Une réponse à la Pétition : Le boycott d’Israël est une arme indigne


Historique
Bonjour

Permettez-moi d’être assez scandalisé par cette pétition qui est pour le
moins perverse dans son contenu.

1.- Il n’y est fait aucune mention du fait que cet appel au boycott a été
demandée par 170 organisations palestiniennes représentatives (religieux,
laïques, syndicats…)!
Elle n’est donc en rien une initiative venue de l’extérieur et les militants
de BDS dans le monde ne font qu’appliquer la demande des initiateurs
palestiniens.
Libre à chacun de critiquer la pertinence de cette action… Pas de la
condamner
Au nom de quelle légitimité, une petite intelligentsia parisienne, se
permet-elle de décider de la dignité d’une action de résistance d’un peuple?

2.- Le texte passe également sous silence que cette campagne vise,
essentiellement, à faire cesser l’impunité d’Israël en le forçant à
respecter les règles internationales.

Concernant les produits importés en Europe, l’appellation “Made in Israël“
est frauduleuse pour des produits fabriqués par des entreprises implantées
dans les colonies de Cisjordanie.
En effet, “l’Accord d’Association UE-Israël“ (en vigueur depuis 2000 et
ratifiée par tous les pays de l’Union) et diverses autres directives en
interdit l’entrée dans l’Union européenne (Voir à ce sujet l’arrêt “Brita“
de la Cour de Justice Européenne du 25/2/2010).
De plus, la Convention de Genève de 1949 spécifie clairement le statut de
territoire “occupé“ de la Palestine et s’oppose à toute collaboration avec
le gouvernement israélien dans ses projets de colonisation.
Il en découle qu’il est donc illégal, pour une entreprise ou un investisseur
occidental quelconque de collaborer, même indirectement, à des projets
israéliens en Cisjordanie et frauduleux d’étiqueter “made in Israël“ des
produits issus des colonies.
L’action tentant de faire appliquer le Droit est donc parfaitement
justifiée… Et ce sont ceux qui s’opposent à cet action qui enfreignent la
loi!
Il me paraît d’ailleurs scandaleux que des gouvernements, tel celui de la
France, essayent, au mépris des lois de l’Union européenne, de criminaliser
les militants de ce boycott.

D’autres “oublis” ou contre-vérités parsèment ce texte alambiqué, telle
cette affirmation qu’Israël serait le seul pays au monde à subir un embargo
ou un boycott.
Proclamer une volonté de paix ne coûte rien… Réclamer le respect du Droit
comme premier pas pour y arriver, demande une probité d’homme libre dont je
ne trouve pas trace dans cette pétition.

Si je ne suis pas étonné de la présence de certaines signatures de partisans
fidèles du régime israélien actuel… Mais espère qu’il y en a plusieurs
autres qui ne savaient pas.

Bien à vous

Rudi Barnet

J’ai parlé à mes métro-collègues


03 Novembre 2010 Par AnneColomb
J’aime Paris, j’aime pas Paris, j’aime plus Paris.

Savez-vous qu’il y a 28 places assises dans un wagon de métro ?  Et au minimum une quarantaine en horaires d’affluence ?

Y avez vous déjà vu des gens qui se parlent ? Je veux dire des gens qui ne se connaissent pas au préalable ? C’est rare.

Je me posais la question depuis longtemps.

Aujourd’hui je l’ai fait. J’ai parlé à mes métro-collègues. Je n’étais pas dans un état second, j’étais juste épuisée de ma journée passée à parler à l’ordinateur.

A une dame obèse à la fermeture du pantalon ouverte, j’ai dit qu’elle était belle et qu’elle avait l’air d’une de ces déesses de la fécondité préhistoriques.

A une jeune fille qui sentait la vanille et le patchouli, j’ ai demandé d’où venait son parfum.

A un vieux bonhomme, j’ai échangé des cachous contre une cigarette.

Et vous, mademoiselle au sac de thés Mariage et aux beaux yeux mouillés, qui avez l’air vieillie avant l’heure, que faites-vous ce soir à part vous pelotonner devant des séries idiotes ? Vous êtes trop jolie pour votre canapé, quand même !

Et toi, camarade, avec ton bouton de fièvre sur la tempe, ta main calleuse qui masse ton épaule endolorie, tu es du bâtiment ? Ca te plaît, camarade ? Encore des heures sup ? Parfois mieux vaut penser à aujourd’hui qu’à demain, mais ton patron, il se fait combien…?

Et toi, grand costaud si balèze qu’on dirait un flic en civil, il ne te manque que l’oreillette et on y croirait, tu fais quoi ce soir ? Surgelés party dans ton 25 m 2 ou quoi ? On peut venir ?

Et toi, le maigrichon qui me regarde bizarrement depuis que je cause, ça te paraît bizarre que les gens dans le métro te parlent ? Désolée, je ne suis pas un écran Samsung qui bouge mais se tait. Ne te cache pas derrière ton caban, je ne suis pas folle, et même si je l’étais tu ne risques pas grand-chose, tu peux toujours descendre à la prochaine.

Et vous, la miss cachée dans votre poncho péruvien, ça vous inquiète, qu’on discute le temps du trajet ? Non ? Si ?

Et toi, cousin, avec ton petit costume sans plis et tes gros sacs Tati, tu ne te sens pas trop à l’étroit ? Tu rentres pépère chez toi, tu as des enfants ? Deux ? Tu peux parler tu sais, personne ne te reverra… Tu vas chercher ta fille ? Elle revient de vacances, elle aurait bien aimé y rester, non ? Moi aussi, tu m’étonnes…

Salut à toi camarade qui ne m’écoute pas et qui danse sur ta musique dans ton casque, tu bouges bien, ça sent le pro du hip hop sauvage.

Salut à toi, mademoiselle-très-soignée qui me regarde à la dérobée comme on observe les subterfuges du renard vers le poulailler. Je ne chasse que les regards et les esprits farceurs, aujourd’hui, ne t’inquiète pas !

Salut à toi, môme avec ta valoche plus grosse que toi. Tu sais, le plan que tu surveilles à chaque station c’est toujours le même, le métro ne fait jamais de détours. Il n’y a que les détours qu’on fait ensemble qui valent le coup.

Et toi, mams’elle qui souris avec ta baguette ? Tu fais quoi dans la vie, raconte…

Salut à vous, passagers de ma ligne, à cette heure. Vous pouvez vous regarder dans les yeux, les risques sont minimes.

Vous êtes tous seuls, vous êtes tous différents, vous êtes tous uniques.

Vous êtes fatigués, vous êtes beaux, vous êtes peut-être mes voisins, au moins pour un quart d’heure.

J’aimerais qu’on se connaisse. Pas vous ?

Au-dessus de nous, la peau lisse, blanche, brillante, du serpent mécanique. 

Boycott d’Israël : qu’est-ce qui est vraiment « indigne » et « illégal » ?


3 novembre 2010

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Réponse à Pascal Bruckner, Bertrand Delanoë, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, Yvan Attal, Pierre Arditi, Michel Boujenah, Patrick Bruel et Cie…

 

 
«  Le boycott d’Israël est une arme indigne », écrivez-vous ce lundi 1er novembre dans Le Monde. Vous affirmez avec une certitude étonnante que « la Justice française ne tardera pas à confirmer » l’illégalité du boycott. Selon vous, tous ceux qui veulent ainsi aider les Palestiniens à obtenir leurs droits seraient des hors-la-loi. Votre argument ? On ne saurait appliquer ce « type de traitement à la démocratie israélienne ».

Mais comment pouvez-vous appeler « démocratie » un Etat qui s’est construit par la violence, en chassant les Palestiniens de leurs maisons et de leurs terres en 1948 ? Un Etat qui, à toutes les époques, n’a cessé de planifier le nettoyage ethnique :
 
« Nous devons expulser les Arabes et prendre leur place » (David Ben Gourion, 1937).
 
« Les Palestiniens seront écrasés comme des sauterelles, leurs têtes éclatées contre les rochers et les murs » (Yitzhak Shamir, 1988).
 
«  Entre nous soit dit, il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Il n’y a pas d’autre possibilité que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins – tous. Pas un seul village, pas une seule tribu ne doit rester. » (Joseph Weitz, 1940).
 
« Les Palestiniens n’ont jamais existé. » (Golda Meir, 1969) « Chacun doit bouger, courir et s’emparer d’autant de collines qu’il est possible pour agrandir les colonies, parce que tout ce que l’on prendra maintenant restera à nous… Tout ce que nous ne prendrons pas leur restera. » (Ariel Sharon, 1998)*.
 
Comment pouvez-vous appeler « démocratie » un Etat qui, aujourd’hui encore, refuse le retour des gens qu’il a chassés et continue à voler systématiquement les terres pour s’agrandir tout en prétendant négocier ?

Soyons clair : un Etat colonial, basé sur le vol de la terre et l’expulsion d’un peuple, ne sera jamais une démocratie. Même s’il possède un parlement, même si les voleurs discutent démocratiquement entre eux sur la meilleure façon de voler, ça reste un Etat de voleurs qui règnent par la force.
 
Le boycott est-il illégal ?
 
Absolument pas, puisqu’il vise à assurer le respect du droit. Voici ce qui est réellement illégal…

Avoir chassé les Palestiniens de leur pays en 1948 et refuser leur retour est illégal, affirme l’ONU. Conquérir de nouveaux territoires par la force est illégal. Empêcher les Palestiniens de vivre sur leurs terres, de travailler, d’étudier ou de circuler librement est illégal. Détruire leurs maisons et leurs oliviers est illégal. Emprisonner des enfants de douze ans est illégal. Construire un mur de séparation, voler l’eau et les terres des territoires occupés est illégal. Utiliser des armes au phosphore et au laser est illégal. Bombarder des maisons, des écoles, des hôpitaux, des ambulances, des missions de l’ONU est illégal. Torturer est illégal. Assassiner les dirigeants palestiniens est illégal. Massacrer des défenseurs de la paix dans les eaux internationales est illégal.

Face à ces illégalités, que fait la ministre française de la Justice ? Appelle-t-elle à sanctionner l’Etat qui les commet ? Empêche-t-elle l’importation en France des produits issus de ce vol des terres ? Non, elle attaque ceux qui dénoncent cette illégalité ! Et vous soutenez cette ministre qui bafoue le droit international. Ahurissant !

Vous écrivez : « Nous sommes résolument contre le boycott parce que nous sommes pour la paix. ». Mais le boycott existe déjà ! Depuis soixante ans, les Palestiniens sont boycottés par Israël, et vous ne faites rien contre ça. Puisque les dirigeants israéliens n’agissent qu’en fonction du rapport de forces, le boycott est une arme parfaitement digne pour leur imposer la paix. Comme il le fut contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Vous écrivez : « La critique n’a rien à voir avec le rejet, le déni, et, finalement, la délégitimation. » Mais depuis soixante ans, Israël rejette, nie et délégitimise les Palestiniens et ça ne vous indigne pas ?

Vous écrivez : « Céder à l’appel du boycott, (c’est) signifier que la négociation n’est plus dans le champ du possible. » Pas du tout. La solution existe, elle est toute simple, comme vient de le rappeler le musicien juif Gilad Atzmon : « Les Israéliens peuvent mettre fin au conflit en un clin d’oeil : demain matin à son lever, Nétanyahou rend aux Palestiniens les terres qui leur appartiennent ».
 
C’est trop demander ? Dès 1968, les grandes organisations palestiniennes ont elles-mêmes fait de grandes concessions en proposant de former un seul « Etat démocratique, progressiste, non confessionnel dans lequel juifs, chrétiens et musulmans vivront ensemble en paix et en jouissant des mêmes droits. » C’est Israël qui a refusé et refuse toujours, c’est Israël qui s’accroche à son obsession d’un Etat ethniquement pur, réservé aux juifs, et vous ne lancez pas de grands appels contre cela ?

C’est encore trop demander ? Les Palestiniens ont même accepté de se contenter de 22% de leurs terres initiales, et ça encore Israël le refuse, continuant à voler les terres, petit-à-petit, et vous ne faites rien contre cela.
 
En définitive, ce qui est « indigne », ce n’est pas le boycott.
 
C’est votre attitude. Car tout ce que je viens d’écrire, vous le savez et, en le cachant à l’opinion, vous la désinformez. Dans quel intérêt ?

Je crains que la chose véritablement indigne dans votre texte, ce soient vos motivations. Dans mon livre Israël, parlons-en !, j’ai indiqué que les trois plus puissants groupes médiatiques français – Lagardère, Dassault, Bouygues – sont tous trois aux mains de familles richissimes qui font de gros profits avec Israël et lui fournissent ses armes ou ses instruments de colonisation. Alors, si un artiste ou un intellectuel français ose s’opposer à ces groupes et dire la vérité, adieu carrière, adieu fortune ! Comme disait Bertolt Brecht : « Déplaire aux possédants, c’est renoncer à posséder soi-même. »

Ceux qui vous lisent, ceux qui vous écoutent, auront toujours intérêt à se poser la question fondamentale : « Quels sont les intérêts derrière ce discours ? »


* Sources des citations : Michel Collon, Israël, parlons-en !, Couleur Livres, Investig’Action, Bruxelles, 2009, pages 297-299.

Image : Latuff
 

Boycott d’Israël, un appel indigne


Les blogs du Diplo

Alain Gresh


Alain Gresh

Mardi 2 novembre 2010

Dans le quotidien Le Monde daté du 2 novembre, une trentaine de personnalités signent un appel intitulé « Le boycott d’Israël est une arme indigne ».

Il commence ainsi :

« Une entreprise commence à faire parler d’elle en France, consistant à promouvoir un embargo d’Israël tant dans l’ordre économique que dans celui des échanges universitaires ou culturels. Ses initiateurs, regroupés dans un collectif intitulé Boycott, désinvestissement, sanctions, ne s’embarrassent pas de détails. Au vu de leur charte, tout ce qui est israélien serait coupable, ce qui donne l’impression que c’est le mot même d’Israël que l’on souhaite, en fait, rayer des esprits et des cartes. »

« L’illégalité de la démarche ne fait pas de doute et la justice française ne tardera pas à la confirmer. »

Les signataires font référence à des condamnations prononcées par des tribunaux français sur injonction politique (« Quand la France laisse entrer les produits des colonies et poursuit ceux qui s’y opposent »), contre des militants appelant au boycott. Mais, ce qu’ils oublient de dire c’est que, même d’un point de vue purement juridique, il est parfaitement légal d’appeler au désinvestissement et aux sanctions contre un Etat. Le seul point de litige est celui que soulignait Willy Jackson dans un article du Monde diplomatique (septembre 2009), « Israël est-il menacé par une campagne de désinvestissement ? » :

« S’il fait appel à la liberté de chacun de consommer ou de ne pas consommer, le boycott peut contrevenir à certaines dispositions légales lorsqu’il se transforme en incitation à une action collective. En France, par exemple, l’article 225 alinéa 2 du code pénal modifié par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité dispose que toute discrimination qui consiste « à entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque » est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Ainsi, autant chacun peut librement choisir ce qu’il achète et l’afficher publiquement comme attitude individuelle, autant le fait d’appeler au boycott pourrait tomber sous le coup de cet article. »

Mais même sur ce point, deux remarques s’imposent :

- d’abord qu’une grande partie des produits israéliens qui entrent en France comportent une composante qui implique une activité économique dans les colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Et que c’est en en permettant l’accès libre de ces produits que le gouvernement français viole le droit international. La Cour de justice de l’Union européenne a adopté le 25 février 2010 une résolution stipulant que les produits originaires de Cisjordanie ne peuvent bénéficier du régime douanier préférentiel de l’accord CE-Israël. Quelles mesures les signataires de cet appel préconisent-ils pour arrêter ce scandale ?

- la question que pose le boycott est celle de l’impunité. Comment ne pas comprendre l’indignation devant une occupation qui se poursuit depuis plus de 40 ans sans aucune mesure prise par la communauté internationale contre cette violation du droit international ? Et s’il n’y avait pas eu la flottille de Gaza, le blocus de ce territoire se serait-il (légèrement) assoupli ? Si la société civile n’était pas intervenue, Gaza vivrait encore sous le même blocus (pourtant condamné du bout des lèvres par les Etats-Unis, l’Union européenne, et sans doute la majorité des signataires de ce texte). Les porteurs de valise, qui aidaient le Front de libération nationale algérien violaient la loi, comme la violaient ces Américains qui refusaient de partir au Vietnam.

Les signataires [1] poursuivent :

« Mais la justice sera bien en peine de sanctionner ce qui est essentiel dans cette affaire. C’est pourquoi, nous, associations, citoyens de tous bords, acteurs de la vie de notre pays, tous également attachés à la paix au Moyen-Orient et, donc, à l’avènement d’un Etat palestinien viable et démocratique aux côtés d’Israël, nous sommes convaincus que les boycotteurs se trompent de combat en prenant le parti de la censure plutôt que celui de la paix, celui de la séparation plutôt que celui de la possible et nécessaire coexistence – celui, en un mot, de la haine et non de la parole et de la vie partagées. »

Qui est aujourd’hui, en parole au moins, contre la création d’un Etat palestinien ? Même le président George W. Bush et Benyamin Netanyhou s’y sont ralliés en paroles. Et alors ? Le refus de considérer que l’on a d’un côté un occupant et de l’autre un peuple occupé, d’un côté un Etat puissant de l’autre une Autorité impuissante, fausse tout possibilité de solution.

Il est significatif que ce texte sur la nécessaire coexistence soit publié alors même que le gouvernement israélien cherche à faire adopter un texte pour empêcher les Palestiniens citoyens d’Israël de pouvoir habiter dans des quartiers juifs (lire le texte de Zvi Bar’el, « South Africa is already here », Haaretz, 31 octobre 2010)

« La possibilité de critiquer, même de manière vive, le gouvernement israélien concernant sa politique vis-à-vis des Palestiniens n’est pas ici en cause. Peu de gouvernements sont autant sévèrement jugés, y compris par certains d’entre nous. Mais la critique n’a rien à voir avec le rejet, le déni, et, finalement, la délégitimation. Et rien ne saurait autoriser que l’on applique à la démocratie israélienne un type de traitement qui n’est réservé aujourd’hui à aucune autre nation au monde, fût-elle une abominable dictature. »

Critiquer Israël ? Finkelkraut, Encel et Lévy critiques du gouvernement israélien ? On croit rêver. En pleine guerre de Gaza, ils justifiaient les crimes commis par l’armée israélienne et, encore plus révoltant, Bernard-Henri Lévy pénétrait dans Gaza assis sur la tourelle d’un char israélien. Quant aux signataires membres du Parti socialiste, faut-il rappeler que leur parti est lié au Parti travailliste, qui a mené les guerres au Liban et à Gaza et qui, aujourd’hui, aux côtés d’Avigdor Lieberman, participent au gouvernement de Benyamin Netanyahou ? et que leur parti est resté passif durant l’invasion de Gaza ?

Certains des signataires critiquent peut-être le gouvernement israélien, mais comment cette critique se traduit-elle en actes ? Ne sont-ils pas coupables de non assistance à un peuple en danger ?

Quant à l’argument selon lequel on applique à la démocratie israélienne un traitement qui n’est réservé à aucun autre pays appelle deux remarques :

- le fait qu’Israël soit démocratique (pour ses citoyens juifs seulement), ne l’empêche pas de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. La France martyrisant l’Algérie durant la guerre d’indépendance était aussi un pays démocratique. Faut-il s’étonner que les Palestiniens ne fassent pas la différence entre une bombe démocratique et une bombe dictatoriale ?

- D’autre part, il est vrai que le traitement du gouvernement israélien est sans équivalent : aucun Etat n’a violé impunément autant de résolutions du conseil de sécurité des Nations unies depuis plus de 40 ans, résolutions votées aussi bien par les Etats-Unis que l’Union européenne.

« D’autant que, de plus, la globalité du rejet et sa bêtise font que l’on emporte dans le même mouvement les forces qui, en Israël, œuvrent jour après jour au rapprochement avec les Palestiniens en sorte que les partisans du boycott sont, aussi, des saboteurs et des naufrageurs d’espérance. »

Oui, il y a des forces en Israël qui luttent avec courage, mais ce ne sont pas celles auxquelles les signataires font allusion : faut-il rappeler que non seulement le Parti travailliste mais aussi le mouvement La Paix maintenant ont justifié les guerres du Liban et celles de Gaza ?

Et le texte se poursuit :

« La paix ne se fera pas sans les Palestiniens. Mais elle ne se fera pas non plus sans les Israéliens. Et moins encore sans les intellectuels et les hommes et femmes de culture qui, quels que soient leur pays d’origine ou leur parti pris politique, travaillent à rapprocher les peuples. Céder à l’appel du boycott, rendre impossibles les échanges, infliger aux chercheurs israéliens, par exemple, ou aux écrivains on ne sait quelle punition collective, c’est abandonner toute perspective de solution politique au conflit et signifier que la négociation n’est plus dans le champ du possible. »

L’argument est repris sans cesse pour affirmer qu’on ne peut pas boycotter la culture. Rappelons d’abord que la coopération culturelle et scientifique entre Israël et l’Union européenne concerne avant tout des laboratoires et des universités qui participent directement au complexe militaire israélien. Quant à l’argument sur le boycott des livres ou du cinéma, je renvoie à la polémique autour des cinémas Utopia (« Yann Moix et Le Figaro condamnés »).

Conclusion des signataires :

« Nous n’acceptons pas cet aveu d’échec. Nous pensons que notre rôle est de proposer un chemin de dialogue. C’est pourquoi, nous, signataires, sommes résolument contre le boycott d’Israël et pour la paix – et, précisément, contre le boycott parce que nous sommes pour la paix. »

Mais de quel dialogue, de quelle paix parle-t-on ? Qui pourrait être contre la paix ? Les questions qui se posent sont pourtant simples et devraient interpeller les signataires : la paix est-elle possible avec l’occupation et la colonisation ? Comment obtenir la fin de la colonisation qu’ont poursuivie depuis 1967 tous les gouvernements israéliens sans exception ? Comment mettre fin à l’occupation ? Le mouvement de boycott-désinvestissement-sanction (BDS) représente la réponse de la société civile à l’impuissance de la communauté internationale et pose une simple question : Israël se retirera-t-il des territoires occupés s’il n’y a aucune pression, aucune sanction ? La réponse, pour tout observateur de bonne foi, est non. En ne faisant rien, les signataires sont les complices non seulement de la politique d’occupation mais aussi de la poursuite de l’impasse avec tous les risques qu’elle fait peser sur l’avenir de la région.

Notes

[1] La liste des signataires :

Yvan Attal, comédien ; Pierre Arditi, comédien ; Georges Bensoussan, historien ; Michel Boujenah, comédien ; Patrick Bruel, comédien et chanteur ; Pascal Bruckner, essayiste ; David Chemla, secrétaire général de JCALL, ; Bertrand Delanoë, maire de Paris ; Frédéric Encel, géopolitologue ; Alain Finkielkraut, philosophe ; Patrick Klugman, avocat ; François Hollande, député (PS) de Corrèze ; Georges Kiejman, avocat ; Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris ; Bernard-Henri Lévy, philosophe ; Mohamed Sifaoui, essayiste ; Yann Moix, écrivain ; Bernard Murat, directeur de théâtre ; Jean-Marie Le Guen, député ; Pierre Lescure, directeur de théâtre ; Serge Moati, journaliste ; Daniel Racheline, vice-président de JCALL ; Arielle Schwab, présidente de l’UEJF ; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ; Gérard Unger, président de JCALL ; Manuel Valls, député-maire d’Evry ; Michel Zaoui, avocat.

On comparera cette liste à celle des personnalités qui se sont prononcées contre l’inculpation de Stéphane Hessel, Alima Boumediene-Thiery et tous ceux qui ont été mis en cause dans la campagne de boycott]. On notera, parmi elles, Michel Rocard, Laure Adler, Raymond Aubrac, Etienne Balibar, Jean Baubérot, Miguel-Angel Estrella, Eva Joly, Jean Lacouture, Noël Mamère, François Maspero, etc.

La torture dans les prisons israéliennes est autorisée par l’Etat


 
Ramallah (Ma’an) – Le ministre des Affaires des Prisonniers de l’Autorité palestinienne, Issa Qaraqe, vient de publier une nouvelle information sur des cas d’enfants torturés lors d’interrogatoires par les Israéliens.


Il en fait l’annonce la veille d’une publication, par un groupe israélien des droits de l’homme, accusant Israël « d’autoriser les sévices contre les personnes interrogées », et ce, dans au moins un centre de détention, à Petah Tikva, dans le centre d’Israël.
Qaraqe évoque le cas de deux écoliers de 6ème, âgés de 13 ans, Muhammad Tare Abdul Latif Mukhaimar et Muhammad Nasser Ali Radwan, de Beit Ur At-Tahta, une ville dans le centre de la Cisjordanie. Tous les deux ont été arrêtés par les forces israéliennes en juillet, indique-t-il, et ils ont raconté leurs tortures à des officiels.
Mukhaimar et Radwan disent qu’ils ont été pris par les gardes-frontières qui patrouillaient sur la route nationale 443, une route précédemment réservée aux colons, et où de nouveaux check-points avaient été installés, jusqu’à ce qu’un tribunal israélien décide qu’elle devait être ouverte aux Palestiniens. Une fois qu’il a été obligé de monter dans le véhicule de la patrouille, Mukhaimar dit qu’il a été frappé à coups de pieds dans les jambes et à coups de crosses de fusil, jusqu’à ce qu’il s’écroule sur le plancher. Le garçon dit qu’alors ils lui ont bandé les yeux et l’ont emmené au centre de détention.
Selon le rapport commun de B’Tselem et de HaMoked, des témoignages apportés par 121 détenus « indiquent qu’il s’agit d’un cadre manifeste de l’activité par les autorités » qui « constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant ».
Enfermé dans le même centre de détention que celui évoqué par le rapport, Mukhaimar raconte que lui et Radwan ont enfermés tout nus dans les W.C. et qu’ils y ont été laissés pendant deux jours avec des jets d’air conditionné. Ils avaient tellement soif, dit-il, que lui et Radwan buvaient l’eau de la cuvette. Chaque fois qu’ils étaient pris par le sommeil, des gardes cognaient dans la porte des toilettes et les réveillaient, ajoute-t-il. « Le plus terrible, c’est quand les soldats sont entrés dans les W.C., qu’ils ont pissé sur nous, sans se servir des toilettes, » dit Mukhaimar, ajoutant que l’un des soldats a même filmé la scène.
Les deux disent qu’après avoir passé au moins 48 heures dans les toilettes, ils furent transférés au centre de détention de la colonie Binyamin, où ils furent interrogés de 22 h à 3 h du matin. Ils furent alors emmenés à la prison d’Ofer pour trois mois, puis à la prison de Remonim, où ils restèrent en attendant leur procès.
Les témoignages de ces deux enfants sont dans la droite ligne des révélations contenues dans le rapport des organisations des droits de l’homme, disant que les infractions commises à l’encontre des détenus « commencent dès leur arrestation et se poursuivent jusqu’à ce que les détenus soient transférés hors du centre ».
Selon les témoignages recueillis, « dans ces violations, il faut inclure les conditions cruelles de détention dans des cellules hermétiques, la mise à l’isolement, des conditions d’hygiène honteuses,  les mains menottées continuellement dans les salles d’interrogatoire, la privation de sommeil, et d’autres méthodes qui cherchent à faire mal aux détenus, physiquement et moralement. »
« 9% des témoins racontent que ceux qui les interrogeaient utilisaient la violence physique contre eux dans les salles d’interrogatoire. »
Le rapport note que « l’usage de l’une de ces méthodes, associée à d’autres certainement, constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant et, dans certains cas, une torture. Tous sont strictement interdits par le droit international, et le droit israélien. »
Qaraqe indique encore que le ministère allait déposer plainte contre les soldats impliqués dans les tortures contre Mukhaimar et Radwan, et que les sévices avaient été dénoncés lundi lors de la réunion du cabinet de l’Autorité palestinienne.
Une déclaration du cabinet dit que « les pratiques et les mesures répressives des autorités de l’occupation » contre les enfants sont « une violation du droit international, des conventions des droits de l’homme relatives à l’enfance. » Les ministres invitent les institutions des droits de l’homme et les Nations unies à « s’engager dans un travail juridique et humanitaire pour protéger nos enfants et nos prisonniers des pratiques israéliennes brutales à leur encontre les prisons et les centres de détention ».
L’Etat autorise les sévices
Le rapport des groupes des droits de l’homme conclue cependant qu’il n’y a guère d’espoir de justice à attendre des tribunaux israéliens.
Depuis 2001, note le rapport, « des Palestiniens, interrogés par les agents des services de sécurité israéliens, ont déposé 645 plaintes devant le ministère de la Justice contre la façon dont ils avaient été interrogés. Pas une seule de ces plaintes n’a abouti à une enquête pénale contre l’interrogateur ».
Les organisations des droits de l’homme disent que l’usage constant de la torture et de sévices contre les détenus palestiniens est justifié pour l’Etat, lequel « prétend que ces actions sont nécessaires pour contrer les actes graves de terrorisme ».
Cependant, des analystes et les organisations disent que « cette allégation ne justifie pas la violation de l’interdiction absolue de torture et traitement cruel, inhumain et dégradant, » et ils ajoutent que « les tentatives d’Israël à détourner le débat public vers ce qu’il appelle ‘le dilemme de la bombe à retardement’ sont artificielles ».
Les analystes citent les témoignages de détenus comme Mukhaimar et Radwan qui n’étaient pas suspectés d’infractions graves. Certains des témoins, interrogés pour le rapport, étaient accusés d’actes de nature politique ou religieuse, et les peines de prisons allaient de quelques mois à deux ans maximum.
« Les sévices contre les détenus se poursuivent après la fin de l’interrogatoire, » continue le rapport, qui « réfute l’allégation selon laquelle les méthodes d’interrogatoire sont choisies avec l’intention de contrer des actes de terrorisme. »
 
http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=329707
traduction : JPP

Kifl Hares, un village palestinien en danger de mort


 

Centre Palestinien d’Information

Rapport

Kifl Hares, un village palestinien en danger de mort


Photo: CPI

Mardi 2 novembre 2010

Silfit – CPI

Les souffrances quotidiennes ne cessent de se multiplier. Et celles des villages palestiniens entourés par des colonies sionistes encore plus. Le village de Kifl Hares, du département de Silfit, en est un exemple probant.

Les habitants du village de Kifl Hares ne peuvent pas vivre en paix avec cette colonie d’Ariel qui s’étend sur une grande partie de ses terrains.

Les habitants de cette colonie n’épargnent rien pour rendre la vie impossible aux habitants de ce village. Ils annexent leurs terrains, de plus en plus. Ils les empêchent d’atteindre leurs terres pour les travailler et pour cueillir leurs olives. Et partout dans le village, ils investissent des lieux privés, prétextant que ce sont des lieux juifs sacrés.

La colonie d’Ariel

Le 17 août 1978 est une date catastrophique pour le village de Kifl Hares et pour ses voisins que sont les villages de Marda et Askaka. En fait, à cette date, le ministre de l’agriculture du cabinet de l’ancien premier ministre Ariel Sharon avait décidé d’implanter cette colonie d’Ariel, la deuxième plus grande colonie de la Cisjordanie, sur les terrains du village.

Et pour protéger cette colonie, au détriment du village, les forces israéliennes d’occupation ont installé une tour de contrôle à l’entrée du village. Et toutes les rues menant au village sont bordées de barbelés.

Les Sionistes ont confisqué les meilleures parties des terrains agricoles de notre village au profit de la colonie d’Ariel, dit le Palestinien Waïl Boziya. La colonie a rongé plus de 1,7 hectare de nos terrains et de ceux des villages voisins.

Dôme de Saladin

Les colons sionistes prétendent qu’il y a dans le village de Kifl Hares trois lieux saints pour trois de leurs prophètes, un bon prétexte pour chasser les Palestiniens de leur village.

Abdallah Abou Yaqoub dit que les colons essaient de changer le Dôme de Saladin en un lieu de pèlerinage.

Le Dôme de Saladin se trouve au centre du village de Kifl Hares, au centre de ses anciennes maisons. Le lieu a des aspects tout à fait islamiques : le dôme, le mihrab vert qui s’orientent vers la Kaaba.

Le lieu avait été bâti par Saladin, lui-même. Un témoin de pierre indique une date qui correspond à la date de construction, en plus du verset coranique Le Trône. Mais les Israéliens l’ont volé et ont dissimulé les aspects islamiques du lieu.

Des cultes dévastateurs

Le villageois Mohammed Chaqour dit que les colons viennent dans le village pour pratiquer leurs prétendus cultes, épaulés par une quinzaine d’engins militaires. Ils encerclent le village et y arrêtent la vie.

Puis les colons gênent les villageois, encerclés par leurs cris. Et à l’aube, ils quittent le village en laissant leurs déchets et en écrivant parfois des insultes sur les murs du village !

Les villageois se posent des questions sur leur avenir et l’avenir de leur village, face à ces occupants qui n’arrêtent pas d’imposer chaque jour une nouvelle réalité sur le terrain. Ils s’interrogent aussi sur l’utilité de ces négociations, dans ces conditions !

Et au cours de la saison de l’olive, les souffrances des villageois sont accrues, beaucoup plus. Des dizaines de colons ont le culot de se mettre entre les oliviers pour les casser, voler leurs fruits, et pour empêcher les villageois de les atteindre.

Le Centre Palestinien d’Information – © 2010

Juifs ou Israéliens ?


Daoud Kuttab
Miftah

J’ai toujours essayé le plus possible de faire la distinction entre les juifs et les Israéliens. Cela me dérange quand des Palestiniens emploient ces deux termes indifféremment.

Chaque fois que je traverse le Jourdain, je surprends des discussions de personnes parlant sur leur téléphone portable, racontant comment elles sont entrées du coté juif, comment elles ont quitté le côté juif, ou qu’elles attendent pour passer du côté juif. De tels propos, on peut les entendre aussi de personnes qui s’approchent d’un check-point israélien ou qui en partent, ou qui ont quelque chose à faire avec les Israéliens.

Des prédicateurs religieux utilisent indifféremment ces termes, parlant des actions néfastes des Israéliens ou du manque de confiance dans les négociateurs juifs, etc.

Lorsque je couvrais l’information sur l’Intifada et que je circulais au sein des territoires occupés, j’avais la même préoccupation. Des personnes me disaient que des juifs étaient arrivés par ce côté, que des soldats juifs avaient frappé le fils d’untel, que des juifs avaient fait feu cachés derrière ces arbres, toujours pour parler d’actions des forces d’occupation israéliennes.

Quand je partais avec des journalistes étrangers, il me fallait faire l’interprète, et j’étais dans le pétrin car je me demandais si je devais traduire les mots littéralement ou si je pouvais utiliser simplement l’adjectif israéliens pour le substantif soldats.

L’utilisation du mot juif pour israélien ne se limite pas aux Palestiniens de certaines régions ou de milieux économiques particuliers. J’ai entendu un professeur d’université et aussi une personne de ma propre famille utiliser le mot juif pour parler des Israéliens, et je me suis fâché parce que je pensais à un certain nombre d’amis juifs américains que je connais, et qui n’ont rien à voir avec les occupants et l’Etat d’Israël, voire qui sont antisionistes et partagent l’aspiration des Palestiniens à se libérer de l’occupation israélienne.

J’ai beaucoup pensé à ces mots ces dernières semaines alors que nous étions inondés d’exigences continuelles par les dirigeants d’Israël pour que les Palestiniens reconnaissent non seulement l’Etat d’Israël mais aussi sa judaïté. Ces exigences comprenaient aussi une série de nouvelles lois que le gouvernement israélien avait approuvées, exigeant que les autres se réfèrent à la judaïté de l’Etat et n’écoutant guère les 20% de citoyens non juifs d’Israël.

Ce qui me gêne, c’est cette quasi-absence de réaction de la part de la population juive mondiale. Je peux comprendre que les juifs de la diaspora aient des sentiments particuliers envers l’Etat d’Israël pour des raisons ethniques ou religieuses. Mais j’ai toujours pensé que ces juifs mettaient en avant leur nationalité locale (américaine, britannique ou hongroise), tout en soulignant leur confession et leur culture juives uniques.

S’agissant des juifs dans la diaspora, j’ai le sentiment qu’il est problématique de vouloir gommer les différences entre Israéliens et juifs. Brouiller ces différences fait le jeu de ceux qui essaient de présenter toute action ou déclaration anti-israéliennes comme antisémites.

Les Palestiniens ont rejeté, et continueront de le faire, l’équivalence de ces deux termes, pour diverses raisons. Les nationalistes palestiniens soulignent que le conflit israélo-arabe est un combat national politique et non pas religieux. Et même si les Palestiniens ont reconnu les Israéliens à l’intérieur des frontières de 1967, ils refusent totalement l’idée que les juifs auraient un droit biblique sur la terre de la Palestine historique ou au-delà.

En outre, les dirigeants palestiniens n’abandonneront pas leurs frères, citoyens palestiniens d’Israël, et dont la situation serait rendue encore plus difficile par cette mesure qui écarterait l’idée qu’Israël est l’Etat de tous ses citoyens, quelle que soit leur religion.

Les dirigeants israéliens de droite, dirigés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, peuvent croire qu’ils ont trouvé une stratégie gagnante pour faire obstruction aux exigences palestiniennes pour la fin de leur occupation militaire. Les Palestiniens et la plupart des gens sensés dans le monde approuveront la position palestinienne selon laquelle Israël peut se faire appeler comme il veut. Mais en cassant les oreilles des Palestiniens avec la judaïté d’Israël, la direction israélienne prévient les tentatives qu’auraient des juifs dans le monde de prendre des distances avec la position politique d’Israël, même en le soutenant par ailleurs ethniquement, culturellement et émotionnellement.

Cela aura des conséquences beaucoup plus néfastes pour les juifs du monde que pour les Palestiniens. J’espère qu’ils se rendront compte du danger de cette initiative et qu’ils agiront pour l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard.

(JPG) Daoud Kuttab a enseigné le journalisme à l’université de Princeton et organisé des séminaires sur les nouvelles techniques de l’information dans le monde arabe. Il est palestinien et journaliste. Né à Jérusalem en 1955, il a étudié aux Etats-Unis et travaille dans le journalisme depuis 1980. Il a créé et présidé l’Institut du film de Jérusalem dans les années 90, ainsi que l’Institut des médias modernes à l’université Al Qods jusqu’en janvier 2008. En 1997, il est parti pour Amman où il va créer la première station radio internet du monde arabe, AmmanNet (http://www.ammannet.net).

Son site : http://www.daoudkuttab.com/ ; son courriel : info@daoudkuttab.com

28 octobre 2010 – Miftah – site de Daoud Kuttab – traduction : JPP

Changement : les sionistes font preuve de tolérance


Gilad Atzmon


J’ai passé les 10 dernières années à parler de l’idéologie nationale et de la politique tribale juives.

(JPG) Pendant mon exploration de ce que représentent le sionisme et Israël, j’ai finalement compris que c’est en fait la gauche juive – et les marxistes juifs en particulier – qui nous fournissent un aperçu adéquat de l’identité juive contemporaine, la suprématie tribale, les politiques marginales et le tribalisme.

« La gauche juive » est essentiellement un oxymore. C’est une contradiction dans les termes parce que la « judéité » est une idéologie tribale, tandis que « la gauche » est traditionnellement censée aspirer à l’universalisme. Au premier abord, la « gauche juive » ne se distingue pas, du moins catégoriquement, d’Israël ou du sionisme : après tout, c’est une tentative de former encore un autre « club politique réservé aux seuls juifs ».

Mais en ce qui concerne le mouvement de solidarité palestinienne, son rôle est de plus en plus discuté, parce que d’une part, on peut voir l’ avantage politique qu’il y a à pouvoir signaler quelques « bons juifs » et d’insister sur le fait qu’il y a des juifs qui « s’opposent au sionisme en leur qualité de juifs ».

Néanmoins, en revanche, accepter la légitimité d’une telle affaire politique à orientation raciale équivaut en soi à accepter encore une autre forme ou expression du sionisme, parce que le sionisme prétend que les juifs sont avant tout juifs et qu’ils ont intérêt à fonctionner politiquement en tant que juifs.(1)

Dans une certaine mesure, il est donc clair que l’antisionisme juif est en soi encore une autre forme de sionisme.

La « dissidence juive » joue deux rôles principaux : d’abord elle s’efforce de représenter et de soutenir une image positive des juifs en général.(2) Deuxièmement, elle est là pour réduire au silence et brouiller toute tentative faite par un outsider pour appréhender la signification de l’identité juive et des politiques juives dans le contexte des machinations de l’État juif. Sa fonction est également d’empêcher les éléments de ce mouvement de pénétrer dans les détails du rôle crucial du lobby juif.

La gauche juive est donc là pour mettre en sourdine toute critique éventuelle des politiques juives dans les mouvements de gauche plus larges. Elle est là pour empêcher les goys de mettre le nez dans les affaires juives.

Il y a 10 ans, j’ai rencontré la brigade des dissidents kasher pour la première fois ; dès que j’ai commencé à critiquer Israël et le sionisme, ils se sont empressés autour de moi.

Pendant une brève période, je me suis très bien inséré dans leur discours : j’étais jeune et énergique. J’étais un musicien primé ainsi qu’un écrivain prometteur. À leurs yeux, j’étais une célébrité ou je leur donnais du moins une bonne raison de célébrer. Leurs commissaires en chef réservaient les meilleurs tables, les plus chères, aux concerts de mon ensemble Orient House. Les cinq militants de base sans le sou ont suivi le mouvement et venaient aux concerts Jazz Combo gratuits que je donnais en matinée au foyer du centre Barbican. Ils voulaient tous croire que je suivrais leur programme et que je deviendrais moi-même un commissaire. Ils se sont empressés aussi de me dire qui étaient les « mauvais », ceux qui devraient brûler en enfer. Israel Shahak, Paul Eisen, Israel Shamir et Otto Weininger n’étaient que quelques uns de ces nombreux méchants.

Comme on peut déjà le deviner, il ne m’a pas fallu longtemps pour me dire qu’il y avait plus de sagesse dans une seule phrase d’Israel Shahak, Paul Eisen, Israel Shamir et Otto Weininger que dans toute la production de la gauche juive mise ensemble. Je me suis empressé de dire clairement à mes nouveaux fans « rouges » que ça n’allait pas marcher. J’étais un ex- Israélien et je ne me considérais plus comme juif. Je n’avais rien en commun avec eux et je ne croyais pas dans leur programme. En fait, j’avais quitté Israël parce que je voulais m’éloigner aussi loin que possible de toute forme de politique tribale.

Patauger dans la soupe au poulet n’a jamais été mon truc.

Évidemment, je me suis fait au moins une demi-douzaine d’ennemis qui, sans tarder, ont fait campagne contre moi. Ils ont essayé de me réduire au silence ; ils ont essayé désespérément (et sans espoir) de briser ma carrière musicale ; ils ont fait pression sur des institutions politiques, les médias et les salles de concert. L’un d’eux a même essayé de me traîner en justice.

Toutefois, ils ont complètement échoué et cela à tous les niveaux. Plus ils mettaient de pression, plus les gens me lisaient. À un moment donné, mon entourage était convaincu que mes détracteurs dirigeaient en fait ma campagne de publicité. En outre, les tentatives constantes de me réduire au silence ne pouvaient que prouver ce que je disais. Ils étaient là pour détourner l’attention du rôle crucial des politiques juives et des politiques de l’identité juive.

Je me suis souvent demandé pourquoi ils ont échoué dans mon cas . Mais je suppose que le même Internet qui a réussi à mettre en échec la hasbara israélienne, a également causé la déroute de la gauche juive et de son hégémonie dans le mouvement. A plus grande échelle, il est absolument évident que le discours marxiste juif est bien marginal. Sa voix dans le mouvement dissident est en fait insignifiante.

Je suppose aussi que ma popularité comme musicien de jazz ne leur a pas facilité la vie. À l’époque où ces commissaires juifs me taxaient de racisme et d’antisémitisme, je faisais une tournée mondiale avec deux juifs ex-israéliens, un juif argentin, un gitan roumain et un joueur de oud palestinien. Leur campagne de dénigrement ne pouvait pas marcher, et elle n’a pas marché.

Mais il y a un détail intéressant : comparé au terrorisme rouge juif contemporain, le sionisme apparaît comme relativement tolérant. Ces derniers mois, j’ai été approché par tous les médias israéliens possibles. Au cours de l’été, Ouvda, principale émission télévisée israélienne d’investigation a demandé à plusieurs reprises de m’accompagner en tournée avec mon orchestre . Les journalistes voulaient lancer le débat et discuter de mes idées aux heures de grande écoute. Cette semaine, la deuxième chaîne israélienne m’a approché pour une émission de news. Encore une fois, on s’intéressait à mes opinions. Hier, j’en ai discuté pendant une heure avec Guy Elhanan à la radio israélienne ’Kol ha-shalom’ (la voix de la paix).

Pour des raisons extrêmement évidentes, je suis très prudent lorsque j’ai affaire aux médias israéliens. Je les choisis très soigneusement. Habituellement, j’ai tendance à décliner leurs invitations. Mais je reconnais aussi que pour quelqu’un qui se soucie des perspectives de paix, je dois maintenir la communication ouverte avec le public israélien ; c’est ainsi qu’il y a deux semaines, j’ai accepté une interview avec Yaron Frid du journal Haaretz. C’était ma première interview à être publiée en Israël depuis plus de 10 ans. Je dois avouer que j’ai eu un choc quand j’ai vu que l’on n’avait effacé ni censuré aucune de mes paroles. Haaretz m’a laissé dire tout ce que les « socialistes » kasher avaient constamment essayé de me faire taire.

En ce qui concerne ma « haine de moi » et ma judéité, le journal israélien Haaretz m’a laissé dire :

« Je ne suis pas un bon juif, parce que je ne veux pas être un juif, parce que les valeurs juives ne me branchent pas vraiment et tous ces trucs de « déverse ta colère sur les nations » ne m’impressionnent pas ».

On m’a aussi laissé contester toute la philosophie sioniste ; la réalité du pillage et l’historicisme illusoire : « Pourquoi est-ce que je vis sur des terres qui ne m’appartiennent pas, les terres pillées d’un autre peuple dont les propriétaires veulent rentrer chez eux et ne le peuvent pas ? Pourquoi est-ce que j’envoie mes enfants tuer et être tués après que j’ai été moi-même soldat ? Pourquoi est-ce que je crois toutes ces conneries sur « parce que c’est la terre de nos aïeux et notre patrimoine » alors que je ne suis même pas religieux ?

Et concernant le droit au retour des Palestiniens, j’ai dit :

« Les Israéliens peuvent mettre fin au conflit en un clin d’oeil : demain matin à son lever, Nétanyahou rend aux Palestiniens les terres qui leur appartiennent ».

Ils m’ont laissé expliquer la distinction que je faisais entre Israël et la Palestine et comment je les définissais : « La Palestine est la terre et Israël est l’État. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte qu’Israël n’a jamais été mon chez moi, que c’est uniquement une fantaisie saturée de sang et de sueur ».

Pour ce qui est du peuple élu, de la dé-judéisation et de l’identité juive j’ai dit « pour que Netanyahu et les Israéliens le fassent (acceptent le droit au retour des Palestiniens), ils doivent passer par la dé-judéisation et accepter le fait qu’ils sont comme tout le monde et qu’ils ne sont pas le peuple élu. Ainsi, dans mon analyse, ceci n’est pas une question politique, socio-politique ou socio-économique ; c’est une question fondamentale qui concerne l’identité juive ».

Au cours de l’interview, j’ai comparé la gauche juive au national-socialisme-… et Haaretz a laissé passer ça : « L’idée de juifs de gauche est fondamentalement malade. Cette gauche contient une contradiction interne absolue. Si vous êtes de gauche, il importe peu que vous soyez juif ou non ; donc, en principe, lorsque vous vous présentez comme juifs de gauche, vous acceptez l’idée du national-socialisme. Du nazisme. »

Comme on pouvait s’y attendre, Haaretz a contesté mon opposition à la politique juive : « Atzmon a été accusé par toutes les plateformes possibles de vitrioler les juifs. Pourtant, il maintient qu’il  » hait tout le monde dans la même mesure ». On l’a aussi accusé de haine de soi, mais cela il est le premier à l’admettre, et pour ce qui est d’ Otto Weininger, le philosophe autrichien juif qui s’est converti au christianisme et dont Hitler a dit  » il y avait un bon juif en Allemagne et il s’est tué  » il en est même fier. »Otto et moi sommes de bons amis « . »

De toute évidence des Israéliens peuvent au moins aborder Otto Weininger et son idéologie. Pourtant, lorsque j’ai fait un exposé au sujet d’Otto Weininger dans une librairie marxiste de Londres (Bookmarks) il y a cinq ans, une synagogue de 14 juifs marxistes à essayé sans succès de boycotter l’événement et de faire pression sur le Socialist Workers Party.

Devinez quoi ; ils n’ont pas réussi.

Haaretz a contesté ma position sur l’holocauste ; et pourtant, ils ont publié ma réponse sans changer un iota, « Je me bats contre toutes les infâmes lois et persécutions à l’encontre de ceux qui nieraient prétendument l’holocauste, caractérisation que je n’accepte pas. Je crois que l’holocauste, comme tout épisode historique, doit pouvoir faire l’objet de recherches, être examiné et discuté et débattu.

Et Haaretz, évidemment un journal sioniste israélien, m’a laissé m’exprimer au sujet des coupables israéliens de massacres et de leur destinée. « Il serait bon que les chasseurs de nazis traquent plutôt[Shaul] Mofaz et [Ehud] Barak,par exemple, au lieu de vieillards de 96 ans dont c’est à peine s’ils sont encore en vie. C’est pathétique ».

Haaretz me laisse aussi dire aux Israéliens qu’ils sont tous à blâmer : « En Israël, 94 % du pays a soutenu l’opération Plomb durci. D’une part vous voulez vous comporter comme un État post-Lumières et vous me parlez d’individualisme, mais d’autre part vous vous entourez d’un mur et vous restez attachés à une identité tribale ».

Yaron Frid termine son article en disant « Israël a perdu Gilad » et « le score est maintenant 1-0 pour la Palestine ».

J’étais content de l’article. Mais également jaloux, parce qu’ici en Grande-Bretagne, nous sommes loin de pouvoir explorer ces questions.

Le message est direct et simple — Haaretz, journal sioniste m’a laissé discuter de tous ces parcours intellectuels que les « socialistes kasher » s’acharnent à bloquer. Une semaine avant la parution de l’article dans Haaretz, le journal israélien a parlé du héros du Mavi Marmara, Ken O’keefe . Là encore, Haaretz a présenté le sujet de façon assez équilibrée ; certainement plus impartiale que BBC panorama.

La morale est évidente : aussi répugnant et meurtrier que soit le sionisme, il est encore en avance par rapport à la gauche juive, simplement parce qu’il tient toujours, à certains égards du moins, un discours permanent et ouvert.

Il n’y a pas de doute que parmi les ennemis les plus prolifiques d’Israël et de l’identité juive vous trouverez des Israéliens et des ex- israéliens tels que Ilan Pappe, Gideon Levi, Amira Hass, Tali Fahima, Israel Shamir, Israel Shahak, Nurit Peled , Rami Elhanan, Guy Elhanan, Jonathan Shapira, Yeshayahu Leibowitz, Mordechai Vanunu, Uri Avneri, Shimon Tzabar, moi-même, et d’autres.

Nous ne sommes pas toujours d’accord entre nous, mais nous nous fichons la paix.

Le sionisme était une tentative de créer un juif nouveau : un être éthique, productif et authentique. Mais le sionisme a complètement échoué. Israël est un État criminel et les Israéliens sont collectivement complices des crimes constants commis contre l’humanité. Et pourtant, le sionisme a également réussi à ériger une école solide d’Israéliens animés de la haine de soi, éloquents et fiers. On enseigne aux Israéliens à être francs et critiques, contrairement à la gauche juive de la diaspora, qui pour une raison ou une autre opère comme la police de la pensée, la dissidence israélienne parle haut et fort. Les Israéliens sont formés à célébrer leurs « symptômes » – et cela est également valable dans le cas de la dissidence.

À l’encontre du marxisme juif qui fonctionne en grande partie comme une campagne de pub tribale, la dissidence israélienne participe d’une approche éthique : vous n’entendrez pas des militants israéliens s’écrier « pas en mon nom ». Les Israéliens mentionnés ci-dessus acceptent que chaque crime israélien est commis en leur nom. Ils reconnaissent aussi que le militantisme est le passage crucial de la culpabilité à la responsabilité. Il s’ensuit qu’il est loin d’être surprenant que lors de la mission « un bateau juif pour Gaza », Shapira, ancien pilote de l’armée de l’air israélienne ainsi que Elahanan ont tous deux parlé d’éthique et de questions humanitaires, tandis que le juif britannique Kuper, s’inquiétait apparemment davantage, à en juger par ses paroles, de corriger l’image du judaïsme mondial.

En ma qualité d’ex-Israélien, je crois que la seule chose que je peux faire pour la Palestine, l’Irak, l’Afghanistan, moi-même, ma famille, mes voisins et l’humanité est de rester ferme et de parler du fond du coeur en dépit de tout.

Je crois aussi que nous connaissons tous la vérité.

Il nous faut simplement être suffisamment courageux pour la dire.

Notes

1. Si bizarre que cela puisse paraître pour certains, les groupes « Juifs contre les sionistes » (JAZ) et « Juifs pour le BDS » (boycott, désinvestissement des marchandises israéliennes) récitent la mantra sioniste : ils opèrent principalement en tant que juifs. Tout comme il est impossible à des Palestiniens déracinés de s’établir en Israël et de devenir des citoyens dotés des mêmes droits civils, il leur est aussi impossible de se joindre à un groupe militant pour la Palestine, principalement juif.

2. Richard Kuper, qui est à l’origine du projet « Irene, le bateau juif pour Gaza » a été assez franc pour l’admettre : « notre objectif est de montrer que tous les juifs ne soutiennent pas les politiques israéliennes envers les Palestiniens » a-t-il dit. On sait maintenant que le bateau juif ne transportait pas grand chose en aide humanitaire pour les Gazaouis : sa principale mission, en ce qui concerne Kuper, semble d’avoir été de restaurer la réputation des juifs.

29 octobre 2010 – Cet article peut être consulté ici :
http://www.gilad.co.uk/writings/gil…

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