Entretien avec Felice Dassetto au sujet des jeunes Belges partis en Syrie


« Comme les brigadistes en lutte contre Franco » c’était le titre dans le journal Le Soir de hier

Le spécialiste de l’islam, le sociologue Felice Dassetto est membre de l’Académie royale de Belgique. Il est l’auteur de l’essai « l’Iris et le Croissant », publié aux presses universitaires de Louvain. L’interview : 

Qui sont ces jeunes Belges qui partent au combat en Syrie ? De véritables islamistes ? Ou de simples idéalistes ?

Il serait erroné d’avoir la même analyse sur les départs en Syrie qu’à propos des départs en Afghanistan ou au Mali. En Syrie, la situation est un peu analogue à celle des jeunes brigadistes qui allaient combattre aux côtés des républicains contre Franco, en Espagne. La difficulté est, en Syrie, c’est de savoir avec qui on combat : du côté du djihadiste-islamiste ou du côté de l’armée libre ? Car l’après Bachar El-Assad s’avérera difficile, bien plus qu’en Libye ou en Tunisie.

Les autorités belges ne peuvent empêcher leur départ…

Non, mais elle pourrait mener une action préventive, entre autres sur le plan de la formation. Il importe d’éviter que ces jeunes fantasment de manière idéalisée, en se prenant pour des personnages de jeux vidéo ou en s’identifiant aux vidéos djihadiste postées sur le Web. Comme l’avaient fait les quelques jeunes partis au Pakistan à la suite de la petite filière née autour de Malika el Aroud. Leur procès, en 2010, est vraiment instructif sur ces illusions. En réalité, ils ne servent pas à grand-chose sur le plan du combat armé. Ils risquent surtout de se faire tuer pour rien ou de faire une expérience malheureuse et de faire souffrir leurs familles. Ils pourraient plutôt contribuer en Belgique à mobiliser l’opinion pour soutenir la résistance contre ce régime syrien d’oppression. Je constate que la mobilisation autour de ces événements a été très faible, en Belgique. Il faudrait se demander pourquoi, alors que la situation est intolérable. La Syrie est à deux pas de l’Europe. Ces jeunes n’ont pas trouvé, en Belgique, un canal concret d’expression.

Cela reste un phénomène marginal ?

Ce sont quelques dizaines de jeunes, y compris au Mali ou Afghanistan, sur les dizaines de milliers de jeunes en Belgique. Attention donc aux généralisations, qui heurtent aussi profondément la jeunesse musulmane et l’amène si souvent à accuser les médias et la société de sombrer dans la généralisation indue. De même, il est inexact de désigner les filières en cause comme « salafistes ». Le terme est à la mode : les véritables responsables, qui s’expriment via le Web ou dans des relations concrètes, constituent un noyau particulier, avant tout extrémiste. Leur matrice idéologique va du radicalisme issu des frères musulmans à celui du salafisme radical, avant tout guidé par une idéologie du « combat ». Il est injuste de cibler les salafistes en général : s’ils conduisent parfois les jeunes qui les suivent à un certain isolement, on ne peut les accuser en bloc de pousser les jeunes au djihadisme.
Propos recueillis par Ricardo Guttiérrez

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