Un important groupe juif américain annonce un plan pour lancer une campagne contre le mouvement BDS


dimanche 30 juin 2013 – 06h:00

Alex Kane – Mondoweiss


Un représentant d’un important groupe américain juif a déclaré à Haaretz la semaine dernière qu’une campagne contre le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions est sur le point d’être lancée.

Malcom Hoenlein, haut responsable à la Conférence des présidents des organisations juives américaines, a déclaré à la journaliste Judy Maltz que son organisation projette de lancer une contre-attaque contre le BDS sur les campus en août. « Ce sera une campagne importante, sur Internet et les médias sociaux, dans laquelle nous espérons toucher chaque étudiant sans exception en Amérique. L’objectif est d’informer d’une manière créative et de rallier le public, » a dit Hoenlein lors d’un entretien publié en début de semaine. Hoenlein était en Israël, en visite à Jérusalem pour la fête d’anniversaire et la Conférence du Président israélien Shimon Peres.

Ces propos sont le dernier signe que l’establishment juif a jeté tout son poids dans la lutte contre BDS.

Hoenlein, vice-président exécutif d’une organisation qui sert d’organe coordinateur pour 51 groupes américains juifs, a dit aussi à Haaretz que les communautés juives à travers le monde n’avaient pas fait suffisamment pour combattre BDS, et il a critiqué la récente décision de Stephen Hawking de boycotter la Conférence israélienne qui fêtait Peres. (1)

En même temps qu’il dévoilait la prochaine campagne pour combattre les groupes BDS, Hoenlein cherchait à contester l’impact du mouvement. « Ce n’est encore qu’un groupe très limité de personnes. Elles obtiennent de la résonance et une publicité parce que attaquer Israël fait l’information. Soutenir Israël ne fait pas l’information. Mais le fait est que la plus grande partie des campus ont rejeté le mouvement BDS », a-t-il déclaré encore à Haaretz.

Ces messages ne collent pas exactement. Pourquoi une importante organisation juive consacrerait-elle des ressources à un groupe insignifiant ? Une campagne lancée par la première organisation américaine juive dans le pays va probablement appeler plus d’attention sur le mouvement BDS florissant.

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Plus important encore pourtant que ces contradictions, c’est ce que pointe la prochaine campagne : l’impact lent mais régulier du mouvement et l’accent croissant du lobby pro-Israël sur BDS, particulièrement sur les campus universitaires. La récente vague de résolutions de désinvestissements des conseils étudiants sur les campus de Californie – dont trois ont été des succès – est manifestement parvenue jusqu’aux bureaux des gens comme Hoenlein.

Il est vrai que le mouvement BDS n’a pas encore réalisé de progrès importants imposant des coûts élevés à l’État pour ses violations du droit international. Pourtant, des boycotts remarqués de personnalités culturelles et des décisions de désinvestissements, telle la récente initiative des Méthodistes unifiés, montrent que BDS continue d’avancer.

Le récent boycott par Hawking qui a si inquiété Hoenlein est un avertissement à Israël, comme Noam Sheizaf, du Magazine +972, l’écrit, « l’occupation a un prix ». Le boycott par Hawking a fait également monter certaines questions chez les défenseurs d’Israël, qui en sont arrivés à l’idée que le mouvement BDS était une menace qu’il fallait prendre au sérieux – et dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Larry Derfner, de +972, a récemment rassemblé ce qu’il appelle la «  sagesse du consensus » des opposants au BDS et montré que le mouvement BDS, il marche (2). Il met l’accent sur l’aveu de Thomas Friedman que le mouvement « est en train de faire monter le sentiment puissant dans l’opinion internationale, spécialement en Europe et sur les campus universitaires, qu’Israël est un État paria en raison de son occupation de la Cisjordanie ». Derfner souligne aussi un récent article de Haaretz sur ce qu’a déclaré un groupe d’hommes d’affaires israéliens de premier plan au Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Si nous ne faisons pas de progrès vers une solution à deux États, il y aura des développements négatifs pour l’économie israélienne. », ont-ils dit au Premier ministre. « Les investissements étrangers ne viendront pas dans un tel État. Personne n’achètera les produits d’un tel État ».

L’inquiétude qui monte à propos de BDS parmi les establishments juifs et israéliens a maintenant soulevé une impulsion revigorée aujourd’hui contre le mouvement. La nouvelle campagne de la Conférence des présidents va rejoindre l’effort anti-BDS de plusieurs millions de dollars d’Israel Action Network, le premier véhicule de l’establishment juif pour combattre BDS.


Notes de la traduction :

(1)

- Stephen Hawking rejoint le boycott universitaire d’Israël – Réactions – Mattew Kalman – The Guardian
- Stephen Hawking et le Big Bang du boycott, un tournant pour l’image de l’entité sioniste – Mounadil al-Djazaïri – Daily Express
- Stephen Hawking fait une manifestation pacifique – The Boston Globe

(2) – En français sur Info-Palestine : La sagesse du consensus : le boycott d’Israël, ça marche – Larry Derfner – +972

Lire aussi :

- BDS : appel de la société civile palestinienne du 9 juillet 2005
- Un changement radical s’est opéré dans l’opinion aux États-Unis sur le conflit – Pamela Olson – Mondoweiss

Alex Kane est rédacteur en chef adjoint pour Mondoweiss et rédacteur en chef Monde pour AlterNet. Suivez-le sur Twitter @ alexbkane.

source  traduction JPP

Agression antisémite à Aartselaar: les victimes choquées par l’attitude de la police


S.Ta Publié le lundi 01 juillet 2013 à 06h06 – Mis à jour le lundi 01 juillet 2013 à 11h

Belgique La plainte a finalement été déposée à Anvers. Même De Wever a dû s’en mêler.

Cindy Meul est rapidement sortie de l’hôpital. Si son nez est cassé, le reste des blessures physiques est finalement superficiel. Psychologiquement, c’est une autre histoire. « Le lendemain de sa sortie, elle sera de nouveau hospitalisée pour une quinzaine de jours tellement elle est traumatisée par l’agression », explique son avocat Mischaël Modrikamen. Sa compagne Ruth se rend alors à la police d’Aartselaar pour déposer plainte. La réception de la police la perturbe encore aujourd’hui : « Comme je ne parle pas néerlandais, on n’a pas voulu prendre ma plainte. Ils m’ont dit qu’ici on parlait néerlandais, qu’ici on était en Flandre. » Choquée, le soir elle appellera même l’ambassade d’Israël pour tenter de trouver de l’aide. La communauté juive d’Anvers va d’ailleurs se mobiliser pour tenter de faire connaître cette affaire. « Je suis plus choquée par l’attitude de la police que par l’agression », explique-t-elle.

Mais l’ancienne championne de tennis ne se décourage pas, elle se rend alors à Anvers, espérant enfin être entendue. Après quelques péripéties, la police d’Anvers acceptera d’enregistrer sa plainte. Nous sommes déjà le 17 juin, soit plus de 15 jours après les faits. Entre-temps, Cindy Meul, hospitalisée, recevra des convocations pour être entendue à Aartselaar. Manifestement, le jeune couple suspecté de l’agression aurait déposé une plainte contre elle pour coups et blessures.

À Anvers, Ruth rédige sa plainte en hébreu. « Ils m’ont demandé de ne pas faire trop long car un traducteur ça coûtait de l’argent. »

La semaine dernière, le bourgmestre d’Anvers Bart De Wever, mis au courant des faits, invite les deux femmes à se présenter à son bureau de l’hôtel de ville. « Il a engueulé la police car la plainte n’avait toujours pas été traduite, 7 jours après son dépôt », explique encore Me Modrikamen.

L’avocat bruxellois relève également d’autres problèmes majeurs dans l’attitude de la police d’Aartselaar : « Ils ont dit que Cindy Meul était en état d’ébriété. Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer de telles choses ? Ils n’ont même pas fait de prise de sang. Ils affirment aussi que l’altercation a eu lieu dans le hall alors que les traces de sang et le miroir cassé attestent qu’elle a eu lieu dans l’appartement », précise-t-il en montrant des photos.

Enfin, pour que cette histoire soit complète, il faut également savoir que, durant les quelques semaines qui ont précédé l’agression, à chaque fois que les voisins indélicats venaient tambouriner sur leur porte durant la nuit, 5 minutes après la police débarquait sur place et « reprochait aux deux femmes de faire du tapage nocturne. C’est incroyable, ils viennent frapper à la porte et ils appellent la police en plus », conclut Modrikamen.

Cerise sur le gâteau, la propriétaire de l’appartement a mis son grain de sel dans cette histoire : « Elle m’a dit qu’elle comprenait pourquoi nous voulions partir, elle a été très gentille. Peu de temps après notre déménagement, elle me réclamait, via un courrier de son avocat, une somme de 22.750 euros pour avoir rompu le bail.

La police dément la version des deux victimes. Une enquête a été ouverte par la ministre de l’Intérieur Joelle Milquet. Ce sera donc à la justice de trancher dans cette affaire.

Syrie : la dynamique citoyenne qu’Al-Assad ne parvient pas à liquider


Jean-Pierre Filiu
Universitaire
Publié le 30/06/2013 à 18h27

En ce 30 juin, l’Egypte retient son souffle face aux manifestations rivales des opposants et des partisans du président islamiste Mohammed Morsi. En Syrie, c’est déjà le deuxième jour de l’offensive du régime Assad contre les quartiers révolutionnaires de Homs.

Avions, batteries et chars lâchent leurs bombes sur ces bastions déjà en ruines, dont la propagande gouvernementale a déjà annoncé la « reconquête » plusieurs fois par le passé.

La mosquée Khaled Ben Walid, le plus important monument de Homs, a été frappée par les tirs du régime, comme avant elle la mosquée des Omeyyades d’Alep ou la mosquée Omar de Deraa.

Des cortèges chaque vendredi depuis 2 ans

Ce déferlement de violence aveugle, sur fond de valse-hésitation occidentale sur l’armement de l’insurrection, rejette au second plan la dynamique citoyenne de la révolution syrienne.

Cette dimension, à la source du soulèvement populaire de mars 2011, est pourtant déterminante pour comprendre la capacité de résistance de millions de Syriennes et de Syriens face aux campagnes de liquidation de Bachar al-Assad, mais aussi face aux divisions de l’opposition syrienne.

Le 28 juin, comme tous les vendredis depuis plus de deux ans, des cortèges ont rassemblé des milliers de manifestants pacifiques sur le thème de « une révolution ardente pour une opposition paralysée ».

video ici

Défilé de la population à Alep le 28 juin 2013

Au-delà des images de combats et de massacres qui saturent nos écrans, c’est bel et bien une toile de militantisme citoyen qui préserve encore l’unité de la Syrie, et qui garantit à bien des égards l’avenir de sa population.

Le mouvement pacifiste syrien vient de diffuser une carte interactive des centaines d’associations et de coordinations locales qui inscrivent la soulèvement syrien dans la durée et en profondeur.


Capture d’écran de la carte interactive mise au point par Bizava Astiyane suri, un mouvement pacifiste syrien

Chaque entrée renvoie à la page Facebook pertinente, avec un descriptif rapide. On y trouve aussi bien les différentes instances de gestion municipale, que l’assistance aux détenus, les initiatives d’agitprop symbolique ou les reporters-citoyens.

C’est peu de dire que cette dimension civile de la révolution syrienne est passée sous silence dans la couverture médiatique de la tragédie en cours.

Les « pires errements » des médias

La désinformation baasiste, systématique depuis mars 2011, a d’ailleurs atteint ces derniers jours des sommets.

  • La mort d’un franciscain syrien, le 23 juin, accompagnée du pillage du monastère où il était reclus, non loin de Homs, a suscité une émotion légitime en France.

L’extrême droite n’a pas craint d’affirmer à cette occasion que le soutien occidental aux révolutionnaires syriens « aide à tuer les Chrétiens ». D’autres sites comme RiposteLaïque.com allaient plus loin en assénant que trois franciscains, et non un seul, avaient été assassinés, et que les rebelles avaient mis en scène leur décapitation.

Tant pis pour ces prêcheurs de haine, la Custodie de Terre sainte démentait catégoriquement la mort de trois franciscains. Et il s’avère que les images du supplice ainsi diffusées soient l’œuvre d’une manipulation encore plus contournée.

  • La mort de quatre personnes dans une explosion, le 27 juin, en plein quartier chrétien de Damas, a été prestement attribué à un « kamikaze » de l’opposition.

Cette thèse, relayée par les médias du régime Assad, a été reprise telle quelle par la presse internationale, entre autres en France. Or il semblerait que le dit « kamikaze » soit un employé de la télévision d’Etat, qui plus est de confession chrétienne, et que l’explosion soit due à la chute d’un obus de mortier, volontaire ou accidentelle.

Ces deux exemples ne font qu’illustrer la persistance d’une « guerre des images », où l’interdiction par la dictature syrienne de toute couverture de presse indépendante laisse libre cours aux pires errements.

En guise de conclusion, je vous renvoie à cet entretien diffusé le 29 juin par le site canadien Tolérance sous le titre « Le soulèvement syrien est condamné à la victoire ».

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