En Syrie, l’armée d’Assad massacre les habitants qui n’ont pas pu fuir Daraya


de Mediapart :

10 décembre 2012 | Par Caroline Donati

Les informations circulent à nouveau entre la Syrie et l’étranger. Il est vrai que le black-out imposé par le régime qui, durant trois jours, avait coupé réseaux téléphoniques et internet dans tout le pays la semaine dernière, n’a pas empêché les activistes syriens de continuer à retransmettre des informations de ce qui se passe sur le terrain, grâce à des réseaux satellitaires.

Fragmentaires, ces communications laissent entrevoir l’étendue des destructions provoquées par les forces d’Assad et en particulier de son aviation, engagées dans une bataille contre les banlieues de la capitale, Damas. Ces faubourgs sont désormais sous le contrôle des révolutionnaires et des combattants de l’Armée syrienne libre. Il y a une semaine, les rebelles parvenaient à abattre un avion de l’armée syrienne dans la région de la Ghouta orientale, la campagne qui borde les périphéries est de Damas.

Les combats aux périphéries de Damas sont particulièrement féroces à Douma, la « capitale » de cette Ghouta orientale, et au sud-est à Jaramanah, dans le périmètre de la route de l’aéroport international. Ils en feraient presque oublier une offensive particulièrement meurtrière qui se déroule dans une autre banlieue de la capitale tout aussi stratégique pour le régime : Daraya.

Plongée dans le noir et privée d’Internet depuis maintenant trois semaines, cette banlieue sud-ouest qui commande la route de Dera’a dans le sud du pays, est en passe de connaître le même sort que Alep, et avant Homs. La ville est soumise à un siège depuis le début du mois de novembre et devient un vaste champ de ruines, que parcourent combattants et activistes pour témoigner des destructions. Des images authentifiées ont ainsi été transmises. Par exemple, celles-ci datées du samedi 1er décembre, qui montrent les ruines d’une école de Daraya et des rues environnantes :

ou ici :

EN IMAGES. Syrie: l’acharnement du régime à pilonner le pays


Par LEXPRESS.fr, publié le 31/10/2012 à 14:32, mis à jour à 15:40

Une armée est normalement destinée à protéger le pays et la population d’une agression extérieure. En Syrie, 19 mois après le début de la contestation contre son régime, l’armée de Bachar el-Assad, qui ne parvient pas, malgré sa supériorité militaire, à reprendre le contrôle du pays, s’emploie à le réduire en poussière.

Demonstrators hold a huge opposition flag during a protest against Syria's President Bashar al-Assad at Kfr Suseh area in Damascus

Kfar Suseh, Damas. Encouragés par le départ de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, les Syriens ont commencé à descendre dans la rue en mars 2011 pour réclamer des réformes. Le régime a répondu comme il en avait l’habitude: en emprisonnant et torturant les opposants et en tirant sur les manifestants.

Crédit photo : Reuters/Shaam News Network

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TURQUIE-SYRIE : L’ESCALADE N’AURA PAS LIEU


Baudouin Loos

L’escalade entre la Syrie et la Turquie mènera-t-elle à une intervention étrangère dans le premier pays ? Les forces de l’Otan, dont la Turquie est un membre clé, vont-elles se mettre au service d’Ankara au nom de la solidarité atlantique, pour attaquer le régime de Bachar el-Assad ? Non. Il y a gros à parier que les représailles militaires turques en Syrie après le bombardement qui a tué cinq civils turcs mercredi resteront sans lendemain.

Certes, tout est possible, au Proche-Orient plus encore qu’ailleurs, où l’imprévisible peut à tout moment devenir réalité. Une provocation, parfois, peut entraîner un grand dérapage. Mais une simple analyse des intérêts des uns et des autres conduit à penser que le conflit ne va pas prendre une autre dimension, en tout cas dans un avenir proche. Erdogan, le Premier ministre turc, se devait de répliquer au bombardement de mercredi, surtout pour des considérations de politique interne, mais il devrait en rester là. Il n’a nulle envie d’entrer dans un bourbier inextricable d’autant que son puissant voisin iranien cajole l’autre camp. En fait, aucune puissance militaire ne caresse l’ambition d’intervenir. La seule question des possibles pertes humaines suffit déjà à dissuader les chancelleries dans leurs éventuels projets belliqueux. En effet, qui va envoyer ses soldats (ou ses pilotes) mourir pour la révolution syrienne ? L’armée syrienne est sans doute en lambeaux, mais elle possède assez de ressources matérielles pour faire mal, le jet turc abattu en juin le démontre.

Et puis, on le sait, l’Occident reste tétanisé par la perspective de voir la Syrie basculer dans l’extrémisme islamique. De nombreux reportages de presse l’ont montré : les djihadistes de tout poil se pressent désormais en Syrie, il en vient par centaines de tout le monde musulman. Les mêmes articles ont souvent prouvé que la population ne les attendait pas, ne les espérait pas. Mais aussi qu’elle finit parfois – souvent ? – par se dire qu’eux, au moins, viennent apporter une aide concrète, même si elle n’est pas désintéressée…

On en vient ainsi, d’une manière dramatique, à prendre la mesure de la maldonne : en voulant éviter de favoriser les ultra-islamistes, les Occidentaux leur ouvrent au contraire les portes d’un pays où ils croissent.

Cela alors que les Syriens en révolte contre leur cruel despote accumulent une immense amertume à l’égard d’un monde pétrifié qui les laisse mourir sous les bombes.

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Bachar Al-Assad aurait rejeté la demande de responsables du régime d’une solution pacifique


Le Monde.fr avec Reuters | 03.10.2012 à 02h3

Le président syrien Bachar Al-Assad a rejeté la demande d’une solution pacifique faite par de hauts responsables du régime après l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs piliers du clan dirigeant en juillet, déclare son ancien premier ministre.

Riad Hijab, ancien premier ministre syrien qui a fait défection début août, a déclaré à la chaîne de télévision Al-Arabia que la mort du ministre de la défense, le général Daoud Rajha, et du beau frère du président également vice-ministre de la défense, Assef Chaoukat, dans un attentat à Damas, l’avaient persuadé qu’il n’existait pas de solution à la crise.

Il dit avoir rencontré des hauts responsables du régime, dont le vice-président Farouk Al-Chara, les dirigeants du parlement et le secrétaire général adjoint du parti Baas au pouvoir, et s’était mis d’accord avec eux pour demander à Bachar al Assad d’entamer des discussions avec l’opposition. « Bachar a accueilli cela par un refus catégorique. Il a refusé toute forme de dialogue avec l’opposition, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, et a dit : « Je ne négocie pas avec une opposition divisée avec un programme. Ce n’est pas une opposition patriote et elle est armée » », indique Riad Hijab.

« Ce fut un choc pour chacun d’entre nous et nous avons quitté le palais. J’ai complètement perdu espoir, en particulier dans les derniers jours, lorsque l’Armée syrienne libre a pris le contrôle de près de 70 % d’Alep », ajoute-t-il. « Toute forme de soutien doit être fournie à cette révolution pour que la tragédie et la souffrance se terminent. La solution vient de l’intérieur et les fils de la Syrie sont capables d’apporter une solution ».

Riad Hijab critique aussi l’action de la diplomatie internationale. « Le régime veut gagner du temps. Je l’ai entendu de Bachar lui-même et il n’y aura pas de solution autre que ce que les rebelles et l’Armée syrienne libre sont en train de faire. »

Deux responsables militaires du Hezbollah, qui auraient été tués en territoire syrien par des rebelles, ont été inhumés au Liban, a dit mardi le mouvement chiite libanais. Les rebelles syriens ont à plusieurs reprises accusé le Hezbollah de soutenir les forces gouvernementales syriennes en déployant des éléments le long de la frontière, en territoire syrien.

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Chroniques du délitement. 2 / Règlement de comptes à Qardaha, antre de la famille Al Assad


suite de la première partie ici
L’annonce que des manifestations hostiles au régime se sont déroulées à Qardaha, vendredi 28 septembre, avant de dégénérer en un véritable affrontement armé entre milices locales, a rempli d’aise et de satisfaction de nombreux Syriens. Cette petite ville sans cachet a en effet une grande importance symbolique, puisque c’est là que sont tombées les têtes de la majorité des membres de la famille Al Assad. Mais qu’on ne se réjouisse pas avant l’heure ! En arabe, « le lieu où tombe la tête » n’est pas celui où l’on décède… mais celui où l’on vient au monde.

Entrée de Qardaha

Une bonne nouvelle pouvant en dissimuler une autre, les mêmes Syriens ont été heureux d’apprendre que, parmi les malheureuses victimes de l’affrontement fratricide dont Qardaha avait été le théâtre, figurait un certain Mohammed Tawfiq Al Assad, cousin du chef de l’Etat. Surnommé cheykh al jabal, « seigneur de la montagne », cet individu n’est pas seulement un criminel et un mafieux notoire. Avec les deux fils aînés de son oncle Jamil, ses cousins Moundher Al Assad, sayyed al Qardaha (le maître de Qardaha), et Fawwaz Al Assad, malik al houqouq (le roi du Droit), il a été l’un des premiers à s’entourer de chabbiha. Recrutés pour leurs muscles  aussi épais que leur cerveau, ces hommes ont longtemps fait régner la terreur parmi les membres de la communauté alaouite dont ils sont en majorité issus, avant d’être utilisés par  Bachar Al Assad, depuis le début de la crise, pour terroriser la population syrienne dans son ensemble et pour châtier de la pire des manières les contestataires qui persistaient à nier sa légitimité et à exiger son départ.

Fort de la protection de son oncle Hafez Al Assad, jadis, et de la complaisance de son cousin Bachar Al Assad, naguère, Mohammed Al Assad a imposé sa loi dans la région montagneuse surplombant la zone côtière de Syrie, où il a développé un business fort lucratif. Il se livrait, entre le Liban et la Turquie, aux trafics d’armes et de stupéfiants. Il contrôlait les autres contrebandiers. Et il prélevait une part sur leurs opérations, chaque fois que ceux-ci empruntaient « sa » route, le tronçon de la voie publique sur laquelle il avait jeté son dévolu, sans que les responsables locaux estiment nécessaire ou soient en mesure d’intervenir pour rétablir l’ordre. Ayant pris l’habitude de franchir sans ralentir les postes frontières entre le Liban et la Syrie, il a tué, un jour, deux agents des moukhabarat de l’armée de terre. Sur ordre de son oncle Jamil, les deux victimes ont été considérées comme « tuées par des hors-la-loi anonymes ». Un autre jour, il a assassiné de sang-froid, à coups de couteau, un jeune étudiant de la région, Safwan Al A’sar, qui avait eu l’audace de répondre aux coups que lui avait portés un membre de la famille Al Assad.

Avant le décès du « président éternel » Hafez Al Assad et l’installation de son héritier Bachar Al Assad à la tête de l’Etat, en juin 2000, Mohammed Al Assad était souvent intervenu auprès des moukhabarat, au profit  de familles de prisonniers désireuses d’obtenir des renseignements sur la localisation et l’état de santé de leurs proches, enlevés et détenus depuis des lustres. Ses services avaient évidemment un prix, calculé en fonction des avoirs et des revenus des solliciteurs. Certains de ceux qui ont eu recours à ses bons services n’ont pas oublié le cynisme de l’invidividu, qui a profité de leur détresse familiale pour leur livrer des nouvelles rassurantes sur des détenus déjà décédés, et qui a parfois permis à certains, contre des millions de livres, d’apercevoir de loin ce qu’il leur avait affirmé, mais encore une fois à tort, être leur père, leur frère ou leur fils…

Pétarade de la fête de Pâques à Lattaquié

Avant le déclenchement de la contestation, l’un de ses derniers coups d’éclat a été l’organisation, le jour de la fête de Pâques, le 4 avril 2010, d’une manifestation de plusieurs dizaines de ses hommes sur le parvis de la cathédrale grecque orthodoxe de Lattaquié. Pendant plusieurs minutes, ils ont vidé en l’air les chargeurs des armes de tous calibres qu’ils avaient apportées avec eux. Il s’agissait tout à la fois d’impressionner les fidèles chrétiens, qui n’auraient jamais osé se livrer à une telle manifestation… théoriquement interdite en Syrie, et de démontrer à tous que les alaouites étaient présents, bien équipés, libres de leurs faits et gestes, et qu’ils n’hésiteraient pas à se défendre au cas où quiconque songerait à contester la présence à la tête de l’Etat de la famille Al Assad et  à s’en prendre à eux.

Selon les informations disponibles, une altercation est donc intervenue, vendredi 28 septembre, dans un café de Qardaha, entre des membres des familles Al Assad et Chalich, d’une part, et des familles Al Khayyer, Othman et Abboud, de l’autre. Le « seigneur de la montagne » n’a pas supporté d’entendre un membre de la famille Al Khayyer dénoncer à haute voix la gestion calamiteuse du pays par son cousin, le chef de l’Etat, et réclamer le départ de Bachar Al Assad. Son incompétence avait déjà détruit et ruiné la Syrie. Elle risquait de provoquer le désastre et la mort jusque dans sa ville natale. Fidèle à sa réputation, Mohammed Al Assad a aussitôt sorti son pistolet et tiré sur l’impudent qui tenait de tels propos. Mais il a manqué sa cible et l’autre, plus adroit, l’a grièvement blessé par un tir de riposte. S’est ensuivi un affrontement généralisé qui a provoqué plusieurs morts et blessés dans les deux camps.

Logo de la coordination de Qardaha

Le 1er octobre, la « Coordination de Qardaha », un rassemblement de jeunes alaouites opposés au régime et partisans de la révolution, affirme sur sa page Facebook que, transporté d’urgence à l’Hôpital de Tartous, Mohammed Al Assad n’a pas survécu. La tension est vive dans la ville, que les forces de sécurité encerclent de tous côtés et à laquelle elles interdisent l’accès.

A la différence de la famille Al Assad, dont les agissements confirment quotidiennement la basse extraction, la famille Al Khayyer jouit, à Qardaha, dans le pays alaouite et dans l’ensemble de la Syrie, d’une solide réputation. Elle compte dans ses rangs des intellectuels, des oulémas, des médecins… Des liens matrimoniaux ont été établis entre les deux familles : Rifaat Al Assad compte parmi ses nombreuses épouses une Lin Al Khayyer, et une fille de son frère Jamil, Fawziyeh Al Assad a pour mari Hassan Al Khayyer. Mais leurs relations n’ont jamais été chaleureuses.

Le site Al Moundassa al Souriyya (l’infiltrée syrienne) rappelait, le 24 novembre 2011, que l’inimitié entre les deux familles a été nourrie par l’exécution, en 1979, par le régime de Hafez Al Assad, du poète Hasan Al Khayyer. Baathiste convaincu au point d’avoir prénommé son fils Baath (en quelque sorte « René »), Hasan n’avait pas tardé à dénoncer dans ses poèmes les dérives affairistes et la corruption du pouvoir. Peu désireux de dresser contre lui la ville dont tous deux étaient originaires et l’ensemble de la communauté alaouite, alors qu’il était occupé à consolider son autorité, Hafez Al Assad avait feint d’ignorer les critiques du poète. Mais un jour est venu où il a estimé qu’il ne pouvait plus atermoyer. A la fin des années 1970, les meurtres ciblés de Syriens s’étaient multipliés. Les victimes appartenaient à toutes les communautés, mais elles étaient principalement alaouites. Le régime attribuait leur assassinat à la Tali’a Mouqatila (Avant-Garde Combattante), un groupuscule islamiste radical composé de déçus ou d’exclus des Frères Musulmans. Mais il n’échappait à personne que, avec l’aide de son frère Rifaat en particulier, le chef de l’Etat profitait de cette situation pour procéder à la suppression de concurrents politiques potentiels. Mohammed Al Fadel, doyen de l’Université de Damas, tué en 1976, en est le plus célèbre exemple. Suite à la mort de l’un de ses amis, le poète a laissé libre cours à sa colère dans un poème resté célèbre, imputant au pouvoir, au parti Baath et à la famille Al Assad, la responsabilité de son exécution. Sur ordre du chef de l’Etat, il a alors été enlevé. Sa famille ne l’a jamais revu, ni vivant, ni mort. Mais elle a appris, par d’anciens détenus, qu’avant d’être tué dans la prison où il avait été conduit, ses bourreaux lui avaient coupé la langue…

C’est l’arrestation du Dr Abdel-Aziz Al Khayyer qui a attisé cette fois-ci la tension entre les différents clans de la ville. Le 20 septembre, alors qu’il rentrait d’une visite en Chine, où il s’était rendu avec une délégation de la Comité de Coordination des Forces de Changement National Démocratique (CCFCND), et qu’il s’apprêtait à participer au congrès que ce rassemblement toléré par le régime avait convoqué à Damas sur le thème du « Dialogue national », il a été arrêté par les moukhabarat de l’armée de l’air. La « révélation », par les médias inféodés au pouvoir, que l’affaire avait été menée par des éléments appartenant aux « terroristes de l’Armée Syrienne Libre » n’a convaincu personne. Mais elle a suscité l’inquiétude pour le sort de l’intéressé et de ses deux camarades, qui n’ont toujours pas été libérés.

Le Dr Abdel-Aziz Al Khayyer

Son arrestation est incompréhensible, aussi bien pour ses amis que pour ses proches. Certes, le Dr Abdel-Aziz Al Khayyer est un véritable opposant, mais, s’il est un adversaire politique du régime, il n’est pas pour lui un ennemi. Membre du Parti de l’Action Communiste, il a été arrêté en 1992 et condamné à 22 ans de prison. A sa remise en liberté, fin 2005, il a adhéré à la « Déclaration de Damas », mais, incommodé par l’orientation libérale de cette plateforme, il a pris avec elle ses distances pour fonder, avec d’autres militants de gauche, en avril 2007, le Rassemblement de la Gauche Marxiste. Il fait partie des membres fondateurs du CCNCND, dont il est le responsable des relations extérieures, et au sein duquel il milite pour une solution politique à la crise en cours et pour l’établissement d’un dialogue entre toutes les parties.

En refusant toute solution négociée au soulèvement de la ville de Daraa, en mars 2011, le régime syrien avait mis lui-même le feu aux poudres et déclenché un mouvement de contestation qui s’est transformé en une véritable révolution. L’arrestation du Dr Al Khayyer, dont les critiques étaient insupportables à un régime qui ne veut admettre que l’allégeance, est en passe de provoquer la dissension au sein de la communauté dont la majorité de ses membres les plus influents sont issus.

Les suites de cette affaire sont scrutées avec intérêt par ceux qui attendent et espèrent, depuis plusieurs mois, le ralliement à la révolution de la communauté alaouite, que la famille Al Assad n’a pas protégée davantage que les autres minorités, mais dont elle s’est servie, comme des autres, pour se protéger lui-même et se cramponner au pouvoir.

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Syrie : des enfants meurent sous les balles


AFP

Mis en ligne le 02/10/2012

Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

De violents combats entre soldats et rebelles ont secoué lundi les souks d’Alep, joyau historique classé par l’Unesco dans la deuxième ville de Syrie, tandis que des raids aériens ont encore coûté la vie à des enfants dans le nord-ouest.

 

A New York, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé le régime syrien « à montrer de la compassion pour son propre peuple » et a solennellement mis en garde Damas contre toute utilisation de son arsenal d’armes chimiques. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a pour sa part assuré à la tribune des Nations unies que Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

A Alep, deuxième ville du pays et enjeu majeur du conflit qui dure depuis plus de 18 mois, de violents combats avaient repris dans la soirée aux abords des souks historiques, déjà victimes de destructions durant le week-end.

Une source militaire a affirmé à l’AFP que les rebelles « tentaient de prendre d’assaut la mosquée des Omeyyades », non loin des souks. Le chef de brigade rebelle al-Tawhid, Abdel Kader Saleh, la plus puissante à Alep, a affirmé à l’AFP que « l’armée a transformé la mosquée des Omeyyades en caserne ». Régime et rebelles se sont accusé mutuellement d’être à l’origine des dégâts causés aux souks. Classés par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, leurs quelque 1.550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.

La France a exprimé lundi sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi.

Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats. Les Etats-Unis ont annoncé lundi l’envoi d’un émissaire en Europe pour discuter avec Paris, Brlin, Londres et Rome de la « poursuite des efforts de sanctions contre l’Iran et la Syrie » et des « priorités en matière de lutte contre le financement du terrorisme ».

Toujours à Alep, des combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les violences ont fait 21 morts à Alep lundi, et 156 au total, dont 84 civils, dans tout le pays, selon l’OSDH.

A Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar al-Assad sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants.

Une vidéo postée sur internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants.

La télévision d’Etat syrienne a affirmé que les forces du régimes « ont tué la plupart des terroristes qui ont attaqué la ville de Salqine », évoquant « des terroristes d’Al-Qaïda et des non-Syriens ».

La mort a frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles comme à Deraa, berceau de la contestation, où au moins cinq personnes, dont une femme, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH. « Que Dieu te maudisse Bachar, toi, tes soldats et ta famille, nous nous vengerons », clame un homme dans une vidéo.

Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH.

La rébellion a par ailleurs affirmé avoir pris des missiles anti-aériens longs de plusieurs mètres dans un arsenal de l’armée situé dans le secteur de Ghouta, dans la province de Damas.

Le conflit a fait plus de 30.000 morts depuis le début du conflit en mars 2011, selon l’OSDH.

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Réfugiés syriens: après l’horreur, comment se reconstruire?


 

Par Clothilde Mraffko, publié le 01/10/2012 à 16:56, mis à jour à 17:19

 

En Syrie, la brutale répression du régime de Damas a transformé la révolution en bain de sang. Pour les réfugiés qui ont pu fuir à l’étranger, la violence ne cesse jamais. L’Express a rencontré des médecins qui viennent en aide aux victimes de violences.

Réfugiés syriens: après l'horreur, comment se reconstruire?
SYRIE – Les camps installés aux frontières du pays, comme à Mafraq en Jordanie, accueillent les réfugiés. Outre l’épreuve de la vie entassés dans des tentes exposées à la poussière, sans eau courante, ni électricité, il faut essayer de se reconstruire après avoir vécu dans la peur.

Reuters/Ali Jarekji

 

Le périple peut durer des semaines. Sans provisions d’eau ni de nourriture, les civils syriens qui fuient la répression n’ont pour seul bagage que la peur. Ils voyagent de nuit, feux éteints afin de ne pas se faire repérer par les milices du régime de Bachar el-Assad. Aujourd’hui, ceux qui parviennent à s’extraire du chaos syrien s’échouent à la frontière libanaise, turque ou jordanienne. La plupart sont des femmes et des enfants qui ont laissé leur mari, leur père ou leur frère dans l’horreur des combats. Ils ont été témoins d’exactions, ils ont vu les bombardements et le déchaînement de violence. Parfois, ils en ont été eux-mêmes les victimes.

Après la fuite, arrivés à l’étranger, il leur faut survivre dans des camps dispersés, entassés dans des tentes surchauffées et exposées à la poussière, sans eau courante, ni électricité. Surtout, les fantômes du passé rôdent. « Les réfugiés syriens souffrent de la perte, explique le docteur Mohammed, psychologue de Médecins sans Frontières, basé au Liban. Ils ont perdu des êtres proches, ils sont en deuil. Mais ils ont aussi perdu le cadre de leur ancienne vie: un Etat qui devait les protéger et une société qui les entourait. Ils n’ont plus rien, même au niveau matériel. Et ils ont subi ces séparations de manière brutale, douloureuse ».

Une douleur qui reste

Certaines souffrances mettront des mois avant d’être exprimées. « D’autres resteront tues, précise Béatrice Patsalides-Hofmann, psychologue au centre Primo Levi, une association qui prodigue des soins et un soutien aux personnes victimes de torture et de violences politiques. Ce choix de ce qui est dit ou non permettra à la personne de se reconstruire un espace de pensée ». Des victimes choisissent de parler, « afin de cadrer leur souffrance pour qu’elle ne puisse pas tout engloutir », précise le docteur Mohammed. Les autres, en revanche, se murent dans un silence profond. « Beaucoup de gens ne viennent pas consulter un psychologue dans les camps, explique Gilles Potier, directeur des opérations internationales à Médecins du Monde. Ils pensent: ‘A quoi bon parler? Qu’est-ce que je peux faire? Qu’est-ce qu’ils peuvent faire?’ « . La douleur non dite finit toujours par s’exprimer, autrement, que ce soit à travers la violence ou par des symptômes physiques.

Des semaines durant, les victimes revivent très précisément les moments traumatiques. « C’est assez frappant, relate Agnès Afnaïm, médecin généraliste au centre Primo Levi. Le temps d’une consultation, la présence s’éclipse dans le regard. Le sujet n’est plus là, il ne fait plus la distinction entre son souvenir et le présent. Un moment d’inattention, un détail qui se rappelle à sa mémoire et la pensée prend le dessus sur la réalité ». Certains troubles rongent la mémoire: les victimes oublient de finir de s’habiller ou ne savent plus combien elles ont de frères et soeurs.

Vivre avec la peur

« J’avais perdu la notion du temps, raconte Nidal, opposant syrien aujourd’hui réfugié en France. En sortant de prison, je n’arrivais plus à parler avec les gens, à leur donner des rendez-vous. Dans ma cellule, je ne gérais plus mon temps et en sortant, j’ai mis longtemps à utiliser une montre ». Lors de leur détention, les victimes vivent au rythme de leur peur. A tout moment, elles peuvent être extirpées de leur cellule pour être exécutées. A leur libération, l’angoisse de se faire arrêter à nouveau les empêche de s’abandonner à un sentiment de sûreté. « Je me souviens d’un homme, raconte Béatrice Patsalides-Hofmann. Il avait été torturé, et il sursautait lorsqu’il percevait des bruits qui nous paraissent, à nous, anodins. Une sirène de police résonnait, au loin, dans la rue et il était terrifié. Il avait passé des mois en prison, attentif au moindre bruit qui lui signalerait un danger imminent. Il revivait ces moments d’angoisse à chaque porte qui claquait ».

 

 

Lors du séjour en prison, des mécanismes inconscients se mettent en place pour protéger la victime de la douleur. Mais ils perdurent bien après la libération et empêchent le contact entre le corps et l’esprit: « Pendant deux mois, poursuit Nidal, je n’avais plus de sentiments. Je n’étais ni content, ni insatisfait, je ne savais pas. Je regardais les gens autour de moi et je n’étais pas présent avec eux. J’étais spectateur de ma situation. J’entendais de la musique mais je ne l’écoutais pas. Ce n’est qu’après deux mois que j’ai commencé à ressentir. J’ai eu envie de quelque chose à nouveau, envie de boire un café ou de manger. J’éprouvais de nouveau des besoins ».

Quarante ans de torture en Syrie

Mais qu’en est-il alors, à l’échelle de toute une nation? « Le cas de la Syrie est préoccupant, souligne Béatrice Patsalides-Hofmann. C’est un conflit qui dure depuis un an et demi maintenant. Et il n’est que la répétition de la même situation : cela fait quarante ans qu’on torture en Syrie. Le monde est au courant, par les médias, les témoignages… mais ne fait rien. Ce cynisme inouï accentue la souffrance des victimes ». L’espoir fluctue au gré des nouvelles du front. « Il y a encore six mois, les gens pensaient revenir rapidement en Syrie, reconstruire le pays, raconte le docteur Mohammed. Mais aujourd’hui, les réfugiés se disent: ‘Ca prend tellement de temps, va-t-on vraiment revenir? Et si on revient, que va-t-on faire?’  ».

 

 

Les illusions d’une guérison rapide se perdent. Certains se demandent comment endurer l’insoutenable. « Tous les jours, un de nos proches meurt, confiait, il y a peu, un opposant à Nidal. Et on ne répond pas. Ils nous frappent et nous torturent, et on n’ose même pas leur lancer des pierres. On manifeste avec une rose à la main, et on nous anéantit. C’est à devenir fou ».

Tous savent que demain ne sera jamais plus comme hier, et que ces mois de violence laisseront une trace indélébile. « On ne guérit pas de la torture, précise Béatrice Patsalides-Hofmann. Mais on peut apprendre à vivre avec les traumatismes ». Et si la guerre s’arrête, la nécessité de la reconstruction prendra alors peut-être le dessus sur les blessures profondes de la Syrie.

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Les souks d’Alep sous les obus


lundi 1er octobre 2012, par La Rédaction

À Alep, deuxième ville du pays et enjeu majeur du conflit qui dure depuis plus de 18 mois, de violents combats se sont déroulés pendant plusieurs heures dans les souks historiques, déjà victimes de destructions durant le week-end. « Le plus grand problème, c’est qu’on ne sait rien de nos échoppes, tout ce qu’on sait, on l’apprend par le bouche-à-oreille », se lamente un marchand de ficelles qui estime sa marchandise à des millions de livres syriennes. Classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, les souks et leurs quelque 1 550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.

La France a exprimé lundi sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi. Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats.

Toujours à Alep, de violents combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Au total, près de 56 personnes, dont 31 civils ont péri dimanche dans les violences à travers le pays, selon un bilan provisoire de l’OSDH.

Ainsi, à Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, ont été tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar el-Assad sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants. Une vidéo postée sur Internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants. » Oh, mon Dieu, mon fils est mort », pleure un homme devant un pick-up plein de corps. Trois enfants sont membres d’une même famille, selon l’ONG.

La mort a frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles, comme à Deraa, berceau de la contestation, où au moins cinq personnes, dont une femme, son père et un rebelle, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH. « Que Dieu te maudisse, Bachar, toi, tes soldats et ta famille, nous nous vengerons », clame un homme dans une vidéo. Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH. Le conflit a fait plus de 30 000 morts depuis le début du conflit en mars 2011, toujours selon l’organisme indépendant basé à Londres.

Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a accusé les États-Unis de vouloir répéter le scénario qui a mené à la chute du dictateur irakien Saddam Hussein en prétextant la présence d’armes chimiques dans le pays. « C’est une chimère qu’ils ont inventée pour lancer une campagne contre la Syrie comme ils l’ont fait en Irak », a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne arabe Al-Mayadeen, réalisée en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, et dont des extraits ont été rendus publics lundi. L’argument des États-Unis de la présence d’armes de destruction massive en Irak avait servi à justifier l’invasion de ce pays en mars 2003 et s’était ensuite révélé faux.

Walid Mouallem a toutefois gardé le flou sur la détention d’un tel arsenal par le régime, deux mois après que Damas a reconnu pour la première fois posséder des armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d’intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population. « Ces armes chimiques en Syrie, si elles existent, et je dis bien si elles existent, comment est-il possible que nous les utilisions contre notre propre peuple ? C’est du n’importe quoi », a-t-il dit. La semaine dernière, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta avait affirmé que Damas avait déplacé des armes chimiques pour les sécuriser. Washington est défavorable à une intervention armée en Syrie.

Le diplomate syrien a en outre estimé que des pays comme le Qatar « dépensaient des milliards de dollars pour faire assassiner le peuple syrien ».
La Turquie a par ailleurs évalué dimanche à près de 100 000 le nombre de Syriens réfugiés sur son territoire, et a réclamé une aide internationale pour continuer à les accueillir. Au total, 93 576 réfugiés sont logés dans 13 camps dispersés dans le sud-est de la Turquie, frontalière avec la Syrie, selon Ankara.

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