Interview du Dr Christophe Oberlin


07 juillet 2015
[youtube https://youtu.be/tIIRB-oO3nk?]

 

L’ONG palestinienne Maan Development Center dresse un bilan chiffré de la situation dans le grand camp de concentration de Gaza. C’est peut-être un « modèle de civilisation » pour Manuel Valls, mais pas pour nous. Un an après les terribles massacres de l’été dernier, qui ont fait plus de 2200 mille morts et de 11.000 blessés, et qui ont laissé sans abri des milliers de familles, la bande de Gaza est toujours prisonnière d’un siège barbare, qui affame la population la prive de travail, de soins et de contacts avec l’extérieur. Comment agir ?

  • JPEG Hamza, 5 ans, brûlé par les bombardements israéliens l’été dernier.

Dans un rapport intitulé « Déni et Privation continuels », l’association dresse le bilan suivant :

« Le blocus asphyxiant de Gaza par Israël entre maintenant dans sa neuvième année, avec un impact dévastateur croissant sur les vies des 1,8 million de Palestiniens. Le blocus de Gaza a créé une situation humanitaire précaire que la fermeture du passage frontalier de Rafah contrôlé par l’Égypte, la porte de sortie principale vers le monde extérieur, aggrave. Les chiffres ci-dessous, ainsi que les histoires des Gazaouis ordinaires, illustrent quelques-uns des effets désastreux du blocus :

Restrictions à la libre circulation des personnes :

  • 535 patients palestiniens, dont 86 enfants, n’ont pas été autorisés à recevoir un traitement médical à l’extérieur de Gaza en 2014. 160 autres patients, dont 16 enfants, ont subi le même refus en 2015.1
  • Environ 550 étudiants n’ont pas été autorisés à passer par Erez pour aller poursuivre leurs études dans des universités étrangères depuis 2014.
  • Le terminal de Rafah entre Gaza et l’Égypte n’a été ouvert que 5 jours au cours des quatre premiers mois de 2015. Environ 30.000 Palestiniens, dont des patients et des étudiants, attendent de traverser en Égypte.

Entrave à l’entrée de matériaux :

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− Israël limite sévèrement l’importation à Gaza des agrégats, des barres de fer et du ciment, qui sont essentiels à la construction. Environ 800.000 camions de matériaux de construction sont indispensables pour construire maisons, écoles, structures sanitaires et autres infrastructures qui ont été détruites ou endommagées : le taux d’entrée de matériaux de construction n’est que de 0,2 pour cent. A ce rythme, il faudra plus d’un siècle pour reconstruire Gaza.

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Université de Gaza détruite par les bombardements israéliens

  • 17.600 familles sont toujours sans abri du fait de la destruction de leur maison pendant l’attaque israélienne de 20147. Parmi elles, 1.031 familles sont hébergées dans ces centres collectifs de l’UNRWA et 481 autres dans des caravanes8 en attendant la reconstruction de leur maison.

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Effondrement économique :

  • 72%des usines de Gaza ont fermé depuis 2007 à cause des restrictions sévères sur les importations, la quasi totale interdiction sur les exportations et les destructions causées par les opérations militaires israéliennes. Le secteur des exportations de Gaza a pratiquement disparu et le secteur manufacturier connaît une réduction allant jusqu’à 60 %.
  • Le taux de chômage à Gaza est le plus élevé du monde, à 44 pour cent.12
  • L’accès des fermiers à leurs terres dans les « Zones d’accès limité » ( Access Restricted Areas, ARA), en particulier à l’intérieur des 300m depuis la clôture avec Israël, est interdit par l’armée israélienne et empêché par la force létale. Les ARA prennent jusqu’à 17 % de la terre totale de Gaza. En effet, 35 % des terres arables disponibles à Gaza sont d’une utilisation dangereuse pour les Palestiniens. Les zones les plus proches de la clôture frontalière ont les accès les plus limités. 5 civils palestiniens ont été tués et 131 ont été blessés dans les ARA en 2014. 17 autres personnes ont été blessées depuis le début de 2015.

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Et pour faire bonne mesure l’armée israélienne asperge les cultures palestiniennes de produits toxiques

  • Les pêcheurs sont autorisés à accéder à 6 miles nautiques sur les 20 miles nautiques de la zone de pêche qui leur a été allouée par les Accords d’Oslo de 1993. Cette restriction empêche les pêcheurs d’accéder aux zones de pêche les plus riches, ce qui diminue les prises et les revenus. La marine israélienne a détenu 58 pêcheurs à l’intérieur de la limite des 6 miles en 2014 et 13 autres pendant les quatre premiers mois de 2015. Les forces navales israéliennes ont confisqué 27 bateaux et endommagé 7 autres à l’intérieur de la limite des 6 miles en 2014. Au cours des quatre premiers mois de 2015, 4 bateaux ont été confisqués et 6 endommagés. JPEG JPEG Environ 1.400 tonnes de poissons sont perdues chaque année à cause des restrictions sur la zone de pêche de Gaza, ce qui prive l’économie de 26 millions de dollars par an. Le nombre de pêcheurs à Gaza est de 3.500,18 mais en pratique seuls 1.200 pêcheurs peuvent pêcher.
  • 57 % de la population de Gaza souffre d’insécurité alimentaire et près de 80 % ont besoin d’une aide alimentaire.

Effondrement de l’infrastructure d’eau et d’assainissement :

  • 90 millions de litres d’eaux usées et partiellement traitées sont rejetés dans la Mer Méditerranée depuis Gaza à cause des coupures d’électricité et du manque de matériaux de construction, dont les pièces détachées, pour les installations de traitement des eaux usées.
  • 97 % de l’eau fournie par les réseaux municipaux est impropre à la consommation humaine. JPEG

Source : Ghada Snunu | Advocacy, Communication and Reporting Officer

Maan Development Center | Gaza, OPT

Mobile : (+972) 598910834| – Office Tel : (+972) 8 28237112| Fax : (+972) 8 28237112 – www.maan-ctr.org

Bien entendu, les associations caritatives sérieuses, comme le CBSP ou le secours islamique, qui recueillent de l’argent pour venir en aide à la population de Gaza font un travail précieux.

Mais il faut aussi lutter ensemble pour que cesse cette situation barbare, provoquée par l’occupant israélien, en collaboration avec le dictateur égyptien Sissi et la complicité de nos dirigeants, qui au lieu de prendre des sanctions contre Israël — comme ils savent le faire contre bien d’autres pays— punissent les victimes, placent le Hamas sur la liste des associations terroristes et font du commerce, y compris d’armes, avec les terroristes israéliens.

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Posté par MCPalestine à

Risque de crise humanitaire en Syrie


LE MONDE | 19.12.2012 à 14h02 Par Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens

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La Turquie a maintenu ses frontières ouvertes depuis le jour où les premiers Syriens ont commencé à fuir les violences et les attaques du régime syrien dans leur pays, en mai 2011.

Elle fournit maintenant des abris et une aide humanitaire à plus de 120 000 réfugiés syriens, dépensant plus de 300 millions de dollars (227,6 millions d’euros).

Les Syriens, traumatisés par la perte de leurs proches, la destruction de leurs maisons et le terrible carnage de la guerre civile, ont été accueillis et hébergés dans d’excellentes conditions.

Cependant, dix-huit mois plus tard, il ne semble pas y avoir de fin au conflit en Syrie, et l’ONU signale maintenant que le nombre de personnes en Syrie nécessitant une aide humanitaire pourrait passer de 2,5 millions à 4 millions d’ici au début de l’année 2013.

LA TURQUIE NE DOIT PLUS ASSUMER SEULE CETTE CHARGE

Dans ce contexte de crise humanitaire aiguë et alors que chacun d’entre nous a sa propre perspective de la crise syrienne, nous croyons à l’unisson que l’on doit faire davantage pour aider les Syriens qui n’ont pas d’autre choix que de fuir.

Face à l’afflux croissant de civils, on comprend que la Turquie commence à ressentir le poids certain de cette aide humanitaire essentielle dispensée sur son territoire. Répondre à cette crise implique des efforts d’une ampleur sans précédent.

La Croix-Rouge estime que la Turquie aurait besoin de plusieurs millions de dollars d’aide étrangère pour faire face. La Turquie ne doit plus assumer seule cette charge.

Nous croyons que la communauté internationale et les pays donateurs, particulièrement les pays du Golfe, doivent de toute urgence augmenter leur aide à la Turquie ainsi qu’à tous les pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens.

A l’approche de l’hiver rigoureux, cet impératif est plus important que jamais.

488 MILLIONS DE DOLLARS

Il est inacceptable que le plan d’action régional des Nations unies en faveur des réfugiés syriens de 488 millions de dollars ne soit financé qu’à hauteur d’un tiers.

La communauté internationale doit maintenant financer les opérations de prise en charge les réfugiés syriens. Tous les pays d’accueil de réfugiés doivent autoriser les ONG humanitaires internationales à opérer à l’intérieur de leurs frontières.

Nous appelons la Turquie à se joindre à la Jordanie et au Liban en permettant à ces ONG de soutenir l’effort turc et de déployer leurs compétences et ressources techniques.

L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), les agences onusiennes, le Comité international de la Croix-Rouge et les ONG des pays possédant une expertise dans l’assistance aux réfugiés sont prêts à répondre aux besoins.

Cependant, des obstacles politiques, légaux et bureaucratiques entravent la pleine coopération entre la Turquie et les ONG humanitaires.

Sauf exception, les ONG turques et internationales n’ont pas accès aux camps de réfugiés en Turquie !

Autoriser les agences humanitaires de l’ONU et les ONG internationales à opérer en Turquie pourrait atténuer l’impact que le nombre croissant de réfugiés a sur les communautés d’accueil.

Cela permettrait aussi de débloquer des fonds européens supplémentaires. Enfin, cela apporterait des expertises techniques pour aider à surmonter les traumatismes.

La Turquie craint peut-être que des acteurs extérieurs suivent des agendas politiques ou qu’ils constituent une menace pour la souveraineté turque.

PRINCIPES INTERNATIONAUX DES CONVENTIONS DE GENÈVE

Cependant, ces organisations humanitaires professionnelles ont une longue expérience d’actions menées en toute impartialité et neutralité dans de nombreuses crises de réfugiés telles que celle des réfugiés somaliens au Kenya ou bien encore celle des réfugiés libyens en Tunisie.

Ces organisations sont guidées par les valeurs universelles et les principes internationaux des Conventions de Genève.

Il est temps que le monde soutienne la Turquie et qu’elle reçoive l’aide de ses amis de la société civile internationale et des bailleurs de fonds, afin de fournir l’asile aux milliers d’autres Syriens qui attendent encore avant de fuir la guerre civile dans leur pays.

C’est notre espoir et notre souhait qu’ils puissent continuer à trouver un lieu sûr en Turquie.

Fuat Keyman, professeur à l’université de Sabanci; Hany El Banna, fondateur de l’ONG Islamic Relief ; Anthony Giddens, ex-directeur de la London School of Economics

Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens