Entretien avec Felice Dassetto au sujet des jeunes Belges partis en Syrie


« Comme les brigadistes en lutte contre Franco » c’était le titre dans le journal Le Soir de hier

Le spécialiste de l’islam, le sociologue Felice Dassetto est membre de l’Académie royale de Belgique. Il est l’auteur de l’essai « l’Iris et le Croissant », publié aux presses universitaires de Louvain. L’interview : 

Qui sont ces jeunes Belges qui partent au combat en Syrie ? De véritables islamistes ? Ou de simples idéalistes ?

Il serait erroné d’avoir la même analyse sur les départs en Syrie qu’à propos des départs en Afghanistan ou au Mali. En Syrie, la situation est un peu analogue à celle des jeunes brigadistes qui allaient combattre aux côtés des républicains contre Franco, en Espagne. La difficulté est, en Syrie, c’est de savoir avec qui on combat : du côté du djihadiste-islamiste ou du côté de l’armée libre ? Car l’après Bachar El-Assad s’avérera difficile, bien plus qu’en Libye ou en Tunisie.

Les autorités belges ne peuvent empêcher leur départ…

Non, mais elle pourrait mener une action préventive, entre autres sur le plan de la formation. Il importe d’éviter que ces jeunes fantasment de manière idéalisée, en se prenant pour des personnages de jeux vidéo ou en s’identifiant aux vidéos djihadiste postées sur le Web. Comme l’avaient fait les quelques jeunes partis au Pakistan à la suite de la petite filière née autour de Malika el Aroud. Leur procès, en 2010, est vraiment instructif sur ces illusions. En réalité, ils ne servent pas à grand-chose sur le plan du combat armé. Ils risquent surtout de se faire tuer pour rien ou de faire une expérience malheureuse et de faire souffrir leurs familles. Ils pourraient plutôt contribuer en Belgique à mobiliser l’opinion pour soutenir la résistance contre ce régime syrien d’oppression. Je constate que la mobilisation autour de ces événements a été très faible, en Belgique. Il faudrait se demander pourquoi, alors que la situation est intolérable. La Syrie est à deux pas de l’Europe. Ces jeunes n’ont pas trouvé, en Belgique, un canal concret d’expression.

Cela reste un phénomène marginal ?

Ce sont quelques dizaines de jeunes, y compris au Mali ou Afghanistan, sur les dizaines de milliers de jeunes en Belgique. Attention donc aux généralisations, qui heurtent aussi profondément la jeunesse musulmane et l’amène si souvent à accuser les médias et la société de sombrer dans la généralisation indue. De même, il est inexact de désigner les filières en cause comme « salafistes ». Le terme est à la mode : les véritables responsables, qui s’expriment via le Web ou dans des relations concrètes, constituent un noyau particulier, avant tout extrémiste. Leur matrice idéologique va du radicalisme issu des frères musulmans à celui du salafisme radical, avant tout guidé par une idéologie du « combat ». Il est injuste de cibler les salafistes en général : s’ils conduisent parfois les jeunes qui les suivent à un certain isolement, on ne peut les accuser en bloc de pousser les jeunes au djihadisme.
Propos recueillis par Ricardo Guttiérrez

Les djihadistes syriens avec Al-Qaïda


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 3 heures | mis à jour à 09:48

Jabhat al-Nosra, la célèbre organisation armée islamiste en Syrie, s’allie à Al-Qaïda. Du pain bénit pour le régime d’Assad.

jabhat

  • Alep, le 24 décembre 2012. Des combattants de Jabhat al-Nosra en action en première ligne

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ANALYSE

Une information de nature à conforter la propagande du régime de Bachar el-Assad qui affirme faire face, depuis le début de la contestation en mars-avril 2011, non à des rebelles mais à des « terroristes»  ? Sans doute. Ce 10avril, le chef du «Jabhat al-Nosra», le principal groupe djihadiste en Syrie, a annoncé son «allégeance au cheikh Ayman al-Zawahiri», qui a succédé l’an dernier à feu Oussama ben Laden à la tête de la mouvance terroriste Al-Qaïda.

Rien n’est simple, cependant. Dans la foulée de cette déclaration, Abou Mohamed al-Joulani a en effet insisté sur le fait que son organisation n’avait pas été consultée par la branche irakienne d’Al-Qaïda, laquelle avait annoncé la veille sa fusion avec Jabhat al-Nosra.

De quoi parle-t-on au juste? De l’avenir de la Syrie, quand le régime aura été renversé. Par qui le pays sera-t-il géré? Par des rebelles? Par des djihadistes? Par des terroristes? Ces questions hantent les chancelleries du monde entier. Elles concernent avant tout les Syriens.

Dans la mouvance armée qui compose le camp anti-régime, l’Armée syrienne libre (ASL) marque le pas depuis de longs mois. Indisciplinées, inexpérimentées, manquant d’armes et de munitions, ses unités n’attirent plus les jeunes Syriens en révolte. Dans les zones libérées, de nombreuses exactions, vols et pillages surtout leur ont été imputés par une population souvent excédée.

Une myriade de groupes islamistes a peu à peu pris l’ascendant sur le terrain militaire. Parmi eux, Jabhat al-Nosra se profile comme l’organisation la plus connue, la plus efficace, la plus «professionnelle», la plus courageuse au front. Avec un agenda djihadiste non dissimulé, l’avènement d’un Etat islamique, même si la chute du régime constitue la priorité absolue.

Apparue en janvier 2012, Jabhat al-Nosra a pris place dès décembre dans la liste des organisations terroristes tenue par l’administration américaine, qui identifiait déjà son affiliation avec Al-Qaïda. Elle compterait entre 6.000 et 8.000 combattants répartis entre environ 35 katibat (brigades).

Ses premiers «faits d’arme» –des attentats suicides– avaient fait craindre à certains observateurs qu’elle ne fût manipulée par le régime à Damas, soucieux de noircir l’image de l’opposition armée. Mais sa réputation a rapidement évolué en Syrie à mesure que ses actions, tournées vers les forces armées du régime et non vers les civils, gagnaient en efficacité. Et des victoires comme celles de Mayadin, Taftanaz ou Maarat al-Numan ont contribué à forger une image populaire au groupe.

Deux reportages, publiés ces 9 et 10 avril par Reuters et le Washington Post ont montré comment Jabhat al-Nosra se comportait dans la région libérée de Raqqa, dans le nord-ouest syrien. Dans la ville elle-même, le premier chef-lieu de province à tomber aux mains des rebelles, le groupe partage le pouvoir avec « Ahrar al-Sham», un autre groupe islamiste moins radical sur le plan idéologique.

Selon ces reportages, la gestion de la vie quotidienne ne pose pas de problèmes insurmontables; un tribunal religieux a été mis en place, mais certaines exigences des nouveaux maîtres comme l’interdiction du tabac ou l’imposition du voile sont refusées par une partie de la population. Celle-ci, par la voix de quelques personnes interrogées, fait toutefois état de ses inquiétudes pour l’avenir.

Un commandant de l’ALS explique ainsi que la confrontation avec les groupes islamistes radicaux lui semble «inévitable», «si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain», estime-t-il. En fait, des incidents violents ont déjà opposé ces derniers mois ici et là dans le nord du pays des groupes aux idéologies rivales. Mais ces épisodes sont restés sans lendemains.

Critiquant l’annonce de la fusion de Jabhat al-Nosra et d’Al-Qaïda en Irak, le chef du premier groupe ne cachait pas son malaise: «Le Front Al-Nosra restera fidèle à son image. Nous ne voulions pas précipiter les choses avec l’annonce d’un Etat islamique car dans les régions libérées se réalisent déjà la charia, la résolution des conflits, l’aspiration à la sécurité entre musulmans. L’Etat islamique en Syrie sera construit par tout le monde, sans exclusion d’aucune partie ayant participé au djihad et au combat en Syrie.»

Pourtant on peut conjecturer que l’allégeance de Jahbat al-Nosra à Al-Qaïda annonce des problèmes. «Sa déclaration d’allégeance va se retourner contre lui, expliquait mercredi à l’AFP Peter Harling, spécialiste de la Syrie à l’International Crisis Group, car il s’associe à une entité qui est étrangère à la culture syrienne et qui est perçue comme ayant échoué dans ses entreprises précédentes. »

source

Rencontre avec Mahmoud Sarsak


Après un accueil chaleureux et solidaire dans plusieurs villes françaises ,Mahmoud Sarsak, footballeur palestinien emprisonné 3 ans par Israël, sans inculpation et sans procès, sera présent ce jeudi 11 avril à Bruxelles avec le Président du club de handisport de Gaza, Mohamed Alarabi.

Lors de sa tournée en France, de nombreux témoignages sont parus dans la presse écrite, télévisée et radio quant aux conditions réservées au peuple palestinien et notamment à ses sportifs (voir par exemple www.cartonrougeapartheidisrael.weebly.com ou encore www.europalestine.com ou encore http://youtu.be/rNENwATe5aE).

Ce jeudi 11 avril, à 18h30 le rendez-vous avec Mahmoud Sarsak et Mohamed Alarabi est à la salle du Miroir, rue du Miroir , dans le centre de Bruxelles (tram : arrêt Lemonnier, métro: porte de Halles).
Une rencontre où nous vous espérons nombreux et motivés !

Les soutiens lillois de Bachar el-Assad, et leurs amis du Front de gauche local


2013/04/06

Samedi 6 avril à Lille, une conférence de soutien à Bachar el-Assad, est organisée par la Coordination communiste Lilloise, avec le soutien du Front de gauche local.

Alerte antifasciste contre les soutiens au régime syrien

[…] ils soutiennent les bureaucraties qui ont écrasé dans le sang toutes les dynamiques révolutionnaires.

Ce ramassis d’ignominies historiques ne se discute pas mais se combat.

Quant au Front de gauche, on reconnaît là leur vieux nationalisme incompatible avec l’émancipation humaine – une insulte à l’appel de Marx « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Ces vieux débris du stalinisme ne savent plus quelle ficelle tirer pour soutenir un régime qui a tué plus de 70 000 personnes, torturé et emprisonné des gamins, et fait un million de réfugiés. Le mouvement populaire et pacifique amorcé en Syrie dans la foulée des « révolutions arabes » serait, d’après eux, complètement manipulé de l’extérieur. Vieille rhétorique qui discrédite toute contestation d’un régime prétendu « anti-impérialiste » comme nécessairement manipulé par l’Occident.

Nous refusons de jouer aux apprentis stratèges et de soutenir tel type de capitalisme contre tel autre. Même si nous ne sommes pas dupes des velléités d’intervention occidentales en Syrie, méfions-nous des faux amis et apportons notre soutien aux luttes contre toute forme de domination capitaliste. Il n’y a pas à tortiller du cul, Bachar el-Assad et son régime criminel doivent tomber. La conférence du 6 avril n’est pas la bienvenue à Lille […]

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La typologie de la collabosphère propagandiste peut se structurer en 4 strates principales:

1- Les idiots utiles, ou « hmar » pro-Bachar. Il représentent le gros des troupes, il s’agit de la partie de l’opinion publique qui est complaisante avec la désinformation fasciste ou la propagande de guerre associée. Ce public naïf adhère aux grandes lignes de la propagande diffusée dans la société par une frange minoritaire de radicaux. 2- Les radicaux: infiltrés, intrus, racoleurs ou provocateurs. Ils sont hyperactifs, leurs idées, ou leur désinformation est justement radicale dans le but de stimuler la diffusion des grandes lignes du message propagandiste au public le plus large possible. Tous les canaux et médias sont sollicités. Ainsi, si très peu de personnes sont converties aux « thèses » negationnistes, un plus large public croit qu’une corporation occulte, souvent qualifiée se « sioniste » exerce sa « main mise » sur les médias, l’opinion, la politique internationale, la science…  » par une corporation occulte, souvent de nature dite « sioniste ». 3- Les shabbiha médiatiques diffusent la communication de Régimes totalitaires qu’ils servent, ce sont les propagandistes qui exercent une certaine influence sur le public non radical, plus majoritaire. Ce sont les provocateurs les plus talentueux souvent issus du groupe 2, plus radical. Ils comptent sur l’activité du deuxième groupe pour se faire connaître et assurer un trait d’union avec l’opinion publique, qui se radicalise par conséquent. 4- Les employeurs des shabbiha médiatiques.

Cette classification peut être appliquée a l’appel d’Indymediaparis contre l’opération propagandiste du 6 avril a Lille; ainsi les différents acteurs peuvent être répartis selon les quatre catégories pré-citées: 1- Dans le cas présent le Front de gauche local. 2- Conférence organisée par la Coordination communiste Lilloise, du Rassemblement des Cercles Communistes. 3- ici Bahar Kimyongür et Ayssar Midani. Le communique de la CCL mentionne Michel Collon et son site Investig’Action (S’informer sur Michel Collon). 4- Soutenir le clan Assad, et affaiblir la communication de la révolution.

Autres noms mentionnés dans l’article:

Pour la première catégorie: des Milliers de signataires « anti-impérialistes », « altermondialistes »; pour la seconde: Union des Patriotes syriens, groupe d’extrême droite Troisième Voie (la horde de skins de Serge Ayoub), Comité Valmy, Cercle des volontaires [1], PRCF, Union populaire républicaine (UPR du gourou François Asselineau), néo-fascistes, militants d’Egalité et Réconciliation [3] (le fan club d’Alain Soral) etc; pour le troisième groupe: Réseau Voltaire (presidé par le shabbih’ Thierry Meyssan); et le dernier groupe: Chine [maoïste], Iran [RII], URSS, Corée du Nord, Kim Il Sung et Kim Jong Il, [4] « Joseph Staline le bâtisseur » !, Libye [kadhafiste], Muammar Kadhafi.

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Quelques commentaires publiés sur la page Indymedia de Lille, qui éclairent sur les connections de la collabosphère lilloise et parisienne au service de la contre-revolution Assadiste:

_ Pourrez vous svp diffuser les noms et fonctions des militants du FG et de la CCL présents à cette messe propagandiste ?

_ Beaucoup d’entre eux en tout cas tu peux en être sur.
A noter que déjà lors de la dernière fête de l’Humanité sur leurs stands le CCL et le PRCF diffusaient la même propagande Bachariste, sans hélas que personne ne s’en émeuve et ne soit choqué outre mesure.
Quand à Ayssar Midani elle était bien la avec sa troupe de Chabihas le 2 février 2013, dans la manifestation des néos nazis de 3eme Voie.
On l’a aussi aperçue le 16 juin 2012 dans une autre manif Bachariste place saint michel à Paris, en grande discussion amicale avec Jean Bricmont, la négationniste Ginette Skandrani , des membres du « Parti Antisioniste » de Dieudonné, des militants du Gud , tout le staff de Reopen911.info, Alain Benajam du réseau voltaire et d’autres fafs de la même veine.

_ La même clique toujours à l’oeuvre 6 avril 12:26
>La même clique de fachos et autres glauques toujours à l’œuvre
>En mars 2012 dernier messieurs Collon, Bricmont, Bahar Kimyongür ont donné une conférence à paris dans la salle de l’Agecca avec la Bachariste Ayssar Midani avec la participation surprise de Julien Teil animateur et fondateur du site d’extrême suisse Mecanopolis
>étaient aussi présents dans la salle et au premier rang la chaine de tv conspirationiste independenza web tv, la négationniste Ginette Skandrani, des fachos de Egalité et réconciliation et du parti anti sioniste de Dieudonne, des membres de l’UPR des Stals du Comité Valmy, Bruno Drewski du site Bastille Réublique Nations et tout une bande de Chabihas de l’ambassade de Syrie venus la faire la sécurité
>Et tout ce petit monde bien brun et bien pourri se connaissait très bien c’est le moins qu’on puisse dire et se faisait la bise en se donnant des grandes claques dans le dos
>A noter aussi que toute cette bande « d’anti systémes » avaient demandé la protection des keufs qui ont embarqué deux ou trois jeunes Anti Bachar qui ont courageusement tenté d’intervenir et qui se sont pris des coups.
Et ce n’est la pas un coup d’essai de monsieur Collon et de sa bande

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Quelques publications syriennes du vendredi 5 avril:

524559_331649003605375_72414056_nof torture amongst the hundreds. He was lucky enough to survive!>> https://www.facebook.com/photo.php?fbid=331649003605375&set=a.237930036310606.36731.234802916623318&type=1

L’armée syrienne libre a capturé un officier appartenant aux forces iraniennes « Bassidj », qui formaient les sniper du régime Assad à Idleb.
L’officier admet avoir parcouru toutes les provinces syriennes pour former les shabihas du régime et de l’armée. Et a également reconnu l’existence de nombreux soldats et officiers de l’armée du régime iranien, et confirme ainsi les versions de l’armée libre sur l’existence de ces Iraniens, et ont montré leurs corps et les prisonniers capturés vivants au combat. https://www.facebook.com/LanguegesOfTheWorlds/posts/186230681524602

http://youtu.be/_8DtzoMjZ0s

http://www.youtube.com/watch?v=_8DtzoMjZ0s&feature=youtu.be

3 missiles SCUDs ont été lancés depuis la base de Qalamoun près de Damas, en direction du nord de la Syrie.
4h Des dizaines de blessés dans le bombardement de Homs. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/363767817066010

Première partie d’une émission Al Jazeera sur l’historique de la révolution syrienne: << … les manifestations populaires ne faiblissent pas interpellant la communauté internationale à intervenir pour faire cesser les massacres collectifs et les destructions… >>. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/152207814947022

Jose Mujica, le président le plus pauvre du monde


vendredi 16 novembre 2012 à 12h18

Loin des lustres et des fastes des palais présidentiels, le président uruguayen vit en accord avec ses idées dans une ferme et presque sans un sou vaillant. Ce qui fait de lui le président le plus pauvre du monde.

Jose Mujica © Reuters

En désertant le palais présidentiel pour la ferme de sa femme et en redistribuant 90 % de son salaire à des organisations humanitaires, Jose Mujica, le président de l’Uruguay depuis 2009, reste en accord avec ses valeurs. « J’ai vécu comme cela pratiquement toute ma vie. Et je peux vivre bien avec ce que j’ai » déclare-t-il à la BBC. Une coccinelle qui date de 1987 est sa principale possession et ces généreuses donations ne lui laissent que le salaire moyen d’un Uruguayen, soit 609 euros.

Dans la ferme gardée par deux policiers et un chien qui n’a que trois pattes, le président se fait philosophe . « On m’appelle le président le plus pauvre au monde, mais je ne me sens pas pauvre. Les pauvres sont ceux qui ne travaillent que pour assurer leur style de vie dispendieux et qui en veulent toujours plus » dit-il devant les caméras de la BBC. « C’est une question de liberté. Lorsqu’on n’a pas beaucoup de possessions, vous n’avez pas besoin de travailler toute votre vie comme un esclave pour subvenir à vos besoins et vous avez plus de temps pour vous-même. J’ai peut-être l’air d’un vieil excentrique, mais c’est un choix libre et consenti ».

Il est vrai que le président a eu une vie mouvementée. Dans les années 1960 et 1970, il fait partie des guérilleros Tupamaros, un groupe armé qui tenait leur inspiration de la révolution cubaine et qui s’était spécialisé dans le kidnapping politique. Son appartenance au Tupamaros lui vaudra 6 balles dans le corps et 14 ans d’emprisonnement, dont de longues périodes à l’isolement. Libéré suite au retour à la démocratie en 1985, il va jouer un rôle central dans la transformation et la légitimation des Tupamaros en tant que parti politique.

Malgré un mode de vie proche de son électorat, le président n’est pas à l’abri des tourments de la vie politique. Depuis peu son taux de popularité est passé sous les 50 % et une loi sur la légalisation du cannabis vient de lui valoir une volée de bois vert. Du haut de ses 77 ans, et ne pouvant se représenter, Jose Mujica ne semble pourtant guère troublé par ce désamour et continue à cultiver lui-même ses fleurs.

LeVif.be

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La Syrie est notre guerre d’Espagne


LE MONDE | 02.04.2013 à 14h57 Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po Paris)

Qui veut appréhender la dimension universelle de la tragédie syrienne gagnera à se (re)plonger dans Hommage à la Catalogne (Gallimard, 1955) de George Orwell (1903-1950). Il y retrouvera les civils trop confiants dans la justesse de leur cause pour s’armer en conséquence. Les miliciens formés à la hâte derrière leurs barricades de fortune. Les trésors d’ingéniosité populaire pour faire vivre les familles les plus démunies. Et les querelles des différentes factions qui se disputent le contrôle d’une République pourtant menacée de toutes parts.

Ce parallèle avec la guerre d’Espagne a été tracé dans la presse dès septembre 2012, lorsque des reporters à Alep ont comparé les bombardements incessants de la ville à un moderne Guernica. Les éditoriaux dénonçaient en première page « un crime d’Etat sans précédent ».

Plus de six mois se sont écoulés, les raids aériens n’ont pas cessé, pas plus que les barrages d’artillerie. Pire, les pilonnages aux missiles Scud se sont banalisés. Quant à l’utilisation avérée des armes chimiques par le régime Assad, elle est niée par les puissances occidentales : ayant tracé cette ligne rouge, elles refusent d’admettre qu’elle a été franchie, certes de manière ponctuelle, mais sans contestation possible.

PASSIVITÉ COMPLICE

Comme la République espagnole, la Syrie révolutionnaire souffre de la cobelligérance active des uns, de la passivité complice des autres et de l’intolérance partisane des derniers. La Russie et l’Iran sont aussi impliqués dans les crimes de masse de la dictature syrienne que l’étaient l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste aux côtés des franquistes espagnols.

La « non-intervention » des démocraties occidentales en 2011 est aussi fatale pour les démocrates de Syrie qu’elle le fut pour ceux d’Espagne en 1936.

Quant aux staliniens dénoncés par Orwell à Barcelone dès 1938, ils n’ont rien à envier aux djihadistes d’aujourd’hui en Syrie. Leur hiérarchie implacable et leur discipline aveugle leur permettent de compenser progressivement leur caractère ultraminoritaire.

Leur soutien sans faille par un parrain étranger, l’URSS en Espagne, des « mécènes » du Golfe en Syrie, leur confère un avantage terrible sur les formations locales, dramatiquement sous-équipées. Et leur projet totalitaire vaut négation des aspirations à la libération, hier du peuple espagnol, désormais du peuple syrien.

Après plus de deux années d’abstention coupable, aucune solution n’est dénuée de risque pour éviter une escalade dans l’horreur en Syrie. Seule l’installation d’une autorité révolutionnaire sur une portion du territoire libéré pourra renverser la course à l’abîme.

Mais pas un pouce de Syrie ne sera vraiment « libéré » tant que l’aviation d’Assad et ses blindés pourront le frapper en toute impunité. C’est en ces termes que se décline la problématique de l’approvisionnement en matériels antiaériens de l’Armée syrienne libre.

Les polémistes qui fustigeaient la solidarité du Front populaire avec les « rouges » espagnols n’employaient au fond pas d’autres arguments que les partisans acharnés de la « neutralité » en Syrie.

SURENCHÈRE DJIHADISTE

Quant à la question des « mauvaises mains » dans lesquelles les armes pourraient tomber, le Mali est là pour prouver que pas une seule arme livrée aux rebelles libyens n’a été découverte aux mains d’AQMI. En revanche, les djihadistes du Sahel se sont amplement servis dans les arsenaux de Kadhafi comme ceux de Syrie dans les stocks d’Assad.

L’universitaire sait trop le danger des analogies historiques, à manier avec doigté. La grande différence entre la tragédie d’Espagne et celle de Syrie est que le camp de la dictature sera défait, tôt ou tard.

C’est dans cette incertitude de calendrier que réside l’intérêt stratégique de la France et de l’Europe : une Armée syrienne libre victorieuse à court terme permettra à la coalition révolutionnaire de ménager une transition politique, tandis qu’une agonie prolongée favorisera la surenchère djihadiste, la polarisation confessionnelle et la déstabilisation régionale.

Hollande n’est pas Blum. Car Léon Blum, au moins n’ayant jamais promis d’armer la République espagnole, n’a pas eu à s’en dédire.

Mais l’actuel président pourrait méditer cette déclaration de François Mitterrand devant le Parlement européen, en 1989, au sujet de l’Intifada palestinienne : « Rien n’autorise cette répression continue où l’homme devient gibier et où reprend l’éternel va-et-vient de l’agresseur et de l’agressé, de celui qui tue, de celui qui meurt. »

Un quart de siècle plus tard, l’Europe a encore failli. A la France d’assumer enfin ses responsabilités.

Jean-Pierre Filiu (Professeur des universités à Sciences Po Paris)

source

« Les colons ont gagné ! »


Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem, habite en Israël depuis 1968. Auteur prolixe d’essais et de documentaires de qualité, il récidive avec la sortie au Seuil, le 4 avril, de son dernier livre, « Au nom du Temple » (Israël et l’irrésistible ascension du messianisme juif, 1967-2013), qui fera aussi l’objet d’un documentaire sur FR2. Rencontre à Jérusalem.
Pourquoi ce livre ?
On pourrait dire « les colons ont gagné ! ». Le sionisme religieux a gagné. C’est le message de mon livre qui montre comment pendant la période qui débute après la guerre des Six Jours en 1967, la mouvance des colons est devenue une force dominante dans la société israélienne, avec un discours théologique eschatologique (prévoyant la fin du monde, NDLR).
Une idéologie qui avait de la peine à s’imposer jusque-là…
La simple idée du retour en terre d’Israël était bannie chez les religieux. Quand le sionisme politique fut inventé par Herzl à la fin du XIXe siècle, les ultra-orthodoxes y étaient farouchement opposés, les maîtres rabbins y voyaient trois interdits : les juifs ne peuvent se révolter contre les nations du monde, ils ne doivent pas revenir en masse en Eretz Israël (terre d’Israël) car c’est Dieu qui décidera de ce retour, et enfin il ne faut pas que les nations du monde se montrent trop dures envers le peuple juif. Pour sa part, le sionisme libéral façon Herzl – on ne dira pas laïque – envisageait, lui, la cohabitation avec les minorités comme les Arabes, prévoyait un vice-président arabe, etc. Avec le réveil du sionisme religieux, les interdits susmentionnés sont tombés.
Surtout après le choc de 1967…
Oui, en 1967, lors de la guerre, Israël conquiert les lieux de son histoire biblique. Dont Jérusalem et le mont du Temple. C’est le réveil des nationalistes religieux juifs, qui y voient un processus eschatologique et un dessein de Dieu. Les plus déterminés se dirigent tout de suite vers Hébron (où se trouve, selon la tradition hébraïque, le tombeau des Patriarches, dont celui d’Abraham). Ils proviennent de la mouvance messianique, qui croit que le Messie arrive, qu’il faut préparer sa venue. Ce ne sont donc pas les utra-orthodoxes (hommes en noir, les haredim ou « craignant-Dieu », qui pensent que Dieu décidera quand il le choisira de l’envoi du Messie, que les croyants n’ont pas à s’en mêler, NDLR). Cela dit, on commence maintenant à voir des ponts entre ces deux mouvances : des ultra-orthodoxes qui deviennent sionistes et des religieux sionistes qui deviennent ultra-orthodoxes. Ce phénomène est favorisé par la création dans les territoires occupés d’implantations destinées aux ultra-orthodoxes, comme Beitar Illit, près de Bethléem.
Justement, parlons des colons de 2013. Croyez-vous qu’ils pourraient retourner en Israël en cas d’accord de paix avec les Palestiniens ?
Sans parler des 200.000 Israéliens installés dans des colonies urbaines à Jérusalem-Est (partie arabe de la ville sainte), ils sont environ 350.000 en Cisjordanie occupée. Avec un rythme de croissance de 5% l’an, ils seront donc 400.000 dans trois ans. On n’évacuera pas 300 ou 400.000 colons. Même pas 50.000. Il avait fallu 13.000 soldats et policiers en 2005 pour évacuer 8.000 colons de Gaza et cette démarche, alors, faisait consensus en Israël. Pour les colons, le statu quo est idéal. Parmi eux, les laïcs ne refuseraient pas de voir les Palestiniens dotés d’une autonomie dans les domaines économiques, culturels…
Comment l’Etat israélien les considère-t-il ?
Les autorités sont infiltrées à tous niveaux par les colons, ce qui produit des « miracles » comme quand de nouvelles collines de Cisjordanie appartenant à des Palestiniens sont occupées (illégalement même aux yeux de la loi israélienne) pour y installer des avant-postes de colons destinés à devenir de nouvelles colonies et que l’électricité et l’eau y parviennent. Et il faut de cinq à dix ans à la Cour suprême pour se prononcer sur la légalité de ces faits accomplis.
On constate aussi parmi eux l’émergence d’une jeunesse très radicale, qui n’a jamais habité en Israël même, qui s’en prend volontiers aux Palestiniens…
Il existe une nouvelle génération d’enfants de colons, qu’on appelle « la jeunesse des collines », depuis que Ariel Sharon, après le sommet de Wye Plantation en 1998 avait lancé le slogan « Emparez-vous d’un maximum de collines ! ». Ces jeunes sont quelques centaines, peut-être plus. Des « durs ». Des « salafistes juifs » ! Pour eux, la fin justifie les moyens puisqu’ils se croient investis d’une mission théologique. Dans ce cadre, il n’y a pas la place pour un Etat palestinien. Comme d’ailleurs, pour les extrémistes religieux musulmans, il n’y a pas place pour un Etat juif en Palestine.
Les colons religieux sont des révolutionnaires ; ils ont un but.
Les partis non religieux sont-ils complices ?
En tout cas, la responsabilité des dirigeants de la droite israélienne n’est pas mince. Les Begin, Shamir, Sharon ou Netanyahou ont toujours évoqué « le droit historique des juifs en Eretz Israël » (terre d’Israël au sens biblique). Depuis des décennies, la Cisjordanie n’est pas appelée en Israël autrement que par ses noms bibliques de « Judée et Samarie ». De toute façon, qu’ils soient ou non directement représentés au gouvernement, les colons vont continuer à grandir en nombre.
Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS

Photo Joël Saget, AFP.

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