Le monde surréel de Chomsky


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Noam Chomsky, célèbre linguiste et intellectuel américain, nous livre sa vision d’un monde complètement surréel dans lequel « les institutions idéologiques occidentales ont l’exorbitant  pouvoir de falsifier, d’embrouiller et de réinterpréter les faits, dans l’intérêt de ceux qui dominent l’économie et le système politique. » Vive critique de la politique étrangère américaine, ces quelques pages s’inscrivent en rupture de l’analyse spontané occidentale.

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Médias

« La société américaine est gouvernée par les affaires : chaque année, un trillion de dollars, soit le septième du produit national brut, est dépensé uniquement dans le domaine du marketing, dont le but est, en grande partie, de contrôler l’opinion publique. Sachant que d’importantes institutions médiatiques possèdent un énorme pouvoir d’influence, il n’est pas surprenant qu’elles se vendent au marché que représentent d’autres institutions privées de marketing. C’est ainsi qu’elles essaient de maintenir la population enfermée dans l’endoctrinement du mythe capitaliste. »

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Processus de paix au Moyen-Orient

« Les Etats-Unis se sont toujours opposés autant au retrait israélien des territoires qu’à l’autonomie palestinienne. […] Le fait que les Etats-Unis aient été les seuls à s’opposer aux initiatives de paix au Moyen-Orient n’a jamais été rapporté au public américain. […] Même en Union soviétique les médias n’auraient jamais réussi à déformer la réalité aussi radicalement que ne l’ont fait et que ne le font encore les médias américains. Le pire est que l’influence des Etats-Unis est tellement forte que le monde entier finit par concevoir la réalité de cette façon. »

« Pour des raisons du même ordre, Israël a soutenu des éléments fondamentalistes opposés aux compromis que l’OLP était prête à faire sur la question des territoires occupés. […] Le raisonnement de base tire ses origines des premiers temps du sionisme : les Palestiniens modérés représentent la plus grande menace pour la volonté israélienne d’éviter toute entente politique et d’imposer aux Palestiniens un état de fait.»

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Accord de Libre-Echange Nord-Américain

« L’un des objectifs principaux des Etats-Unis est la libéralisation des services, qui permettait aux banques supranationales de supplanter les concurrents nationaux et d’éliminer ainsi toute menace de planifications économiques et de développement indépendant. Les accords concluent dans le cadre de l’ALENA imposent un mélange de libéralisme et de protectionnisme, afin que les maîtres du nouvel âge impérial puissent détenir fermement les richesses et le pouvoir. »

« Dans son rapport, le LAC note que l’administration n’a laissé place à aucun avis extérieur sur la production du Traité et a refusé de rendre disponible un avant-projet pouvant être commenté. Au Canada et au Mexique, la situation a été la même : les faits ne sont pas même rapportés. On est donc sur le point d’atteindre un idéal recherché depuis longtemps : la mise en place de procédures démocratiques formelles mais dépourvues de sens, qui font en sorte que les citoyens sont exclus de l’arène publique et qu’ils n’ont qu’une vague idée des règles qui façonnent leur vie. »

« On trouve le commentaire suivant dans le rapport du LAC : l’ALENA aura pour effet d’empêcher les membres démocratiquement élus de tous les paliers du gouvernement de décréter des mesures qui ne concordent pas avec les clauses de l’accord, notamment des mesures sur l’environnement, les droits des travailleurs, la santé et la sécurité, lesquelles peuvent toutes être remises en question en tant que contraintes commerciales injustes. »

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Fondamentalisme

« La propagande cherche à susciter la peur du fondamentalisme islamique, nouveau Satan menaçant la planète, substitut de la menace soviétique. […] Le plus extrémiste des Etats islamiques fondamentalistes au monde est l’Arabie Saoudite, fidèle allié des Etats-Unis ou plus précisément dictature familiale servant de façade arabe, grâce à laquelle les Etats-Unis peuvent contrôler la péninsule arabique, pour adopter le style colonial à la britannique. »

« Le groupe fondamentaliste islamique le plus fanatique de la planète est peut-être celui qui dirige Gulbuddin Heymatyar, terroriste extrémiste, enfant chéri de la CIA et principal bénéficiaires des 3,3 milliards de dollars d’aide américaine (officielle) aux rebelles afghans. […] Il faut cependant reconnaître, à sa décharge, qu’il ne fait pas le poids devant Pol Pot, un autre client des Etats-Unis, qui vida Phnom Penh de manière beaucoup plus sanguinaire encore. »

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Propagande

« Dans un système totalitaire, la seule exigence est que l’on suive la doctrine officielle. Dans les systèmes démocratiques de dirigisme mental, on juge nécessaire de prendre en charge toutes les facettes du débats : rien ne doit rester pensable qui ne soit dans la ligne du parti. La propagande étatique est souvent inexprimée, simple cadre préalable au débat entre personnes bien pensantes. »

« Les critiques responsables apportent une contribution non négligeable à cette cause, ce qui explique qu’ils sont tolérés, voire honorés. La nature des systèmes occidentaux d’endoctrinement à échappé à Orwell et, d’une manière caractéristique, n’est pas comprise des dictateurs, qui ne saisissent pas l’utilité pour la propagande d’une position critique regroupant les hypothèses fondamentales de la doctrine officielle et par la-même marginalisant la discussion critique authentique et rationnel qu’il faut bloquer. »

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Par Noam Chomsky

(Un monde complètement surréel, 2004)

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Photographies de Jean-Christophe Béchet

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Le conflit israélo-iranien selon Chomsky


Iran  Invité par l’Université américaine du Caire, le linguiste et philosophe juif américain Noam Chomsky a exposé ses points de vue sur l’équation politique au Moyen-Orient, tout en s’attardant sur le dossier iranien.
Iran

Noam Chomsky à l’AUC. ( Photo: Randa Ali )
 La conférence tenue mardi dernier à l’Université américaine du Caire par Chomsky a attiré les foules. Des centaines de personnes attendaient dans des files interminables dans la rue Mohamad Mahmoud dans l’espoir de rentrer dans la salle de conférence. Mais seuls ceux arrivés plusieurs heures en avance ont pu trouver une place.

Ce rassemblement unique réunissant académiciens, politiciens, journalistes, étudiants et personnalités publiques à proximité de la mythique place Tahrir, témoigne de la popularité hors pair du philosophe et linguiste américain.

Les révolutions arabes, le nucléaire iranien et Israël ont dominé une grande partie du discours de Chomsky, qui a expliqué les positions américaines dans la région et a fait le point sur les forts liens qu’entretiennent les Etats-Unis avec Israël qu’il a qualifié de « pays le plus dangereux au monde ». Le soutien politique américain à Israël nourrit continuellement, selon l’intellectuel, la détermination américaine et israélienne à attaquer l’Iran. Chomsky estime que n’importe quelle solution militaire envers l’Iran pourrait avoir des conséquences catastrophiques et déstabiliser l’ensemble de la région.

Le philosophe avance aussi que les pays du Golfe sont les bases d’attaques américano-israéliennes sur Téhéran, en particulier depuis l’augmentation de l’aide allemande et américaine dans la région ces derniers temps.

Il incite les peuples à adopter un savoir-faire en matière de liberté et à prendre leurs destins en main. Des points censés être acquis depuis la vaste vague de révolutions qui a touché le monde arabe et renversé certaines dictatures. Chomsky a appelé à concrétiser ce qu’il a appelé un Moyen-Orient, une zone sans armes nucléaires qui fut une proposition adoptée en Egypte en 1995 et acceptée par les populations américaines et israéliennes. Il est, selon lui, grand temps de faire pression sur les Etats-Unis pour l’appliquer véritablement.

Chomsky estime par ailleurs que l’Iran est une force non négligeable dans la région : l’attaquer ne sera pas semblable aux anciennes initiatives israéliennes, comme l’attaque contre le réacteur nucléaire iraqien Osirak au début des années 1980.

Il a affirmé que les Etats-Unis avaient la capacité d’attaquer n’importe quel pays, notamment grâce à leurs nombreuses bases militaires dans la plupart des pays du Moyen-Orient. « Mon pays traverse une phase d’effondrement économique en raison de la crise, mais aussi politique pour avoir échoué à avoir la Chine comme alliée », a ajouté le célèbre linguiste.

Chomsky a réitéré durant son discours que les Etats-Unis ne soutiennent que les démocraties qui servent leurs propres intérêts, ce qui leur donne le droit de s’incruster dans les politiques internes du Moyen-Orient et de manipuler les relations internationales. La neutralité que dégagent les propos et les analyses du philosophe explique sa notoriété et l’admiration que lui voue l’opinion publique arabe.

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