Siné : La police de la pensée


K. Selim – Le Quotidien d’Oran

La ligne d’attaque est qu’il faut tout faire pour assimiler antisionisme à antisémitisme.

Siné, le dessinateur, est donc anti-sémite. La police de la pensée qui sévit en France en a décidé ainsi. A mort donc Maurice Siné : il doit être banni de l’espace médiatique. Le patron de Charlie Hebdo, Philippe Val, celui-là même qui se pique de défendre les « démocrates » algériens contre les intégristes, celui qui défend la liberté de la presse contre la prétention des musulmans à l’empêcher d’insulter leur prophète, l’a immédiatement licencié.

En France, oser parler de « lobby sioniste » déclenche automatiquement l’accusation majeure d’antisémitisme. Dans le meilleur des cas, on vous reprocherait un penchant à l’exagération, voire aux théories du complot. Dans le cas de Siné, il a suffi qu’un potentat du Nouvel Observateur, Claude Askolovitch, pour ne pas le nommer, décrète qu’il est coupable d’antisémitisme pour que la sentence de mise à mort tombe. Siné a pourfendu de manière outrancière les musulmans, cela n’a guère suscité le moindre émoi. Mais dans le cas d’espèce, le dessinateur a franchi la « ligne rouge » fixée par une camarilla de propagandistes de la cause sioniste qui impose ce qu’il est bon de penser et ce qui est interdit, en se moquant gentiment de la conversion au judaïsme du fils du président français pour convoler avec une héritière de Darty. Gageons que si le fils de Sarkozy avait voulu épouser la fille d’un émir musulman, le dessinateur l’aurait moqué de la même manière. Mais, ce qui est valable pour l’un ne l’est pas pour l’autre.

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Muqaddassi


Françoise Germain-Robin

Une traversée géographique et poétique du vieux monde musulman avec Muqaddassi

Un Palestinien sur la route,

Le monde musulman en l’an mil,

de Muqaddassi, avec la complicité d’André Miquel. Éditions Sindbad/Actes Sud, 2008, 254 pages, 23 euros.

C’est une idée superbe

et réjouissante, et le résultat l’est tout autant : André Miquel, qui enseigna pendant tant d’années la langue

et la littérature arabe au Collège de France et transcrivit tant de grands poètes

du monde musulman, s’est laissé convaincre d’entreprendre une traduction de l’oeuvre majeure de l’écrivain-géographe palestinien Al Muqaddasi. Né à Jérusalem en 944, il parcourut le monde musulman du Magreb à l’Irak, la Perse et l’Asie centrale, jusqu’aux confins

de l’Afghanistan, son carnet de notes à la main, pour établir « la meilleure façon de répartir les pays pour mieux les connaître ». André Miquel

a simplifié ce titre savant comme il l’a fait aussi

du texte, éliminant les répétitions et les lourdeurs, mais préservant la précision de descriptions non exemptes de poésie. On se promène avec Al Muqaddasi dans une Afrique du Nord opulente

et une Égypte où se côtoient déjà richesse et grande misère. On goûte la description des villes, mais aussi ce qu’il appelle des « tableaux de rue », avec celle des gens, des métiers, des produits et même

de la cuisine. On constate avec surprise que certaines choses ont peu changé : on mange mal

en Égypte, délicieusement à Sham – le nom que portait alors la Syrie, dont la Palestine était une région avec comme capitale Ramallah. « Pays

le plus glorieux au monde, le rêve de tout esprit porté au bien », dit l’auteur, un tantinet chauvin. Faisant preuve d’une grande ouverture d’esprit,

il s’attache à décrire les régimes politiques, les différentes formes de l’islam et les débats religieux qui habitent alors le monde musulman. Il n’oublie pas chrétiens et juifs, alors nombreux et fort actifs dans tout l’Orient arabe. En refermant ce beau livre, on répond sans hésiter à la question que pose l’auteur : « Aurais-je été poète si Dieu ne m’avait poussé à parcourir le monde ? » Sans doute, mais

la science et la géographie humaine eussent beaucoup perdu et nous aussi. Son dernier mot,

le regret de ne pas revoir son pays natal, la Palestine, résonne aussi d’une étrange actualité : « Je ne me plaindrai pas, cet exil, je l’ai voulu. Mais les autres, tous ces autres à qui fut refusée la liberté

de rester ? »

Françoise Germain-Robin
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