Les racines chrétiennes de la France


mardi 8 mars 2011 – 02h:22

Alain Gresh
Le Monde diplomatique

Sarkozy vivrait-il dans un monde imaginaire rempli de soutanes, d’uniformes, de scouts et d’enfants bien polis ? Sans doute la réalité du monde d’aujourd’hui lui échappe-t-elle ?

Dans son discours au Puy-en-Velay, le 3 mars, Nicolas Sarkozy a déclaré :

« Les peuples sont comme les Hommes : qu’ils occultent leur passé, qu’ils nient tout ou partie de leur identité et ils courent le risque de voir un jour ressurgir ce qu’ils ont refoulé mais sous une forme inquiétante.

La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture, je suis le président d’une République laïque (une erreur s’est glissée dans le texte publié par L’Elysée que j’ai corrigée) Je peux dire cela, parce que c’est la vérité. Je ne fais pas de prosélytisme, je regarde simplement l’Histoire de notre pays. Une fois dit cela, je veux dire que la France a puisé à d’autres sources : il y a quelques semaines, j’ai reconnu et salué les racines juives de la France.

Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, qui dans les mêmes pages de son Histoire des Francs, parle pour la première fois non seulement du sanctuaire du Puy-en-Velay mais de la synagogue de Clermont ! C’était en Auvergne déjà et Grégoire de Tours écrivait il y a près de 15 siècles ! C’est la France. La France que nous aimons, la France dont nous sommes fiers, la France qui a des racines. »

Le quotidien catholique La Croix (4 mars) fait remarquer dans l’article de Laurent de Boissieu, « La chrétienté, “un magnifique héritage de civilisation” » :

« Première idée : il faut, a dit le président, “assumer intellectuellement, moralement et politiquement » cet héritage car « il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire », tout en prenant soin de préciser que « personne n’est prisonnier de l’histoire de son pays ».

Cette idée constitue une rupture avec son prédécesseur, Jacques Chirac, qui s’était opposé en 2004 à toute référence aux “racines chrétiennes” dans le projet de Constitution européenne. Concrètement, c’est justement, aux yeux de Nicolas Sarkozy, le patrimoine “qui nous inscrit dans le temps long d’une histoire multiséculaire”. »

Cette vision d’une histoire multiséculaire et immuable est absurde. Notre vision de l’histoire a varié à chaque période, à chaque tournant. L’héritage juif de l’histoire de France n’est affirmé que récemment ; la vision de la révolution française a suscité et suscite encore bien des débats et des interprétations. Notre vision de Vercingétorix et celle imposée, pour des raisons politiques, par la IIIe République n’ont rien de commun.

S’interrogeant sur l’histoire américaine, l’intellectuel américano-palestinien Edward W. Said notait : « Aux Etats-Unis, la notion de ce qui est américain a connu un grand nombre de changements et parfois des tournants spectaculaires. À ses origines, le cinéma décrivait les habitants autochtones comme des démons malfaisants, que l’on devait éliminer ou soumettre. On les appelait les Peaux-Rouges et leur seule place dans la culture […] était d’être un obstacle à l’avancée de la civilisation blanche. Aujourd’hui, cela a totalement changé. Ils sont considérés comme des victimes de l’occidentalisation du pays, non comme des méchants. » Et il ajoute que, si la littérature était dominée par des hommes blancs vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des écrivains comme Toni Morrison symbolisent désormais une nouvelle vision de la “civilisation américaine” : « Quelle conception a-t-on de l’Amérique réelle et qui peut prétendre la représenter et la définir ? La question est complexe et très intéressante, mais on ne peut répondre avec quelques clichés [1]. »

Si on ne peut pas demander au président de la République de comprendre ces subtilités, il faut reconnaître que son discours est porteur d’un message politique clair : la France est laïque et chrétienne ; et, tout le monde l’aura compris, elle n’est pas musulmane et elle ne se laissera pas imposer la charia, le foulard, la burqa, les minarets, le hallal, etc.

Ce discours est tenu alors que l’UMP souhaite lancer une journée d’étude sur l’islam, reconvertie hâtivement en journée sur la laïcité, et que le président souhaite chasser sur les terres du Front national relifté par Marine Le Pen, laquelle abandonne le discours sulfureux sur la seconde guerre mondiale et l’antisémitisme pour se convertir à la laïcité et à l’islamophobie.

Sur le site de Libération, sous le titre « Copé promet “des solutions” sur la laïcité et la place de l’islam », on peut lire les inquiétudes exprimées dans les rangs mêmes de la droite :

Dominique de Villepin affirme que le débat fera « “le jeu de Marine Le Pen” », relevant que les intentions de vote en faveur de celle-ci se situaient « entre 18 et 20% » actuellement. Pour lui, de tels débats nourrissent “les peurs”.

Quant à François Bayrou, « il a dénoncé le discours du chef de l’Etat, au Puy-en-Velay, sur les racines chrétiennes de la France, en notant que “chaque fois qu’on mélange l’Etat et la religion, on court à la catastrophe”. “Pourquoi l’Etat se mêlerait de choisir une de nos racines ?”, a-t-il interrogé, avant d’estimer qu’il y avait là “une utilisation, une tentative d’utilisation de la conviction religieuse”. “Ce n’est pas la responsabilité, ni même le droit du président de la République de trancher sur ces thèmes qui appartiennent à chacun » dans son intimité”. »

Alors que la loi sur la burqa devrait entrer en vigueur le 11 avril, le gouvernement a renoncé à envoyer des ambassadrices expliquer aux femmes qui le portaient le sens de cette décision. On peut penser que cette renonciation tient au fait qu’on voit mal qui pourrait porter cette parole, et l’association Ni putes ni soumises qui avait reçu 80 000 euros à cet effet, est tout à fait incapable de mettre un pied dans les quartiers dits difficiles – espérons toutefois qu’elle remboursera la subvention.

Mais, pour ne pas laisser planer de doute sur sa détermination à éviter que nous soyons submergés par des musulmans barbus et des femmes voilées, le ministre de l’éducation Luc Chatel a pris une décision héroïque : il a interdit aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires – décision qui sera sans doute contestée devant le Conseil d’Etat (lire Stéphanie Le Bars, « Luc Chatel ne veut pas de mères voilées pour accompagner les sorties scolaires », Lemonde.fr, 3 mars. Elle aura au moins un effet positif : renvoyer dans leurs foyers ces femmes qui cherchent à s’intégrer aux activités scolaires, un pas décisif dans la voie de leur émancipation.

(JPG)

Du même auteur :

- Face-à-face tendu à Bahreïn
- Le scandale Hamouri (II)
- Faut-il intervenir militairement en Libye ?

[1] Edward W. Said, « The clash of definitions », dans Emran QURESHI, Michael A. SELLS (dir.), The NewCrusades. Constructing the Muslim Enemy, Columbia University Press, New York, 2003, p. 76-77

4 mars 2011 – Les blogs du Diplo
Vous pouvez consulter cet article à :
http://blog.mondediplo.net/2011-03-…

Comment recruter des informateurs palestiniens



vendredi 4 mars 2011 – 03h:21
Aya Kaniuk & Tamar Goldschmidt

Checkpoint de Qalandiya, Palestine occupée

Vous voulez aller étudier en Egypte ? Rendre visite à votre soeur mourante en Arabie Saoudite ? Sortir de prison ? Arrêter d’être battu ? Faire une seule année de prison au lieu de dix ? Avoir droit de rejoindre votre famille en Israël ? Vivre avec vos enfants ? Etre soigné dans le seul endroit où on peut vous sauver la vie ? Garder votre carte d’identité magnétique ? Votre permis de travail ? Pas de problème ! Vous nous aidez et on vous aidera.

Et ça continue comme ça indéfiniment ; Dans tous les coins et recoins, Israël se livre à son crime le plus sinistre et le plus furtif : le recrutement de collaborateurs. Tous les Palestiniens sont sur la liste noire, tous sont coupables, sauf s’ils acceptent de dire « oui » au « capitaine ». Ils sont sur la liste noire, quoiqu’ils aient fait ou pas fait, ils n’ont droit à rien a priori afin qu’ils soient dans l’obligation d’acheter n’importe quel droit naturel. Au prix fort. Au prix de la trahison.

Vous voulez accompagner votre bébé malade à l’hôpital Hadassah ? Pas de problème, dit « le capitaine » qui est en fait un officier du Shabak (les services secrets/de sécurité). Il vous suffit de dire : « Je suis d’accord pour vous dire qui jette des pierres dans mon village, qui a reconstruit sa maison après qu’elle ait été démolie, je vais vous donner autant de noms que vous voulez, que les personnes soient coupables ou non, cinq ou dix, autant que vous voulez » et alors vous pourrez accompagner votre bébé à l’hôpital et le guérir. Et avoir de l’argent pour lui acheter à manger, et faire la triple vaccination. Vous avez dit non ? Alors au revoir. C’est vous qui décidez. Et le bébé ? que fait-on pour lui ? Il ne tient qu’à vous de décider de le sauver. Aidez-nous, nous vous aiderons.

Le droit de vivre, le droit de travailler, d’être soigné, de recevoir une éducation – ne vont pas de soi sous l’occupation israélienne. Ils sont conditionnels. Ce sont des produits d’échange. Tout se négocie. Vous pouvez choisir de ne pas recevoir de balles de revolver, de ne pas voir votre maison démolie, d’avoir le droit d’étudier, de travailler, de recevoir des soins médicaux même à l’intérieur d’Israël. Il vous suffit de dire ce tout petit mot « oui ». Oui, je vais travailler pour vous.

Et c’est ainsi que derrière les checkpoints qui sont démontés et remontés, démontés et remontés, derrière les routes réservées uniquement aux Juifs, derrière le vol de terre institutionnalisé, les meurtres commis à l’aveuglette, la famine instituée, l’humiliation, le nettoyage ethnique perpétré au grand jour, on trouve une bombe raffinée qui est prête à détruire le peuple palestinien. C’est une bombe invisible. Son impact est inconnu. Et on n’en parlera pas. Ou presque pas. Car ceux qui disent « oui » aux forces d’occupation ne l’avoueront jamais. Personne ne le saura. Ce ne sera pas répertorié. Et cette bombe – le recrutement de collaborateurs – est activée dans l’endroit qui précisément devrait être protégé même sous l’occupation : dans l’espace civil. Cet espace qu’Israël, selon les conventions qu’il a signées, est supposé faciliter. Ces mêmes besoins civils qu’une population même sous occupation a le droit de voir satisfaits, et non bafoués. Et qui selon les déclarations officielles d’Israël sont satisfaits.

Là dans l’administration civile se trouve cette terrible bombe. Là où tous les besoins s’entrecroisent. C’est là que la vraie occupation est à l’oeuvre. Là se trouvent les vrais checkpoints qui ne font que croître avec le temps. Là, le vrai mur s’étend et s’approfondit. Là, les ténèbres glaciales et cyniques qui n’ont pas de limites et dont les émissaires sont les agents du Shabak : « Capitaine Zakai » ou « Moussa » ou Tomer », tous ont de faux noms bien sûr. Inconnus ou connus sous un nom d’emprunt, ils attendent toutes les requêtes des civils pour les refuser ou donner leurs conditions. D’une voix doucereuse en offrant une tasse de café, une cigarette, ils prononcent, avec une extrême courtoise, les mots monstrueux : Pas de problème, il vous suffit de travailler pour nous.

Et si la réponse qu’il donne à ces mots est « non », le Palestinien mourant retournera mourir chez lui, ou ne verra pas sa soeur mourante, ou n’ira pas étudier ni travailler ni voir ses enfants. Ou bien il dira « oui » je vais travailler pour vous et ainsi j’aurai un permis de travail et le droit de faire une chimiothérapie en Cisjordanie occupée parce qu’ici il n’y a tout simplement pas d’infrastructure adéquate parce qu’Israël l’interdit, et puis je mourrai quand même. Car derrière le « oui » il y a le précipice énorme et profond du non retour. Ce n’est pas le début mais la fin. Ce qui l’attend c’est la mort, l’ostracisme, la malédiction et le remords. Tout cela, ils le savent depuis le commencement, mais parfois ils l’oublient dans des moments de désespoir et de faiblesse, tous ces bons Palestiniens qui répondent « oui » à une question à laquelle il est si difficile de résister.

Et pour ce crime, ce crime invisible, silencieux et diabolique, qui consiste à obliger des personnes normales et bien intentionnées à traverser le point de non retour en trahissant leur propre peuple, Israël portera éternellement le sceau de l’infamie.
Nous avons (sur le site, NdT) beaucoup de récits de Palestiniens qui ont dit « non  » aux capitaines du Shabak et payé un lourd tribut. Muawiya a dit « non » et a perdu son travail. Eyad a dit « non » et a été séparé de ses enfants. Faisal – pour dire « non »- a failli se suicider. Leur histoire est l’histoire de l’occupation, depuis qu’elle a commencé jusqu’à aujourd’hui.
Note :
* Le site Mahsanmilim, créé par deux juives israéliennes, s’est donné pour mission de recueillir des témoignages, articles, vidéos, films et récits sur l’occupation israélienne afin de donner une voix aux victimes palestiniennes silencieuses et niées en tant que telles. Pour en savoir plus :
http://mahsanmilim.com/WhoAreWe.htm <http://mahsanmilim.com/WhoAreWe.htm> Pour contacter les auteures : tamar@mahsanmilim.com <mailto:tamar@mahsanmilim.com>

Février 2011 – Mahsanmilim – Pour consulter l’original : www.mahsanmilim.com <http://www.mahsanmilim.com/> Traduit de l’Hébreu par Tal Haran et de l’anglais par Dominique Muselet

SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.


Points critique n° 314 de mars 2011.

Jacques Bude, ancien professeur de psychologie sociale à l’ULB, nous a adressé ce courrier en réaction à l’article « Une radicalité identitaire? » d’Alain Mihàly paru dans Points critiques n°311 de décembre 2010 (dans le cadre du dossier « De la libre expression ».

SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.

J. Bude

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

BDS ISRAEL MAGASIN CARREFOUR BRUXELLES 26 FEV 11


Les clients de Carrefour sensibilisés

Publié le 02 mars 2011

Suite au succès de l’action menée dimanche passé à la Foire du Livre de Bruxelles, la campagne « Israël occupe la Palestine, je boycotte » pousuit son cours. Ce samedi, elle visait à rappeler aux clients des supermarchés Carrefour leur responsabilité de consommateurs.

Acheter un produit israélien, c’est acheter un produit d’un Etat qui occupe illégalement le territoire palestinien.

Or les supermarchés Carrefour proposent à leurs clients de nombreux produits en provenance d’Israël. Parmi ceux-ci, et non distinguables, se retrouvent des produits provenant des colonies illégalement installées en Cisjordanie, comme les gazéificateurs Soda Club, et les jus Soda stream fabriqués dans la colonie de Mishor Adumim, et exportés sur le marché européen avec comme origine « Israël ».

Il est nécessaire que les clients des supermarchés Carrefour soient informés afin de faire leurs achats en connaissance de cause.

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Tunisie : à quoi joue la police politique de Ben Ali ?


La révolution sera-t-elle confisquée à coups de matraque ? En Tunisie, la police renoue avec la répression. Témoignages.

Des manifestants anti-gouvernementaux affrontent la police à Tunis, le 26 février 2011 (Zoubeir Souissi/Reuters).

Ces derniers jours, le pays a connu un regain de violence et de répression que la population croyait faire partie de l’histoire ancienne. Il y a d’abord eu les passages à tabac samedi et dimanche sur l’avenue Bourguiba. Casseurs et manifestants ont eu droit au même traitement : pourchassés, frappés et arrêtés.

Azyz nous racontait avoir assisté à une arrestation « proche du lynchage » dans la journée de samedi. Près de 100 000 personnes manifestaient alors plus ou moins pacifiquement dans les rues de la capitale jusqu’aux affrontements entre police et manifestants. Cinq personnes sont mortes et plusieurs dizaines ont été blessées.

Plus que des violences policières, la police politique de Ben Ali reprend du service : surveillance, intimidation et maltraitance. (Voir la vidéo)


Parmi les agresseurs, un policier
Samedi 26 février, Hana Trabelsi, blogueuse et journaliste pour Tunisie Expression, est agressée par un groupe d’inconnus. Tunisie Expression précise que la jeune femme a reconnu au moins un de ses agresseurs, un policier chargé de sa filature et de celle d’autres activistes sous Ben Ali :

« Hana était entrain de filmer une jeune fille touchée par balle au genou. Elle interviewait un manifestant quand les actions de pillage ont commencé et qu’elles étaient enregistrées dans l’arrière-plan de l’interview !

Dans sa mémoire, elle garde bien l’image d’un de ses agresseurs : un flic de la police politique qui avait l’habitude de la poursuivre et dont elle connaissait bien le visage avant le 14 janvier 2011. »

Cette curieuse alliance, casseurs et policiers en civil, inquiète. Depuis le 14 janvier, le gouvernement a du mal à faire face aux pillages et aux agressions qui se multiplient. Des voyous qui profitent de la situation ou des milices de Ben Ali, parmi lesquels la police ? Il y a un peu des deux. Un policier tunisois me disait la semaine dernière :

« Moi, je fais la circulation. C’est faux de dire qu’on est tous corrompus. Je n’ai jamais été impliqué dans la violence. Ceux qui font de la protection, ce sont les BOP, les Brigades de l’ordre public. »

Les BOP ou le cauchemar des Tunisiens. Responsables de la répression sanglante pendant la révolution, elles sont également accusées d’être les semeuses de troubles aujourd’hui.

« Tu appelles le peuple à se rebeller ? »

Kamel Tlili, 33 ans, de passage à Tunis la semaine dernière, a été brutalisé lundi par des policiers en civil et en tenue, ces fameuses BOP :

« Je marchais dans la rue. J’étais au téléphone avec ma copine. Je parlais du rassemblement pro-Ghannouchi de la veille. Un flic en civil est venu me voir. Il m’a demandé : “Qu’est-ce que tu racontes ? Tu appelles le peuple à se rebeller contre le gouvernement ? Raccroche ! ” J’ai tout de suite compris, j’ai essayé de discuter.

Une seconde et ils étaient vingt. Ils m’ont bousculé puis frappé. Il y en a un qui m’a mis un énorme coup de matraque sur la tête : “Tu es venu réveiller le peuple, c’est ça ? ” Un des policiers a essayé de calmer les autres. Ils étaient enragés. »

Finalement, c’est un copain, restaurateur connu du quartier, qui parvient à l’arracher de là. Ce témoignage n’est pas celui d’une victime malchanceuse isolée. D’autres Tunisiens, simples passants parfois, rapportent des faits similaires.

Effacer les images de la répression

Le Nouvel Observateur a publié le récit d’une femme à qui la police a ordonné de détruire ses photos des dernières manifestations, confirmant là une volonté de contrôler l’information et d’effacer les images de la répression. Installée sur le balcon de son bureau, elle prend en photo des attroupements sur l’avenue Bourguiba :

« Deux policiers en civil débarquent au bureau, en me demandant de leur montrer mon téléphone portable pour savoir si je n’avais pas pris de photos.

Je leur dis que j’étais simplement sortie à cause du bruit ; ils commencent à me dire que les journalistes “de merde” et Facebook sont en train de nuire à leur image : “Est-ce que ça vous plaît ce qui se passe au centre-ville ? ”

Je leur réponds que je ne suis pas responsable, qu’il est impossible d’arrêter tous les photographes et possesseurs de caméra. Ils finissent par se calmer quand mon mari vient s’interposer (j’étais un peu à cran) et que je leur montre les photos sur mon iPhone. »

Les photographes et journalistes demeurent une cible pour cette police politique. Sofiene Chourabi, jeune journaliste indépendant, l’un des premiers à avoir couvert la révolte de Sidi Bouzid, a été tabassé par la police, lundi :

« Il était 11 heures. Je prenais des photos d’une arrestation devant l’hôtel Africa quand des policiers m’ont chopé. Ils se sont tout de suite mis à me tabasser.

Ils ont pris mes papiers et mon appareil photo et ils m’ont emmené au ministère de l’Intérieur. Je criais “je suis journaliste, je suis journaliste” mais ils n’ont pas arrêté. Ils ont fini par me relâcher. »

Sofiene va porter plainte contre le ministre de l’Intérieur. Une de ses amies justifie :

« Ce qui est arrivé à Sofiene nous fait peur. C’est le retour de la police politique, des pourris. Ils doivent disparaître, être dissous, poursuivis. On ne dit pas que le gouvernement est responsable, on sait qu’il n’arrive pas à s’en débarrasser. Mais cette plainte, c’est pour marquer que les autorités doivent prendre leurs responsabilités ! »

Un système toujours en place

L’actuel ministre de l’Intérieur, Farhat Rajhi, avait lui même échappé à un lynchage au courant du mois de février après avoir promis de juger les coupables de pillages sur la chaîne privée Hannibal TV. Il a accusé une partie du ministère de l’Intérieur d’être derrière ce coup de force.

L’appareil policier très puissant de Ben Ali n’a pas été démantelé. Les responsables de la répression de la révolution, qu’Amnesty International qualifie de « meurtriers » après une enquête sur les événements de décembre et janvier, ne font pas même l’objet d’une enquête du gouvernement.

« Je ne suis pas l’homme de la répression », a déclaré de façon solennelle et un peu mystérieuse Mohamed Ghannouchi en quittant le gouvernement dimanche 27 février. Que voulait-il dire ? Ahmed Najib Chebbi, ministre du Développement régional, lui aussi démissionnaire, se contente de faire observer sur Europe 1 que si le désordre se poursuit, « la sécurité ne peut se rétablir que grâce à l’intervention de la seule autorité qui reste dans le pays, l’armée ».

Un chaos que les militaires ont délibérément laissé s’installer pour être l’unique recours ? Pour l’instant, les intentions de l’armée sont inconnues. Celles de la police aussi. Y aura-t-il au moins une réorganisation des dizaines de brigades mises en place par Ben Ali ? Des enquêtes sur les responsabilités policières durant la révolution et ces derniers jours ? Contacté par Rue89, le ministère de l’Intérieur tunisien n’a pas encore réagi.

Sur son mur Facebook, Kamel a écrit :

« On n’aura JAMAIS de démocratie et de liberté si la police ne comprend pas que la donne a changé et que la sécurité vient avec la protection des citoyens et non l’instauration de la peur perpétuelle. »

Photo : des manifestants anti-gouvernementaux affrontent la police à Tunis, le 26 février 2011 (Zoubeir Souissi/Reuters).

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