Le phénomène Lapid Victoire de l’escapisme


L’avis de Michel Michael Warschawski sur les élections de mardi
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Ce matin, je prends mon café en lisant les résultats des élections a la Knesset : rien d’inattendu dans ces résultats si ce n’est les 19 sièges gagne par le parti Il y’a un futur du très populaire présentateur de télévision Yair Lapid. 19 députes, c’est presque 16% du nouveau parlement.

Les 18 autres députes de sa liste n’ont pas plus d’expérience ou d’idées politiques que Lapid – c’est-à-dire aucune – et pendant une campagne électorale considérée comme la plus morne et la plus vide d’enjeux politiques des quinze dernières années, ils se sont limites a une seule revendication : « égalité dans le fardeau », c’est-à-dire service militaire obligatoire pour les ultrareligieux, jusqu’ici dispenses de perdre trois ans sous les drapeaux. Pas un mot sur le conflit israélo arabe ni sur le risque de guerre avec l’Iran, pas un mot non plus sur le pouvoir des oligarches de la finance qui dominent le pays et sur les inégalités sociales dont Israël a, selon le PNUD, la médaille d’argent des pays industrialises.
Ni, ni. Ni droite ni gauche, ni pour la paix ni pour la guerre, ni pour l’occupation coloniale ni contre : Il y a un futur s’est contenté de surfer sur la haine des religieux et le mépris des pauvres qui caractérisent les classes moyennes de Tel Aviv.

Les jeunes ont massivement voté pour Yair Lapid avant tout parce qu’il symbolisait, a leurs yeux, le rejet de la vieille politique, des combats idéologiques, des valeurs bien définies. Yair Lapid, c’est eux, et c’est bien triste.
Lors des gigantesques manifestations des Indignes, pendant l’été 2011, les porte paroles du mouvement insistaient sur la dimension sociale et non politique du mouvement, non politique signifiant le refus de se positionner sur les enjeux du conflit israélo-arabe. Yair Lapid a réussi le pari de capitaliser sur la volonté de changement et de rupture avec la vieille politique, tout en allant un pas plus loin : ni politique ni social, tout au plus retirer aux pauvres les quelques bénéfices sociaux que la restauration néolibérale de Benjamin Netanyahou n’a pas encore confisque et aux ultrareligieux le droit de ne pas faire leur service militaire. Il n’aura donc aucun problème a rejoindre la coalition de droite que Benjamin Netanyahou va reconduire.
Ce qui me rend triste ce matin, c’est que 16% des électeurs, dont la majorité des jeunes (juifs), ont fait le choix du vide, du rien. De voter Lapid, parce qu’ « il est sympa », et ne les oblige pas a faire des choix : gauche ou droite, colonisation ou négociation, guerre ou intégration régionale, néo-libéralisme sauvage ou, comme l’exigeait le mouvement des indignes, retour a l’Etat social. Ils ont vote Lapid parce que Lapid, dans son vide abyssal, c’est eux, dénués d’idéologie, rejetant toute notion de valeurs, aveugles aux aspirations nationales de l’autre et a la lutte des classes qui bel et bien continue.
Ce qui me rend triste ce matin c’est d’avoir eu raison quand nous, militants anticolonialistes, affirmions que si le mouvement des indignes persiste dans son refus de se positionner sur les enjeux politiques, il perdra aussi la bataille du social : la victoire du très néolibéral Yair Lapid est la concrétisation de cette défaite.
Dans un an, il ne restera rien du groupe parlementaire de Yair Lapid, fait de bric et de broc… y compris de quelques gens bien. Certains auront été achetés par le pouvoir, d’autres auront rejoint des partis politiques plus expérimentés, d’autres encore dégoutés par la politique.
Mais la politique va rapidement nous rejoindre : les révolutions arabes, le déclin de l’hégémonie américaine, l’émergence de nouvelles puissance régionales, la montée en puissance de l’Iran vont exiger d’Israël a faire un choix : soit la fuite en avant guerrière et, a terme, suicidaire, soit un tournant politique radical qui passe d’abord par la fin de l’occupation coloniale. Il a fallu la guerre de 1973 pour réveiller la société israélienne de ses illusions sur l’omnipotence éternelle de sa force militaire.

Espérons qu’il ne faudra pas une guerre nucléaire pour lui faire comprendre que « le service militaire pour tous » est loin d’être une réponse aux problèmes existentiels auxquels l’Etat Juif est confronté.

Israël vote ce mardi : à droite toute !


I

Baudouin Loos
Mardi 22 janvier 2013, 08h07 | mis à jour Mardi 22 janvier 2013, 20h14

Si le duo Netanyahou – Lieberman a perdu un peu de son avance dans les sondages, c’est au profit d’un parti d’extrême droite qui veut annexer une majeure partie de la Cisjordanie. La nouvelle Knesset pourrait être la plus nationaliste de l’histoire, à en croire les sondages. La paix n’a quasi pas été évoquée durant la campagne. Analyse

  • Instantané à Jérusalem : cette religieuse orthodoxe marche devant les murailles de la vieille ville utilisées par le Likoud du Premier ministre Binyamin Netanyahou pour faire sa propagande. Sacré le « roi Bibi » par le magazine « Time », M. Netanyahou, champion de la droite, brigue ce 22 janvier un troisième mandat sur le trône d’Israël sans véritable rival. © Ronen Zvulun/Reuters.

Quelque 6,65 millions d’Israéliens sont conviés à voter aujourd’hui pour renouveler leur Parlement (la Knesset) lors d’un vote à la proportionnelle qui leur proposera un choix entre 32 formations politiques. Aucun observateur ne s’attend à de gros bouleversements : la liste du Likoud (nationaliste) du Premier ministre Binyamin Netanyahou qui se présente en alliance avec la formation Israël notre Maison (très à droite également) d’Avidgor Lieberman arrivera largement en tête, et « Bibi » pourra composer son nouveau gouvernement en choisissant les partis nécessaires – qu’ils soient religieux, d’extrême droite ou du centre droit – pour former une majorité confortable. Principal absent du scrutin : le conflit israélo-palestinien. Passons en revue quelques données qui seront la marque de ces élections.

Pourquoi ce scrutin ? Binyamin Netanyahou et Avidgor Lieberman ont avancé la date de ces législatives qui devaient se tenir à l’automne. Cette décision leur était inspirée par des sondages alors très favorables. Toutefois, depuis lors, les instituts de sondage ont quelque peu refroidi les responsables de la liste, qui devrait faire moins de sièges (autour de 33 élus) qu’en 2009 (42 élus si on additionne les deux partis qui se présentaient séparément). Mais Netanyahou n’a rien à craindre : même si ce chiffre décevant était entériné par les urnes, il se succédera à lui-même, le second parti n’arrivant pas à la moitié d’élus, selon toutes les prévisions.

Qu’annoncent les sondages ? Derrière la liste Netanyahou-Lieberman, le parti travailliste devrait refaire surface et prendre la seconde place (une quinzaine de sièges lui sont promis). Revigoré par sa nouvelle patronne, l’ex-journaliste Shelly Yachimovich qui a consacré l’essentiel de son énergie à se donner l’image de défenseur des démunis, de la justice sociale, cela au détriment du dossier palestinien, dont elle fait très peu de cas, montrant même beaucoup de compréhension pour les colons.

En troisième position, on devrait trouver le parti d’un nouveau venu dans la politique, Naftali Bennett (40 ans), un ex-entrepreneur très riche qui a redonné des ailes au vieux Parti national religieux (Mafdal) sous le nom de Foyer juif. On lui prédit entre 12 et 15 élus au lieu des 3 actuels. Ce sont des durs. Le parti des colons juifs. Il préconise l’annexion par Israël des 60 % de la Cisjordanie occupée sur lesquels l’Autorité palestinienne (AP) n’a aucun contrôle en vertu des accords dits d’Oslo. Selon « le plan Bennett », l’AP et ses confettis de territoires seraient dotés d’une plus large autonomie, sans plus.

Derrière ces formations, on devrait trouver un tout nouveau parti, Yesh Atid, lancé par un ex-journaliste charismatique Yaïr Lapid, puis une autre formation tout récemment créée, HaTnouha, dirigée par l’ex-ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. Celle-ci se démarque des autres en promouvant la reprise du processus de paix avec les Palestiniens. Fermeront la marche, deux (ou trois) partis ultra-orthodoxes, un parti sioniste de gauche (Meretz), le parti mixte juif-arabe Hadash (ex-communiste) et deux autres partis arabes.

La droite laïque et religieuse conservera donc sans problème une très grosse majorité dans cette 19e Knesset, même si les instituts de sondage israéliens n’ont pas toujours été des plus fiables.

Et les Arabes israéliens ? Ceux qu’on devrait plutôt appeler les Palestiniens israéliens – près de 20 % de la population – sont, comme à chaque élection israélienne, partagés entre deux attitudes : participer au scrutin ou le boycotter. Les partisans du boycott gagneraient du terrain. Au motif que, de toute façon, les Arabes resteront toujours des citoyens de seconde zone en Israël, discriminés et souvent considérés avec méfiance par la majorité juive du pays. Fait exceptionnel : la Ligue arabe a émis un communiqué ce lundi à l’adresse de cet électorat, l’enjoignant à aller voter. « La Ligue arabe, dit le texte, appelle les citoyens arabes d’Israël à voter massivement aux élections afin d’être représentés et pouvoir s’opposer aux lois racistes »

Que devient la solution des deux Etats dans ce contexte ? Deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte pacifiquement : tel est le but affiché par la totalité de la communauté internationale. Binyamin Netanyahou, sous la pression de Barack Obama, a officiellement embrassé cette perspective en juillet 2009, mais les faits et gestes de son gouvernement dénotent en même temps un sabotage à la fois consciencieux et inlassable de la solution des deux Etats par l’extension de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qui rendent tout à fait impossible la création dans ces territoires d’un Etat palestinien muni de la souveraineté qu’un tel statut devrait impliquer.

Dimanche encore, Netanyahou faisait étape à Ariel, l’une des plus grandes colonies juives qui s’enfonce profondément dans le nord de la Cisjordanie occupée, et ses propos avaient le mérite de la clarté : « Ariel, capitale de la Samarie, est une composante centrale de la ceinture de sécurité d’Israël (…). Si Dieu le veut, de la même manière que Jérusalem sera pour toujours notre capitale éternelle, Ariel a été et sera toujours inséparable d’Israël ».

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