« Laissez aux Syriens ces quelques heures de légèreté et de bonheur après tant de sang et de larmes »


 

Pendant 13 ans, les Syriens ont été invisibilisés au profit des discours sur la géopolitique. Maintenant qu’Assad est tombé, on commence à les écouter un peu. J’en profite, tribune pour Le Nouvel Observateur.

Firas Kontar

Militant franco-syrien de 46 ans, l’essayiste Firas Kontar se réjouit de la chute du tyran Bachar al-Assad. Il sait l’avenir incertain et le chemin long avant de voir son pays libre. Il appelle à laisser les Syriens rêver à des lendemains qui chantent.

Le contraste est saisissant en ce dimanche 8 décembre entre l’explosion de joie des Syriens, en exil ou dans le pays, et le ton des commentateurs politiques français. Une des pires tyrannies, qui a tant fait souffrir les Syriens pendant plus de cinq décennies, s’effondre face à l’avancée spectaculaire d’une coalition de combattants rebelles, dont des islamistes. Pourtant, les premiers commentaires entendus portent sur le profil de certains de ces combattants.

Laissez aux Syriens ces quelques heures de légèreté et de bonheur après tant de sang et de larmes. Laissez-les rêver d’un quotidien qui ne sera plus marqué par la terreur, laissez-les imaginer une vie sans la peur d’être enlevé ou de disparaître sous les ordres des services d’Assad, qui se sont arrogé le droit de vie ou de mort sur chaque Syrien. Laissez-les célébrer le départ de celui qui a tué des centaines de milliers de nos compatriotes, transformé notre beau pays en une fosse commune et forcé à l’exil plus de douze millions d’entre nous. Laissez-les respirer un air pur, sans sarin ni soufre. Laissez-les crier, dans les rues et sur les places, « Bachar, casse-toi, la Syrie n’est pas à toi », sans craindre les balles du régime.

Ce jour tant rêvé par des millions de Syriens est enfin arrivé. Et cela, sans l’aide de personne. Après treize années durant lesquelles le monde nous a regardés mourir, observant les portes de l’enfer s’ouvrir en Syrie, sans intervenir. Treize années pendant lesquelles les démocraties n’ont offert que de vains discours face à l’immensité des crimes d’Assad et de ses alliés, qui eux ne comprennent que la force. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui nous ont abandonnés s’inquiètent de l’idéologie de certains combattants. Pourtant, l’extrémisme prospère dans un terreau de désespoir. On peut comprendre les Syriens, abandonnés de tous, trouver du réconfort dans la religion, et imaginer que pour beaucoup, seul l’espoir d’une justice divine les aide à surmonter le quotidien.

En finir avec la tyrannie des Assad

La première motivation des combattants qui ont pris Alep, Hama, Homs, puis Damas, est de retourner sur leur terre, dans leurs villages d’où ils ont été chassés depuis treize ans, et d’en finir avec la tyrannie des Assad. Dès l’été 2012, lorsque la révolte a atteint Alep, deuxième ville du pays, Assad a compris qu’il ne pourrait plus contrôler un pays de plus de 21 millions d’habitants. Il a alors orchestré un changement démographique en ciblant la majorité arabe sunnite, qu’il considérait comme la moins loyale. C’est à cette époque qu’il a intensifié les bombardements aériens et commencé à utiliser des missiles Scud sur la région d’Alep, détruisant des quartiers entiers. En tout, 82 000 barils d’explosifs ont été largués sur les civils durant le conflit. Ces crimes contre l’humanité ont poussé plus de 12 millions de Syriens à l’exil.

Il y a encore un mois, ces millions de Syriens réfugiés au nord du pays ou ailleurs dans le monde n’osaient plus espérer un retour. Aujourd’hui, ils reprennent massivement la route, rassurés par la fin de la dictature des Assad qu’ils redoutaient tant. Ils trouvent de l’espoir dans les messages apaisants envoyés par la coalition hétéroclite qui a libéré le pays, appelant à l’unité de toutes les composantes de la société syrienne.

Le chemin sera long

La chute du régime Assad est la continuation naturelle du processus révolutionnaire entamé en 2011. Il n’est pas surprenant qu’une dictature enracinée depuis 1970 ait résisté plus de treize ans aux vents du changement. Les alliances qu’elle avait nouées ont contribué à sa survie, mais ses parrains, la Russie et l’Iran, affaiblis eux-mêmes, ne pouvaient plus la soutenir.

L’avenir sera semé d’embûches. Assad a laissé derrière lui un pays détruit, avec des centaines de milliers d’orphelins et des infrastructures essentielles – santé, éducation, énergie – en ruines. Pourtant, l’espoir réside dans une société résiliente, traversée par une multitude de courants idéologiques et un activisme fort. Les jeunes de 2011, bien qu’épuisés, restent engagés pour construire un pays libre. Le chemin sera long, car Assad a exploité les divisions confessionnelles et ethniques pour asseoir son pouvoir. Mais l’obstacle le plus impitoyable a été surmonté : la tyrannie des Assad appartient désormais au passé.

BIO EXPRESS

Firas Kontar, est un militant des droits de l’homme et essayiste franco-syrien. Il est l’auteur de « Syrie, la révolution impossible », ed. Aldeia, 2023

Syrie : au-delà du secret


Que s’est-il agi de cacher à Saidnaya et dans les souterrains des palais des Assad ? Comme les casques blancs syriens confrontés à la l’impossibilité de poursuivre leurs fouilles, nous butons sur un impossible. Comme les prisonniers libérés qui ont oublié leurs propres noms et jusqu’à l’usage de la parole, nous sommes là aux prises avec des mots manquants.

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Racha Abazied (avatar)

Racha Abazied

Franco-syrienne, éditrice au CAREP Paris – Fondatrice et présidente de l’association culturelle Syrie MDL de 2011 à 2018.

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Pendant deux jours, les recherches ont continué dans les profondeurs de la prison, à la recherche de couloirs secrets et de cellules murées. Sur les images de vidéosurveillance qui quadrillaient l’enfer carcéral de Saidnaya, des prisonniers bougeaient encore, dans des cellules introuvables. On ne les atteindra jamais. Le 10 décembre au matin, les unités des casques blancs déclarent les fouilles terminées : il n’y a plus de prisonniers à Saidnaya[1] et s’excusent auprès des familles attendant encore des nouvelles de leurs proches. La vérité est cruelle : ils sont parvenus à 4 lieux de détentions secrets mais n’ont trouvé aucun prisonnier vivant, les disparus sont probablement décédés. On estime leur nombre en Syrie à une centaine de milliers.

La dictature des Assad, tombée, une gigantesque opération de reconnaissance a fait s’engouffrer le peuple syrien dans les couloirs des palais et les souterrains des prisons du régime Assad. Et le monde découvre avec eux, incrédule, l’étendue de l’horreur tapie dans les sous-sols, les profondeurs souterraines de la « zone rouge » de la prison de Saidnaya et dans les couloirs tentaculaires des bunkers des Assad. On en soupçonnait plus ou moins l’existence, on avait des témoignages, des croquis, des documents avaient filtré, mais la réalité dépasse l’imagination.

Des sous-sols de Saidnaya…

À mesure que les rebelles libèrent une à une les prisons syriennes, un peuple martyrisé durant des années renaît à la vie, tel un Jonas sortant du ventre de la baleine, et d’un régime qui ne devait son salut que grâce à la terreur qu’il infligeait à son peuple.  Une terreur avec laquelle il devait vivre chaque jour. Après Homs, où 3 500 détenus ont recouvré la liberté : Saidnaya, à 30 km au nord de Damas. Cet énorme centre de détention où l’« on disparaît », qualifié par Amnesty International d’ « abattoir humain », a remplacé dans l’esprit des Syriens la fameuse prison de Tadmor (Palmyre), emblème de la torture sous le règne d’Assad-père, comme symbole des atrocités.

Dans la nuit du 8 décembre, des centaines de familles se sont amassées à l’extérieur de Saidnaya tandis que les rebelles forçaient les verrous et libéraient les prisonniers des trois étages supérieurs. De 4h à 7h du matin, des files ininterrompues de prisonniers sortaient des cellules. Des milliers d’êtres humains retrouvent l’air libre, qu’ils n’ont pas respiré depuis des années. Des fantômes hagards, des corps amaigris, blessés, des êtres brisés, parfois incapables de marcher ou de décliner leur identité, comme ce jeune homme dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux, incapable de parler ou de dire son nom.

Des familles désespérées se rendent alors dans les hôpitaux pour identifier les corps que l’on aurait transférés depuis les centres de détention. Des équipes découvrent les morgues de l’hôpital militaire de Harasta (nord-est de Damas), où la torture des détenus par les forces de sécurité et de renseignement du régime est « généralisée et systématique ». C’est ici que les prisonniers de Saidnaya sont amenés quand ils ne sont pas « achevés » à Saidnaya-même, avec cet autre instrument d’horreur qu’est la « presse humaine »,

Illustration 1

une invention que l’autrice Samar Yazbek, commente dans un tweet : « Je ne peux pas quitter des yeux la presse métallique de la prison de Saydnaya ! J’ai documenté de nombreuses atrocités à partir de 2011, des massacres au couteau, chimique, bombardement, viols… mais cette invention qui consiste à écraser le corps humain et à créer un mécanisme de drainage sanguin pour récupérer le liquide : quelle imagination criminelle ! Quand les muscles de nos cœurs s’arrêteront de battre [d’effroi], notre priorité devra être de traduire Bachar al-Assad en justice. »

Dans les morgues de Harasta, les corps sont encore ensanglantés, révélant des traces de tortures récentes. Ils sont entreposés dans les morgues avant d’être incinérés, soit dans l’enceinte de l’hôpital, soit dans un incinérateur dans la banlieue damascène d’Al-Tall.

Les découvertes macabres se multiplient. Les corps, les traces de torture et les preuves de crimes s’amoncellent, laissant entrevoir l’ampleur des exactions. Fouiller le dédale interminable de Saidnaya et d’autres centres de détention prendra des années, un travail réservé aux experts de la justice et des archives. Saidnaya n’a malheureusement pas fini de nous dévoiler tous ses secrets.

… aux forteresses souterraines de la dynastie Assad

Alors que les horreurs de Saidnaya émergent, les rebelles explorent les palais présidentiels. Les résidences impénétrables de Bachar el-Assad sont ouvertes à qui veut venir se servir dans l’opulence indécente du dictateur. Sous l’un des palais présidentiels des galeries de tunnels relient les différents lieux de résidence de Bachar, avec des panneaux indicatifs, des cuisines, salles de bains en sous-sol.

Mais la découverte la plus spectaculaire est celle de la maison de Maher el-Assad, frère de Bachar el-Assad. Un escalier en spirale à l’intérieur mène à un Bunker gigantesque, un labyrinthe de couloirs interminables dans les profondeurs des sous-sols décrit par les rebelles comme un « immense complexe de tunnels, suffisamment larges pour que des camions chargés de captagon et d’or puissent y passer », un commerce que Maher el-Assad était chargé de sécuriser avec la quatrième division de l’armée syrienne.

Le dédale de tunnels se poursuit encore plus bas, des portes blindées séparent les différents espaces. Le rebelle qui film les tunnels dit un moment dans la vidéo : « On se croirait dans Half live » (jeu vidéo de science-fiction qui se déroule dans un gigantesque complexe scientifique top secret installé dans une base militaire désaffectée totalement enterrée sous la surface). Des chambres, un bureau et même une cuisine suréquipée, remplie de vivres. On imagine aisément le temps et toute l’ingénierie qu’une telle construction a demandés.

Quelle ironie du destin : construire des bunkers anti-atomiques et amasser des fortunes pour fuir comme des rats ! Ce régime, qui a bâti un des appareils sécuritaires les plus cruels et les plus sophistiqués du monde (voirMichel Seurat L’État de Barbarie, Le Seuil, 1989), avec quatre services de renseignements différents, concurrentiels et poussés continuellement à la performance, craignait donc à ce point la colère populaire que ce dédale antiatomique ne pouvait l’en protéger ? Ou bien,  malgré tous ses efforts de propagande, ses alliés protecteurs (Russie, Iran, Hezbollah…), la corruption et le clientélisme qui le perfusaient, le poids de ses crimes pesait-il plus lourdement sur sa « conscience » que toutes les tonnes de béton armé qui auraient pu saturer le sous-sol de la Syrie ?

Au regard du caractère monumental et psychédélique de ces constructions souterraines, on parlerait d’ailleurs plus volontiers d’« inconscient » du régime syrien, Minotaure se nourrissant de chair humaine qui se terrait dans un labyrinthe de tunnels fortifiés interminables et dont la peur et la terreur sont le seul sentiment qu’il était décidément capable d’inspirer et de ressentir encore.

Les souterrains du pouvoir nous révèlent les secrets d’un régime tortionnaire, mais aussi la nature et le visage d’un monstre hanté par la peur. Une peur qu’il a lui-même érigée en système et dont il ne put se dépêtrer car elle l’accompagna jusqu’à sa dernière heure.

Nouvelle langue

Que s’est-il agi de cacher à Saidnaya et dans les souterrains des palais des Assad ? Comme les casques blancs syriens confrontés à la l’impossibilité de poursuivre leurs fouilles, nous butons sur un impossible. Comme les prisonniers libérés qui ont oublié leurs propres noms et jusqu’à l’usage de la parole, nous sommes là aux prises avec des mots manquants. Car ce que nous découvrons à Saidnaya c’est que l’humanité n’en a jamais fini avec l’horreur et le pire. Qu’après les camps de concentration et d’extermination, les Khmers rouges ou encore les dictatures de Pinochet ou de Corée du Nord, il y a encore la presse à cadavres.

Formons le vœu qu’ici s’achève le calvaire syrien. Que les coupables de crimes contre l’humanité syriens soient, dans un futur proche ou lointain, traduits en justice. Qu’un jour, Saidnaya devienne un musée, un lieu de mémoire, à l’instar de l’École de mécanique de la Marine (Esma) à Buenos Aires, le tristement célèbre centre de détention et de torture de la dictature argentine (1976-1983). Un autre enfer transformé l’année dernière en lieu interdisant l’oubli. Et que tous ceux qui se sont murés dans un silence complice, brandissant inlassablement le duel de la peste et du choléra, fassent enfin l’effort de reconnaître la dictature pour ce qu’elle est.

Car pour avancer sur le chemin de la justice, il nous faudra désormais apprendre à écouter la nouvelle langue que les Syriens vont inventer pour dire l’au-delà de l’horreur, l’au-delà du secret de l’architecture souterraine du régime des Assad.Recommander (60)Recommander (60)

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Les premiers jours de la Syrie libre: le positif, le négatif et la laideur


Qunfuz

Robin Yassin-Kassab

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Nous redoutions que la fin du régime ne soit accompagnée d’un bain de sang. Dieu merci, cela ne s’est pas produit. Au final, le régime s’est effondré sans combat, même dans son supposé bastion sur la côte.

Il y a eu quelques pillages à Damas, qui a été quelque peu plus chaotique que les villes du nord, peut-être parce que la présence rebelle y était plus réduite. Sinon, les nouvelles provenant de la Syrie libérée sont étonnamment bonnes.

Sur le plan social, les Syriens parlent le langage de la réconciliation. Une vidéo typique montre un rebelle barbu admonestant des combattants du régime ayant capitulé pour avoir soutenu le camp qui a massacré des femmes et des enfants. Puis il leur dit : « Partez ! Vous êtes libres ! » Les rebelles ont annoncé une amnistie générale pour le personnel militaire. Cela ne s’étend toutefois pas à ceux coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’intention est de demander des comptes à ces derniers.

Pendant ce temps, Muhammad al-Bashir, qui était le Premier ministre du Gouvernement de Salut à Idlib, a été nommé pour former un gouvernement de transition à Damas. Le Gouvernement de Salut dirigeait le territoire de HTS, mais était civil, largement technocratique et relativement indépendant. Il semble qu’une logique similaire s’appliquera au Gouvernement de Transition.

Ayant abandonné son nom de guerre, Abou Muhammad al-Jolani est désormais connu sous son vrai nom, Ahmad al-Sharaa. Au lieu de « chef du HTS », il a été rebaptisé « commandant des opérations militaires ». Il souhaite être perçu comme une figure nationale plutôt qu’un jihadiste sunnite. Certains craignent qu’il ne change de direction dès que les États occidentaux cesseront de le qualifier de terroriste, mais pour l’instant, son orientation semble tolérante et démocratique. Par exemple, il a été demandé aux rebelles de ne pas interférer dans le choix vestimentaire des femmes. Et des figures éminentes de l’opposition affirment que la Résolution 2254 de l’ONU sera mise en œuvre. Cela inclura la rédaction d’une nouvelle constitution et la tenue d’élections libres et équitables sous supervision de l’ONU.

Jusqu’ici tout va bien. Tout cela inspire confiance aux Syriens dans le pays, ainsi qu’aux millions qui ont été chassés de leurs foyers. De gigantesques flux de personnes quittent les camps de tentes à la frontière du pays, et reviennent de Turquie et du Liban, où elles étaient si souvent victimes de violences et de racisme. Le résultat, ce sont des milliers de retrouvailles émouvantes entre frères et sœurs, ou entre parents et enfants, qui, dans de nombreux cas, ne s’étaient pas vus depuis plus d’une décennie. C’est une bénédiction à laquelle personne ne s’attendait il y a deux semaines, et qui marque l’apogée d’un drame qui dure depuis près de 14 ans. En 2011, des millions de Syriens criaient Irhal ! – Pars ! – à Assad. Sa réponse fut de les chasser à la place. Mais aujourd’hui, enfin, la famille Assad est devenue réfugiée.

Il est également très positif que des dizaines de milliers de prisonniers aient été libérés des geôles d’Assad. Mais il est extrêmement déprimant de constater que beaucoup d’entre eux sont dans un état déplorable. De nombreuses femmes et enfants ont été trouvés derrière les barreaux. Les enfants avaient été arrêtés par le régime avec leurs parents, ou sont nés dans ces prisons de mères violées.

Certaines personnes qu’on croyait mortes ont été retrouvées vivantes. De nombreux Libanais, Jordaniens et Palestiniens, y compris des membres du Hamas, ont été libérés. Certains prisonniers avaient disparu dans ce que les Syriens appellent « derrière le soleil » depuis plus de quatre décennies. Certains des libérés pensaient encore que Hafez al-Assad était président (il est mort en 2000). Beaucoup de ceux qui retrouvent la lumière sont émaciés ou handicapés par la torture. Certains semblent avoir perdu la mémoire ou la raison.

Les images les plus terribles proviennent de la prison de Sednaya. Amnesty International avait qualifié Sednaya de « boucherie humaine » et estimé qu’entre 5 000 et 13 000 personnes y avaient été exécutées sommairement entre septembre 2011 et décembre 2015 seulement. Il semble maintenant que le nombre total de meurtres soit bien plus élevé.

On estime qu’au moins 130 000 personnes avaient disparu dans le goulag assadiste. Fadel Abdul Ghany, directeur du Réseau syrien pour les droits de l’homme, a déclaré hier (le 9 décembre) qu’il pense que la grande majorité des prisonniers ont été assassinés.

L’activiste bien connu Mazen Hamada a été retrouvé mort à Sednaya. Des salles remplies de vêtements et de chaussures abandonnés, vraisemblablement appartenant aux victimes, ont été découvertes. Une salle contenait des sacs de cordes à nœuds pour les pendaisons. Une « presse d’exécution » pour écraser les corps a été trouvée, ainsi qu’une fosse commune remplie de corps partiellement dissous dans de l’acide. Des piles de cadavres ont également été découvertes à l’hôpital militaire de Harasta. On pense que ces personnes ont été tuées à Sednaya, puis que leurs corps ont été déplacés. Il semble que beaucoup aient été assassinées très récemment, alors même que le régime s’effondrait.

Après plus d’un demi-siècle, les Syriens émergent enfin de l’horreur de l’un des pires États de torture de l’histoire. L’héritage des camps de la mort comme Sednaya s’ajoute – avec l’économie en ruine et les infrastructures ravagées par la guerre – à la liste des défis traumatisants auxquels le pays est confronté. Les Syriens ont besoin d’aide, de solidarité et de compréhension de la part du reste du monde.

Zionists advancing into Syria.

Mais qu’offre donc la prétendue « communauté internationale » aux Syriens à la place ?

Israël – armé par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres – leur offre des bombardements insensés. L’État sioniste a frappé des centaines de cibles, non seulement des sites d’armement – afin qu’une Syrie libre et indépendante soit sans défense – mais aussi des bâtiments contenant des documents. On peut supposer qu’il vise à détruire des preuves de ses collaborations avec le régime, et peut-être aussi celles de son allié américain.

Israël pénètre également plus loin dans le plateau du Golan, créant une « zone tampon » pour protéger ce territoire occupé illégalement, dont Hafez al-Assad, le père de Bachar, s’était retiré sans combat en 1967 (il était ministre de la Défense à l’époque). Le régime Assad, tant sous le père que le fils, a protégé la sécurité d’Israël à la frontière mieux que ne l’ont fait les États ayant signé des accords de paix avec Israël. Le régime a également emprisonné tout Syrien qui s’organisait de quelque manière que ce soit contre le sionisme. Parmi les prisonniers libérés hier se trouvait Tal al-Mallouhi. Tal avait été arrêtée en 2009, à l’âge de 19 ans, simplement pour avoir écrit des poèmes et des billets de blog appelant à la solidarité avec la Palestine. C’est pour cela que la chute d’Assad a enragé Israël.

Aucune puissance occidentale n’a condamné l’attaque non provoquée d’Israël contre la Syrie libre. Elles ont manifesté leur hostilité envers les Syriens dès les premières minutes de la libération. Et cela pourrait potentiellement rendre nos avenirs non seulement mauvais, mais très sombres. Que le peuple syrien l’emporte.

Traduction : ChatGPT

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Israël a transformé la bande de Gaza en couloir de la mort


Depuis plus d’un an, l’armée israélienne mène dans la bande de Gaza une lutte sans merci contre le Hamas qui ressemble à une guerre contre les civils. Le misérable territoire a subi des destructions immenses et les morts s’enchaînent au gré des bombardements quotidiens sans que le monde ne réagisse. 

La population de Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza n’a d’autre choix que de fuir l’opération militaire israélienne actuelle.

– AFP.Par Baudouin Loos

Journaliste au pôle International

Publié le 13/11/2024 à 18:51 Temps de lecture: 3 min

Bande de Gaza, novembre 2024. Les journalistes étrangers y sont toujours interdits par l’occupant israélien, mais les informations sortent du petit territoire. Tous les jours. Grâce aux journalistes gazaouis, pourtant décimés (plus de 130 tués en un an), grâce aux vidéos envoyées par la population, grâce aux agences de l’ONU ou grâce aux quelques ONG présentes sur le terrain. Et ces informations se révèlent effarantes. À la tête du Norwegian Refugee Council, Jan Egeland, ancien ministre et ex-diplomate, a pu se rendre sur place, et tweetait le 6 novembre : « J’ai vu une destruction défiant l’imaginable, de Rafah jusqu’à Gaza-ville. La destruction d’une société entière de plus de 2 millions de personnes, dans un territoire restreint, densément peuplé. Il ne s’agit en aucun cas de légitime défense. »

On peut accumuler indéfiniment les témoignages. Comme celui de Philippa Greer, cheffe du département juridique de l’Unrwa à Gaza, commentant des images terribles qu’elle envoyait sur X ce 9 novembre : « Aujourd’hui, en entrant dans la ville de Gaza. Les ruines de la vie. Un âne gisant mort attaché à une charrette avec les biens de quelqu’un. Des groupes de personnes traversant vers le sud, avec trop de choses vu la longueur du voyage, à marcher sous le soleil. Un homme portant un drapeau blanc devant sa famille. Des femmes sur le point de s’effondrer, traînant des sacs sur le sol, marchant à reculons, s’arrêtant et fermant les yeux. Un homme par terre en sous-vêtements, avec des soldats près du poste de contrôle. Une femme traversant probablement avec lui, désemparée, désespérée. »

Les chiens errants mangent des cadavres

Le journal israélien Haaretz a interrogé Georgios Petropoulos, chef du bureau de Gaza de l’Ocha (coordination des affaires humanitaires à l’ONU). Ses propos sont plus que dérangeants. Extrait : « Petropoulos affirme que l’odeur des cadavres en décomposition imprègne toute la bande de Gaza. Elle émane des décombres, sous lesquels des personnes ont été enterrées, et des chiens courent avec des restes humains dans la gueule. “Les chiens sauvages sont partout. Lorsque vous voyez une meute de chiens, il y a de fortes chances qu’ils se tiennent autour d’un cadavre. Un de mes collègues a poursuivi un chien qui tenait dans sa gueule le pied d’un enfant mort. Parfois, lorsque nous passons devant des postes de contrôle militaires, nous ramassons les corps des personnes qui y ont été abattues et nous les remettons à la Croix-Rouge”. »

Le Grec a accumulé les expériences traumatisantes. « Il y a six mois, M. Petropoulos a assisté à une frappe contre un haut responsable du Hamas à Khan Yunès. “Cela ressemblait à Nagasaki”, se souvient-il. “Ils ont compté les corps et 70 personnes se sont évaporées. Lorsqu’ils ont bombardé Mawasi le 10 septembre, je suis tombé de mon lit et les dix ou vingt personnes qui se trouvaient dans des tentes avant l’attaque ont disparu. J’étais aussi à l’hôpital après le bombardement, et cela ressemblait à un abattoir. Il y avait du sang partout”. »

Sur le réseau X le 7 novembre, Jonathan Witthall, chef ad interim de l’Ocha pour les territoires occupés, fait ce constat lugubre : « Tous les habitants de Gaza ont l’impression d’être dans le couloir de la mort. S’ils ne sont pas tués par des bombes ou des balles, ils suffoquent lentement par manque de moyens de survie. La seule différence est la vitesse à laquelle on meurt. Le monde a échoué à Gaza. »

« Notre travail consiste à aplatir Gaza »

Le gouvernement israélien souligne qu’il ne fait que se défendre, qu’il combat et veut annihiler le Hamas à Gaza, l’organisation palestinienne islamiste qui avait commis les atroces attaques terroristes en Israël le 7 octobre 2023. Mais l’ampleur des pertes civiles (évaluées à plus de 43.000 et sans doute bien plus encore) et des destructions dans la bande de Gaza donne à penser que d’autres desseins se cachent derrière les buts officiels.

En atteste entre autres le comportement de l’armée israélienne à Gaza. Car, en dépit des affirmations de l’armée qui dit traquer les éventuels excès des soldats, ces derniers envoient toujours fièrement – et cela depuis un an – des vidéos de leurs « exploits » à Gaza. Le site dropsitenews.com a collecté les histoires diffusées sur Instagram et les messages quotidiens partagés par les soldats d’une unité, le bataillon de génie de combat israélien 749. Cet extrait en dit long : « notre travail consiste à aplatir Gaza », lit-on dans la légende d’une vidéo publiée par un soldat de la compagnie D9 en septembre. « Dans la vidéo, l’unité est en train de raser plusieurs maisons du quartier de Zaitoun (à Gaza). Le commentaire de la compagnie sur le billet dit : “Personne ne nous arrêtera.” »

La volonté d’oblitération de la bande de Gaza exprimée par nombre de soldats ne semble pas aller à l’encontre des ordres donnés. Dès début janvier, l’historien français Vincent Lemire faisait ce constat dans Le Monde : « Ce n’est plus une guerre pour “éradiquer” le Hamas, c’est une dévastation volontaire, systématique et délibérée, pour extirper les civils de la bande de Gaza, par la mort ou par l’exode, par la famine ou par l’épidémie. » Tout se passe comme si l’armée israélienne s’était acharnée à lui donner raison.

Les plus enthousiastes pour cette solution radicale en Israël vont plus loin. Ce que constatait récemment pour le dénoncer l’ancien ministre et ex-membre du cabinet de guerre Gadi Eizenkot à la chaîne 12 israélienne : « Une partie centrale de la coalition [gouvernementale] travaille à la réalisation des objectifs cachés, à savoir l’arrivée d’un gouvernement militaire dans la bande de Gaza et le retour des colonies à Gaza. »

« Nettoyage ethnique » dans le Nord

Le gouvernement a en tout cas décidé qu’un nettoyage ethnique – l’expression est sur bien des lèvres et figure d’ailleurs dans le dernier rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch consacré aux déplacements forcés qui concernent 90 % de la population du territoire de Gaza – serait mené dans le Nord, où les agglomérations Jabalia, Beit Hanoun et Beit Lahia sont soumises à un traitement de choc pour en chasser toute la population qui y réside encore.

Les trois derniers hôpitaux qui fonctionnaient encore tant bien que mal dans le Nord ont subi des assauts en règle. L’agence de presse américaine Associated Press (AP) a récemment publié une enquête à ce propos. « Certains patients craignent maintenant les hôpitaux, refusant d’y aller ou partant avant que le traitement ne soit terminé », conclut l’article. «“Ce sont des lieux de mort”, a déclaré Ahmed al-Qamar, un économiste de 35 ans du camp de réfugiés de Jabalia, au sujet de sa peur d’emmener ses enfants à l’hôpital. » L’AP évoque « une guerre dans laquelle les hôpitaux ont été ciblés avec une intensité et une transparence rarement vues dans les conflits modernes ».

L’enquête contredit les assertions israéliennes selon lesquelles les hôpitaux servent de bases opérationnelles au Hamas, fondées sur « peu ou pas de preuves ». Il relaie aussi des témoignages glaçants, comme à propos de l’hôpital El-Awda : « Les survivants et les administrateurs de l’hôpital racontent qu’au moins quatre fois, des drones israéliens ou des snipers ont tué ou grièvement blessé des Palestiniens essayant d’entrer. Deux femmes sur le point d’accoucher ont été abattues et sont mortes en saignant dans la rue, selon le personnel. Salha, l’administrateur, a vu des tirs tuer sa cousine, Souma, et son fils de 6 ans alors qu’elle amenait le garçon pour traiter ses blessures. »

Haaretz : « Une tache morale pour le pays »

Malgré une approbation assez générale des actions de leur armée à Gaza au sein de la population israélienne, des voix s’élèvent contre ce consensus. Ainsi en est-il du journal Haaretz, dans son éditorial du 6 novembre : « La guerre est menée sans considération pour le droit international. C’est comme s’il n’y avait pas de civils à Gaza, pas d’enfants et pas de conséquences pour nos actions. Le désir de se venger de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 s’est transformé en une guerre brutale et débridée constituant une violation flagrante des lois de la guerre et, pire encore, qui sera retenue comme une tache morale pour le pays. »

Le mot génocide est encore quasi tabou en Israël. Pas à Gaza ni à l’ONU. En tout cas pour Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, par exemple dans son constat le 5 novembre : « Israël détruit les Palestiniens de Gaza de bien des manières. La plus complexe et la plus cruelle est de créer des conditions de vie intenables et inhumaines. Il ne faut pas appeler cela une “guerre”. C’est un génocide. Les motifs n’ont aucune importance. L’intention (c’est-à-dire la détermination) de détruire est évidente et sans équivoque. La complicité d’autres Etats est tout aussi évidente. »

En effet, face à l’accumulation des crimes de guerre et contre l’humanité, les Etats-Unis et les Européens restent comme tétanisés, incapables de dire les choses. A une rarissime exception près, unique par sa franchise et qui ne sera sans doute pas répétée, celle d’Emmanuel Macron, qui évoquait l’action d’Israël au Liban, mais a fortiori aussi dans la bande de Gaza puisqu’elle y est encore plus dramatique : « On parle beaucoup, ces derniers jours, de guerre, de civilisation ou de civilisation qu’il faut défendre », a dit le président français le 24 octobre, avant d’ajouter : « Je ne suis pas sûr qu’on défende une civilisation en semant soi-même la barbarie. »

SAMSON ET CASSANDRE


(16 avril 2024)

10 novembre 2024

Norman Finkelstein

19 avril 2024

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Ma mère m’a raconté un jour l’histoire d’une femme émaciée du ghetto de Varsovie qui hurlait depuis le rebord de sa fenêtre que tous les Juifs du ghetto seraient tués. On l’a appelée Cassandre, d’après la prophétesse de malheur de la mythologie grecque. Tout le monde pensait qu’elle était folle. Rétrospectivement, ma mère a supposé qu’elle avait en quelque sorte découvert la vérité : les Juifs n’étaient pas « déplacés » à l’Est ; ils étaient transportés vers la mort.

J’ai hésité jusqu’à présent à tirer la sonnette d’alarme. Mais au risque de passer pour un fou, il faut, en tant qu’acte de responsabilité politique, le dire haut et fort : Israël se précipite vers le précipice et entraîne le reste du monde avec lui.

Une analyse rationnelle de la situation actuelle doit commencer par ce constat fondamental : Israël est un État fou. Pas un « mauvais acteur », pas un régime « voyou ». Un État fou. L’éventail complet de l’opinion de l’élite israélienne, qui reflète elle-même l’ensemble de la société israélienne (qui soutient massivement la guerre génocidaire à Gaza ; seule une poignée d’Israéliens ont refusé de servir), s’étend sur un petit pas de puce :

A UN POLE se trouvent des « réalistes cinglés », dont le sociologue C. Wright Mills a écrit dans le contexte américain : « Ils en sont venus à croire qu’il n’y a pas d’autre solution que la guerre, même s’ils sentent que la guerre peut être une solution à rien… ils continuent à croire que « gagner » signifie quelque chose, même s’ils ne nous disent jamais quoi. » (1) Le professeur Benny Morris est carrément coupé de ce moule. Il est urbain, éduqué, laïc – et cinglé. Il a même un jour « prouvé » que les Juifs israéliens ne pouvaient pas coexister avec les barbares palestiniens en rassemblant, entre autres, des statistiques sur le nombre d’accidents de la route supplémentaires dans lesquels les Palestiniens se trouvaient ! (2) Morris exhorte les États-Unis à se joindre à une attaque contre l’Iran, puis agite la menace que si Washington ne se montre pas à la hauteur, Israël fera cavalier seul en bombardant l’Iran. Il doit être conscient de la situation lorsqu’il avance avec désinvolture qu’une attaque non seulement incinérerait des dizaines de millions d’Iraniens – il estime qu’ils l’ont bien mérité – mais déclencherait également des représailles mortelles. Le Hezbollah à lui seul posséderait 150 000 missiles. C’est un autodafé tortueux. Cette perspective ne semble toutefois pas inquiéter Morris le moins du monde.

À L’AUTRE PÔLE se trouvent des fous purs et durs – ou ceux qui sont à deux doigts de ce seuil. « Le plus grand danger auquel Israël est actuellement confronté », observait avec prévoyance Noam Chomsky il y a déjà quatre décennies, « est la « version collective » de la vengeance de Samson contre les Philistins – « Laissez-moi périr avec les Philistins » – lorsqu’il a fait tomber le Temple en ruines. » Les clones de Samson retranchés à Jérusalem sont soit déjà devenus fous – « nous tuerons et enterrerons les Gentils autour de nous tandis que nous mourrons avec eux » – soit font semblant de « devenir fous » afin de terrifier ennemis et alliés et de les soumettre. Il faut noter que la folie feinte se transforme facilement en réalité lorsque les fantômes imaginaires que l’on évoque à répétition s’infiltrent dans les chambres intérieures de la psyché. Le résultat est que cette folie, réelle ou artificielle, « rend les calculs rationnels… discutables » car Israël « peut se comporter à la manière de ce que l’on a parfois appelé des « États fous » » (3). Un article paru dans le journal d’hier illustre en temps réel cette propension israélienne aux accès de colère : lorsqu’un haut responsable israélien a conseillé la prudence, ne serait-ce que dans l’immédiat, après les représailles symboliques de l’Iran, un ministre d’extrême droite a exigé au contraire qu’Israël devienne « fou » (4).

*

Le discours prononcé le 14 avril lors de la session d’urgence du Conseil de sécurité par le représentant d’Israël, Gilad Erdan, a montré à quel point Israël était devenu fou. Présentant un cours magistral sur – à tout le moins – la projection proche, Erdan semblait persuadé jusqu’au plus profond de lui-même que « le régime islamique d’aujourd’hui n’est pas différent du Troisième Reich d’Adolf Hitler. Tout comme le régime nazi, le régime des ayatollahs sème la mort et la destruction partout. Pendant des années, le monde a assisté à la montée de ce Reich islamiste de merde, mais tout comme lors de la montée du nazisme, le monde est resté silencieux » ; que « les ambitions hégémoniques de domination mondiale de l’Iran doivent être stoppées avant qu’elles ne conduisent le monde à un point de non-retour, à une guerre régionale qui pourrait dégénérer en guerre mondiale » ; que l’Iran « se dirigeait vers des capacités nucléaires… son temps de percée pour produire un arsenal d’armes nucléaires est maintenant de quelques semaines, quelques semaines seulement ». Si le monde ne contrôlait pas l’Iran, Israël n’aurait d’autre recours que de porter seul le fardeau écrasant de stopper le Troisième Reich d’Hitler : « Nous sommes bombardés de tous les fronts, de toutes les frontières. Nous sommes encerclés par les mandataires terroristes de l’Iran… Tous les groupes terroristes qui attaquent Israël sont les tentacules de la même pieuvre chiite, la pieuvre iranienne. Alors, je vous le demande, et soyez honnêtes avec vous-mêmes, que feriez-vous ?

Que feriez-vous si vous étiez à la place d’Israël ? Comment réagiriez-vous si votre existence était menacée chaque jour ? Israël ne peut pas se contenter de l’inaction. Nous défendrons notre avenir. » Tenant son iPad pour afficher une image d’Israël qui intercepte soi-disant un drone iranien au-dessus de la mosquée al-Aqsa, Erdan a même revendiqué pour Israël le rôle de véritable gardien des lieux saints de l’islam – « regardez cette vidéo qui montre comment Israël intercepte des drones iraniens au-dessus du Mont du Temple et de la mosquée al-Aqsa » – contre ceux qui les profanent à Téhéran. Le ton de sa rhétorique était celui d’une accusation provocatrice : « Qui ose douter de moi ? » « Dans chacun de mes discours et dans d’innombrables lettres », a encore rappelé Erdan, « j’ai sonné l’alarme concernant l’Iran. » Il avait raison de dire qu’il fallait sonner l’alarme, mais il s’était trompé sur l’origine de cette folie. Medice, cura te ipsum. Si Erdan représente ne serait-ce que la moitié de l’État et de la société israéliens – la fraction est sans doute bien plus élevée – une catastrophe se profile. Il est vrai que les dirigeants israéliens ont par le passé prononcé des folies certifiées.

Il suffit de se rappeler le Premier ministre Netanyahou brandissant un dessin animé de la bombe iranienne à la manière des Loony Tunes à l’ONU et sa déclaration selon laquelle ce n’était pas Hitler mais le mufti palestinien de Jérusalem qui avait orchestré la solution finale. En effet, déjà lors des négociations de Camp David en 1978, le président Carter méditait à propos du chef de l’État israélien : « Il devient de plus en plus clair que la rationalité de [Menahem] Begin est mise en doute. » (5)

Pourtant, un bond en arrière civilisationnel sépare l’Israël d’autrefois de ce qu’il est devenu. Le représentant d’Israël à l’ONU au moment de la guerre de 1967 (« des Six Jours »), Abba Eban,Il pouvait tergiverser à répétition, même avec une éloquence consommée, comme il convenait à un triple diplômé de Cambridge, sans sourciller. Mais il était néanmoins possible d’analyser rationnellement ses propositions (comme je m’y suis efforcé une fois) pour prouver qu’elles étaient fausses. (6) Il n’est pas plus possible d’analyser le discours d’Erdan que la diatribe d’un psychopathe.

*

On pourrait demander à l’Iran de faire preuve de prudence pour ne pas agiter les fous dans la salle. Mais hélas, ce n’est pas, à mon avis, une option viable. Les documents montrent qu’une fois qu’Israël a fixé un pays dans sa ligne de mire, rien de moins qu’une soumission abjecte ne l’amènera à renoncer. Si la puissance « ennemie » résiste à la provocation initiale, Israël poursuivra l’escalade avec une provocation encore et encore jusqu’à ce qu’il s’avère politiquement intenable pour l’entité ciblée d’encaisser passivement de nouveaux coups.

C’est ce qui s’est passé quand Israël a ciblé le président égyptien Gamel Abdel Nasser au début des années 1950. (7) (Le Premier ministre israélien Ben Gourion craignait que le président égyptien « nationaliste radical » ne puisse un jour présider un État moderne capable de freiner les ambitions régionales d’Israël.)

C’est ce qui s’est passé quand Israël a ciblé l’Organisation de libération de la Palestine au Liban au début des années 1980. (8) (Le Premier ministre israélien Begin craignait que « l’offensive de paix » de l’OLP – les Palestiniens soutenaient mais les Israéliens s’opposaient à un règlement à deux États – n’exerce une pression internationale sur Israël pour qu’il se retire de la Cisjordanie.)

C’est ce qui s’est passé en 2002 pendant la deuxième Intifada, quand Israël a procédé à des assassinats ciblés de dirigeants palestiniens. (9) (Le Premier ministre Sharon craignait que les Palestiniens cessent leurs attaques armées en échange d’un cessez-le-feu négocié.)

C’est ce qui s’est passé en 2008 quand Israël a rompu un cessez-le-feu avec le Hamas afin de lancer l’opération Plomb durci. (10) (Le Premier ministre israélien Olmert craignait que le Hamas ne gagne en légitimité internationale en modérant son programme politique.) La triste vérité est que, à moins d’un suicide national, l’Iran ne peut pas exercer l’option de l’inaction : Israël continuera presque certainement à intensifier les provocations jusqu’à ce que Téhéran n’ait d’autre choix que de répondre. Il ne serait pas surprenant qu’Israël assassine l’ayatollah Khamenei puis (clin d’œil, clin d’œil) le nie.

*

Le gouvernement israélien a toujours été en alerte pour exploiter les opportunités afin de mettre en œuvre ses plans préconçus. En 1989, lors du massacre de la place Tiananmen, Benjamin Netanyahou a exhorté son gouvernement à exploiter cette diversion médiatique en procédant à une expulsion massive des Palestiniens de Cisjordanie.

Le 4 novembre 2008, lorsque les États-Unis ont élu leur premier président noir, le Premier ministre Olmert a exploité cette diversion médiatique en rompant le cessez-le-feu avec le Hamas.

Le 17 juillet 2014, lorsqu’un avion de ligne malaisien survolant l’Ukraine a été abattu, le Premier ministre Netanyahou a exploité cette diversion médiatique en lançant l’invasion terrestre meurtrière de Gaza dans le cadre de l’opération Bordure protectrice. Les prétextes du 7 octobre et maintenant des « représailles » de l’Iran offrent aux fous de Jérusalem une occasion sans précédent de débarrasser Israël du triple défi à sa domination régionale : en détruisant Gaza, le Hezbollah et l’Iran ; le « brouillard » d’une telle explosion permettrait également à Israël de procéder au nettoyage ethnique de la Cisjordanie.

Si l’on espère qu’une cabale sensée se formera au sein des dirigeants israéliens pour stopper cette embardée, il faut reconnaître que les chances sont contre. Le biographe d’Hitler, Ian Kershaw, a observé que s’il a fallu si longtemps pour que les plans de coup d’État contre le Führer se concrétisent, c’est à cause d’un « profond sentiment d’obéissance à l’autorité et de service à l’État », de la conviction qu’il était « non seulement mal, mais méprisable et traître de saper son propre pays par la guerre », et que « même si les désastres militaires se multipliaient et que la catastrophe ultime se profilait, le soutien fanatique à Hitler ne s’était en aucun cas évaporé et continuait, même si c’était un goût minoritaire, à faire preuve d’une résilience et d’une force remarquables » (11).

Il est difficile de ne pas remarquer des facteurs apparentés en jeu dans les cercles d’élite israéliens. Sur ce dernier point, alors que les critiques de Netanyahou écrivent sa nécrologie politique depuis des années, lui aussi continue de rebondir malgré ses faux pas. Pourquoi ? Parce que les Israéliens se voient en lui. En effet, Netanyahou EST Israël : un suprémaciste juif odieux et narcissique pour qui seuls les juifs comptent dans le grand dessein de Dieu. Il faut enfin reconnaître que toutes les craintes israéliennes ne sont pas infondées : le souhait est désormais largement répandu de voir Israël disparaître de la carte alors que sa capacité à terroriser ses voisins a diminué.

Mais, pour l’essentiel, c’est un coin dans lequel Israël s’est enfermé. Avant le 7 octobre, le Hamas avait fait un geste en faveur d’un règlement à deux États, tandis que l’Iran avait systématiquement voté avec la majorité de l’Assemblée générale de l’ONU en faveur du consensus à deux États. Israël a repoussé cette proposition.

Le Premier ministre Netanyahou résistera-t-il à la tentation irrésistible de trancher le nœud gordien de la région ou, comme Samson, entraînera-t-il le Temple – et nous tous – avec lui ? Cassandre dirait probablement : « Tout est ouvert ! »

Références

1. Mills, Causes de la Troisième Guerre mondiale.

2. Morris, Un État, deux États.

3. Chomsky, Le triangle fatidique. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a développé plus tard les idées de Chomsky dans L’option Samson.

4. New York Times, 15 avril 2024.

5. Carter, Journal de la Maison Blanche.

6. Finkelstein, Image et réalité du conflit israélo-palestinien.

7. Benny Morris, Guerres frontalières.

8. Robert Fisk, Ayez pitié de la nation.

9. Norman Finkelstein, Au-delà du culot.

10. Norman Finkelstein, Gaza.

11. Kershaw, Hitler, 1936-1945 : Nemesi

Source Traduction par Google Translate

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Les leçons des premiers immigrants juifs en Palestine


 La vieille ville de Jérusalem, en mars 2015. THOMAS COEX / AFP
     

Les animateurs de la première vague d’immigration juive en Palestine, à la fin du XIXe siècle, n’avaient déjà aucun doute sur le caractère inévitable d’un conflit avec la population arabe.

L’émergence progressive du sionisme, en tant que mouvement prônant le rassemblement du peuple juif sur la terre d’Israël, a été particulièrement complexe. En effet, c’est d’abord le courant évangélique du protestantisme anglo-saxon qui, à partir du milieu du XIXe siècle, a prôné une forme de sionisme chrétien, selon laquelle l’accomplissement des prophéties bibliques dépend de la « restauration » du peuple juif sur la Terre sainte. Ce n’est qu’à partir de 1882 que les « Amants de Sion » et d’autres groupes de militants juifs de l’Empire russe organisent, en réaction à la vague de pogroms antisémites, une première vague d’émigration vers la Palestine ottomane.

C’est par le terme hébreu d’alya qu’est désignée cette « ascension » vers Eretz Israel, la « terre d’Israël ». Les autorités ottomanes évaluent alors la population de Palestine à 465 000 habitants, dont 405 000 musulmans, 45 000 chrétiens et 15 000 juifs. Ces statistiques, établies à des fins fiscales, ne prennent en compte ni les Bédouins, ni les quelque 9 000 juifs de nationalité étrangère, ou bénéficiant de la protection d’un consulat européen à Jérusalem.

Des pionniers trop méconnus


Cette première alya a trop souvent été négligée, car elle anticipe sur la conceptualisation du terme « sionisme » (en 1890, par Nathan Birnbaum) et sur la fondation officielle du mouvement sioniste (en 1897, à Bâle, à l’initiative de Theodor Herzl). Elle est en outre marquée par le caractère hétérogène des mouvements, souvent concurrents, qui la composent : les « Amants de Sion », dirigés depuis Odessa, qui tentent de détourner vers la Palestine une partie, même limitée, du flux massif d’émigration juive vers les Etats-Unis ; le Bilu, animé depuis Kharkiv et désigné par l’acronyme hébreu de « maison de Jacob, allez et nous irons » ; les « Fils de Moïse », disciples d’Asher Guinzbourg, né près de Kiev, qui choisit d’hébraïser son nom en Ahad Haam, soit « un du peuple ». La dimension ukrainienne de cette première alya est fondamentale, ainsi que sa détermination à transformer l’hébreu de langue religieuse en langue nationale.

Le volontarisme d’une telle hébraïsation est porté par le slogan énoncé depuis Jérusalem par Eliezer Ben Yehouda : « Un seul peuple, une seule terre, une seule langue ». Ce triptyque se fait l’écho des différents nationalismes européens, en posant un lien indéfectible entre le peuple juif, la terre d’Israël et l’hébreu moderne. Mais les pionniers de cette première alya, eux-mêmes divisés, doivent affronter l’hostilité des communautés juives installées de longue date en Palestine et vouées à l’étude et à la prière dans les écoles rabbiniques de Jérusalem, d’Hébron, de Safed et de Tibériade.

Dès 1885, le pamphlet Un cri du temple est diffusé en Palestine comme dans la diaspora juive pour fustiger « cette idée qui n’est que du vent et de la folie douce de travailler la terre et de parcourir le pays en sonnant les trompettes de la renommée autour de l’expression trompeuse “installation en terre d’Israël” ». Un rabbin de Jérusalem se déclare même « en guerre avec les porte-drapeaux du nationalisme sans religion ».

« Vers une guerre difficile »
L’accent idéologique mis sur la rédemption par le travail de la terre se heurte à la réalité d’une immigration largement originaire de villes européennes, qui s’oriente plutôt vers les centres urbains de Jérusalem et de Jaffa. Les implantations de 1882 à Rishon LeZion, Zikhron Yaakov et Petah Tikva n’attirent chacune que quelques centaines de pionniers. En une dizaine d’années, cette première alya établit entre 10 000 et 20 000 immigrants en Palestine, une estimation rendue d’autant plus délicate que l’écrasante majorité de ces immigrants n’a pas la nationalité ottomane, et n’apparaît donc pas dans les statistiques officielles.

En outre, une proportion importante, déçue par la dure réalité en « terre d’Israël », préfère poursuivre sa migration vers les Etats-Unis. Tel est le cas de Naftali Imber, qui quitte la Palestine en 1889, après sept années marquées par la composition du futur hymne de l’Etat d’Israël. De manière générale, cette première alya se heurte déjà à la difficulté de l’accès à la terre face à une population arabe qui nourrit une relation organique avec cette même terre.

Ahad Haam écrit, sur le bateau qui le ramène, en 1891, de Jaffa à Odessa, sa Vérité sur Eretz Israel, tirant ainsi les leçons de son expérience palestinienne : « Nous avons l’habitude de croire, à l’étranger, que la Palestine est une terre presque entièrement désolée, un désert non cultivé, un champ en friche, où quiconque désireux d’y acheter des terrains pourrait se rendre et en acquérir à sa guise. En réalité, elle ne l’est pas : sur toute cette terre, il est difficile de trouver un champ de terre arable non semée ».

Il ajoute que « les Arabes, notamment ceux des villes, voient et comprennent le sens de nos actions et de nos aspirations en Palestine ; mais ils se taisent. Ils affectent de ne rien savoir car, pour le moment, ils ne voient aucun danger pour leur avenir ». Cependant, « le jour où la présence de notre peuple prendra une dimension qui empiète, de peu ou de beaucoup, sur les positions des autochtones, ce n’est pas de bon gré qu’ils nous céderont leur place ». Sa conclusion n’en est que plus sévère : « Si, vraiment et de bonne foi, nous voulons parvenir à nos fins sur la terre de nos aïeux, il ne faut pas nous cacher que nous allons vers une guerre difficile qui demande à être soigneusement préparée » et avec « de bonnes armes ». C’était en 1891, six ans avant le congrès fondateur du sionisme actuel.

Jean-Pierre Filiu
Professeur des universités à Sciences Po
Le Monde du 10 novembre 2024

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Nord de Gaza : les Israéliens organisent des « marches de la mort » et poussent les Palestiniens dans des fosses communes


       Samedi 02 novembre 2024 – Des Palestiniens ont été blessés, tués et déplacés par les bombardements des forces coloniales israéliennes sur le camp de Nuseirat, dans le centre de Gaza. Alors que les bombardements se poursuivent dans la bande de Gaza, cinq Palestiniens ont été tués et d’autres blessés hier lors de frappes sur plusieurs maisons à Nuseirat. L’occupation israélienne a resserré son siège sur les Palestiniens pour le 29e jour consécutif, les attaques, la famine et les restrictions étant particulièrement sévères à Beit Lahia et dans le camp de réfugiés de Jabalia. Cela fait suite à un bombardement à grande échelle à Beit Lahia, où un massacre a fait 117 morts parmi les Palestiniens, en majorité des femmes et des enfants – Photo : Yousef alzanoun / Activestills

Depuis le 6 octobre, les forces d’occupation israéliennes se sont rapprochées du nord de Gaza, intensifiant le siège, le déplacement et le massacre des Palestiniens dans les zones de Jabalia, Beit Lahiya et Beit Hanoun. L’armée israélienne a assassiné au moins 770 Palestiniens dans le nord, au cours de cette dernière vague de violence coloniale, comme le rapporte Al Jazeera.
Alors que le siège dans le nord entre dans sa troisième semaine, les hôpitaux et le personnel médical sont débordés par l’arrivée massive de blessés et de morts. Face à l’escalade de la brutalité du régime sioniste, les responsables palestiniens de Gaza ont déclaré : « Nous ne savons pas combien de personnes le régime sioniste a tuées : « Nous n’arrivons pas compter le nombre de personnes assassinées. Les chiffres sont terrifiants ».
Dans le même temps, les trois hôpitaux du nord encore partiellement opérationnels ont été bombardés et l’armée israélienne a ordonné leur évacuation.
Le ciblage des hôpitaux n’est pas seulement illégal, il a un terrible effet multiplicateur sur le nombre de morts car les hôpitaux servent aussi d’abris pour les personnes déplacées depuis le début du génocide.
Les massacres constants commis par le régime israélien, associés à une famine délibérément provoquée et aux déplacements forcés, ont créé une situation absolument sans issue pour tous les habitants de Gaza, qui n’ont plus aucun espoir de voir leur martyr s’adoucir.
Il y a cependant encore des journalistes qui s’efforcent de documenter la réalité dans le Nord. En début de semaine, Anas al-Sharif, éminent journaliste d’Al Jazeera, a partagé des photos d’hommes et d’enfants palestiniens rassemblés à Jabalia.
L’arrestation massive a eu lieu juste devant l’hôpital indonésien, l’un des hôpitaux détruits par l’armée israélienne, dont j’ai parlé plus haut. Des images montrent des Palestiniens encerclés par des chars et forcés de marcher vers l’endroit où ils seront arbitrairement détenus.
D’autres rapports en provenance de Jabalia montrent un grand trou, creusé près de l’hôpital indonésien, dans lequel les Palestiniens ont été forcés de s’asseoir, les yeux bandés et menottés.
Le photojournaliste Yousef Labad a rapporté le témoignage d’une mère palestinienne à Jabalia.
Elle a raconté que l’armée d’occupation avait enlevé les enfants à leurs mères et les avaient mis dans une fosse. Un char militaire a ensuite fait le tour de la fosse, en poussant du sable et de la terre dans le trou, tandis que les enfants et leurs mères criaient.
La mère a ensuite raconté à Labad que les soldats ont ensuite attrapé les enfants et les jetés au hasard sur les femmes. Lorsqu’une femme recevait un enfant, elle devait partir immédiatement.
Elle a ajouté que de nombreuses mères se sont retrouvées à porter des enfants qui n’étaient pas les leurs, en laissant leurs enfants aux mains d’autres femmes.
Les personnes qui n’avaient pas été enlevées et détenues ont de nouveau été contraintes de se déplacer. Les forces sionistes ont poursuivi leur campagne de nettoyage ethnique systématique dans le nord, vidant les abris des réfugiés et forçant les femmes et les enfants à partir vers le sud, sous les bombardements de l’armée.
En plus de Jabalia, les frappes aériennes israéliennes ont également visé des immeubles résidentiels à Beit Lahiya, tuant et blessant plus de 100 personnes.
Suite aux reportages de ses collègues à Gaza, la journaliste Samira Mohyeddin, basée à Toronto, a écrit : « Chaque fois que je me dis ‘je n’ai jamais rien vu d’aussi horrible’, Israël crée un nouvel enfer. Les images en provenance du nord de Gaza ce soir crèvent le cœur. De la peau brulée. Des tendons. Des intestins. Des membres difformes et des décombres. Enfant après enfant après enfant, tous empilés les uns sur les autres ».
Le 22 octobre, Anas al-Sharif a informé Middle East Eye de la situation désastreuse à Beit Lahiya.
Al-Sharif a indiqué que plus de 150 000 personnes, déplacées de force, se trouvent actuellement à Beit Lahiya. Il a ajouté que l’armée israélienne utilise les déplacements forcés pour créer des zones densément peuplées, qu’elle appelle des « zones d’extermination », et tuer ceux qui s’y trouvent.
Comme les journalistes l’ont répété au cours de l’année écoulée, les nouvelles et les images qui parviennent à Gaza ne sont qu’un petit aperçu des horreurs perpétrées par l’Etat génocidaire.
Euro-Med Monitor a publié une déclaration sur les atrocités du mois dernier, ajoutant que « la communauté internationale, y compris l’ONU, est complice du plus odieux des crimes, le génocide, parce que la grande majorité de ses membres n’ont rien fait pour mettre un terme à ce qui se passe ».
En raison de la complicité de la communauté internationale avec la machine à tuer sioniste, Israël s’est senti assez puissant pour cibler publiquement les quelques journalistes de Gaza qui restent, après avoir délibérément assassiné leurs collègues.
Les autorités israéliennes d’occupation ont publié les noms de six journalistes palestiniens restés dans le Nord, les accusant d’être des combattants de la résistance à Gaza et d’être affiliés au Hamas et au Jihad islamique.
Il s’agit là d’un autre mythe éculé de la boîte à outils sioniste. En réalité, Israël vient d’annoncer son intention d’assassiner ces journalistes pour avoir dénoncé la campagne d’extermination qu’il mène dans le Nord, et il compte sur la soi-disant presse occidentale pour fabriquer le consentement à l’incontestable menace d’assassinat.
L’un des journalistes cités, Hossam Shabat, a qualifié cette déclaration de « tentative flagrante et belliqueuse de nous transformer, nous les derniers témoins du Nord, en cibles à abattre ».
Il nous rappelle que cette tactique n’est pas nouvelle et ajoute : « après avoir assassiné notre collègue Ismail Al Ghoul, Israël a publié un document affirmant qu’il avait reçu un grade militaire le 1er juillet 2007, date à laquelle il n’avait que 10 ans ».
S’il est besoin d’une autre preuve pour montrer à quel point la situation dans le nord est dramatique, la défense civile palestinienne a été obligée d’interrompre cette semaine toutes ses opérations dans le nord de Gaza pour la première fois depuis le début du génocide.
Des centaines de milliers de personnes sont désormais privées de tout service humanitaire. Cette annonce intervient après que les forces de l’occupation israélienne ont enlevé cinq membres de la défense civile et pris pour cible le dernier camion de pompiers encore en état de marche dans le secteur nord de Gaza.
Dans un récent rapport, les Nations unies ont constaté que le génocide avait ramené Gaza près de 70 ans en arrière, soit presque à l’époque de la Nakba.
Philippe Lazzarini, chef de l’UNRWA, a également fait part de son sentiment sur l’escalade actuelle, en écrivant : « Dans le nord de Gaza, les gens attendent simplement de mourir. Ils se sentent abandonnés, perdus et désespérés.
Ils vivent d’une heure à l’autre dans la terreur, sachant que la mort les menace à chaque instant ».
Le monde ne peut tout simplement plus fermer les yeux sur le plan sioniste d’éradiquer toute trace de vie palestinienne à Gaza. Le sionisme est, par définition, un projet de nettoyage ethnique de la Palestine par la famine, le déplacement et le meurtre systématique des Palestiniens.

Asma Barakat
Co-créatrice d’une archive d’histoire orale intitulée « Rooted in Palestine ». Asma est titulaire d’une maîtrise en sociologie de la New School et d’une licence en sciences politiques de l’université d’État de Montclair.

Publié il y a 1 hour ago par Assawra

Opinion | « Les Israéliens ignorent dans l’insouciance le grotesque jour sans fin à Gaza »


Palestinians walk in an area damaged during the Israeli offensive, in Khan Younis, in the southern Gaza Strip on Tuesday.

Des Palestiniens marchent dans une zone endommagée par l’offensive israélienne, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, mardi.Credit: REUTERS Yoana Gonen

21 août 2024

L’une des choses les plus pénibles à lire de nos jours est le compte X « News from a Year Ago». En apparence, il s’agit simplement d’un utilisateur anonyme innocent qui partage des nouvelles quotidiennes datant exactement du même jour il y a un an. Mais en pratique, il s’agit d’un cruel tortionnaire qui révèle que tous les désastres qui nous ont frappés étaient prévus et que nous sommes toujours piégés dans la même réalité répétitive, comme le rapport du film Groundhog Day, s’il ne s’agissait pas d’une comédie idiote mais d’un film d’horreur meurtrier.

La semaine dernière, le compte a publié des articles – tous datant d’août 2023 – faisant état d’avertissements lancés par des responsables de la défense sur les graves dangers que le coup d’État judiciaire ferait peser sur l’état de préparation de l’armée, ainsi que des efforts déployés par le Premier ministre Benjamin Netanyahou pour les réduire au silence et les calomnier afin de pouvoir les blâmer si la « catastrophe sécuritaire » contre laquelle ils avaient mis en garde se produisait ; Netanyahou a ridiculisé ses détracteurs lorsque Fitch Ratings a décidé de ne pas dégrader la note de crédit d’Israël ; la réduction du budget consacré à la protection des maisons situées à la frontière nord et les affirmations des habitants selon lesquelles le gouvernement les écartait ; et, pour le dessert, la vidéo dans laquelle Netanyahou et « sa femme » portent des lunettes roses alors qu’ils sont en vacances et disent au public à quel point notre situation est satisfaisante.

Un an plus tard, après la catastrophe du 7 octobre, les échecs de l’armée, l’effondrement de l’économie, l’abandon du nord et l’évaporation des vacances, tout titre de ce genre est comme une flèche dans le cœur.

Il est facile de comprendre pourquoi les « Nouvelles d’il y a un an » sont devenues un succès parmi les opposants au gouvernement : chaque message posté ressemble à du matériel pour une future commission d’enquête. C’est la preuve en temps réel que Netanyahou et sa clique ont entraîné Israël dans l’abîme les yeux grands ouverts, en faisant passer leurs intérêts personnels avant l’intérêt national et en ignorant délibérément tous les avertissements, les cris et les tiraillements sur le revers de la veste.

Néanmoins, se concentrer sur les gros titres du passé est aussi un moyen commode d’ignorer toute notre responsabilité à l’égard des nouvelles contemporaines et futures. La lecture des « nouvelles d’il y a un an » n’est pas seulement cruelle, elle est aussi consolante, car elle permet de s’évader dans une réalité où le centre et la gauche sont présentés comme des opposants audacieux au régime plutôt que comme des collaborateurs des massacres ; où les pilotes délibèrent pour savoir s’ils doivent cesser de se porter volontaires pour le service de réserve afin de ne pas servir une dictature au lieu de bombarder sans hésitation des bâtiments contenant des civils innocents ; et où les appels à raser Gaza et à tuer tout le monde sont encore en marge plutôt que dans le courant dominant et nauséabond.

Il y a quelque chose de complaisant dans le fait d’embrasser la lutte collective contre la raisonnabilité judiciaire à un moment où presque personne aujourd’hui n’émet le moindre son contre le meurtre de 40 000 personnes, dont la plupart sont des femmes et des enfants. Et ce n’est pas seulement Netanyahou et son gouvernement qui sont à blâmer, mais tout Israël. Et ceux qui lancent les avertissements ne calomnient pas seulement Netanyahou et son gouvernement, mais Israël dans son ensemble.

Il est facile de critiquer Netanyahou et la droite pour leur aveuglement et leur rigidité, mais aujourd’hui, presque tous les Israéliens, toutes tendances politiques confondues, ignorent ce qui pourrait être les « nouvelles d’il y a un an » de l’année prochaine. À quoi ressemblera le mépris flagrant pour le nombre de morts à Gaza si des dizaines de milliers d’autres meurent ? Que seront les moqueries puériles des « éveillés aux cheveux bleus » si Israël finit par être boycotté et isolé ? Combien de temps pourrons-nous continuer à nous laver les mains sur fond d’images d’une bande de Gaza détruite ? Et à quoi ressemblera la société lorsque presque tout le monde aura fermé son cœur et ses oreilles lorsque ces rapports étaient encore « d’aujourd’hui » et « d’il y a un an » ?

Traduction Deepl/ChatGPT

Opinion | En capitulant face à Netanyahou, Biden trahit ses valeurs


Le président américain Joe Biden s’adresse aux médias après la Convention nationale du parti démocrate (DNC) à Chicago, Illinois, États-Unis, mardi. Credit : Craig Hudson/Reuters

Gideon Levy

21 août 2024

Quelques heures seulement ont séparé la rencontre entre Antony Blinken et Benjamin Netanyahou à Jérusalem du discours émouvant et impressionnant du président américain lors de la convention nationale du Parti démocrate à Chicago. Mais la distance entre les propos sublimes de Joe Biden et la capitulation de son secrétaire d’État est inconcevable.

À Chicago, le président a frappé du poing sur le pupitre, avec acharnement et conviction : « Nous travaillons 24 heures sur 24 pour […] acheminer une aide humanitaire, sanitaire et alimentaire à Gaza […] et enfin, enfin, enfin, obtenir un cessez-le-feu et mettre fin à cette guerre », a-t-il déclaré avec un pathos inhabituel. Pourtant, quelques heures auparavant, M. Blinken avait fait exactement le contraire : il s’était aligné sur Netanyahou, agissant comme un courtier parfaitement malhonnête, garantissant la poursuite de la guerre et des atrocités, tout en refusant un cessez-le-feu et le retour des otages.

Duped again: The U.S. somehow heard Netanyahu say ‘yes’ to a Gaza deal. He didn’t

In Netanyahu’s war on democracy, international gatekeepers now hold all the cards

Jews who vote for Trump should have their heads examined


La capitulation américaine face à Netanyahou en est la cause. La distance entre la rhétorique de Biden et la diplomatie de Blinken ne pourrait être plus grande ni plus douloureuse.

Ce n’est pas que le secrétaire d’État ne partage pas les nobles objectifs mis en avant par le président. Mais ce qui s’est passé lors de sa visite ici est pour le moins étonnant : Israël a dicté ce qu’il pensait être les grandes lignes à suivre, et les États-Unis ont repris cette ligne, prétendant qu’Israël était d’accord, afin de pouvoir blâmer le Hamas et gagner du temps jusqu’à l’élection de novembre.

Moins de deux jours se sont écoulés, et l’optimisme que les États-Unis avaient semé comme des confettis a été remplacé par des informations selon lesquelles les négociations étaient dans l’impasse. L’Amérique souhaitait peut-être un accord, mais elle a fait tout ce qu’il fallait pour le contrecarrer. Elle a loué un accord, mais n’a même pas envisagé d’exercer une véritable pression sur Israël, par des actes et non par des paroles.

Ainsi se pose la question quasi éternelle, qui reste sans réponse : Que se passe-t-il ici ? Qu’est-ce qui se cache derrière le comportement déroutant des États-Unis ? Qui est la superpuissance et qui est l’État client ?


Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken à son arrivée à Tel Aviv dimanche.


Soit l’Amérique ne veut pas de la guerre à Gaza et est horrifiée par sa destruction – auquel cas elle sait exactement ce qu’elle doit faire et comment exercer une pression efficace sur Israël – soit elle veut cette guerre. À en juger par son comportement, l’Amérique désire la guerre et le génocide. Ses mains sont déjà trempées dans le sang de Gaza. Ces mains sont celles d’Israël, mais les armes sont fabriquées aux États-Unis, tout comme le soutien diplomatique, lui aussi inconditionnel.

M. Biden approche de la fin de son mandat de manière presque spectaculaire, et on se souviendra de lui comme d’un président bienveillant. Il peut également se targuer de nombreuses réalisations, mais la guerre à Gaza n’en fait pas partie. Cela lui sera toujours reproché. Il aurait pu l’arrêter il y a longtemps, mais il ne l’a pas fait. Et même aujourd’hui, alors que tout semble déjà désespéré, il laisse Blinken céder aux exigences de Netanyahou.


Destructions dans la bande de Gaza, ce mois-ci.


Quelqu’un qui s’oppose à une guerre n’arme pas l’une des parties jusqu’aux dents. Celui qui veut mettre fin à une guerre dangereuse et injuste cesse de fournir des armes ou, du moins, conditionne leur livraison à des mesures qui mèneront à la fin du conflit. Celui qui veut arrêter une guerre n’utilise pas non plus son droit de veto pour protéger ceux qui cherchent à la poursuivre indéfiniment. Celui qui arme et protège veut que la guerre continue. Les paroles émouvantes de Biden, bien que sûrement sincères, n’ont aucun sens face à la politique de fourniture d’armes et d’assistance de son administration.

Blinken aurait dû s’en tenir obstinément à la proposition initiale. La proposition actuelle, selon les rapports, permet à Israël de reprendre la guerre après une brève accalmie, de ne pas libérer des dizaines de prisonniers et, surtout, de maintenir les forces de défense israéliennes dans la bande de Gaza. Il n’y a pas d’accord sans tous ces éléments, et il est impossible d’exiger du Hamas qu’il les accepte. Ce n’est pas ainsi que l’on met fin à une guerre, c’est ainsi qu’on l’attise, Monsieur le Président. Vous avez trahi les valeurs exaltées auxquelles vous continuez certainement de croire.

Traduction Deepl/ChatGPT

L’impuissance et la douleur


Alon Mizrahi

14 août 2024

Les jumeaux nouveaux nés Asser et Ayssel ont été assassinés cette semaine dans le cadre du génocide de Gaza.
Il y a un élément de torture et de déshumanisation dans tout cela pour nous tous. Tous ceux d’entre nous qui ne sont pas des sociopathes. Parce que cela peut briser votre esprit et vous endommager psychologiquement pour toujours, d’être témoin de tant de souffrance sans pouvoir faire quoi que ce soit pour y remédier.

C’est en partie la raison pour laquelle l’oppression systémique crée tant de dégâts dans la société. Naturellement, les gens (qui ne sont pas des sociopathes) sont prêts à aider un autre être humain qui souffre. Pour nous, l’empathie est un organe de notre corps, tout comme elle est un organe de notre esprit.

Nous entendons un enfant pleurer et nous cherchons à comprendre ce qui s’est passé. Nous voyons quelqu’un s’effondrer dans la douleur et nous ressentons immédiatement de la douleur et de la peur. Nous nous précipitons pour aider et réconforter.

Lorsqu’il nous est interdit de le faire pendant de longues périodes, nous commençons à nous retourner contre nous-mêmes, car notre empathie commence à être perçue comme notre source de douleur. Mais ce n’est pas le cas. La source de notre douleur est la brutalité des institutions politiques.

Mon conseil est le suivant : Concentrez-vous sur votre désir de faire quelque chose, et non sur votre incapacité. Sentez profondément à quel point vous vous sentez concernés, avec toute la douleur que cela implique.

Si vous restez ouvert à cette douleur, elle vous fera terriblement mal, mais elle vous aidera à conserver votre intégrité mentale et votre conscience vivante.

Cela les empêchera de triompher de vous et de l’humanité. Ce n’est pas vous qui faites cela. Ce n’est pas votre faute. C’est la faute de ceux qui détiennent le pouvoir. Il n’y a rien de mal à ce que quelqu’un veuille aider. C’est tout ce qui est juste et beau dans ce monde stupide.

J’ai posté ce texte sur mon compte X en février. J’y reviens de temps en temps.

S’abonner à Alon Mizrahi voir ici https://alonmizrahi.substack.com/p/the-helplessness-and-pain?r=3swhm&triedRedirect=true
Lancé il y a un mois

Alon : Tout est politique, et tout est une histoire. Je raconte des histoires politiques alternatives pour changer les esprits et les réalités. Juif arabe sans sionisme, né et élevé en Israël. Nous sommes bien plus que des circonstances et des opinions.

Traduction Deepl

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