A ce frère inconnu mort en voulant vivre…


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Bouzelmate Abderrahim
A ce frère inconnu mort en voulant vivre…

Il a quitté son village avec le sourire et ses parents avec les larmes. Sa mère l’a serré fort et lui a dit : « sois fort mon fils, tu sais comme je t’aime, reviens-moi vite… »
Puis il est parti vers l’inconnu, vers une terre qu’on disait riche d’humanité et de progrès ; il voulait fuir la misère pour revenir aux siens avec un peu plus de lumière. Puis il est parti, vers l’inconnu… il pensait emprunter les routes du paradis, il a atterri en enfer. Il s’est embarqué avec des inconnus, il a payé le prix cher pour traverser ; il pensait acheter un ticket pour le bonheur et il s’est embarqué dans le train de la mort. Enfant de la chaleur, il ne connaissait pas le froid, enfant du désert, il ne connaissait pas la mer, enfant des terres, il ne savait pas nager.

Piégé entre ciel et mer, il y a eu une terrible vague, et la barque a basculé, il est tombé dans les eaux profondes. Enfant des plaines, il ne savait pas nager. Dans son angoisse, en se débattant désespéré, il a pensé à son village, à ses frères et sœurs, à ses amis, à son père et surtout à sa mère. Dans son ultime souffle, il a eu quelques larmes, et il a dit en s’étouffant : « pardonne-moi maman, je n’ai pas réussi à vous aider, et je meurs sans t’avoir revue. » Le pauvre… c’était plus difficile qu’il ne croyait, la forteresse Europe était inaccessible. Quel destin ! il est né dans les terres sèches et il est mort en pleine mer.

Il est mort à cause d’un monde impitoyable, il est mort à cause d’un système meurtrier, il est mort en voulant vivre… Hommage à toi, héros inconnu des temps modernes…

UNE IMAGE D’ISRAEL PLUS FLETRIE ENCORE


Une famille palestinienne brûlée vive, un commentaire:

 

Baudouin Loos – Le Soir du 1er août 2015

Le tragique épisode de Douma ne peut surprendre personne. Depuis de longues années, le comportement des colons juifs extrémistes qui vivent au sein d’implantations ancrées profondément dans les territoires palestiniens occupés est devenu synonyme des pires exactions. Incursions dans les villages palestiniens, jets de pierres ou de cocktails Molotov, mosquées incendiées, abattage d’oliviers centenaires : ces gens-là se savent au-dessus des lois, leur impunité semble quasi totale et ils se plaisent à faire régner la terreur.

«Ces gens-là»? On parle ici d’une catégorie d’Israéliens jeunes qui n’ont, pour la plupart, jamais habité le territoire israélien. Ils naissent et grandissent sur les collines de «Judée et Samarie», l’appellation israélienne lorsqu’il s’agit d’évoquer la Cisjordanie occupée. Ce sont des durs, des «salafistes» juifs, comme dirait le journaliste franco-israélien Charles Enderlin.

Ils affirment coloniser « la Terre d’Israël que Dieu nous a donnée ». Quant aux «Arabes» présents depuis des siècles, ils n’ont qu’un choix, à leurs yeux: se soumettre à leur joug ou s’exiler. La violence quotidienne – des crimes, pour dire les choses – qu’ils utilisent contre la population locale indique leur préférence.

Ce mouvement juif extrémiste a gagné la partie. Il n’est certes pas majoritaire en Israël mais ces extrémistes religieux en ont infiltré l’Etat et l’armée. Le nombre de colons a plus que triplé depuis 24 ans que leur Etat prétend négocier la paix. Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a tenté de les affronter, au contraire.

Alors certes, hier, Binyamin Netanyahou a dit le mot «terrorisme» pour qualifier le drame de Douma. C’est bien le moins. L’image d’Israël n’a jamais été plus flétrie que ces dernières années et la famille palestinienne brûlée vive dans la nuit de jeudi à vendredi ajoute un peu d’opprobre supplémentaire.

Depuis longtemps, la communauté internationale unanime réclame la fin de l’occupation et la levée du siège de Gaza. Les condamnations verbales ont cependant fait la preuve de leur inanité. Il faudra bien plus. Mais qui mettra Israël au pied du mur?

A ceux qui me répètent qu’on ne peut pas accueillir “toute la misère du monde”.


Parce que je n’en peux plus d’entendre, à chaque fois que je dis que je travaille dans l’accompagnement des demandeurs d’asile “Mais il sont vraiment trop nombreux, non ?” “Déjà que la France est un des pays les plus généreux en Europe …” et autres “La France ne peut pas  accueillir toute la misère du monde »… j’ai décidé d’écrire ce texte, pour contenir ma frustration, mon indignation qui croît chaque jour en entendant les politiques nous abreuver de chiffres hors contexte censés nous démontrer que nous sommes une forteresse assiégée, et contenir ma tristesse de voir notre gouvernement de “gauche” si tétanisé par l’influence de l’extrême droite dans le champ politique qu’il finit par rentrer dans son jeu …
Je comprends que les gens finissent par s’y perdre et par se demander si, vraiment, on accueille trop de demandeurs d’asile en France.

Alors déjà pour ceux qui me citent la fameuse phrase de Rocard, il ne faudrait tout de même pas en oublier la seconde partie : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part ».

Et pour ce qui est de prendre sa part, on va le voir, malgré son image de pays des Droits de l’Homme, la France est loin d´être exemplaire.

En ce qui concerne les demandeurs d’asile – c’est à dire des personnes ayant fui leur pays parce qu’elles y ont subi des persécutions ou craignent  d’en subir et qui sont en quête d’une protection internationale – la France a enregistré 62800 demandes d’asile en 2014, loin derriere les Etats-Unis (88400) ou d’autres pays d’Europe comme l’Allemagne par exemple (202 700 demandeurs), la Suede (81200) ou l’Italie (64600)1.

Et si on rapporte ce chiffre a la proportion de la population de chaque État membre de l’UE, ce qui est plus significatif, les taux les plus élevés de demandeurs ont été enregistrés en Suède (8,4 demandeurs d’asile pour mille habitants), devant la Hongrie (4,3), l’Autriche (3,3), Malte (3,2), le Danemark (2,6) et l’Allemagne (2,5). La France n’arrive qu’en douzième position (1 demandeur d’asile pour mille habitant).
La France est donc loin de “ployer” sous le poids des demandes comme on ne cesse de nous le répéter.

La France n’est pas non plus le pays qui accorde le plus de statuts de réfugié (ce qui constitue l’aboutissement “positif” de la demande d’asile) : en 2014, dans l’UE, 45% des demandes d’asile ont été reconnues positives. Le taux d’accord en France pour 2014 était quand a lui de 28%3. Donc pour la France si génereuse, on repassera.

Et si on regarde au niveau mondial, quel est selon vous, le pays qui accueille le plus de réfugiés ?
Ca doit être en Europe pour qu’on nous répète inlassablement que c’est un si lourd fardeau … Et bien non, figurez vous!  C’est le Pakistan qui arrive en tête des statistiques du HCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés), avec 1,6 million de réfugiés, suivi de l’Iran avec 857 000 réfugiés  et du Liban qui en compte 856 000.
Le Liban a, sur son sol, 178 réfugiés pour 1 000 habitants, ce qui, rapporté à la France, donnerait quelque 12 à 15 millions… Or, on estime à environ 165 000 le nombre de personnes disposant du statut de réfugié politique en France (0,29% de la population). C’est une goutte d’eau, nous sommes tout à fait en capacité de les accueillir.

Contrairement aux idées reçues, ce sont les pays en développement qui reçoivent la majorité des personnes en demande de protection – 90% des demandeurs d’asile et des réfugiés vont dans des pays proches ou frontaliers, donc l’Europe n’est absolument pas la zone du monde la plus affectée. Par rapport à la situation des réfugiés syriens par exemple, l’exemple est flagrant.Alors que le nombre de déplacés va bientôt atteindre la barre des 4 millions, l’ONU a demandé que 30.000 d’entre eux soient « réinstallés » dans des pays occidentaux. L’Allemagne a promis d’en accueillir 20000, la Suède 1200, la France, devinez combien?……..500. L’immense majorité de ceux-ci (97%) s’installent au Liban, en Jordanie, en Turquie ou en Irak. Nous sommes loin d’être envahis. Le monde entier ne rêve pas de rejoindre l’Europe. Relisez les chiffres ci-dessus pour comprendre à quel point c’est faux.

De plus, on réduit le migrant à son statut de migrant, comme si l’unique but de sa vie était de venir frapper à notre porte, mais derrière chaque demande d’asile se cache un homme ou une femme avec son histoire, son passé, un homme ou une femme qui a grandi quelque part, a eu une enfance, a des attaches, un endroit où il s’est sentí chez lui. Je me souviens de ce Monsieur tchétchéne qui m’évoquait les larmes aux yeux les montagnes de son enfance, car jamais il n’aurait pensé ne pas vieillir a leurs pieds ou de ce Monsieur bangladais qui s’était effondré dans mon bureau car il venait d’apprendre la mort de son père au pays et savait qu’il ne pourrait même pas lui rendre un dernier hommage… Qui voudrait vivre ca ? Franchement, qui ? Sans parler des trajets abominables pour atteindre l’Europe tristement illustrés par les récents  naufrages en Mediterannée…

Vous pensez que quand on vient de pays comme la Somalie ou l’Erythrée on vient parce que le système d’allocations est plus avantageux en France que chez soi ? Il faut arrêter la plaisanterie, imaginez un instant ce que cela représente de tout quitter et vous comprendrez qu’on part parce qu’on n’a pas le choix.

Vous voudriez vous, rester dans un Etat où règne la terreur, la guerre, où vous avez peur chaque jour pour vos enfants ? Un Monsieur sri-lankais que je suivais et qui dormait dehors faute de solution d’hébérgement m’a dit un jour “C’est tres dur. Mais au moins ici je suis libre et je n’ai plus peur en permanence.”
Renseignez-vous sur les régimes politiques en Somalie ou en République Démocratique du Congo, demandez-vous si vous resteriez en Syrie dans la situation actuelle. Ou en Russie si vous êtes menacé de mort parce que vous avez écrit un texte qui déplaît aux autorités. En Guinée où votre fille se ferait potentiellement exciser comme vous dès le plus jeune âge.
L’espoir d’une vie meilleure est équitablement partagé sur notre planête et ne nous est pas réservé parce que nous sommes né du bon coté de la barrière.

Plus généralement, l’immigration est toujours présentée comme un problème, alors même que de nombreuses études indiquent que l’immigration est positive pour l’Etat francais, en termes démographiques, en termes de croissance, de savoir, de diversité et qu’elle rapporte même de l’argent (12 milliards par an tout de même selon une équipe de chercheurs de l’Université de Lille)5. C’est donc le regard médiatico-politique sur les migrants qu’il faut réussir à changer. Et ne pas céder aux discours populistes qui prospèrent à l’aune de la montée du Front National qui trouve là un terrain fertile en ces temps de récession économique.

Nos démocraties peuvent tout à fait accueillir ces migrants, et au lieu de succomber à un populisme mortifère, devraient réflechir à une politique migratoire de maniere plus sereine et apaisée et arrêter de faire des migrants les boucs émissaire de nos sociétés.

Sinon c’est notre humanité qu’on perd peu à peu.
1- Chiffres Eurostat
2- Chiffres Ofpra
3- Chiffres Ofpra
4-  A ce propos, lire le magnifique livre de Fabrizio Gatti “Bilal sur la route des clandestins”, ed. Liana Levi, 2008.

5-Courrier international, Les très bons comptes de l’immigration, 27/04/2012

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Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui


Israel ben gourion
 ***
Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui  

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Je suis né à Jérusalem Ouest (selon le terme qui désigne la moitié juive de Jérusalem) en 1945. Sous une pluie de balles qui volaient au-dessus de nos têtes, mon père m’a attrapé, moi et le reste de la famille, et nous avons fui vers notre ville natale de Naplouse à la veille de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Nous sommes restés à Rafidia-Naplouse jusqu’en 1952 puis nous avons déménagé à Ramallah où mon père a trouvé du travail à la poste. Je suis allé à l’école paroissiale puis au séminaire latin de Beit Jala en 1961 pour étudier la prêtrise. En 1968, j’ai quitté le séminaire où j’avais étudié le français et le latin en plus de la philosophie et de la théologie. Je suis arrivé aux États-Unis en septembre 1969 et je suis entré à l’Université Seton Hall, à South Orange, dans le New-Jersey où j’ai été diplômé en français et en espagnol, et en 1975, j’ai obtenu une maîtrise de l’Université de Montclair, dans le New-Jersey.

 

george kouri

George Khoury

J’ai déménagé en Californie en 1975 où j’ai enseigné les langues étrangères au niveau secondaire. En 1983, je me suis inscrit en théologie à la Graduate Theological Union, à Berkeley, Californie, et j’ai obtenu mon doctorat en 1990. J’ai enseigné les langues au San Mateo College, au Skyline College, et à la Westmoor High School. J’ai rejoint le programme de diaconat en 2012 parce que j’ai l’intention de devenir diacre dans les différentes communautés de l’archidiocèse de San Francisco.

Après 21 ans sans voir Jérusalem et ma patrie la Palestine, j’ai décidé de revenir, cette fois en tant que citoyen américain, avec un passeport américain que j’ai obtenu en 1975.

Mon voyage était censé être un pèlerinage religieux avec le père Bernard Poggi, ainsi qu’une visite, attendue depuis longtemps, pour voir mes amis et ma famille, que je n’ai pas vus depuis des décennies. Lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv, ils ont autorisé le père Bernard à entrer. Lorsque ce fut mon tour, une jeune soldate m’a accompagné à une « pièce verte » pour un interrogatoire.

Voici ma conversation avec un agent de sécurité de l’aéroport (dont je pense qu’il est un agent du Shin Bet) :
– L’agent : « Oh, vous arrivez par l’aéroport Ben Gourion ? »
– Moi : « Oui. Où est le problème ? »
– L’agent : « Vous ne pouvez pas. »
– Moi : « Pourquoi ? J’ai un passeport américain. Je suis arrivé avec le père Bernard pour passer quelques semaines à Jérusalem et voilà. Nous venons pour un pèlerinage religieux et pour voir quelques amis et ma famille. »
– L’agent : « Non non, vous ne pouvez venir en Israël. Vous auriez dû passer par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi devrais-je passer par là ? Je ne viens pas en tant que palestinien, je viens en tant que citoyen américain. »
– L’agent : « Non. Vous êtes palestinien. Pourquoi niez-vous que vous êtes un Palestinien ? »
– Moi : « Je ne nie pas que je suis palestinien. Je suis palestinien de la tête au pied. Mon père est palestinien. Ma mère est palestinienne. Mes frères sont palestiniens. Ma sœur est palestinienne. Mon grand-père est un prêtre orthodoxe et mes racines palestiniennes remontent à 500 ans. Que voulez-vous dire par « nier » ? Je ne nie rien. »
– L’agent : « Non non, vous faites partie du peuple palestinien. C’est notreIsraël, c’est pour les juifs. Aucun Palestinien ne doit venir en Israël. Vous auriez dû arriver par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi dites-vous cela ? Ai-je jamais eu un passeport palestinien ? Ai-je jamais vécu sous l’Autorité palestinienne ? Lorsque l’Autorité palestinienne a été constituée, je n’étais pas en Palestine et on ne m’a jamais donné de passeport palestinien. »
– L’agent : « Mais vous avez une carte d’identité israélienne. [Il fait référence aux papiers israéliens qui m’ont été remis après qu’Israël a commencé d’occuper la Cisjordanie en 1967. J’ai eu une carte d’identité israélienne jusqu’à ce que je parte pour les Etats-Unis en 1969.]
– Moi : « Une carte d’identité israélienne n’est pas un passeport palestinien. J’ai eu la CI israélienne lorsque j’étais à Beit Jala pour étudier la prêtrise mais vous ne pouvez pas dire que c’est un passeport palestinien. D’un point de vue juridique, je n’ai jamais été citoyen d’un pays appelé Palestine. Je viens avec un passeport américain et vous devriez l’honorer. »
– L’agent : « Comment voulez-vous que j’honore votre passeport américain ? Vous voulez que je l’embrasse, que je le serre contre moi, ou que je le vénère ? En plus, vous êtes grossier et mal élevé. Comment pouvez-vous être aussi grossier ? Vous êtes un Palestinien et vous êtes grossier et mal élevé. »
– Moi : « Je ne suis ni grossier ni mal élevé. J’expose juste des faits. Je vous dis juste que je suis un Américain qui a la citoyenneté américaine depuis 40 ans et que je vis en Amérique depuis 46 ans. Donc vous négligez tous ces faits juridiques et vous ne faites que vous focalisez sur mon patrimoine palestinien ? »
– L’agent : « Vous allez être déporté vers la Jordanie et vous passerez par le Pont Allenby pour continuer votre visite en Cisjordanie . [Le Pont Allenby est le passage entre la Jordanie et Israël. Les Palestiniens ne peuvent entrer en Cisjordanie que par ce pont parce qu’ils ne sont pas autorisés à passer par ce qu’on appelle Israël]

Je suis revenu vers Père Bernard qui m’attendait. Je lui ai raconté ce qui s’était passé avec l’agent du Shin Beth et nous avons attendu. L’homme est revenu avec des documents de déportation et m’a fait comprendre en présence du Père Bernard que je serai déporté vers la Jordanie. J’ai attendu jusqu’à ce que deux autres officiers de sécurité s’approchent de moi et me disent, « Vous ne serez pas déporté vers la Jordanie mais vous allez repartir d’où vous venez. » [l’aéroport de Fiumicino, en Italie].

J’ai dit, « Mais on vient juste de me dire que je serai déporté vers la Jordanie. » Ils m’ont demandé, « Qui vous a dit ça ? »

J’ai répondu, « Je ne connais pas son nom. Pensez-vous qu’il m’a dit son nom ? C’est l’homme de la sécurité, dans le bureau, qui vient de signer mes papiers d’expulsion. » Ils ont dit, « Non, vous devez d’abord revenir en Italie. Si vous choisissez alors de revenir en Jordanie après avoir atterri en Italie, c’est votre choix. » J’étais sous le choc, mais je ne pouvais rien faire d’autre. Devant les officiers israéliens, Père Bernard m’a donné son numéro de téléphone jordanien et nous sommes convenus de nous retrouver en Jordanie le lendemain.

Bernard et moi nous nous sommes séparés et je suis revenu vers les officiers de sécurité israéliens. Ils m’ont laissé (avec d’autres) dans l’aéroport jusqu’à 1h30 du matin le 21 juillet. Ils ont fini par nous apporter un sandwich. Il y avait avec moi pendant cette épreuve, entre autres, une Palestinienne et sa fille (toutes deux palestiniennes de naissance mais citoyennes US). Elles avaient d’abord voyagé avec deux autres fils mais parce que les deux garçons étaient américains de naissance, ils ont pu entrer en Israël. Des responsables israéliens ont dit aux deux femmes qu’elles seraient renvoyées vers les Etats-Unis, mais séparément. Elles ont fondu en larmes et ont supplié qu’au moins on les expulse ensemble, mais en vain. Il y avait aussi une jeune Britannique qui m’a dit qu’elle travaillait pour une association pour les droits de l’homme en Israël, un Coréen et une jeune Russe mais ils ne parlaient pas bien anglais.

Ils nous ont conduits à environ une demi-heure de l’aéroport, dans une voiture conduite par des Israéliens, le jeune Coréen qui parlait à peine anglais, affamé et sans un sou, a demandé aux deux gardiens d’une toute petite voix et dans un mauvais anglais, » Est-ce que nous allons mourir ce soir ? » On nous a transportés dans une fourgonnette munie de barreaux – qui sert aux prisonniers. Ils nous ont détenus comme des criminels dans une structure de détention qu’ils appellent « émigration », qui n’est rien de tel et qui devrait plutôt être appelée « prison », jusqu’à ce que nous soyons déportés.

Ils nous ont enfermés, m’ont interdit de garder mon iPhone, ont refusé que je garde un livre dans cette pièce crasseuse et ils m’y ont jeté avec un groupe d’hommes pauvres, affamés et désorientés de différentes nationalités et origines ethniques. Il était environ 2 heures du matin.

Nous avons passé tout le mardi dans le centre de détention, sans savoir quand nous en partirions. J’étais enfermé dans cette pièce avec les autres hommes. Il y avait un gardien arabe devant la cellule. Je lui ai demandé, « Vous connaissez nos noms et vous savez tout de nous. Quel est votre nom ? » Il a dit, « Je m’appelle George. » Il avait l’accent de Nazareth. Je lui ai demandé, « Pourquoi nous traitez-vous comme des prisonniers ? » Il m’a répondu, « C’est comme ça. » Finalement, il m’a laissé utiliser le téléphone pour que j’appelle ma femme, Nariman, pour lui dire où j’étais. Personne ne m’avais dit à l’aéroport que j’avais le droit de donner un appel téléphonique. Les autres gardiens sont restés totalement anonymes, ils nous ont insultés et nous ont interdit de parler aux autres dans la pièce en face, séparée par un long couloir. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit parce que le néon reste allumé.

A 4h du matin, le gardien m’a dit d’être prêt pour mon vol. Il m’avait entendu parler en arabe aux deux Palestiniennes détenues dans la pièce en face de la nôtre. Lorsqu’il est revenu ce matin là, la mère de Samar disait que peut-être ils nous malmenaient un peu mais qu’ils finiraient par nous déporter vers la Jordanie. Il était furieux et s’est mis à hurler, « Je vous ai dit de ne pas parler aux autres ! J’essaie de vous respecter ! Essayez de vous respecter vous-mêmes ! Éloignez-vous de la porte ! »

Puis vers 8h, un gardien est entré dans la pièce et m’a attrapé nerveusement en me disant que mon avion était prêt. Comme un fou, il m’a conduit à l’aéroport et m’a emmené directement à la passerelle au lieu de me faire passer par l’aéroport.

Au moment où je montais dans l’avion, je lui ai demandé : « Où exactement me déportez-vous ? »
Il a dit, « Bogotá ».
J’ai dit, « Bogotá !? Pourquoi ? »
« Vous n’êtes pas Carlos ? » a-t-il demandé.
« Non, je suis George Khoury ! Laissez-moi voir le passeport que vous avez entre les mains, » j’ai demandé. Il appartenait à un Colombien nommé Carlos.

Le gardien a réalisé son erreur et m’a ramené à toute allure au centre de détention. Le trajet éprouvant a aggravé mon problème de nerf sciatique et j’ai encore très mal. Nous sommes revenus au centre de détention, dans la cellule. Il a appelé Carlos. Carlos dormait et il s’est réveillé. Il a dit, « Je suis Carlos ! » et il l’a emmené.

Sans revenir dans les moindres détails, à 9h30 le mercredi matin ils sont revenus me chercher. Ils m’ont à nouveau conduit sur la piste et nous avons attendu longtemps, jusqu’à ce que tous les passagers soient montés à bord et que l’avion soit prêt, semble-t-il. Ils m’ont accompagné jusqu’en haut de la passerelle. Là, ils m’ont dit que je partais pour l’Italie de manière à pouvoir revenir en Jordanie. Juste avant que j’entre dans l’avion, l’agent italien avait en main une série de billets qui me ramèneraient aux Etats-Unis via l’Italie, puis New-York, puis San Francisco. Il m’a dit qu’il me rendrait mon passeport lorsqu’il serait sûr que je suis dans l’avion en partance pour les États-Unis. C’est exactement ce qui s’est passé. Lorsque je suis arrivé en Italie, avant que je sorte de l’avion, j’ai demandé mon passeport à l’hôtesse. Elle m’a dit qu’un homme qui m’attendait dehors s’occuperait de moi. Un officier italien m’attendait en bas des marches. Il m’a emmené en jeep dans un lieu inconnu loin de l’aéroport, une sorte de poste de police. Il m’a fait entrer dans une pièce avec 5 ou 6 personnes où nous ne pouvions pas bouger. A 17h, j’ai pris le vol qui allait aux États-Unis et on m’a rendu mon passeport.

Je suis arrivé à New-York vers 20h le même jour. Je suis resté dans l’aéroport jusqu’au lendemain matin pour prendre un avion à 6h. J’avais en permanence mon sac sur les genoux, j’essayais de fermer les yeux de courts instants, assis sur un banc inconfortable, comptant les minutes et les heures jusqu’au vol de 6h, serrant tout le temps ma survie puisque le sac contenait de l’insuline, mon portefeuille et mon iPhone. Je suis diabétique et être séparé de mon médicament me serait fatal.

Je suis arrivé chez moi épuisé le jeudi à 11h37. J’ai appelé mon agent de voyage pour apprendre que je pourrais être remboursé pour mon bagage volé et le billet de retour sur KLM non utilisé. Il a découvert que ces fonds avaient déjà été utilisé pour payer ma déportation vers les États-Unis.

Je suis de retour à San Francisco. Ils m’ont pris ce qui devait être des vacances après de longues heures de travail, des retrouvailles avec ma patrie et mes vieux amis, et ils en ont fait un cauchemar et un enfer. J’ai été humilié, rabaissé et traité comme si j’avais commis un crime. Je vous raconte mon histoire pour encourager les gens à aller en Palestine pour défier la brutalité de cette entité raciste et la dénoncer ici aux États-Unis ainsi qu’en Israël.

Bien que quelque peu extrême, cette histoire n’est pas unique. Beaucoup d’autres cas d’Arabes américains victimes de profilage racial par les Israéliens, à tous les points d’entrée dans l’État israélien ou la Cisjordanie , ont été documentés. Le harcèlement, la détention et les interrogatoires font partie intégrante des manœuvres de l’État israélien pour maintenir les Palestiniens en dehors d’Israël-Palestine et faire venir davantage de juifs. Ce sont mes propres impôts – plus de 36 milliards de dollars d’aide économique et militaire – qui financent l’oppression du peuple palestinien. Sans le soutien aveugle et inconditionnel financier et politique des États-Unis pour l’État d’Israël, l’occupation et toutes ces tragédies contre les Palestiniens n’auraient pas continué.

Par George Khoury | 29 juillet 2015

Article orginal : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

Source: Ism-france

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