Un christianisme pour le peuple !


par Michel Kilo

in Al-Safir (Liban), 16 juin 2012

traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier

 

Jamais le christianisme n’a été la chasse gardée des seuls chrétiens. Avant la venue de Jésus le Nazaréen, il n’y avait pas de chrétiens, et si le Sauveur avait été celui des seuls chrétiens, son message et sa vie n’auraient pas cette valeur humaine éternelle. Il aurait été un réformateur ordinaire venu au milieu d’un peuple particulier, qui aurait ensuite repris son chemin pour aller ailleurs. Le Christ n’est pas venu apporter sa parole aux seuls chrétiens, et il n’était nullement dans son intention d’éloigner des valeurs du christianisme les non chrétiens. En effet, le Christ n’était pas destiné à un peuple ou à un groupe de croyants particuliers. Non, le Christ était, selon les termes même du Saint Coran, une « miséricorde pour le monde entier ».

Nul doute que la persécution subie par les chrétiens durant des siècles au cours desquels ils ont fait des sacrifices terribles et où ils ont vécu dans nombre de cas en secrets et pourchassés, les a contraints à voir dans leur religion un lien qui les unit et les protège, même s’ils n’ont jamais cessé de la répandre parmi ceux qui n’y adhéraient pas et même s’ils ont considéré que son succès à convaincre ces derniers était une preuve de l’élévation et de la sublimité de son message, de sa nature divine et de ses finalités salvifiques.

Les persécutions ont conduit à la cristallisation de deux aspects fondamentaux dans l’œuvre des adeptes de la religion nouvelle : le premier aspect, c’est le fait que l’unité de la famille chrétienne ne doit pas avoir pour conséquence que celle-ci se renferme sur elle-même ou à devenir incapable de s’adresser aux non-chrétiens, à leur parler et à les défendre en tant, eux aussi, que « fils de Dieu » ; quant au second aspect, c’est le fait que l’Autre (le prochain), précisément, est le but, l’objectif de tout chrétien qui se respecte, non pas parce qu’il serait chrétien comme lui, mais justement, en raison du contraire : son prochain n’est pas chrétien et il est probable que, dans bien des cas, il soit un contempteur du christianisme, et même son ennemi.

Les rivalités religieuses auxquelles se mêlaient des considérations d’intérêts séculiers qui ont marqué bien des orientations de la nouvelle religion (chrétienne) ont joué un rôle dans le renfermement sur elle-même de cette dernière et dans le fait qu’elle se soit mise à voir dans les adeptes des autres religions des « adversaires du christianisme » avec lesquels il est inutile de dialoguer et auxquels il est même inutile d’adresser la parole, et pour lesquels dans bien des cas il n’y a aucun espoir de les guérir de leurs péchés. L’effort nécessaire pour les amener à se ranger aux côtés des chrétiens ne vaut pas le bénéfice que pourrait représenter leur ralliement.

Mais c’était une époque où la politique s’imposait à l’essence du christianisme et où elle mettait celui-ci à son service, ce qui a eu pour effet d’en brouiller les vertus originelles et ses caractéristiques de clémence et d’humanité, le défigurant et le dépouillant de son contenu multiséculaire de « clémence pour le monde entier ».

Enfin, les dissensions religieuses apparues entre différents courants chrétiens et même à l’intérieur de chacun de ces courants ont joué un rôle terrible dans l’égarement des adeptes de la nouvelle religion dans des principes qui n’avaient rien de chrétien, et ils se sont mis à se traiter mutuellement d’hérétiques, se livrant à des exterminations de masse contre ceux des chrétiens qui n’étaient pas d’accord avec leur propre dogme.

Il n’est un secret pour personne que les guerres de religion qui ont opposé, en Europe, les protestants aux catholiques, ont causé la mort de plusieurs millions de chrétiens, cela au nom de la mission de Jésus le Nazaréen et pour la gloire du Seigneur. Le christianisme est donc passé par des périodes qui l’ont empêché d’être ouvert à l’ensemble de l’humanité et qui l’ont conduit à se renfermer sur lui-même, dans un premier temps, puis les courants du christianisme ont été amenés à se refermer sur eux-mêmes et au rejet des autres et des gens différents y compris chrétiens, au service des intérêts d’institutions politique apparues au début de la formation des Etats-nations et de leurs dynasties régnantes, ou afin de satisfaire les intérêts et les objectifs des chefs des institutions ecclésiales qui sont devenus à leur tour des « princes de l’Eglise » imitant en tous points les puissances séculières lorsqu’elles font de certaines personnes les princes séculiers d’institutions politiques, et de certaines autres des cardinaux dirigeant des institutions religieuses en tournant le dos à toute considération non seulement chrétienne, mais même morale, dans la plupart des cas.

Aujourd’hui, le christianisme moyen-oriental vit dans un état d’aliénation de son contexte historique et de son milieu sociologique ; il fait preuve d’une animosité ouverte à l’encontre de ceux qui sont différents, que celui-ci soit chrétien ou non, et elle pratique une sorte de racisme confessionnel qui fait du (soi disant) « chrétien » un être supérieur, au-dessus des êtres inférieurs appartenant à une autre confession ou à une autre religion que les siennes, tandis que les dirigeants de leurs églises pratiquent un alignement affiché sur une tyrannie qui ressemble à celle que Rome a exercée à l’encontre des premiers chrétiens ; ils s’allient aux caciques du pouvoir séculier, et ils excitent leurs ouailles contre ces adversaires, qui sont eux aussi chrétiens, qu’ils présentent comme des gens qui contreviendraient au christianisme et à la religion au seul motif qu’ils ne sont pas favorables au régime ou qu’ils y sont opposés et qu’ils sont entrés dans la résistance contre lui. Il n’est pas jusqu’un évêque d’une des plus grandes églises de Damas qui n’ait invité des éléments des forces (dites) de sécurité dans son église et qui ne leur ait remis des jeunes gens qui étaient venus protester contre l’alignement de son église sur le régime dans le conflit que traverse la Syrie et pour attirer son attention sur les danger du rôle personnel qu’il joue en excitant certains jeunes gens et certaines jeunes filles appartenant à son église à célébrer la mort de jeunes musulmans assassinés dans un village proche de Damas tandis qu’ils manifestaient contre le régime.

Pire, il y a même des gens qui ont reçu des lettres de menaces de la part de malfrats se qualifiant eux-mêmes de « shabbîha du Christ » (pouvez-vous imaginer jusqu’à quel degré d’abaissement en est parvenu cette église : voici que, maintenant, le Christ aurait des miliciens !), des lettres les informant qu’il en avait été décidé de leur sort et qu’ils les tueraient dès qu’ils en auraient l’occasion.

Bien que j’aie moi-même personnellement répondu avec douceur et dans un esprit de dialogue à une lettre que j’ai reçue récemment qui me menaçait de mort, celui qui l’avait écrite m’a fait savoir dans une deuxième missive qu’il me dénoncerait à la sécurité au motif que j’aurais envoyé des éléments de l’Armée syrienne libre l’assassiner, alors que je ne connais même pas le nom de ce lâche qui se donne lui-même le titre honorifique de « milicien du Christ », et en dépit du fait que je ne connais aucun membre de l’Armée syrienne libre, que je n’ai aucun rapport avec quelque arme que ce soit, ni avec un quelconque homme armé. Les chrétiens sont-ils prêts à renoncer à l’Eglise de Jésus le Nazaréen pour adopter l’Eglise des Shabbîha ?

Cette situation scandaleuse n’appelle-t-elle pas à replacer l’Eglise dans notre pays à sa juste place au sein de la communauté chrétienne et de la société syrienne, en particulier de la société musulmane syrienne, sans égard pour leur communauté (sunnite ou alaouite, ndt) ? N’avons-nous pas tous le devoir de sauver l’Eglise des menées de ceux qui voient en elle une institution de pouvoir capable de s’allier avec une dynastie royale, celle du pouvoir et de ceux qui en dépendent ?

Il ne sera pas possible de rendre l’Eglise aux chrétiens de Syrie sans la rendre à l’ensemble du peuple syrien, et avant toute chose aux musulmans, je veux dire à ceux des musulmans qui soutiennent (encore) le pouvoir, afin de les sauver de leur folie, de leur fascisme, de leur violence qui les détruisent, et aussi à ceux des musulmans qui sont contre ce pouvoir, afin de les consoler de leurs pertes, de manifester leur solidarité envers eux, de les entourer et d’alléger leurs souffrances et leur peine, de les aider à surmonter les épreuves qu’ils subissent, assassinats, chasses à l’homme, dépossession, famine, et en même temps de les empêcher de succomber à la violence et à la tentation de répliquer à la dictature en employant ses méthodes d’extermination que ne sauraient valider nulle loi, nulle religion et nulle tradition et qui n’ont pas de précédent même dans les périodes les plus noires de notre histoire obscure !

L’Eglise (syrienne) ne pourra pas être rendue au peuple, et aux chrétiens syriens à travers le peuple syrien tout entier, que si celle-ci recouvre son identité historique qui a fait que certains de ses hommes ont dû vivre cachés dans les cryptes de leurs églises durant des mois, des hommes qui ont combattu les armes à la main contre le colonisateur étranger, qui était chrétien comme eux. Une histoire qui a fait que les chrétiens ont été les partenaires des musulmans dans la culture, dans l’histoire, dans les aspirations et dans le destin et qu’ils sont partie intégrante de la même et unique société dont ils ont été les pionniers, une histoire qui a fait que les musulmans ont ouvert les portes de leurs mosquées aux chrétiens pour qu’ils puissent venir y prier et y célébrer leurs noces et leurs funérailles.

Personne, aujourd’hui, qui connaisse l’histoire de la Syrie, ne peut comprendre comment un homme de religion peut ainsi se permettre de se transformer en indicateur des services de sécurité, ni comment l’Eglise peut interdire aux gens de parler d’enfants que l’on égorge, sauf à ce qu’elle ne voit dans ces enfants autre chose que des êtres humains et qu’elle se soit mis à considérer, à l’instar de ceux qui les égorgent, qu’ils ne méritent pas de vivre, et qu’elle croient, comme ces tueurs, que ces enfants seraient appelés à devenir des terroristes, si on les laissait grandir et devenir des hommes adultes !

L’Eglise syrienne actuelle ne réussira pas à trouver des excuses à la plupart de leurs prélats et aux positions qu’ils ont adoptées, si elle persiste à se considérer comme une Eglise réservée à sa seule communauté et non comme une ecclésia, c’est-à-dire comme une assemblée du peuple, comme l’assemblée de ces opprimés exposés aux tueries ad libitum et gratuit au seul motif qu’ils réclament leurs droits d’êtres humains. De même l’Eglise ne recouvrera pas sa qualité d’Eglise du Christ si ses prêtres ne descendent pas dans les rues pour exiger non seulement la protection de la vie des musulmans, leurs frères en humanité et leurs frères dans la foi dans le même Dieu, mais aussi leurs droits et leur liberté, et pour exiger que la main de la tyrannie et des assassinats ne s’abatte plus sur eux, qu’on leur rende leur dignité, qu’ils soient traités comme des citoyens d’un pays à la construction et à la gestion duquel ils doivent participer, et non pas comme des invités chez quelqu’un ou comme des esclaves d’un pouvoir ou d’un despote.

Et l’Eglise ne recouvrera son prestige dans la société qu’à la condition qu’elle comprenne que cette société est aussi la sienne et qu’elle a à son égard des devoirs impérieux, et si elle pense que le Christ n’a racheté par son sacrifice que ce seul petit nombre de chrétiens qui croient en lui, et non pas l’ensemble de l’humanité, alors qu’il se faisait lui-même appeler « le Fils de l’Homme »,le fils de tout homme, et alors que s’il revenait auprès de nous aujourd’hui, la première chose qu’il ferait, ce serait de descendre dans la rue et de participer aux manifestations exigeant la liberté et la dignité de l’homme, et d’aller à Al-Khâlidiyyéh, à Idlib, à Ma ‘arret en-Nu‘mân, à Al-Haffé, à Salma, à Banyas, à Douma, à ‘Arbîn, à Kafar Batna, à Al-Harrâk et à Al-Musaïfirah pour participer avec leurs habitants à leur mort et à leurs souffrances et pour s’adresser à nouveau à son Seigneur sur le ton du reproche : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné (pourquoi les as-tu abandonnés) ?

Il n’acceptera certainement pas que le nonce du patriarche Luka Al-Khury, qui a livré ces cinq chrétiens et chrétiennes aux mukhâbarât, ce prêtre d’une église qui porte son saint nom, et pour l’en chasser avec la même colère avec laquelle il avait chassé les marchands du Temple !

L’Eglise syrienne ne va pas bien. Elle est tellement malade qu’elle ne perçoit plus les souffrances et les tortures subies par ceux que Jésus le Nazaréen a racheté de sa vie, et il est temps que ses prêtres se révoltent contre ses chefs et que le peuple sorte de son silence et boycotte cette Eglise car elle ne ressent même plus les souffrances et la mort des persécutés, puisqu’au contraire elle vit, satisfaite et tranquille, au milieu de la mort et de fleuves du sang de victimes innocentes. Oui, les chrétiens doivent boycotter cette Eglise jusqu’à ce qu’elle redevienne une Eglise-ecclesia pour le peuple : pour les musulmans et pour les chrétiens, car c’est sa seule raison d’être et c’est ce qu’elle doit être : l’Eglise du Seigneur, et non pas l’Eglise des chefs des services de renseignement, les (sinistres) mukhâbarât !

Source (en Arabe):

http://www.assafir.com/Article.aspx?ArticleId=1532&EditionId=2177&ChannelId=52147


Asmaa, une Belge parmi les enfants de Gaza


BAUDOUIN LOOS
jeudi 21 juin 2012, 10:34

Asmaa Seba est une photographe belge qui se trouve actuellement dans la bande de Gaza. Son interview

Asmaa, une Belge parmi les enfants de GazaAsmaa Seba

Pourquoi vous trouvez-vous actuellement à Gaza ?

En 2010, une délégation de citoyens belges ralliant un convoi humanitaire m’avait confié le travail de couverture photographique de leur expédition. Sur place, les images de destructions de maisons, des écoles, des hôpitaux et surtout les regards terrifiés des enfants m’ont terriblement marquée et interpellée. J’ai donc décidé d’y revenir et d’user de l’expression photographique pour mettre la lumière sur le vécu quotidien de ces enfants peu couvert, voire pas du tout, par les médias. Je suis à Gaza dans le cadre d’un projet artistique et photographique qui s’intitule « Gaza vue par ses enfants » et qui a pour but de donner la possibilité à 6 enfants âgés de 6 à 11 ans du camp de réfugiés de Khan Younès de s’exprimer à travers l’image. Chaque enfant a reçu du matériel de photographie ainsi qu’un appareil photo qu’il gardera pendant 2 mois. Parmi ces enfants, certains sont devenus orphelins après la guerre de 2008, d’autres ont subi des traumatismes en voyant des membres de leur famille tués devant leurs yeux, et tous continuent de vivre dans des conditions précaires et dans un environnement très oppressant. Chaque semaine, je leur donne pour les guider un sujet à exprimer à travers l’objectif, cette méthode permet à l’enfant d’exprimer en image ce qu’il ne peut faire au moyen de la parole. Les photos donneront lieu à une exposition urbaine dans le camp, ainsi qu’à une exposition au Parlement européen qui permettra aux enfants belges de se rendre compte de la vie d’un enfant à Gaza.

Que disent les gens que vous rencontrez ? De quels besoins vous parlent-ils ? Des problèmes de la vie quotidienne ou des questions politiques plus larges ?

Depuis mon arrivée il y a trois semaines, il y a eu de nombreux bombardements au nord de la ville et à l’est, plus d’une quinzaine de morts et de nombreux blessés, je peux entendre les bombardements depuis Gaza City, des drones et des F16 sont passés régulièrement au-dessus de ma tête. Il faut ajouter à cela la précarité des familles vivant à l’étroit du fait de la densité, entassées dans 30 mètres carrés à 12 personnes avec un seul salaire qui ne dépasse pas les 150 dollars, les coupures quotidiennes d’électricité, le manque de fuel, de certains médicaments… En dépit de ces conditions de vie épouvantables, je sens une énergie incroyable, des gens avec beaucoup d’humour et un sens du recyclage pour tout. Les gens se plaignent beaucoup des coupures quotidiennes d’électricité, du prix du fuel qui a doublé depuis 2 mois, il est passé de 2 shekels à 4 shekels et c’est un vrai problème, du manque de logement, les camps ne suffisent plus à la population, ce sont des tracas quotidiens. Les jeunes eux se plaignent du manque de travail, de débouchés après l’université, du manque d’infrastructures pour des activités culturelles comme soupapes face au blocus. Ils affirment que leur futur est lié aux relations avec Israël car sans la levée du blocus sur Gaza, l’arrêt de la colonisation en Cisjordanie et une paix véritable et juste, leur avenir et celui de leurs enfants sera incertain.

Est-il toujours impossible pour un Gazaoui de se rendre en Cisjordanie ? Et qu’en est-il de la sortie par Rafah, la frontière égyptienne ?

Je confirme qu’il est quasi impossible pour un Gazaoui de passer la frontière israélienne et se rendre en Cisjordanie. Ainsi, une famille d’un des enfants du projet a voulu se rendre à Ramallah afin de participer aux obsèques du patriarche de la famille, elle n’a pas pu passer. Il m’a été confirmé qu’il est plus facile d’emprunter le passage de Rafah depuis quelques mois, les Égyptiens ayant ouvert le point de passage plus régulièrement mais cela concerne surtout ceux qui ont obtenu un visa afin d’aller dans un pays européen, des malades devant se faire soigner en Egypte ou les internationaux comme moi qui ont fait une demande de visa auprès des ambassades d’Egypte de leur pays respectif.

source

Syrie : massacre à Darat Ezzat


vendredi 22 juin 2012, par La Rédaction

Les troupes syriennes ont tiré vendredi sur les manifestants anti-régime à travers le pays, en en tuant au moins neuf dans la région d’Alep, tandis que 26 partisans du président Bachar el-Assad ont péri dans une embuscade dans la province de cette ville du Nord. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté, notamment dans la province rebelle d’Idleb au nord-ouest, pour réclamer une nouvelle fois la chute du régime qui poursuit sa guerre sans merci contre la contestation pacifique et les rebelles armés qu’il assimile à des « terroristes ».
À Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a affirmé avoir signifié à son homologue syrien que Damas devait faire « beaucoup plus » d’efforts pour mettre en oeuvre le plan de sortie de crise de Kofi Annan, désormais caduc avec l’intensification de la répression et des combats entre armée et rebelles, au prix de dizaines de morts au quotidien. Face à une situation qui se dégrade au fil des jours, l’émissaire international Kofi Annan et le chef de la mission des observateurs de l’ONU en Syrie, Robert Mood, s’expriment à Genève sur l’avenir de cette mission, dont le mandat expire le 20 juillet.
Dans la région d’Alep, à Darat Ezzat, au moins 25 personnes ont été tuées par balle et mutilées par « des groupes terroristes armés », selon la télévision officielle, qualifiant l’acte de « crime barbare ». Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), il s’agit de partisans du régime syrien qui ont été tués dans une embuscade. « Voici les chabbihas du régime d’Assad », affirme une personne filmant une vidéo de la scène, en référence aux miliciens pro-régime accusés de semer la terreur dans le pays depuis la révolte.
Toujours dans la région d’Alep, deux membres des forces de sécurité ont été tués dans une attaque rebelle. Neuf civils, dont un enfant, ont par ailleurs été tués par des tirs sur des manifestations dans la région d’Alep, deuxième ville du pays, selon l’OSDH. Huit autres civils, dont deux enfants, ont également péri dans des violences, dont un à Damas, notamment dans des bombardements et des tirs des troupes du régime à Deraa (sud) et Idleb et près de la capitale.
« Silence arabe et international en dépit des massacres et du massacre du peuple syrien », ont dénoncé des manifestants dans la province de Hassaka au nord-est. Les violences ont fauché la vie à plus de 250 personnes ces deux derniers jours. Jeudi a été « la journée la plus sanglante depuis l’instauration du cessez-le-feu, et l’une des plus sanglantes depuis le début de la révolte » le 15 mars 2011, selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. Et selon cette ONG, plus de 15 000 personnes, en majorité des civils, ont péri en plus de 15 mois de révolte dans le pays.
L’escalade, notamment à Homs, a fait échouer jeudi deux tentatives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et du Croissant-Rouge syrien pour évacuer des blessés et des civils de cette troisième ville de Syrie de nouveau pilonnée et théâtre de combats entre soldats et rebelles. Le Croissant-Rouge est en revanche toujours sur place pour tenter d’entrer dans les quartiers sensibles. Selon Abou Bilal, militant sur place, « 70 % de l’infrastructure de Homs a été détruite » et la ville est presque vidée de ses habitants.
Dans ce contexte, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a annoncé que plus de 1,5 million de personnes ont désormais besoin d’aide humanitaire en Syrie. « La situation humanitaire continue de se détériorer. »
Occidentaux et Russes sont à couteaux tirés sur le dossier syrien, les premiers réclamant un départ de Bachar el-Assad et des sanctions à l’ONU pour le forcer à appliquer le plan Annan et les deuxièmes, alliés du régime, rejettent toute ingérence étrangère dans ce pays. Moscou, qui semble avoir pris ses distances ces dernières semaines avec Assad, a toutefois appelé Damas « à faire plus ».
Sergueï Lavrov a cependant rappelé que la Russie n’a « pas l’intention de se justifier » face aux États-Unis sur ses livraisons d’armes à la Syrie. Le président russe, Vladimir Poutine, se rend la semaine prochaine en Israël et en Jordanie pour défendre sa position sur les crises dans la région, essentiellement syrienne. Après la première défection jeudi d’un pilote de chasse syrien qui a atterri aux commandes de son MiG-21 en Jordanie où il a obtenu l’asile politique, les États-Unis ont espéré de nouvelles désertions du genre, leur ambassadeur à Damas appelant les soldats à ne plus soutenir le régime Assad.
La France s’est félicitée de la défection, estimant qu’il a « fait le choix de la dignité et de la lutte pour la liberté face à la barbarie du régime syrien ».
L’état-major des armées turques a par ailleurs annoncé avoir perdu le contact radar avec un de ses appareils au-dessus de la Méditerranée orientale, dans un secteur proche de la Syrie. Et le Royaume-Uni a refusé d’accorder un visa au président du Comité olympique syrien, le général Mowaffak Joumaa, qui ne pourra pas assister aux Jeux de Londres de juillet-août, selon la BBC, en raison de ses liens avec le régime de Bachar el-Assad.

(22 juin 2012 – Avec les agences de presse)

SOIRÉE DE SOUTIEN TRIBUNAL RUSSELL/VENTE AUX ENCHERES


Le Comité national d’appui belge au Tribunal Russell sur la Palestine organise ce 23 juin 2012 une soirée de soutien à l’Espace MAGH de 18h00 à 23h30. A cette occasion, nous organisons une vente aux enchères en vue de récolter des fonds destinés à financer partiellement la 4ème session du TRP qui aura lieu à New-York et qui  portera sur les complicités des États-Unis et des Nations Unies dans la situation qui prévaut en Palestine. Je joins au présent message le catalogue des œuvres  mises en vente. Les enchères sont ouvertes dès aujourd’hui. Si vous souhaitez acquérir une œuvre il vous suffit de faire une proposition. Toutes  les œuvres pour lesquelles une proposition aura été faite avant la soirée ne seront pas proposées pour les enchères lors de la soirée. Si vous souhaitez obtenir des informations n’hésitez pas à m’écrire ou m’appeler.
En espérant que vous serez nombreux à répondre au présent message.
Merci de  votre soutien indéfectible au Tribunal Russell sur la Palestine.

 

 



Hocine Ouazraf
Tribunal Russell sur la Palestine
115, rue Stévin
1000 Bruxelles
ouazraf.trp@gmail.com
0032-2/230.28.48
0032-473/253.547

Le confessionnalisme comme forme de pouvoir ou le pouvoir du confessionnalisme ?


Publié le 22 juin 2012 by syrieux
Faisant suite à la proposition de l’un de ses lecteurs, Syrianfacts est heureux de publier dans ses colonnes une traduction d’un texte de l’écrivain Salama Kayleh. Palestinien, marxiste, nationaliste, anti-sioniste, cet intellectuel de 57 ans a vécu en Syrie pendant une trentaine d’années, dont une dizaine dans les prisons syriennes. Il fut arrêté une dernière fois en avril 2012, pour être torturé dans les geôles du régime…ainsi qu’à l’hôpital.
Preuve supplémentaire de la barbarie d’un régime sans foi ni loi, le témoignage de M. Kayleh (lien) montre -à ceux qui en doutaient encore…- qu’en Syrie, les hôpitaux sont des prisons et des centres de tortures, que le régime n’a jamais voulu se reformer, puisqu’il s’en prend même à ceux qui, comme Salama Kayleh, ont prôné une solution politique de dialogue entre l’opposition et le pouvoir, afin d’éviter les conséquences d’une intervention étrangère; il montre enfin que les Assad n’ont soutenu la cause palestienne que dans la mesure où celle-ci pouvait leur servir de cheval de Troie idéologique pour conquérir le coeur d’idiots utiles à leur propagande. Dans l’article qui suit, Salama Kayleh revient sur la question du confessionnalisme. Il explique pourquoi il faut se méfier de ce prisme déformateur de la réalité syrienne, et pourquoi il faut éviter de tomber dans ce piège.

Le confessionnalisme comme forme de pouvoir ou le pouvoir du confessionnalisme ?

Salama Kayleh (*)

Le devenir de la révolution syrienne a remis sur le tapis la question du confessionnalisme et de la nature du pouvoir. Sans aucun doute, cette approche qui articule l’autorité et la communauté confessionnelle peut conduire à des résultats prédéterminés, car lorsqu’on regarde la réalité avec des lunettes confessionnelles, nous avons nécessairement tendance à voir l’Autre comme une entité confessionnelle.

Il s’agit, en d’autres termes, d’une approche formaliste qui tente de déchiffrer le contenu des choses d’après leur aspect extérieur, ce qui conduit à une perversion conceptuelle et à un égarement intellectuel, doublés d’une falsification terminologique. Car on confond le confessionnalisme avec l’adhésion religieuse d’un individu à telle ou telle confession, et c’est bien ce qui se passe lorsqu’on définit le pouvoir de manière confessionnelle en fonction de la communauté à laquelle appartiennent les gouvernants.

Le confessionnalisme et la confession religieuse ne sont pourtant pas deux choses identiques, même quand le premier s’appuie sur la seconde. Et cela parce que, entre autres choses, le premier incorpore une caractéristique idéologique supplémentaire qui transforme le lien à une confession déterminée en un engagement nécessaire envers un projet politique – ou plutôt, au projet d’une classe sociale -, au-delà de la conscience commune qui peut régir les comportements de ses membres. La communauté religieuse est le réceptacle historique d’individus qui, depuis leur naissance, sont attachés à une croyance bien définie, héritée et transmise de manière continue, sans la nécessité d’une médiation actée par un consentement explicite. Une sorte « d’habitude » qui, sans doute, a plus de vigueur que la conviction expresse de vouloir appartenir à ce groupe ou à un autre, car elle reflète une vigoureuse identification avec les valeurs d’un acquis qui a été transmis. Cette insertion historique peut contribuer à créer une différenciation tranchée par rapport à d’autres confessions, mais elle n’en reste pas moins essentiellement une spécificité héritée et, de ce fait, susceptible d’être relativisée au travers d’une conscience sociale globale ou par l’implication des individus dans des courants et des formations politiques et idéologiques qui brisent les frontières de l’enracinement confessionnel.

Le confessionnalisme implique, quant à lui, la transformation de cette identité héritée en un projet politique (ou de classe). Cette identité s’élève ainsi au rang de « conviction » absolue, se transformant non seulement en piler de « l’auto-conscience » de la communauté et de sa cohésion collective propre, mais aussi en fondement de la conscience de l’Autre et, par conséquent, en présupposé d’une quelconque relation bilatérale. Ainsi, le membre de « l’autre communauté » devient un rival en vertu d’une continuité historique, voire ancestrale dans certains cas. Ce conflit devient, en outre, une priorité qui détermine le regard du groupe qui adopte ce positionnement idéologique et la raison même de son existence. Il s’agit là d’une caractéristique applicable aux formations intégristes, que ce soit le Hezbollah ou Amal au Liban, Al-Da’wa en Irak, ou quelconque autre collectif composé autour d’un principe structurant d’ordre religieux.

En tenant compte de ce qui précède, quelle est la situation en Syrie ? Si nous partons de notre définition du confessionnalisme, il n’y a pas, dans ce pays, de pouvoir confessionnel, même s’il s’appuie principalement parmi les membres d’une seule confession. En outre, ce n’est pas la « croyance » de ce groupe religieux qui gouverne le pays, mais bien l’argent. C’est ce dernier qui constitue la cause de la concentration de pouvoir, majoritairement aux mains d’une minorité confessionnelle (alaouite) et non pas le triomphe d’une idéologie confessionnelle ou religieuse bien définie.

Les « fondateurs » de l’Etat syrien articulé autour du Parti Baath étaient des nationalistes arabes. De plus, on peut ajouter que la communauté alaouite n’a participé que de manière marginale à ce qui touche à la confection de son identité et qui implique l’appartenance à la communauté, vu qu’il s’agit d’une définition effectuée de « l’extérieur ». De même, l’analyse sociologique du contexte dans lequel s’est déroulé le coup d’Etat du Baath en 1963 et l’accession au pouvoir d’une nouvelle élite militaire et politique révèle une participation massive des secteurs ruraux, où le Baath avait de solides ancrages, au point d’en faire le « noyau dur » sur lequel reposait son pouvoir dans les décennies suivantes.

La dégradation des conditions de vie dans les milieux ruraux, où se concentrait la majeure partie des alaouites, a poussé bon nombre d’entre eux à s’engager dans l’armée, seule occupation « digne » qui leur était accessible. Avec le temps, les alaouites ont finis par constituer un bloc majoritaire parmi les officiers issus des zones rurales. Il n’est donc pas étonnant de constater leur rôle de premier plan dans les soulèvements militaires de mars 1963, de février 1966 (contre « l’aile civile » du Baath) et dans celui de 1970 (dirigé par Hafez Al Assad), dont est issu le régime actuel. Le trait d’union entre tous ces militaires putschistes issus du parti Baath n’était pas leur appartenance à une confession religieuse, mais bien leur origine rurale commune. Cet élément fut fondamental dans la cohésion de ce noyau dur, bien plus que leur filiation religieuse.

Les transformations enregistrées dans l’organigramme du pouvoir ont imposé un critère de sélection basé sur l’appartenance à une classe sociale, à laquelle appartient une oligarchie qui a fait du vol une norme, et cela sur le dos d’une société paupérisée composée par les éléments de tous les groupes religieux. Cette élite a monopolisé l’autorité publique et la richesse du pays en s’appuyant durant toutes ces années sur un noyau dur actif et réorganisé ces derniers temps pour devenir une force de choc. Outre l’armée, nous avons aujourd’hui les bandes armées qui ont imposé la soumission à l’Etat dans les régions côtières. Nous faisons ici référence à ceux que l’on appelle les « shabbiha » (des cadres paramilitaires soutenant le régime), qui sont devenus des instruments clé dans la stratégie répressive exercée par le régime contre la révolution syrienne. Ces bandes armées, dans le cas des régions occidentales, sont majoritairement alaouites, mais ces formations paramilitaires se composent également, dans d’autres zones, de membres de toutes les communautés qui cherchent, dans une relation intéressée, la protection du pouvoir.

Aujourd’hui, la révolution a imposé un réalignement, ou, pour mieux dire, elle a forcé le pouvoir à une redéfinition conceptuelle basée sur le discriminant entre une « majorité » et une « minorité » définies selon des classifications religieuses. En composant ses forces de choc à partir d’une base qui est essentiellement alaouite, pour les raisons évoquées ci-dessus – le lien étroit avec le contexte rural -, l’élite dominante a réactivé l’identité religieuse de cette communauté et avec elle celle de toutes les minorités. Cette réorganisation idéologique du confessionnalisme politique impliquait nécessairement une caractérisation de la révolte populaire en termes de « mobilisation sunnite intégriste » similaire au soulèvement armé islamiste de 1979-1982 ; par rapport à laquelle elle ne serait qu’une sorte de réplique animée par la revanche et par les mêmes motivations de l’époque.

Aujourd’hui, le pouvoir utilise donc le confessionnalisme pour garantir que l’oligarchie constituée autour du « noyau dur » précité continue à monopoliser les ressources du pays, en donnant l’impression que la communauté religieuse qui englobe une partie de ses membres est également la protagoniste de cette œuvre de pillage despotique.

Evidement, tout ce qui précède n’explique pas pourquoi prévaut toujours l’impression que la structure fondamentale de cette communauté alaouite fait partie intégrante du pouvoir. Ou, du moins, pourquoi cette communauté n’a pas participé à la révolution malgré ses misérables conditions économiques. Je pense que l’explication se situe bien plus dans les problèmes de la révolution elle-même que comme une conséquence d’une lutte confessionnelle qui, à dire vrai, n’existe pratiquement pas. Je fais concrètement référence ici à la collision entre les « ruses confessionnelles » orchestrées par le pouvoir et les « crimes » commis par certains secteurs de l’opposition, dominés par un désir de vengeance par rapport aux événements de 1979-1982. Ces secteurs s’obstinent à interpréter les événements d’aujourd’hui comme ils le firent à l’époque, à partir d’un prisme lui aussi confessionnel (« une communauté sunnite majoritaire mais exclue du pouvoir contre une minorité qui détient l’autorité et les richesses »). Une mentalité qui fait que la forme de combattre le pouvoir revient à attaquer la communauté dont on pense qu’elle le monopolise. Dans les faits, on s’attaque aux membres de cette communauté et non à un gouvernement vénal et despotique. Des comportements qui ont créé l’impression que l’opposition dans son ensemble souhaite installer un autre pouvoir confessionnel afin de punir une communauté dans son ensemble pour quelque chose qui, en réalité, est le seul fait du pouvoir en place.

Cette crainte explique que, du moins au début de la révolution, la communauté alaouite et d’autres minorités se sont senties plus proches d’un pouvoir qui, du moins c’est ce qu’elles pensent, a été capable de leur donner quelque chose. Ainsi, la survie du régime actuel est vue comme une protection efficace face à un avenir aussi incertain qu’effrayant. L’opposition doit donc clarifier les choses au plus vite et non pas les obscurcir avec des déclarations qui ne font qu’augmenter la crainte des minorités.

(*) Salama Kayleh est un écrivain marxiste d’origine palestinienne résidant depuis de nombreuses années en Syrie. Il a passé huit années en prison sous le régime d’Hafez Al Assad avant d’être à nouveau arrêté, torturé et expulsé du pays vers la Jordanie au mois de mai 2012 pour son soutien à la révolution. Cet article a été publié en arabe par le journal Al Hayat (http://alhayat.com/Details/402227 ) et traduit en espagnol pour le site « Traducción por Siria » http://traduccionsiria.blogspot.be/2012/06/el-confesionalismo-como-forma-de-poder.html , version à partir de laquelle cette traduction française a été établie.

vendredi 22 juin : pour la Syrie


Halte à la terreur d’État !Alors que la révolte du peuple syrien se poursuit depuis plus d’un an, le régime de Bachar El Assad sourd aux revendications des Syriens, se livre à une intense répression à huis clos sur la population. Les arrestations, les blessés et les tués, les torturés et les disparus se comptent par dizaines de milliers. Des villages et des quartiers entiers sont rasés. C’est une véritable guerre contre le peuple syrien, opprimé par une dictature se perpétuant de père en fils depuis 42 ans..Nous appelons les citoyens à une :
MANIFESTATION
LE VENDREDI 22 JUIN 2012, à 15h30
RENDEZ VOUS RUE DE LA LOI ( rond-point Schuman)

Nous refusons l’indifférence et l’inaction !
Venez nombreux et faites passer le message autour de vous !

Frères musulmans et révolutionnaires se rassemblent place Tahrir


mardi 19 juin 2012, par La Rédaction

Les Frères musulmans se sont rassemblés mardi place Tahrir, l’épicentre de la « révolution du Nil » au centre du Caire, aux côtés des jeunes élites laïques à l’origine du soulèvement contre Moubarak, pour protester contre la décision des généraux de s’octroyer de nouveaux pouvoirs.

Des milliers de personnes se sont réunies à la tombée du jour pour dénoncer la dissolution du Parlement dominé par les islamistes et le transfert du pouvoir législatif à l’armée, ainsi que la limitation des pouvoirs du futur président.

Une manifestation a également eu lieu à Alexandrie.

La jeunesse urbaine du Caire et les Frères musulmans considèrent ces décisions comme une volonté des militaires et des élites de l’ancien régime de se maintenir au pouvoir, et de confisquer définitivement les premiers acquis de la révolution.

Mais alors que les candidats se disputent les résultats du second tour de la présidentielle, qui seront normalement connus officiellement jeudi, les Frères musulmans ne semblent pas prêts à en découdre avec l’armée.

La confrérie a déclaré lundi que son candidat, Mohamed Morsi, devançait largement avec 52% des voix son rival Ahmed Chafik, dernier Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak. Une victoire aussitôt contestée par l’équipe de campagne d’Ahmed Chafik.

Quel que soit le vainqueur, les pouvoirs du futur président seront strictement limités par le décret publié dimanche par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) dirigé par le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense de Moubarak pendant vingt ans, jusqu’à la chute du « raïs » en février 2011.

Premiers déçus par une élection qui ne leur laissait le choix qu’entre l’armée et l’islam, les jeunes Cairotes ont appelé à se mobiliser avant même la publication officielle des résultats du vote.

« Le décret confirme le maintien du conseil militaire à la tête de l’Etat et l’absence de transmission des pouvoirs à un président élu, contrairement à ce qui avait été promis au début de la révolution », a déclaré la Coalition de la jeunesse révolutionnaire, rassemblement de plusieurs mouvements.

Pour Khaled Ali, avocat militant éliminé au premier tour de l’élection, le CSFA ne doit pas être autorisé à légiférer à la place du parlement dissous. « Chaque patriote doit s’élever contre la tentative de s’approprier ces droits », a-t-il dit.

Hussein Ibrahim, membre des Frères musulmans et de l’assemblée dissoute, a déclaré pour sa part à Reuters que le décret du CSFA prolongerait le régime militaire.

Mais un porte-parole des Frères a minimisé mardi, lors d’une conférence de presse, le risque d’un conflit frontal avec les généraux.

« Pourquoi se ruer sur le mot ’confrontation’ ? », s’est interrogé Yasser Ali. « Nous ne cherchons de confrontation avec personne. Personne en Egypte ne veut de confrontation (…) Il doit y avoir un dialogue entre les forces nationales, et le peuple doit décider seul de son destin. »

Cette volonté d’apaisement intervient au moment où un tribunal égyptien annonce le report en septembre de l’examen de six plaintes réclamant la dissolution de la confrérie et de sa vitrine politique, le Parti de la liberté et la justice (PJL).

Six avocats ont déposé plainte contre la confrérie, exigeant la publication de ses sources de financement, ont déclaré des sources judiciaires. Un diplomate occidental a réagi à cette annonce en soulignant que tout jugement visant à dissoudre les Frères musulmans, quel que soit ses fondements juridiques, ne ferait que multiplier les troubles dans un pays déjà en crise politique.

L’armée, qui a fourni à l’Egypte tous ses présidents depuis le renversement de la monarchie en 1952, a promis de remettre le pouvoir aux civils d’ici au 1er juillet. Mais le président n’aura comme seule prérogative que de nommer un gouvernement dont chaque loi devra être validée par les militaires.

(19 juin 2012 – Avec les agences de presse)

Mahmoud al-Sarsak a fait plier ses tortionnaires ! Il sera libre le 10 juillet prochain !


mardi 19 juin 2012 –

Ma’an News


Mahmoud al-Sarsak, en grève de la faim dans une prison israélienne depuis 92 jours, a accepté de recommencer à manger, suite à un accord qui verra sa libération le 10 juillet, a déclaré lundi son avocat.

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Mahmoud al-Sarsak a réussi à faire plier ses geôliers sionistes. Les dirigeants du football palestiniens ont exhorté l’UEFA à éliminer Israël en tant que pays hôte de la coupe de l’UEFA en 2013, pour cause d’emprisonnement sans procès ni accusation de joueurs de l’équipe nationale palestinienne.

Mohammad Jaberein, a annoncé que al-Sarsak a signé un accord lors de sa visite au prisonnier ce lundi. Les autorités carcérales israéliennes ont demandé à al-Sarsak de manger quelque chose en leur présence pour ratifier l’accord, après quoi Mahmoud a pris un morceau de chocolat donné par son avocat, a encore dit Jaberein.

Une porte-parole israélien de l’administration pénitentiaire n’a pas pu être joint pour un commentaire.

Selon l’accord, Al-Sarsak se rendra dans un hôpital civil pour y être soigné ce mardi, mais le même jour, il retournera à la clinique de la prison de Ramle pour y rester jusqu’à sa libération qui interviendra le 10 Juillet, toujours selon l’avocat.

L’organisation Physicians for Human Rights – Israel estime cependant que la clinique n’est pas équipée pour traiter les grévistes de la faim à long terme ou pour gérer les risques pour la santé quand ils se remettent à manger, et elle a demandé le transfert des grévistes de la faim vers des installations civiles.

Le joueur de football, âgé de 25 ans et originaire de la bande de Gaza, est emprisonné par Israël sans inculpation ni jugement depuis juillet 2009.

Selon l’organisation de défense des prisonniers Addameer, al-Sarsak s’était d’abord vu proposer une libération au 22 août. Une offre faite plus tôt pour le libérer le 1° juillet en échange de la fin de sa grève de la faim a été retirée quand il a exigé que la transaction se fasse par écrit, a indiqué l’organisation.

Mahmoud al-Sarsak est la seule personne emprisonnée en vertu d’une « loi » israélienne sur les combattants illégaux, qui fait que les Palestiniens de Gaza peuvent être kidnappés et détenus pour une durée illimitée, sans inculpation ni jugement.

Al-Sarsak avait rejoint l’équipe de football locale dans son camp de réfugiés de Rafah au sud de Gaza à 14 ans, devenant à ce moment-là le plus jeune footballeur à jouer dans la Ligue A de la Palestine. Le milieu de terrain a attiré l’attention d’un entraîneur allemand alors qu’il jouait pour l’équipe nationale de Palestine en Norvège.

La première étape dans la progression de sa carrière était de jouer pour une équipe en Cisjordanie. Mais les forces israéliennes d’occupation l’ont kidnappé le 22 juillet 2009 au passage d’Erez à la frontière de la bande de Gaza assiégée, seule voie vers la Cisjordanie sous occupation.

Lire également :

-  Pas de coupe de l’UEFA au pays de l’Apartheid ! – 14 juillet 2012
-  La FIFA intervient en faveur de Mahmoud al-Sarsak – 13 juin 2012
-  Mahmoud al-Sarsak entre la vie et la mort – 13 juin 2012
-  Mahmoud Al-Sarsak peut mourir d’un instant à l’autre – 7 juin 2012
-  Liberté pour Mahmoud Sarsak, victime de la guerre que livre Israël au football palestinien – 5 juin 2012
-  Israël interdit à des médecins indépendants de visiter les grévistes de la faim – 1e juin 2012
-  Il faut sauver la vie de Mahmoud al-Sarsak, en grève de la faim depuis 73 jours – 31 mai 2012
-  Appel du père et des frères de Mahmoud Sarsak pour sauver sa vie ! – 29 mai 2012

18 juin 2012 – Ma’an News – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.maannews.net/eng/ViewDet…
Traduction : Info-Palestine.net

Piccinin: l’histoire d’une conversion


LE SOIR du 19 juin 2012

Pierre Piccinin est fâché. Contre le journal Le Monde, rien moins. Dame! ce quotidien français lui a fait le déshonneur d’un portrait assassin en page 2 le 6 juin. Le titre: « Les mésaventures de  »Tintin » au pays de Bachar ». Avec un sommaire en une plus explicite encore: « Pierre Piccinin, enseignant belge de 39 ans, a été l’idiot utile du régime de Bachar el-Assad. Il vient de se réveiller ». L’idiot utile! C’est décidé et déjà envoyé: le plus prestigieux journal français devra publier un droit de réponse.
Mais que s’est-il passé au juste? Reprenons.

C’est l’histoire d’un homme plein de bonnes intentions, plein d’enthousiasme. Plein de candeur aussi, sans doute. Mais pas « le chercheur sans qualification » dénoncé par notre collègue parisien, clame-t-il. « Cela fait une dizaine d’années que je m’intéresse au monde arabe, nous raconte-t-il, avant, j’avais accumulé une licence d’histoire à l’ULB, un troisième cycle à la Sorbonne, et enfin un master à l’ULB en sciences politiques avec un mémoire sur l’Iran, ce n’est tout de même pas le concessionnaire de voitures à la retraite qui se lance sur des sujets dont il ignore tout! ».

Mais alors, qu’est-ce qui a donc bien pu susciter l’acrimonie du Monde à l’égard de Pierre Piccinin? La même chose, en fait, que ce qui a pu agacer tant d’autres journalistes ou chercheurs, à Bruxelles ou ailleurs depuis plus d’un an! A savoir, la propension du jeune professeur d’histoire à distribuer les bons et surtout les mauvais points à la presse occidentale dans le dossier syrien, presse coupable, selon lui, de ne pas disposer des sources nécessaires, de le savoir et de s’en satisfaire.

Car Pierre Piccinin, lui, il va sur le terrain. Puisqu’il reçoit les visas syriens nécessaires, contrairement à d’autres. Notre Belge s’est donc rendu trois fois en Syrie depuis le début de la révolte, en mars 2011. Ses articles, il faut le dire, plaisaient au régime, qui en a traduit certains pour sa « presse ». L’un ou l’autre site français pro-Bachar a fait de même. « Embêtant, dit Piccinin, car cela me donne l’image fausse d’un soutien du régime. »

Mais la dernière fois, les choses ont très mal tourné. C’était à la mi-mai. Pris pour un espion français, il a été arrêté par les services syriens de sécurité à l’orée d’une petite ville, puis interrogé et torturé. Il a aussi vu de près les sévices infligés aux suspects . En prison, il a noué des liens de solidarité avec les prisonniers du camp anti-régime. Il a réussi à contacter les Affaires étrangères belges et il a finalement été libéré… (Son récit hallucinant dans les geôles syriennes a été publié le 11 juin dernier sur lesoir.be.)

Après ce dernier voyage, Pierre Piccinin a changé d’avis. Quitte à créer un froid avec ses amis du camp « anti-impérialiste ». Comment, en effet, pourraient-ils supporter de l’entendre désormais réclamer un soutien militaire de l’Occident pour les rebelles syriens? « Ce sont des gens honnêtes, dit-il d’eux, mais ils sont coincés par leurs postulats (consistant notamment à voir la main maléfique des Etats-Unis d’Amérique partout, NDLR). En tout cas, je ne suis pas complotiste, une dérive à ne pas confondre avec l’utile travail de ceux qui tentent de mettre au jour les manoeuvres dont l’Histoire est jonchée. »

Pierre Piccinin a été fâché contre Le Soir. Pour un article au moment de sa libération, qui citait… Jonathan Littell, qui vient de publier un livre sur son séjour en janvier dans Homs sous les bombes. L’auteur y avait entendu parler du passage de Piccinin dans la ville et d’une allégation de ce dernier qui n’avait « pas vu de bombardements »; le prix Goncourt 2006 concluait: « En vérité, il y a un dieu pour les crétins de Gembloux » (allusion à la ville d’où notre professeur est originaire).

Après avoir mis le talent littéraire de Littell en cause sur son blog, Pierre Piccinin balaie l’affaire d’un revers de la main devant nous: « Moi je ne me contente pas des frissons à bon marché, Littell est allé à Homs une seule fois et dans un seul camp, moi j’y suis allé trois fois! »

Mais foin de ces détails. Notre professeur d’histoire veut donner sa version de sa conversion. « Qu’on arrête de me bassiner avec la torture que j’ai subie. Si mon analyse a changé c’est que les choses ont évolué en Syrie. Les gens ont compris que le régime ne se réformera pas. Le tournant a eu lieu le 7 mai, lors des élections.

Jusque-là, ils espéraient que les choses s’assoupliraient; là le désenchantement a été global, massif. Le vent tourne. Les désertions augmentent. On voit des portrait de Bachar déchirés, la police est de plus en plus présente à Damas, où j’ai entendu des officiers de l’armée libre me dire qu’ils étaient prêts pour le soulèvement de la capitale. Mais ils ont besoin d’aide. »

Au rappel d’une interview à une télévision russe, peu avant son dernier et funeste voyage en Syrie, quand il avait déclaré que le régime ne faisait que se défendre contre une agression extérieure, Pierre Piccinin avance d’abord que la traduction manquait de nuance. Puis, il se ravise et sourit: « OK, j’ai eu quelques outrances. Une vision trop carrée ».

BAUDOUIN LOOS

Pierre Piccinin, 39 ans, célibataire, est professeur à l’Ecole européenne. Passionné par le monde arabe, il a parcouru la Tunisie, la Libye, l’Egypte, le Yémen et la Syrie l’an dernier à la faveur de ce qu’on a appelé « le printemps arabe ». Il prépare plusieurs livres sur ces sujets. Il tient un blog: www.pierrepiccinin.eu.

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