Les nouveaux suicidés de l’Europe


Le Point.fr – Publié le 11/11/2012 à 16:58

Après le Printemps arabe, l' »automne européen » ? Les récents suicides d’hommes et de femmes acculés par la dictature économique peuvent être lus comme un acte révolutionnaire.

Manifestation en Espagne contre la rigueur budgétaire.
Manifestation en Espagne contre la rigueur budgétaire. © VICTOR LERENA/EFE/SIPA

C’était le 4 avril 2012. Il y a donc, presque jour pour jour, sept mois. Ce matin-là, sur la très centrale place Syntagma d’Athènes, un retraité grec, Dimitris Christoulas, se donnait tragiquement la mort d’une balle dans la tête, pour ne pas crouler davantage encore sous un poids de dettes qu’il ne pouvait plus honorer, à la suite de la très drastique cure d’austérité imposée par l’impitoyable diktat des différentes instances financières de la planète. Une preuve particulièrement flagrante de cet aveuglement – un entêtement confinant à l’incompréhension – caractérisant l’Europe contemporaine, dont la faillite politique mène insensiblement, mais à présent de manière toujours plus visible et concrète, vers la dictature économique.

Car la Grèce n’est pas le seul pays de l’Union européenne, hélas, à devoir subir la très technique et mécanique loi, au détriment de ses citoyens les plus faibles ou démunis, de la haute finance et autres spéculateurs véreux, au premier rang desquels on placera ces honteux profiteurs de l’inégalité sociale que sont les grands patrons d’industrie lorsqu’ils ne craignent pas de s’auto-délivrer de faramineuses sommes d’argent, en plus de leur salaire déjà mirobolant, en guise de « bonus » et autres « parachutes dorés ». Ainsi, à cette époque-là déjà, l’Italie, pour ce seul trimestre (les trois premiers mois de cette année 2012), comptait-elle, parmi sa population la plus fragilisée à cause de ces mêmes coupes budgétaires, quinze suicides, que ce soit par immolation ou par pendaison, dus à la pauvreté galopante.

Un nouveau type de citoyens

Aujourd’hui, c’est un autre de ces grands pays européens, l’Espagne, elle aussi en grave récession et où le chômage frappe plus d’un actif sur quatre, qui voit un de ses citoyens se donner tout aussi violemment la mort : Amaya Egaña, une Basque âgée de 53 ans, ancienne élue socialiste, vient en effet de s’y suicider à son tour, vendredi 9 novembre 2012, en se défenestrant, désespérée face à son impossibilité de rembourser son crédit au logement, au moment même où les huissiers venaient lui signifier l’expulsion de son appartement. Et ce, comble du cynisme, alors que le gouvernement espagnol continue de renflouer à grand renfort de millions d’euros – à l’instar du gouvernement belge avec Dexia-Belfius – ses principales banques, dont la gigantesque Bankia. Rien d’étonnant, en ces très injustes et même criminelles conditions, si des milliers de protestataires battent aujourd’hui le pavé madrilène aux cris, indignés et révoltés à la fois, de « banquiers assassins » et d' »escroquerie du crédit » !

Ainsi notre Europe dite démocratique, celle que l’on croyait animée par les idéaux de progrès et d’humanisme, de liberté et de solidarité, est-elle en train de fabriquer, par les monstrueuses injustices sociales que sa désastreuse et contre-productive politique économique engendre, un nouveau type de citoyens : les suicidés, plus encore que les pauvres ! D’où cette observation qui, pour cruelle qu’elle soit humainement, n’en demeure pas moins réaliste socialement : cette saisissante mais juste formule par laquelle Antonin Artaud qualifia jadis Vincent Van Gogh de « suicidé de la société », en raison de sa douloureuse existence de peintre mal aimé et sans le sou, ne s’applique plus seulement, désormais, aux artistes maudits ; elle s’applique aussi à présent, et peut-être surtout, à cette nouvelle catégorie de pauvres, toutes professions confondues, que génèrent effectivement, sans le moindre état d’âme, les technocrates en col blanc et complet veston de l’Union européenne, à Bruxelles, ou du Fonds monétaire international, à Washington.

Acte héroïque et révolutionnaire

Attention, cependant. Car, plus profondément encore, ces récents suicides ne s’avèrent pas seulement, à y regarder de plus près, que le geste définitivement tragique de simple désespérés ne sachant plus comment survivre, ou même manger à leur faim. Non : ils sont d’abord, quand l’impuissance sociale confine à la lucidité morale, un immense et héroïque acte de résistance politique ! Preuve en est le très visionnaire billet, écrit de sa propre main, que ce nouveau martyr des temps modernes que fut Dimitris Christoulas, pharmacien de longue date, laissa expressément dans sa poche, tel un véritable manifeste idéologique plus encore qu’un testament spirituel, avant de quitter cette ingrate terre : « Je pense que les jeunes sans avenir, dans ce pays, prendront un jour les armes et pendront les traîtres. »

Certes, nous ne souhaitons pas aux actuels chefs des gouvernements grec et espagnol de finir lynchés par une foule en furie avant que d’être pendus par les pieds en place publique, comme autrefois un tyran nommé Benito Mussolini. Mais il n’empêche : ce que ces actes éminemment révolutionnaires de Dimitris Christoulas ou de Amaya Egaña signifient également, c’est peut-être d’abord, à l’instar du sacrifice de l’étudiant Jan Palach lors du Printemps de Prague en 1968, le début de la fin de cet odieux totalitarisme économique que notre Europe pourtant tant aimée est en train, nantie certes des meilleures intentions sociales mais surtout de ses hypocrites alibis financiers, de nous imposer subrepticement et, pis encore, de nous faire vivre quotidiennement.

Du Printemps arabe à l' »automne européen »

Davantage : la portée symbolique, alliée au sens réel, de ces suicides de Dimitris Christoulas comme d’Amaya Egaña, témoins bouleversants de la souffrance de tout un peuple, ressemble étrangement, par-delà l’émotion qu’ils auront légitimement suscitée aux quatre coins du globe, à celle du geste tout aussi emblématiquement fatidique de Mohamed Bouazizi, ce jeune Tunisien qui, le 17 décembre 2010, s’immola par le feu, allumant ainsi l’inextinguible mèche de ce qui allait devenir, quelques mois plus tard, l’historique Printemps arabe. D’où, en toute logique, ce sage conseil, comme pour un certain Ben Ali hier, en forme de cri d’alarme : peut-être faudrait-il que nos divers maîtres en libéralisme sauvage « dégagent » eux aussi, pour reprendre un fameux slogan, avant que ces peuples qu’ils auront ainsi contribué à mettre à bout, jusqu’à les faire ployer sous une indigne misère humaine et parfois même les affamer, ne leur fassent vraiment la peau.

Car, comme le clament aujourd’hui haut et fort les populations grecque et espagnole, mais bientôt également les populations européennes en leur ensemble, les suicides de ces nouveaux, courageux et émouvants martyrs sont aussi autant de meurtres politiques, fussent-ils perpétrés, ceux-là, à l’insu des responsables de ces mêmes nations. La colère gronde, de plus en plus forte, d’Athènes à Madrid, de Bruxelles à Paris, et de Rome à Lisbonne. Après le Printemps arabe, l' »automne européen » ? À ces nouveaux suicidés de l’Europe contemporaine, je dédie donc, en guise de modeste mais sincère hommage, ces très suggestives strophes extraites de ce magnifique poème intitulé « La mort des pauvres », de Charles Baudelaire, maudit d’entre les maudits, contenu en ses Fleurs du mal : « C’est la Mort qui console, hélas ! et qui fait vivre ; / C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir / Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre, / Et nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir (…). »

Daniel Salvatore Schiffer est philosophe, auteur de La philosophie d’Emmanuel Levinas (Presses universitaires de France) et Critique de la déraison pure – La faillite intellectuelle des nouveaux philosophes et de leurs épigones (François Bourin Éditeur).

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Ils tuent les Palestiniens pour le bien de la Palestine !!


lundi 12 novembre 2012 – 06h:44

Khalid Amayreh – CPI


La dernière chose dont la juste cause palestinienne a besoin, c’est de l’appui d’un régime manifestement meurtrier et néfaste, qui formerait une camaraderie harmonieuse avec des gens comme Ariel Sharon, Adolph Hitler et Joseph Staline.
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Camp de réfugiés de Yarmouk, à Damas.

La fermeture le lundi 5 novembre des bureaux du Hamas à Damas doit être considérée comme une marque d’honneur pour le mouvement islamique palestinien de libération.

Elle montre que le Hamas se place aux côtés du peuple syrien qui se bat pour se libérer et libérer son pays profondément tourmenté par l’un des régimes les plus meurtriers et les plus voyous sous le soleil.

Elle montre également que le Hamas a finalement décidé d’écarter certaines considérations politiques de clocher, au profit d’une position moralement crédible débarrassée d’un opportunisme bon marché, d’une ambiguïté morale et d’un deux poids deux mesures déraisonnable.

Certains Palestiniens peu clairvoyants pourraient arguer que le Hamas aurait dû rechercher un certain modus vivendi avec le régime sectaire de Damas, lequel repose sur une petite secte ésotérique alaouite.

Toutefois, une telle mesure, si elle aurait pu être temporairement opportune d’un point de vue machiavélique, serait extrêmement coûteuse d’un point de vue moral et islamique.

De plus, elle imprimerait sur le Hamas une marque indélébile de honte, pour s’être, Dieu nous en préserve, mis aux côtés d’un régime meurtrier et contre les millions de Syriens qui se battent pour la liberté et la dignité.

Les vrais musulmans ne seront jamais aux côtés des oppresseurs contre les opprimés, ou des criminels contre leurs victimes.

Le Hamas est un mouvement de libération par excellence. En tant que tel, il se doit de toujours prendre les bonnes décisions et faire les bons choix, écartant les petits calculs politiques sans grand intérêt ici ou là.

Le Jour du Jugement, il sera demandé à chacun de nous pourquoi nous avons permis que se produise le génocide syrien. Il nous sera demandé pourquoi nous n’avons pratiquement rien fait pour l’arrêter. Et ceux parmi nous qui auront aidé le régime voyou de Bashar al-Assad dans sa guerre d’extermination contre le peuple syrien se verront imprimer sur le front la phrase suivante : « Aucun espoir de recevoir la miséricorde d’Allah ».

Les laïcs et les athées peuvent se moquer de nous pour parler ainsi. Oui, mais la plupart de ces personnes ne croient ni en Dieu, ni dans l’au-delà, ni dans le Jour du Jugement.

Mais nous sommes musulmans, et nous ne devons pas nous livrer à des actes ou des comportements qui nous feraient penser ou nous comporter d’une manière incompatible avec notre foi et nos valeurs islamiques.

En attendant, le régime assassin de Bashar el Assad continue de tuer les réfugiés palestiniens dans toute la Syrie, soit parce qu’ils sont suspectés de sympathie avec la révolution, soit parce qu’ils refusent d’exécuter les ordres de massacrer leurs frères et voisins syriens. Au fond, nous parlons d’un régime satanique qui combine nazisme et stalinisme, un régime qui ne recule devant rien pour garder sa secte et sa famille au pouvoir.

Le cycle ininterrompu des atrocités commises contre les réfugiés palestiniens en Syrie, aux mains de la milice Shabbiha d’Assad ou de voyous et autres égorgeurs, ne doit aucunement nous étonner. En fin de compte, un régime qui n’hésite pas à bombarder et à détruire ses propres villes et villages, à massacrer ses propres citoyens, de surcroît massivement, n’hésitera pas de faire de même et plus encore aux réfugiés palestiniens qui vivent en Syrie.

Ce régime criminel n’arrête jamais de tonitruer et bafouiller à propos de sa prétendue résistance aux conspirations israéliennes et américaines. Heureusement, ces mensonges indécents ne trompent plus la plus grande partie des Arabes et musulmans qui ont finalement découvert la véritable nature du régime.

Ce régime maléfique peut continuer à délirer sans fin sur sa résistance mythique. Mais la vérité frappante, qu’aucune personne de bonne foi sous le soleil ne peut nier, est que le régime a utilisé, et utilise encore, l’énorme stock d’armes, acquises dans le but de combattre Israël et libérer le plateau du Golan, pour détruire Damas, Alep, Hama, Homs, Diraa et les autres villes syriennes.

En effet, au lieu de résister à Israël, le régime est en train de massacrer son propre peuple afin de rester au pouvoir et de garder les bottes de ses voyous sectaires et des assassins pressés sans fin contre la gorge et le cou des hommes, femmes et enfants syriens. Et je ne m’exprime pas par métaphores.

En outre, la dernière chose dont la juste cause palestinienne a besoin, c’est de l’appui d’un régime manifestement meurtrier et néfaste, qui formerait une camaraderie harmonieuse avec des gens comme Ariel Sharon, Adolph Hitler et Joseph Staline.

Nous, Palestiniens, n’avons nul besoin, et nous ne le demandons pas, du soutien d’un régime qui nage dans une mer de sang, du sang de son propre peuple.

Notre sort et destinée (kismet) reposent toujours sur le peuple, pas sur des régimes et surtout des régimes tyranniques qui survivent grâce aux assassinats et se complaisent dans les effusions de sang. Par conséquent, le Hamas doit être félicité pour avoir pris la décision moralement correcte de rompre les liens avec le régime hitlérien de Bashar el-Assad.

Il y a probablement des opportunistes ici ou là qui essaient de tirer avantage de la rupture des relations entre le Hamas et ce régime alaouite méprisable, afin de servir leurs propres agendas contestables.

Eh bien, les aboiements des chiens, de l’étranger ou de notre propre territoire, ne doivent pas nous empêcher de prendre les bonnes décisions et de faire les bons choix.

Il n’est pas exigé ou requis du Hamas qu’il prenne une part active dans la révolution syrienne. Le Hamas mène son propre combat contre la mère de tous les régimes terroristes, Israël.

Aujourd’hui, le régime syrien rejoint Israël comme un ennemi de plus du peuple palestinien. Inutile de dire que les exécutions et les assassinats quotidiens des réfugiés palestiniens au camp d’al-Yarmouk, et ailleurs en Syrie, doivent donner à la junte alaouite un authentique certificat de bonne conduite, surtout aux yeux des cercles sionistes, tant à Tel Aviv qu’à Washington.

C’est alors que le régime virulent entretient le mensonge pornographique, qu’il tue les Palestiniens pour le bien de la Palestine.

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Du même auteur :

-  N’y a-t-il aucune limite à l’impudence d’Abbas ?
-  La représentation de l’OLP n’est pas un texte sacré – 29 octobre 2012
-  La malveillance des colons juifs – 13 octobre 2012
-  Les Palestiniens ne devraient-ils pas revoir leurs priorités ? – 26 juillet 2012
-  Contre vents et marées, la cause palestinienne avance sur la bonne voie – 21 juillet 2012
-  L’Autorité de Ramallah est-elle un protectorat israélien ? – 4 juillet 2012

[…]

Massacre de Palestiniens au camp de Yarmouk :

6 novembre 2011 – Centre palestinien d’informations – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.palestine-info.co.uk/en/…traduction : Info-Palestine/JPP

Lettre de Michel Warchawski au directeur de l’ESJ de Lille


Dimanche, 11 Novembre 2012 18:40
Lettre ouverte a Pierre Savary – Ecole Supérieure de Journalisme de Lille
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Cher collègue,
Par des collègues journalistes, nous avons eu connaissance du voyage d’étude en Israel qui s’organise, sous le patronage – et le financement – du CRIF. Sans faire de fausses analogies, un tel projet nous rappelle les invitations de journalistes en Afrique du Sud organisés et payes par le régime de Pretoria, a l’époque de l’apartheid.
Que des étudiants en journalisme se rendent sur le terrain, en particulier dans des régions de conflits, est tout a leur honneur, mais qu’ils acceptent d’être pris en charge par une organisation qui sert d’agence de propagande pour la politique du gouvernement d’extreme droite israélien n’est pas seulement surprenant, mais aussi désolant.
Le fait d’ »equilibrer » ce voyage par un détour à Ramallah ou par une rencontre avec nos amis de Breaking the Silence, ne change pas grand-chose au caractère propagandiste de cette initiative. Pour exemple : dans la visite du Golan, y aura-t-il une rencontre avec des représentants de la population syrienne qui y vit sous occupation ? J’en doute.
Le Centre d’Information Alternative dont je suis le co-President organise souvent le programme de journalistes, de délégations et de missions professionnelles en Israel ET dans les territoires palestiniens occupes. Le fait d’être une organisation mixte, palestino-israélienne, nous permet d’avoir un regard précis et une connaissance intime des deux réalites qui caractérisent cette région.
Nous comprenons qu’il n’a plus moyen de faire marche arrière. Du moins, pouvons essayer non pas d’ »équilibrer » – il ne saurait y avoir d’équilibre entre occupants et occupés, colonisateurs et colonisés – mais au moins de permettre aux étudiants-journalistes de sortir du cadre propagandiste de cette initiative.
Nous sommes a votre disposition pour une réorganisation du programme, de telle sorte qu’il devienne une rencontre avec la réalite, telle qu’elle est des deux côtés du mur : entre autres un tour de la colonisation et du mur autour de Jérusalem, rencontre avec des femmes et des hommes qui représentent la societé civile palestinienne, ainsi que des militant/es d’organisations anti-colonialistes israéliennes ; rencontre avec des Syriens du Golan occupé.
Cordialement,
Michel Warschawski
Jerusalem/Beit-Sahour
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La France attribue son Prix des Droits de l’homme à l’Alternative Information Center


lundi 12 novembre 2012 – 07h:38


Le prix sera remis dans une cérémonie à Paris, le 10 décembre 2012, au cofondateur de l’AIC, Michael (Mikado) Warschawski.
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Michel Warschawski, cofondateur de l’AIC (Centre d’information alternative)

Le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, va remettre le Prix des Droits de l’homme de la République française à l’Alternative Information Center, organisation mixte palestino-israélienne, basée en Cisjordanie et à Jérusalem. Le prix reconnaît l’action d’AIC visant à montrer l’impunité israélienne dans les territoires palestiniens occupés et à promouvoir la responsabilisation de l’armée israélienne et la violence des colons. Le prix sera remis dans une cérémonie à Paris, le 10 décembre 2012, au cofondateur de l’AIC, Michael (Mikado) Warschawski.

Warschawski est de longue date un militant israélien pour les droits de l’homme, analyste et écrivain. Son livre, Sur la Frontière, a récemment été traduit en hébreu.

« L’AIC n’a jamais mené son action dans le but de recevoir des prix », déclare Warschawski. « Mais cette reconnaissance institutionnelle prestigieuse de l’action de l’AIC est certainement la bienvenue pour mettre en évidence la nécessité d’une responsabilisation de l’État. C’est dans cette période critique que la France fait preuve d’une compréhension de la nécessité de mettre fin à l’occupation par Israël du territoire palestinien, conformément au droit international ».

Le prix sera décerné à l’AIC et à quatre autres organisations internationales pour leur action dans le domaine des droits de l’homme.

9 novembre 2012 – Alternative Information Center – traduction : Info-Palestine/JPP

Syrie: un religieux modéré élu chef de la Coalition de l’opposition


AlWatan-Doha/AFP Cheikh Ahmad Moaz Al-Khatib, désormais président de la nouvelle Coalition nationale, le 11 novembre 2012 à Doha AlWatan-Doha/AFP
Un religieux modéré, cheikh Ahmad Moaz Al-Khatib, a été élu dimanche soir à Doha président de la nouvelle Coalition nationale regroupant la plupart des composantes de l’oposition syrienne.

L’opposant Riad Seif, un ancien député à l’origine de l’initiative d’unification de l’opposition, et l’activiste Souheir Atassi, qui a joué un rôle dans la coordination du soulèvement à l’intérieur de la Syrie, ont été élus vice-présidents, selon le vote retransmis en direct par la chaîne satellitaire Al-Jazeera.

Originaire de Damas, cheikh Al-Khatib, 52 ans, a quitté la Syrie il y a environ trois mois, après avoir été arrêté à deux reprises depuis le déclenchement du soulèvement contre le régime du président Bachar Al-Assad en mars 2011.

Il est connu pour ses positions modérées sur le plan religieux.

Riad Seif, un ancien député de 66 ans, est quand à lui un des symboles du « printemps de Damas » réprimé en 2001 par le président Bachar al-Assad. Il a été emprisonné pendant huit ans, et s’est fait arrêter à deux reprises depuis le début du soulèvement, avant de quitter la Syrie.

Souheir Atassi a pour sa part quitté la Syrie après sept mois de vie en clandestinité au début du soulèvement, au cours desquels elle a joué un rôle clé dans la coordination des structures mises en place par l’opposition.

Al-Watan Doha/AFP © Al-Watan Doha/AFP

Le militant syrien des droits de l’Homme Haytham al-Maleh (G) félicite cheikh Ahmad Moaz Al-Khatib, le 11 novembre 2012 à Doha

Leur élection est intervenue après que les composantes de l’opposition ont paraphé un accord créant une instance baptisée « Coalition nationale syrienne des forces de l’opposition et de la révolution » pour unifier leurs efforts dans la lutte contre le régime.

La formation de cette coalition est le fruit d’un compromis obtenu après de laborieuses négociations entre les partis d’opposition, dont le Conseil national syrien (CNS), qui bloquait son adoption, de peur d’être marginalisé.

Mais le CNS a été soumis à d’intenses pressions arabes et internationales samedi soir pour accepter une unification des composantes de l’opposition sous la houlette de la Coalition nationale afin de lutter de manière plus efficace contre le régime Assad.

La Syrie est secouée depuis mars 2011 par un conflit déclenché par la répression brutale d’une révolte populaire contre le régime de Bachar al-Assad. Ce mouvement de contestation s’est militarisé au fil des mois, les violences ayant fait plus de 37.000 morts selon une ONG syrienne.

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Syrie : une journée de combats vue de la frontière turque


Le Point.fr – Publié le 10/11/2012 à 15:48 – Modifié le 10/11/2012 à 18:44

À la frontière de la Syrie, Ceylanpinar est l’un des derniers points de passage contrôlés par l’armée de Bachar el-Assad. Reportage.



Ceylanpinar est couvert d’un intense brouillard. Un brouillard qui accentue davantage encore l’impression de ralenti qui émane de cette ville turque frontalière d’avec la Syrie. À l’appel des messages répétés au mégaphone par la police, la quasi-totalité des 70 000 habitants a fui les principales artères de la ville. Une sorte de No-man’s land qui en borde un autre, réel celui-là, entre les deux pays. À quelques dizaines de mètres, les insurgés syriens tentent de prendre Ras al-Ain, l’un des deux derniers points de passage avec la Turquie encore aux mains de l’armée fidèle à Bachar el-Assad.

Huit mille réfugiés dans l’urgence

Depuis Ceylanpinar, les détonations d’armes légères et parfois des tirs de mortiers se font entendre. Un écho quasi régulier, qui dure depuis mercredi soir, début des affrontements. « Les nuits ont été atroces, les combats n’ont jamais arrêté », constate Orhan, Turc, le regard fixé sur la frontière depuis un petit muret où il s’est installé. Comme lui, les habitants sont nombreux à rester aux abords de la frontière, guettant un signe de l’avancée des combats. C’est dans ces circonstances que, la veille, cinq civils ont été blessés côté turc par des balles perdues. Un bilan qui s’ajoute aux 26 Syriens morts comptabilisés jeudi, dont 10 rebelles. À quelques rues de la frontière, l’hôpital de Ceylanpinar ne désemplit pas. Nombre d’ambulances ramènent des Syriens, combattants ou civils, blessés par les combats. Ces derniers ont été acheminés à pied ou en voiture devant l’un des postes-frontières, auprès des secouristes turcs. L’armée – qui a ordre de ne pas s’immiscer dans les combats, sauf en cas d’agression sur son sol – veille à sécuriser les lieux.

Dans les rues de Ceylanpinar, les ambulances croisent des bus, lancés eux aussi à pleine vitesse. Ils acheminent les civils qui fuient Ras al-Ain jusqu’au camp installé par les autorités turques à trois kilomètres du centre-ville. Mais ce dernier est surchargé, surtout depuis l’arrivée des 8 000 réfugiés la nuit passée, afflux auquel ont dû faire face les autorités dans l’urgence. Alors, de nombreuses familles syriennes, après plusieurs heures de marche, déambulent dans les rues désertes, faute d’endroits pour s’installer.

Deux heures plus tard, l’enthousiasme se lit sur les visages des hommes massés à la frontière. Les insurgés, les « muhalifer », l’auraient emporté. Certains, à Ceylanpinar, montrent les vidéos prises avec leurs téléphones portables, depuis Ras al-Ain. Ils ont franchi la frontière de l’autre sens tôt ce matin pour prêter main-forte aux insurgés. Sur ces quelques minutes d’images, on distingue un homme donnant des ordres, kalachnikov à la main, ou encore une veste de soldat tachée de sang et abandonnée au sol. Une autre vidéo, échangée entre de nombreux portables à Ceylanpinar, montre des soldats syriens capturés réunis dans une pièce sombre par les insurgés. Les rumeurs elles aussi s’échangent : parmi elles, celle qui raconte que des corps sans vie seraient laissés à l’abandon dans les ruelles de Ras al-Ain.

La victoire saluée par des « Allah Akbar »

Côté syrien, la victoire laisse place à un défilé de pick-up blancs qui klaxonnent, transportant des combattants qui laissent éclater leur joie aux cris de « Allah Akbar ». Des cartouches sont tirées en l’air. Des Syriens en profitent pour traverser la frontière par petits groupes et regagner Ras al-Ain, aidés par certains soldats turcs postés tout au long de la frontière. « Rien ne dit que c’est fini », prévient un homme âgé.

Un quart d’heure plus tard, des tirs se font encore entendre, se rapprochant de la ligne de démarcation. Côté turc, c’est l’agitation, tous se réfugient derrière des pans de maisons, dans un quartier vidé de ses habitants. Plus loin, un homme d’une vingtaine d’années montre aux curieux les douilles qu’il a ramassées quelques heures plus tôt. Cette agitation n’est pas du goût des autorités turques et des blindés armés de lances à incendie aspergent la foule. Certains jeunes Kurdes répliquent avec des pierres. Comme si le conflit en Syrie ne faisait pas oublier celui qui dure depuis des années entre la Turquie et sa minorité kurde.

Mais quand les tirs reprennent, la foule se montre moins agitée. Moins réguliers, ces tirs auraient pour objectif de « débusquer les derniers snipers pro-Bachar », explique Hamid, un Syrien réfugié depuis la veille. Des poches de résistance qui continuent de se faire entendre, avec parcimonie, signe que la victoire n’est pas réellement acquise. Un silence de plomb s’installe ensuite, seulement entrecoupé par le bruit des sirènes. Certains Syriens, réfugiés en Turquie le temps des combats, en profitent pour traverser la frontière et retourner s’installer chez eux. Ceux qui préfèrent attendre que la situation se soit stabilisée plus durablement et les habitants de Ceyanpinar, eux, regagnent tranquillement le centre-ville. Là, l’épaisse couche de brouillard ne s’est toujours pas levée.

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SYRIE L’armée fidèle au régime fait face à un problème de loyauté


Malgré l’implacable déséquilibre des forces en présence en défaveur des rebelles, il n’est pas sûr que l’armée loyale au régime de Bachar el-Assad pavoise, bien au contraire. En attestent, notamment, les commentaires d’un général de l’armée de l’air qui a récemment fait défection.
Selon Mohammed Fares, 61 ans, qui présente aussi la particularité d’avoir été le premier cosmonaute syrien il y a quelques décennies, seulement 30 % des 100 à 120 pilotes de chasseurs bombardiers sont utilisés lors des raids aériens contre les villes ou quartiers rebelles. Et les autres ? Le régime estime ne pas pouvoir placer sa confiance en eux et il craint des désertions.

Selon le spécialiste belge Thomas Pierret, de l’Université d’Edimbourg, ce témoignage n’a rien d’étonnant. « Regardons la situation, nous explique-t-il : on parle d’une armée qui, sur papier, compte 300.000 400.000 hommes d’active (600.000 avec les réservistes). Or, elle est incapable, face une insurrection mal équipée, de contrôler l’axe géographique principal de la Syrie, de Deraa, à la frontière jordanienne, jusqu’à la frontière turque au nord d’Alep. Ce n’est pas gigantesque : environ 450 km de long sur un grand maximum de 100 km de large en moyenne. En d’autres termes, un territoire grand comme l’Estonie avec une armée dont la taille est dix fois supérieure – sur papier – à celle de l’armée belge. Or l’armée syrienne n’y arrive pas du tout : elle tient les grandes villes mais a perdu le contrôle d’une bonne partie des régions environnantes dont les banlieues de Damas, pour l’instant. »

Ce constat s’explique, confirme Thomas Pierret, par la crainte des désertions. « Même si le nombre de désertions n’est pas gigantesque jusqu’à présent – il s’agit quand même de dizaines de milliers de soldats –, l’armée est neutralisée par sa sous-utilisation. Ce que le général Fares évoque concernant les pilotes s’applique à bon nombre d’unités, cantonnées dans leurs casernes de peur qu’elles désertent si elles sont déployées sur le terrain. Ça explique par exemple les performances pathétiques des forces loyalistes à Alep, incapables de reprendre durablement le quartier de Salah al-Din alors qu’elles ont juré de le reprendre depuis trois mois. »

Autre signe dans le même sens : les difficultés pour l’armée de mettre la main sur les réservistes rappelés. L’agence Reuters citait le 4 septembre dernier l’évaluation d’un officier forcément anonyme qui, de Homs, estimait que seule la moitié des réservistes rappelés obtempéraient. « De nombreuses unités ont subi de lourdes pertes, disait-il, il y a une pénurie d’hommes. Beaucoup de soldats ont été tués et nous subissons des désertions. »

La logique démographique se cache sous ces constats : les soldats de la base et les conscrits, qui doivent faire deux ans de service militaire, proviennent massivement de la communauté sunnite (plus de deux tiers de la population)… où se recrutent surtout les volontaires du côté rebelle, alors que les hauts gradés de l’armée sont souvent originaires de la communauté alaouite, la minorité religieuse (10 %) dont procède le régime. D’où un moral sans doute en berne.

« En dehors des unités d’élite qui combattent à Damas, le moral des troupes est sans doute très mauvais, estime encore Thomas Pierre. Les pertes sont vraisemblablement énormes et minimisées par le régime. Il va par ailleurs de soi que les soldats assiégés dans des bases (comme à Wadi al-Deif, à Taftanaz, le Régiment 46 près d’Alep) ne doivent pas être en grande forme. A propos du matériel, il faut distinguer entre Damas, où la Garde républicaine et la 4e division blindée utilisent des blindés russes de conception récente et bien entretenus, et le reste du pays, où l’on voit passer des antiquités en piteux état. »

Sans l’armée, le régime s’effondrerait en peu de temps. D’où la prudence dans le déploiement des unités peu sûres. Mais le régime garde peut-être aussi certaines armes, chimiques par exemple, au cas où il estimerait son existence menacée.

BAUDOUIN LOOS

LE SOIR Vendredi 9 novembre 2012

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