Grève de la faim symbolique de 24h00 à Bruxelles


Start: 21/10/2011 – 18:30

Depuis plusieurs semaines, des centaines de prisonniers palestiniens
enfermés dans les geôles israéliennes sont en grève de la faim. Ils
exigent des conditions de détentions décentes. Le droit de s’informer
le droit de poursuivre des cours, le droit de se réunir entre prisonniers, ….

Ce week-end, 24 personnes mèneront une grève de la faim de 24h00 en solidarité avec les prisonniers palestiniens.

Du vendredi 21 octobre 18h30 au samedi 22 octobre à 18h30, 24 personnes feront grève de la faim . Un soutien symbolique aux prisonniers politiques palestiniens, organisé par intal en collaboration avec Médecine pour le Peuple Molenbeek,

Alors que l’attention se porte sur la libération de Gilat Shalit en échange de la libération de 1027 prisonniers palestiniens sur les 6000 détenus, des centaines de prisonniers palestiniens ont mené une grève de faim de près de trois semaines de la faim. Cette action, mennée depuis le 27 septembre par une centaine de prisonniers palestiniens avait comme objectif de protester contre le durcissement de leurs conditions de détention dans les prisons israéliennes. Elle est suspendue depuis le mardi 18 octobre jusqu’au samedi 22.

Les principales revendications des prisonniers concernent les conditions de détention, en particulier l’utilisation abusive des mesures d’isolement, les privations de visites familiales et les fouilles humiliantes. Samedi, les prisonniers jugeront la réponse des autorités carcérales et décideront alors de leur prochaines actions. Les conditions de detentions restent illégales et inhumaine. La mobilisation pour le respect des droits des prisonniers palestinien doit se poursuivre et la solidarité internationale est plus que jamais nécéssaire pour les 5000 prisonniers qui resten détenus dans les geoles israéliennes.

Notre action de soutien répond à l’appel de Addameer, une association palestinienne ayant lancé un appel international à la solidarité avec les prisonniers palestiniens. Elle exigent de l’Europe l’envoie d’une mission d’enquête dans les prisons israéliennes, le respect des droits des prisonniers pa les autorités carcérales et la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens sans restriction.

Une conférence de presse marquera le début de l’action bruxelloise, le vendredi 21 octobre à 18h00 à la maison médicale “le renfort”, à Molenbeek, rue du Comte de Flandre 25.

Vendredi soir

Nous vous donnons rendez-vous pour la conférence de presse qui marquera le début de l’action, le vendredi 21 octobre à 18h00 à la maison médicale Le Renfort, à Molenbeek, Rue du Comte de Flandre 25. Nous y organiserons une vidéo conférence par skype avec des responsable de l’association Al Dameer!

Samedi toute la journée

Des actions de sensibilisation aux conditions de détentions des palestiniens et à leur combat auront lieu toute la journée du samedi dans divers endroits de la ville, nottament à la sortie du Métro compte de Flandre dès 9h30 jusqu’à 17h00.

Nous voulons donner un visage à ces prionniers et insister pour l’envoi – par l’Union Européenne – d’une mission d’enquête sur la situation des prisonniers politiques palestiniens.

En savoir plus? Lisez cet article (en anglais) ou cet article, un peu plus ancien.

Toutes les aides sont les bienvenues!

Infos et contacts Joaquim Da Fonseca  joaquim.dafonseca@intal.be 02/209.23.50

Grève de la faim de 24h00 en solidarité avec les prisonniers palestiniens


Ce week-end, 24 personnes mèneront une grève de la faim de 24h00 en solidarité avec les prisonniers palestiniens

Un soutien symbolique aux prisonniers politiques palestiniens, organisé par intal en collaboration avec Médecine pour le Peuple Molenbeek.

Les principales revendications des prisonniers concernent les conditions de détention, en particulier l’utilisation abusive des mesures d’isolement, les privations de visites familiales et les fouilles humiliantes. Addameer demande également la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens sans restriction.

Quand? Du vendredi 21 octobre 18h30 au samedi 22 octobre à 18h30

Où? A la maison médicale Le Renfort, à Molenbeek, Rue du Comte de Flandre, 25. A côté du métro Compte de flandre

Pour faire quoi?

Vendredi soir, pour les grevistes et ceux qui veulent donner un coup de main rdv début de la grève à 18h30 : bref exposé sur la situation des prisonniers // Exposé, par téléphone, de Sahar, directrice de l’association Addameer// décoration de la façade de la maison médicale// préparation des actions du lendemain.

Samedi, vous ête les bienvenus tout au long de la journée, à la sortie du Métro comte de Flandre dès 9h30 jusqu’à 17h00.
– Informer le public sur la situation de prisonniers palestiniens
– Faire signer des cartes demandant l’envoie d’une mission d’enquête européenne dans les prison israélienne (une demande de Addameer)
– Confectionner des calicots géants
– Demander aux passants de poser avec des photos de prisonniers
– Aller dans le centre de Bruxelles accrocher les photos des prisonniers
Que vos soyez greviste ou non, venez donner un coup de main : vous faire prendre en photos avec une photo de prisonnier, signer le calicot que nous enverrons en Palestine…

Rejoignez-nous pour soutenir ces 5000 prisonniers, exiger leur libération et insister pour l’envoi d’une mission d’enquête de l’UE sur la situation des prisonniers politiques palestinien.

Toutes les aides sont les bienvenues!

Pour les grévistes : RDV avec sac de couchage et matelas à 18h00 à la maison médicale.

Kadhafi, portrait total


par René Naba – publié le jeudi 20 octobre
 Le fossoyeur de la cause nationale arabe

Doyen des chefs d’Etat arabe depuis l’an 2000, et, paradoxalement, parmi les moins âgés des dirigeants arabes, Mouammar al-Kadhafi a longtemps été leur benjamin. Sa longévité, loin de consolider sa maturité, a accentué sa fatuité et accéléré les rythmes de ses foucades jadis juvéniles, désormais séniles.

Son accession au pouvoir en 1969, au lendemain de la traumatisante défaite de juin 1967, en pleine guerre d’usure le long du Canal de Suez, a fait l’effet d’un séisme stratégique. En amputant le camp occidental de deux importantes bases, une américaine, la base aérienne et d’interception des communications de Wheelus Air Field, à Tripoli, et la base anglaise d’El Adem, à Benghazi, chargée de formater et de contrôler la police libyenne, la garde prétorienne du régime monarchique, Kadhafi a dégarni l’alliance atlantique d’une large portion de la façade maritime de la Méditerranée orientale au profit du camp soviétique.

Des trois coups d’état qui ont sanctionné la défaite arabe de 1967 -le coup d’état baasiste de juillet 1968 en Irak, le coup d’état nassérien du Soudan du général Gaafar al Nimeiry, en Mai 1969, et le coup d’état de Mouammar al-Kadhafi, en septembre 1969, le basculement pro nassérien de la Libye aura eu l’effet le plus durablement dévastateur sur le dispositif occidental en Méditerranée orientale, zone de mouillage de la VI me flotte américaine, zone de maillage de la zone pétrolifère arabe, avec les bases anglaises d’Akrotiri et de Dékhélia (Chypre), de Massirah (sultanat d’Oman), ainsi que la base navale du protectorat britannique d’Aden et la plateforme aéronavale américaine de l’île de Diego Garcia (Etats-Unis), dans l’Océan indien.

Si la révolution de mai 1969 au Soudan a élargi le champ de manœuvre égyptien en faisant du Soudan l’arrière base stratégique de l’Egypte, le point de regroupement de la flotte des bombardiers à long rayon égyptiens, le coup d’état de Kadhafi a amplifié la percée soudanaise, neutralisant au passage les effets de la perte du sanctuaire nassérien en Irak.

Dotant l’Egypte des infrastructures aéroportuaires militaires anglo-américaines alimentées par les gigantesques réserves pétrolières libyennes, il a atténue quelque peu les effets de la défaite de 1967, en privant de surcroît les occidentaux d’un point d’observation et d’intervention sur le flanc méridional de la Méditerranée. Mais très vite ce double avantage va se transformer en handicap et la promesse d’une ère nouvelle du combat arabe tourner au cauchemar du fait des revirements du soudanais et des reniements du libyen.

Parvenu très jeune au pouvoir, en 1969, à l‘âge de 26 ans, à la faveur d’un coup d’Etat, Mouammar al-Kadhafi s’y maintient depuis 42 ans, univers indépassable de trois générations de Libyens, au point que dans les recoins du pays beaucoup s’imaginent que la Jamahiriya -littéralement la populocratie (le gouvernement des masses)-, est sa propriété et non la propriété du peuple, tel qu’il l’a décrétée il y a trente ans.

Plus fort que les wahhabites, Kadhafi. Unique pays arabe portant le nom de son fondateur, l’Arabie saoudite, propriété de fait de la Famille al-Saoud, a tout de même vu se succéder depuis 1969 quatre monarques : Faysal, Khaled, Fahd et Abdallah. En Libye, Kadhafi se succède à lui-même.

Dirigeant nationaliste arabe, en 1969, il sera au gré des appellations journalistiques de la presse occidentale en manque de sensation mais non d’imagination, un chef de file du « trotskysme musulman », un « révolutionnaire tiers-mondiste », un « sage africain » pour finir sa mutation en chantre du pan capitalisme financier proaméricain. Mais par ses faits et ses méfaits, il aura été le meilleur allié objectif des Etats Unis et d’Israël, contribuant activement à la liquidation physique de ses alliés potentiels, les chefs de file du combat anti-américain et anti-israélien. Nul depuis n’a réussi à égaler sa performance.

Adoubé par Nasser, le plus populaire des dirigeants arabes de l’époque, qui voyait en lui son héritier, le fougueux colonel a fait chavirer le cœur des foules par son allure fringante et ses coups d’éclat : Nationalisations de l’industrie pétrolière, nationalisation de la gigantesque base américaine de Wheelus Airfield, rebaptisée « Okbah Ben Nafeh » du nom du grand conquérant arabe, nationalisation de la base anglaise d’Al Adem rebaptisée base « Gamal Abdel Nasser », Tripoli était surpeuplée d’hôtes nombreux qui logeaient à bord de bateaux ferries pour fêter l’évènement. Pas un mois sans qu’un festival, un colloque, une conférence des Indiens d’Amérique, une manifestation des musulmans de l’Île philippine de Mindanao ne donne lieu à des réjouissances. Beyrouth et Alger servaient de plateforme opérationnelle aux mouvements de libération du tiers-monde et Tripoli tenait de la kermesse permanente.

L’Euphorie aura duré deux ans. Jusqu’en 1971. A partir de cette date, chaque année apportera son lot de désolation, détournement d’un avion de ligne anglais pour livrer au Soudan des dirigeants communistes aussitôt décapités à Khartoum, évaporation sans raison du chef du mouvement chiite libanais Moussa Sadr, soutien résolu au Président soudanais Gaafar al-Nimeiry, pourtant un des artisans du transfert vers Israël de plusieurs milliers de juifs éthiopiens « Falashas ».

Un phénomène d’hystérésis se produisit alors. Mais Kadhafi, et son entourage l’en persuadait, s’imaginait encore en phase avec son auditoire. En saltimbanque, le dirigeant libyen se livrait périodiquement à des exercices d’équilibrisme devant un public de plus en plus sceptique, à la réceptivité tarifée.

Retour sur le sombre bilan de celui qui aura été le héraut de l’unité arabe avant de devenir un allié objectif des États-Unis et d’Israël. En 42 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’unité arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme arabe, le démineur par excellence des menées américaines dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël et le fossoyeur de son peuple.

Tombeur de la dynastie Senoussi, première conséquence directe de la défaite arabe de juin 1967, l’héritier présomptif de Nasser sera propulsé au firmament politique lors de sa nationalisation des installations pétrolières anglo-saxonnes et de la gigantesque base aérienne de Wheelus Air Field, en juin 1970. Mais, simultanément, l’homme de la relève s’appliquera fougueusement à dilapider systématiquement le capital de sympathie qu’il s’était spontanément constitué et à affaiblir méthodiquement son propre camp.

Éternel second de la politique arabe réduit à un rôle d’appoint, Mouammar Kadhafi, épris de rêves de grandeur mais affligé d’un mouvement pendulaire, n’a jamais cessé d’osciller entre les deux pôles du monde arabe, le Machreq (le Levant) et le Maghreb (le Ponant), épousant toutes les formes d’union – confédération, fédération, fusion – tour à tour avec les États de la vallée du Nil (Égypte-Soudan), en 1970, avec les bureaucraties militaires prosoviétiques (Égypte, Syrie, Libye, Soudan), en 1971, puis avec l’Égypte seule, avant de se tourner vers le Maghreb avec la Tunisie (1980), puis l’Algérie… pour finalement jeter son dévolu sur l’Afrique dont il s’est appliqué depuis le début de ce siècle à jeter les bases d’un État transcontinental.

Par ses pulsions, impulsions et compulsions, ce fringant colonel n’aura jamais tiré le moindre coup de feu contre ses ennemis déclarés, Israël et les États-Unis. Mais sur son sombre tableau de chasse, il épinglera, tragiquement, certaines des figures les plus emblématiques du mouvement contestataire arabe, le chef charismatique du Parti communiste soudanais, Abdel Khaleq Mahjoub, en 1971, ainsi que le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, l’imam Moussa Sadr, en 1978 (1).

La disparition du chef charismatique des chiites libanais, une communauté longtemps négligée par les pouvoirs publics libanais, qui se trouvait alors en pleine phase de renaissance trois ans après le début de la guerre civile libanaise, de surcroît en pleine montée en puissance de la Révolution islamique iranienne, a conduit à une radicalisation des Chiites Libanais et, au terme de nombreuses scissions, à la création du mouvement Hezbollah.

Autres victimes célèbres des turpitudes libyennes, Mansour Kikhiya, ancien ministre des Affaires étrangères de Libye et militant éminent des Droits Humains, porté « disparu », depuis décembre 1993, au Caire, où il a été vu pour la dernière fois, tout comme Jaballah Matar et Izzat Youssef al Maqrif, deux personnalités de l’opposition libyenne « disparu », également au Caire, en mars 1990.

Fantasque il ordonnera un jour le rasage du crâne de Ibrahim Bachari, l’ancien chef des services de renseignement, coupable d’avoir déplu au Guide, et sa rétrogradation au rang de factotum en affectation en faction dans une guérite devant le palais présidentiel. Bachari trouvera la mort quelque temps plus tard, à la manière du général Ahmad Dlimi, son compère marocain, par accident de la circulation.

Autre supplicié célèbre, Daif al Ghazal, journaliste au quotidien gouvernemental « Al-Zahf al Akhdar » (La marche verte), puis au journal en ligne « Libye al-Yom » (la Libye aujourd’hui), assassiné pour avoir dénoncé la « corruption et le népotisme » du Colonel Kadhafi. Son cadavre, mutilé, particulièrement les doigts de sa main qui soutenaient sa plume, a été retrouvé le 1er juin 2005 dans la région de Benghazi (Nord-est de la Libye), le jour même de l’assassinat à Beyrouth de Samir Kassir, mais, mystère du journalisme à sensation, alors que l’assassinat du journaliste franco-libanais du quotidien beyrouthin « Al-Nahar » faisait l’objet d’une légitime condamnation unanime et de non moins légitimes commémorations régulières, le supplice du libyen était frappé du sceau de l’anonymat le plus complet.

En 1984, Une tentative de coup de force déclenchera une véritable chasse aux opposants de tous bords. Luxe de raffinement, pour réprimer la tentative de coup de force dirigée contre sa résidence, la caserne militaire de Bab Al-Azizyah, le 8 mai 1984, le Colonel Kadhafi s’est fait délivrer un permis de meurtre légal par les « Congrès populaires de base », l’instance suprême du pouvoir dans ce pays.

Dans la foulée du vote de cette motion, le 13 mai 1984, autorisant la constitution d’« unités suicides » pour « liquider les ennemis de la révolution à l’étranger », deux ressortissants libyens -Oussama Challouf et Ibrahim al Galalia- présentés comme des membres de l’organisation intégriste des « Frères Musulmans » et « Agents de la CIA », les services de renseignements américains, étaient exécutés le 17 mai.

En 1979, une motion identique avait été votée contre les dissidents libyens résidant à l’étranger et neuf d’entre eux avaient été assassinés entre Février 1980 et Octobre 1981, à Athènes, Beyrouth, Londres et Rome notamment. Trois attentats particulièrement meurtriers ont en outre été imputés à la Libye, le premier contre une boite de nuit de Berlin « La Belle » et deux autres contre des avions de ligne occidentale.

À son actif aussi, au passif de la cause qu’il était censé promouvoir, la destruction des avions de lignes commerciales, un appareil de la compagnie américaine Panam à Lockerbie (Écosse), en 1988, un avion de la compagnie française UTA au dessus du désert tchadien, ainsi qu’un attentat contre une discothèque à Berlin. Ces deux attentats, l’attentat contre le jumbo de la Panam au dessus de Lockerbie (Ecosse), le 21 décembre 1988, et celui contre l’avion de la compagnie française UTA, en Afrique, l’année suivante, le 19 septembre 1989, auront fait, à eux deux, 440 morts. 270 pour Lockerbie et 170 pour celui de l’UTA.

Son palmarès en la matière, sans doute l’un des plus impressionnants au monde, soutient la comparaison avec les tyrans les plus redoutables de la planète. Menant une traque tous azimuts, il pourchassera aussi bien les figures de proue du chiisme, du communisme que du libéralisme, portant une responsabilité particulière, mais non exclusive, dans l’absence du pluralisme dans le Monde arabe.

L’épisode des six infirmières bulgares et du médecin d’origine palestinienne, –incarcérés « en guise de monnaie d’échange » pendant huit ans en Libye et torturés pour leur prétendue responsabilité dans l’inoculation du virus du Sida à des jeunes Libyens–, demeure en mémoire pour qu’il soit besoin de le rappeler.

L’engouement occidental pour la Libye ne saurait occulter les singulières méthodes du dirigeant libyen, dont les turpitudes passées le rendent passibles, selon les critères en vigueur, de la Justice Pénale internationale. L’homme est en effet coutumier de l’effet de surprise et des procédés tortueux. C’est ainsi qu’il mettra à profit un déplacement à l’étranger du vieux Roi Idriss Ier pour s’emparer du pouvoir, par un coup d’état, le 1er septembre 1969.

Il mettra en pratique cette même méthode à l’encontre de ses opposants et épinglera sur son tableau de chasse de prestigieuses personnalités arabes, opérant en toute quiétude et en toute impunité tout au long de ses 42 ans de pouvoir.

Au regard de ce bilan, les démarches de la communauté internationale pour traduire devant la Justice internationale les auteurs de l’attentat contre l’ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri, le 15 février 2005, paraissent sinon dérisoires du moins anachroniques, en tout cas frappées du sceau de la partialité et de la duplicité.

L’animateur du groupe des « Officiers libres » libyens, ainsi dénommé sur le modèle de leurs aînés égyptiens, fera cause commune avec les Britanniques, au mépris de son aversion déclarée pour ses anciens colonisateurs, au mépris des règles de la navigation aérienne internationale, au mépris des règles sur le Droit d’Asile, en ordonnant le déroutement d’un avion de ligne de la BOAC (British Overseas Airways Corporation), en juillet 1971, pour livrer à son voisin soudanais, les auteurs communistes d’un coup de force, notamment le colonel Hachem Al Attah, un des plus brillants représentants de la nouvelle génération des jeunes officiers arabes, contribuant ainsi à décapiter le plus grand parti communiste arabe.

Les remords marmonnés en 1976 devant cet acte de forfaiture ne l’empêcheront pas de récidiver deux ans plus tard contre l’imam Moussa Sadr, mystérieusement disparu, en 1978, au paroxysme de la guerre du Liban. Le tortionnaire soudanais se déconsidérera par la suite, et son complice libyen avec, en supervisant le premier pont aérien d’Éthiopiens de confession juive vers Israël. Saluée par la presse occidentale comme un acte de bravoure, l’opération dans la foulée de la double décapitation du plus grand parti communiste du monde arabe et du premier mouvement militant chiite du monde arabe (Amal), a affecté durablement les capacités combatives du camp progressiste et renforcé les capacités démographiques d’Israël avec l’apport de 80 000 juifs d’Éthiopie.

L’homme fera le délice des journaux occidentaux trop heureux de cette aubaine médiatique. Mais sa désinvolture suscitera des pulsions mortifères dans de larges couches du monde arabe. En 1982, dans Beyrouth assiégée, à Yasser Arafat ployant sous le pilonnage de l’aviation israélienne face à un immobilisme arabe quasi-général, l’homme de Tripoli, confortablement tapi à Aziziah, la caserne militaire transformée en résidence officielle, à des milliers de kilomètres du camp retranché libanais en ruines, plutôt que de forcer le blocus israélien pour voler au secours du chef palestinien, plutôt que de se taire, lui conseillera, affligeant conseil, non le « martyr », la sublimation symbolique de la mort au combat, mais le suicide, infligeant une épreuve supplémentaire au supplice palestinien.

Quatre ans plus tard, terré une semaine dans son abri tripolitain au premier coup de semonce de l’aviation américaine, en avril 1986, Kadhafi, orchestrera, sans crainte du ridicule, une campagne médiatique visant à élever Tripoli au rang de « Hanoi des Arabes », occultant le combat singulier des Beyrouthins durant les soixante jours de siège israélien, s’attirant par la même le sarcasme des correspondants de guerre plutôt avertis des réalités du terrain.

L’homme fera aussi la fortune des marchands d’armes et la ruine de son pays. L’impressionnant arsenal militaire dont il s’est doté dès son arrivée au pouvoir en 1970 par des achats massifs d’armes à la France – dont le contrat du siècle portant sur la livraison de 75 avions de combat Mirage, de l’ordre de 15 milliards de francs de l’époque (environ 2,3 milliards d’euros) – sera carbonisé en 18 mois par son propre fournisseur français par suite de retentissants revers au Tchad, en 1985 et 1986, notamment à Wadi Doum et Faya Largeau.

Sans égard pour les conséquences tragiques de sa décision, Kadhafi ordonnera l’expulsion de 200 000 travailleurs égyptiens, au début des années 1980, pour sanctionner l’équipée solitaire du président Anouar el-Sadate dans ses négociations de paix avec Israël. Récidiviste, il ordonnera cinq ans plus tard, en 1984, l’expulsion de près d’un million de travailleurs africains pour sanctionner les réticences des dirigeants africains à l’égard de son activisme belliqueux.

Nul dans son entourage n’a osé lui souffler alors que le chantre de l’Unité Africaine ne pouvait être crédible en ordonnant l’expulsion de près d’un million d’Africains, que le chantre de l’Unité Arabe ne pouvait être audible après sa décapitation des chefs de file du camp anti-impérialiste.

Références

1 – Le parquet militaire libanais a lancé le 5 Août 2007 un mandat d’arrêt, par défaut, pour un procès par contumace, à l’encontre de quinze personnalités libyennes qui pourraient être impliquées par cette disparition. Parmi les personnes recherchées figurent le Commandant Abdel Salam Jalloud, à l’époque N°2 du régime Libyen, évincé en 1993, Ali Abdel Salam Triki, à l’époque ministre des Affaires étrangères, le Commandant Wakil Al Roubeihy, commandant de la police de Tripoli, Ahmad Chehata, chef du bureau de liaison des relations internationales au ministère des Affaires étrangères ainsi que Mahmoud Ould Daddah, ambassadeur de Mauritanie en Libye.

M. Abdel Moneim al-Houni, ancien membre du « groupe des officiers Libres, a affirmé que Moussa Sadr a été assassiné et enterré dans la région de Sebha dans le sud du pays. Le pilote Najmeddine al-Yaziji, à l’époque pilote de l’avion de Kadhafi, avait été chargé de transporter le corps de l’Imam Sadr pour l’enterrer dans la région de Sebha.

Peu de temps après, al-Yaziji a été lui-même liquidé par les renseignements libyens pour que l’affaire de l’assassinat de Sadr ne soit pas divulguée, a ajouté M. Abdel Moneim al-Houni, dans une interview au quotidien Al Hayat, mercredi 24 février 2011, après sa défection de son poste de représentant de Libye auprès de la Ligue arabe. L’Imam Sadr était accompagné de son bras droit, cheikh Mohammad Yacoub, et, du journaliste Abbas Badreddine. Il y avait été vu pour la dernière fois le 31 août 1978. Depuis cette date, les trois hommes n’ont plus donné aucun signe de vie.

source

De quelle sorte d’Entité dirigeante l’Opposition Syrienne a-t-elle besoin ?


par Haytham Khoury, mardi 2 août 2011, 04:02

La discussion concernant l’entité dirigeante dont la Syrie a besoin en ce moment est très importante, car elle aura des conséquences décisives sur la guerre contre le régime et sur la période de transition par la suite. Est-ce que la Syrie a besoin d’un gouvernement d’ombre (gouvernement fantôme)  ou d’une entité composée des politiciens de l’opposition ?

À mon avis, ce dont on a besoin maintenant est une entité composée de politiciens qui sont capables de mener la lutte politique contre le régime et naviguer sur la période transition jusqu’à l’organisation d’élections libres. Nous avons besoin d’une entité politique qui est composée de personnes qui peuvent neutraliser la machine de propagande du régime. Nous avons besoin d’une entité politique qui peut se connecter et se communiquer avec les Syriens. Nous avons besoin d’une entité politique qui peut inspirer et encourager les gens qui manifestent dans la rue. Nous avons besoin d’une entité politique qui peut amener  les gens qui sont neutres jusqu’à présent à la révolution. Nous avons besoin d’une entité politique qui peut exposer une vision pour l’avenir du pays. Nous avons besoin d’une entité politique qui peut s’adresser à la communauté internationale. Nous avons besoin de gens qui ont une bonne connaissance de la vie. Nous avons besoin de gens qui ont une bonne connaissance de la société. Nous avons besoin de gens qui peuvent comprendre les êtres humains autour d’eux. Nous avons besoin de gens qui peuvent parler de manière cohérente. Nous avons besoin de gens qui savent parler aux esprits humains. Nous avons besoin de personnes qui peuvent apporter la nation ensemble, même si cette nation contient des groupes de tendances et de culture différentes.

A ce moment, on s’en fout si ces personnes sont des médecins, des ingénieurs ou d’avoir des hauts diplômes professionnels (des technocrates). La plupart des dirigeants qui ont mené des grandes nations en temps difficiles de leur histoire n’avaient pas eu de hauts diplômes. Churchill pendant la seconde guerre mondiale, De Gaulle pendant la guerre et les années qui ont suivi et de Mandela pendant le régime de l’apartheid pour n’en mentionner que quelques-uns. Toutes ces personnes n’ont pas réussi parce qu’ils possédaient des hauts diplômes. Mais ces personnes ont réussi  parce qu’ils ont compris les besoins de leurs nations respectives à des moments particuliers de leur histoire. Ils ont réussi, parce qu’ils ont compris la dynamique des relations internationales à l’époque. Ils ont réussi parce qu’ils avaient le courage et l’endurance. Ils ont réussi parce qu’ils n’étaient pas esclaves des besoins immatures. En d’autres termes, ils ont réussi parce qu’ils avaient la vision et le charisme.

En effet, nous n’avons pas besoin à cette époque un gouvernement de l’ombre des technocrates. Nous avons besoin d’une entité politique composée des politiciens de l’opposition qui peuvent mener et inspirer notre grand peuple à ce moment difficile de notre histoire.

Libye : retour sur huit mois d’insurrection


Le Point.fr – Publié le 20/10/2011 à 17:49 – Modifié le 20/10/2011 à 20:14
La contestation avait débuté le 15 février. Depuis, les combats ont fait rage entre rebelles et soutiens de l’ancien Guide, jusqu’à sa capture et sa mort, le 20 octobre

Source AFP

Retrouvez les dates-clés depuis le début de l’insurrection le 15 février, contre le régime de Muammar Kadhafi en Libye. Le dirigeant déchu a été capturé jeudi à Syrte et gravement blessé, selon un commandant des forces du nouveau régime dans cette ville. Les autorités officielles ont ensuite annoncé qu’il était mort.

FÉVRIER 2011

– 15-19 : Manifestations contre le régime, violemment réprimées à Benghazi et Al Baïda (est). L’insurrection s’étend.

– 21-22 : Les ministres de la Justice Moustapha Abdel Jalil et de l’Intérieur Abdel Fatah Younès rejoignent la rébellion. Des dizaines de personnalités politiques et militaires feront de même.

– 23-25 : La zone allant de la frontière égyptienne jusqu’à Ajdabiya, comprenant Tobrouk et Benghazi, passe aux mains des insurgés.

MARS

– 10 : La France est le premier pays à reconnaître le Conseil national de transition (CNT), créé fin février par l’opposition à Benghazi.

– 17 : L’ONU autorise un recours à la force contre les pro-Kadhafi pour protéger les civils.

– 18-19 : Les pro-Kadhafi attaquent Benghazi, « capitale » des rebelles. La coalition passe à l’offensive en bombardant les pro-Kadhafi, qui se replient vers l’ouest.

– 31 : L’Otan prend les commandes de l’opération « Protecteur unifié ».

AVRIL

– 20 : Après Londres, Paris et Rome envoient des conseillers militaires auprès du CNT. L’Égypte et les États-Unis suivront.

MAI

– 11 : Après deux mois de siège et de combats, la rébellion prend l’aéroport de Misrata (est de Tripoli).

JUIN

– 29 : La France reconnaît avoir parachuté des armes aux rebelles dans les montagnes de Nefoussa (sud-ouest de Tripoli). Début juillet, offensive rebelle depuis cette région.

JUILLET

– 15 : Le Groupe de contact, pilote politique de l’intervention, reconnaît le CNT comme « l’autorité gouvernementale légitime ».

– 28 : Assassinat du général Younès, chef d’état-major de la rébellion.

AOÛT

– 9 : Le régime accuse l’Otan d’avoir tué 85 civils dans des raids dans l’Ouest.

– 20 : Début de l’offensive rebelle sur Tripoli, avec l’appui aérien de l’Otan. Le 23, prise de la résidence de Bab al-Aziziya, QG de Kadhafi, qui était depuis en fuite.

SEPTEMBRE

– 1er : L’ONU et les grandes puissances débloquent pour le CNT 15 milliards de dollars d’avoirs libyens gelés.

– 9 : Kadhafi, son fils Seif al-Islam et son beau-frère Abdallah al-Senoussi sont visés par une « notice rouge » d’Interpol après un mandat d’arrêt de la CPI.

– 15 : Nicolas Sarkozy et David Cameron se rendent en Libye.

– 16 : L’ONU reconnaît le CNT.

– 20 : La « révolution » a fait 25 000 morts (président du CNT Moustapha Abdel Jalil).

– 21 : Les forces du nouveau régime conquièrent Sebha et Waddan, dans le sud désertique.

OCTOBRE

– 9 et 11 : À Syrte, percée majeure des pro-CNT avec la prise de l’université et du centre de conférences Ouagadougou, puis du QG de la police.

– 13 : Réouverture partielle de l’espace aérien. Redémarrage du gazoduc Greenstream entre la Libye et l’Italie.

– 17 : Bani Walid, au sud-est de Tripoli, « totalement libérée » (commandant pro-CNT).

– 18 : Visite surprise à Tripoli de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.

– 19 : Le numéro deux du CNT, Mahmoud Jibril, se dit inquiet de la bataille politique à venir qui pourrait faire sombrer le pays dans le « chaos ».

– 20 : Un haut responsable militaire du Conseil national de transition (CNT) annonce la chute de Syrte, dernier bastion du régime déchu.

Les nouvelles autorités annoncent la mort de Muammar Kadhafi, capturé à Syrte et gravement blessé.

AFP

A Walaja, la cueillette des olives de cette année pourrait bien être la dernière


Nigel O’Connor
The Palestine Monitor

Cette semaine, dans toute la Cisjordanie, la cueillette des olives a commencé, des populations quittant leur travail dans les villes
et venant dans les villages pour aider à la cueillette.
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La route du Mur qui va encercler al-Walaja.
Photo Nigel O’Connor.

Bien des agriculteurs sont confrontés aux restrictions imposées par les FDI, (Forces de défense israéliennes, ou plutôt FOI, Forces d’occupation israéliennes – ndt) pour savoir quand et où ils peuvent faire leurs cueillettes, en raison de la prolifération des colonies et des avant-postes israéliens.

Pour les villageois d’al-Walaja, village proche de Bethléhem, la cueillette se trouve assombrie par le fait que l’an prochain, ils vont être séparés de leurs terres une fois qu’Israël aura terminé la construction de son Mur de séparation. La route du Mur fera tout le tour du village, sauf à un endroit pour une route d’accès.

Le 23 août, la Cour suprême d’Israël a rejeté la plainte déposée contre le tracé prévu pour la route du Mur qui en fait va annexer près de 5000 dunums (500 hectares, ou 1250 acres) de terres agricoles du village.

Vendredi, dans une manifestation de soutien, des Palestiniens et internationaux ont aidé les agriculteurs à cueillir les olives sur les oliviers qui se trouvent au-delà du tracé envisagé pour le mur.

Des actions de solidarité ont été organisées par ISM (Mouvement international de solidarité), une organisation créée par le candidat à la présidentielle palestinienne, le Dr Mustafa Barghouthi.

Le Dr Barghouthi a participé à la cueillette et remercié les volontaires pour l’importance de leur participation.

«  Nous sommes ici parce que le mur israélien va empêcher la population de faire les cueillettes à cet endroit » dit-il. « Le mur est en train d’entourer le village et d’isoler complètement les villageois de leur communauté ».

Samedi matin, des soldats israéliens s’étaient regroupés près du lieu de la cueillette et les agriculteurs s’attendaient à ce qu’ils leur disent de partir de leurs terres.

Pour le Dr Barghouthi, c’est la forte présence internationale qui les a dissuadés de tenter toute action. « C’était un acte de solidarité très important », dit-il.



S’exprimant sur The Palestine Monitor en septembre, une habitante d’al-Walaja, Sheerin al-Araj, a dit que son village représentait un microcosme de l’histoire moderne de la Palestine.

« A l’origine, notre village possédait 18 000 dunums de terres » a-t-elle dit tout en manifestant contre la construction du Mur de séparation. « La guerre d’Indépendance d’Israël en 1948 nous a pris 11 000 dunums ». Le Mur va réduire les terres du village encore beaucoup plus.

Avec la guerre des Six Jours et l’occupation israélienne de Cisjordanie et de la bande de Gaza, les limites communales de Jérusalem ont été étendues afin de prendre de nouveaux territoires. Les colonies de Gilo et de Har Gilo se sont implantées.

« Depuis 1967, nous avons deux colonies, une route et une voie ferrée. Une fois que le Mur sera construit, il nous restera seulement 2200 dunums » a dit Sheerin.

Depuis la Deuxième Intifada et la paralysie qui en a suivi de l’économie de la Cisjordanie, bien des Palestiniens sont devenus extrêmement dépendants pour assurer les récoltes et cueillettes dans leurs exploitations familiales.

Dans la période qui a précédé la cueillette des olives, les colons israéliens ont souvent pris pour cibles les villages qui leur sont voisins en arrachant, détruisant ou brûlant les arbres. Pour al-Walaja, ce sont les FDI, avec la complicité de la Cour suprême d’Israël qui vont couper les villageois de leurs arbres et de leurs terres.

(JPG)
En pointillés orange, tracé du mur existant.
En pointillés bleus, tracé du mur à venir.
En violet, projet de colonisation.
Source : PNN

17 octobre 2011 – The Palestine Monitor – traduction : JPP


Candidature de la Palestine à l’ONU : vote possible le 11 novembre

Le Conseil de sécurité de l’ONU pourrait voter le 11 novembre sur la candidature des Palestiniens à un siège permanent à l’organisation, a-t-on appris hier auprès d’un diplomate occidental de haut rang. Une réunion d’information des quinze pays membres du Conseil de sécurité sur l’état d’avancement de l’examen de la candidature palestinienne s’est déroulée mardi d’une façon « harmonieuse », a-t-il expliqué. Il y aura encore une réunion au niveau des ambassadeurs le 3 novembre, puis une réunion formelle le 11 novembre qui, si les Palestiniens le souhaitent, pourrait déboucher sur une mise au vote, a-t-il poursuivi. Les discussions sur la candidature palestinienne à l’ONU se poursuivent parallèlement aux efforts du quartette pour le Proche-Orient (États-Unis, Union européenne, ONU, Russie) pour relancer un dialogue israélo-palestinien gelé depuis plus d’un an. Le quartette se réunira séparément avec des représentants israéliens et palestiniens le 26 octobre à Jérusalem.


http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/727812/Candidature_de_la_Palestine_a_l%27ONU+%3A_vote_possible_le_11_novembre.html

Gilad Shalit, les prisonniers palestiniens et le « sang sur les mains »


mardi 18 octobre 2011, par Alain Gresh
Blog du Monde diplomtique

On ne peut que se féliciter, sur le plan humain, de la libération de l’« otage » Gilad Shalit, rendu à sa famille et à ses proches après cinq ans de captivité. On peut toutefois s’étonner de la place accordée à cet événement par nombre de médias, avec des envoyés spéciaux dans son village natal, attendant son retour, interrogeant les habitants, partageant l’émotion générale.

Si la joie des Palestiniens est également montrée – et c’est une bonne chose –, on partage en revanche rarement celle d’une famille précise, celle d’une femme retrouvant son mari (certains prisonniers croupissaient dans les geôles israéliennes depuis plus de trente ans – j’ai bien dit trente ans –, un tiers ont été arrêtés avant les accords d’Oslo de 1993), d’un fils retrouvant son père dont il ne se remémore même pas le visage.

L’une des remarques qui reviennent sans cesse dans les médias est que ces gens que l’on libère ont « du sang sur les mains ». Il est étonnant de voir ainsi repris l’un des thèmes de la propagande israélienne, qui parle, elle, de « sang juif sur les mains ».

Oui, nombre de prisonniers ont participé à des actions contre des militaires et même des civils israéliens. C’était aussi le cas des combattants du Front de libération nationale (FLN) algérien et du Congrès national africain (ANC) sud-africain : tous deux ont menés des actions armées, tous deux ont commis des actes « terroristes » (attaques contre des cafés, des civils, etc.). Nelson Mandela, présenté aujourd’hui comme une sorte d’icône du pacifisme, était considéré comme un terroriste par les Etats-Unis et le Royaume-Uni ; Amnesty International avait refusé de l’adopter comme « prisonnier de conscience » parce qu’il prônait la violence.

La question essentielle qui ne sera pas posée : est-ce que l’attaque contre Gaza de décembre 2008, durant laquelle des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis, ne signifie pas que l’armée israélienne a « du sang sur les mains » ? Sans parler de l’invasion du Liban de 1982, qui a fait des milliers de victimes civiles, ou de la guerre contre ce même pays en 2006, qui a causé 1 400 morts.

L’un des arguments les plus fallacieux utilisés concernant les prisonniers palestiniens est qu’ils sont passés devant des tribunaux, qu’Israël est un pays démocratique, que sa justice est indépendante, etc. Tous ceux qui connaissent un peu le système judiciaire de ce pays savent que cela est parfaitement faux – sans même parler des prisonniers “administratifs”, que l’on maintient en détention sans procès, mais « légalement ». Ce serait un sujet intéressant pour les médias d’enquêter là-dessus.

Pour revenir sur l’émotion qui semble saisir les médias occidentaux devant la libération de Shalit, espérons qu’ils feront preuve de la même compassion pour le Franco-Palestinien Salah Hamouri, emprisonné depuis bientôt sept ans à la suite d’un procès qui était ainsi résumé par Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères : « Je déplore que les autorités israéliennes n’aient pas pris de décision de remise de peine, d’autant que les aveux faits à l’audience n’ont été corroborés par aucun élément de preuve. Je mesure la peine de sa famille, alors qu’il est à présent en âge de s’investir dans des études. Je comprends également que l’intéressé a fait le choix de ne pas solliciter de demande de grâce. C’est une attitude respectable. » Et que de nombreuses chaînes de télévision couvriront en direct sa libération…

http://blog.mondediplo.net/2011-10-18-Gilad-Shalit-les-prisonniers-palestiniens-et-le

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