Le régime de Bachar al Assad commence à ranger ses affaires


19 juin 2011

Les sites Internet de l’opposition syrienne ont mis en ligne, le 10 juin 2011, des images captées avec un téléphone portable qui montrent des employés de l’Etat occupés à démonter à Hama une statue monumentale de Hafez Al Assad. Alors que la répression faisait le même jour, « Vendredi des tribus », près de 50 morts dans l’ensemble du pays, dont plus des deux tiers dans la seule ville d’Idlib, ces images ont rempli d’aise ceux qui les ont visionnées. Elles démontraient que le régime, de moins en moins convaincu de sa capacité à protéger les symboles de sa puissance et à se maintenir en place, commençait à récupérer ce qu’il avait de plus cher pour le mettre à l’abri, si ce n’est pour l’emporter bientôt avec lui.

Edifiées aux entrées et aux sorties de la plupart des villes et des villages de Syrie, souvent aussi au centre des agglomérations, sur les places et dans les jardins publics, ces statues étaient destinées à ancrer dans l’esprit des Syriens qu’ils vivaient bien dans « la Syrie des Al Assad ». L’effigie du « ra’îs ilâ l-abad » (président à vie), devenu depuis son décès « al-qâ’id al-khâled » (dirigeant éternel), qui ornait également les façades de nombreux monuments publics, était censée inspirer à tous une crainte révérencielle. Lever la main sur l’une de ces représentations signifiait se révolter contre son autorité, et cet acte insensé pouvait valoir à son auteur des années de prison sans jugement.

Lors de son accession au pouvoir, en juillet 2000, le président Bachar Al Assad s’est abstenu d’exiger le retrait des représentations de son père, même lorsqu’elles dénaturaient les paysages, comme les esquisses que réalisaient des militaires avec des pierres sur des pans entiers de montagne à proximité de leurs cantonnements, ou lorsqu’elles menaçaient la sécurité des automobilistes, comme les posters occultant la vision à travers les vitres arrières des véhicules. Ayant hérité du pouvoir dans les conditions que l’on sait, au mépris des principes du Parti Baath dont il avait également reçu la direction en partage, le jeune chef de l’Etat se devait de manifester, en laissant les images et effigies de son père là où elles se trouvaient déjà, qu’il s’inscrivait sans restriction dans la ligne tracée par le fondateur de la dynastie.

En revanche, il s’est discrètement attaqué aux photos de son frère aîné, Basel Al Assad, qui lui avait ouvert les portes de la succession en trouvant la mort sur la route de l’aéroport international de Damas, au volant de sa grosse cylindrée, le 21 janvier 1994. Militaire de carrière et cavalier émérite, le colonel Basel représentait « l’espoir » pour ceux qui s’étaient faits à l’idée, faute de disposer des moyens de la contrecarrer, qu’il prendrait un jour la relève de son père Hafez Al Assad à la tête du parti et du pays. Son image, en particulier sur les cars et camions de l’armée, rappelait continuellement au nouveau chef de l’Etat qu’il n’était, de fait, qu’un président par raccroc. Les Syriens qui les apposaient sur les murs de leur boutique ou à l’arrière de leur véhicule privé n’entendaient pas l’insulter, mais faire acte d’allégeance à la famille Al Assad dans son ensemble et afficher publiquement leur vénération pour le père, le fils… et le fils cadet. Pour d’autres, cet acte de dévotion était moins innocent. Il constituait le moyen le plus sûr de prévenir un certain nombre d’ennuis, avec la police en particulier, puisque, placées en évidence sur les vitres arrières, de telles photos assuraient une relative impunité à ceux qui transgressaient le code de la route, circulant sans feux, empruntant les sens interdits ou stationnant hors des emplacements autorisés.

Chef d’Etat « moderne », Bachar Al Assad a ordonné, au début de sa première présidence, de ne pas lui dresser de statue et de restreindre l’exposition de son image à l’intérieur des bureaux officiels. Mais, s’il est parvenu à faire respecter cette directive durant quelques mois, la fin du « Printemps de Damas », en septembre 2001, a aussi marqué un retour en Syrie du culte du chef. Sa mise en avant, après la période de flottement au cours de laquelle des Syriens avaient imaginé que les choses pouvaient changer dans leur pays, devait signifier que la récréation était terminée et que le jeune président avait repris les choses en main. Au cours des années suivantes, ébranlé par la guerre en Irak et la défaite de Saddam Huseïn en 2003, par les conséquences de l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Al Hariri en 2005, par la guerre entre Israël et le Hezbollah au Liban durant l’été 2006, le régime a eu besoin de marquer qu’il restait uni autour de son chef. Avec ou sans son consentement, des photos de Bachar Al Assad se sont multipliées partout, le montrant en compagnie des héros de l’heure, tantôt avec Hasan Nasrallah, tantôt avec le secrétaire général du Parti de Dieu et son grand allié dans la région, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Ni les statues du père, ni les photos du fils n’ont constitué, au début du mouvement de protestation populaire, en février / mars 2011, des cibles pour les manifestants. Ils désiraient sortir et défiler dans les rues pour réclamer la liberté et la dignité, et ils étaient prêts à laisser Bachar Al Assad procéder lui-même, s’il le voulait et s’il le pouvait, aux réformes qu’ils attendaient. L’attaque contre une représentation de la compagnie de téléphonie mobile Syriatel, à Daraa, au milieu du mois de mars, ne constituait pas d’abord un signe de défiance ou d’hostilité à son égard. Elle traduisait plutôt leur espoir que le chef de l’Etat entendrait leurs dénonciations de la corruption, et qu’il aurait la lucidité et le courage de sanctionner ceux qui, dans son proche entourage et dans sa propre famille, à commencer par son cousin Rami Makhlouf, faisaient du tort à la Syrie, aux Syriens… et à l’image présidentielle.

La mise à terre de la statue de Hafez Al Assad, dans la même ville de Daraa, est intervenue lorsque qu’il est apparu aux familles des victimes et à l’ensemble des manifestants qu’il ne servait à rien de réclamer la liberté et la dignité à un régime sourd et autiste, incapable de répondre à leurs attentes et uniquement soucieux, en usant de la force, de se maintenir en place. Leur objectif ne pouvait plus se limiter à des réformes. Pour parvenir à ces dernières, il fallait renverser le régime et obtenir le départ de Bachar Al Assad. Avec un temps de retard, et après avoir été victimes de la même répression, les manifestants de Lattaquié, Homs, Banias, Douma, Deir al Zor, Rastan, Hama… ont finalement abouti à la même conclusion. Ils ont attaqué et détruit partout les effigies présidentielles, signifiant au chef de l’Etat que, puisqu’il ne voulait pas entendre sa population, il n’avait plus sa place à la tête du pays.

En démontant les statues et en mettant en lieux sûrs les photos des Al Assad père et fils, les autorités syriennes reconnaissent implicitement leur défaite. Elles avouent qu’elles sont désormais incapables de protéger ces symboles d’un pouvoir jusqu’ici incontesté, qu’elles ont peur de voir profaner. En entamant cette opération le 10 juin 2011, soit 11 ans jour pour jour après le décès de Hafez Al Assad, le 10 juin 2000, elles admettent que la Syrie n’est pas – ou n’est plus – la propriété d’un « président à vie » ou d’un « chef pour l’éternité ». En les mettant hors d’atteinte de la colère populaire, tout en laissant les militaires, les moukhabarat et les voyous au service du régime tirer à balles réelles sur les protestataires, arrêter et torturer par milliers jeunes et moins jeunes, bombarder villes et villages, brûler les récoltes et décimer les troupeaux, contraindre à la fuite des familles entières, elles confirment qu’elles sont indifférentes au sort de leurs concitoyens, qui n’ont aucune importance comparés aux « idoles » – comme disent les manifestants – de la famille Al Assad.

Avant que la contestation débute en Syrie, les services de sécurité avaient conseillé au chef de l’Etat de faire procéder à la mise à l’abri des statues de son père et de ses propres représentations. Mais, persuadé comme on le sait que son discours de résistance et d’obstruction le maintiendrait à l’abri des troubles intervenus ailleurs, et qu’il n’aurait aucune difficulté, en recourant aux méthodes expéditives jadis utilisées à Hama par son père, à contraindre les protestataires à rentrer chez eux, Bachar Al Assad s’est abstenu de suivre leur recommandation. L’effet de son initiative tardive est pour lui déplorable : elle donne le sentiment qu’il range ses affaires, commence à faire ses bagages et s’apprête à partir.

 

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La Palestine au féminin



Conférence-débat sur le rôle des femmes en Palestine,
le lundi 27 juin à 14 h 30 à l’Eden,
boulevard Jacques Bertrand,1, Charleroi

Du 8 mars 2011 au 8 mars 2012 :
8 femmes pour raconter la Palestine

En Palestine, les femmes ont toujours été actrices à part entière de la lutte palestinienne et jouent à ce titre un rôle clé, tant sur le plan social et culturel que sur le plan politique et économique.

Elles continuent à subir les conséquences de l’occupation, du siège, de l’exil, des discriminations politiques et sociales, et à réinventer leur combat pour la liberté, la dignité et l’égalité.

Afin de rendre hommage à leur engagement quotidien et leur permettre de témoigner, 8 d’entre elles nous rejoindront entre le 8 mars 2011 et le 8 mars 2012.
Deux femmes de cette délégation seront accueillies à Charleroi le 27 juin.

Au-delà d’une rencontre avec les  partenaires, médias et autorités locales et provinciales, elles seront présentes à une conférence à l’Eden à 14 h 30 afin de témoigner de leur vécu, de leur engagement et d’échanger et de débattre avec le public.

Il s’agit de Mona Taneeb, figure de proue du mouvement rural des femmes à Tulkarem et très active dans les comités populaires de la région et d’Amal Elsana-Alh’jooj, bédouine du Néguev, directrice d’un Centre pour l’égalité des droits entre citoyens palestiniens et juifs dans l’état d’Israël

Mona Taneeb est née en 1964 dans le camp de réfugiés Balata. Dans les années 80, elle rejoint le mouvement pour les droits des femmes à Tulkarem. En tant que militante du terrain, elle participa  dans la première Intifadah.
Figure de proue du mouvement rural des femmes, elle préside l’organisation des femmes dans le village d’Irtah, près de Tulkarem et est également membre du comité exécutif de l’Association pour la réhabilitation des femmes rurales.
Elle est également un membre actif dans les Comités populaires contre le mur et la colonisation.

Epouse de Fayez Taneeb (que la Plate-forme Charleroi-Palestine a accueilli à Charleroi en novembre 2010) et mère de cinq enfants, elle continue de travailler la terre, enfermée entre le mur d’annexation et une entreprise chimique israélienne établi de façon illégale.

Amal Elsana-Ajlh’jooj est née en 1972 dans un village bédouin arabe dans le sud d’Israël, dans une famille de 13 enfants. Elle a commencé à faire un travail d’organisation sociale à l’âge de 14 ans et à 17 ans elle fonda la première organisation de femmes bédouines.

Amal est une figure-clé dans la lutte pour le statut de la minorité arabe et le statut des femmes en Israël et a reçu à ce titre de multiples distinctions et prix.

Elle a fondé le centre AJEEC – NISPED’s, le centre arabe – juif pour l’égalité et la coopération, dont elle est la directrice. Et elle dirige avec Vivian Silver l’institut  du Néguev pour les stratégies de paix et de développement, NISPED.

Elle est mariée avec l’avocat Anwar Alh’jooj et elle est mère de jumeaux, âgés de sept ans.

Quand on évoque les problèmes de la Palestine, il est rare d’entendre la voix des femmes. N’hésitez pas prendre deux heures de votre temps pour les rejoindre. Elles ont franchi pas mal d’obstacles pour nous rejoindre.

L’entrée est gratuite et la réservation souhaitée au 071 32 13 17 ou sur charleroi@viefeminine.be.

La rencontre est organisée à l’intiative de Génération Palestine et Vie Féminine, en partenariat avec la Plate-forme Charleroi-Palestine et les associations féminines participantes et actives au sein du Conseil Francophone des Femmes de Belgique – régionale Charleroi-Thuin : Amnesty International, Les Femmes Prévoyantes Socialistes de Charleroi, le Service « Egalité des Chances » de la ville de Charleroi, la Fédération Socialiste de Charleroi, le groupe Citoyelles, le Foyer Familial, Entraide et Fraternité « Vivre ensemble », les Femmes Ecolo, Marianne, Le Germoir, Vie Féminine.Avec le soutien de la Ville de Charleroi et de la Province du Hainaut.

Face aux menaces sionistes : intensifier les campagnes de soutien au peuple palestinien.


 Publié par Ben le 17.06.2011 dans Communiqué

Quatre années après l’établissement du siège de la bande de Gaza par l’armée israélienne, un an après la flottille de la liberté où naviguait le Mavi Marmara, une seconde flottille partira bientôt pour la Palestine. Un bateau français rejoindra cette initiative populaire internationale de soutien à l’ensemble du peuple palestinien et pour l’application de tous ses droits.

Depuis quelque temps, les relais sionistes en France de la politique coloniale d’Israël ont attaqué cette action de solidarité. Alors qu’un rassemblement unitaire pour marquer le départ prochain du bateau français est prévu pour le samedi 18 juin au Vieux Port de Marseille, des organisations appellent à une manifestation contre cette flottille le 19, devant le Centre International de la Culture Populaire (CICP) à Paris. Ce centre regroupe, entre autres, les locaux de Génération Palestine (GP), nommé dans l’appel, mais aussi de nombreuses associations de défense des droits et quelques associations de solidarité avec la Palestine, participant à l’organisation de la campagne « Un Bateau pour Gaza » et à la campagne BDS.

Déjà, dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 juin, une effraction a eu lieu au CICP (1), visant l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS) et GP, provoquant diverses dégradations. La nuit suivante, se sont des tags et des affiches de la Ligue de Défense Juive (LDJ) qui sont retrouvés sur les mêmes locaux. L’une d’elle vise la campagne « Un Bateau pour Gaza » dans une iconographie particulièrement raciste. Il est à noter également que la dénonciation de la flottille a recours au même vocabulaire dans l’affiche de la LDJ et dans l’appel à manifester (« pseudo » ou « prétendument » humanitaire) et aux mêmes procédés de délégitimation (accusation de soutenir le Hamas dans l’appel et images islamophobe de l’affiche).

Tous ces actes font égalemet suite à des menaces, dégradations et cambriolages qui ont frappé les associations organisatrices de la campagne en France déjà en septembre 2010, notamment le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) et GP.(2)

Le site d’Europe-Israël, principale organisation appelant à la manifestation, a usé (3), pour délégitimer les signataires de la pétition de soutien à la flottille de la liberté, de la rhétorique habituelle du chantage à l’antisémitisme. En effet, ils n’ont pas hésité à la définir comme l’antithèse de la liste de Schindler, accusant tous ceux qui refusent qu’une population de plus d’un million et demi de personnes soit assiégée et soumise régulièrement à des agressions militaires, d’ antisémites.

Bien que Génération Palestine soit la seule organisation nommée dans l’appel à la manifestation, c’est l’ensemble du mouvement de solidarité ainsi que les citoyens s’engageant pour la justice en Palestine qui sont visés. Face à ces menaces, nous exprimons à nouveau notre détermination de mener jusqu’au bout notre combat pour l’application des droits des Palestiniens. Les pressions, qu’elles soient légales et faites au grand jour, ou illégales et lâches, ne feront que renforcer nos convictions et intensifier nos actions.

Cette violence, qu’elle soit le signe d’un sentiment d’impunité ou de la conscience d’un changement global de rapport de force au Moyen-Orient et en Europe, montre les moyens et les discours que sont prêts à utiliser les défenseurs inconditionnels de la politique coloniale israélienne et les nervis d’extrême droite de la LDJ.

Nous ne rentrerons pas dans le jeu de l’affrontement, notre cible est la politique coloniale d’Israël, notre soutien va à l’ensemble du peuple palestinien.

Notre victoire se déroulera dans le rapport de force populaire qui s’installe, au Moyen-Orient comme ici, et dont les campagnes un Bateau pour Gaza et BDS, sont les preuves les plus flagrantes.

1 : http://generation-palestine.org/news/communique/15/06/2011/gnration-palestine-ragit-aux-agressions-de-la-ldj/

2 : http://www.france-palestine.org/article15683.html

3 : http://www.europe-israel.org/2011/06/france-la-liste-des-elus-de-la-honte-tous-soutiennent-les-terroristes-du-hamas/

Génération Palestine
16-06-2011.

L’idée d’ingérence n’a pas triomphé en Syrie, car elle était déjà morte !


Rony Brauman – Carte blanche | Jeudi 16 Juin 2011 à 18:01 | Lu 1736 foi
La révolution syrienne en marche pose la question du droit (ou du devoir) d’ingérence de la communauté internationale. Rony Brauman, médecin, essayiste, ancien président de Médecins sans frontières, analyse les chances d’une action internationale face au régime homicide de Bachar al-Assad.

Marianne : Si la communauté internationale n’entreprend rien contre les exactions et les massacres commis par le régime de Bachar al-Assad, ne risque-t-elle pas de laisser la belle idée de devoir d’ingérence pourrir sur pied ?

Rony Brauman : Je pensais que l’idée d’ingérence s’était définitivement ensablée entre le Tigre et l’Euphrate, lors de la calamiteuse intervention en Irak, contre le régime de Saddam Hussein. J’ai dû me tromper ! Bien sûr, en Libye, comme le soulignent tous ceux qui ont parrainé cette guerre, l’exercice du droit – ou, comme vous dites, du devoir – d’ingérence s’est fait dans le cadre d’un mandat de l’ONU, et la légalité internationale a été respectée. Et les avocats de cette guerre ont largement fait étalage d’arguments moraux, en se référant tous, peu ou prou, aux droits de l’homme… Pour ma part, dès le début, j’ai décidé de faire fi des arguments moraux. Parce que ceux-ci se distribuent de façon égale du côté des partisans comme des adversaires des fameuses « guerres justes » et que, sur le plan éthique, c’est match nul. Je suis beaucoup plus sensible à une morale conséquentialiste.« Conséquentialiste »… Que voulez-vous dire ? Vous parler de l’exigence éthique de responsabilité que Max Weber oppose à la confortable éthique de conviction ?

R.B. : Oui, une morale qui s’intéresse davantage aux effets de l’action, à ses réactions en chaîne – d’ailleurs assez largement prévisibles, tant dans le cas de la Libye que de l’Irak –, à une morale qu’émeuvent les dizaines de milliers de morts que la guerre libyenne a faits depuis trois mois (12 000 victimes civiles, selon l’Otan) : un paradoxe tout de même cuisant pour une intervention dont on nous assurait qu’elle était vouée à la protection des civils ! A l’aune de cette vision conséquentialiste, les certitudes rassurantes des avocats de cette guerre, leur conviction que l’insurrection avancerait cahin-caha à l’abri de l’Otan volent en éclats. Et les inconnues lourdes de l’après-Kadhafi apparaissent en pleine lumière : pour autant que le dictateur de Tripoli puisse être renversé par l’intervention actuelle, la composition du CNT (Conseil national de transition libyen) reste douteuse. Nul ne peut prévoir si, une fois le régime de Kadhafi abattu, il prendra clairement la direction de la démocratie. Pour une raison assez simple, finalement : non seulement les objectifs réels de cette guerre n’ont jamais été clarifiés, mais les contraintes dont elle s’est accompagnée dès le premier jour n’ont jamais été minimales… Et puis, comment vous dire, si je ne prône pas pour la Syrie une intervention du type de celle qui se déroule en Libye, si je ne déplore pas qu’on n’entreprenne rien sur un plan militaire contre le régime d’Assad, c’est parce que je n’adhère pas à l’idée – si chère aux néoconservateurs de tout poil – selon laquelle une société serait pareille à une sorte de Meccano, où il suffirait de changer une pièce, ou de revisser un boulon, pour que, par miracle, tout le système se rétablisse.

Pour vous, le devoir d’ingérence est par nature artificialiste ?

R.B.: Oui, c’est cela, de part en part. Il se réfère à une vision mécaniste du social. Les précédents historiques sont pourtant légion qui illustrent l’inanité de ce constructivisme. Quand les soldats de l’an II, baïonnette en l’air, ont déferlé sur l’Europe pour y exporter les valeurs de la Révolution française, ils ne sont parvenus qu’à y semer la désolation. De même, les armées bushistes ont saccagé l’Irak, en prétendant le libérer d’une dictature effectivement sanguinaire, celle de Saddam Hussein. Vous avez vu le résultat ! Puis-je vous faire un aveu ? Quand j’observe ce qui se passe en Syrie, je suis profondément admiratif du courage exceptionnel des manifestants sortant poitrine nue contre les soudards de Bachar al-Assad. Mais je suis convaincu d’une chose, c’est que faire aujourd’hui la guerre à cette tyrannie serait encore pire que de ne rien faire. Une guerre provoquerait immanquablement une extrémisation des radicaux et une asphyxie des modérés : c’est d’ailleurs exactement le scénario qui est en train de se dérouler en Libye…

Alors comme ça, vous vous résignez d’avance au « statu quo » !

R.B.: Ecoutez, le mot que vous employez – statu quo – relève de cette rhétorique de l’intimidation qui a fait florès en 2003, lorsque les Américains et leurs alliés en Europe voulaient nous enfermer dans une alternative stérile : soit chasser Saddam, soit soutenir un régime de mort. Face à Kadhafi, le consensus médiatique parisien a rêvé de reconstituer une alternative semblable, mais ça ne marche pas… A mon sens, la seule question qui vaille, aujourd’hui, est de savoir si la diplomatie en est réduite à un théâtre d’ombres. Il existe toute une série de bonnes mesures, d’ordre symbolique ou diplomatique, pour faire reculer Assad et ses factions : c’est à elles que nous devons recourir sans attendre. L’époque où l’on pouvait résoudre des problèmes politiques par le truchement des armes est révolue, d’ailleurs, Robert Gates, le secrétaire à la Défense d’Obama, l’a parfaitement compris.

Bon, admettons. L’histoire de l’Europe est tout de même jalonnée de ces étranges épopées que sont les guerres de libération…

R.B.: Oui, mais pas autant qu’on le dit ! Vous croyez que la révolution de 1848 ou la Commune de Paris ont eu besoin de force d’appoint extérieures ? La Syrie, comme la Libye, n’ont pas besoin d’ingérence, cette idée est déjà morte et enterrée. Non, ce qu’il faut à ces sociétés, c’est la constitution d’une dynamique politique interne, indépendante du deus ex machina d’une offensive étrangère.
D’accord, mais le temps presse, vous le savez bien, autant en Syrie qu’au Yémen. Comment sauver la dynamique démocratique qui parcourt le monde arabe depuis décembre 2010 ?
La vérité est que nous ne pouvons pas faire grand-chose, en tout cas militairement. La priorité est de tabler sur les ressources propres des pays arabes, sur leurs sociétés civiles formidables et dynamiques. Le « coup de pouce » extérieur ne peut leur être d’aucune utilité véritable. C’est un fantasme qui renvoie à une vision mécaniste du social.

Propos recueillis par Alexis Lacroix

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REPORTAGE – Des manifestants victimes de tirs sont soignés dans les hôpitaux turcs.


Par Laure Marchand
14/06/2011 | Mise à jour : 21:20 Réagir
Un réfugié syrien arrivé, mardi, au camp de Boynuyogun, en Turquie.
Un réfugié syrien arrivé, mardi, au camp de Boynuyogun, en Turquie. Crédits photo : © Osman Orsal / Reuters/REUTERS

Hassan a ouvert les yeux dans une chambre aux murs peints en bleu délavé, sur un lit inconnu, entouré de médecins parlant le turc. De sa fenêtre, on surplombe les immeubles d’Antakya, dans le sud-est de la Turquie. Il a mis un peu de temps à comprendre qu’il se trouvait à l’hôpital public de la ville et ne sait toujours pas comment il y est arrivé. C’était le dimanche 5 juin. Quelques heures auparavant, il participait à des funérailles à 40 km de là, à Jisr al-Choughour, ville syrienne dont la rébellion contre le régime de Damas est réprimée dans le sang. «On m’a tiré dessus, j’ai perdu connaissance.» L’homme de 35 ans soulève son tee-shirt. Un gros pansement dans le dos et un autre sur le flanc droit indiquent la trajectoire de la balle qui l’a traversé de part en part.

Poussés sur la route de l’exode par l’entrée en action de l’armée syrienne dans le nord-ouest du pays, les habitants de la province d’Idlib affluent vers la Turquie. Huit mille cinq cents Syriens ont déjà franchi la frontière selon les autorités turques. Les arrivées sont montées en flèche ces derniers jours. Des milliers de personnes sont massées côté syrien, attendant que les soldats d’Ankara les autorisent à pénétrer sur le territoire turc. Mais les blessés bénéficient d’un «laissez-passer». La semaine dernière, ils étaient une soixantaine à être hospitalisés en Turquie, selon les autorités.

Désertions signalées

Dans le village turc de Guveççi, Mohammed claudique et se hisse dans le camion d’un villageois. Celui-ci l’emmène au petit hôpital de campagne monté dans un camp de réfugiés, afin qu’on lui change son bandage à la cuisse droite. Lui aussi a reçu une balle à Jisr al-Choughour. «Mes frères m’ont conduit à la frontière et là une ambulance turque m’a récupéré», raconte-t-il.

Être blessé dans une manifestation risque de conduire à la mort, faute de soins. «Les médecins syriens ont interdiction de nous soigner, ils sont effrayés», assure Mohammed, allongé sur le lit voisin de celui d’Hassan à l’hôpital d’Antakya. Il a été blessé dans les mêmes conditions, un jour plus tôt: «Nous étions en route pour le cimetière pour enterrer un martyr tué la veille quand des soldats ont ouvert le feu sur la foule.» Le jeune homme a reçu quatre balles dans le corps. Il ne se plaint pas: «Des jeunes m’ont mis dans une voiture et ont conduit jusqu’à la frontière turque. Je me vidais de mon sang. Ils m’y ont laissé mais ils sont repartis avec un manifestant: il était mort pendant le trajet.»

«J’ai été condamné à mort»

Les deux camarades de chambre manifestaient depuis des semaines à Jisr al-Choughour contre le régime de Bachar el-Assad quand la répression est montée d’un cran, début juin. Ils racontent les snipers «postés sur les bâtiments officiels du centre-ville. Ils ont tiré dans un jardin à thé de l’autre côté de la rivière. Les gens s’y désaltéraient après des funérailles». «Les hélicoptères sont arrivés et ont tiré à l’arme automatique. Nous nous sommes réfugiés dans les ruelles du souk», relate Hassan. Quid des «groupes terroristes» invoqués par Damas pour justifier le ratissage de la région et l’entrée en action de l’artillerie lourde dimanche à Jisr al-Choughour? «Qu’ils ouvrent la ville aux médias, qu’ils nous les montrent», répondent-ils. La reprise de contrôle de la ville par l’armée régulière dimanche soir a donné lieu à des exactions violentes selon les témoins. Des désertions ont été signalées.

Près de la fenêtre, un autre blessé fait signe de la main qu’il souffre trop pour parler. Des proches ont tenté de joindre sa famille en Syrie pour l’informer qu’il était grièvement atteint, mais vivant. Sans succès, car les télécommunications sont coupées. Assis sur un lit voisin, Omar arrive du Yémen. Un proche lui a téléphoné pour l’avertir que son fils avait été blessé par balles et transporté à Antakya. Il a eu de la chance. «Les premiers jours, il était dans une clinique en Syrie, mais les miliciens y ont fait une descente. Les docteurs l’ont évacué par une porte dérobée», explique son père en grattant sa barbe. Lui-même a quitté la Syrie en 1980, sous la dictature d’Hafez el-Assad, et n’a jamais pu y retourner: «J’ai été condamné à mort, c’était le tarif à l’époque pour les membres des Frères musulmans». Cette fois-ci, il espère que ce soulèvement sera le bon pour se débarrasser du clan el-Assad. «Inch Allah, la jeune génération a pris la relève et nous finirons par obtenir nos droits.»

* Tous les prénoms ont été changés.

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Aarrass confronté à Belliraj


RIZZA,ETTORE

Jeudi 16 juin 2011

Les deux Belgo-Marocains comparaîtront ce jeudi au Maroc

Audience décisive ce jeudi pour le Belgo-Marocain Ali Aarrass, 48 ans, emprisonné pendant près de trois ans en Espagne puis extradé en décembre au Maroc, où il aurait été torturé pendant douze jours.

D’abord soupçonné de trafic d’armes vers le Maroc (un juge espagnol l’a blanchi), ensuite de participation à diverses activités terroristes, cet ancien libraire de Molenbeek, venu rejoindre son père en 2005 dans l’enclave espagnole de Melilla, comparaîtra devant le tribunal de Salé, près de Rabat.

Lors de cette audience, il sera confronté à trois de ses « accusateurs », dont le célèbre Abdelkader Belliraj, condamné en juillet 2009 à la prison à vie pour avoir dirigé un réseau terroriste. Cet autre Belgo-Marocain a reconnu depuis que sa dénonciation avait été extorquée sous la torture.

Tout comme les aveux d’Ali Aarrass sans doute. Alors qu’il ne sait pas lire l’arabe classique, le détenu s’est montré capable de signer une confession de plusieurs pages rédigée dans cette langue. On ne vantera jamais assez les bienfaits des coups, de l’électrification des testicules, des sodomies à la bouteille et de l’injection de produits chimiques sur l’apprentissage des langues. Tout comme Belliraj, Aarrass s’est rétracté depuis.

Lors de la première audience à Salé, le 2 juin, la défense a senti le vent tourner. Devant une délégation internationale d’avocats et de défenseurs des droits de l’homme, venus contrôler le procès, le juge a accepté de désigner un interprète afin qu’Ali Aarrass puisse comprendre les débats. « C’est déjà une forme de reconnaissance que mon frère ne savait pas ce qu’il signait, se réjouit sa sœur Farida, toujours installée en Belgique. Nous parlons un peu le dialecte du Rif et le marocain, mais pas l’arabe classique. Selon les avocats marocains, 80 % du procès est gagné. »

Las : lors de la 2e comparution, le 9 juin, l’interprète faisait encore défaut. Il devrait être présent ce jeudi. Pour peu que le juge parvienne à examiner tous les points de l’affaire, le jugement pourrait être rendu dans la foulée ou dans la semaine. Dans le cas contraire, une dernière audience pourrait se tenir le 23 juin.

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Les USA financent en secret un Web résistant à la censure


[anniebannie : on parle des dissidents; c’est quels dissidents ? Ceux qui ont l’approbation d’USraël ?]

Par Benjamin Ferran
14/06/2011 | Mise à jour : 19:27 Réactions (8)
Cette valise est un projet de «New America Foundation» une officine de recherche «non partisane».
Cette valise est un projet de «New America Foundation» une officine de recherche «non partisane».

Le département d’État américain consacre plusieurs dizaines de millions de dollars à des projets permettant de se connecter à Internet dans les pays qui censurent les télécommunications.

Les États-Unis veulent donner la parole aux dissidents frappés par la censure d’Internet dans leurs pays. Ces derniers mois, l’administration Obama a apporté son soutien financier à plusieurs projets qui visent à maintenir les connexions à Internet des ordinateurs et des téléphones en dépit des coupures de réseau, comme celles qui ont frappé l’Égypte et la Syrie dernièrement.

Le projet le plus emblématique a reçu un financement de 2 millions de dollars du département d’État américain, a révélé le New York Times ce dimanche. Il s’agit d’une valise de voyage en apparence ordinaire, mais bourrée de nouvelles technologies, qui doit permettre de déployer un Internet alternatif, en théorie impossible à surveiller. Suffisamment compacte pour passer inaperçue, elle pourrait être prochainement confiée à des opposants politiques, en Syrie, en Iran ou en Libye, afin qu’ils continuent à planifier leurs opérations et à communiquer sur les réseaux sociaux.

Si le projet tient en apparence du film d’espionnage, la technologie utilisée n’est pas totalement nouvelle. Il s’agit d’une application du «mesh network» (réseau maillé), qui transforme les ordinateurs et les téléphones portables en émetteurs Wi-Fi. Ainsi, ce sont les appareils qui font office de réseau. La valise contiendra un PC pour administrer le système, des clés USB et des CD pour paramétrer les terminaux ainsi que des antennes-relais, qui amplifieront le signal sur plusieurs centaines de mètres. L’ensemble devra tout de même être relié à Internet, par des lignes fixes, mobiles ou par le satellite.

«Nous sommes déterminés à aider» les dissidents

Pour s’assurer qu’Internet et les mobiles continuent de fonctionner en cas de coupure totale, les États-Unis financent aussi en parallèle la création de réseaux privés à l’intérieur de pays étrangers, en implantant cette fois eux-mêmes des antennes-relais dans leurs bases militaires. Le département d’État et le Pentagone ont dépensé quelque 50 millions de dollars dans une initiative de ce genre en Afghanistan, où les infrastructures du réseau officiel sont régulièrement la cible des talibans.

Ces projets, qui fédèrent des diplomates, des ingénieurs de l’armée, de jeunes développeurs sensibles à la liberté d’expression et des dissidents politiques, figurent parmi les priorités de l’administration Obama et de sa secrétaire d’État, Hillary Clinton. «Nous voyons de plus en plus de personnes qui utilisent Internet et le mobile pour faire entendre leurs voix. Il y a une opportunité historique de changement [et] nous sommes déterminés à les aider», plaide la responsable de la politique extérieure américaine auprès du quotidien new-yorkais.

Le département d’État américain consacrera 70 millions de dollars cette année. Durant la guerre froide, les États-Unis produisaient des émissions de radio diffusées dans le bloc de l’Est sur «Voice of America». Plus récemment, Washington a apporté son soutien au développement de logiciels qui préservent l’anonymat des utilisateurs dans des pays comme la Chine, rappelle le New York Times.

[anniebannie aime assez ces deux commentaires:

AvatarSalim Bellazoug

J’adore le côté secret de cette opération dont sous les médias parlent. 🙂
Le 14/06/2011 à 20:08

AvatarDivers76

Bonne idée, car bientôt cela pourra aussi être utile en Europe où la démocratie et surtout la voix du peuple a de plus en plus de mal à se faire entendre…]

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