Solidarité et Réalpolitique : Ma réponse à Jeff Halper


Palestine – 6 mai 2012

Par Susan Abulhawa

Susan Abulhawa est l’auteure de « Les Matins de Jénine » (éditions Buchet-Chastel, 2008) et la fondatrice de « Playgrounds for Palestine« . Elle a écrit cet article pour The Palestine Chronicle.

Il y a quelques années, j’ai participé à une table-ronde avec trois hommes, dont Jeff Halper, lors de la conférence Sabeel en Pennsylvanie. Chaque intervenant devait donner sa vision d’une solution au « conflit israélo-palestinien ». Placée où j’étais, j’ai pris la parole en dernier. J’ai écouté chacun de mes collègues présenter différentes versions d’une solution à deux Etats, toutes plus déprimantes les unes que les autres, chacune avec des nuances hors propos (toutes exprimées auparavant par Israël, au fait !) sur la manière de faire disparaître le problème des réfugiés. Ils ont repris la discussion rebattue sur des échanges de terre, des compromis, plusieurs boulevards surréalistes qui contournent l’humain et nombre d’autres solutions créatives destinées à éviter l’application des droits de l’homme des Palestiniens.

Solidarité et Réalpolitique : Ma réponse à Jeff Halper

Lorsque ce fut mon tour, j’ai parlé d’accorder aux Palestiniens les mêmes droits fondamentaux qui s’appliquent au reste de l’humanité, y compris le droit au retour chez soi après avoir fui un conflit. J’ai parlé d’égalité devant la loi, indépendamment de la religion. J’ai parlé d’une construction qui empêcherait un groupe d’en opprimer systématiquement un autre. J’ai parlé du droit universel à la dignité humaine. J’ai parlé d’un accès égal aux ressources, dont l’eau, indépendamment de la religion.

Je n’oublierai jamais la réponse de Jeff Halper, qu’il s’est empressé d’exprimer avant même que j’ai fini de parler. Il a commencé avec un sourire, de ce sourire qu’un adulte adopte devant les remarques naïves d’un enfant. Il fallait qu’il me donne une leçon et il a commencé à me dire, de la manière condescendante de celui qui sait mieux que vous, que ma vision manquait de « comment pourrais-je dire… réalpolitique. »

Je n’ai pas renoncé alors, pas plus que je ne l’ai fait depuis, à ma position : les Palestiniens ne sont pas une espèce inférieure à qui on pourrait demander d’aspirer à un compromis de dignité humaine pour tenir compte des conceptions racistes de quelqu’un d’autre qui serait d’essence divine.

Ceci dit, je ne considère pas Jeff Halper comme un raciste et je reconnais l’impact plutôt positif qu’il a eu en attirant l’attention sur une des cruautés immuables d’Israël, à savoir la démolition systématique des maisons palestiniennes comme outil de nettoyage ethnique de la population indigène non juive. Mais à mon avis, cela ne lui donne pas le droit de parler de ce que les Palestiniens devraient ou ne devraient pas faire. Je ne pense pas non plus qu’on puisse le qualifier d’anti-sioniste lorsqu’il accepte clairement les privilèges accordés exclusivement aux juifs. Après tout, Jeff Halper est un États-unien du Minnesota qui a fait son aliyah (le programme officiel d’Israël qui autorise les Juifs du monde entier à venir s’installer dans ma patrie, finalement à la place des autochtones expulsés). Peut-être est-ce dû à mon manque de réalpolitique, mais je ne peux pas concilier le fait d’embrasser le fondement même du sionisme d’un côté, et parler d’anti-sionisme de l’autre.

Dans un interview récent avec Frank Barar sur Al-Jazeera (1), c’est exactement ce qu’il fait. Il esquisse également un scénario lugubre sur l’avenir des Palestiniens, basé sur ce qu’Israël est très vraisemblablement en train de comploter, à savoir l’annexion de la Zone C et la pacification de l’Autorité palestinienne (également probable) avec des avantages économiques et des mini-bantoustans qu’ils peuvent appeler un Etat. Mais il est complètement dans l’erreur, à plusieurs reprises, lorsqu’il s’agit des Palestiniens eux-mêmes, comme s’il nous évaluait tous d’un coup d’œil et décidait qu’il n’est pas impressionné. Malgré la résistance palestinienne non violente en résurgence dans toute la Palestine, sous diverses formes allant de manifestations à d’importantes campagnes de solidarité, grèves de la faim, et autres, il dit que « la résistance [palestinienne] est impossible » aujourd’hui. Au mieux il banalise le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), premier mouvement palestinien non violent coordonné à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine qui a aussi réussi à inspirer et à captiver l’imaginaire d’individus et d’organisations dans le monde entier en solidarité avec la lutte palestinienne pour la liberté. C’est encore mon manque de réalpolitique, mais pour moi, créer une situation où il est possible de forcer l’application des droits de l’homme et de restaurer sa dignité à la société palestinienne est une fin en soi. Jeff Halper semble incapable d’envisager que la fin soit autre chose qu’un accord négocié.

Il énumère tout ce qui ne va pas dans les affaires internes palestiniens. Bien sûr qu’il y a des problèmes. Nous savons que nos dirigeants ne font pas grand chose d’autre que de ramasser les ordures et de maintenir les gens au garde-à-vous pendant qu’Israël vole toujours plus de notre terre. Cela ne nous fait pas plaisir non plus. Mais il semble suggérer que lui, avec d’autres Israéliens je présume, porte le fardeau de la résolution de ce conflit. A un moment, il dit :

« Nous avons [les Israéliens de gauche, je suppose ?] alerter nos gouvernements, nous avons sensibilisé l’opinion publique, nous avons mené des campagnes, vous avons fait ça pendant des décennies, nous l’avons fait collectivement, un des deux ou trois problèmes réellement mondiaux. Mais sans les Palestiniens, nous ne pouvons pas aller plus loin. »

Puis il ajoute :

« J’essaie de provoquer un peu mes homologues palestiniens. Où êtes-vous, les gars ? »

Si je comprends bien [et je veux bien lui accorder le bénéfice du doute et que ce n’est pas cela qu’il veut dire], il se voit clairement comme étant à la pointe de la lutte palestinienne où ses homologues palestiniens sont désorganisés, brouillons, ou absents. Il suggère même que dans cette période cruciale, « les Palestiniens doivent prendre le relai, » continuant à soutenir l’idée que les Palestiniens ne sont pas aux commandes de la résistance.

Il affirme aussi qu’importer des Juifs du monde entier pour vivre dans des colonies construites sur des terres confisquées à des propriétaires privés palestiniens « n’est pas du colonialisme de peuplement« . Qu’est-ce que c’est, alors ?

Mais pour revenir à cette étrange affirmation que les Palestiniens « doivent prendre le relai » [de qui ?], il décrit le cas où il a refusé de participer à la Marche mondiale à Jérusalem parce que les organisateurs palestiniens [qui avaient pris le relai ?] ne voulaient pas inclure le mot « Israël« , le nom du pays qui nie notre existence même et cherche tous les moyens pour nous éradiquer. Cela veut-il dire que Jeff Halper veut « que les Palestiniens prennent le relai » tant qu’ils le font d’une manière qui ne heurte pas les sensibilités de ceux qui les privent de leurs privilèges, pour leur propre compte ? Ce n’est pas comme cela que fonctionne la solidarité.

Je ne prétends pas dire aux Israéliens ce qu’ils devraient ou ne devraient pas faire, mais j’aimerais voir les Israéliens se concentrer davantage sur leurs propres échecs que sur les nôtres. J’aimerais vraiment entendre ceux qui ont fait leur aliyah reconnaître qu’ils n’avaient pas le droit de le faire ; que faire son aliyah est un crime contre la population indigène qui a été et continue d’être expulsée de force pour faire de la place à ceux qui font leur aliyah. J’aimerais entendre des excuses. Le traumatisme que ressentent les Palestiniens fait partie intégrante de la réalpolitique et il n’est pas sans rappeler le traumatisme du psychisme juive. Il vient de la même humiliation, de la même souffrance de ne pas être considéré comme pleinement humain. Ou d’être traité comme de la vermine par ceux qui ont les fusils. Si Halper comprenait vraiment cela, peut-être que laisser tomber le mot « Israël » – un mot qui plane sur les décombres de nos maisons détruites et inonde de douleur l’âme de notre collectivité – aurait été un signe de solidarité facile.

(1) « We’gone way beyond Apartheid« , Jeff Halper, Al-Jazeera, 02.05.2012. Extraits en français sur Info-Palestine.net
Photo
Susan Abulhawa pendant une conférence sur BDS à l’Université de Pennsylvanie, le 4 février 2012Source : The Palestine Chronicle

Traduction : MR pour ISM

Urgent, à diffuser, en parler, c’est le moment ou jamais.flv


C’est le moment ou jamais ! Il faut diffuser cette vidéo et parler autour de soit de ce qui se passe en Islande. Ce qui se passe est historique et j’espère que la contagion gagnera le reste du monde soit-disant libre. Cette vidéo est la preuve que nous pouvons changer les choses et je remercie Peter de « The Plot 911 » de l’avoir mise en ligne. C’est par soucis de maximisation de sa diffusion que je me permet de la mettre à nouveau en ligne. N’hésitez pas à faire comme moi en changeant le titre pour que cette vidéo se propage comme un virus, vous participerez ainsi à la libération !

Témoignages d’étudiants victimes de la prise d’assaut de l’universite d’Alep


mai 5, 2012

” Un étudiant a même été égorgé par un “Shabiha”] et balancé par la fenêtre. Plusieurs de ces miliciens en civil étaient par ailleurs postés à la sortie de l’université pour arrêter ceux qui tentaient de fuir “
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La Révolution Syrienne 2011 الثورة السورية

Témoignages de quelques étudiants victimes de la prise d’assaut de l’universite d’Alep.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les gangs criminels du dictateur syrien Bachar Alassad ont lancé un raid sur l’université d’Alep, où des centaines d’étudiants manifestaient contre le régime de Bachar al-Assad. Très vite, l’intervention s’est transformée en une terrifiante chasse à l’homme. Notre Observateur est parvenu à prendre la fuite, après avoir vu des jeunes sauter par la fenêtre pour éviter les tirs.

“Ils ont déshabillé des jeunes et les ont humiliés.” selon Abo Taim (pseudonyme), 22 ans, est étudiant en sciences de l’éducation. Il est originaire de la ville d’Idleb, dans le nord-ouest du pays.

Nous étions tous rassemblés au niveau du foyer du campus et scandions des slogans anti-gouvernement quand les forces de l’ordre ont débarqué, vers 22 heures. Elles ont commencé à nous bombarder de gaz lacrymogène. Tout le monde s’est mis à courir dans tous les sens. Certains étudiants se sont évanouis. Avec d’autres camarades, nous avons réussi à nous réfugier à l’intérieur d’un des bâtiments. On s’est caché un moment dans les escaliers de service. Le reste du temps, dès qu’on voyait une fenêtre, on balançait tout ce qu’on trouvait comme projectiles sur les forces de l’ordre qui étaient dans la cour.

Après une dizaine de minute, dix cars de police et des pick-up de l’armée sont arrivés en renfort. Ils sont entrés dans les bâtiments et nous ont poursuivis à travers les couloirs. C’était une scène inimaginable. Ils nous tiraient dessus, visaient les portes et l’intérieur des chambres. Des jeunes ont été arrêtés et emmenés. On ne sait pas où ils se trouvent actuellement. Dans les étages, certains sautaient par les fenêtres pour échapper aux balles. Un étudiant a même été égorgé par un “Shabiha”] et balancé par la fenêtre. Plusieurs de ces miliciens en civil étaient par ailleurs postés à la sortie de l’université pour arrêter ceux qui tentaient de fuir.

Puis j’ai vu les milices criminelles du régime humilier quinze jeunes qu’elles avaient attrapés. Elles les ont déshabillés et forcés à s’allonger par terre, puis les ont insultés tout en leur donnant des coups de pied à la tête. Les étudiants ont finalement été relâchés et ont pu quitter le campus, mais complètement nus.

Vers 1h30 du matin, j’ai pu m’enfuir en escaladant une grille. J’ai couru pendant dix minutes et me suis réfugié dans un jardin public de la ville. Je suis retourné le lendemain à l’université. Ma chambre et mes affaires avaient été mises à sac et incendiées, comme dans la plupart des dortoirs. Aujourd’hui, je loge avec cinq amis dans un petit appartement loué par des gens qui veulent nous aider. Mais tout le monde n’a pas cette chance. Il y a des dizaines d’étudiants qui errent dans les rues d’Alep et qui squattent dans les parcs, parce qu’ils n’ont nulle part où aller.

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Videos d’arrestations d’étudiants à Alep. Les étudiant d’Alep avaient réalisé une vidéo en avril où ils se rassemblaient sur le campus pour former un SOS visible du ciel: Syrie, 11 et 12 avril 2012. Le S.O.S. des étudiants d’Alep.

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The Syrian Days Of Rage – English

I love the revolution university of #Aleppo

Free #Syria

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La Révolution Syrienne 2011 الثورة السورية

La cruauté des gangs criminels du dictateur syrien envers les manifestants pacifiques

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Syrie : explosions à Alep et Damas, au moins cinq morts


samedi 5 mai 2012, par La Rédaction

Des explosions ont secoué samedi Damas et Alep faisant au moins cinq morts dans cette deuxième ville de Syrie, au moment où des funérailles sous haute tension étaient prévues dans la capitale, selon une ONG.

A la périphérie d’Alep (nord), au moins cinq civils ont été tués par l’explosion d’une bombe placée dans une station de lavage de voitures au passage d’un bus dans la région de Tall al-Zarazir, a indiqué à l’AFP le président de l’OSDH Rami Abdel Rahmane.

Aux abords de la capitale, une première explosion au passage d’un bus transportant des militaires a fait trois blessés parmi les soldats, et une deuxième bombe placée sous un véhicule militaire dans une artère commerçante importante, As-Saoura, a explosé sans faire de victimes, selon lui.

L’artère As-Saoura lie plusieurs quartiers de la capitale syrienne secouée la veille par d’importantes manifestations antirégime au cours desquelles neuf civils ont été tués par les tirs des forces de sécurité.

Les explosions à Damas sont « une tentative de terroriser les gens et de les empêcher de participer aux funérailles » des neuf manifestants tués dans les quartiers de Kafar Soussé et Al-Tadamone, a affirmé à l’AFP Mazen Safadi, un militant à Damas.

C’est l’un des bilans les plus lourds à Damas dans la répression du mouvement de contestation contre le régime de Bachar al-Assad, lancé en mars 2011.

Le Conseil national syrien (CNS), principale composante de l’opposition, a demandé aux observateurs de l’ONU qui surveillent depuis le 16 avril le cessez-le-feu violé quotidiennement, à se rendre samedi dans les quartiers d’al-Tadamone et de Kafar Soussé où « auront lieu les funérailles des martyrs ». « Les funérailles montreront au régime que Damas n’est pas une ville neutre comme il le prétend », affirme le CNS, en dénonçant le fait que les forces gouvernementales « répondent par le feu aux revendications des manifestants ».

Au total 29 civils ont été tués vendredi par les forces de sécurité dans différentes provinces du pays.

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Interview de Jeff Halper par Frank Barat


Netanyahu et Fayyad sont passés d’une conception à deux États à une conception économique à deux États, ce qui est tout à fait différent.

Interview de Jeff Halper par Frank Barat

J’ai rencontré Jeff Halper, militant israélien pour la paix depuis de nombreuses années et directeur de l’Israeli Committee Against House Demolition (ICAHD) et également auteur de nombreux ouvrages. Jeff Halper réalise actuellement une série de conférences à travers l’Europe, qui le mènera du Royaume-Uni à la Pologne. Voici ses propos sur la situation en Palestine et en Israël.

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« J’explique que la Palestine est le modèle réduit de ce qui se déroule dans la reste du monde. »

Pourriez-vous nous donner des nouvelles de la situation concernant les démolitions de maisons palestiniennes et de la situation que nombre de personnes qualifient désormais de « nettoyage ethnique » ?

Je crois qu’à ce jour, Israël en a terminé avec tout ça. Nous sommes aujourd’hui au-delà de l’occupation. Les mouvements palestiniens sont apaisés et du point de vue d’Israël, la situation dans son ensemble a été normalisée. Netanyahu s’est rendu à Washington le mois dernier pour y rencontrer Obama. A son retour, on a demandé à son conseiller comment s’était passée cette réunion et il a répondu ceci : « C’est la première fois qu’un Premier Ministre israélien rencontre un Président des Etats-Unis sans que le problème palestinien soit évoqué. »

Ainsi, dans la mesure où les Etats-Unis sont paralysés du fait de l’influence de Netanyahu sur les deux partis du Congrès et de l’absence de volonté d’action de la part d’Obama, Netanyahu s’apprête à donner le coup de grâce. Israël pourrait très ben annexer la Zone C qui représente 60% de la Cisjordanie. Il y a environ deux mois, les diplomates du Conseil de l’Europe à Jérusalem et à Ramallah, ont envoyé un rapport à l’Union Européenne déclarant qu’Israël avait expulsé par la force les Palestiniens de la Zone C. Dans la bouche de diplomates, l’expression ‘expulser par la force’ est très forte.

La Zone C abrite moins de 5 pour cent de la population palestinienne. En 1967, 250 000 personnes vivaient dans la vallée du Jourdain. Aujourd’hui, le chiffre est inférieur à 50 000. Les Palestiniens ont donc, soit été expulsés du pays, en particulier la classe moyenne, soit poussés vers les Zones A et B. 96 à 97 pour cent d’entre eux vivent dans ces zones. Dans la zone C, le chiffre de la population palestinienne a été ramenée à un niveau tellement bas, probablement autour de 125 000 personnes, qu’Israël pourrait annexer la Zone C et leur donner la pleine citoyenneté.

En résumé, Israël peut se permettre d’absorber 125 000 personnes sans mettre en péril l’équilibre démographique. Que va dire le reste du monde ? Ce n’est pas l’apartheid puisque Israël leur a donnés la citoyenneté. Je pense donc qu’Israël espère s’en tirer comme ça. Personne ne s’inquiète de ce qui se passe dans les Zones A et B. S’ils veulent déclarer un Etat palestinien, ils peuvent le faire, Israël n’a aucun intérêt à Ramallah, Naplouse et Hébron.

Autrement dit, le dossier est clos. Israël est désormais présent de la côte méditerranéenne jusqu’au Jourdain, les Palestiniens sont confinés dans les Zones A et B ou dans de petites enclaves de Jérusalem Est.

Donc, quand les gens évoquent un Etat palestinien représentant 22 pour cent de la Palestine historique, on est loin de la vérité, n’est-ce pas ? Le chiffre est inférieur ?

Oui. Salam Fayyad (Premier Ministre de l’Autorité Nationale Palestinienne) dit : « Notre Etat n’a pas à occuper une proportion spécifique du territoire. Notre Etat est un état économique et nous pouvons travailler sur cette base en annexant telle ou telle partie de territoire selon l’endroit où nous pouvons implanter nos villes ». L’idée est qu’Israël leur donne une partie de la Zone C et rassembler les enclaves. Ainsi, le nord, le sud et Gaza seront toujours isolés mais Fayyad explique : « nous pouvons travailler sur cette base ». Netanyahu et Fayyad sont passés d’une conception à deux États à une conception économique à deux États, ce qui est tout à fait différent. Le problème qui se présente aujourd’hui aux responsables, c’est comment vendre cette idée aux Palestiniens. Mais c’est selon moi ce qui nous attend. Israël a l’impression que les Palestiniens ont perdu. C’est fini. La résistance est impossible à cause de l’armée israélienne, de l’armée palestinienne mandatée, du mur… une troisième Intifada n’est pas envisageable. La politique d’Israël depuis 1923 et le Mur d’acier n’ont fait que décupler le désespoir. J’ai écrit un article à ce sujet (« The mounting despair in Palestine » ).

Les sionistes ont toujours dit qu’une fois que le seuil du désespoir serait atteint – la formulation de Ze’ev Jabotinsky à ce sujet est d’ailleurs intéressante puisqu’il évoque « le désespoir de la terre d’Israël devenant la Palestine » – ce serait la fin et la victoire leur serait acquise. Israël pense qu’on en est là. Si vous vous rendez en Cisjordanie aujourd’hui (Gaza est peut-être différent), vous entendrez les gens dire qu’ils en ont assez et qu’ils souhaitent uniquement trouver un emploi, vivre leurs vies et être heureux. D’une certaine manière, Fayyad pense pouvoir répondre à ça.

Des « pogroms » ont récemment eu lieu à Jérusalem. Un groupe de supporters du Beitar Jerusalem a attaqué des ouvriers palestiniens dans un centre commercial. Ces gens sont-ils des exceptions ou ce type d’évènement est-il représentatif de la société israélienne ?

On est ici au-delà de l’exception. Ils ne représentent pas non plus l’ensemble de la société israélienne. Cette équipe de football de Jérusalem est liée au Likoud. En Israël, de nombreux clubs de football sont associés à des partis politiques. Il existe un lien très fort entre l’idéologie du Likoud, de Begin et l’équipe du Beitar. Pour eux, l’Arabe est l’ennemi. Cela reflète donc environ un tiers de la société israélienne, celle-la même qui est pour une politique d’expansion, de colonisation et qui considère que les Arabes sont des ennemis. Au sein du Beitar, il n’y a pas que les agressions, il y a aussi les chants. A chaque fois que leur équipe marque un but, ils chantent ‘Mort aux Arabes’. On parle ici de 20 000 personnes reprenant en cœur le même slogan. Aucun Arabe n’a jamais joué pour le Beitar.

Les Arabes sont pourtant de plus en plus nombreux dans les équipes israéliennes. Mais pas au Beitar. Cette agression est une sorte de prolongement de ce comportement. On est là dans un contexte de gamins qui ont vu la société israélienne se transformer en économie néo-libérale, à la Thatcher. Et les écarts de revenus sont gigantesques en Israël. Le pays fait désormais partie de l’OCDE mais il fait aussi partie des pays ayant les plus grands écarts de revenus entre les riches et les pauvres.

Ces gamins n’ont aucun moyen de se projeter dans le futur. Ils viennent de cités, un peu comme ces jeunes qui soutiennent le Front National en France ou l’English Defense League en Angleterre. Ce sont des individus qui n’ont pas d’autre choix que de se soumettre à leurs émotions racistes pour évacuer la frustration, et le football est parfait pour ça. Il permet d’évacuer la colère, plutôt que de la diriger contre le gouvernement. C’est pour cela que ce même gouvernement sponsorise des équipes de foot !

Quelle importance ont les mots que nous utilisons, lorsque nous donnons notre avis sur le sujet de la Palestine et d’Israël. Ilan Pappé m’a récemment confié que nous devrions repenser notre vocabulaire. Peut-on encore légitimement parler de paix ou d’occupation ? Ne devrions-nous pas plutôt parler de « droit à la résistance » et d’ »apartheid ».

Bien sûr. Nos analyses comportent un certain nombre de termes. Il y en a deux en particulier : je crois qu’aujourd’hui, nous sommes au-delà de l’occupation et de l’apartheid.

Il y a donc deux mots qui reflètent une réalité politique mais qui n’ont aucune substance légale. L’un de ces termes est la « judaïsation ». Le pays entier est en train d’être judaïsé. C’est un terme que le gouvernement utilise pour « judaïser » Jérusalem, la Galilée et ce processus est donc au cœur de la situation présente. Mais elle n’a aucune référence légale. Aussi, nous travaillons avec Michael Sfard et un certain nombre d’avocats pour introduire ces termes dans le discours, avec l’idée de leur donner un cadre légal. Nous devons essayer de faire coïncider le processus et la réalité politique parce qu’il n’existe pas de précédent dans le monde.

L’autre terme est la détention (« warehousing » dans la version originale, littéralement « entrepôsage » – Ndt) car je pense qu’il a plus de sens que le terme apartheid. La détention est permanente alors que l’apartheid reconnaît qu’il y a quelque chose de l’autre côté. Le terme « warehousing » est comme une prison. Il n’existe rien de l’autre côté. Il y a nous et ces gens que nous contrôlons, qui n’ont ni droits, ni identité. Ce sont des prisonniers. Cela n’a rien de politique, c’est permanent et statique. Vous pouvez résister face à l’apartheid. Le principe de cette détention repose sur le fait que vous ne pouvez pas résister parce que vous êtes prisonnier.

Les prisonniers peuvent organiser une mutinerie dans la cour de promenade mais les gardiens ont tous les droits pour les réprimer. Israël en est à ce point. Ce sont des terroristes et nous avons le droit de les réprimer. Dans un sens, Israël est venu à bout de la communauté internationale et des Etats-Unis en particulier, en évacuant l’aspect politique de cette situation. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de sécurité, comme c’est le cas dans les prisons. C’est un autre concept dénué de cadre légal et nous aimerions parvenir à lui en donner un parce que la détention ne se produit pas seulement en Israël. La détention existe dans tout le monde capitaliste. Deux tiers de la population mondiale subit ou a subi ce type de détention. C’est pour cela que je parle de « Global Palestine ». J’explique que la Palestine est le modèle réduit de ce qui se déroule dans la reste du monde.
Frank Barat est un activiste pour la paix, vivant a Londres. Il est le coordinateur du Tribunal Russell sur la Palestine.

Twitter@frankbarat22

De Frank Barat :

-  La Charte du Likoud ne reconnaît pas à la Palestine le droit d’exister
-  Un Israélien dans Gaza : tour d’horizon avec Jeff Halper
-  Pappé/Chomsky : « Le champ du possible », entretiens

De Jeff Halper :

-  Et maintenant, où allons-nous ?
-  Israël travaille au changement du droit international (2/2)
-  Israël travaille au changement du droit international (1/2)
-  Aucun partenaire pour la paix : c’est notre problème avec l’Amérique
-  La Palestine est un os en travers de la gorge d’Obama
-  Palestiniens : le stockage d’un « peuple en trop »
-  Fin d’une odyssée
-  Un juif israélien à Gaza
-  L’Esprit frappeur palestinien

Et aussi :

-  Entretien avec Jeff Halper – 2e partie – interview par Matthieu Walleser
-  Entretien avec Jeff Halper – 1ère partie
-  Jeff Halper : « Alors, un Etat commun » – interview par Jürgen Rose
-  Jeff Halper, lauréat 2009 du Prix « Citoyen du monde » – L’équipe de l’ICAHD
-  Jeff Halper entame son tour d’Australie – Sonja Karkar
-  Jeff Halper à Gaza : “Nous sommes l’oppresseur” – Interview par Rami Almeghari
-  Free Gaza revient à Chypre pour un autre groupe – Jeff Halper arrêté – PNN

2 mai 2012 – Agence Medias Palestine – Publié en anglais sur : New Internationaliste Magazine

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Dix prisonniers palestiniens en grève de la faim hospitalisés


samedi 5 mai 2012, par La Rédaction

L’ambassadeur palestinien à l’ONU a attiré vendredi l’attention du Conseil de sécurité sur le sort de dix prisonniers palestiniens en grève de la faim dans des prisons israéliennes et qui ont été selon lui hospitalisés dans un état grave.
« La vie de plusieurs prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis 59 à 67 jours est désormais en danger », affirme Riyad Mansour dans une lettre adressée au président en exercice du Conseil, l’ambassadeur d’Azerbaïdjan Agshin Mehdiyev.
M. Mansour mentionne dix prisonniers détenus à la « prison Ramleh », dont « l’état de santé grave » a nécessité le transfert à l’hôpital de la prison. Il souligne en particulier que deux d’entre eux, Bilal Diab, et Thaer Halahla, sont en grève de la faim depuis le 29 février. Ils souffrent notamment de « perte de poids importante, atteinte nerveuse, déshydratation et baisse de la tension artérielle », selon la lettre.
« Israël est responsable du bien-être de ces prisonniers » et le Conseil de sécurité doit lui rappeler ses « obligations légales en la matière », affirme M. Mansour.
Au moins un tiers des quelque 4.700 détenus palestiniens d’Israël sont actuellement en grève de la faim, selon l’administration pénitentiaire israélienne et des sources officielles palestiniennes.
Thaër Halahla, 34 ans, et Bilal Diab, 27 ans ont comparu jeudi devant la Cour suprême israélienne, qui a renvoyé sa décision sur leur demande de remise en liberté. Ils sont détenus sans inculpation sous l’accusation d’appartenance au mouvement radical Jihad islamique.
Le coordinateur de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry, s’était déclaré jeudi « très inquiet des informations concernant (leur) condition critique ». Dans un communiqué, il avait appelé « Israël à se conformer à ses obligations en matière de droit international et de faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger la santé des prisonniers ».

(05 mai 2012 – Avec les agences de presse)

source

Voir aussi cet autre article sur le même site : Le Hamas met en garde Israël contre le décès de détenus en grève de la faim

Formations professionnelles, journée portes ouvertes


Journée portes ouvertes

Formations professionnelles :

– Horeca, Bureautique, menuiserie, bâtiments, plomberie, électricité, mécanique –

Animations – Expositions – Dégustations

Le samedi 05 mai 2012

De 11h à 15h

Au 34, rue de la Victoire à 1060 – Saint-Gilles

Personne de contact :

Naïma Nassir : 02/5379452

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