Bachar Al-Assad, le tyran


M le magazine du Monde | 21.12.2012 à 13h02 • Mis à jour le 23.12.2012 à 19h40 Par Christophe Ayad

Le président syrien n'est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Alessio Romenzi/Corbis

C’est l’homme de l’année 2012. Du moins si l’on retient comme critères le cynisme et la cruauté. Et même s’il ne survivra probablement pas à 2013, on se souviendra de lui longtemps. Au moins jusqu’à ce qu’un autre dépasse ce record insensé : plus de 40 000 morts en dix-neuf mois de soulèvement et c’est loin d’être fini. On se demandait il y a encore un an s’il serait capable d’égaler son père Hafez, qui avait fait tuer 10 000 à 20 000 habitants de Hama en 1982 pour avoir osé se soulever. Bachar, l’ophtalmologue au long cou et au léger zézaiement, a fait assurément plus et mieux, sans éteindre pour autant l’incendie qui vient désormais lécher les pieds de la colline qui domine Damas, où se trouve son palais.

Le président syrien n’est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Rarement on aura vu un tel détachement dans la cruauté, un tel déni dans la férocité. Même s’il a espacé ses apparitions publiques et télévisées, déjà rares, Bachar Al-Assad ne s’est jamais départi de son calme un peu sentencieux de premier de la classe. Il continue de parler de son pays comme s’il s’agissait d’une contrée exotique. Et de l’exercice du pouvoir, comme si c’était une dissertation. Comme s’il n’était pas impliqué, comme s’il s’agissait d’un autre.

Le pouvoir, il n’y était pas destiné. C’est son frère aîné Bassel qui devait en hériter, n’était un fatal accident de voiture sur la route de l’aéroport en janvier 1994. Il en avait l’appétit et le goût. Rappelé de Londres, où il effectuait sa spécialisation médicale, Bachar a obéi à l’injonction paternelle. Tiraillé constamment entre le désir d’être aimé pour ce qu’il croit être et la peur de passer pour un faible, il a toujours soufflé le chaud puis le froid. A son arrivée à la présidence en juin 2000, il lance un appel à l’ouverture et à la modernisation. Le « printemps de Damas » prend un tour inquiétant, les conseillers de son père menacent de revenir aux affaires prétextant son inexpérience. Exit l’ouverture, reste la modernisation. Il démocratise Internet et le téléphone mobile, deux outils qui lui seront fatals. Son cousin et ses proches s’enrichissent outrageusement en s’octroyant le monopole commercial de ces lucarnes de liberté dont les Syriens sont friands.

VICTOIRES EN TROMPE-L’ŒIL

Aujourd'hui si la chute du dictateur semble proche, son cynisme a tué plus de 40 000 syriens.

Autant il réussit à s’affranchir de la vieille garde héritée de son père, autant la famille continue d’exercer une tutelle pesante. Malgré l’arrivée d’Asma Al-Akhras, sa charmante épouse issue d’une grande famille de Homs, Bachar Al-Assad reste l’otage d’un clan familial et confessionnel. Dès le début de la crise, en mars 2011, il a compris que si la famille venait à se déliter, c’en était fini de son pouvoir. Il a donc couvert les excès de son cousin Atef Najib à Deraa et confié les rênes de l’armée à son frère Maher. Début 2012, Bachar n’a toujours pas réussi à éteindre la contestation qui prend un tour de plus en plus armé. Mais il a bon espoir de remporter la victoire finale. La Russie et la Chine le protègent de toute intervention extérieure aux Nations unies, brandissant à trois reprises l’arme du veto. L’Iran ne lui ménage ni son pétrole, ni ses armements, ni ses conseillers. Et la Ligue arabe mène une mission sans lendemain d’observation d’un cessez-le-feu qui n’a existé que sur le papier. L’opposition a beau être omniprésente, elle est sous-équipée, fragmentée et minée par les rivalités. Il choisit de passer à la vitesse supérieure en février en écrasant le symbole de la contestation armée, le quartier de Baba Amro, à Homs, et en organisant un simulacre d’élections et de réforme constitutionnelle.

Mais rien n’arrête l’insurrection. Elle est partout, jusque dans son palais. Défections et désertions se multiplient. La correspondance du président est révélée au grand jour. Il apparaît entouré de collaboratrices aussi jeunes qu’incompétentes, Sheherazad Jaafari et Hadeel Al-Ali, qui rivalisent de minauderies. Pendant ce temps, sa femme, qui le surnomme « mon canard », continue de passer d’extravagantes commandes de mobilier et de décoration à l’étranger, malgré les sanctions commerciales qui visent le pays et la famille régnante. Pendant ce temps, les attentats se multiplient : nul ne sait à qui les attribuer dans le théâtre d’ombres qu’est la Syrie. Le 18 juillet 2012, ils touchent une partie de l’appareil sécuritaire, tuant le beau-frère de Bachar, Assef Chawqat. Sa sœur Bouchra part en exil aux Emirats. La peur a changé de camp.

Fini de rire. Au début de l’été, le régime, bercé par ses victoires en trompe-l’œil (il n’a jamais réussi à reprendre la ville de Homs), ne voit pas venir le soulèvement armé des grandes villes, Damas, Alep, Deir ez-Zor. Les rebelles, alimentés en armes légères prises à l’armée ou données par les pays les soutenant (Turquie, Qatar, Arabie saoudite), se lancent dans une guérilla urbaine qui fait vaciller le pouvoir. Cette fois-ci, c’est la guerre totale, sans gants ni plan de com’. Les faubourgs de Damas sont provisoirement repris, le régime se livre à des massacres, des exécutions de masse. Mais l’armée n’a plus les moyens de reprendre Alep, la capitale économique du pays. Les campagnes du nord du pays se libèrent et les rebelles, mal équipés mais plus nombreux et renforcés par l’arrivée de jihadistes, inversent le rapport de force : ce sont eux qui désormais assiègent le régime auquel il ne reste plus que l’aviation pour maintenir son avantage. Même la Russie ne croit plus en la victoire de son poulain. Bachar Al-Assad mourra-t-il dans son pays ou s’enfuira-t-il ? C’est désormais la seule question qui se pose à lui.

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En Syrie, l’armée d’Assad massacre les habitants qui n’ont pas pu fuir Daraya


de Mediapart :

10 décembre 2012 | Par Caroline Donati

Les informations circulent à nouveau entre la Syrie et l’étranger. Il est vrai que le black-out imposé par le régime qui, durant trois jours, avait coupé réseaux téléphoniques et internet dans tout le pays la semaine dernière, n’a pas empêché les activistes syriens de continuer à retransmettre des informations de ce qui se passe sur le terrain, grâce à des réseaux satellitaires.

Fragmentaires, ces communications laissent entrevoir l’étendue des destructions provoquées par les forces d’Assad et en particulier de son aviation, engagées dans une bataille contre les banlieues de la capitale, Damas. Ces faubourgs sont désormais sous le contrôle des révolutionnaires et des combattants de l’Armée syrienne libre. Il y a une semaine, les rebelles parvenaient à abattre un avion de l’armée syrienne dans la région de la Ghouta orientale, la campagne qui borde les périphéries est de Damas.

Les combats aux périphéries de Damas sont particulièrement féroces à Douma, la « capitale » de cette Ghouta orientale, et au sud-est à Jaramanah, dans le périmètre de la route de l’aéroport international. Ils en feraient presque oublier une offensive particulièrement meurtrière qui se déroule dans une autre banlieue de la capitale tout aussi stratégique pour le régime : Daraya.

Plongée dans le noir et privée d’Internet depuis maintenant trois semaines, cette banlieue sud-ouest qui commande la route de Dera’a dans le sud du pays, est en passe de connaître le même sort que Alep, et avant Homs. La ville est soumise à un siège depuis le début du mois de novembre et devient un vaste champ de ruines, que parcourent combattants et activistes pour témoigner des destructions. Des images authentifiées ont ainsi été transmises. Par exemple, celles-ci datées du samedi 1er décembre, qui montrent les ruines d’une école de Daraya et des rues environnantes :

ou ici :

EN IMAGES. Syrie: l’acharnement du régime à pilonner le pays


Par LEXPRESS.fr, publié le 31/10/2012 à 14:32, mis à jour à 15:40

Une armée est normalement destinée à protéger le pays et la population d’une agression extérieure. En Syrie, 19 mois après le début de la contestation contre son régime, l’armée de Bachar el-Assad, qui ne parvient pas, malgré sa supériorité militaire, à reprendre le contrôle du pays, s’emploie à le réduire en poussière.

Demonstrators hold a huge opposition flag during a protest against Syria's President Bashar al-Assad at Kfr Suseh area in Damascus

Kfar Suseh, Damas. Encouragés par le départ de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, les Syriens ont commencé à descendre dans la rue en mars 2011 pour réclamer des réformes. Le régime a répondu comme il en avait l’habitude: en emprisonnant et torturant les opposants et en tirant sur les manifestants.

Crédit photo : Reuters/Shaam News Network

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TURQUIE-SYRIE : L’ESCALADE N’AURA PAS LIEU


Baudouin Loos

L’escalade entre la Syrie et la Turquie mènera-t-elle à une intervention étrangère dans le premier pays ? Les forces de l’Otan, dont la Turquie est un membre clé, vont-elles se mettre au service d’Ankara au nom de la solidarité atlantique, pour attaquer le régime de Bachar el-Assad ? Non. Il y a gros à parier que les représailles militaires turques en Syrie après le bombardement qui a tué cinq civils turcs mercredi resteront sans lendemain.

Certes, tout est possible, au Proche-Orient plus encore qu’ailleurs, où l’imprévisible peut à tout moment devenir réalité. Une provocation, parfois, peut entraîner un grand dérapage. Mais une simple analyse des intérêts des uns et des autres conduit à penser que le conflit ne va pas prendre une autre dimension, en tout cas dans un avenir proche. Erdogan, le Premier ministre turc, se devait de répliquer au bombardement de mercredi, surtout pour des considérations de politique interne, mais il devrait en rester là. Il n’a nulle envie d’entrer dans un bourbier inextricable d’autant que son puissant voisin iranien cajole l’autre camp. En fait, aucune puissance militaire ne caresse l’ambition d’intervenir. La seule question des possibles pertes humaines suffit déjà à dissuader les chancelleries dans leurs éventuels projets belliqueux. En effet, qui va envoyer ses soldats (ou ses pilotes) mourir pour la révolution syrienne ? L’armée syrienne est sans doute en lambeaux, mais elle possède assez de ressources matérielles pour faire mal, le jet turc abattu en juin le démontre.

Et puis, on le sait, l’Occident reste tétanisé par la perspective de voir la Syrie basculer dans l’extrémisme islamique. De nombreux reportages de presse l’ont montré : les djihadistes de tout poil se pressent désormais en Syrie, il en vient par centaines de tout le monde musulman. Les mêmes articles ont souvent prouvé que la population ne les attendait pas, ne les espérait pas. Mais aussi qu’elle finit parfois – souvent ? – par se dire qu’eux, au moins, viennent apporter une aide concrète, même si elle n’est pas désintéressée…

On en vient ainsi, d’une manière dramatique, à prendre la mesure de la maldonne : en voulant éviter de favoriser les ultra-islamistes, les Occidentaux leur ouvrent au contraire les portes d’un pays où ils croissent.

Cela alors que les Syriens en révolte contre leur cruel despote accumulent une immense amertume à l’égard d’un monde pétrifié qui les laisse mourir sous les bombes.

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Bachar Al-Assad aurait rejeté la demande de responsables du régime d’une solution pacifique


Le Monde.fr avec Reuters | 03.10.2012 à 02h3

Le président syrien Bachar Al-Assad a rejeté la demande d’une solution pacifique faite par de hauts responsables du régime après l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs piliers du clan dirigeant en juillet, déclare son ancien premier ministre.

Riad Hijab, ancien premier ministre syrien qui a fait défection début août, a déclaré à la chaîne de télévision Al-Arabia que la mort du ministre de la défense, le général Daoud Rajha, et du beau frère du président également vice-ministre de la défense, Assef Chaoukat, dans un attentat à Damas, l’avaient persuadé qu’il n’existait pas de solution à la crise.

Il dit avoir rencontré des hauts responsables du régime, dont le vice-président Farouk Al-Chara, les dirigeants du parlement et le secrétaire général adjoint du parti Baas au pouvoir, et s’était mis d’accord avec eux pour demander à Bachar al Assad d’entamer des discussions avec l’opposition. « Bachar a accueilli cela par un refus catégorique. Il a refusé toute forme de dialogue avec l’opposition, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, et a dit : « Je ne négocie pas avec une opposition divisée avec un programme. Ce n’est pas une opposition patriote et elle est armée » », indique Riad Hijab.

« Ce fut un choc pour chacun d’entre nous et nous avons quitté le palais. J’ai complètement perdu espoir, en particulier dans les derniers jours, lorsque l’Armée syrienne libre a pris le contrôle de près de 70 % d’Alep », ajoute-t-il. « Toute forme de soutien doit être fournie à cette révolution pour que la tragédie et la souffrance se terminent. La solution vient de l’intérieur et les fils de la Syrie sont capables d’apporter une solution ».

Riad Hijab critique aussi l’action de la diplomatie internationale. « Le régime veut gagner du temps. Je l’ai entendu de Bachar lui-même et il n’y aura pas de solution autre que ce que les rebelles et l’Armée syrienne libre sont en train de faire. »

Deux responsables militaires du Hezbollah, qui auraient été tués en territoire syrien par des rebelles, ont été inhumés au Liban, a dit mardi le mouvement chiite libanais. Les rebelles syriens ont à plusieurs reprises accusé le Hezbollah de soutenir les forces gouvernementales syriennes en déployant des éléments le long de la frontière, en territoire syrien.

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Syrie : des enfants meurent sous les balles


AFP

Mis en ligne le 02/10/2012

Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

De violents combats entre soldats et rebelles ont secoué lundi les souks d’Alep, joyau historique classé par l’Unesco dans la deuxième ville de Syrie, tandis que des raids aériens ont encore coûté la vie à des enfants dans le nord-ouest.

 

A New York, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé le régime syrien « à montrer de la compassion pour son propre peuple » et a solennellement mis en garde Damas contre toute utilisation de son arsenal d’armes chimiques. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a pour sa part assuré à la tribune des Nations unies que Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

A Alep, deuxième ville du pays et enjeu majeur du conflit qui dure depuis plus de 18 mois, de violents combats avaient repris dans la soirée aux abords des souks historiques, déjà victimes de destructions durant le week-end.

Une source militaire a affirmé à l’AFP que les rebelles « tentaient de prendre d’assaut la mosquée des Omeyyades », non loin des souks. Le chef de brigade rebelle al-Tawhid, Abdel Kader Saleh, la plus puissante à Alep, a affirmé à l’AFP que « l’armée a transformé la mosquée des Omeyyades en caserne ». Régime et rebelles se sont accusé mutuellement d’être à l’origine des dégâts causés aux souks. Classés par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, leurs quelque 1.550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.

La France a exprimé lundi sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi.

Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats. Les Etats-Unis ont annoncé lundi l’envoi d’un émissaire en Europe pour discuter avec Paris, Brlin, Londres et Rome de la « poursuite des efforts de sanctions contre l’Iran et la Syrie » et des « priorités en matière de lutte contre le financement du terrorisme ».

Toujours à Alep, des combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les violences ont fait 21 morts à Alep lundi, et 156 au total, dont 84 civils, dans tout le pays, selon l’OSDH.

A Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar al-Assad sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants.

Une vidéo postée sur internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants.

La télévision d’Etat syrienne a affirmé que les forces du régimes « ont tué la plupart des terroristes qui ont attaqué la ville de Salqine », évoquant « des terroristes d’Al-Qaïda et des non-Syriens ».

La mort a frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles comme à Deraa, berceau de la contestation, où au moins cinq personnes, dont une femme, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH. « Que Dieu te maudisse Bachar, toi, tes soldats et ta famille, nous nous vengerons », clame un homme dans une vidéo.

Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH.

La rébellion a par ailleurs affirmé avoir pris des missiles anti-aériens longs de plusieurs mètres dans un arsenal de l’armée situé dans le secteur de Ghouta, dans la province de Damas.

Le conflit a fait plus de 30.000 morts depuis le début du conflit en mars 2011, selon l’OSDH.

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Les souks d’Alep sous les obus


lundi 1er octobre 2012, par La Rédaction

À Alep, deuxième ville du pays et enjeu majeur du conflit qui dure depuis plus de 18 mois, de violents combats se sont déroulés pendant plusieurs heures dans les souks historiques, déjà victimes de destructions durant le week-end. « Le plus grand problème, c’est qu’on ne sait rien de nos échoppes, tout ce qu’on sait, on l’apprend par le bouche-à-oreille », se lamente un marchand de ficelles qui estime sa marchandise à des millions de livres syriennes. Classés au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, les souks et leurs quelque 1 550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.

La France a exprimé lundi sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi. Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats.

Toujours à Alep, de violents combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Au total, près de 56 personnes, dont 31 civils ont péri dimanche dans les violences à travers le pays, selon un bilan provisoire de l’OSDH.

Ainsi, à Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, ont été tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar el-Assad sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants. Une vidéo postée sur Internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants. » Oh, mon Dieu, mon fils est mort », pleure un homme devant un pick-up plein de corps. Trois enfants sont membres d’une même famille, selon l’ONG.

La mort a frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles, comme à Deraa, berceau de la contestation, où au moins cinq personnes, dont une femme, son père et un rebelle, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH. « Que Dieu te maudisse, Bachar, toi, tes soldats et ta famille, nous nous vengerons », clame un homme dans une vidéo. Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH. Le conflit a fait plus de 30 000 morts depuis le début du conflit en mars 2011, toujours selon l’organisme indépendant basé à Londres.

Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a accusé les États-Unis de vouloir répéter le scénario qui a mené à la chute du dictateur irakien Saddam Hussein en prétextant la présence d’armes chimiques dans le pays. « C’est une chimère qu’ils ont inventée pour lancer une campagne contre la Syrie comme ils l’ont fait en Irak », a-t-il déclaré dans une interview à la chaîne arabe Al-Mayadeen, réalisée en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, et dont des extraits ont été rendus publics lundi. L’argument des États-Unis de la présence d’armes de destruction massive en Irak avait servi à justifier l’invasion de ce pays en mars 2003 et s’était ensuite révélé faux.

Walid Mouallem a toutefois gardé le flou sur la détention d’un tel arsenal par le régime, deux mois après que Damas a reconnu pour la première fois posséder des armes chimiques et menacé de les utiliser en cas d’intervention militaire occidentale, mais jamais contre sa population. « Ces armes chimiques en Syrie, si elles existent, et je dis bien si elles existent, comment est-il possible que nous les utilisions contre notre propre peuple ? C’est du n’importe quoi », a-t-il dit. La semaine dernière, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta avait affirmé que Damas avait déplacé des armes chimiques pour les sécuriser. Washington est défavorable à une intervention armée en Syrie.

Le diplomate syrien a en outre estimé que des pays comme le Qatar « dépensaient des milliards de dollars pour faire assassiner le peuple syrien ».
La Turquie a par ailleurs évalué dimanche à près de 100 000 le nombre de Syriens réfugiés sur son territoire, et a réclamé une aide internationale pour continuer à les accueillir. Au total, 93 576 réfugiés sont logés dans 13 camps dispersés dans le sud-est de la Turquie, frontalière avec la Syrie, selon Ankara.

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