Snowden: «Je ne suis ni un traître, ni un héros»


P.LA. avec AFP
Mis en ligne il y a 4 heures

Trois jours après avoir revendiqué au grand jour être la « taupe » à l’origine des révélations sur ces programmes secrets, l’ex-consultant de la NSA a fourni plus de détails sur les méthodes d’espionnage américaines.

  • Edward Snowden à la Une du South China Morning Post. AP

Le South China Morning Post a diffusé un nouvel entretien d’Edward Snowden, dans lequel la « taupe » américaine Edward Snowden a exprimé le souhait de rester à Hong Kong et a donné plus de détails sur les cibles surveillées par les Etats-Unis.

« Nous piratons les systèmes centraux des réseaux -comme d’énormes routeurs internet, en général- qui nous donnent accès aux communications de centaines de milliers d’ordinateurs sans avoir à pirater chacun d’entre eux », a résumé Edward Snowden dans l’entretien accordé au quotidien de Hong Kong, où il est réfugié depuis le 20 mai.

Parmi les cibles de la NSA, des centaines sont visées depuis 2009 à Hong Kong ou en Chine, a affirmé Edward Snowden, qui dit agir notamment pour dénoncer « l’hypocrisie du gouvernement américain quand il assure qu’il n’espionne pas d’infrastructures civiles, au contraire de ses adversaires ».

«  Je ne suis ni un traître, ni un héros. Je suis un Américain », affirme-t-il, depuis un endroit tenu secret à Hong Kong : « Je crois en la liberté d’expression. J’ai agi en toute bonne foi, et je pense que le public a le droit de se faire sa propre opinion lui-même ».

«  Ceux qui pensent que j’ai commis une erreur en choisissant de me rendre à Hong Kong ne comprennent pas mes intentions. Je ne suis pas ici pour fuir la justice, mais pour révéler des faits répréhensibles », ajoute-t-il encore.

« J’ai eu plusieurs fois l’occasion de fuir Hong Kong, mais je préférerais rester et combattre le gouvernement américain dans les tribunaux », déclare le jeune homme, affirmant ne pas avoir l’intention de quitter Hong Kong

« tant qu’on ne lui demande pas de partir ».

« Malheureusement, le gouvernement américain harcèle les autorités de Hong Kong pour m’empêcher de continuer mon travail  », poursuit-il.

La NSA accuse Snowden de mentir

Le chef de l’agence d’espionnage américaine a vigoureusement défendu les programmes de surveillance des communications révélés par Edward Snowden, assurant qu’ils avaient permis de déjouer « des dizaines » d’actes terroristes.

L’audition du général Keith Alexander, directeur de l’Agence nationale de sécurité (NSA), devant le Sénat américain a débuté quelques heures après la diffusion, par le South China Morning Post, d’un nouvel entretien d’Edward Snowden.

L’espion en chef des Etats-Unis a apporté un démenti succinct à l’une des accusations de M. Snowden, qui a affirmé qu’il était capable, à partir d’une adresse de courrier électronique, de lire les correspondances de n’importe qui, même du président des Etats-Unis.

Le lien Chine-USA « mis à l’épreuve »

Les dernières révélations d’Edward Snowden font ce jeudi la « Une » des grands sites d’information chinois, un journal estimant même que les relations sino-américaines se trouvaient « mises à l’épreuve ».

Les portails d’information des géants du web que sont Sina, Sohu et Tencent affichaient tout en haut de leurs titres d’actualité les fuites sur le programme secret américain de surveillance électronique, en insistant sur le fait que, selon M. Snowden, les services américains avaient accès aux communications de centaines de milliers d’ordinateurs, parmi lesquels de très nombreux en Chine.

Ces révélations vont «  immanquablement ternir l’image de Washington à l’étranger et mettre à l’épreuve les relations entre la Chine et les Etats-Unis », a estimé le journal China Daily.

« Pendant des mois Washington a accusé la Chine d’espionnage informatique, mais il apparaît qu’aux Etats-Unis la plus grande menace pesant sur le respect de la vie privée et les libertés individuelles est le pouvoir sans contrôle du gouvernement », a commenté Li Haidong, un chercheur sur les Etats-Unis de l’Université chinoise des affaires étrangères, cité par le quotidien.

Surveillance numérique : l’Europe réagit enfin


Le Monde.fr avec AFP | 11.06.2013 à 12h33 • Mis à jour le 11.06.2013 à 13h34

La commissaire européenne Cecilia Malmström va rencontrer l'administration américaine le 14 juin pour demander des comptes sur le programme Prism.

Jusqu’à présent, l’Europe s’était contentée de se dire « préoccupée » par les révélations sur la surveillance des communications aux Etats-Unis. « Nous avons besoin de plus d’informations et nous allons contacter nos homologues américains », avait déclaré vendredi 7 juin la commissaire aux affaires intérieures, Cecilia Malmström.

Mardi 11 juin, la Commission européenne a véritablement réagi pour la première fois, alors que les interrogations grandissent sur les données personnelles des citoyens européens qu’a pu intercepter l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA). « La Commission demande un engagement clair de la part des Etats-Unis quant au respect du droit fondamental de tous les citoyens européens à la protection de leurs données personnelles », a déclaré le commissaire à la santé, Tonio Borg.

TRANSFERTS DE DONNÉES EN VRAC

Il a précisé que le sujet sera discuté avec « fermeté et détermination » par Mme Malmström avec l’administration américaine, lors d’une réunion prévue à Dublin le vendredi 14 juin. « Nous allons demander des éclaircissements et demanderons si l’accès à des données personnelles dans le cadre du programme Prism se limite à des cas individuels reposant sur des soupçons fondés et spécifiques ou s’il s’agit d’un transfert de données en vrac », a-t-il ajouté.

Voir notre infographie : Comprendre le programme « Prism »

Entre 2007 et 2011, les sites de Microsoft, Google, Yahoo!, Facebook, YouTube, Skype, AOL et Apple ont commencé à être intégrés dans Prism, un programme secret de la NSA, afin que ses analystes puissent consulter directement et en temps réel courriels, conversations, photos, vidéos et chats internet sur ces sites.

Le président américain, Barack Obama, a indiqué qu’il « ne s’appliquait pas aux citoyens américains » ni aux « personnes qui vivent aux Etats-Unis », laissant penser que les données des Européens seraient concernées.

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