Des centaines de militants du Balad Arretes/ Retour de l’Administration Militaire


Le temps de l’Administration Militaire semble de retour. L’Administration Militaire était le régime sous lequel a vécu la minorité palestinienne d’Israël entre 1948 et 1965, quand les Services de Sécurité (Shin Bet) régissait leur vie communautaire et individuelle, quand toute personne soupçonnée d’activité politique était réprimée (assignation a résidence, détention administrative), quand les provioseurs et les instituteurs etaient nommes en fonction de leur docilite et non de leurs diplomes. Depuis 1967 la repression s’est surtout concentree dans les territoires nouvellement conquis, et la population palestinienne a pu commencer a jouir des libertes publiques qu’elle était en droit de recevoir dans un pays qui se veut democratiques. Avec des exceptions notoires: le massacre de la Journee de la Terre 1976, et le massacre d’Octobre 2000.

Septembre 2016: des centaines de militants ou supposes tels (dont le President du parti, Awad Abed-el-Fatah) du Rassemblement National Democratique (Balad) – un parti qui appartient a la Liste Arabe Unie et a trois elus a la Knesset – sont arretes au milieu de la nuit dans ce qu’on ne peut qu’appeler une rafle, et interroges par la police et le Shin Bet. Comme nous sommes a l’ere du neo-liberalisme, on ne les soupconne pas de terrorisme, mais… de blanchissements de fonds. Cette semaine, les deputes du Balad sont convoques par la police pour etre interroges sur un soit-disant « financement illegal du parti ». C’est la premiere fois que c’est le parquet qui enquete sur le financement d’un parti, et non le Controleur General de l’Etat, dont c’est une des taches.

Cette attaque planifiee contre un important parti de la communaute palestinienne d’Israel doit etre percue dans son double contexte: celui de l’offensive du gouvernement d’extreme-droite contre la minorite palestinienne dans son ensemble, et celui de la remise en question des libertes democratiques qui ont existe en Israel, ce que certains denomment « la fascisation rampante » de l’Etat d’Israel.

C’est aussi l’heure ou les rats sortent de leur trou, comme l’ancien ministre des minorites du gouvernement Sharon, Salah Tarif. Ce Palestinien (de religion druze) a fait ses armes dans l’armee juive, et servi avec devotion dans le role du « bon arabe » dont le pouvoir israelien a toujours eu besoin, Dans une tribune publiee par le quotidien Haaretz du 6 Octobre, il annonce pompeusement: « Ils ne nous representent plus ». « Ils », c’est a dire les deputes de la Liste Arabe Unie, qui ont, unanimement, refuses de participer au funerailles nationales de Shimon Peres. Et d’ajouter: « Je n’ai que mepris pour ces deputes laches, demagogues et sans morale qui conduisent leur peuple au desastre ». Reconnaissons que Salah Tarif parle de « leur » peuple, reconnaissant par la qu’il a depuis longtemps deserte de son peuple pour prendre le role de collaborateur du regime. Dans les ghettos et les camps ont appelait des personnages comme Tarif des Kapos. Le retour des Kapos signifie-t-il le retour de l’Administration Militaire pour la minorite palestinienne d’Israel?

Pour que cela ne devienne pas le cas, il est imperatif de mobiliser l’opinion internationale et la communaute internationale qui ont les moyens de faire reculer Netanyahou et sa bande. En commencant par exiger de cesser la repression contre le parti Balad, ses elus et ses militants. C’est le sens de l’appel lance par le Balad aux representations diplomatiques etrangeres, et que nous reproduisons ici.

National Democratic Assembly (NDA- BALAD)
التجمع الوطني الديمقراطي
September 26, 2016
Your Excellency,

As elected members of Knesset representing the National Democratic Assembly Party (NDA-BALAD), we write to share with you our deep concern and dismay for the latest waves of arrests against the leadership and members of the party over the last week.
On September 18, in the very late night hours, Israeli police forces raided the homes of the political leadership of the Palestinian Arab NDA-Balad party (Joint List), and arrested 21 members. Head of the party and other activists – all Palestinian Arab citizens of Israel – were arrested in the overnight raid. This was followed by another wave of arrests four days later, and was coordinated with investigations with hundreds of the party’s members.

From the little that has since been revealed, the police claims that the NDA -Balad members were arrested for allegations related to money laundering on behalf of the party and for violations of the Law for Party Funding. The Israeli court has extended the remand of some of those arrested for a third time leaving them in jail now for over a week, including the Chairman of the party Mr. Awad Abdelfattah, while others have been released to house arrest under strictly-limiting conditions. The details of the allegations remain secret and are still being withheld from the public, the arrestees themselves and their attorneys.

Never before in the political history of Israel have the leadership and members of a political party been targeted by police in a wave of arrests for similar allegations. Other (Jewish) political parties that have in the past been charged with similar violations of the Party Funding Law have only been fined various amounts. This was done after an examination of the State Comptroller and through his office only. No police intervention was sought and no members of those parties have been arrested.

These unjustified and unprecedented arrests therefore reek of political persecution, and come close in the wake of Israel’s recent move to outlaw the Islamic Movement-Northern Branch. It is also directly linked to recent racist legislation approved by Israeli lawmakers, such as the Expulsion Law, designed to target the Palestinian Arab political representatives from within the Knesset. Such acts of intimidation seek to de-legitimize Arab political activism and even to eliminate such activism. This series of nighttime arrest raids, targeting the leadership of a political party represented in the Israeli parliament, marks a disproportionate and dangerous turning point in the relationship between the state of Israel and its Palestinian Arab citizens. The state is gradually but systematically implementing a strategy intended to
criminalize and eliminate all political opposition that does not abide by the Zionist hegemonic consensus, including political leadership and (Arab and Jewish) NGOs.
We urge you to express your deepest concern to the Israeli government for this political persecution, intimidation acts and silencing attempts. The right to free political organization is one of the chore pillars of democracy and we seek your help in making sure it stays as such.
Respectfully yours,

MK Jamal Zahalka
MK Haneen Zoabi
MK Bassel

Netanyahu: « allez vous faire voir… mais n’oubliez pas le cheque a la sortie… »


Michael Warschawski

Le culot israelien est une image de marque de notre societe, et il a rarement de limites. Apres avoir affublé l’administration américaine de tous les noms d’oiseaux possibles et imaginables, apres avoir quasiment traite le Président Obama d’idiot du village, travaille activement a sa non-réélection et tente de saboter le traite avec l’Iran, le gouvernement israélien négocie aujourd’hui avec cette même administration le montant de l’aide militaire pour la décennie a venir.

Jusqu’à present, a hauteur de 3.5 milliards de dollars par an, les Israeliens voudraient augmenter l’aide a 4 milliards. Les relations tendues entre Tel Aviv et Washington se reflettent dans ces negociations, a la fois en ce qui concerne le montant de l’aide militaire et les modalites de paiement. En effet, Israel est censé depenser les milliards de dollars que lui octroient les Etats-Unis dans l’achat d’equipements americains, ce qui fait de l’aide a Israel egalement une aide indirecte a l’industrie militaire etats-unienne. Netanyahu dont, comme dit, le culot n’a pas de limite, voudrait aujourd’hui changer les regles du jeu et investir l’aide americaine dans la production d’armes et d’equipements « made in Israel ».

Les commentateurs israeliens accusent Netanyahu d’avoir obtenu moins que ce qui semblait etre possible a cause de son attitude arrogante et denuee de toute civilite vis-à-vis d’Obama et de son administration. Ceci dit, le soutien americain et l’alliance strategique entre les deux pays ne sont pas remis en question, ni par Israel pour qui c’est une question existentielle, ni par les Etats-Unis… pour qui cette alliance est en fait une bonne affaire. En effet, avec l’Etat d’Israel Washington dispose de ce qu’on peut appeler un porte-avion operationnel qui lui revient beaucoup moins cher qu’une 8eme flotte, et dans la mesure ou des soldats doivent y laisser leurs vies, ils ne seront pas americains. Somme toute, meme quatre milliards restent une bonne affaire pour les Etats-Unis.

Ce n’est donc pas l’efficacite des lobbyes – evangeliste ou juif – qui se trouvent a la base du soutien americain a Israel, mais de interets strategiques americains bien compris. A court et moyen terme en tout cas. Car a plus long terme, Israël et sa politique jusqu’au boutiste peut devenir un boulet pour les américains: deux chercheurs israéliens, Elie Podeh et Nimrod Goren ont récemment publie un article (Haaretz, 22.6.2016) ou ils énoncent les cinq « non » du gouvernement israelien actuel aux diverses initiatives visant a mettre fin au conflit en Palestine, du Plan de Paix de la Ligue Arabe a l’initiative francaise (reprise par l’Union europeenne) d’une conference de paix internationale, initiatives soutenues plus ou moins ouvertement par les Etats-Unis.

Ce que les deux chercheurs mettent en evidence, ce n’est pas simplement le rejet israelien de toutes ces initiatives, mais l’arrogance et le mepris qu’expriment les dirigeants israeliens dans leur refus. Ils écrivent: « les réactions négatives israéliennes aux initiatives internationales sont préoccupantes nont seulement dans leur contenu, mais aussi dans leur style. D’une facon generale elles sont redigees dans un langage sans finesse, et dans de nombreux cas elles sont vexantes et arrogantes. Et ce, malgre le fait que ces intiatives proviennent souvent d’Etats qui sont des amis d’Israel. »

Combien de temps encore la dite communaute internationale continuera a supporter l’arrogance et la grossierte des dirigeants israeliens? La question merite d’etre posee, mais il y’a peu de chances que le trio Netanyahu-Lieberman-Benett se la posera.

Le phénomène Lapid Victoire de l’escapisme


L’avis de Michel Michael Warschawski sur les élections de mardi
mw

Ce matin, je prends mon café en lisant les résultats des élections a la Knesset : rien d’inattendu dans ces résultats si ce n’est les 19 sièges gagne par le parti Il y’a un futur du très populaire présentateur de télévision Yair Lapid. 19 députes, c’est presque 16% du nouveau parlement.

Les 18 autres députes de sa liste n’ont pas plus d’expérience ou d’idées politiques que Lapid – c’est-à-dire aucune – et pendant une campagne électorale considérée comme la plus morne et la plus vide d’enjeux politiques des quinze dernières années, ils se sont limites a une seule revendication : « égalité dans le fardeau », c’est-à-dire service militaire obligatoire pour les ultrareligieux, jusqu’ici dispenses de perdre trois ans sous les drapeaux. Pas un mot sur le conflit israélo arabe ni sur le risque de guerre avec l’Iran, pas un mot non plus sur le pouvoir des oligarches de la finance qui dominent le pays et sur les inégalités sociales dont Israël a, selon le PNUD, la médaille d’argent des pays industrialises.
Ni, ni. Ni droite ni gauche, ni pour la paix ni pour la guerre, ni pour l’occupation coloniale ni contre : Il y a un futur s’est contenté de surfer sur la haine des religieux et le mépris des pauvres qui caractérisent les classes moyennes de Tel Aviv.

Les jeunes ont massivement voté pour Yair Lapid avant tout parce qu’il symbolisait, a leurs yeux, le rejet de la vieille politique, des combats idéologiques, des valeurs bien définies. Yair Lapid, c’est eux, et c’est bien triste.
Lors des gigantesques manifestations des Indignes, pendant l’été 2011, les porte paroles du mouvement insistaient sur la dimension sociale et non politique du mouvement, non politique signifiant le refus de se positionner sur les enjeux du conflit israélo-arabe. Yair Lapid a réussi le pari de capitaliser sur la volonté de changement et de rupture avec la vieille politique, tout en allant un pas plus loin : ni politique ni social, tout au plus retirer aux pauvres les quelques bénéfices sociaux que la restauration néolibérale de Benjamin Netanyahou n’a pas encore confisque et aux ultrareligieux le droit de ne pas faire leur service militaire. Il n’aura donc aucun problème a rejoindre la coalition de droite que Benjamin Netanyahou va reconduire.
Ce qui me rend triste ce matin, c’est que 16% des électeurs, dont la majorité des jeunes (juifs), ont fait le choix du vide, du rien. De voter Lapid, parce qu’ « il est sympa », et ne les oblige pas a faire des choix : gauche ou droite, colonisation ou négociation, guerre ou intégration régionale, néo-libéralisme sauvage ou, comme l’exigeait le mouvement des indignes, retour a l’Etat social. Ils ont vote Lapid parce que Lapid, dans son vide abyssal, c’est eux, dénués d’idéologie, rejetant toute notion de valeurs, aveugles aux aspirations nationales de l’autre et a la lutte des classes qui bel et bien continue.
Ce qui me rend triste ce matin c’est d’avoir eu raison quand nous, militants anticolonialistes, affirmions que si le mouvement des indignes persiste dans son refus de se positionner sur les enjeux politiques, il perdra aussi la bataille du social : la victoire du très néolibéral Yair Lapid est la concrétisation de cette défaite.
Dans un an, il ne restera rien du groupe parlementaire de Yair Lapid, fait de bric et de broc… y compris de quelques gens bien. Certains auront été achetés par le pouvoir, d’autres auront rejoint des partis politiques plus expérimentés, d’autres encore dégoutés par la politique.
Mais la politique va rapidement nous rejoindre : les révolutions arabes, le déclin de l’hégémonie américaine, l’émergence de nouvelles puissance régionales, la montée en puissance de l’Iran vont exiger d’Israël a faire un choix : soit la fuite en avant guerrière et, a terme, suicidaire, soit un tournant politique radical qui passe d’abord par la fin de l’occupation coloniale. Il a fallu la guerre de 1973 pour réveiller la société israélienne de ses illusions sur l’omnipotence éternelle de sa force militaire.

Espérons qu’il ne faudra pas une guerre nucléaire pour lui faire comprendre que « le service militaire pour tous » est loin d’être une réponse aux problèmes existentiels auxquels l’Etat Juif est confronté.