Lettre ouverte à ceux qui, au nom de l’anti-impérialisme, soutiennent le régime de Bachar el-Assad


 

La contestation massive des dictatures dans le monde arabe (qu’on a globalement qualifié de « printemps arabe ») a commencé en 2010 par des manifestations en Algérie, au Maroc puis en Tunisie. Depuis lors presque tous les pays arabes ont été touchés, à des degrés divers, par des révoltes populaires. Au-delà des situations particulières à chaque État, la plupart des participants à ces mobilisations ont été et sont encore partout motivés par le refus de la misère et de la corruption des classes dirigeantes ainsi que la soif de liberté.

Ce que je viens d’écrire ne sera pas contesté par le commun des mortels qui suivent, fut-ce de loin, ces événements.

Pourtant, obsédés par l’impérialisme des États-Unis d’Amérique et de ses alliés, une minorité, très active sur les réseaux sociaux, minimise ou même nie carrément l’existence de ces révoltes populaires. Pour elle, ce que certains ont appelé les « révolutions arabes » n’existent tout simplement pas. Si des organisations armées se battent contre des régimes en place, il ne peut s’agir que de mouvements djihadistes ou d’autres organisations, non djihadistes, mais manipulées par les djihadistes et/ou par les Etats-Unis et leurs alliés.

Il en serait de même en Syrie, où l’opposition démocratique à la dictature du régime de Bachar el-Assad et son bras armé, l’Armée Syrienne Libre, soit n’existeraient (quasi) pas, soit seraient au service de l’impérialisme occidental ou instrumentalisés par lui. Cet impérialisme occidental est considéré par ces « anti-impérialistes » comme l’« ennemi principal ». Ce qui justifie à leurs yeux leur soutien à ceux qui s’y opposent, à commencer par le régime el-Assad et ses alliés, L’Iran, La Russie, le Hezbollah libanais. Également opposés aux organisations djihadistes, ils considèrent que les Américains et leurs alliés sont en grande partie responsables de la naissance et du développement de ces groupes. Et, pour eux, ceux qui les combattent le plus efficacement sont les ennemis du « camp occidental » que sont le régime d’el-Assad et ses alliés (la Russie, l’Iran, le Hezbollah libanais).

La famille Assad est au pouvoir en Syrie depuis 1970. Hafez el-Assad, le père de Bachar, a gouverné ce pays d’une main de fer durant 30 ans. Période durant laquelle, pour se maintenir au pouvoir, il a commis d’innombrables crimes à l’encontre de son peuple. Le plus terrible est le massacre des révoltés de la ville de Hama en 1982, dont on ne connaît pas le nombre exact de victimes (les estimations varient entre 7.000 et 35.000). Son fils Bachar lui succède à sa mort en 2000. Durant les premiers mois de son « règne », il donnera l’illusion d’une volonté de démocratisation. Mais il suivra ensuite résolument la voie ouverte par son père : son régime se caractérisera dès lors par l’absence de libertés publiques, la corruption, la répression féroce de toute contestation y compris de nombreux assassinats, l’utilisation systématique de la torture à l’encontre des très nombreux prisonniers politiques.

En mars 2011, suivant en cela les exemples tunisien et égyptien, ont lieu, en Syrie, les premières manifestations pacifiques exigeant la liberté d’expression et critiquant le régime. Ces manifestations seront tout de suite réprimées très violemment, à tel point que, quelques mois plus tard, on assistera à la militarisation de la révolte contre le régime et, fin juillet, à la naissance de l’Armée Syrienne Libre. De plus en plus de militaires de l’armée syrienne, dont des officiers supérieurs, désertent. Certains d’entre eux rejoignent l’Armée Syrienne Libre.

Au fil du temps, la révolution syrienne s’est transformée en guerre civile avec toutes les horreurs qu’entraînent ce type de conflit. Les organisations djihadistes (essentiellement « Daesh » et le « Front al Nosra » devenu, après sa rupture avec Al-Qaïda en juillet 2016, le « Front Fatah al-Cham ») y ont pris de plus en plus d’importance. Ces derniers temps, des groupes rebelles non djihadistes, quasi privés de tout soutien militaire extérieur contrairement à certains groupes djihadistes, ont été parfois amenés à s’allier avec des groupes du « Front Fatah al-Cham » ou avec d’autres groupes islamistes (mais pas avec Daesh) pour combattre l’armée syrienne.

Cette complexification du conflit rend difficile pour les démocrates l’organisation d’un mouvement de solidarité de masse avec les partisans d’une Syrie démocratique. Qui faut-il soutenir ? Et comment ?

Mais ce qui devrait être clair pour tout démocrate, c’est qu’on ne peut en aucun cas soutenir le régime de Bachar el-Assad.

Or, comme dit plus haut, au nom de leur «anti-impérialisme » – en réalité de leur opposition à la politique impérialiste des seuls États-Unis et de leurs alliés, comme s’il n’existait que cet impérialisme-là – certains défendent le régime d’Assad, pourtant massacreur de son propre peuple. Pour eux, le respect des Droits humains les plus fondamentaux (tels qu’ils sont définis dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 http://www.un.org/…/universal-declaration-human-…/index.html), dont les libertés individuelles et publiques ainsi que le principe de la souveraineté populaire, fondement de la démocratie, est considéré comme secondaire. Cela je ne peux l’admettre.

Et, en tant qu’homme de gauche, j’interpelle ici tout particulièrement ceux parmi ces « anti-impérialistes » qui se disent eux aussi « de gauche ». Pour moi, être de gauche implique avant tout de défendre l’égalité en droits de tous les êtres humains. Je pense ici en particulier aux droits fondamentaux suivants, contenus dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme mais largement bafoués par le régime de Bachar el-Assad : droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne (article 3) ; interdiction de la torture (art. 5) ; interdiction des arrestations, emprisonnements ou exil arbitraires (art.) ; droit d’être jugé selon la loi, la même pour tous et par des tribunaux indépendants du pouvoir politique (art. 10) ; droit de circuler librement (art. 13) ; libertés d’opinion, d’expression, de réunion et d’association (art. 19 et 20) ; droit égal pour tous de participer à la vie politique de son pays, d’accéder à toutes les fonctions publiques, de prendre part aux choix des dirigeants politiques par des élections périodiques par le biais du suffrage universel avec vote secret (art. 21) ; droit de de s’affilier à un syndicat existant ou de créer un syndicat (art. 23) ; droit à des congés payés périodiques (art. 24) ; droit à un niveau de revenus suffisant pour assurer son alimentation, son habillement, son logement, sa santé, même en situation de chômage, de handicap ou de vieillesse (art. 25) ; droit à l’éducation (art. 26).

Je ne me considère pas « du même bord » que ceux qui considèrent que tout cela peut être sacrifié, même « provisoirement » au nom de la priorité que constituerait « la lutte anti-impérialiste ». L’accès au bien-être du peuple syrien dans un cadre démocratique est inconciliable avec le maintien du clan Assad au pouvoir.

Parmi les nombreux groupes armés combattant sur le territoire syrien, certains continuent à le faire au nom des droits humains tels qu’ils sont définis dans la Déclaration universelle de 1948, en particulier ceux qui fondent la démocratie politique. Ce sont ces groupes-là et eux seuls qui, à mes yeux, méritent le soutien des démocrates du monde entier.
Michel Staszewski

Expérience de Asch , le conformisme


L’expérience d’Asch, publiée en 1951, est une expérience du psychologue Solomon Asch qui démontre le pouvoir du conformisme sur les décisions d’un individu au sein d’un groupe.
Solomon Asch invita un groupe d’étudiants de 17 à 25 ans à participer à un prétendu test de vision. Tous les participants étaient complices avec l’expérimentateur, sauf un. L’expérience avait pour objet d’observer comment cet étudiant (le sujet) allait réagir au comportement des autres.

Les complices et le sujet furent assis dans une pièce et on leur demanda de juger la longueur de plusieurs lignes tracées sur une série d’affiches. À chaque fois, il fallait qu’ils désignent laquelle était la plus courte, lesquelles étaient de même longueur, etc. Au début, les complices donnent à l’unanimité la même fausse réponse avant de laisser le sujet répondre en dernier.

Tandis que la plupart des sujets répondirent correctement, beaucoup furent assez perturbés, et un grand nombre (33 %) finissait par se conformer aux mauvaises réponses soutenues à l’unanimité par les complices. Les sujets étaient même amenés à soutenir des réponses allant contre l’évidence et leur propre vue (voir les expériences filmées[1]), pour par exemple affirmer que deux lignes avaient la même longueur, alors que l’écart était très visible car de plus de 5 cm.

Lorsqu’il n’y avait pas unanimité parmi les complices, les sujets s’émancipaient du groupe pour soutenir la réponse vraie, mais dissidente et contrariante pour le groupe ;
Des sujets témoins qui n’étaient pas soumis à un point de vue majoritaire, n’eurent aucun mal à donner toujours la bonne réponse.
Après l’annonce des résultats, le sujet attribuait généralement sa piètre performance à sa propre « mauvaise vue ». Ceci rejoint dans une certaine mesure l’expérience de Milgram où le sujet accuse l’expérimentateur d’être responsable de son comportement. Dans les deux cas, le sujet se dédouane de la responsabilité de ses décisions sur un élément extérieur à sa volonté.

A Tunis, l’audition bouleversante d’une victime de la torture sous Ben Ali


Le 17 novembre 2016, pendant les témoignages de victimes des tortures sous le regime de Ben Ali devant l’Instance vérité et dignité.Crédits : FETHI BELAID/AFP

Le 17 novembre 2016, pendant les témoignages de victimes des tortures sous le regime de Ben Ali devant l’Instance vérité et dignité.Crédits : FETHI BELAID/AFP

Sami Braham, prisonnier politique dans les années 1990, a levé le voile, devant l’Instance vérité et dignité, sur l’« enfer » des prisons du dictateur tunisien.

Ces mots-là, ces faits-là, cette émotion-là, n’avaient jamais eu droit à une telle résonance médiatique en Tunisie. La révolution de 2011 a bien eu lieu, la page de la dictature de Zine El-Abidine Ben Ali a bel et bien été tournée. Mais la fracture de la société tunisienne autour de l’islamisme, béante en 2013, puis les déceptions sociales et économiques de la révolution ont insidieusement nourri le désintérêt, l’oubli, voire le déni de ce que fut l’horreur carcérale de la dictature passée.

Un homme, Sami Braham, a peut-être changé le regard que la Tunisie portera désormais sur ces années de plomb et de chaînes. Jeudi 17 novembre, il a livré son témoignage d’ancien prisonnier politique lors d’une audition publique organisée à Sidi Dhrif (nord de Tunis) par l’Instance vérité et dignité (IVD), l’institution phare de la justice transitionnelle en Tunisie. Comme les six autres témoignages de la soirée, dont ceux de mères de jeunes protestataires tués par les forces de sécurité durant les troubles révolutionnaires qui précédèrent le départ forcé de Ben Ali le 14 janvier 2011, l’audition de Sami Braham a été retransmise en direct par plusieurs chaînes de télévision tunisiennes (Al-Wataniya 1, Al-Hiwar Ettounsi, Hannibal TV, Attessia TV). Une grande première en Tunisie.

« Torture pragmatique »

C’est dans l’ancienne résidence luxueuse de l’épouse de Ben Ali, Leïla Trabelsi, le Club Elyssa, que l’auditoire a recueilli le témoignage de Sami Braham : « Je suis prêt à pardonner à condition qu’ils viennent admettre les faits et s’expliquent. » Représentants de partis politiques et syndicaux, un membre du gouvernement, Mehdi Ben Gharbia, le ministre des relations avec les instances constitutionnelles,associations de victimes de la répression, militants de la société civile et invités étrangers ont écouté le sobre récit.

« Ils », ce sont les tortionnaires qui ont meurtri la chair et l’âme de Sami Braham durant les huit ans qu’il a passés dans « quatorze prisons » au fil des années 1990. Sami Braham avait été arrêté à une époque où, jeune étudiant, il avait manifesté des « penchants islamistes ». Vingt ans plus tard, il est apparemment un homme rétabli, reconstruit, à la notoriété bien assise dans le petit milieu de la recherche en sciences sociales. L’intellectuel affilié au Centre d’études et de rechercheséconomiques et sociales, un cercle de réflexion qui a pignon sur rue à Tunis, est régulièrement consulté pour son expertise sur la question du salafisme. A ses interlocuteurs il explique que la dimension sociale n’est pas centrale dans la dérive djihadiste d’une frange de la jeunesse tunisienne. « Il n’y a pas de relation mécanique entre pauvreté et terrorisme », insiste-t-il. A ses yeux, le djihadisme est un « phénomène identitaire » puisant dans une « interprétation rétrograde de l’islam », ce qu’il appelle « un ordre référentiel », formule qu’il affectionne.

Son secret, il le gardait pour lui. S’il admettait face aux visiteurs qu’il avait « passé des années en prison sous Ben Ali », c’était pour s’« excuser » de son français hésitant, pas pour s’épancher sur le détail de l’horreur qu’il avait subie. Jeudi soir, à Sidi Dhrif, il a tout dit, ou presque. Il a dévoilé son martyre passé, sans haine et avec pudeur. Il a raconté l’« enfer ». Il a dépeint l’« énorme machine d’humiliation » centrée sur de la torture, généralisée et systématique. L’intellectuel, familier des catégories, établit une différence entre la « torture pragmatique » en vigueur au ministère de l’intérieur et la « torture chaotique » pratiquée dans la prison relevant des services de renseignement. Il avoue qu’il « préférait » la première à la seconde, car les tortionnaires « pragmatiques » savaient au moins s’arrêter une fois l’aveu extorqué.

Le pardon pour « cicatriser »

Sami Braham a raconté comment on lui plongeait la tête dans les toilettes. Comment on mélangeait les prisonniers politiques avec des détenus atteints de maladies mentales. Il a narré l’humiliation d’être dénudé, soumis à des violences sexuelles. A l’infirmerie, il entend une voix s’écrier : « Il est toujours vivant, ce chien ? » Là, on lui a versé de l’éther sur les parties génitales dans le but de le « rendre stérile ». « Il y avait une stratégie de castrer les prisonniers », révèle-t-il. L’homme qui supervise ces violences est un psychologue, officiellement chargé d’un programme de déradicalisation. « Ils disaient que leur but était d’enlever l’extrémisme de nos têtes », sourit presque aujourd’hui Sami Braham. « Beaucoup de prisonniers finissaient fous », ajoute-t-il. « A l’époque, je me demandais : pourquoi font-ils cela ? Leur motivation était-elle idéologique ? Ou cherchaient-ils juste une promotion ? »

Près de six ans après la révolution, qui est censée avoir tiré un trait définitif sur ces années d’arbitraire, une idée taraude Sami Brahem : « Eviter que ça recommence. » « Or je ne suis pas sûr à 100 % que de telles horreurs ne puissent pas se reproduire. » D’où l’importance à ses yeux de ce processus de justice transitionnelle incarné par l’IVD qui devrait permettre « à nos enfants de ne plus revivre cela ». Il demande juste aux bourreaux de l’époque de venir demander « pardon », qu’il sera le premier à accorder. « Nous avons besoin de cette thérapie pour cicatriser nos plaies, a-t-il lancé en guise de conclusion. Alors seulement nous pourrons avancer. »

 

La colonisation, cancer mortel pour la paix


Baudouin Loos bl

Palestine et colonisation: à propos du projet de loi concocté en Israël pour légaliser même les colonies juives illégales aux yeux de la loi israélienne, j’ai commis ce commentaire ce 15 novembre dans Le Soir.

La colonisation, cancer mortel pour la paix

Une loi qui légaliserait des milliers d’unités de logement situées dans des colonies juives qui sont illégales même aux yeux de la loi israélienne ne constituerait pas seulement une énormité en terme juridique – aucune instance judiciaire suprême, israélienne ou internationale, ne pourrait la cautionner: elle confirmerait, si besoin était, que la majorité des partis politiques israéliens entendent bien fouler au pied les droits nationaux palestiniens.

La fiction qui consiste donc à proclamer depuis des décennies qu’on promeut la paix avec le voisin palestinien occupé vole ainsi en éclats devant les yeux distraits et fatigués de la communauté internationale. La majorité parlementaire de droite et d’extrême droite chère à Binyamin Netanyahou cherche, contrairement à ce que prétend mollement son chef, à annihiler tout espoir d’avènement d’un Etat palestinien digne de ce nom, qui est pourtant une exigence partagée par le monde entier.

La bande de Gaza reste complètement encerclée et assiégée (par Israël mais aussi l’Egypte) malgré les appels réitérés de la communauté internationale, Jérusalem-Est est grignotée jour après jour par une colonisation de plus en plus agressive, alors que la Cisjordanie ressemble à une peau de léopard, avec quelques îlots peuplés de Palestiniens qui ont reçu, en legs misérable du «processus de paix», une autonomie très restrictive.

Autrement dit, la vision d’une paix fondée sur la coexistence de deux Etats, Israël et Palestine, vivant pacifiquement côte à côte, s’effiloche sans grand bruit, à mesure que progresse la colonisation comme un cancer produit des métastases létales. De plus en plus rares se font d’ailleurs les observateurs encore assez naïfs pour assurer que la paix reste possible, que le partage de cette terre trop sainte demeure une option réaliste.

Tous les gouvernements israéliens depuis la conquête des territoires de 1967 ont participé à l’entreprise de la colonisation. De gauche comme de droite. Peres ou Barak comme Begin, Shamir, Sharon ou Netanyahou. Seul Rabin, entre 1994 et 1995, pendant les mois qui précédèrent son assassinat par un extrémiste israélien, avait osé ordonner l’arrêt des constructions pour colons. On connaît la suite.

La communauté internationale sait tout cela. Condamne cela. Et reste les bras ballants.

Migrants et Indiens d’Amérique : la satire au service du bon sens  


Migrants et Indiens d’Amérique : la satire au service du bon sens

Crédit photo : Sergei Bachlakov / Shutterstock.com

Crédit photo : Sergei Bachlakov / Shutterstock.com

 Ici et là, on entend que les immigrants devraient retourner d’où ils viennent. Un raisonnement simple… mais qui est loin d’être si évident que ça. Après tout, qui est immigrant ? Celui qui est arrivé après les autres ? Dans ce cas l’immense majorité des Américains devraient se considérer comme immigrants. Le site satirique The Daily Currant s’est amusé à imaginer ce qui se passerait si les peuples autochtones (les Indiens d’Amérique) se penchaient aujourd’hui sur la question de l’immigration. Résultat : drôle mais, surtout, très bien vu !

Voici l’article en question :

« Un Conseil de chefs amérindiens a offert une amnistie partielle à environ 220 millions d’immigrants blancs illégaux vivant aux États-Unis. Le problème « blanc » est au coeur de nombreux débats dans la communauté amérindienne depuis des siècles, et les chefs de la communauté ont décidé que le moment était venu de le traiter correctement.

Lors d’une réunion du Conseil des Peuples Amérindiens à Albuquerque, Nouveau Mexique, les chefs amérindiens ont examiné plusieurs propositions sur l’avenir de l’importante population européenne non autorisée sur ce continent. Les anciens ont finalement décidé de prolonger la durée de la citoyenneté pour les personnes sans antécédents criminels.

« Nous sommes prêts à offrir aux Blancs la possibilité de rester sur ce continent légalement et de demander la citoyenneté », explique le chef Wamsutta du peuple Wampanoag.

« En retour, ils devront payer tous les impôts impayés et rendre les terres volées de nos ancêtres. »

« Cependant, toute personne blanche avec un casier judiciaire, sera renvoyée dans les 90 prochains jours dans sa patrie ancestrale. Rush Limbaugh ira en Allemagne, Justin Bieber partira pour le Canada. »

L’immigration blanche illégale augmente rapidement depuis ces 400 dernières années en provenance des pays européens (France, Espagne, et Angleterre). Ces clandestins ont ravi la terre et colonisé les zones occupées par les indigènes.

Certains défenseurs blancs affirment que les immigrés sont une bénédiction, en faisant valoir qu’ils prennent tous les emplois de bureau ingrats dont les autochtones ne veulent même pas.

« Quel autochtone voudrait d’un salaire pépère et d’un coin bureau comme comptable, ou un excès de pouvoir en tant que sénateur ou la fortune de l’un des 500 PDG ? »

D’autres ne sont pas si indulgents. « Pourquoi ne pouvons-nous pas simplement renvoyer tous les Blancs en Europe ? » demande Ité Omácau du peuple Lakota. « Ils ne font que ponctionner notre économie de toute façon. Ils sont venus ici pour voler nos ressources parce qu’ils sont trop paresseux pour développer les leurs… Je n’arrive pas à croire qu’ils devront simplement payer une amende. Ils devraient faire la queue comme tout le monde – derrière les Mexicains. »

 

Bienvenue dans le monde selon Trump


©AFP

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Bienvenue dans un nouveau monde. Un monde dont le nouveau chef a conquis le leadership en violentant les principes élémentaires de la décence, de même que les idéaux et les valeurs de base de la démocratie. Donald Trump a été élu mardi à l’issue d’une journée – la nuit en Europe – qui avait commencé par donner Hillary Clinton gagnante à 82 %, pour finir par accorder au Newyorkais son bail de quatre ans à la Maison blanche. Et cela, en dépit d’une différence minime en termes de nombre de voix… en faveur de la candidate démocrate.

Les fifrelins de voix qui, dans quelques États clés comme la Floride ou l’Ohio, ont donné la victoire à Trump peuvent produire de véritables raz-de-marée. Et celui qui vient de se produire outre Atlantique résulte d’un séisme sans précédent. Pourquoi ? Parce que comme dans le référendum britannique qui a décidé du Brexit, comme dans d’autres victoires électorales qu’il est convenu de qualifier de « populistes » la victoire des uns est perçue par les perdants comme un danger existentiel. C’est-à-dire comme la négation des valeurs qui jusque-là semblaient partagées et permettaient à tous, gagnants et perdants, d’envisager la poursuite d’un destin commun sur une embarcation commune. Paul Krugman, prix Nobel d’économie et grande voix de la gauche américaine, avouait son angoisse mardi soir dans un premier billet pour le New York Times, et sa « peur pour mon pays et son unité ». Quelques heures plus tard, dans son texte suivant, Krugman se demandait déjà si « l’Amérique est un état et une société faillis ». Rien de moins.

On peut aborder par tous les bouts possibles l’élection à la présidence américaine de cette star de la téléréalité qu’est Trump. Par la colère des oubliés, par la revanche des blancs, l’une et l’autre supposément activées par les effets de la mondialisation et la peur de l’immigration. Ou encore par la faiblesse de la candidature de Hillary Clinton. L’ex-première dame, sénatrice et secrétaire d’État a finalement perdu en finale en 2016 comme elle avait perdu face à Obama dans les primaires en 2008 : contre des adversaires qui ont su encapsuler en de formules porteuses les raisons d’être de leurs candidatures, tandis qu’elle n’a jamais été capable de motiver de façon convaincante la sienne, qui avait besoin d’un programme de l’épaisseur d’une thèse universitaire.

La démocratie libérale ébranlée

Une chose est sûre : la victoire de Trump est un Brexit à la puissance mille, qui fait trembler sur ses bases la démocratie libérale à l’occidentale, et la pratique politique qui en organisait la dynamique. Bienvenue donc dans ce monde nouveau où sont considérés comme des faiblesses le respect de l’adversaire, la recherche du compromis, la séparation et l’équilibre des pouvoirs, et enfin le droit des minorités, qu’elles soient politiques, ethniques, religieuses ou sexuelles. (On espère bien sûr voir Donald Trump démentir par sa pratique de président ce qu’il a donné à voir de lui comme candidat, et oublier toutes ses promesses farfelues ou inquiétantes. Mais l’espoir est ténu.)

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Les libertés qu’a prises le candidat Trump avec tous les principes évoqués plus haut – on n’en rappellera pas les occurrences, sinon qu’il n’avait accepté de reconnaître le résultat de l’élection que s’il la remportait – n’étaient-elles que postures de campagne et moulinets de bagarreur de préau ? On est bien obligés de craindre le contraire.

D’abord parce que cet homme inculte, fantasque et infantile aura son doigt sur le bouton du plus important arsenal nucléaire au monde. C’est proprement terrifiant. Il est désormais le dirigeant du pays – on aime ou on n’aime pas – qui se considère et est considéré par beaucoup comme le point focal du monde démocratique. Mais de quoi les États-Unis de Trump seront-ils le modèle ? D’un coup, d’un seul, la défaite de Clinton a propulsé la démocratie trumpienne en partenaire, parrain ou caution morale de régimes qui sont des mutants de la démocratie. Soit qu’ils aient dévié – déraillé ? – d’une route qui devait les y mener à partir de régimes dictatoriaux, comme la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan. Soit qu’ils aient tout simplement entamé une marche arrière une fois arrivés à destination démocratique, au sein même de l’Union européenne, comme la Hongrie d’Orban et la Pologne de Kaczynski. (Nombre d’entre eux, auxquels on peut aussi ajouter l’Israélien Benyamin Netanyahou, se voient déjà comme de futurs grands amis du président Trump. Cela en dit aussi long sur eux que sur lui.

Enfin, sans verser ce pays dans les catégories précédentes, comment ne pas questionner les étranges phénomènes à l’œuvre au Royaume-Uni ? Ses nouveaux dirigeants obsédés comme leurs électeurs par l’immigration ont brièvement envisagé, il y a quelques semaines, de forcer les entreprises à publier leurs nombres de travailleurs étrangers. Et la semaine passée, la décision de trois juges de rappeler aux politiques que les lois qu’ils ont eux-mêmes votées doivent s’appliquer – en l’occurrence, l’obligation pour le gouvernement de consulter le parlement au sujet du Brexit – a été saluée par leur désignation à la vindicte populaire comme « ennemis du peuple » (sic).

Un modèle mutant de démocratie

Et ce n’est peut-être pas fini en Europe. En mars, les Néerlandais pourraient porter au pouvoir l’extrême droite de Geert Wilders, tandis que nombre d’observateurs européens, stupéfiés par l’élection de Trump, envisagent maintenant sérieusement que Marine Le Pen en France pourrait constituer la prochaine grande surprise… Le constat est terrible : celui d’un modèle mutant de démocratie qui s’installe et progresse au cœur même de l’UE.

À quoi cette tentation de « démocratie illibérale » – monstrueuse appellation popularisée par Viktor Orban – apporte-t-elle une réponse ? Par-delà les différences transatlantiques, le choc de l’élection de Trump fait la démonstration ultime des béances qui ont sapé le contrat social de nos démocraties : l’accroissement des inégalités et les effets pervers d’une mondialisation érigée en religion. Ces facteurs sont pour beaucoup dans le fait que nombre de citoyens de nos démocraties n’aiment plus le monde dans lequel ils vivent. C’est, pour reprendre une description chère à Herman Van Rompuy, notre ex-Premier ministre et ex-président du Conseil européen, l’écartèlement et la perte de repères entre le besoin d’une « place » (le chez soi), et « l’espace », vertigineux mais insécurisant, de la globalisation.

Aux angoisses de larges pans insécurisés de nos sociétés, voire d’autres catégories qui l’étaient moins mais sont de plus en plus insatisfaites à leur tour, quelle réponse a-t-on apporté ces deux dernières décennies ? Celle, invariable, du « Tina » : « There is no alternative » (il n’y a pas d’alternative). Une réponse correspondant à des politiques pratiquées invariablement par les gouvernements européens de gauche (ou démocrates aux États-Unis) et de droite (ou républicains), par des personnels politiques perçus comme de plus en plus interchangeables et uniformisés, et de plus en plus discrédités. Surtout lorsqu’ils vont richement discourir (Hillary Clinton) ou s’embaucher (Barroso) chez Goldman Sachs, après avoir prétendu sauver le monde ou ses plus faibles, et sans que le reste des classes politiques ne s’en émeuve.

« Trump, tu es un idiot » ©EPA

Après s’être fait servir la « pensée unique » sous ses différentes variantes, une partie des citoyens a donc finalement décidé de tester l’autre offre politique, développée à mesure que la première décevait. Celle des nationaux-populistes. On peut aujourd’hui sans hésiter y assimiler Donald Trump. Ils arrivent avec des solutions qui bien sûr n’en sont pas. Cela s’explique d’abord par l’absurdité que souvent ils incarnent. Comment peut-on croire la promesse d’un milliardaire comme Trump, ou d’un rejeton de la haute société britannique comme Boris Johnson, d’être « la voix des oubliés », comme Trump l’a encore dit mardi soir lors de son premier discours de président élu ? Trump arrive avec les idées de sa classe (réductions d’impôts, donc des dépenses publiques, abaissement des contraintes pour les entreprises, marche arrière sur l’Obamacare…), tout en promettant déjà d’investir lourdement dans les infrastructures : en augmentant le déficit et la dette ? Ça promet chez les républicains…

Par ailleurs, le recentrage sur les « solutions nationales », il faudrait dire solutions chauvines (notre intérêt d’abord, celui de nos éventuels alliés après), couplées à la désignation d’ennemis extérieurs, ne peut que déboucher in fine sur la collision avec d’autres « intérêts nationaux ». L’histoire du 20ème siècle en a fourni les exemples tragiques que l’on sait. Et tout récemment, les accès russe et turc de prurits nationalistes, que ce soit entre eux ou avec des pays tiers, nous ont rafraîchi la mémoire en la matière.

Réinventer le pacte social

L’élection de Donald Trump est une ultime alerte. Le « business as usual » n’est plus acceptable, pas plus dans le chef des élites politiques, intellectuelles que médiatiques. (Oui bien sûr, nous nous incluons là-dedans.) Face aux effets pervers d’une mondialisation débridée, à l’approfondissement des inégalités, face au chômage de masse, au vieillissement, aux angoisses des oubliés ou d’autres qui le sont moins, les réponses politiques apportées à ce jour, que ce soient les technocratiques ou les populistes, sont les réponses d’un système qui s’est épuisé, et qui s’écroule sous nos yeux. Ce serait une erreur tragique en Europe que de penser que le coup porté par Donald Trump ne l’est qu’à l’édifice américain.

Le système économique et social – l’État providence – mis en place en Europe au lendemain de la Seconde Guerre l’a été sur la base d’un contrat social fondamental entre l’État, les entrepreneurs et les travailleurs. C’est aussi sur ce pacte social qu’ont pu être jetées les fondations d’un autre pacte, celui de la construction européenne. Ce fut un pacte moral et historique, à défaut d’un pacte social, qui a fondé la grande adhésion à l’UE des pays de l’ancien bloc soviétique. Ces pactes ont volé en éclat. Il faut les réinventer, et reconstruire avec eux une nouvelle promesse à des sociétés partiellement ou totalement déboussolées.

Il faut aussi réactualiser la pratique politique. La politique de papa, déconsidérée aux yeux des citoyens, n’est plus acceptable. Mais celle proposée désormais par Trump et ses semblables européens ne l’est évidemment pas plus. Eux retournent successivement la table dans chacun des pays où ils arrivent au pouvoir. Mais ce ne sont pas eux qui doivent retourner la table : ce sont les politiques et les citoyens conscients de l’urgence absolue de sauver nos systèmes et nos démocraties, en les remettant au service d’une prospérité partagée à retrouver. Il faut sauver, et relégitimer nos démocraties, avant qu’elles ne finissent pas s’autodétruire définitivement, en se vengeant d’elles-mêmes. Voilà la leçon historique à tirer du séisme que représente l’élection de Donald Trump.