Bachar Al-Assad, le tyran


M le magazine du Monde | 21.12.2012 à 13h02 • Mis à jour le 23.12.2012 à 19h40 Par Christophe Ayad

Le président syrien n'est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Alessio Romenzi/Corbis

C’est l’homme de l’année 2012. Du moins si l’on retient comme critères le cynisme et la cruauté. Et même s’il ne survivra probablement pas à 2013, on se souviendra de lui longtemps. Au moins jusqu’à ce qu’un autre dépasse ce record insensé : plus de 40 000 morts en dix-neuf mois de soulèvement et c’est loin d’être fini. On se demandait il y a encore un an s’il serait capable d’égaler son père Hafez, qui avait fait tuer 10 000 à 20 000 habitants de Hama en 1982 pour avoir osé se soulever. Bachar, l’ophtalmologue au long cou et au léger zézaiement, a fait assurément plus et mieux, sans éteindre pour autant l’incendie qui vient désormais lécher les pieds de la colline qui domine Damas, où se trouve son palais.

Le président syrien n’est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Rarement on aura vu un tel détachement dans la cruauté, un tel déni dans la férocité. Même s’il a espacé ses apparitions publiques et télévisées, déjà rares, Bachar Al-Assad ne s’est jamais départi de son calme un peu sentencieux de premier de la classe. Il continue de parler de son pays comme s’il s’agissait d’une contrée exotique. Et de l’exercice du pouvoir, comme si c’était une dissertation. Comme s’il n’était pas impliqué, comme s’il s’agissait d’un autre.

Le pouvoir, il n’y était pas destiné. C’est son frère aîné Bassel qui devait en hériter, n’était un fatal accident de voiture sur la route de l’aéroport en janvier 1994. Il en avait l’appétit et le goût. Rappelé de Londres, où il effectuait sa spécialisation médicale, Bachar a obéi à l’injonction paternelle. Tiraillé constamment entre le désir d’être aimé pour ce qu’il croit être et la peur de passer pour un faible, il a toujours soufflé le chaud puis le froid. A son arrivée à la présidence en juin 2000, il lance un appel à l’ouverture et à la modernisation. Le « printemps de Damas » prend un tour inquiétant, les conseillers de son père menacent de revenir aux affaires prétextant son inexpérience. Exit l’ouverture, reste la modernisation. Il démocratise Internet et le téléphone mobile, deux outils qui lui seront fatals. Son cousin et ses proches s’enrichissent outrageusement en s’octroyant le monopole commercial de ces lucarnes de liberté dont les Syriens sont friands.

VICTOIRES EN TROMPE-L’ŒIL

Aujourd'hui si la chute du dictateur semble proche, son cynisme a tué plus de 40 000 syriens.

Autant il réussit à s’affranchir de la vieille garde héritée de son père, autant la famille continue d’exercer une tutelle pesante. Malgré l’arrivée d’Asma Al-Akhras, sa charmante épouse issue d’une grande famille de Homs, Bachar Al-Assad reste l’otage d’un clan familial et confessionnel. Dès le début de la crise, en mars 2011, il a compris que si la famille venait à se déliter, c’en était fini de son pouvoir. Il a donc couvert les excès de son cousin Atef Najib à Deraa et confié les rênes de l’armée à son frère Maher. Début 2012, Bachar n’a toujours pas réussi à éteindre la contestation qui prend un tour de plus en plus armé. Mais il a bon espoir de remporter la victoire finale. La Russie et la Chine le protègent de toute intervention extérieure aux Nations unies, brandissant à trois reprises l’arme du veto. L’Iran ne lui ménage ni son pétrole, ni ses armements, ni ses conseillers. Et la Ligue arabe mène une mission sans lendemain d’observation d’un cessez-le-feu qui n’a existé que sur le papier. L’opposition a beau être omniprésente, elle est sous-équipée, fragmentée et minée par les rivalités. Il choisit de passer à la vitesse supérieure en février en écrasant le symbole de la contestation armée, le quartier de Baba Amro, à Homs, et en organisant un simulacre d’élections et de réforme constitutionnelle.

Mais rien n’arrête l’insurrection. Elle est partout, jusque dans son palais. Défections et désertions se multiplient. La correspondance du président est révélée au grand jour. Il apparaît entouré de collaboratrices aussi jeunes qu’incompétentes, Sheherazad Jaafari et Hadeel Al-Ali, qui rivalisent de minauderies. Pendant ce temps, sa femme, qui le surnomme « mon canard », continue de passer d’extravagantes commandes de mobilier et de décoration à l’étranger, malgré les sanctions commerciales qui visent le pays et la famille régnante. Pendant ce temps, les attentats se multiplient : nul ne sait à qui les attribuer dans le théâtre d’ombres qu’est la Syrie. Le 18 juillet 2012, ils touchent une partie de l’appareil sécuritaire, tuant le beau-frère de Bachar, Assef Chawqat. Sa sœur Bouchra part en exil aux Emirats. La peur a changé de camp.

Fini de rire. Au début de l’été, le régime, bercé par ses victoires en trompe-l’œil (il n’a jamais réussi à reprendre la ville de Homs), ne voit pas venir le soulèvement armé des grandes villes, Damas, Alep, Deir ez-Zor. Les rebelles, alimentés en armes légères prises à l’armée ou données par les pays les soutenant (Turquie, Qatar, Arabie saoudite), se lancent dans une guérilla urbaine qui fait vaciller le pouvoir. Cette fois-ci, c’est la guerre totale, sans gants ni plan de com’. Les faubourgs de Damas sont provisoirement repris, le régime se livre à des massacres, des exécutions de masse. Mais l’armée n’a plus les moyens de reprendre Alep, la capitale économique du pays. Les campagnes du nord du pays se libèrent et les rebelles, mal équipés mais plus nombreux et renforcés par l’arrivée de jihadistes, inversent le rapport de force : ce sont eux qui désormais assiègent le régime auquel il ne reste plus que l’aviation pour maintenir son avantage. Même la Russie ne croit plus en la victoire de son poulain. Bachar Al-Assad mourra-t-il dans son pays ou s’enfuira-t-il ? C’est désormais la seule question qui se pose à lui.

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Tunisie : des opposants attaqués et assiégés par des islamistes à Djerba


dimanche 23 décembre 2012, par La Rédaction

Les responsables du principal parti d’opposition tunisien ont été attaqués et assiégés samedi par des centaines de manifestants soutenant les islamistes au pouvoir qui ont envahi l’hôtel de Djerba (sud) où devait se dérouler une réunion de la formation.

Les manifestants brandissant des banderoles hostiles au parti Nidaa Tounès s’étaient d’abord rassemblés devant un hôtel de Midoune, sur l’île de Djerba, puis ils ont franchi le cordon policier, pénétrant dans l’hôtel et envahissant les lieux, selon un journaliste de l’AFP.

La salle où se tenait la réunion a été aussi envahie par les manifestants, forçant le parti à annuler la rencontre.

La réunion devait marquer la fin d’un deuil de 40 jours, à la suite de la mort de Lotfi Naguedh, coordinateur de ce parti à Tataouine (Sud) battu à mort en octobre par des manifestants soutenant les islamistes du parti Ennahda, qui dirigent le gouvernement.

Plus tôt samedi, les opposants avaient été visés par des jets de pierres et certaines vitres de l’hôtel ont été partiellement brisées.

Les cadres et les militants d’opposition ainsi que des journalistes ont été bloqués dans l’hôtel en milieu d’après-midi, encerclé par les manifestants qui scandaient « Dehors pourritures ».

La police est restée en retrait. En début de soirée, un semblant de calme était revenu même si les manifestants étaient toujours rassemblés aux abords de l’hôtel.

Le chef du parti, l’ex-Premier ministre Beji Caïd Essebsi, à l’antenne des radios Mosaïque et Shems, a accusé la Ligue de protection de la révolution d’être derrière ces évènements.

Cette organisation, sorte de milice pro-Ennahda aux méthodes brutales, est à l’origine de plusieurs coups d’éclats. L’opposition et une partie de la société civile réclament la dissolution de cette Ligue, ce à quoi le gouvernement se refuse.

Des représentants de Nidaa Tounès en France ont condamné ces violences « visant à empêcher purement et simplement toute manifestation démocratique du parti », dans un communiqué publié à Paris.

Le parti dénonce « le mutisme et l’inaction des autorités compétentes et des pouvoirs publics en charge de la protection des populations, du maintien de l’ordre et du bon déroulement des manifestations démocratiques républicaines », selon les termes du communiqué.

« C’est un véritable scandale. Nous avons contacté le ministre de l’Intérieur (Ali Larayedh) et le ministre des Droits de l’Homme Samir Dilou mais ils refusent d’intervenir », a déclaré à l’AFP l’avocate Bochra Belhaj Hmida, qui participait à la réunion de Nidaa Tounès.

Contacté par l’AFP, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khaled Tarrouche, n’était pas en mesure d’apporter des précisions sur la situation.

Nidaa Tounès est accusé par le gouvernement de chercher à réintégrer dans la vie politique des membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali.

Fondé en juillet, le parti est, selon les sondages d’opinion, au coude à coude avec Ennahda. Les affrontements entre partisans des deux camps interviennent régulièrement.

Depuis l’été, les manifestations violentes et les attaques de groupuscules islamistes radicaux se multiplient alors que la Tunisie peine à se stabiliser depuis la révolution de l’hiver 2010-2011.

(23 Décembre 2012 – Avec les agences de presse)

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Rassemblements pour la Palestine jeudi 27 décembre dans le monde entier !


samedi 22 décembre 2012



A Paris, Lille, Tours, Lyon… mais aussi Londres, Bruxelles… des rassemblements se dérouleront jeudi prochain 27 décembre, en mémoire des victimes palestiniennes des massacres israéliens, et pour réclamer la levée du blocus de Gaza. Nous vous appelons à y venir nombreux et nous espèrons vous donner à cette occasion des nouvelles en direct de notre passage à Gaza qui doit s’effectuer ce même jour !

Netanyahou vient de déclarer à la télévision israélienne qu’il se « fichait pas mal de ce que pouvait dire l’ONU », après les condamnations de son assemblée générale des nouvelles colonies annoncées par le gouvernement israélien, tant à Jérusalem Est que dans le reste de la Cisjordanie.

Ce n’est pas un scoop. Et ce qui est sûr, c’est que s’il peut s’en foutre c’est parce que ces condamnations sont parfaitement platoniques et que parallèlement, les gouvernements occidentaux (et certains gouvernements arabes) collaborent à qui mieux mieux avec cette colonisation et cette occupation.

Sait-on par exemple que l’Europe fait 15 fois plus de commerce avec les colonies israéliennes qu’avec les territoires palestiniens ? Sans parler de la bande de Gaza dans l’impossibilité d’exporter. Ni du fait que les Palestiniens qui peuvent exporter quelque chose doivent en passer par Israël pour le faire.

Jeudi prochain 27 décembre, des milliers de femmes et d’hommes descendront dans la rue pour dire qu’ils n’ont pas oublié les 1430 victimes (dont 400 enfants) et les milliers de blessés et mutilés par les bombardements israéliens lancés le 27 décembre 2008.

Ils diront qu’ils n’ont pas oublié les 182 victimes palestiniennes, dont 47 enfants de novembre denier, ni l’assassinat des 9 passagers turcs du Mavi Marmara dont le seul tort était de vouloir apporter de l’aide à la population de Gaza.

Ils diront que le blocus de Gaza et l’enfermement de tous les Palestiniens est une honte. Et que cette honte est possible parce que nos dirigeants participent à cet enfermement inacceptable.

Venez à ces rassemblements ! Vous en profiterez pour exprimer votre soutien à notre mission qui doit entrer le même jour à Gaza via l’Egypte. Et nous établirons une liaison téléphonique directe pour vous tenir au courant de notre situation.

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Le gouvernement sud-africain entérine la campagne BDS


 

vendredi 21 décembre 2012



L’ANC, principal parti au gouvernement en Afrique du Sud, vient non seulement d’adopter une résolution en faveur de la campagne de Boycott, Sanctions et Désinvestissement (BDS), telle que réclamée par la société civile palestinienne, mais a mis en place un comité chargé de veiller à son application.

La résolution 35 qui vient d’être adoptée par la conférence nationale de l’ANC est historique. Elle « appelle tous les Sud-Africains à soutenir les programmes et campagnes de la société civile palestinienne destinés à faire pression sur Israël pour qu’il s’engage à trouver avec les Palestiniens une solution juste ».

Cette décision n’était pas évidente étant donnée les énormes pressions exercées par le lobby israélien sur place.

Mais il semble que le traitement humiliant et brutal infligé par Israël aux Africains ait contribué à faire voter cette décision à une large majorité, lors de la conférence nationale de l’ANC.

Celle-ci a en effet dénoncé « les attaques xénophobes et la déportation des Africains par l’Etat d’Israël » et réclamé que « ce problème soit abordé par l’Union Africaine ».

Source : http://electronicintifada.net/blogs…

Et voir également article dans Haaretz : www.haaretz.com/news/diploma…

CAPJPO-EuroPalestine

Les dernières perles de Kafranbel


Génial ! Me laisse sans voix  #Idlib #Syria pic.twitter.com/hTuM32pw

farGar farooos 49 min
La ville libérée de Kafranbel se moque du bombardement par l’axe du mal du camp palestinien de  Yarmouk #Syria #Palestine #Damascus pic.twitter.com/4F6TjRcj

La Syrie au jour le jour. 2 / L’âge stalinien


20 décembre 2012

Aurélien PIALOU

La première partie de cet article,
« La Syrie au jour le jour. 1 / L’âge colonial« 
a été mis en ligne le 24 novembre 2012

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Les batailles de Damas et d’Alep ont montré que, conformément à sa nature « coloniale », le régime syrien n’hésitait ni à recourir au contrôle minutieux des villes et de sa capitale, ni à l’emploi indiscriminé de l’aviation pour écraser des populations jugées indésirables. Mais, pour autant, ses agissements et ses pratiques de violence ne se réduisent pas à une vulgaire reproduction des pratiques coloniales.

Quelques traits spécifiques sautent immédiatement aux yeux. Dans la capitale, c’est la Garde Républicaine qui assure la surveillance. Dans la périphérie, la 4ème Division dirigée par Maher al-Assad. Mais ces forces ne sont pas seules à intervenir. Les quartiers se dotent de « Comités Populaires », des groupes de volontaires que le régime incite à se défendre et auxquels il distribue des armes pour assurer leur protection… et la sienne. Trouvent place à leur côté des contingents de chabbiha et d’autres sortes de milices, dont l’origine et les contours se caractérisent par un grand flou. Chaque espace est quadrillé par des unités indifférenciées, dont la juxtaposition et la coexistence interdisent aux populations de savoir précisément à quels types de groupes elles ont à faire. Il ne s’agit pas d’une milice ou d’une armée divisée en plusieurs sous-groupes. Les failles de la coordination, la présence ou l’absence d’uniformes, l’affirmation des appartenances… ne permettent pas de le penser. Retenons donc pour le moment l’existence de groupes et cherchons à en préciser la nature.

« Tiens, il faudra vérifier pourquoi la voiture blanche stationnée d’ordinaire devant le bureau de … n’était pas là lundi et mardi », remarque soudain un enquêteur de la police politique, la Sureté générale. Cette phrase n’est pas tirée d’un récit ancien. Elle ne remonte pas à une époque abolie où une dictature aussi ordinaire que féroce régnait en Syrie. Elle figure dans un témoignage enregistré au mois d’octobre 2012. Elle reflète une dimension essentielle du fonctionnement de l’Etat… si l’on peut appeler ainsi le système en place en Syrie. Dans un pays désormais en proie au chaos et à la désolation, les moukhabarat, répartis entre au moins six services principaux, poursuivent inlassablement leur travail, comme si de rien n’était. Ils collectent des renseignements, surveillent les populations, torturent les suspects et les détenus, répriment tout mouvement de contestation, dans des centres sans cesse plus nombreux et agrandis où croupissent des hommes et des femmes arrêtés sans distinction. Le fonctionnement du régime n’a absolument pas été modifié par la révolution : les organes de sécurité continuent de s’octroyer tous les pouvoirs et toutes les prérogatives, et s’emploient à faire régner leur autorité. Cette dernière repose sur la suspicion et la peur.

Il peut être utile de se référer, pour comprendre l’articulation des multiples services de sécurité et la redondance des unités armées, semblables dans leur accoutrement et apparentées par leurs agissements à de vulgaires bandes armées terrorisant les civils qu’elles devraient protéger, à l’expérience de certains pays européens. La Russie et l’Allemagne des années 1930, sous Staline et Hitler, ont présenté deux caractéristiques que les études historiques ont mis longtemps à percevoir. D’une part, un chef charismatique et omnipotent, exerçant ou paraissant exercer seul la décision. De l’autre, une prolifération des centres de répression, ici la SS ou la Wehrmacht pendant la guerre, là le GPU, l’armée rouge ou les brigades d’enrôlement des citoyens. Les historiens ont proposé un mode de conciliation de ces deux extrêmes. Les régimes sont polycentriques, au sens où des institutions concurrentes existent et prennent des décisions, qui, tout en travaillant « dans le sens du chef », contribuent souvent au « dérapage de la situation ». Le chef ne peut que cautionner ce qu’ont décidé et fait ses subordonnés, quitte, dans un second temps, à réprimer par une purge l’organe déviant.

En reprenant ce schéma, deux traits apparaissent : d’une part, la proximité qu’entretient le régime syrien avec les régimes totalitaires, et, d’autre part, la spécificité du système mis en place par Hafez al-Assad. Des centres de pouvoir et des unités de police politique ont été dotés de tous les pouvoirs leur permettant de « gouverner » – entendons « terroriser » – le pays. Ils ne sont pas, entre eux, des alliés objectifs, même s’ils s’entendent globalement. Ils se concurrencent. Ils s’affrontent. Ils disposent de la latitude de sanctionner à leur guise la population et les partenaires affaiblis ou discrédités du régime. Ainsi, au cours du mois d’avril 2012, des rafales de kalachnikov tirées contre les entrées de la caserne du stade des Abbassides ont signalé à ses occupants, des moukhabarat, que leurs homologues d’autres services étaient prêts à profiter de leur faiblesse passagère, qui ne leur avait pas échappé.

Cette guerre des services s’exerce en premier lieu au détriment du peuple. Pour démontrer ses capacités, chaque service se doit de procéder à davantage d’arrestations d’ennemis du régime, à la mise hors d’état de nuire d’un nombre supérieur de terroristes. La loi de juillet 2012, qui a élargi le champ conceptuel du terme « terrorisme » pour y inclure la fourniture de soins aux blessés et la distribution de nourriture aux populations réfugiées dans les zones libres, a naturellement avivé la concurrence entre services. Ils sont dorénavant assurés de pouvoir réaliser de véritables scores, qu’il s’agisse de débusquer d’infâmes « comploteurs » ou de réduire au silence les jeunes enfants « soudoyés par le Qatar pour crier famine devant les caméras d’al Jazira ». Dans le monde des Al-Assad, comme dans celui de Staline dont Rifa’at al-Assad, frère de Hafez al-Assad se réclamait, la caractéristique dominante est bien la paranoïa institutionnalisée.

Comment une telle architecture peut-elle tenir ? Il lui faut une figure, un chef, qui dise ce qui est, ou plutôt ce qui doit être. Loin d’être un simple chef d’Etat, Bachar al-Assad assume à présent ce rôle. Son père, de haute lutte, avait réussi à s’imposer comme l’arbitre suprême, celui qui décidait et celui qui arbitrait les conflits. Son héritier a fièrement pris le relai. C’est lui qui porte désormais le flambeau de la tyrannie. Il dit ce qui est : que « la Syrie est en guerre », comme lors du discours de juin 2012 ; ou que « la guerre est totale », au cours du mois de septembre 2012. Il ne s’agit pas là de simple rhétorique. La différence entre ces deux formes de conflit est simple, et il faut en être conscient. Dans le cas d’une guerre, l’ennemi est extérieur. Il faut donc porter ses troupes contre lui, sur les frontières. Lorsque le conflit devient total, l’ennemi est tout à la fois interne et externe. Relisons les discours d’Hitler et de Staline : le premier, en 1941, ne déclare-t-il pas que les juifs qui l’agressent de l’extérieur (Moscou et Washington) ne pourront vaincre à l’intérieur ? Or tout le monde sait ce qu’il est ensuite advenu.

La fracture provoquée par le déclenchement des batailles d’Alep et de Damas précipite la fin du régime. Ce dernier n’a plus de protection. Il est à la merci de ses composantes essentielles : les forces qui, disposant de tous les pouvoirs, peuvent faire montre d’une agressivité sans limite à l’encontre de tout le monde. La paranoïa institutionnelle, dans laquelle vivent ceux qui en Syrie dirigent et exécutent, est telle qu’elle peut conduire au franchissement de toutes les lignes rouges.

Faudra-t-il que la répression en Syrie soit qualifiée de « premier génocide du XXIe siècle » pour voir enfin les consciences se réveiller ?

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La bataille d’Alep – Chroniques de la révolution syrienne


  • Madame, Monsieur,
    Chers Amis,
    J’ai l’honneur de vous annoncer la sortie aux Editions L’Harmattan et L’Harmattan Vidéo du livre « La bataille d’Alep – Chroniques de la révolution syrienne » et du documentaire en DVD, édité sous le même titre.Acheter le livre :
    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=391512jnsfillesAcheter le documentaire :
    http://www.harmattantv.com/videos/film-(vod-dvd)-2527-Syrie-la-bataille-d-Alep-DOCUMENTAIRES.html

    • Film de Pierre Piccinin da Prata et Eduardo Ramos Chalen
    • Durée : 50 min – 2012 – Syrie
    • En mars 2011, à la faveur du « Printemps arabe », le peuple syrien a réclamé la fin du régime et la démocratisation des institutions. Le gouvernement a répondu aux manifestations par la répression et la violence, tout en promettant des élections libres. Le 7 mai 2012, ces élections ont eu lieu. Tous les mouvements d’opposition au pouvoir en étaient exclus, qualifiés de « terroristes ». Dans les semaines qui ont suivi, la plupart des villes et villages de Syrie se sont insurgés. La révolution commençait. En juillet 2012, les révolutionnaires, organisés en « Armée syrienne libre », ont ouvert deux fronts : à Damas, la capitale, au sud, le 17 juillet, et l’autre à Alep, le poumon économique de la Syrie, au nord, le 20 juillet. Le documentaire, tourné au cœur des combats, montre, au plus près des événements, la souffrance d’un peuple qui se débat, seul, face à la machine de guerre d’un des régimes dictatoriaux les plus féroces encore en exercice : les bombardements sur les populations civiles et les hôpitaux tenus par la rébellion, les lignes de front, où les combattants de la liberté luttent avec des armes dérisoires contre les avions et les tanks du régime, les réfugiés, abandonnés par la Communauté internationale. Pour ce faire, démarche journalistique exceptionnelle, les auteurs ont pris le risque de vivre jour et nuit à l’intérieur d’Alep, avec la population, sous les bombardements. Pour Pierre Piccinin da Prata et Eduardo Ramos Chalen, il s’agit, avant tout, de faire écho à un cri d’angoisse et de désespoir, celui de tout un peuple qui meurt dans l’indifférence générale des opinions publiques occidentales.
      www.pierrepiccinin.eu

    Toutes les informations sur le livre et le documentaire :
    http://0z.fr/lltf8

    « Si j’ai écrit ce livre, c’est pour tous ceux que j’ai laissés là-bas et qui souffrent quotidiennement, et pour lesquels je témoigne, après m’être rendu à six reprises sur le terrain syrien, depuis le début du Printemps arabe.

    Pour ces deux jeunes filles que j’ai photographiées à Alep, et pour leur famille, du quartier de Bab al-Hadid.

    C’est un quartier pauvre, un des plus pauvres d’Alep. Je le traversais en août, pour gagner la ligne de front à Jdédié, lorsqu’un hélicoptère de combat a tiré plusieurs roquettes au hasard, sur les maisons. C’est là que j’ai pris la photographie de couverture.

    Je l’ai choisie car elle me semble résumer le drame qui se joue en Syrie : le désarroi des malheureux et le cri de colère d’un peuple qui se bat seul, abandonné par les démocraties occidentales, contre une féroce dictature, prête à tout pour garder le pouvoir.

    J’espère que le témoignage que j’ai produit dans ce livre amènera l’opinion publique à s’intéresser un peu plus à cette révolution, qui se passe pour le moment comme dans une boîte dont personne ne veut soulever le couvercle.

    C’est pour cette raison que j’ai décrit les événements à la manière d’un roman, qui donne des visages à la révolution. Le livre se lira comme un récit d’aventures. Mais c’est bien la terrible réalité de la guerre qu’il relate, celle d’un pays de la Méditerranée, pas très éloigné de nous.

    Si je réussis à toucher l’opinion, j’aurai apporté ma contribution, modeste, à l’aide dont le peuple syrien à besoin et qu’il réclame aujourd’hui, d’une manière désespérée. »

    Pierre PICCININ da PRATA

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