Lettre ouverte au Secrétaire général du Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles


Lettre ouverte au Secrétaire général

 du

 Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles

Que s’est-il donc passé, Monsieur le Secrétaire général ?

C’est vrai ce qu’on peut lire dans la presse en ce moment ?

Que le coût de la remise en état du “Pathé-Palace” sera de 2,5 millions d’€ ?… Alors qu’un entrepreneur spécialisé s’engageait à le faire pour un million, il y a un an !

Que ces travaux qui attendent depuis mai 2004, ne débuteront pas avant un an et que le “Cinéma Palace” n’ouvrira ses portes que fin 2008, au mieux ?… Soit quatre ans de plus que ce qui était envisagé initialement !

Et si j’en crois votre interview d’il y a quelques mois dans le tram de TLB, le budget annuel de fonctionnement sera important… Alors que les responsables du “Consortium” (c’est le “petit nom” qu’ils s’étaient eux-mêmes donné) que vous aviez désignés pour la gestion du bâtiment, annonçaient qu’ils ne voulaient pas d’argent, seulement le bâtiment en état de marche, rien de plus !

Ça n’a pas l’air de baigner, non ?

On croyait pourtant que tout était bétonné quand, en avril 2004, vous avez proclamé que le projet présenté par le “Consortium” était le meilleur : ”Projet très réaliste et basé sur une analyse pertinente du cinéma en général, respectant totalement le cahier des charges, les recettes présentées sont prudemment estimées, la demande de subsides est réaliste… etc”

Un beau et gros bouquet de fleurs !

Un membre éminent du groupe élu déclarait même fièrement sur les antennes de la RTBF : “Nous étions les moins chers. Nous sommes bien heureux de recevoir le bâtiment et ne demandons pas d’argent !”

On n’attendait donc plus que l’ouverture de ce nouveau “Cinéma Palace”, après les quelques mois nécessaires pour la remise en état, bien entendu !

Et on a attendu, attendu…

Et aujourd’hui, plus d’un an après, vous nous dites qu’il faudra encore attendre au moins trois ans ?

Que s’est-il donc passé, Monsieur le Secrétaire général ?

Vous avez paumé votre calculette ?

Le disque dur de votre PC s’est scratché ?

Le Gouvernement a dépensé ses sous à autre chose et ne pourra rattraper le budget qu’en 2007 ?

Vous n’aviez pas bien lu le projet et ses conséquences concrètes ?

Elles étaient pourtant facilement déchiffrables dans les propositions budgétaires du “Consortium”.

Des dossiers se sont égarés dans les couloirs de votre Ministère ?

Si ça peut vous aider, je vous passerai copie de quelques-uns – assez curieux et intéressants – conservés dans mes archives.

Quand on pense que dès 2002 – c’est pas croyable comme le temps passe vite – vous avez fait le maximum pour que le “Pathé-Palace” soit attribué à “Cinéart” et consort.

Deux années de persévérance qui, il faut le reconnaître, n’ont pas toujours été faciles pour vous.

Il vous a d’abord fallu faire taire votre propre expert audiovisuel (moi-même) dont l’étude, demandée par le Directeur de Cabinet d’alors, et dont vous étiez informé en permanence avant tout le monde, aboutissait, après consultation de multiples spécialistes du cinéma (sans oublier vos propres services) à une conclusion qui n’allait pas dans le sens que vous vouliez.

Pensez donc ! Comme meilleur moyen de soutenir notre cinéma, cette étude proposait de créer, sous l’égide du Ministère (!), une “Maison de l’Image”, en collaboration avec l’ensemble des sociétés belges de production et de distribution… Et les organismes de cinéma des pays et régions de l’Union européenne.

En plus, le projet était soutenu par un bon paquet d’éminents professionnels, belges et étrangers.

Certains organismes européens envisageaient même d’investir financièrement en assumant le coût d’événements cinématographiques.

Dernier emmerdement : cette option avait été, dès août 2003, publiquement désignée par le Ministre Président de l’époque. Il voulait même que cette “Maison de l’Image” soit réalisée immédiatement après le départ du Théâtre National en juin 2004.

On aura tout vu : un projet  conçu par des gens “de gauche”, même pas membres du Parti, soutenu par des libéraux et des étrangers qu’on ne connaît même pas.

Je vous comprends, c’était assez emmerdant… Et, disons-le tout net : inadmissible !

Ça n’a pas été simple de vous débarrasser de votre expert indocile, mais – les astuces administratives ne sont pas faites pour les chiens, non ? – vous y êtes arrivé !

Fin 2003, les “compteurs” étaient remis à zéro.

Ouf !

Après ça, il a fallu créer un “Comité de sélection” qui aille dans le “bon sens”, avec vous-même comme Président (ça va de soi !) et concocter un “appel à propositions” praticable par le “Consortium”.

On ne se rend pas compte, mais c’est du boulot tout ça !

Ah! Il y a bien sûr eu quelques petits problèmes pour emporter la décision.

D’abord, il y avait les projets concurrents.

Mais pour les éliminer, la bonne vieille méthode des jugements lapidaires assénés sur un ton péremptoire est toujours efficace. Qui oserait douter de votre haute compétence et de celle de votre comité de sélection ? Qui oserait contester la pertinence de vos avis ?

En plus, la dialectique, ça vous connaît et pour évacuer les objections  vous ne craignez personne.

Petit dialogue imaginaire :

•   Le “Consortium” ne répond pas à plusieurs points, pourtant stipulés dans le cahier de charges ?

–  C’est nous qui décidons de la bonne lecture des textes officiels !

•   Des documents, légalement demandés, sont absents de son dossier de présentation ?

–  Sans importance !

•   Son projet ne fait aucune référence aux aspects européens et francophones, comme spécifié dans le 1er point

de l’appel à propositions ?

– Pas important non plus !

•   Il ne répond pas à certaines obligations, également exigées, comme la présentation d’un projet pédagogique ?

– Il s’est engagé à le faire plus tard !

•   Certaines propositions budgétaires sont visiblement bidon ?

–  C’est vous qui le dites. Moi, j’ai pas remarqué !

•   Certains membres du comité de sélection sont “en cheville” avec les promoteurs ?

–  Conflits d’intérêts ? Où ça ?

… Etc.

Il y a bien eu aussi quelques protestations. Toujours ces mauvais coucheurs qui sous prétexte d’éthique et de légalisme tentent d’empêcher les “arrangements”, pourtant tellement habituels dans notre beau pays de consensus.

Il y a même deux qui ont envisagé d’aller au Conseil d’Etat… Avec de très bonnes chances de gagner.

Mais quand ils se sont rendu compte que, s’ils faisaient ça, ils risquaient fort de pouvoir faire une croix sur leurs futures subventions et n’auraient sans doute plus un clou pour leurs prochains films… Ils ont préféré y renoncer.

Finalement, malgré le fait que vous considériez vous-même le projet comme un simple nouveau “Kladaradatsch” : “… un cinéma d’Art et Essai peu différencié de ceux qui existent déjà”… La décision est passée comme une lettre à la poste,

Votre constance était récompensée ! Tout allait bien dans le meilleur des mondes !

Silence dans les rangs ! Circulez, y a rien à voir ! Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !

La routine, quoi !

Et puis… Bardaf, patatras !

Les réalités, ces conneries de réalités, sont revenues pointer leur nez quand il a fallu passer à la concrétisation et appliquer les structures et budgets proposés par le “Consortium”… Et acceptés par le Ministère !

La réunion de concertation a dû être assez cocasse.

N’y ayant pas été invité, je ne peux que me baser sur les propositions du dossier pour imaginer le dialogue :

•  Nous sommes donc d’accord concernant le budget de fonctionnement que vous avez proposé !

–        Minute ! Minute ! Bien sûr, on avait dit qu’on ne voulait pas d’argent, excepté un petit viatique de ± 100.000 € par an et, bien entendu, nos honoraires pour la conception de ce génial projet (150.000 € !).

On rigolait, c’était pour la promo ! Vous saviez quand même que ce budget ne tenait pas la route et qu’un

complexe de cinémas “art et essai” ne peut pas s’en sortir avec ça, non ?

•  Et concernant les recettes prévues pour le bar/restaurant ?

–        Faut avouer qu’on a un peu poussé – ne nous dites pas que vous ne l’aviez pas vu – en annonçant un chiffre d’affaires de plus d’un million d’€ par an. D’ailleurs un copain qui tient un restaurant dans le coin a bien rigolé quand il a su que nos estimations étaient “prudemment estimées” par vous !

… Et “grand merci” pour cette déclaration !

•  Mais pour la fréquentation, les chiffres mentionnés dans le cahier de charges sont corrects eux, non ?

–        Ben, là aussi faut avouer qu’on a un peu exagéré en annonçant que le “Cinéma Palace” attirerait rapidement 180.000 spectateurs par an (presque le double de l’Arenberg-Galeries) et générerait une recette d’environ un million d’€ !

Mais, relisez le dossier, on a seulement écrit que c’était un chiffre “prévisionnel” !

•  Il faudra monter une asbl ! Le Gouvernement n’est plus d’accord avec la création d’une société coopérative dans

laquelle le Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles ne pourrait siéger que de manière minoritaire.

–        Ah, bon ? Pourtant vous aviez justement exclu la “Maison de l’Image” parce que, notamment, elle proposait une asbl : “La structure asbl signifie qu’aucun profit n’est recherché et que le projet n’a aucune vocation commerciale“.

… Mais pas de problème, on s’arrangera !

•  Que va-t-il se passer avec l’Arenberg-Galeries qui ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres de votre

complexe et propose également une programmation de films d’auteurs  ? Qu’allez-vous faire ?

–        C’est évident que la création du “Cinéma Palace” risque d’entraîner la faillite de l’Arenberg. Mais, rassurez-vous, “Cinéart” lui laissera quelques films du catalogue (ceux qu’on ne projettera pas chez nous) et on lui proposera aussi de collaborer à l’une ou l’autre manifestation.

Et puis, si l’Arenberg-Galeries devait fermer, on récupérerait son public, non ? Où est le problème ?

•  Comme nous n’aurons sans doute plus l’apport du sponsor qui proposait, pour le projet “Maison de l’Image”, un

investissement en projection numérique, le budget d’équipement audiovisuel sera important.

–        Ça, c’est pas notre problème ! Tout augmente si vite, n’est-ce pas !

•  Quelle sera la place des films de la Communauté Wallonie-Bruxelles ?

–        Réduite, évidemment !

C’est pas à vous qu’il faut expliquer que “Cinéart”, principal meneur de notre “Consortium”, est avant tout un

importateur de films étrangers !  Il n’y aura donc la place que pour quelques films autochtones !

C’est d’ailleurs pas à vous non plus qu’il faut apprendre qu’on ne produit, qu’une petite dizaine de longs-

métrages par an dans la Communauté, non ?

Mais rassurez-vous, on leur trouvera une “niche”… Et les apparences seront sauvegardées !

… Bref, on a du constater que la proposition de l’heureux élu ne tenait pas la route et que la Communauté Wallonie-Bruxelles allait devoir douiller !

On n’était pas sorti de l’auberge !

Mais, votre sens de la navigation à vue est bien connu.

Vous alliez certainement trouver les solutions pour que la boîte de Pandore reste fermée.

D’abord, et avant tout, appliquer vos leitmotivs préférés : “calmer le jeu”, “pas de vagues”, “profil bas”.

Pendant plus d’un an, on n’a quasiment plus parlé du projet !

Toujours ça de gagné !

Ensuite, comme tout passe par l’image – on en sait quelque chose dans certains appareils politiques qui vous sont proches – valoriser celle des promoteurs : octroi d’un subside de 50.000 € (plus 50.000 € du Pouvoir fédéral) pour une petite fête à Cannes en l’honneur du 30ème anniversaire de “Cinéart”… Sous le couvert d’une fête de la Communauté.

Très utile pour les “bonnes relations commerciales” de cette société privée avec ses fournisseurs étrangers… Pas évident pour la promotion de notre cinéma !

Personne n’a, apparemment, relevé le paradoxe.

Bien joué !

Enfin, en attendant de trouver une solution, occuper le terrain !

Poursuivre, comme vous le faites, la mise à disposition des parties utilisables du bâtiment à l’une ou l’autre manifestation (de préférence progressiste, c’est meilleur pour votre image).

Et comme ça, on aura l’impression que le “Cinéma Palace” fonctionne !

Continuez comme ça !

Ignorez les mauvais coucheurs qui parlent de déontologie et de démocratie !

Baratin tout ça !

Proclamez que ce sont de mauvais perdants ou qu’ils font le jeu de l’opposition réactionnaire (vous trouverez bien laquelle).

Ça marche à tous les coups !

Fusillez du regard les impudents qui oseraient poser des questions et demanderaient des comptes !

Clouez le bec à ces ingrats de cinéastes qui se réveilleraient et critiqueraient votre manière d’appliquer votre mission de service public !

Et n’oubliez pas de lancer d’autres initiatives pour maintenir le couvercle sur la marmite et “faire durer” !

Déjà deux ans de gagné !

D’ici 2008 ou 2009, beaucoup d’eau aura coulé dans le canal près de chez vous et d’ici là, le gouvernement actuel trouvera peut-être l’argent nécessaire pour le fonctionnement.

Faites gaffe quand même ! Evitez – ça fait mauvais genre – que ce “Cinéma Palace” ne devienne un petit  “Francorchamps culturel” ou un autre dossier du genre “Complexe Cinématographique Kihuy”, actuellement aux mains de la Justice et assez gênant pour votre camarade Mme Anne-Marie Lizin.

De toute façon, si Mesdames les Ministres Arena, Laanan et vous-même n’arrivez pas à trouver une porte de sortie, vous passerez la “patate chaude” au suivant.

Courage !

En traînant encore un peu, vous serez peut-être même à la retraite.

Ce ne sera plus votre problème !

Bien à vous

Rudi Barnet

(14/9/2005)

PS : Derrière cette protestation en forme de pamphlet, il y a surtout une profonde tristesse devant les pratiques “mandarinales” qui conduisent à ce genre de gâchis.

Aujourd’hui volontairement retiré des activités audiovisuelles de ce pays et collaborant exclusivement avec des professionnels et institutions étrangers, je garde le ferme espoir que ce bâtiment sera bientôt retiré au “Privé” – une asbl de façade n’abuse personne – et restitué aux professionnels du cinéma de la Communauté Wallonie-Bruxelles.

Ils en ont bien besoin.

J’espère qu’ainsi nos créateurs pourront développer les collaborations, indispensables pour leur futur, avec les cinéastes indépendants des pays et régions d’Europe.

Reconnaître ses torts ou ses erreurs et tenter de les réparer grandit l’homme.

Je vous souhaite sincèrement d’avoir cette envergure.

Maison de l’Image au Pathé-Palace


IN MEMORIAM
10e anniversaire des funérailles de la Maison de l’Image au Pathé-Palace

C’est fou comme le temps passe, non? Déjà dix ans qu’a débuté cette triste pantalonnade!

Pourtant, rien ne laissait prévoir un tel « sur place » quand le Ministère de la Communauté Wallonie-Bruxelles, dont j’étais l’expert pour l’audiovisuel, lança une étude pour décider de la destination future du bâtiment du “Pathé-Palace” que le Théâtre National allait quitter en 2004.
Après analyse de la situation de la distribution cinématographique « art et essai » à Bruxelles et consultation de nombreux professionnels, le dossier “Maison de l’Image”, élaboré avec l’aide de spécialistes de l’audiovisuel, était remis aux responsables administratifs et politiques.
On était en 2003!

Depuis lors, on a assisté à une longue et pitoyable saga, truffée de manœuvres tortueuses, de déclarations doucereuses et de silences hypocrites… jusqu’à aujourd’hui.
Le contenu de la « Lettre ouverte au Secrétaire Général » de septembre 2005 , dénonçant les incohérences et irrégularités de ce dossier, n’a jamais été dénoncé ou contredit.
Cette lettre s’est, bien malheureusement, révélée prémonitoire. (voir le texte ici)


C’était pourtant un bien beau projet!
Son concept novateur – une sorte de « Maison de la Culture » dédiée au cinéma – répondait aux principales attentes des gens de l’image et offrait une vitrine internationale à notre cinéma.
Il multipliait notamment les possibilités de collaboration entre nos producteurs (Bruxellois, Flamands et Wallons) et ceux des pays de l’Union européenne.
Il proposait aussi un fonctionnement participatif, un soutien aux distributeurs et festivals belges, des activités pédagogiques, des expositions, des rencontres de coproduction, une vidéothèque publique des productions belges, un centre de recherche pour les cinéastes… etc.
De nombreux professionnels étrangers et certains organismes de l’Union européenne encourageaient cette initiative et s’étaient engagés à lui apporter leur collaboration, des associations demandaient à venir s’y installer, plusieurs pays offraient même de financer des événements pour la promotion de leur cinéma national, un important fabricant de matériel audiovisuel envisageait d’intervenir comme sponsor dans l’équipement technique des salles…
Bref, ce devait être une belle et forte « Maison » conçue pour être à la fois au service de notre cinéma, et, s’appuyant sur la position privilégiée de Bruxelles « capitale de l’Europe », profitable aux autres cinématographies du continent.
Le Ministre-Président de l’époque était enthousiaste et soutenait publiquement ce projet prometteur.
L’avenir semblait tracé : une fois les locaux remis en état après le départ du Théâtre National — un expert estimait alors le coût des travaux à un million d’Euros, montant semblable à celui engagé en 2001 pour les transformations en théâtre — et après les quelques mois nécessaires pour réunir l’équipe d’animation et préparer le programme d’activités, la « Maison de l’Image » allait pouvoir ouvrir ses portes.

Mais… C’était sans tenir compte du “dessous des cartes“.
Les concepteurs de la « Maison de l’Image » ignoraient que certains responsables de la Communauté française manoeuvraient en coulisse pour que le bâtiment soit attribué à une société de distribution qui leur était proche.
Alors?… Alors la machine partisane se mit en branle pour éliminer ce projet qui contrecarrait leur plan.
Le Secrétaire général du Ministère récupéra – « confisqua » est plus approprié – le dossier et négocia une « remise à zéro des compteurs » avec le Ministre-Président qui mit une sourdine à son soutien au projet « Maison » et accepta de lancer un appel d’offre en direction du secteur privé.
Le principal danger étant ainsi écarté, restait à bien s’organiser pour terminer le travail.
On appela à la rescousse quelques personnalités « glamour » pour renforcer l’entreprise chère aux amis et une « commission de sélection » concoctée et présidée par le Secrétaire général lui-même décidera, bien entendu, d’attribuer le Pathé-Palace au projet… prévu.
« Emballez! C’est pesé! »
On était au printemps 2004!

Depuis? Rien ne bouge!
… Et le magnifique immeuble classé « Art Nouveau » se dégrade un peu plus chaque année.
Cause principale de ce fiasco?
Comme en témoignent les archives, à la disposition de qui serait intéressé, le projet élu était « bidon »!
Il ne répondait pas, entre autres « lacunes », à plusieurs obligations, pourtant clairement stipulées dans le cahier de charges, et, surtout, présentait un budget de fonctionnement… absurde!
Les responsables de l’attribution avaient été informés de ces carences et infractions à la loi, mais ils décidèrent de ne pas en tenir compte… Choisirent donc délibérément de ne pas respecter leurs propres règles!
Sans doute espéraient-ils « rafistoler les choses » plus tard…discrètement.

Mais les failles du projet choisi étaient considérables et le trou financier… plus qu’appréciable.
Alors? De mois en mois, d’année en année, on reporta, on postposa, on ajourna… histoire sans doute d’occulter ce « petit arrangement entre amis » qui avait foiré.
Fin 2006, le projet initial subit même une véritable métamorphose.
Plus question de simple remise en état du bâtiment, c’est carrément un plan de modification architecturale que lança alors le Ministère : création de nouvelles salles, transformation d’espaces, etc.
Ainsi, les modalités de l’appel d’offre de 2004 devenaient obsolètes et cette refonte majeure du projet aurait du, logiquement et légalement, entraîner un nouvel appel à proposition.
Il n’en fut rien, évidemment… Pourquoi être logique et respecter les règles?
Après quelques autres épisodes assez vaudevillesques, 2012 voit le début de premiers travaux.
On chuchote que cette rénovation coûtera plus de neuf millions d’Euros… pour un bâtiment acheté cinq!

Que faire devant ce consternant gâchis?
Se plaindre? Se moquer? Se résigner? S’attrister?
Tourner le dos à cette médiocrité et, comme moi, passer à autre chose?
Aller accrocher un bouquet de chrysanthèmes à la grille de ce qui aurait pu être un bel instrument au service des cinéastes et des cultures, et qui deviendra au mieux, à une date indéterminée, un simple  mais coûteux complexe de cinéma, concurrent de celui des galeries St-Hubert ou de la place De Brouckère?

Dix longues années que, pour des motivations politiciennes et mercantiles, les gens de cinéma et de culture sont dépossédés d’un outil essentiel pour leur développement.
N’est-il pas grand temps de… s’indigner?

IN MEMORIAM de ce qui n’est plus qu’un « problème » pour des mandataires politiques bien plus concernés par leurs privilèges que par leur mission.
Mais pas d’inquiétude, dormez tranquille! La loi ne punit pas l’incompétence en matière culturelle, ni l’absence d’éthique.
Quant à la dignité de certains professionnels de l’audiovisuel…

Rudi Barnet

Coordinateur de Wallonie-Bruxelles Images (1983 à 1991 & 1993 à 1996)
Fondateur et animateur de EuroAim (Programme Media 1 de l’UE)
Co-fondateur de EFP (European Film Promotion)
Directeur du Festival de San Sebastian (1991 et 1992)
Expert pour l’Audiovisuel du Ministère de la Communauté Française (1996 à 2004)
Concepteur de « Wallimage »
Co-fondateur de « Cap Network »

Le 123 rue Royale, un modèle du genre ?


Squat lui aussi, le « 123 » rue Royale fait figure de réussite voire de modèle dans le microcosme du logement précaire bruxellois. Historiquement, il s’inscrit dans la grande série des occupations collectives de logements laissés vides en Région bruxelloise : celle de l’occupation des anciens bureaux de taxes de la place Morichar en 2009, celle de l’hôtel Tagawa en 2007. Bart De Win est ici depuis quinze ans. A 46 ans, c’est une figure de la lutte pour le droit au logement. « Nous voyons tous les jours des gens dans la rue ; la crise qui s’aggrave conduit de plus en plus à une précarité élémentaire. La grande pauvreté gagne du terrain et provoque des expulsions en série. Mais des solutions existent : si le droit privé prime sur le droit au logement, il existe quelques articles se référant au “droit de gestion publique” dans le code du logement. »

C’est sur base de ces articles que, depuis quatre ans, un collectif occupe les anciens bureaux de la Communauté française au 123 rue Royale. Au total, soixante-cinq personnes, cinq familles et neuf enfants ; le reste étant composé de couples sans enfants ou d’isolés. « Après plusieurs expulsions très médiatisées de différents endroits de la capitale, et une nuit sous tentes dans le Jardin botanique, nous nous sommes dirigés vers ici. Les bureaux étaient libres depuis plusieurs années. Et on y a trouvé de fait une certaine stabilité, explique Bart De Win. Nous avons signé une Convention d’occupation collective qui ne précise pas la durée de cession du bâtiment, mais qui offre la possibilité d’un préavis possible de six mois, ce qui est mieux que l’intranquillité constante des squatteurs ou des sans-abri. »

De fait, du premier coup d’œil, la situation est diamétralement opposée à celle que connaissent les occupants de Gesù. Ici aussi, une réunion hebdomadaire d’organisation générale a lieu le mardi soir. Mais l’organisation ne se limite pas à entériner les conflits en cours et à les endiguer vaille que vaille. Il s’agit d’une véritable volonté de vivre ensemble. C’est d’ailleurs le nom du leur collectif : « Groupe Vivre Ensemble-Logement Solidaire ». La philosophie émane des mouvements alternatifs des années soixante et septante : les portraits du Che, de Bob Marley ou des slogans soixante-huitards et provocs affichés sur les murs de différents appartements ne trompent pas. « On vit ensemble même si on ne se connaît pas. C’est une façon plus critique de se poser face à la société actuelle. Toute la philosophie du monde libéral est très individualiste. Nous sommes à contre-courant ; notre quête est peut-être très idéaliste, mais nous voulons proposer autre chose : plus qu’une communauté, nous sommes une collectivité », explique Bart.

En pratique cela donne des réalisations étonnantes en milieu précaire : beaucoup de nationalités différentes, quelques sans-papiers, une balance hommes/femmes équilibrée, des enfants, des personnes âgées, des animaux domestiques… et une vie commune pourtant bien régulée. Des douches individuelles ont été installées ainsi qu’un grand réfectoire commun et des petites cuisines à chaque étage.

Moins surpeuplé que Gesù, le 123 offre un panel d’activités ou d’espaces communs : un atelier de réparation de vélos, un autre apprenant les techniques de travail du bois, bureau administratif collectif, un local pour enfants, une salle télé-médias, un atelier informatique, un autre de couture et une petite chambre servant de salle de sport, un atelier peinture, une friperie à prix libre permettant d’échanger des vêtements et enfin un bar où chaque dimanche le collectif propose une table d’hôte ouverte à tous.

Tous les matériels usagés sont récupérés, réparés, revendus, recyclés ou jetés dans un esprit de partage et de soutien. « L’important est de maintenir un espace de vie sociale ouvert, sûr, d’avoir des idées de développement et des projets qui s’ouvrent, souligne Bart De Win. Nous ne sommes pas complètement fermés et en marge de la société, explique-t-il. Nous recherchons une cohabitation paisible dans des temps difficiles. Il n’y a pas de réinsertion obligatoire. La sécurité est assurée et nous investissons ce qui est nécessaire pour rendre le logement habitable (les rapports des pompiers quant à la sécurité des logements sont positifs), mais surtout nous proposons une certaine convivialité. Les premiers soins de santé peuvent être donnés par les habitants, les besoins des uns et des autres sont rencontrés par la totalité des occupants du 123. »

Une solidarité qui contraste avec l’ambiance du Gesù.

Ces derniers attendent avec inquiétude une possible expulsion au printemps mais surtout l’angoisse, l’insécurité et la précarité quotidienne qui les tenaillent font de leur quotidien un véritable enfer.

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Lettre ouverte d’un palestinien au Président de la République française suite à l’hommage national rendu à Stéphane Hessel


par Majed Bamya, jeudi 7 mars 2013, 21:20 ·

Le Président Hollande évoquant Stéphane Hessel lors de l’hommage national qui lui a été rendu aujourd’hui: 

« Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage ».

Monsieur le Président,

Des millions de personnes ont suivi l’hommage rendu par la France à l’un de ses citoyens, qui a réussi par ses actes et ses paroles à raviver des valeurs universelles en manque d’incarnation, et à donner corps aux aspirations d’une jeunesse en quête de repères. Vous avez compris qu’au coeur du combat de Stéphane Hessel, il y avait la liberté, et sans doute la dignité humaine. Ce combat, il l’a mené comme résistant, comme diplomate, comme militant, comme écrivain. Il n’a jamais déposé les armes et a continué à défendre jusqu’à son souffle ultime cet absolu, faisant face aux fatalistes, aux résignés, aux frileux.

Parmi ses combats multiples, un lui a tenu particulièrement à coeur ces dernières années, la Palestine. Peut être avait-il compris qu’à toute époque, un combat symbolise plus que tout autre cette lutte permanente contre l’injustice? Le résistant de la libération pouvait-il être autre chose que le pourfendeur de l’occupation? Stéphane Hessel a défendu la Palestine, au nom du droit, de la justice, de la liberté, du devoir de solidarité. Il l’a toujours fait en se conformant aux valeurs universelles qui lui ont servi de boussole, et non seulement d’étendard. Il l’a fait au nom de la paix qui ne peut être fondée que sur la fin de l’injustice et non sa perpétuation. Pourquoi, alors, Monsieur le Président, ce besoin de vous distancer d’un homme dans un combat honorable comme celui-ci?

Monsieur le Président, Stéphane Hessel refusa en permanence d’être le témoin de l’histoire, fut-il privilégié, pour assumer avec détermination le rôle d’acteur. Il a refusé de se laisser intimider par les surenchères, les mensonges, les pressions. Ce qui fait de lui un grand homme n’est pas seulement ce qu’il a accompli mais le chemin qu’il a pavé pour nous, afin que nous puissions à notre tour défendre ce même idéal qu’il a voulu nous léguer. Car l’oeuvre majeur de Stéphane Hessel, celle qui est aussi au coeur de son ouvrage, est ce devoir de transmission. « Indignez vous! » nous a-t-il lancé, nous rappelant que le salut venait d’abord de la capacité à défier l’injustice. L’esclavage fut aboli, l’apartheid s’effondra, le colonialisme céda. Tant reste pourtant à faire pour fonder la justice politique et sociale que cette génération appelle de ses voeux, et pour laquelle elle s’est soulevée aux quatre coins du monde.

En rendant hommage à Stéphane Hessel, la France aurait dû se parer sans nuances de cet idéal. La France est loin d’avoir été toujours exemplaire, mais en dépit de ses tergiversations, elle sut contribuer à la définition de cet idéal humaniste dont Stéphane Hessel est devenu l’une des figures les plus emblématiques. Oui, la France s’est parfois reniée. La France coloniale, la France de Vichy, la France de l’extrême droite. Mais chaque fois qu’elle s’est hissée à la hauteur de l’histoire, elle s’est montrée capable d’être un grand pays, en dépit d’une géographie étroite. C’est la France de la République qui défie des siècles de monarchie absolue. C’est la France qui fait, à la sortie de la seconde guerre mondiale, le choix de l’Europe, barrant la voie aux nationalismes exacerbés. C’est la France qui fonde sa démocratie sociale au moment où le pays en ruine aurait pu être abandonné aux égoïsmes. C’est la France qui dit non à la guerre contre l’Irak alors que ses intérêts à court terme aurait pu troubler son jugement.

Sur la question palestinienne, le peuple français n’a jamais été aussi clair, il soutient la liberté, la justice, le droit contre ces maux terribles que sont l’occupation, l’oppression et l’indifférence. La France a souvent été sur cette question à l’avant garde, osant adopter des positions courageuses qui nous ont permis d’avancer vers la reconnaissance des droits du peuple palestinien. En ce sens, Stéphane Hessel a incarné une certaine vision de la France et d’un humanisme qui trouvent leurs racines dans les leçons tirées des ténèbres, et dans l’idéal qui fonda les lumières. Le premier Ambassadeur de France, l’un des rédacteurs de la déclaration universelle des droits de l’Homme, ce citoyen engagé du monde a toujours été fidèle aux principes qui ont fondé la République: la liberté, l’égalité, la fraternité.

Monsieur le Président, vous aviez l’occasion de vous démarquer de ceux qui, en France et ailleurs, ont décidé de défendre l’indéfendable: l’occupation d’une terre et l’oppression d’un peuple. Vous avez choisi de vous démarquer de celui qui se rangea, comme toujours, du coté de la liberté et de la justice, au nom des valeurs universelles, et d’un principe qui se trouve au coeur de la révolution française: « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Aucune formule ne saurait mieux expliquer l’essence de notre lutte. Si la cause palestinienne est légitime, et elle l’est comme vous le reconnaissez, alors votre incompréhension ne l’est pas.

The gatekeepers : avec l’article de Baudouin Loos


Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte antiterroriste en Israël et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la Guerre des six jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugurent les mots d’arabe approximatif avec lequel de jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les « castrer », au lieu de les « recenser ».

L’article de Baudouin Loos sur ce film :

Le documentaire qui trouble Israël

Avec The Gatekeepers (les Gardiens), Dror Moreh secoue Israël. Ses témoins: les six anciens chefs de la sécurité israélienne intérieure. Qui parlent face caméra et contre l’occupation. « Car ils sont inquiets pour l’avenir d’Israël », dit le réalisateur.

Un documentaire peut-il changer la face du monde? Certes non. Mais il peut susciter une prise de conscience salutaire. Dror Moreh, le réalisateur israélien qui a filmé The Gatekeepers (1) a sans aucun doute fait oeuvre utile, en jetant ce pavé dans la mare, ou plutôt en apportant cette pierre dans l’édifice encore à bâtir qui s’appellerait la paix au Proche-Orient. Parce que ses « acteurs », les témoins qu’ils a interrogés avec minutie pendant trois ans, ne sont pas n’importe qui. Ce ne sont pas ceux qui argumentent en général pour la paix israélo-palestinienne. Ce ne sont pas « des juifs qui cultivent la haine de soi », ou quelques gauchistes mal dégrossis. Non. Ce sont les six ex-chefs du Shin Beth encore en vie. Le Shin Beth, aussi appelé la Shabak, ce sont les services de sécurité intérieure. Des durs.
Le documentaire choc qui, signe des temps, a vaincu sans problème la censure militaire israélienne, connaît un beau succès en Israël. Une quinzaine de cinémas le diffusent et font salles combles…
Nous voilà donc en présence de ceux qui ont, des années durant, dirigé les services qui espionnaient la société palestinienne, réprimaient, arrêtaient, torturaient, tuaient des Palestiniens. Accessoirement aussi, ils s’occupaient des extrémistes israéliens juifs. Six anciens responsables qui ont voué leur vie à la défense de la sécurité d’Israël. Et qui disent, chacun à sa façon, comment, comme le proclame l’un d’eux en conclusion du film, « nous avons gagné toutes les batailles mais nous perdons la guerre ».
La plongée dans les « batailles » du Shin Beth ne laisse pas indemne. C’est la lutte « contre le terrorisme ». A savoir le monde des exécutions (plus ou moins bien) ciblées, du recrutement intensif de collaborateurs, de la torture. Les chefs à la retraite en parlent. Tous avec réalisme. Certains aussi avec cynisme. Comme celui qui sourit au souvenir de l’assassinat par téléphone piégé de « l’ingénieur » du Hamas Yehya Ayache, en janvier 1996, « un beau travail, très propre, élégant ». Les représailles du Hamas, sans doute moins « élégantes », allaient faire des dizaines de morts dans des bus israéliens et ramener la droite extrémiste israélienne au pouvoir…
« L’avenir est noir, dit l’un des anciens responsables. Nous sommes devenus une force brutale d’occupation. Comparable à l’armée allemande durant la Seconde Guerre mondiale, du moins pour ce qu’elle fit aux populations polonaise, belge, hollandaise ou tchèque. » Un autre lâche: « Nous rendons la vie de millions de gens insupportable, nous les maintenons dans une souffrance humaine prolongée et ça me tue ».
Les six hommes n’affichent pas tous contrition ou résipiscence. Et puis, leurs états d’âme pourraient être considérés comme tardifs, ainsi que l’estime Gideon Levy, un chroniqueur du quotidien Haaretz qui n’a pas l’habitude de dissimuler ses sentiments: « Ils roulent des yeux, écrivait-il le 30 décembre dernier, et rejettent la responsabilité sur les dirigeants politiques comme s’ils n’auraient pas pu les influencer, comme s’ils n’auraient pas pu moins torturer, moins tuer ».
Binyamin Netanyahou a fait savoir par un communiqué qu’il n’avait pas vu le film et qu’il n’avait pas l’intention de le voir. On peut comprendre le Premier ministre israélien. Que des experts israéliens bien plus qualifiés que lui en matière de sécurité, de terrorisme, viennent proclamer face caméra, après mûres réflexions, que « l’occupation est mauvaise pour Israël » ne peut résonner agréablement à ses oreilles.

Syrie. Cet enfant est-il victime d’armes chimiques ?


Syrie. Cet enfant est-il victime d’armes chimiques ?

Début février. Omar, 13 ans, dans le dispensaire 24/24 de Tripoli, au Liban, où il se rend chaque semaine pour faire changer ses pansements. | Photo Frédéric Helbert

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Comme un vieillard, il grimpe péniblement une ruelle. Silhouette voûtée, regard baissé, Omar a le souffle court, les jambes raides. Chaque pas est une souffrance. Pourtant ce Syrien n’a que 13 ans. Il y a deux mois, en Syrie, à Homs, une bombe a pulvérisé son enfance, sa vie. « Une bombe pas comme les autres, murmure-t-il. Il y a eu une fumée jaune. On m’a dit que j’avais perdu connaissance. Mais je n’ai pas vu mes parents. Ils ont disparu depuis. Vous savez où ils sont ? » Lourd silence. Omar reste plongé dans les ténèbres de son cauchemar. Pour le préserver du pire, la vérité lui a été ­cachée : sa famille entière a péri coincée dans une maison de la vieille ville. Morts par suffocation, diront les médecins. Morts sans avoir été touchés directement.

Omar, alors dans une autre pièce, ne l’a pas été non plus. Mais deux jours plus tard sont apparues brûlures, plaies, cloques. Puis sont venus les troubles de l’équilibre, pertes de mémoire, douleurs musculaires. Le mal empirait chaque jour. A Homs, les médecins ont immédiatement songé aux scories d’un bombardement chimique et organisé un transfert clandestin vers le Liban voisin. Là, espèrent-ils, l’enfant pourrait bénéficier d’un diagnostic et de traitements appropriés. Un « rêve » ruiné par la tragique impuissance de ceux qui ont accueilli la victime au pays du Cèdre. « Bienvenue au royaume des souffrances mystérieuses. » Maniant l’ironie comme une arme de défense, le Dr Ghazi Aswad, chirurgien français d’origine syrienne, 54 ans, fait s’allonger Omar sur un lit de fortune pour l’ausculter.

Au dispensaire 24/24, l’ancien chef de service adjoint de chirurgie orthopédique, au savoir éprouvé dans cinq CHU du sud de la France, soigne chaque jour entre 40 et 60 victimes de la guerre, des réfugiés. L’environnement ? Plus que spartiate : 10 mètres carrés dans ce centre de soins installé sur deux étages d’un immeuble acquis grâce à des dons privés. Matériel réduit au minimum, parfois bricolé à la va-vite et non stérile, laboratoire insignifiant, pas d’ascenseur, aucun bloc opératoire et absence drastique de médicaments. « Cette pièce minuscule, s’amuse le Dr Aswad, est un bureau, une salle d’attente, de consultation, d’opération. » Les blessés l’ont baptisée la « Salle des ­miracles », tant le praticien réussit à soigner avec rien ou si peu. Il retire balles et éclats d’obus, ferme des plaies, panse des brûlures, fait des greffes de peau, le tout sous anesthésie ­locale, faute de mieux. Parfois, il réduit des fractures d’un coup sec, « à l’expérience ». « Mes patients sont, dit-il, d’un courage fantastique. » Lui aussi.

En matière de chirurgie de guerre, le médecin s’est révélé un « champion ». Revenu en Syrie quand la révolution a éclaté, il a mis sa famille à l’abri et est devenu un ­« rebelle en blouse blanche ». De l’urgence, il a tout appris « sur le tas », d’abord sous les bombes, à l’hôpital de Homs. « J’ai tenu jusqu’au jour où j’ai vu une centaine de militaires à la solde de Bachar extuber des patients, les condamnant à une mort immédiate, puis jetant leurs cadavres comme des ordures. Moi, j’étais recroquevillé par terre, en pleurs. Alors je suis venu au Liban, où il y avait tant à faire aussi. Mais pour passer d’un enfer à un autre. Comment imaginer cette misère médicale dans un pays capable de tant de richesses ? »

« Le catalogue d’une horreur qui nous ronge aussi »

L’insupportable pour cet homme, qui le vit en héros : se retrouver face aux blessés d’une guerre fantôme, face à des enfants comme Omar. « Il ne parle plus, ne mange plus. Il vit sous l’empire de la douleur et de la terreur. Emmuré dans le souvenir. Un mort-vivant ! Même nous, nous lui faisons peur. Parce que les traitements sont douloureux. Je ne peux lui donner qu’un antibiotique et changer ses pansements sans cesse souillés. Il faudrait des crèmes spéciales pour la peau, une réhydratation permanente et des cocktails vitaminés à haute dose, une constante prise en charge physique et psychologique… En France, cet enfant martyr serait hospitalisé dans un centre de grands brûlés comme Percy. Ici ? Rien ou si peu ! On bricole… Au monde qui crève d’indifférence, je dis : “Regardez cet enfant que je suis obligé de renvoyer dans une chambre minable d’un centre de réfugiés, et qui vit dans le même survêtement depuis deux mois, ­depuis le jour du bombardement. Honte à ceux qui pourraient et ne font rien !” » Ghazi Aswad, l’homme aux mains d’or, ouvre un vieux tiroir grinçant. Il en sort une boîte de bonbons qu’il donne à son petit patient, lui arrachant un maigre sourire, puis une autre : des antidépresseurs. Il avale deux cachets d’un coup. « Nous en sommes tous là, les soignants, et nous ne nous cachons pas. Sans cela, on ne tiendrait pas. »

« Là où tout a basculé, raconte le chirurgien français, la voix étranglée de colère, c’est quand nous avons vu arriver celles et ceux comme Omar, pour lesquels on ne comprenait rien au début, avant de conclure que nous avions affaire à des blessés souffrant indubitablement de symptômes de bombardements à l’arme chimique. » Brûlures sous-cutanées ou dévorant la peau, cloques, irritations, déformations ­physiques, perte de cheveux, de la mémoire, défaillances du système nerveux, douleurs musculaires et osseuses, malaises, nausées, vomissements, accès de fièvre, asthénies, paralysies, tout l’organisme qui se déglingue, aucun traitement adéquat et parfois la mort au bout. « Le catalogue d’une horreur qui nous ronge aussi », dit le toubib.Point final

Retrouvez l’intégralité de notre reportage dans Paris Match n°3329 du 7 au 13 mars 2013

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« La ruse est leur mot d’ordre »


samedi 2 mars 2013, par Alain Gresh

« Terrorisme : les adeptes de la “taqiyya”. La ruse est leur mot d’ordre. » Sous la signature d’Olivier Toscer, ce texte est paru dans Le Nouvel Observateur du 28 février. Il n’est pas encore disponible en ligne, mais il mérite que l’on s’arrête sur ce grand moment de journalisme d’investigation, que le « chapô » (texte introductif) résume ainsi :

Ils boivent de l’alcool, s’affichent avec des femmes et ne fréquentent pas les mosquées. Adeptes de la dissimulation religieuse, ces fous d’Allah sont la hantise des services secrets.

On sait d’emblée que l’on a affaire à un journaliste cultivé, « fin connaisseur de l’islam », comme les médias aiment à l’écrire. Il sait ce qu’est la taqiyya, cette possibilité en islam de dissimuler ses croyances en cas de danger. Une autre manière de dire que les Arabes (et les musulmans) sont « fourbes ». Mille et un récits coloniaux insistent sur cette « qualité » intrinsèque aux Arabes, qui avaient l’audace de refuser la conversion au christianisme et qui n’étaient pas de « bonne foi » quand on leur demandait de collaborer avec leurs occupants. On ne peut pas les croire, disait la doxa coloniale.

Un exemple, parmi des milliers d’autres, celui de Mark Sykes, haut fonctionnaire britannique, qui fut un des négociateurs des accords dits Sykes-Picot (1916), qui partagèrent le Proche-Orient entre la France et le Royaume-Uni, au mépris total de la volonté des peuples concernés. Il fut l’auteur d’un livre, The Caliph’s Last Heritage, dont l’index, au terme, « caractère arabe » renvoyait aussi à… « trahison ». Cette analyse venait d’un spécialiste, puisque Sykes avait laissé croire à ses supérieurs, de manière mensongère, qu’il maîtrisait l’arabe et le turc.

Revenons donc à l’article d’Olivier Toscer. Il commence ainsi :

Il s’appelle Jamal Zougam. Il est marocain et purge aujourd’hui une peine de prison à vie pour sa participation aux attentats de Madrid en 2004. Pendant onze ans, Zougam, immigré en Espagne, a géré paisiblement une petite boutique de téléphones à Lavapiés, un quartier populaire du centre de Madrid. Personne dans son entourage ne soupçonnait que ce beau gosse à la réputation de tombeur entretenait depuis quatre ans des liens très étroits avec le mouvement djihadiste. « Il aimait l’alcool, les femmes, les discothèques et semblait parfaitement intégré dans la société espagnole », relève un rapport d’analyse de la police américaine sur le processus de radicalisation en Occident, rédigé en 2007. C’est pourtant Zougam qui avait mis au point les détonateurs des bombes placées dans les gares madrilènes, en mars 2004, tuant près de 200 personnes.

Le dossier Zougam fait aujourd’hui figure de cas d’école étudié par tous les services antiterroristes, notamment en France. « Il est l’exemple parfait du terroriste passé maître dans l’art de la dissimulation, explique un haut responsable français de la lutte antiterroriste. Dans la sphère djihadiste, on appelle cette technique, la “taqiyya”. » De quoi s’agit-il ? Au départ, le concept est purement religieux. « La “taqiyya” a été articulée par des clercs chiites lorsque cette minorité de l’islam était pourchassée par des sunnites à certaines époques de l’histoire, explique le chercheur Mohamed-Ali Adraoui. Les savants se basaient souvent sur “les Abeilles”, une sourate du Coran qui légitime la dissimulation de la croyance. La “taqiyya” est une tactique consistant à faire mine d’abjurer sa foi quand on y est obligé pour survivre. » Valider religieusement le décalage entre l’apparence que l’on donne et ce que l’on a véritablement dans le cœur ? Une aubaine pour les djihadistes. « Dans la tête d’un terroriste, il y a l’idée que l’islam est attaqué, poursuit Mohamed-Ali Adraoui. Son devoir est de se défendre, et tout est permis pour triompher, même s’il faut pour ce faire ne respecter aucun des préceptes et rites de l’islam. »

Résumons en une phrase : un terroriste, pour réussir son action, doit dissimuler. Voilà une découverte qui a demandé un grand travail de recherche ! Dans d’autres pays et à d’autres époques, il est bien connu que les activistes armés avaient l’habitude d’annoncer publiquement leurs actions, de proclamer où et quand ils allaient poser des bombes, et de professer en public les thèses de leur organisation… Il n’y a évidemment que les musulmans « fourbes » pour dissimuler leurs convictions.

Ainsi, les djihadistes auraient publié

un article titré « Qualités d’un assassin urbain », sorte de vademecum pour apprentis terroristes occidentaux. L’auteur, au pseudonyme évocateur de « Fils de l’assassinat », y exposait les rudiments de la taqiyya : le bon terroriste se caractérise par « son habileté à se fondre dans la société moderne […], écrit-il. Il ressemble à un citoyen ordinaire habillé comme tout le monde. Au lieu d’apparaître radical en religion, il peut se couper ou se raser la barbe à un niveau acceptable dans la société où il vit ». Et de donner quelques conseils précis sur le comportement à avoir en société : « Parlez avec tout le monde. Plus vous êtes silencieux, plus vous apparaissez dangereux. »

Evidemment, le journaliste ne pouvait pas ne pas évoquer Merah :

Connu pour ses liens avec la mouvance djihadiste du Sud-Ouest, Merah cherche à sortir des radars. Mis à part quelques altercations violentes et la conduite d’une moto sans permis, le jeune homme évite de se faire remarquer.

Là aussi, la différence est frappante avec, par exemple, les militants d’Action directe qui, au contraire, cherchaient à se faire repérer…

Et la conclusion est à la hauteur de l’article :

Retranché dans son appartement quelques heures avant d’être abattu les armes à la main, Merah lâchera au négociateur de la DCRI : « C’est pas l’argent le nerf de la guerre, c’est la ruse ! »

Là aussi, vous avez un comportement vraiment musulman. Ecrit il y a quelques milliers d’années et attribué à Sun Tzu, L’Art de la guerre définissait déjà la ruse comme un ingrédient essentiel de toute stratégie. Nul doute que Sun Tzu était déjà un musulman adepte de la taqiyya.

SOURCE

La terreur est israélienne, et elle est quotidienne ! (Vidéo)


Tandis que Peres ose déclarer au premier ministre belge que « l’obstacle à la paix ce n’est pas la colonisation, mais la terreur du Hamas et celle du Hezbollah » (il aurait tort de se gêner, vu le comportement de ses interlocuteurs !), les lynchages et autres attaques racistes contre des Palestiniens se multiplient dans « l’Etat juif ».

Ci-dessous une courte vidéo montrant non pas un ou deux racistes israéliens, mais une foule raciste en train de se disperser après le lynchage d’un agent de nettoyage, à Tel Aviv, dans la nuit du 24 au 25 février, aux cris de « Un Arabe est un fils de p… Un Juif est une âme bénie ».

Des témoins ont rapporté que « l’homme serait mort si les jeunes n’avaient été dispersés par la police ».

Vous avez bien lu : ces terroristes n’ont pas été arrêtés, ils ont juste été « dispersés » par la police israélienne, alors que cet homme de 40 ans, paisible père de famille était hospitalisé, avec des fractures du crâne et des blessures au visage, dont les yeux !

Hassan Ausruf remplissait un seau d’eau dans la rue quand il fut attaqué par une vingtaine de jeunes, qui l’ont frappé et lui ont lancé tout ce qui leur tombait sous la main, bouteilles, morceaux de verre… tandis qu’il courait ensanglanté pour leur échapper en les entendant crier : « Alors l’Arabe, il parait que tu veux un Etat ? »

La même semaine, c’était au tour d’une femme palestinienne d’être attaquée et violemment battue par un groupe de femmes juives, cette fois, tandis qu’elle attendait le tramway à Jérusalem.

Quatre femmes se sont approchées de Hana Amtir en lui demandant si elle était arabe. Après qu’elle eût répondu affirmativement, elles se sont mis à lui cracher dessus, à lui arracher son foulard et à lui donner des coups en la traitant de « putain arabe ».

Et il s’agit là de deux cas qui ont eu droit à un écho dans la presse. On ne parle pas des autres…

La faute au Hamas ou au Hezbollah, Monsieur Peres ?

CAPJPO-EuroPalestine

The Corporation- sous titre : français A voir !


Ce documentaire montre l’évolution des « Sociétés Anonymes » (appelées Corporations en anglais) aux USA, reprenant leur histoire depuis leur apparition avec la Révolution Industrielle, où elles étaient conçues pour répondre au bien public mais furent détournées de cet objectif par la recherche du profit.
« De même que le requin est une machine à tuer, la Corporation est une machine à faire de l’argent. »

réalisé par Jennifer Abbott et Mark Achbar.
Ce film est basé sur le livre The corporation, the pathological pursuit of profit and power (Les Multinationales, la recherche pathologique du profit et du pouvoir) de Joel Bakan.

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