Des Afro-Américains condamnent la vague montante de racisme en Israël


mardi 6 août 2013 – 06h:35

Les Afro-Américains pour la Justice au Moyen-Orient et en Afrique du Nord


Ces dernières années, Israël a connu une vague montante de tendances doctrinaires acceptées par la société, s’en prenant particulièrement aux demandeurs d’asile africains et aux Palestiniens, attisées par des personnalités religieuses et politiques marquantes.

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Mai 2012 : rassemblement « anti-immigrés » organisé par la frange la plus raciste et la plus xénophobe de la société israélienne

Nous, soussignés, condamnons avec la plus grande fermeté les récents propos racistes tenus par le nouveau grand rabbin ashkénaze nouvellement élu, David Lau, propos qui se réfèrent aux joueurs afro-américains de basket jouant en Israël comme à des « kushim », terme péjoratif équivalent à « nigger » (nègres, négresses). Rabbi Lau, représentant du gouvernement, payé par l’État, et qui a un mandat prévu de dix ans comme l’un des deux grands rabbins officiels israéliens, a fait ces remarques offensantes à de jeunes étudiants religieux juifs alors qu’il les mettait en garde de ne pas regarder les sports télévisés comme le basket. Après qu’il ait été critiqué par des militants antiracistes, le rabbin Lau a été défendu par Natfali Bennet, ministre des Services religieux d’Israël et leader du parti Foyer juif.

Malheureusement, les sentiments exprimés par le rabbin Lau reflètent un problème plus large de racisme au sein de la société israélienne. Ces dernières années, Israël a connu une vague montante de tendances doctrinaires acceptées par la société, s’en prenant particulièrement aux demandeurs d’asile africains et aux Palestiniens, attisées par des personnalités religieuses et politiques marquantes. En juin 2012, le ministre de l’Intérieur israélien d’alors, Eli Yishai, a déclaré qu’Israël « appartient à nous, à l’homme blanc  », réagissant à une question sur les demandeurs d’asile musulmans. Le mois précédent, des politiciens israéliens, et parmi eux le Premier ministre Benjamin Netanyahu et des membres de son parti le Likoud, ont contribué à lancer une vague de violences contre les Africains avec des propos insufflant la peur et l’excitation contre les demandeurs d’asile. Dans un cas, le parlementaire du Likoud, Miri Regev, a décrit les réfugiés africains comme « un cancer dans notre corps  » lors d’un rassemblement à Tel Aviv qui a dégénéré en ce que la presse locale a qualifié d’ « émeute raciale  », dans laquelle des personnes d’origine africaine, prises au hasard, ont été agressées dans la rue. Dans les mêmes moments, une série d’incendies et d’attaques violentes a été déclenchée contre les Africains en Israël. La situation était si mauvaise qu’un groupe d’ambassadeurs de pays africains s’est plaint au ministère des Affaires étrangères d’Israël que les diplomates africains avaient peur de marcher dans la rue.

La situation des Palestiniens vivant en Israël et dans les territoires occupés n’est pas meilleure. Ceux qui sont citoyens d’Israël souffrent d’une discrimination méthodique en tant que non juifs vivant dans un État autoproclamé « État juif », pendant que ceux qui vivent sous le joug militaire israélien se voient refuser les droits politiques et civils les plus élémentaires, lesquels sont accordés aux colons juifs qui vivent dans les colonies illégales à côté d’eux, simplement parce qu’ils ne sont pas juifs. De plus en plus, le monde reconnaît le régime qu’Israël a institué dans les territoires qu’il contrôle entre le Jourdain et la Méditerranée comme une forme d’apartheid.

En tant qu’Afro-Américains, et en tant que citoyens des États-Unis, État qui fournit un énorme soutien économique, militaire et diplomatique à l’État d’Israël, nous sommes scandalisés par la déclaration raciste du rabbin Lau, par l’absence de la condamnation de la part des dirigeants israéliens et américains qu’elle aurait dû engendrer, et par le développement préoccupant d’attitudes ouvertement racistes manifestées en Israël contre les Africains, les Palestiniens, et d’autres. Nous demandons au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et au Président Barack Obama, et à toutes les personnes de conscience, de condamner les propos du rabbin Lau et la culture grandissante de l’intolérance et d’un racisme sans retenue dans la société israélienne qu’ils représentent, et nous demandons son retrait immédiat de sa fonction de grand rabbin ashkénaze.

Alors que les négociations entre Israéliens et Palestiniennes reprennent sous le vocable de processus de paix sous l’égide des États-Unis, qui devrait inclure une exigence soutenue par l’administration Obama que les Palestiniens reconnaissent officiellement Israël en tant qu’ « État juif », nous exhortons aussi les politiciens et toutes celles et ceux qui sont concernés à reconnaître et aborder l’aggravation du racisme et des discriminations dont souffrent les Palestiniens et les autres citoyens non juifs d’Israël. Ne pas le faire se traduirait par une perpétration des injustices faites au peuple palestinien, et du conflit entre Israéliens et Palestiniens, quels que soient les résultats de toutes négociations.

Signataires

Kali Akuno
Dr. Adisa A. Alkebulan
Carl Bloice
Dr. Eduardo Bonilla-Silva
Rev. Dr. Carolyn Boyd
Dr. Gloria Brown
Christopher Cathcart
Felicia Eaves
Bill Fletcher, Jr.
Patricia Ford
Dr. Rhone Fraser
Dr. Angela Gilliam
Rev. Graylan Scott Hagler
Dr. Jennifer F. Hamer
Mark Harrison
Dr. James Jennings
Dr. Robin Kelley
Mel King
Rev. Dr. Phil Lawson
Gerald Lenoir
Dr. Charles Pinderhughes
Dr. Russell Rickford
Dr. Lynn Roberts
Jamala Rogers
Roger Toussaint
Dr. Elijah Ward

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* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?


Mohammed VI garde tout le pouvoir

* L’affaire du pédophile gracié par le roi constitue-t-elle un tournant ?

* Elle a mis en lumière le pouvoir absolu du roi… et de son cabinet.

Le « Daniel Gate », la grâce royale accordée à ce pédophile espagnol qui a suscité une extraordinaire indignation populaire au Maroc, forçant le roi à annuler sa décision, restera-t-il dans l’histoire comme un moment clé ? C’est sans doute le vœu d’une partie des citoyens las d’un pouvoir royal aux prérogatives qu’ils jugent exorbitantes.

« Il y aura bien un avant et un après ce 30 juillet 2013 au Maroc (date de la grâce, NDLR). Par une telle décision (aussi involontaire soit elle), le roi – père et protecteur de la nation selon la constitution et l’imaginaire collectif Marocain – vient de bafouer, d’outrer tous les Marocains, et par la même, ruiner 14 années de communication et marketing politique. (…) Quelque chose a changé, et pour toujours. Un rapport entre une grande partie du peuple et la monarchie a été rompu. » : ce constat a été fait le 4 août par l’intellectuel Youssef Oulhote et diffusé sur le site fr.lakome.com.

Comment en est-on arrivé là ?

Quand il prend le pouvoir le 30 juillet 1999 au décès de son père, le très craint Hassan II, Mohammed VI a alors 35 ans. Il jouit d’un préjugé favorable. Ses premières décisions confortent cette impression : il limoge Driss Basri, le ministre de l’Intérieur de son père dont il était l’exécuteur des basses œuvres, il fait revenir le vieil opposant d’extrême gauche banni Abraham Serfaty, il visite les provinces du nord que son père avait délaissées et il se façonne rapidement une image de « roi des pauvres » en affichant sa sollicitude pour les défavorisés.

La suite sera moins glorieuse même si « M6 », comme on le surnomme affectueusement, reste un souverain populaire. Le roi, dit-on, n’éprouve pas un penchant marqué pour la politique. Ses absences, ses vacances, se multiplient, elles sont longues. Ce printemps, ainsi, il partira deux mois en France sans mots dire, laissant la rumeur s’inquiéter pour sa santé.

L’affairisme prend le dessus au palais. Comme l’explique un livre édifiant (1), « la fortune personnelle du souverain a quintuplé depuis son accession au trône ». Aux commandes, on trouve le cabinet royal qui, selon des experts, gère en réalité le Maroc tout entier (y compris avec incompétence, comme l’affaire du pédophile l’a montré).

Cela c’était la version pessimiste. D’autres vantent en revanche un roi habile en économie et en politique. Ainsi, par exemple, quand un mouvement de revendication s’est développé au Maroc à l’éclosion des printemps arabes, au début de 2011, Mohammed VI a rapidement décidé de donner à ses sujets une nouvelle constitution, présentée comme plus démocratique que celle en vigueur. Le texte sera déjà adopté par référendum dès le 1er juillet de la même année !

Certains s’enthousiasment. Comme Baudouin Dupret et Jean-Noël Férié, directeurs de recherche au CNRS qui travaillent au Centre Jacques Berque à Rabat. « Le Maroc est le seul pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à avoir réussi à entamer des réformes suffisamment profondes pour qu’on ne puisse plus se résoudre – sauf de manière polémique – à le qualifier d’autoritaire », écrivent-ils dans la revue Moyen-Orient.

Vraiment ? Ces réformes ne convainquent pas tout le monde. Voici le constat formulé le 10 juillet par Souleiman Bencheikh, de l’hebdomadaire TelQuel : « C’est le roi en personne qui a pris la décision de réformer la Constitution, qui a nommé la commission chargée de la rédiger, qui l’a soumise à référendum, qui a nommé un nouveau chef de gouvernement et son équipe. Le pari implicite des démocrates marocains était que la nouvelle donne politique permettrait au chef de gouvernement de s’émanciper progressivement de la tutelle du chef de l’Etat et de profiter à plein des nouvelles prérogatives que lui octroie la Constitution : choix effectif des membres de son gouvernement (…), responsabilité devant le peuple et non plus devant le roi… Mais là encore, les démocrates sincères en ont été pour leurs frais : la pratique politique des deux dernières années et l’interprétation qui a été faite de la Constitution ont consacré un roi qui règne et gouverne. En d’autres termes, pour reprendre une métaphore sportive, Mohammed VI est à la fois arbitre et joueur. Alors forcément, à la fin, c’est lui qui gagne ! ».

Peu contestent ce constat, même le Premier ministre islamiste Abdelilah Benkirane dit que son parti, le PJD « ne fait que participer au gouvernement ; c’est le roi qui détient le pouvoir ». L’Association marocaine des droits de l’homme met, elle, les pieds dans le plat ce 23 juillet, constatant : « L’essence despotique de la nouvelle constitution est préservée et reste loin des composantes d’une constitution démocratique ».

BAUDOUIN LOOS

(1) Le Roi prédateur, par Catherine Graciet et Eric Laurent, au Seuil (2012)

LE SOIR DU MERCREDI 7 AOUT 2013