L’impasse syrienne


Sale temps pour la révolution syrienne. Rien ne va plus, ou presque. Des manifestations populaires contre le régime de 2011, il n’est plus guère question. Le stratagème de Bachar el-Assad, la communautarisation et la montée des haines, a fonctionné. Et comment ! Pourtant, rien n’est gagné, pour personne…

Qu’on se souvienne : dès avril 2011, le « raïs » s’était écrié que la Syrie faisait face à des terroristes djihadistes. Mais ceux-ci n’ont vraiment commencé à entrer en scène qu’en 2012. Notamment les centaines d’entre eux que le régime, curieusement, venait de… libérer. Sur le terrain, les rebelles, dont l’Armée syrienne libre, qui ne sont pas une armée mais une myriade de groupes hétéroclites sans commandement uni, ont quand même réussi à conquérir du terrain, dans les campagnes surtout, une moitié du pays au moins.

Mais en 2013, les choses sont allées de mal en pis. Les méthodes du régime – bombardements massifs de la population, arrestations, tortures, exécutions – ont rendu aiguë la problématique des réfugiés, qui sont environ sept millions (un tiers de la population syrienne !), dont plus de deux millions au Liban, en Turquie et en Jordanie, où ils vivent dans des conditions très précaires et passent un hiver actuellement dantesque.

On a pu croire que le déséquilibre des forces – et surtout le très létal monopole des airs du régime – allait être remis en cause par une intervention militaire, aérienne aussi, de la part des Américains et des Français, très remontés après des attaques chimiques le 21 août dernier dans des banlieues de Damas sous contrôle rebelles.

L’origine de ces attaques reste controversé, mais les menaces américaines ont tôt fait de convaincre Bachar et les siens de capituler sur ce point : en quelques semaines, l’affaire était entendue, les armes chimiques du régime vont être neutralisées, et tant pis pour l’orgueil de son chef, trop content de sauver sa peau et son aviation.

Barack Obama s’est donc résolu à annuler les frappes aériennes préparées. Au grand dam des Syriens sous les bombes et des rebelles. Ceux-ci se divisent désormais en de très nombreux camps : les débris de l’ASL (quand ils n’ont pas pris le chemin du grand banditisme), les nombreuses katiba (brigades) islamistes, les deux grands mouvements qui se réclament d’al-Qaïda (dont l’un, l’Etat islamique d’Irak et du Levant, multiplie les horreurs sans subir les foudres du régime) et enfin les Kurdes, qui consolident leur autonomie dans le nord-est du pays.

Alors, non seulement on reparle de diplomatie – une grande conférence devrait avoir lieu en Suisse en janvier – mais le pire, pour les rebelles, paraît acquis : la communauté internationale, face aux exactions hideuses des djihadistes, paraît même prête à réhabiliter Bachar, comme s’il représentait un moindre mal, lui qui n’hésite jamais – au grand jamais ! – à bombarder les hôpitaux, les boulangeries, enfin toute cible qui peut faire très mal à ces misérables qui ont osé défier l’autorité de son régime mafieux.

Personne ne semble capable de remporter une victoire définitive, même pas ce régime qui reçoit bien plus d’aide que le camp rebelle, lui qui dispose à loisir des armes russes, des conseillers iraniens, des miliciens chiites irakiens et des combattants du Hezbollah libanais.

Tout se passe comme si un conflit de longue durée, d’une âpreté inouïe, s’était engagé, dans lequel les acteurs régionaux, l’Iran, la Turquie, les pétromonarchies du Golfe sans parler des grandes puissances, sont impliqués à des degrés divers. Avec un perdant, déjà : le peuple syrien.

BAUDOUIN LOOS

LE SOIR – Samedi 28 décembre

Communiqué du Collectif Urgence Solidarité Syrie


Mohamad Taha

Responsables politiques en jouant les Ponce Pilate
vous n’arrêterez pas le massacre des Syriens

C’est un vent mauvais qui semble souffler sur la Révolution syrienne depuis quelques semaines. C’est le vent de la résignation de la Communauté internationale, c’est le vent de la honte. Si finalement, les nations en venaient à s’accorder pour confier à Bachar Al-Assad une pseudo transition politique, cela constituerait l’une des plus grandes débâcles politiques et morales de la communauté internationale de l’après deuxième guerre mondiale.

Alors que depuis deux ans, sont commis massivement par la dictature, et reconnus comme tels, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, comment accepter cette sacralisation de l’impunité par la Communauté internationale ? Avec l’exemple syrien, la barbarie contre les peuples aurait alors d’encourageantes perspectives.

Par leurs tergiversations, leurs hésitations et jusqu’ici le refus de soutenir sans ambigüités la fourniture d’armements à la révolution syrienne dans sa composante démocratique, notre gouvernement, nos partis politiques porteront leur part de responsabilité si par malheur Bachar Al Assad et sa clique en tiraient parti pour se maintenir au pouvoir.

Comment peut-on se résigner à ne laisser au peuple syrien que deux alternatives mortifères, soit une dictature féroce, soit le règne de l’obscurantisme religieux ?

Jamais, plus jamais, nous ne pourrions soutenir le regard de nos amis syriens si notre pays, notre opinion publique, notre exécutif, les abandonnaient à la terrible vengeance de Bachar Al-Assad.

Avec un tant soit peu de courage politique il est peut-être encore temps à la France et à l’Europe d’agir sur la scène internationale pour faire de l’arrêt des massacres et de la chute de la dictature une grande cause mondiale.
Le temps est compté pour épargner aux Syriens une nouvelle descente aux enfers, et pour écarter les obstacles à l’ère de liberté pour laquelle ils se sont héroïquement soulevés depuis plus de deux ans.

Contact presse : urgencesyrie@gmail.com
Paris le 22mai 2013

Des Syriens réduits à manger des racines


MINOUI,DELPHINE

Le Soir Page 10

Mercredi 26 décembre 2012

LE CAIRE

DE NOTRE CORRESPONDANTE

A Kafranbel, il n’y a plus d’écoles – elles servent d’abris aux milliers de Syriens des villages alentours qui fuient les bombardements du régime. D’ailleurs, il n’y a même plus de bancs ni de pupitres pour étudier. « On s’est mis à les brûler pour survivre au froid de l’hiver », raconte Raed Fares, un activiste, par le biais d’une connexion skype aussi fébrile que sa voix.

Près de deux ans après le début de l’insurrection contre Bachar el-Assad, sa ville est au bord de l’agonie. « Nous manquons de tout : d’essence, de lait en poudre pour les enfants, de pain », dit-il. Vendu au marché noir, et en quantités limitées, le fioul est inabordable pour la plupart des familles : en l’espace de quelques mois, il est passé de 0,6 dollar à plus de 3 dollars le litre. « Alors, pour pouvoir se réchauffer, les gens en sont réduits à couper les oliviers et les figuiers, dont ils brûlent le bois », raconte-t-il. Faute d’électricité, le feu garantit également un minimum de lumière à la nuit tombée, avant que la ville, située au Nord du pays, ne plonge dans l’obscurité la plus totale.

La journée, c’est la course aux denrées entre deux averses. « Trouver de quoi se nourrir est un combat quotidien. La grande boulangerie de la ville avait l’habitude d’approvisionner 22 villages. Aujourd’hui, elle est au point mort faute de fioul, de farine et d’argent pour payer ses employés. Du coup, vous pouvez passer votre journée à faire la tournée des quartiers et à faire la queue pendant des heures dans l’espoir de décrocher un morceau de pain », poursuit Raed Fares. Et bien souvent, ajoute-t-il, « les parents se contentent de quelques racines d’herbes bouillies, ramassées au fond des vergers, pour laisser le pain aux plus jeunes ».

Les nouveau-nés, eux, sont nourris à l’eau de riz selon l’ONG Avaaz, qui évalue à 2,5 millions le nombre de déplacés qui ont fui leur logement à cause de la guerre. Dans son nouveau rapport, le Programme alimentaire mondial estime à un million le nombre de Syriens qui vont être victimes de la faim cet hiver. L’organisation onusienne, qui avoue souffrir d’un manque de financement, se dit également dans l’impossibilité d’approvisionner certaines zones à cause de la violence des combats et des bombardements.

Des raisons que Raed Fares refuse d’accepter. « Kafranbel est à 10 kilomètres de la Turquie. La frontière est ouverte et la route est relativement sûre. Pourtant, aucune aide ne nous parvient. Je connais une famille de déplacés qui a trouvé refuge dans une des 13 écoles de Kafranbel. Les gamines passent leur temps à faire des bonds sur place pour ne pas mourir de froid : est-ce une façon de vivre ? Où est la communauté internationale avec ses belles promesses ? Si les étrangers ont peur de venir en Syrie pour nous aider, qu’ils nous approvisionnent à la frontière et on se chargera de faire la distribution dans les villages », s’emporte-t-il.

Dans la ville de Kafrnabod, au centre du pays, l’hiver est encore plus rude. « C’est une prison à ciel ouvert », lâche Adnan, un de ses habitants. Contacté lui aussi grâce à une connexion Internet bricolée clandestinement – le pouvoir de Damas ayant bloqué la téléphonie mobile dans la région de Hama depuis plus d’un an –, cet instituteur anti-Bachar raconte que les rebelles ont fini par libérer la ville du régime il y a quatre jours. Mais les habitants, recroquevillés entre la vie et la mort, ont à peine de quoi se nourrir. « L’armée s’est retirée mais elle nous assaille de bombes au quotidien. Impossible de sortir de Kafrnabod pour s’approvisionner dans les autres villes : les tanks sont postés à 5 kilomètres. Et quand bien même nous voudrions prendre la voiture pour nous réfugier ailleurs, il n’y a plus d’essence pour remplir les réservoirs », ajoute Adnan.

A Kafrnabod, où la température frôle le zéro degré, la population se réchauffe avec des branches d’arbre et du vieux plastic brûlé. « C’est très toxique, mais on n’a pas d’autre solution », avance-t-il. Le pain, aliment de base des Syriens, est désormais rationné à la miette près et les médicaments font cruellement défaut. « Je connais une femme dont le nouveau-né, âgé de 22 jours, a fait une terrible poussée de fièvre. Quand elle a voulu l’emmener à l’hôpital de la ville la plus proche, l’armée lui a bloqué la route. Alors, elle est rentrée chez elle et son enfant est mort à 4 heures du matin. Des exemples comme celui-ci, j’en ai à profusion. Vous pensez peut-être qu’on exagère, qu’on invente des histoires. Mais dans notre pays, la réalité a dépassé la fiction. Toutes ces images d’horreur que vous voyez à la télévision, c’est un dixième de ce que nous vivons au quotidien », murmure Adnan.

Bachar Al-Assad, le tyran


M le magazine du Monde | 21.12.2012 à 13h02 • Mis à jour le 23.12.2012 à 19h40 Par Christophe Ayad

Le président syrien n'est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Alessio Romenzi/Corbis

C’est l’homme de l’année 2012. Du moins si l’on retient comme critères le cynisme et la cruauté. Et même s’il ne survivra probablement pas à 2013, on se souviendra de lui longtemps. Au moins jusqu’à ce qu’un autre dépasse ce record insensé : plus de 40 000 morts en dix-neuf mois de soulèvement et c’est loin d’être fini. On se demandait il y a encore un an s’il serait capable d’égaler son père Hafez, qui avait fait tuer 10 000 à 20 000 habitants de Hama en 1982 pour avoir osé se soulever. Bachar, l’ophtalmologue au long cou et au léger zézaiement, a fait assurément plus et mieux, sans éteindre pour autant l’incendie qui vient désormais lécher les pieds de la colline qui domine Damas, où se trouve son palais.

Le président syrien n’est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Rarement on aura vu un tel détachement dans la cruauté, un tel déni dans la férocité. Même s’il a espacé ses apparitions publiques et télévisées, déjà rares, Bachar Al-Assad ne s’est jamais départi de son calme un peu sentencieux de premier de la classe. Il continue de parler de son pays comme s’il s’agissait d’une contrée exotique. Et de l’exercice du pouvoir, comme si c’était une dissertation. Comme s’il n’était pas impliqué, comme s’il s’agissait d’un autre.

Le pouvoir, il n’y était pas destiné. C’est son frère aîné Bassel qui devait en hériter, n’était un fatal accident de voiture sur la route de l’aéroport en janvier 1994. Il en avait l’appétit et le goût. Rappelé de Londres, où il effectuait sa spécialisation médicale, Bachar a obéi à l’injonction paternelle. Tiraillé constamment entre le désir d’être aimé pour ce qu’il croit être et la peur de passer pour un faible, il a toujours soufflé le chaud puis le froid. A son arrivée à la présidence en juin 2000, il lance un appel à l’ouverture et à la modernisation. Le « printemps de Damas » prend un tour inquiétant, les conseillers de son père menacent de revenir aux affaires prétextant son inexpérience. Exit l’ouverture, reste la modernisation. Il démocratise Internet et le téléphone mobile, deux outils qui lui seront fatals. Son cousin et ses proches s’enrichissent outrageusement en s’octroyant le monopole commercial de ces lucarnes de liberté dont les Syriens sont friands.

VICTOIRES EN TROMPE-L’ŒIL

Aujourd'hui si la chute du dictateur semble proche, son cynisme a tué plus de 40 000 syriens.

Autant il réussit à s’affranchir de la vieille garde héritée de son père, autant la famille continue d’exercer une tutelle pesante. Malgré l’arrivée d’Asma Al-Akhras, sa charmante épouse issue d’une grande famille de Homs, Bachar Al-Assad reste l’otage d’un clan familial et confessionnel. Dès le début de la crise, en mars 2011, il a compris que si la famille venait à se déliter, c’en était fini de son pouvoir. Il a donc couvert les excès de son cousin Atef Najib à Deraa et confié les rênes de l’armée à son frère Maher. Début 2012, Bachar n’a toujours pas réussi à éteindre la contestation qui prend un tour de plus en plus armé. Mais il a bon espoir de remporter la victoire finale. La Russie et la Chine le protègent de toute intervention extérieure aux Nations unies, brandissant à trois reprises l’arme du veto. L’Iran ne lui ménage ni son pétrole, ni ses armements, ni ses conseillers. Et la Ligue arabe mène une mission sans lendemain d’observation d’un cessez-le-feu qui n’a existé que sur le papier. L’opposition a beau être omniprésente, elle est sous-équipée, fragmentée et minée par les rivalités. Il choisit de passer à la vitesse supérieure en février en écrasant le symbole de la contestation armée, le quartier de Baba Amro, à Homs, et en organisant un simulacre d’élections et de réforme constitutionnelle.

Mais rien n’arrête l’insurrection. Elle est partout, jusque dans son palais. Défections et désertions se multiplient. La correspondance du président est révélée au grand jour. Il apparaît entouré de collaboratrices aussi jeunes qu’incompétentes, Sheherazad Jaafari et Hadeel Al-Ali, qui rivalisent de minauderies. Pendant ce temps, sa femme, qui le surnomme « mon canard », continue de passer d’extravagantes commandes de mobilier et de décoration à l’étranger, malgré les sanctions commerciales qui visent le pays et la famille régnante. Pendant ce temps, les attentats se multiplient : nul ne sait à qui les attribuer dans le théâtre d’ombres qu’est la Syrie. Le 18 juillet 2012, ils touchent une partie de l’appareil sécuritaire, tuant le beau-frère de Bachar, Assef Chawqat. Sa sœur Bouchra part en exil aux Emirats. La peur a changé de camp.

Fini de rire. Au début de l’été, le régime, bercé par ses victoires en trompe-l’œil (il n’a jamais réussi à reprendre la ville de Homs), ne voit pas venir le soulèvement armé des grandes villes, Damas, Alep, Deir ez-Zor. Les rebelles, alimentés en armes légères prises à l’armée ou données par les pays les soutenant (Turquie, Qatar, Arabie saoudite), se lancent dans une guérilla urbaine qui fait vaciller le pouvoir. Cette fois-ci, c’est la guerre totale, sans gants ni plan de com’. Les faubourgs de Damas sont provisoirement repris, le régime se livre à des massacres, des exécutions de masse. Mais l’armée n’a plus les moyens de reprendre Alep, la capitale économique du pays. Les campagnes du nord du pays se libèrent et les rebelles, mal équipés mais plus nombreux et renforcés par l’arrivée de jihadistes, inversent le rapport de force : ce sont eux qui désormais assiègent le régime auquel il ne reste plus que l’aviation pour maintenir son avantage. Même la Russie ne croit plus en la victoire de son poulain. Bachar Al-Assad mourra-t-il dans son pays ou s’enfuira-t-il ? C’est désormais la seule question qui se pose à lui.

source

En Syrie, l’armée d’Assad massacre les habitants qui n’ont pas pu fuir Daraya


de Mediapart :

10 décembre 2012 | Par Caroline Donati

Les informations circulent à nouveau entre la Syrie et l’étranger. Il est vrai que le black-out imposé par le régime qui, durant trois jours, avait coupé réseaux téléphoniques et internet dans tout le pays la semaine dernière, n’a pas empêché les activistes syriens de continuer à retransmettre des informations de ce qui se passe sur le terrain, grâce à des réseaux satellitaires.

Fragmentaires, ces communications laissent entrevoir l’étendue des destructions provoquées par les forces d’Assad et en particulier de son aviation, engagées dans une bataille contre les banlieues de la capitale, Damas. Ces faubourgs sont désormais sous le contrôle des révolutionnaires et des combattants de l’Armée syrienne libre. Il y a une semaine, les rebelles parvenaient à abattre un avion de l’armée syrienne dans la région de la Ghouta orientale, la campagne qui borde les périphéries est de Damas.

Les combats aux périphéries de Damas sont particulièrement féroces à Douma, la « capitale » de cette Ghouta orientale, et au sud-est à Jaramanah, dans le périmètre de la route de l’aéroport international. Ils en feraient presque oublier une offensive particulièrement meurtrière qui se déroule dans une autre banlieue de la capitale tout aussi stratégique pour le régime : Daraya.

Plongée dans le noir et privée d’Internet depuis maintenant trois semaines, cette banlieue sud-ouest qui commande la route de Dera’a dans le sud du pays, est en passe de connaître le même sort que Alep, et avant Homs. La ville est soumise à un siège depuis le début du mois de novembre et devient un vaste champ de ruines, que parcourent combattants et activistes pour témoigner des destructions. Des images authentifiées ont ainsi été transmises. Par exemple, celles-ci datées du samedi 1er décembre, qui montrent les ruines d’une école de Daraya et des rues environnantes :

ou ici :

EN IMAGES. Syrie: l’acharnement du régime à pilonner le pays


Par LEXPRESS.fr, publié le 31/10/2012 à 14:32, mis à jour à 15:40

Une armée est normalement destinée à protéger le pays et la population d’une agression extérieure. En Syrie, 19 mois après le début de la contestation contre son régime, l’armée de Bachar el-Assad, qui ne parvient pas, malgré sa supériorité militaire, à reprendre le contrôle du pays, s’emploie à le réduire en poussière.

Demonstrators hold a huge opposition flag during a protest against Syria's President Bashar al-Assad at Kfr Suseh area in Damascus

Kfar Suseh, Damas. Encouragés par le départ de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte, les Syriens ont commencé à descendre dans la rue en mars 2011 pour réclamer des réformes. Le régime a répondu comme il en avait l’habitude: en emprisonnant et torturant les opposants et en tirant sur les manifestants.

Crédit photo : Reuters/Shaam News Network

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TURQUIE-SYRIE : L’ESCALADE N’AURA PAS LIEU


Baudouin Loos

L’escalade entre la Syrie et la Turquie mènera-t-elle à une intervention étrangère dans le premier pays ? Les forces de l’Otan, dont la Turquie est un membre clé, vont-elles se mettre au service d’Ankara au nom de la solidarité atlantique, pour attaquer le régime de Bachar el-Assad ? Non. Il y a gros à parier que les représailles militaires turques en Syrie après le bombardement qui a tué cinq civils turcs mercredi resteront sans lendemain.

Certes, tout est possible, au Proche-Orient plus encore qu’ailleurs, où l’imprévisible peut à tout moment devenir réalité. Une provocation, parfois, peut entraîner un grand dérapage. Mais une simple analyse des intérêts des uns et des autres conduit à penser que le conflit ne va pas prendre une autre dimension, en tout cas dans un avenir proche. Erdogan, le Premier ministre turc, se devait de répliquer au bombardement de mercredi, surtout pour des considérations de politique interne, mais il devrait en rester là. Il n’a nulle envie d’entrer dans un bourbier inextricable d’autant que son puissant voisin iranien cajole l’autre camp. En fait, aucune puissance militaire ne caresse l’ambition d’intervenir. La seule question des possibles pertes humaines suffit déjà à dissuader les chancelleries dans leurs éventuels projets belliqueux. En effet, qui va envoyer ses soldats (ou ses pilotes) mourir pour la révolution syrienne ? L’armée syrienne est sans doute en lambeaux, mais elle possède assez de ressources matérielles pour faire mal, le jet turc abattu en juin le démontre.

Et puis, on le sait, l’Occident reste tétanisé par la perspective de voir la Syrie basculer dans l’extrémisme islamique. De nombreux reportages de presse l’ont montré : les djihadistes de tout poil se pressent désormais en Syrie, il en vient par centaines de tout le monde musulman. Les mêmes articles ont souvent prouvé que la population ne les attendait pas, ne les espérait pas. Mais aussi qu’elle finit parfois – souvent ? – par se dire qu’eux, au moins, viennent apporter une aide concrète, même si elle n’est pas désintéressée…

On en vient ainsi, d’une manière dramatique, à prendre la mesure de la maldonne : en voulant éviter de favoriser les ultra-islamistes, les Occidentaux leur ouvrent au contraire les portes d’un pays où ils croissent.

Cela alors que les Syriens en révolte contre leur cruel despote accumulent une immense amertume à l’égard d’un monde pétrifié qui les laisse mourir sous les bombes.

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