Syrie : les jihadistes coupés du peuple à cause de leurs abus


jeudi 11 juillet 2013, par La Rédaction

Au début de la révolte en Syrie, quand les insurgés cherchaient désespérément de l’aide, ils avaient accueilli les jihadistes à bras ouverts. Mais à force d’abus, ces derniers se sont aliénés une grande partie de la population.

« Dehors ! L’État [islamique en Irak et au Levant] doit dégager, » scandaient des manifestants cette semaine à Manbij, dans le nord, exprimant leur exaspération envers cette organisation affiliée à Al-Qaïda.
De nombreuses vidéos montrent que de plus en plus de civils et de rebelles appartenant à l’Armée syrienne libre (ASL), principale organisation de l’opposition armée, se retournent contre les factions islamistes les plus radicales.

Les insurgés qui cherchent depuis plus de deux ans à renverser le président Bachar al-Assad sont composés d’unités disparates, dont beaucoup adhèrent à divers courants islamistes sans toutefois se reconnaître dans les plus extrémistes.

Les deux principales formations jihadistes en Syrie sont le Front al-Nosra et l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont prêté allégeance au chef d’Al-Qaïda.
Il existe aussi une multitude de groupuscules jihadistes, composés exclusivement de combattants étrangers.

L’ASL, reconnue par une partie de la communauté internationale, reçoit des armes et de l’argent principalement des pays du Golfe, tandis que les jihadistes vivent de dons de riches familles arabes.
Dotés d’armes sophistiquées, aguerris au combat, ils ont acquis une influence qui dépasse leur nombre en remportant des victoires contre le régime.
Mais l’engouement du début a laissé progressivement la place au rejet en raison de la forme extrême de leur islam et d’arrestations arbitraires.
Ils répètent les mêmes erreurs qu’en Irak où, après la prise de pouvoir par les chiites dans le sillage de l’invasion américaine en 2003, les sunnites avaient reçus les jihadistes avec enthousiasme avant de les chasser à cause de leurs abus.

A Rakka, seule capitale provinciale aux mains des rebelles, les deux groupes affiliés à Al-Qaïda sont accusés de détenir des dizaines de prisonniers.
« Ils prétendent être de vrais musulmans mais les membres d’Al-Nosra détiennent mon père depuis un mois » sans jugement, pleure une fillette lors d’une manifestation dont des images ont été mises en ligne par des militants anti-régime. « Je veux qu’ils le libèrent ».
« Nous sommes musulmans. Vous êtes des imposteurs, » crie une manifestante dans une autre vidéo, demandant la libération des détenus. Les contestataires de la ville dénoncent aussi la disparition d’un opposant de la première heure et militant des droits de l’Homme, Abdallah al-Khalil.
« Il s’apprêtait à organiser des élections générales à Raqqa mais Al-Nosra était contre. Il a disparu le lendemain », raconte à l’AFP un militant, qui préfère rester anonyme par peur de représailles.
« Bien que leurs méthodes ne soient pas les mêmes que celles du régime, ils sont tout aussi brutaux ». « A mesure qu’ils deviennent plus puissants militairement, ils restreignent les libertés. Ils veulent le pouvoir, pas la démocratie », maugrée-t-il.

Dans la province d’Idleb, frontalière avec la Turquie, par où ont transité nombre de jihadistes étrangers rejoignant la révolte, des dizaines de rebelles de l’ASL ont été tués dans une bataille contre les groupes affiliés à Al-Qaïda, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un réseau de militants et sources médicales.
Les combats ont éclaté après que des rebelles ont protesté contre l’arrestation par les jihadistes d’un garçon de 12 ans accusé de blasphème.

« Nous n’avons pas vu beaucoup de batailles de ce genre, mais il est clair que la colère contre l’EIIL et les autres jihadistes est en train de monter en Syrie », note le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.
Ce cas rappelle l’émoi provoqué par l’exécution d’un garçon de 14 ans par des combattants de l’EIIL à Alep dans le nord du pays, tué pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet.
Selon Rami Abdel Rahmane, l’ASL est prête à une nouvelle confrontation avec ses rivaux jihadistes à Idlib, après que l’EILL a demandé à tous les autres groupes de déposer les armes.

Pour Nizar, un militant de Deir Ezzor (est), « le temps est compté pour tous ces groupes (jihadistes). Ils utilisent la violence et la religion pour nous contrôler, et même si beaucoup des gens craignent d’afficher leur désaccord, personne ne veut d’eux. »

source

L’Armée syrienne libre dépassée par les jihadistes


LOOS,BAUDOUIN

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Jeudi 17 janvier 2013

SYRIE Les dérives de certaines factions de l’ASL sont en cause

Plus que jamais, la violence entre l’armée syrienne et les groupes rebelles donne le ton en Syrie. Ce mercredi encore, deux attentats suicides à la voiture piégée ont causé mercredi la mort de 22 personnes à Idlib, une ville du nord-ouest de la Syrie tenue par les forces gouvernementales, a indiqué l’agence officielle Sana, qui a accusé des« terroristes ». Quoi qu’il en soit, depuis des mois, une évolution se confirme en Syrie : l’Armée syrienne libre (ASL), composée de citoyens et de déserteurs, s’efface peu à peu devant les groupes jihadistes.

De récents reportages dans le nord du pays attestent du caractère tangible de ce phénomène qui pourrait changer la face du conflit. Barak Barfi, un chercheur arabe publié sur le site theatlantic.com à Alep, rapportait ainsi le 14 janvier sous le titre « La face sombre de l’opposition syrienne » la mauvaise réputation que l’ASL s’est taillée ces derniers mois. Et de prendre un exemple local connu, celui d’un certain Ahmad Afash, chef de la brigade de l’ASL du village d’Anadan, au nord d’Alep, dont le nom est devenu le symbole même des dérives de l’armée rebelle.

« Afash vole tout, depuis les graines jusqu’aux voitures, témoigne un combattant de l’ASL. Il justifie cela en disant que personne ne lui donne d’argent pour sa brigade. » Un chef de l’ASL, Abou Aharr, reconnaît dans l’article que « trop de gens sont venus nous rejoindre pour de mauvaises raisons ».

Résultat ? « Ces problèmes expliquent pourquoi les Syriens se dirigent de plus en plus vers les brigades islamistes, comme Jabhat al-Nosra », écrit Barak Barfi. Les Etats-Unis ont placé ce groupe dans la liste des organisations terroristes en raison de ses liens avec l’organisation Al-Qaïda, mais les Syriens n’en ont cure ou, pire, s’en offusquent.

Dans le quotidien arabe à capitaux saoudiens diffusé à Londres Al-Hayat, un reportage publié le 14 janvier, cite des commerçants d’Alep qui ont été pillés par des bandes de l’ASL se féliciter de la présence de Jabhat al-Nosra « parce qu’eux ne volent pas ».

Mais le succès des jihadistes ne se limite pas à leur réputation de probité. Leur apport militaire ne fait pas de doute. Un des principaux chefs de l’ASL, le colonel Abdouljabbar Okaïdi, l’a admis récemment à l’agence Reuters :« Nous ne partageons peut-être pas leur philosophie, mais ce sont des combattants acharnés et loyaux (…) et au bout du compte, ils combattent le régime à nos côtés. Et nous n’avons pas vu leur extrémisme. »

Enfin, le meilleur armement des jihadistes explique également leur succès, comme nous le confie l’historien belge Pierre Piccinin de retour de la région d’Idlib : « Les brigades de l’Armée syrienne libre (ASL) ont fondu comme neige au soleil pour une raison claire : les brigades islamistes disposent d’armes flambant neuves, des armes légères certes, surtout, alors que l’ASL semble condamnée à tirer les dernières cartouches de ses vieilles armes. Les jeunes qui veulent rejoindre la rébellion armée se dirigent maintenant vers les groupes islamistes, où ils trouvent armes et entraînement. » (1)

Dans Al-Hayat, un chef de Jabhat al-Nosra se réjouit sans détour de cette asymétrie dans l’armement : « Cela poussera la Syrie dans les mains de Dieu. Tout cela s’accomplira quand les rebelles découvriront que l’Occident les a trompés. » Une « découverte » déjà largement effective, si l’on en croit divers témoignages dont celui de Pierre Piccinin.

Le risque existe-t-il donc de voir l’ASL et les jihadistes comme Jabhat al-Nosra finir par se combattre ? Impossible de l’exclure. Sakr Idlib, un combattant rebelle cité par Reuters dans le reportage repris plus haut, le dit clairement :« Nous craignons qu’après la chute du régime, ils essaient d’imposer leurs vues au peuple syrien. Leur objectif est que la Syrie devienne un Etat islamique et l’Armée syrienne libre est à l’opposé de cela. »

Le chercheur belge Thomas Pierret entend cependant nuancer : « Si on désigne par jihadiste tout islamiste qui porte une arme, alors il faut y inclure une bonne portion de l’ASL. Le commandement unifié de cette dernière, créé en décembre, inclut des représentants de groupes islamistes – et pour certains salafistes – comme Suqur al-Sham, Liwa al-Islam et Liwa al-Tawhid. »

(1) L’interview de Pierre Piccinin sur http://blog.lesoir.be/baudouinloos/

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