« Plus personne ne pourra dire “on ne savait pas”.
On sait.
Alors, si on ne peut que hurler, que notre cri soit assourdissant et ininterrompu tant que les tortionnaires continueront de torturer et les assassins d’assassiner »
Mise au point
L’auteur de ce blog a déjà expliqué qu’il ne jouait aucun rôle dans la modération des commentaires, qui était le travail d’une société spécialisée sélectionnée par lemonde.fr. Lorsqu’il a été interrogé sur l’intérêt de laisser un commentaire, il a toujours donné son accord dans la mesure où celui-ci ne transgressait pas les règles en vigueur. Il n’a jamais répondu aux insultes auxquelles ont recours ceux qui, faute d’argument et incapables de se limiter au débat d’idées, profitent de l’anonymat pour intervenir et tenter de peser sur les opinions ou de détourner les attentions en multipliant les pseudonymes.
Caricature d’Ali Farzat
Certains visiteurs seront peut-être rassurés d’apprendre qu’au cours des trois derniers jours, c’est une seule et unique personne qui se dissimulait derrière les pseudonymes suivants :
– Aye aye sir
– Un rescapé d’Abou Ghraib
– Einstein n’en revient pas
– Tout à fait
– Le courage de bien regarder les choses en face
– Il fallait oser le dire
– Mais bien sûr
– Un syrien parmi d’autre
– Nous sommes tous palestiniens
– Abou Antar
– Ya 3ayni 3aleyk ya toto
– Sahar Mourad,
– Voyons !
– C’est proprement loufoque
– Syriens, Glasman vous donne la bonne nouvelle : …
– Patriote Syrien
– Un palestinien
– Tu ne gagneras point
– Lumumba
– Balkis
– Hilarant
– Antar Yacine
– Pas possible
– T’es pas tout seul
– t
– Observateur
– Saint-Just
– Queequeg
– Witold Gombrowiscz
– Danton
– Martial Canterel
– Martial Cantel
– et, plus anciennement, Norbert Montalescot.
Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra sur la subtilité du personnage, l’élégance du procédé, la pertinence de ses interventions et la finalité d’un tel matraquage… On pourra s’étonner du choix de certains de ces pseudonymes et de la cohérence qui conduit à se dissimuler derrière des noms de révolutionnaires de notre Histoire, pour dénier aux Syriens le droit d’écrire la leur et de se révolter contre un pouvoir autoritaire et despotique, qui place sa survie au-dessus de toutes les considérations.
« Lorsqu’un peuple un jour veut la vie… »
(Abou l-Qasem Chabbi)
Les Syriens épris de liberté, de dignité et de justice, veulent achever au plus vite la guerre de libération dans laquelle ils ont été entraînés « à leur coeur défendant ». Ils veulent, pour le bien de leur pays et de leurs enfants, débarrasser la Syrie du système illégitime et prédateur qui se cramponne au pouvoir. Ils ont saisi les mains qui se tendaient vers eux… parce qu’il n’y en avait pas d’autres. Ils commencent, dans des conditions difficiles qui témoignent de leur courage et de leurs ambitions, à édifier par eux-mêmes, en surmontant leurs contradictions, en tâtonnant et sans doute en commettant des erreurs comme nos ancêtres jadis, l’Etat civil démocratique et pluraliste qui correspond à leurs aspirations.
Ils méritent notre admiration, notre soutien et nos encouragements !
Clip Indignez-vous en LSF – HK et les Saltimbanks
La dignité comme nouvelle patrie internationale . . .
En hommage à stéphane hessel
Un morceau sur youtube, chanté par des sourds
Jean-Pierre Filiu : « Je crois que la victoire sera politique en Syrie »
le 1 mars, 2013 – 00:44
A l’occasion de la parution de son dernier ouvrage « Le nouveau Moyen-Orient », premier du genre à être consacré à la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu, le prolifique historien arabisant, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris), a répondu à nos questions.
En se plongeant dans les méandres de la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu n’était pas en terre inconnue, mais en immersion intellectuelle dans un pays qui lui est familier et cher, où il résida en sa qualité d’adjoint de l’ambassadeur de France à Damas, de 1996 à 1999.
Face à la tournure dévastatrice d’une insurrection populaire avide de changement, entamée pacifiquement et emportée dans le tourbillon mortifère d’un conflit qui bouscule tous les schémas, Jean-Pierre Filiu a répondu à l’appel impérieux de la recherche afin de décrypter les tenants et les aboutissants de la contestation syrienne et de la répression implacable menée par le régime de Bachar al-Assad.
Sous une plume passionnante qui éclaire la Révolution syrienne à la lumière de la perspective historique, de l’analyse d’actualité et de la réflexion prospective, Jean-Pierre Filiu signe « Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l’heure de la Révolution syrienne », le premier livre entièrement consacré à la Syrie d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux se projeter dans la Syrie de demain.
– Dans votre ouvrage, vous observez l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient à la faveur d’une renaissance arabe qui est actrice de son destin. Vous évoquez un prolongement de la Nahda, quels en sont aujourd’hui les enjeux essentiels, et quel sera le rôle de la Syrie future ?
Ma thèse d’historien est assez simple et elle s’inscrit dans le prolongement de mon ouvrage précédent, « La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique », publié au début de la vague révolutionnaire. Nous assistons à l’aboutissement d’un processus historique de longue durée, engagé durant la Nahda/Renaissance du XIXème siècle, et frustré par l’établissement de dictatures au lendemain des indépendances arabes. La Syrie, du fait de sa centralité historique et politique, joue un rôle déterminant dans cette nouvelle ère.
– Est-ce une revanche sur les accords franco-britanniques «Sykes-Picot» de 1920? Pouvez-vous en rappeler les grands objectifs et les lourdes conséquences pour les peuples concernés ?
La division artificielle du Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, sur la base des accords secrets de 1916, connus sous le nom de leurs négociateurs Sykes et Picot, est en effet une cause fondamentale de l’instabilité des Etats devenus plus tard indépendants. Le paradoxe révolutionnaire est que la légitimation, par la lutte même, du cadre hérité de la colonisation va conforter ces frontières, initialement imposées, mais devenues celles d’un peuple en lutte pour son indépendance authentique. Il est frappant de voir que les révolutionnaires syriens ont choisi le drapeau de la Syrie rétablie en tant que telle en 1961, après la rupture de la funeste « union » avec l’Egypte.
– Ce Moyen-Orient, passé dans le langage courant, a été conceptualisé en 1902 par l’amiral américain Alfred Mahan. Etait-ce un visionnaire de la géopolitique, et quelle portée a eu sa projection de l’Orient dans le monde ?
J’insiste comme historien sur le fait que le Moyen-Orient est une projection de puissance relativement récente, puisque ce concept naît il y a un peu plus de siècle, sous la plume d’un théoricien américain du contrôle des routes maritimes. Avant cet amiral Mahan, on parlait d’Orient ou de Levant. Lui pose le « Moyen-Orient » comme cible de toute puissance aspirant à l’hégémonie mondiale. Et cela un demi-siècle avant la fondation de l’état d’Israël ou l’exploitation massive du pétrole. C’est ce Moyen-Orient d’en haut qui disparaît aujourd’hui au profit d’une réalité dictée par les peuples en lutte.
– La révolution syrienne, démarrée pacifiquement, a sombré dans un chaos mortifère. La comptabilité macabre en atteste (plus de 30 000 morts en 20 mois, un million et demi de Syriens déplacés à l’intérieur du pays, 400 000 réfugiés dans les pays voisins, une situation humanitaire catastrophique). Quelle est votre perception de la complexité de ce conflit ?
Tous ces chiffres accablants, que vous reprenez de l’introduction de mon livre, pourtant paru il y a très peu de temps, peuvent déjà être doublés, tant la descente aux enfers du peuple syrien s’accompagne d’une aggravation exponentielle du nombre des victimes. Je crois que c’est moins la complexité du conflit syrien qui est sans précédent que la détermination du peuple de Syrie à renverser une dictature elle-même prête à tout pour demeurer en place. Les acteurs extérieurs croient pouvoir contrôler une crise dont je mets pourtant en lumière les enjeux profondément intérieurs et les ressorts intimes. La Russie et l’Iran sont ainsi engagés dans une co-belligérance active qu’ils vont payer au prix fort.
– Quel est le vrai poids du conflit confessionnel sunnite-alaouite et quelle sera son issue ?
Je vous remercie de parler de sunnites-alaouites plutôt que, comme trop de commentateurs, de sunnites-chiites. Les Alaouites ne sont en effet pas plus chiites que les Mormons ne sont protestants. Mais l’Iran et l’Arabie ont à l’évidence projeté sur le théâtre syrien leurs rivalités régionales, qu’elles déclinent sur un mode confessionnel. Aujourd’hui, Bachar al-Assad a littéralement pris en otages les Alaouites de Syrie et il faut que les forces révolutionnaires desserrent cet étau en intégrant de manière volontariste des personnalités alaouites. La nomination de Monzer Makhous comme ambassadeur de la Syrie nouvelle, à Paris, est un pas parmi d’autres en ce sens.
– Comment expliquez-vous l’apparente réserve de la communauté internationale, et notamment des Etats-Unis ? Cela aura-t-il des répercussions à terme entre une Syrie que vous voyez victorieuse de son tyran Bachar al-Assad et l’Occident ?
Je souligne l’effet profondément néfaste de l’absence de décision claire de la part de la communauté internationale, qui a abouti à aggraver le calvaire du peuple syrien. Je suis particulièrement sévère à l’encontre de Kofi Annan, dont la mission a coïncidé avec une escalade sanglante sur tous les fronts. Tous ces intervenants extérieurs sont prisonniers d’une vision dépassée où Bachar al-Assad continue d’incarner l’Etat, et où les combattants sont réduits à n’être que des relais des supposées influences étrangères. C’est une insulte au peuple syrien en lutte pour sa libération. Et il n’oubliera pas de si tôt qui était à ses côtés et qui l’a abandonné en ces moments terribles.
– Vous décrivez Hafez al-Assad, le père, comme un « conspirateur opiniâtre » qui a consolidé, en 1970, une « dictature d’une perversité inédite, habile à brouiller les pistes, pour camoufler l’accaparement du pays par un clan ». Tel père, tel fils, de quoi est faite la capacité de nuisance de « l’Etat de barbarie » des Assad ?
J’ai pu rencontrer plusieurs fois Hafez al-Assad comme son fils. Je suis convaincu que, contrairement à tous les commentaires sur leur soi-disant « vision stratégique », ce ne sont que des survivants déterminés à tout sacrifier pour la préservation de leur pouvoir sans partage. C’est ce qui avait amené le regretté Michel Seurat à inventer ce concept lumineux d’« Etat de barbarie », car cet « Etat » n’a plus de rapport avec sa population que le bombardement et les massacres. Aucune négociation ne peut être menée avec cette machine de terreur, qui doit être démantelée, sous peine de perdurer comme depuis plus de quarante ans.
– Vous affirmez que la victoire sera politique avant d’être militaire, avec la chute de Bachar al-Assad. Mais pour l’heure, ce dernier résiste depuis plus d’un an face à l’Armée syrienne de libération (ASL) et le Comité National Syrien (CNS). La guérilla peut-elle vraiment avoir le dessus et à quelle échéance ?
Je crois en effet que la victoire sera politique et que « l’Etat de barbarie » s’effondrera de ne plus pouvoir entretenir sa terreur débridée. Cela ne signifie pas qu’un rapport de forces militaire ne doit pas être enfin établi pour que l’aviation, l’artillerie et les missiles du régime cessent de semer la terreur dans la population. Mais la clef ne sera pas dans une victoire « militaire » (la rébellion a d’ailleurs eu tort de céder à cette illusion lors des batailles de Damas et d’Alep en juillet 2012). Elle se trouvera dans l’établissement d’une autorité révolutionnaire et légitime sur un territoire syrien « libéré » au sens propre, c’est à dire protégé des frappes aveugles du régime.
– La résistance civile continue envers et contre tout, les slogans de rue étant scandés tous les vendredis par des milliers de Syriens. La révolution syrienne s’inscrit bel et bien dans le soulèvement démocratique qui traverse le monde arabe depuis 2010 ?
Il est en effet regrettable que l’essentiel des images qui nous parviennent de Syrie continuent d’être des images de combats, parfois atroces, alors que, tous les vendredis, des milliers de Syriennes et de Syriens continuent de manifester pacifiquement. Leur courage est admirable et il constitue la meilleure garantie de l’avenir. Mais la résistance civile couvre aussi tous les aspects d’administration locale, d’assistance humanitaire, de justice élémentaire qui « tiennent » les zones libérées du régime. C’est une Syrie nouvelle qui naît déjà sous nos yeux, farouchement attachée aux acquis de ses combats.
– Vous concluez en annonçant « l’An II de la révolution arabe, l’heure des peuples», précisant : « Ce nouveau Moyen-Orient que les néo-conservateurs croyaient enfanter en Irak en 2003 commence aujourd’hui d’émerger en Syrie ». Vous êtes résolument confiant dans l’avenir de la Syrie libérée du joug de Bachar al-Assad ?
A défaut d’être confiant, je suis résolument historien. L’invasion américaine de l’Irak en 2003 était un mauvais « remake » des expéditions coloniales, avec la volonté affichée de « libérer » par le haut un pays à la culture immémoriale. On connaît le désastre qui s’en est suivi : l’Irak mettra au moins une génération après le retrait américain pour se remettre d’un tel traumatisme. En Syrie, au contraire, c’est des profondeurs de la société que se développe l’alternative révolutionnaire. Aucun retour en arrière n’est possible et la dynamique contestataire de critique de toute autorité peut sembler ajouter à la confusion de la révolution syrienne, elle est aussi un rempart contre les tentations de restauration arbitraire.
Propos recueillis par la rédaction
Jean Pierre Filiu, Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l’heure de la Révolution syrienne, Fayard, 2013.
Mobilisation : l’ULB ne doit pas être complice de l’Etat d’Israel
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Rue Ducale, 1, 1000 Bruxelles -
Le 5 mars prochain, Didier Viviers, Recteur de l’ULB, est annoncé comme participant à une « Séance-Académique » organisée par le CCOJB, Forum et l’ambassade israélienne, avec Shimon Peres, président de l’Etat d’Israel.
– Le 5 mars place du Trône, sous la statue du roi Léopold dès 17h30.Tous les cercles et associations qui veulent se joindre à cet évènement sont les bienvenus.
Organisations/cercles/associations qui soutiennent :
– Comac (Mouvement de jeunes du PTB)
– JAC (Jeunes Anticapitalistes)
– Intal
– BDS-ULB
– section bruxelloise des étudiants FGTB
– Ceae ulb
– les Indigènes de Belgique asbl
– Students Against Israeli Apartheid
– le parti Egalité
– le Mouvement Citoyen Palestine
– Generation Palestine
– A.B.P.
– Comité Palestine LLN
– Gents actieplatform Palestina
– de LAP- Leuvense Actiegroep Palestina
– Palestina Solidariteit vzw
– Prisoner’s Family & Friends Association
– Vrede vzw
– Plate-forme Charleroi-Palestine
– LEF-FGE
Honte à toi, Richard Prasquier
vendredi 1er mars 2013 par Michel Warschawski
Des gnomes qui s’agitent sur la dépouille d’un géant
Un Juste est mort – un des 36 justes qui, selon la tradition juive, vivent à chaque moment parmi nous – et dans certains sites qui osent se définir comme « juifs », on danse et on crache sur sa dépouille. A vomir, et, pour nous Juifs, à rougir de honte. Des gnomes, méchants et bêtes, s’attaquent au géant Stéphane Hessel. Parmi ces gnomes, l’ineffable Richard Prasquier, soit disant « représentant » des Juifs de France, mais en fait vice-ambassadeur d’Avigdor Lieberman à Paris.
Il y a trois mois, ce même Prasquier m’attaquait, dans un texte où se mélangeaient contre-vérités et propos calomnieux, à l’occasion de la remise du Prix des Droits de l’Homme de la République Française que je recevais au nom du Centre d’Information Alternative de Jérusalem, des mains de la Garde des Sceaux Christiane Taubira. Stéphane et Christiane Hessel me faisaient l’amitié et l’honneur d’être présents à cette cérémonie. Emis contre moi, ce texte pouvait encore être considéré comme de la mauvaise mais légitime polémique. Avec Stéphane Hessel c’est une toute autre chose : « Richard Prasquier, déchausse-toi et rince-toi la bouche avant de prononcer le nom de Stéphane Hessel, car c’est un Saint ». Stéphane – il me permettait cette familiarité, et j’étais fier qu’il me tutoie, même si moi je n’ai jamais réussi à le faire – me réprimanderait certainement pour avoir utilisé ce mot, mais, contrairement à Richard Prasquier, dont la culture juive est directement proportionnelle à son intégrité intellectuelle, il aurait tout de suite reconnu là une paraphrase du chapitre 3 du Livre de l’Exode.
Lors de la remise du Prix des Droits de l’Homme, j’ai dit, entre autre, à Madame Taubira que Stéphane Hessel était l’homme que j’aurais voulu être, celui que je considère depuis près d’un quart de siècle comme mon père spirituel. Lui, ainsi que Léopold Trepper de l’Orchestre Rouge et le grand révolutionnaire Marocain, Abraham Serfaty, que j’ai, tous les deux, eu le bonheur et l’honneur de connaître.
J’ai presque honte de mentionner dans un même texte ces grands hommes et le Président du Crif. Pourtant, cela s’impose : Prasquier et autres BHL, Ehoud Barak ou Shimon Peres salissent la mémoire juive par leurs crimes ou leurs apologies de ces crimes qui profanent une histoire dont nous devons être fiers. Une histoire faite de combats pour le droit et la justice, contre les discriminations et l’oppression, et fondée sur l’expérience des souffrances de notre peuple.
« Plus jamais ca ! » avons-nous juré après la défaite de la barbarie nazie, et, sorti de Buchenwald, Stéphane Hessel s’attelle à la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Universelle doit être notre approche des droits selon le principe de Shamay, ce grand sage du Talmud : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse ». Et c’est bien là que le bât les blesse, que Stéphane Hessel les gènait : conséquent avec ses engagements et son éthique exemplaire, il a refusé la morale à double standard : ce qui est vrai pour les Juifs, l’est aussi pour toutes les autres victimes de discrimination raciale ou ethniques, des Grands Lacs africains aux Roms de France, les victimes du colonialisme où qu’elles soient, les victimes d’un capitalisme porcin qui sacrifie des millions d’humains sur l’autel du profit. C’est là aussi les raisons de son engagement aux côtés des Palestiniens dans leur lutte contre l’occupation coloniale israélienne.
Relisons ce petit-grand livre qu’est « Indignez-vous » qui est son testament aux générations nouvelles, et l’appel qui a suivi : « Révoltez-vous ». La vie de Stéphane Hessel est un appel à la révolte, inscrite dans les combats pour la liberté, de Bar Kochba et de Spinoza, et de ses contemporains, Léopold Trepper et Marek Edelman. « Pour notre liberté et pour la vôtre » disait la déclaration des combattants du Ghetto de Varsovie, à l’exact opposé de l’ethnocentrisme de Monsieur Prasquier. C’est dans cette histoire que nous inscrivons nos engagements, nous les indignés juifs, aux côtés de millions d’autres indignés qui ont fait de la vie et de la parole de Stéphane Hessel leur boussole.
La dépouille de Stéphane Hessel n’est pas encore en terre, comme il se doit dans notre tradition – mais en as-tu la moindre notion, Richard Prasquier ? – profite de ces quelques jours pour te recueillir et réfléchir sur la vie du défunt et du message qu’il nous a transmis. Pour t’aider un peu, je te propose de cogiter sur cette parole que ta déclaration en tant que Président du Crif a provoqué chez une française de culture musulmane, fille d’immigrés Algériens qui comme beaucoup de nos grand-parents fuyaient la misère de leur pays d’origine et cherchaient en France la liberté et l’égalité si solennellement inscrits sur les fronteaux des mairies : « C’est une grande indignité que nous donnent à voir la LDJ et le CRIF…Stéphane Hessel est décédé depuis quelques heures, que les uns sablent le champagne et les autres crachent déjà sur l’homme en nous promettant de cracher sur lui plus tard… »
Cette indignité, montrée par la LDJ et le CRIF ne pourra jamais effacer une belle vie de luttes et de combats, de résistance pour nous tous, l’humanité.
Cette indignité d’une poignée d’individus obsédés par leur patriotisme sioniste ne salira pas notre grande tristesse d’avoir perdu un guide, et notre chance de l’avoir vu partir à 95 ans comme il le souhaitait en nous laissant un héritage extraordinaire.
A l’heure où c’est le pays dans son entier qui est endeuillé, cette indigne poignée se détache d’une France triste d’avoir perdu un de ses plus dignes fils, immigré, Juif Allemand, naturalisé. Ils se détachent indignement d’un moment qui nous rapproche tous…
Michel Warschawski
Les quatre du « Secours rouge » traités en terroristes
Mis en ligne le 01/03/2013
Ils sont renvoyés en correctionnelle sous cette prévention.
C’est un petit coup de théâtre. La chambre des mises en accusation de Bruxelles a décidé, jeudi, de renvoyer Bertrand Sassoye, ancien membre des CCC (Cellules combattantes communistes), l’ex-truand Constant Hormans, le réfugié libanais Abdallah Ibrahim Abdallah et la journaliste RTBF Wahoub Fayoumi, membres du collectif de soutien aux prisonniers politiques révolutionnaires appelé « Secours rouge », devant le tribunal correctionnel pour participation à des activités terroristes.
L’arrêt réforme en tout point la décision que la chambre du conseil de Bruxelles avait prise en avril 2012.
Les quatre inculpés sont soupçonnés d’avoir apporté un soutien à une organisation qualifiée de terroriste, le PCPM (parti communiste politico-militaire). Ce parti italien, démantelé en 2007, était une résurgence des Brigades rouges.
En avril 2012, la chambre du conseil de Bruxelles avait considéré qu’il n’y avait pas de charges suffisantes pour poursuivre les inculpés pour faits de terrorisme et n’avait retenu qu’une tentative de faux.
Le parquet fédéral n’avait pas accepté le verdict et avait interjeté appel. Avec les résultats que l’on sait.
Ce dossier avait défrayé la chronique dès juin 2008, à l’occasion de spectaculaires perquisitions, menées notamment à la RTBF, où travaille Wahoub Fayoumi. Quatre personnes avaient été incarcérées : Bertrand Sassoye, un des quatre membres des CCC auteurs d’une campagne d’attentats en 1984 et 1985; Constant Hormans; le Libanais Abdallah Ibrahim Abdallah et Mme Fayoumi.
En cause : leur soutien présumé au PCPM, dont les membres étaient dans le viseur des services secrets italiens. Quelques activistes avaient été interpellés après un braquage à la voiture-bélier contre un distributeur de billets. Des fouilles chez un des dirigeants du groupuscule avaient mené les enquêteurs transalpins vers des fûts métalliques.
Dans l’un d’eux, figuraient des photos d’identité des quatre du Secours rouge, avec une note manuscrite, reprenant leurs noms et caractéristiques anthropométriques.
D’après les études graphologiques, la note était de la main de Bertrand Sassoye. Dans un autre fût, des cartes d’identité vierges italiennes avaient été découvertes. Ce qui avait conduit les enquêteurs à estimer qu’ils s’apprêtaient peut-être à entrer en clandestinité pour mener leur combat.
La juge d’instruction belge Berta Bernardo-Mendez avait retenu la participation à un groupe à vocation terroriste. Ce qu’ont toujours contesté les défenses des quatre inculpés. « Le lien était par ailleurs particulièrement ténu entre ces documents d’identité et les photos », relevait, devant la chambre du conseil, Me Christophe Marchand, avocat de Wahoub Fayoumi. « Ce dossier a été mené à la légère : il y a eu un grand acharnement du parquet fédéral », ajoutait-il.
Au lendemain de la décision de la chambre du conseil, la défense s’était réjouie. « En estimant que les charges étaient insuffisantes pour les infractions à caractère terroriste, la chambre du conseil a pris en compte la liberté d’expression et la liberté d’organisation. Elle a considéré que la seule sympathie pour une organisation dont l’une des tâches serait liée à la lutte armée, n’est pas suffisante pour considérer qu’il existe une participation à un groupe terroriste », commentait Me Alexis Deswaef, le conseil de Constant Hormans.
Criminalisation des mouvements sociaux?
Les défenseurs des quatre inculpés étaient d’autant plus confiants qu’en Italie, le dossier ouvert à charge des membres du PCPM s’était dégonflé. L’arrêt d’assises, qui avait retenu l’appartenance à une organisation terroriste a été cassé par la Cour de cassation et la cour de Milan a considéré que le PCPM n’était pas une organisation terroriste. Jeudi, la déception et le scepticisme étaient grands dans leurs rangs.
De son côté, la Ligue des droits de l’Homme s’est dite inquiète de l’interprétation de la loi relative aux infractions terroristes donnée par la chambre des mises. Selon elle, l’arrêt met en lumière le risque de criminalisation des mouvements sociaux induit par des lois anti-terroristes particulièrement floues. Il met aussi en évidence la nécessité d’évaluer l’arsenal législatif adopté depuis 2003 pour lutter contre le terrorisme.


