chef des élites politiques, intellectuelles que médiatiques. (Oui bien sûr, nous nous incluons là-dedans.) Face aux effets pervers d’une mondialisation débridée, à l’approfondissement des inégalités, face au chômage de masse, au vieillissement, aux angoisses des oubliés ou d’autres qui le sont moins, les réponses politiques apportées à ce jour, que ce soient les technocratiques ou les populistes, sont les réponses d’un système qui s’est épuisé, et qui s’écroule sous nos yeux. Ce serait une erreur tragique en Europe que de penser que le coup porté par Donald Trump ne l’est qu’à l’édifice américain.

Le système économique et social – l’État providence – mis en place en Europe au lendemain de la Seconde Guerre l’a été sur la base d’un contrat social fondamental entre l’État, les entrepreneurs et les travailleurs. C’est aussi sur ce pacte social qu’ont pu être jetées les fondations d’un autre pacte, celui de la construction européenne. Ce fut un pacte moral et historique, à défaut d’un pacte social, qui a fondé la grande adhésion à l’UE des pays de l’ancien bloc soviétique. Ces pactes ont volé en éclat. Il faut les réinventer, et reconstruire avec eux une nouvelle promesse à des sociétés partiellement ou totalement déboussolées.

Il faut aussi réactualiser la pratique politique. La politique de papa, déconsidérée aux yeux des citoyens, n’est plus acceptable. Mais celle proposée désormais par Trump et ses semblables européens ne l’est évidemment pas plus. Eux retournent successivement la table dans chacun des pays où ils arrivent au pouvoir. Mais ce ne sont pas eux qui doivent retourner la table : ce sont les politiques et les citoyens conscients de l’urgence absolue de sauver nos systèmes et nos démocraties, en les remettant au service d’une prospérité partagée à retrouver. Il faut sauver, et relégitimer nos démocraties, avant qu’elles ne finissent pas s’autodétruire définitivement, en se vengeant d’elles-mêmes. Voilà la leçon historique à tirer du séisme que représente l’élection de Donald Trump.

 

Visite de son épouse à Ali Aarrass


 

L’image contient peut-être : 1 personne , gros plan et plein air

Houria El Ouazghari, épouse d’Ali Aarrass

Mardi 8 novembre 2016

Compte rendu de ma visite à mon époux Ali Aarrass :

Salam Farida Aarrass, je te résume la situation dans laquelle est Ali à l’heure actuelle. Il m’a demandé à ce que je t’en parle, mais insiste pour que tu ne t’inquiètes pas pour lui.
Il est enfermé dans cellule 23h/24 dans un long couloir où il y a plus de 30 cellules, toutes vides. Son lit est en béton. On lui a remis 2 couvertures militaires toutes fines. Celles qu’il avait avant, il a du me les remettre car interdites, ainsi que les draps et tous les objets qui lui servait pour cuisiner. Ainsi que les réserves qu’il avait encore en pâtes, café, infusions,…….
En plus de ça tout ce que je lui ai apporté, lui a été interdit, ils me l’ont donc rendu. Exception faite des fruits, des cahiers et bics.
Dans cette prison le régime est très stricte, l’unique chose que peuvent apporter les familles est la nourriture préparée et les fruits. C’est apparemment la même chose pour tous les détenus dans cette prison. C’est du moins ce qu’ils disent.
J’ai demandé à un fonctionnaire comment était ce possible et il m’a répondu que tout ce que nous apportons peux être acheté dans le magasin qu’ils ont à l’intérieur de la prison. Je ne sais pas s’il faut vraiment croire cela, j’ignore à quel moment Ali pourrait s’acheter quoi que ce soit alors qu’il est enfermé 23h/24.
Mais nous veillerons à renflouer autant que possible en argent, son compte à l’économat de la prison.
Il a droit à 1 heure de promenade toujours tout seul. Il en profite pour faire un peu de sport, pour se maintenir tant bien que mal, en forme.
Il a demandé au directeur la raison de son transfert à cette prison. Il a répondu que l’ordre vient du chef pénitentiaire. Mais dès qu’il a eu l’opportunité, il a posé la même question à un coordinateur qui lui répond que l’ordre vient de plus haut.
Ali dit ne pas savoir qui croire ????

Il a demandé combien de temps va durer cette situation inhumaine. Combien de temps il va encore être ainsi traité ?
Nourriture abjecte fournie sans échange, pas le moindre mot. Privation de tout contact humain et cela même lors de son heure de préau !
Tout est fait de façon à ce qu’il se retrouve tout le temps seul !
De quoi le rendre fou !
Dès qu’il a eu l’occasion, il leur a fait savoir que s’il lui arrivait quoi que ce soit, ils seraient responsables.
Dans la nuit du vendredi à samedi, il a été pris de sueurs froides, chaudes et lorsqu’il s’est levé a été pris de vertiges et a vomis du blanc. Il a paniqué et a crié de toutes ses forces pour alerter le garde, qui étant trop loin ne l’entendait pas.
Ces derniers temps (cela avait déjà commencé à Salé 2) il est souvent pris de vertiges et il lui arrive de perdre conscience. Il leur a fait comprendre qu’il a souvent des vertiges et qu il tombe, mais aucun retour. A Salé il a déjà vu un médecin pour cela : vertige, vomissements, du mal à uriner. Il m’a dit que c’est probablement la prostate. Il l’a fait savoir au médecin dans la prison actuelle.
D’ailleurs la nuit du vendredi à samedi il est tombé, il n’a pas arrêté de crier pour qu’on vienne le voir, sans réponse. Il est resté un long moment espérant qu’on vienne. Il a crié encore et encore de toutes ses forces et enfin est apparu un gardien qui l’a emmené à l’infirmerie.
C’est suite à cela qui s’est plaint des conditions dans lesquelles il est. Il avait demandé à voir le directeur cette semaine on va voir s’il va le recevoir.

Ali demande qu’un Comité des droits de l’homme vienne le voir et raconter sa situation alarmante avant que son état n’empire.
Il continue à espérer la visite du consul belge. Je lui est dit qu’il y a une pétition qui circule pour récolter le maximum de signatures pour qu’il puisse avoir une visite consulaire.
Depuis qu il est là, il y a eu 4 fouilles !!!! Des fouilles inutiles pour lui puisqu’il n’a aucun contact et donc jamais ils n’auraient à trouver quoi que ce soit de nouveau !!!!
Sa condition est pénible, insupportable… Ali leur a fait également savoir qu’il veut voir un ophtalmologue car sa vue à baissé, il devrait changer de lunettes. On ne lui a pas encore répondu.

En ce qui concerne la visite même, la prison est en dehors de la ville. Il y en a 2 Tiflet 1 et Tiflet 2..
Elles sont l’une à côté de l autre.
Pour y accéder on a du laisser la voiture assez loin et marcher une belle trotte avant d’y arriver.
Il n’y avait pas d’autres familles à ce moment là.
J’ai frappé au portail et un fonctionnaire est sorti aussitôt. Après lui avoir dit qu’on venait pour rendre visite à un détenu. Il nous a fait savoir que seulement 2 personnes pouvaient rentrer donc je suis rentrée moi et ton frère Musti.
Malheureusement Famma l’épouse de ton père a du rester dehors . On est rentrés directement après la vérification des paperasses. On est passé par le contrôle des affaires qu’on a apportées, qui finalement ont toutes été refusées exception faite des fruits.
Après la fouille corporelle très minutieuse, on nous a indiqué la salle de visite. Nous sommes passés par un grand couloir avant d’arriver à cette salle qui m’a paru très grande par rapport celle de Salé. Il y avait au moins 10 tables avec des chaises autour d’elles.
Trois gardiens se tenaient assis là à proximité pour la surveillance. A part nous il y avait 2 autres familles qui attendaient un proche. Ali est apparu le premier.
Dès qu il nous a vus, un grand sourire est apparu sur son visage qui s’est illuminé. Ton frère Musti lui a fait cette remarque :  » Que guapo estas hermano » (que tu es beau mon frère) Ali a éclaté de rire. Cela faisait plaisir de le voir ainsi rire. Il nous a serrés très fort dans ses bras, il ne nous lâchait plus…. puis a immédiatement demandé des nouvelles de tout le monde.
Mais juste après ça il a repris son air sérieux et a commencé à nous raconter toute la situation dégradante dans laquelle il est..

Il parlait vite et regardait souvent sa montre, comme s’il avait peur d’oublier quelque chose…pour ne rien oublier. Il nous a dit qu’on n’avait qu’à une demi heure de visite !!!! J’étais choquée, mais je n’ai pas voulu rajouter une couche supplémentaire à ce désastre dévastateur. Mais je me disais en mon fort intérieur : Mais c’est trop court !!!!! On l’a laissé parler sans l’interrompre.

Farida, il faut absolument le faire sortir de cette condition inhumain. Moi je reste sans voix face à sa force morale. Il m’a fait savoir qu’il n’arriveront pas à le briser. Mais je suis morte d’inquiétude, je senes qu’il ne tiendra pas, c’est trop !!!!

Il dit puiser sa force dans sa foi en Dieu, mais aussi en pensant beaucoup à sa famille et grâce à tout le soutien qu’il a à l’extérieur.

Un petit détail que j’ai oublié. Il n a droit qu a une seule douche par semaine. Lui ce qu’il fait c’est prendre deux bouteilles d’eau il les mets avec lui pour dormir, au matin elles sont tièdes et se lave avec.

Je te précise qu’ils ne lui on pas remis ses couvertures, j’ai du les reprendre avec.. Il met pour dormir sur une des couvertures fines des vêtements à lui pour amortir la dureté du béton

Lui pour l’instant il veut juste que s’améliorent ses conditions de détention.

 

Âgée de 8 ans, la mariée est morte après nuit de noces


Hoaxbuster a mené l’enquête. ( une variante de cette histoire se passe au Yémen)

Deux camps s’affrontent autour d’une histoire sordide : une jeune fille de 8 ans, mariée de force à un religieux afghan forcément bien plus âgé et qui succombera à ses blessures dès leur nuit de noces.

Selon tout ce que le web a d’islamophobe, cette histoire prouve par le glurge que l’Islam est une religion barbare !

L’histoire devient « affaire » et se retrouve brandie telle un étendard par des acteurs politiques antagonistes. Alors qu’un site francophone lui donne du crédit, un autre crie à l’élucabration et à la désinfo…

Où donc est la vérité ?

Hoaxbuster a mis les mains dans le cambouis des idées nauséabondes pour mener une investigation en terre afghane. Or, il n’est pas simple de trier le bon grain de l’ivraie, notamment en période de fortes tensions politiques suite à l’affaire Méric – la menace de suppression de l’article Wikipedia s’y référant l’illustre bien.

Le verdict de notre enquête

Comme souvent, la vérité est à mi-chemin : oui, un homme pervers a probablement abusé d’une fillette jusqu’à provoquer sa mort. De là à extrapoler sur son appartenance à une communauté religieuse comme catalyseur ayant permis le passage à l’acte, il y a un gouffre qui ne pourra être franchi par quiconque aura un minimum de jugeotte. Est-il utile de rappeler que chaque religion compte en son sein des courants différents qui peuvent aller de la pratique la plus modérée jusqu’à l’intégrisme ? Un mormon polygame et violeur peut-il être pris comme exemple permettant de définir le christianisme au sens large ? Un curé pédophile comme révélateur du catholicisme ?

Oui, le fait divers a très vraisemblablement eu lieu, mais il est instrumentalisé à des fins clairement politiques.

A l’origine : une source jugée fiable

La personne qui a la première diffusé cette histoire l’a fait sur sa page Facebook et non sur un site d’extrême-droite comme il a pu être dit.

Cette personne est en fait un journaliste reconnu par ses pairs : Mustafa Kazemi.

Voici ce qu’en dit par exemple Grégoire Lemarchand de l’Agence France-Presse (AFP), qui l’a employé en 2010-2011 : « c’est un jeune journaliste qui lorsqu’il travaillait chez nous a donné satisfaction en étant encadré par nos éditeurs et guidé par nos très strictes règles de vérification de l’info. »

Tout ce qu’il a pu être trouvé pour contester cette réputation, c’est une page de forum et une rumeur selon laquelle l’agence Deutsche Presse-Agentur (DPA) l’aurait licencié pour tweets mensongers… Mmm, un peu léger.

D’après Mustafa Kazemi, le forum en question « est tenu par quelqu’un qui a un contentieux avec Michael Yon », un de ses amis, et il s’est donc retrouvé accusé (à tort, selon lui) de mensonge par contrecoup. Quant à son départ de DPA, il était dû à « des raisons familiales », le journaliste souhaitant se rapprocher de ses parents.

Une info néanmoins recoupée

Ceci dit, même les meilleurs peuvent trébucher, mais est-ce le cas ici ? Les soupçons peuvent être légitimes si l’on considère le côté indirect du témoignage, ainsi que sa prétendue unicité.
Les Romains disaient jadis : « testis unus, testis nullus »
(= un seul témoin ne vaut rien !)

Sauf que Mustafa Kazemi, comme tout bon journaliste qui se respecte, doit aussi protéger ses sources et Hoaxbuster, à qui il a accepté d’en dire plus, ne peut que le suivre sur ce terrain.

Tout ce qu’il est possible de préciser sans mettre personne en danger, c’est :
1) que la source principale de Mustafa Kazemi est quelqu’un avec qui il a l’habitude de travailler et qui ne l’a jamais induit en erreur ;
2) qu’il a pu vérifier les faits auprès d’autres personnes et ainsi recouper l’information. Sans cela, il n’aurait jamais publié l’histoire. Chose qu’il a été obligé de faire dans d’autres cas par le passé, nous rapporte-t-il.

Qui sont les protagonistes ?

Revenons-en aux sites internet sur lesquels les avis divergent. Quels sont-ils ?
Dreuz.info, un cybermag ouvertement pro-israélien et aux propos souvent ambigus que d’aucuns qualifient d’islamophobes, fait le premier une traduction francophone et « libre » de la brève journalistique sur cette petite afghane.
La réaction ne s’est pas faite attendre par le biais de Debunkersdehoax.org, un site anti-rumeurs qui s’est donné pour objectif de « démonter les hoax (…) que fabriquent et diffusent les partisans de l’extrême-droite pour semer la haine et gagner en influence », qui affirme que cette histoire est abusivement narrée pour nous tromper et qu’elle ne repose sur rien.

Le combat de ces derniers est tout à fait louable… à condition de ne pas tomber dans l’excès inverse.

Car la désinformation ne sert aucune cause ! Et dans le cas présent, force est de constater que des évènements comme celui-là arrivent parfois dans cette région du monde et le nier ne permettra pas de résoudre la situation.

Des interpolations douteuses

Quiconque prend la peine de lire la brève dans sa forme originelle (très différente de la version de Dreuz !) pourra constater qu’elle est écrite sur un ton modéré, quasiment sans porter de jugement si l’on excepte un passage évoquant le « comportement animal » du mollah.

L’adaptation française, elle, regorge de qualificatifs mélodramatiques et de détails sanglants qu’il serait faux d’imputer à Mustafa Kazemi, comme le font par erreur les Debunkers. Le journaliste ne les a jamais employés et il ne cautionne nullement la reprise de son texte par des sites islamophobes.

Religion vs traditions

Pire encore, le sens même de l’histoire a complètement changé. Mustafa Kazemi expliquait ce crime par le poids des traditions locales, en rappelant qu’il est « courant dans les zones rurales de l’Afghanistan ou les provinces/villes de troisième zone de marier des jeunes filles à des hommes âgés, et de vendre ses filles pour ses dettes ou d’autres raisons ». Un phénomène qui ne se retrouve quasiment pas dans les grandes villes, qui ne sont pourtant pas moins musulmanes que les campagnes.

La version française de Dreuz, elle, fait de ce type de mariage une coutume religieuse (à tort), ce qui lui permet de se lancer dans une violente diatribe contre l’Islam, qu’elle émaille de faits approximatifs. Par exemple, elle mentionne sans citer aucune source le chiffre de 600 femmes condamnées en Afghanistan pour crime moral (elles seraient en fait 400). Elle prétend aussi que les législateurs ont « bloqué » une loi fixant à 16 ans l’âge légal du mariage dans le pays, alors que les débats à l’Assemblée pour l’adoption de cette loi, pourtant déjà approuvée par décret présidentiel, ont encore été ajournés dans des conditions houleuses (source : le Monde).

Et c’est là que les conclusions d’Hoaxbuster rejoindront celles des Debunkers : un fait divers de ce type ne saurait être interprété comme une preuve de la nocivité intrinsèque d’une religion.

Sinon, peu de religions passeraient le filtre…

Sources :
L’article de Dreuz (attention, détails très crus !)
L’article des Debunkersdehoax

© Crédit photo : Steve McCurry, National Geographic (1985)
Publication revue et validée par la rédaction de Hoaxbuster

BHL affirme que le BDS est un « mouvement fasciste »  


BHL affirme que le BDS est un « mouvement fasciste »

Manifestation contre Israël à Paris, France, 28 Mars 2009. EPA/LUCAS DOLEGA

Bernard-Henri Lévy, alias BHL, alias Bernard, alias le philosophe en chemise blanche, était invité le 27 septembre dernier au Parlement européen pour participer à une conférence intitulée “L’avenir des communautés juives en Europe”.

Une intervention d’une quinzaine de minutes, passée relativement inaperçue, au cours de laquelle le libérateur de la Libye a tenté de donner un aperçu de la situation des Juifs en Europe et des “nouveaux visages” de l’antisémitisme.

Et comme de bien entendu, BHL n’a pu s’empêcher de reprendre à son compte l’antienne selon laquelle “l’antisionisme est la forme nouvelle de l’antisémitisme”, amalgamant sans aucun scrupule l’extrême-droite la plus abjecte et le mouvement de solidarité avec les Palestiniens.

Le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) a fait les frais de ces amalgames, au cours d’une grandiloquente envolée dont BHL a le secret :

Je suis le premier à me mobiliser sans le moindre quartier contre le mouvement BDS dont je pense que c’est un mouvement fasciste, né au moment du fascisme, organisé à partir d’anciens nazis recyclés dans certains pays arabes en 1946-47.”

Oui, vous avez bien lu : “un mouvement fasciste, né au moment du fascisme, organisé à partir d’anciens nazis”.

J’exagère ? Non :

En 2013, BHL publiait un livre intitulé Les Aventures de la vérité. De toute évidence, la vérité historique ne semble guère intéresser l’aventurier BHL.

Pour mémoire :

1) Le mouvement BDS est “né” d’un appel signé par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne le 9 juillet 2005, un an après l’avis de la Cour internationale de justice exigeant d’Israël qu’il détruise le mur construit en Cisjordanie. Soit 60 ans après la chute du nazisme.

2) La liste des membres de l’instance dirigeante de BDS, le Boycott National Committee (BNC), est publique, et il ne figure en son sein aucun “ancien nazi”.

3) “Au moment du fascisme”, l’État d’Israël n’existait pas, et il aurait donc été malaisé d’appeler à le boycotter.

4) Le mouvement BDS n’a jamais tué personne. Contrairement au fascisme. Et à l’État d’Israël.

Il est de notoriété publique que BHL est un énergumène malfaisant, et d’aucuns pensent que relever ses outrances est une perte de temps.

Mais BHL continue d’être un invité récurrent des plateaux de télévision et des antennes de radio, où l’on s’acharne à le présenter comme un “intellectuel”, un “philosophe”, un “penseur”.

Si les “grands médias” veulent réellement, comme ils le proclament, reconquérir une once de crédibilité, il est plus que temps que cette mauvaise plaisanterie cesse.

PS : Pour mémoire (bis), selon l’article 29 de la loi sur la Liberté de la Presse du 29 juillet 1881, “toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation” et peut être punie d’une amende de 12.000 euros.

Par Julien Salingue | 28 octobre 2016

 

François Burgat : « En Syrie, la posture des Occidentaux face à Daech est celle du taureau devant la muleta »


 
LE MONDE | 21.10.2016 à 10h53 |Propos recueillis par Christophe Ayad, Cécile Hennion et Madjid Zerrouky
François Burgat, politologue et directeur de recherches au CNRS, vient de publier Comprendre l’islam politique : une trajectoire sur l’altérité islamiste 1973-2016 (La Découverte, 310 p. 22 €), fruit d’une carrière qui l’a conduit en Algérie, en Egypte, au Yémen et en Syrie. l Il a a dirigé l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), de 2008 à 2013 depuis Damas d’abord puis à .partir de 2012 et la fermeture de la représentation diplomatique et culturelle française en Syrie, depuis Beyrouth.

Quelle est la nature du conflit en Syrie ?

C’est, et cela restera, la révolte d’un peuple contre une dictature. Depuis cinq ans, cette crise est devenue plus complexe, elle s’est internationalisée. Il est apparu, de surcroît, que la révolution populaire initiale « cachait » deux autres mobilisations, celle des Kurdes et celle des djihadistes, aux objectifs et aux modes d’actions bien différents.Les Kurdes veulent « moins » : leur objectif n’était pas de prendre la place de Bachar Al-Assad à Damas, mais d’accéder à ce rêve qui leur avait été refusé à la fin de l’Empire ottoman, c’est-à-dire la consécration étatique de leur identité culturelle. Les groupes islamistes radicaux, eux, veulent « davantage » : le territoire syrien mais, plus encore, la constitution d’un « Sunnistan » transnational libre de toute ingérence occidentale et chiite.Le régime s’est servi de ces deux « révolutions parasites » pour amener la grande révolution populaire dans l’impasse où elle se trouve actuellement. Avec les Kurdes, en alternant concessions et confrontations, il est parvenu à diviser les rangs du reste de l’opposition. Et il a utilisé les djihadistes comme un épouvantail, pour discréditer ses opposants aux yeux de l’opinion arabe régionale et internationale.Ceux qui avaient choisi de faire « révolution à part » ont ainsi progressivement confisqué l’entière visibilité du combat de la majorité de l’opposition. Et cette crise, un temps si complexe, est revenue à une sorte de simplicité : celle de l’écrasement militaire, par le régime, les Russes et l’Iran, de la quasi-totalité de la résistance porteuse d’une volonté de libération. Certes, la communauté internationale proteste, mais elle refuse d’interférer autrement qu’en paroles avec ce processus que ses atermoiements ont pourtant largement contribué à initier.

Comment qualifier les stratégies de ces acteurs internationaux en Syrie ?

L’internationalisation de ce conflit s’est opérée de façon terriblement dissymétrique. Ceux qui sont entrés au service du régime se sont montrés constants, cohérents, et sont allés à l’essentiel : verrouillage diplomatique du Conseil de sécurité des Nations unies et maintien de la suprématie militaire de Damas. Dans ce camp, l’Iran craint l’émergence dans son voisinage d’acteurs sunnites radicaux. La Russie, elle, n’avait pas de penchant idéologique particulier au départ ; sa posture est réactive. Moscou veut faire payer aux Occidentaux leurs incursions dans son « pré carré » ukrainien, ainsi que leur surenchère interventionniste en Libye.Pour leur part, les soutiens étrangers de l’opposition se sont irrésistiblement détournés de la révolte populaire, pour se focaliser, égoïstement, sur le traitement, à leur avantage, de ses deux « avatars » kurde et djihadiste. Les Turcs ne regardent plus la crise que par le prisme de leur crainte de l’irrédentisme kurde. Les Occidentaux ne la regardent plus qu’en fonction de leur stratégie – au demeurant contre-productive – de réduire le risque terroriste sur leurs territoires nationaux respectifs. Ils se sont ainsi focalisés sur l’option du « Tous contre Daech, et seulement contre Daech », une posture guère plus réfléchie que celle du taureau devant la muleta. Car en allégeant les efforts militaires que devait consacrer Bachar Al-Assad à sa défense, les membres de la coalition dirigée par les Etats-Unis lui facilitent l’existence et, donc, prolongent la crise. Pour satisfaire leurs intérêts à court terme, tous sont désormais en train de laisser – voire aider en coulisses – les Russes écraser l’opposition.

Y avait-il, au début, un aspect confessionnel : l’esprit de revanche d’une majorité sunnite contre une minorité au pouvoir, perçue comme alaouite, et ses soutiens chrétien et druze ?

La réponse ne peut être qu’ambivalente. Le spectre du confessionnalisme en Syrie se « fonde » notamment sur l’assassinat de 83 cadets alaouites de l’Académie militaire d’Alep, en 1979, organisé par un officier baasiste qui sera ultérieurement récupéré par les Frères musulmans [épisode qui se solda, trois ans plus tard, par la destruction et le massacre de la ville de Hama par l’armée syrienne]. Les statistiques établissent cependant que les alaouites, alors 10 % de la population, constituaient une très large majorité des cadets de l’académie ! Il faut tenir les deux bouts de cette réalité.Dès 1980, les Frères musulmans ont explicitement condamné le principe d’une guerre sectaire contre les alaouites, insistant sur le fait qu’ils ne luttaient que contre les détenteurs du pouvoir et de l’appareil sécuritaire, que le régime, loin des ambitions laïques du parti Baas, avait construit sur des bases confessionnelles. De là sont nées des tensions avec cet appareil répressif, identifié aux « aayn » – de l’initiale arabe du mot alaouite que l’on n’osait même pas prononcer. Discréditer la révolte populaire de 2011 au nom de ce passif du régime serait donc emprunter un raccourci trompeur. C’est le régime qui a instillé le confessionnalisme, assumant le risque de la guerre sectaire pour, banalement, diviser le front de ses opposants.

Le régime a-t-il gagné ce pari de la division confessionnelle ?

En partie au moins ! Il a réussi à « sunniser » l’image de la révolte, en poussant les sunnites à se militariser, sachant, bien sûr, qu’ils constituent la majorité démographique. Au bout de huit mois, fin 2011, la quasi-totalité du commandement militaire de la rébellion était détenue par des sunnites. Pour accélérer ce processus, le régime a fait un usage très sélectif de la répression : les manifestants druzes ont eu droit à l’odeur, rare en Syrie, du gaz lacrymogène, tandis que les manifestants pacifiques des quartiers sunnites recevaient, dès le début, des rafales d’armes automatiques. Sans parler des djihadistes de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique], qui étaient mystérieusement épargnés !Mais iI est faux de dire que le régime a survécu grâce au soutien des minorités effrayées par le radicalisme sunnite. Il ne doit sa survie qu’à la perfusion militaire, iranienne d’abord (par troupes libanaises du Hezbollah interposées) puis russe, dont il a bénéficié. Sans compter les milices chiites irakiennes et afghanes, qu’il a lui aussi mobilisées, tout en continuant à se présenter comme le « défenseur de la laïcité » ! Et sans compter, non plus, la focalisation exclusive des occidentaux sur la défense des « minorités », au détriment de celle de la majorité !

L’opposition a accusé l’organisation Etat islamique (EI) d’être une créature du régime. Quels sont leurs liens ?

Le régime a manipulé des groupes djihadistes au profit de sa politique en Irak et au Liban, dans les années 2000 notamment, d’une manière comparable à celle de l’armée en Algérie dans les années 1990. Dès mai 2011, Bachar Al-Assad a aussi libéré massivement des prisonniers, dont il était persuadé qu’ils rejoindraient les djihadistes. Or, ils sont allés dans d’autres groupes islamistes, mais pas Daech.L’EI est une création du régime, seulement au sens où ce dernier, tout en nourrissant la radicalisation par la répression aveugle, l’a laissé prospérer en toute tranquillité. Ceux qu’Assad voulait éliminer, c’était les opposants présentables, pas les épouvantails à qui il souhaitait longue vie ! Il s’est ainsi manifestement retiré sans combattre de la ville de Palmyre [le 27 mars 2015], pour s’offrir le plaisir de montrer aux Occidentaux Daech démolissant des temples ! Les tout premiers attentats à Damas, à la mise en scène grossière, ne pouvaient pas non plus être l’œuvre de Jabhat Al-Nosra ou de Daech.Cela dit, Daech a une existence historique indéniable. Elle est le produit de l’autonomisation de l’aile radicale de l’opposition irakienne à l’armée américaine d’abord, au régime « confessionnel » du [premier ministre] Nouri Al-Maliki à Bagdad ensuite. Le groupe issu du terrain afghan s’est ensuite « irakisé » puis exporté en Syrie. Il a également été renforcé parce que l’Occident a lâché ceux qu’il ne trouvait pas assez « laïques », nourrissant ainsi le désespoir de tous ceux qui sont allés grossir les rangs djihadistes.

Comment la France est-elle passée du soutien franc à l’opposition à une politique centrée sur la lutte antiterroriste ?

La France a abordé les printemps arabes en confirmant son soutien traditionnel aux vieux leaders autoritaires. « Voulez-vous une matraque plus courte pour taper plus précisément sur vos manifestants ? », avait proposé en substance la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie à « notre ami » Ben Ali [président tunisien déchu le 14 janvier 2011]. En recevant une double « gifle », tunisienne puis égyptienne [avec la chute de Hosni Moubarak le 11 février 2011], Paris a pris conscience de son erreur de diagnostic. La France est alors entrée dans la crise libyenne avec un logiciel radicalement différent, allant presque jusqu’à se substituer à l’opposition.La ligne « le tyran va tomber » a perduré au début de la crise syrienne. Mais les premiers résultats des urnes arabes, malgré des signes d’ouverture en direction des vainqueurs islamistes, ont fait vaciller cet enthousiasme initial. Paris – cette fois, sans trop le dire – a entrepris de changer, une deuxième fois, son fusil d’épaule. Le premier revers de l’opposition démocratique syrienne a peut-être bien été… la victoire des islamistes en Tunisie puis en Egypte ! La perception française des printemps arabe en a été, à tort, irrémédiablement affectée.

Pourquoi « à tort » ?

L’attitude ambiguë, hésitante, contradictoire des gouvernants français dans le printemps syrien, et dans beaucoup d’autres crises régionales, est inefficace pour une raison centrale : leur inaptitude structurelle – et celle des intellectuels qui les enferment dans leur erreur – à percevoir, rationnellement les forces dites islamistes qui sortent régulièrement des urnes arabes. La France persiste, de manière aveugle et désespérée, à ne considérer légitimes que ceux qui, en politique, usent de la religion selon un modèle calqué sur sa propre construction républicaine. Le pouvoir français a une impuissance pathologique à comprendre que les sociétés musulmanes, dans le prolongement post-colonial de la réaction du « Sud » à la domination du « Nord », font de leur culture religieuse un usage identitaire qui n’a jamais eu d’équivalent dans la révolution modernisatrice occidentale. Le résultat de ces tergiversations est que Paris a soutenu la révolution syrienne, suffisamment pour déclencher, à l’encontre de celle-ci, un discrédit réactif dans des pans entiers des gauches arabes et occidentales dites « anti-impérialistes », mais jamais assez pour contrer l’ampleur décisive de l’ingérence militaire iranienne et russe.

L’autre tournant du changement de la politique française est lié à l’apparition du groupe Etat islamique…

Le second déclic, c’est bien sûr la prise inattendue de Mossoul par l’EI [en juin 2014]. Cette percée spectaculaire, rendue possible par l’effondrement de l’armée irakienne, est venue démontrer que ces djihadistes, que l’on pensait n’être qu’une frange extrême, marginale et périphérique du spectre politique, étaient en réalité capables d’entrer en empathie plus ou moins profonde avec des segments entiers de la population irakienne.Avant même d’être ciblée par le moindre attentat, la France s’est alors affranchie de ses réticences à s’impliquer militairement, fût-ce seulement en armant sérieusement l’opposition syrienne. Et elle est… entrée en guerre. Mais contre Daech, c’est-à-dire en intégrant de facto le camp de ceux qui prorogeaient l’existence du régime syrien et, donc, la crise. A partir du moment où le spectre de « l’hiver islamiste » s’est imposé, Damas a repris en effet toute son arrogance et n’a plus été disposé à faire la moindre concession susceptible de rendre crédible une porte de sortie négociée. Cette décision a été une erreur stratégique et tactique. Elle n’a pas relevé le niveau de sécurité des Français. Au contraire. Les « performances » des pilotes de nos Rafales, mobilisés en Syrie et en Irak dans un contexte électoraliste trouble en France, ont en fait contribué à compromettre celles des fantassins de « Vigie Pirate ».

Combattre militairement l’EI n’est-il pas une nécessité ?

On ne peut évidemment pas rejeter cette option. Pourvu qu’elle ne soit pas la seule ! Une victoire seulement militaire sur Daech ne fera que disséminer dans l’espace, et reporter dans le temps, les problèmes qui ont conduit à son émergence. Combien de fois la ville de Fallouja a-t-elle été « libérée » des djihadistes depuis 2004 ? Que se passe-t-il quand vous ne laissez pas, derrière cette « libération », une alternative politique crédible ? Le même tissu militant reprend vite le contrôle, ou exporte sa lutte… Tant que ses adversaires ne lui opposent pas une alternative locale crédible, ils fabriquent autant de djihadistes qu’ils en éliminent.L’erreur a été de perdre de vue la matrice de la crise : Daech est une conséquence du « permis de tuer » qui perdure aux mains du régime syrien, il n’est pas l’origine de la crise. Pendant que Daech égorge « en couleur et au ralenti », avant de nous envoyer les vidéos, le régime tue dix fois plus, en rejetant cyniquement la responsabilité sur ses opposants. C’est dans ce piège que nous sommes tombés. Quant au refus américain de sanctionner le régime pour son usage des armes chimiques, il a sans doute constitué le plus formidable cadeau qu’a reçu Daesh, qui a alors recueilli en masse les déçus des fausses promesses du président Barack Obama.

Comment l’Occident peut-il soutenir une opposition dont il renie aujourd’hui la majorité des acteurs militaires ?

Les Etats-Unis Unis et l’Europe condamnent vertueusement le déplacement du centre de gravité de l’opposition armée vers les groupes radicaux, en oubliant que c’est leur passivité face à l’ingérence irano-russe massive qui a contribué à nourrir ce processus ! Ils se refusent ensuite à faire une distinction essentielle entre les groupes qui ont un agenda anti-occidental, et ceux qui se battent dans un cadre national. Si nos interlocuteurs, dits modérés, ont choisi début août de s’allier avec Fatah Al-Cham [anciennement Front Al-Nosra affilié à Al-Qaida], c’est qu’ils avaient de bonnes raisons que nous n’avons pas voulu entendre.Les Nations unies ne font pas mieux : leur premier médiateur, Lakhdar Brahimi, était l’ancien ministre des affaires étrangères des généraux éradicateurs responsables de l’écrasement du « printemps algérien » de 1991 ! Staffan de Mistura, son successeur, n’a pas renouvelé cette équation : le soutien qu’ont apporté les Russes à son plan de démilitarisation d’un seul des deux camps qui s’affrontent à Alep l’a démontré avec éloquence. Nous n’avons pas fini de payer le prix de ce dangereux tournant syrien de notre histoire contemporaine.

L’altérité islamiste, une histoire autre ?


Orient XXI.info |

Comprendre l’islam politique. Une trajectoire de recherche sur l’altérité islamiste, 1973-2016 paraît le 20 octobre 2016 aux éditions La Découverte. François Burgat se propose d’éclairer l’apparition, dans la période postcoloniale, d’un islam politique qui cristallise une très profonde défiance, en replaçant ses analyses et sa trajectoire de chercheur dans le parcours personnel qui les a nourries et l’environnement scientifique qui les a accueillies. Un parcours intellectuel qui commence en Algérie, où il est affecté par hasard comme « volontaire du service national actif », ainsi qu’il le raconte dans l’extrait ci-après.

Je ne recherchais rien de particulier en Algérie. Partir comme « coopérant », comme on disait alors, permettait avant tout d’éviter l’armée d’active, ce qu’une écrasante majorité de mes condisciples étudiants de l’époque s’employait à faire. Lors de la journée d’incorporation, quand un officier avait demandé à ceux intéressés par l’idée d’une « préparation militaire supérieure » de se manifester, il avait très mal pris le fait que pas un seul des trente sursitaires présents n’ait levé la main. C’était dans l’air du temps. J’ai d’ailleurs failli être réformé : une des mentions mystérieuses portées par le psychiatre sur le relevé de mon état médical évoquait une « tendance au rire incontrôlée ». Et en faisant décoder ce diagnostic, je n’avais de surcroît pas réussi à m’empêcher… de rire aux éclats. Face à l’échéance du service militaire obligatoire, au terme de quelques années passées à découvrir le monde en marge de mes études de droit, j’ai donc très banalement opté pour le sursis d’abord, puis, lorsque les délais d’incorporation furent épuisés, pour le « volontariat pour le service national actif » qui allait faire de moi, pour un an et demi, un « VSNA ». « À quel moment avez-vous ressenti un attrait particulier pour le monde arabe ? », m’a-t-on souvent demandé.« Quand avez-vous éprouvé une attirance pour l’islam ? », osent régulièrement certains. Partir en Algérie, en réalité, ne fut pas un choix, ni moral ni politique. Sur les formulaires du ministère, mes souhaits étaient très clairs : c’était en Argentine ou, à défaut, au Chili que je voulais partir. Et c’est en Algérie que, comme quelques milliers d’autres post-soixante-huitards, j’ai été affecté pour deux ans. C’est donc en Algérie que ma trajectoire intellectuelle a commencé à prendre forme. Par hasard d’abord, plus consciemment ensuite : au terme d’une année et demie deVSNA, je choisis de prolonger mon séjour pendant cinq années, notamment pour écrire ma thèse. L’Algérie des années 1970 allait m’offrir la première et la plus marquante opportunité pour construire de façon intellectuelle, organisée et consciente, et non plus seulement intuitive comme lors de mes premiers périples — une distance analytique avec les piliers et les certitudes de ma culture héritée.

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