SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.


Points critique n° 314 de mars 2011.

Jacques Bude, ancien professeur de psychologie sociale à l’ULB, nous a adressé ce courrier en réaction à l’article « Une radicalité identitaire? » d’Alain Mihàly paru dans Points critiques n°311 de décembre 2010 (dans le cadre du dossier « De la libre expression ».

SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.

J. Bude

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

4 réflexions sur “SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.

  1. De fort peu l’homme savant est perdu… lui dont la survie dépend des autres… et de leur cupidité; (Salut à toi frère de sciences et de combat, Alexandre Hédan)

  2. Une faille sensible Points critiques n° 315 avril 2011

    Alain Mihaly

    Dans sa réaction à mon article «Une radicalité identitaire?» publié en décembre dernier dans Points critiques1, J. Bude livre un exercice de pure idéologie et de logique binaire, destiné à éviter l’obstacle pourtant irrémissible des «propositions-limites» de S. Chichah. On y apprend, exemple scolaire à l’appui – ce qui laisse penser qu’on l’estime toujours habilité à intervenir contre l’antisémitisme dans des débats publics – que S. Chichah n’est «ni antisémite ni négationniste». Sauf que la charge portée contre lui était différente. Ses dénégations postérieures à l’événement étaient d’ailleurs relevées et analysées, ce que J. Bude nous reproche comme il nous aurait reproché de ne pas l’avoir fait. C’est non le négationnisme mais le «jeu avec le négationnisme» qui était visé – ce fac-similé du «jeu» de contournement de Dieudonné – ainsi que la provocation et la blessure. À ce dossier était joint a)le refus, dévoilé déjà en 2009 par J. Vogel, de se démarquer de Dieudonné tout en prétendant s’interroger sur les notions d’antisémitisme et d’antisionisme, b)la revendication identitaire «juive sociologique» (le Verus Israël?) en parallèle avec la démonétisation des Juifs réels présents, accusés l’une (V. Teitelbaum) de soutenir une politique «antisémite comme celle de Sarkozy à l’égard des Roms» (en substance) et l’autre (J. Kotek, en tant que responsable du CCLJ) «un État raciste, ségrégationniste et colonialiste». Le tout mettant en scène le glissement volontairement opéré par S. Chichah, épaulé par les autres intervenants à ce «débat» (à l’exception de J. Kotek) du 20 septembre 2010 ainsi que par le président de conférence (que le CCOJB s’en prenne à ce dernier ne constitue pas une preuve de sa compétence) de la «question Dieudonné» à la «question israélienne» et donc, références au judéocide et au négationnisme obligent, à la «question juive».
    Confronté à une démonstration qu’il a le droit de ne pas approuver, J. Bude se contente de la dénigrer et de la caricaturer. Comme il se contente de qualifier la phrase litigieuse de S. Chichah sur le négationnisme2 de «raisonnement boiteux […] qui se voulait sans doute provocateur». Boiteux et sans doute provocateur… Voilà sans doute la faille sensible qui conduit J. Bude à ancrer dans un cadre politique fantasmatique ma démarche critique ainsi que, bien que je sois le seul nommément visé, celle des autres intervenants du «bien curieux dossier de Points critiques», «De la liberté d’expression», tout entier motivé selon lui par une «poussée d’aveuglement communautariste». Donc Caroline Sägesser, qui fut personnellement la cible, dans le cadre d’un forum social électronique, d’une autre «petite phrase», explicitement sexiste, de S. Chichah, sans doute encore une fois dépassé par son démon de la provocation, Pascal Fenaux et Jean Vogel. Sans compter le C.A. de l’UPJB, cité par J. Bude, comme s’il avait du mal à y croire, dans sa dernière note de bas de page.
    Qu’un universitaire et ami, à ses yeux au-dessus de tout soupçon, produise une proposition inutilement blessante et jouant avec la notion de négationnisme ne rentre pas dans le champ de compréhension de J. Bude. Deux possibilités s’offraient à lui et qu’il a toutes deux choisies. D’abord nier la gravité de la proposition; on le constate, avec effarement, mais il n’est pas le moins du monde blessé ou choqué par une «petite phrase», dont, au minimum, l’incongruité, quand on est censé parler d’antisémitisme (Dieudonné/Faurisson) devrait sauter aux yeux. Ensuite, «amalgamer» (terme galvaudé mais ici pertinent) la critique de cette proposition à l’adversaire politique et communautaire. Viser S. Chichah qu’a visé le CCOJB, c’est faire du CCOJB son double. S. Chichah critique Israël, le CCOJB défend Israël et attaque S. Chichah : celui-ci sera donc défendu quoi qu’il dise (la Palestine serait-elle la seule mesure de toutes choses?) Il n’y a là qu’idéologie, pur formalisme et absence de prise en compte du réel (les mots prononcés ou le courrier électronique rendu public par S. Chichah lui-même, où s’exprime radicalité identitaire et stigmatisation caricaturale de la contradiction – J. Vogel traité de «sioniste»).
    Faille sensible, écrivions nous précédemment. Pour J. Bude, sans la Lettre ouverte adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowski, président du CCCOJB, sans la pétition qui y a fait suite (plus de 1500 signatures, écrit-il à deux reprises, ce qui ne peut qu’inquiéter), «l’article d’Alain Mihály, tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’aurait pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables»… Deux éléments échappent à l’entendement sensible de J. Bude. Qu’il est normal sinon logique que l’UPJB s’interroge et prenne position dans un tel débat d’autant que S. Chichah ne s’était pas gêné pour la citer dans sa carte blanche et que Points critiques, en toute indépendance, réalise un dossier sur ce sujet. Ensuite, en ce qui concerne le présent signataire, et alors que cet aspect était explicité à satiété dans l’article incriminé, qu’il ait pu être personnellement blessé en tant que Juif par les propos et l’attitude de S. Chichah. Le parti-pris de J. Bude l’empêche sans doute de voir ou de sentir quand certaines limites sont dépassées et, bizarrement, le conduit à considérer comme «indissociables» idéologiquement des faits qui ne le sont que dans leur succession et à disqualifier en «obsession antisémite» l’absence nécessaire et vitale de toute complaisance – trop courante dans les milieux pro-Palestiniens – vis-à-vis de tout estompement de la limite en matière mémorielle ou, le cas échéant, d’antisémitisme.
    Le développement de J. Bude nous donne l’occasion de nous arrêter, trop rapidement, sur plusieurs postures qu’il illustre à merveille. Passons sur le paradoxe qui le voit, parallèlement, relater une intervention en milieu scolaire destinée à contrecarrer l’antisémitisme pour ensuite décrire celui-ci comme une «obsession qui s’est récemment exacerbée». Tout en assénant ceci, qui reprend en l’étoffant ce qu’écrivait déjà S. Chichah «[…] Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme» qui repose sur une conception, bien que largement répandue, erronée et dangereuse de l’antisémitisme. Une conception qui établit un lien de cause à effet entre les positions politiques et idéologiques de la majorité communautaire juive et l’antisémitisme (la haine des Juifs en tant que Juifs et son florilège de fantasmes et de clichés) ne reconnaît pas aux Juifs le droit de faire de la politique (critiquable ou non) sans «risquer leur peau de Juifs», et conduit, in fine, à admettre que les «pro-israéliens» n’ont que l’antisémitisme qu’ils méritent et dont ils seraient la cause. Une conception qui admet et renforce la logique interne d’un antisémitisme – alors qu’il faut refuser celle-ci – qu’on prétend pouvoir combattre par l’exposition de Juifs exemplaires, dissidents et opposants (ou les «bons Juifs» face aux «mauvais Juifs» pro-israéliens) ou, puisque l’argument nous est donné, qui ne soient pas d’origine bourgeoise et aisée. Reste à comprendre en quoi la bonne nouvelle de l’existence de quelques Juifs critiques mettrait fin à un antisémitisme nécessairement multiforme et à se demander ce que deviennent, dans ce «raisonnement idéal», les «mauvais Juifs». Sans compter, obstacle insurmontable, que l’écrasante majorité des Juifs «communautaires» soutiennent Israël, du moins publiquement, et ne remettent pas en cause leurs institutions sur ce point.
    On notera par ailleurs qu’il aura suffi que l’UPJB et Points critiques s’abstiennent de complaisance dans ce dossier pour qu’ils basculent, aux yeux de certains, du «mauvais» côté3, quels que soient par ailleurs leurs engagements de longue date.
    Nicolas Weill a parfaitement décrit les conséquences de cette posture de l’exemplarité. La lutte contre l’antisémitisme devient «une lutte sous condition (que les Juifs se désolidarisent d’Israël) et non plus une simple question de principe. […] le combat contre la haine est insidieusement asservi au comportement des minorités juives sommées de se tenir comme l’air du temps l’exige si elles veulent être protégées. L’antisémitisme se voit peu à peu reconnecté avec le comportement des Juifs (ou des Israéliens), ce qui constitue une formidable régression et diminue les réflexes de rejet du préjugé potentiellement mortifère»4.

    1Le dossier «De la liberté d’expression», dans le cadre duquel cet article est paru, est accessible en ligne sur le site http://www.upjb.be. La réaction de J. Bude est parue dans Points critiques n° 314 de mars 2011.
    2Citons-la une fois de plus : «Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle».
    3 Suite au dossier de Points critiques, la Plate-forme Charleroi-Palestine (www.pourlapalestine.be) titrant le 09/12/2010 « UJFP (Union juive française pour la paix) et UPJB, à chacun ses préoccupations», oppose les deux organisations et reproche, entre autre, à l’éditorialiste de Points critiques d’avoir fait référence à Shoah de Cl. Lanzmann « qu’Alain Gresh qualfie si justement de »cinéaste tribal».
    4 Nicolas Weill, La République et les antisémites, Grasset, 2004.

  3. « Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social  »

    athé ? lui ?

    la bonne blague

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