Cinq ans de «printemps» entre perplexité et amertume


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 4 heures

Mais où en sont ces pays des « printemps arabes », cinq ans plus tard ? En enfer, pour la plupart. L’éditorial de Baudouin Loos.

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Voilà un anniversaire qui laisse perplexe. Cinq ans. Cinq ans déjà que le geste fatal d’un jeune vendeur à la sauvette dans une grosse bourgade perdue de la Tunisie profonde allait, contre toute attente, marquer le lancement de ce qu’on a appelé « les printemps arabes ».

L’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, motivée par un cumul de misère, d’humiliation et de désespoir, allait voir la Tunisie se soulever, jusqu’au départ sans gloire de son dictateur, Ben Ali, le 14 janvier 2011. Cet événement allait créer une stimulante émulation à travers le monde arabe, où la contestation gagna dès février-mars de la même année l’Egypte, le Yémen, le Bahreïn, le Maroc, la Libye, la Syrie. Une spirale d’événements inattendus, incroyables même à l’aune des dictatures arabes, qui laisse pourtant donc perplexe car, à l’heure du bilan, l’amertume l’emporte.

A qui la faute ? Les torts sont nombreux et partagés. Les pouvoirs en place, tous, ont tenté de survivre en faisant couler le sang. Quatre potentats ont néanmoins perdu leur poste. Le Tunisien Ben Ali, l’Egyptien Hosni Moubarak, le Yéménite Abdallah Saleh et le Libyen Mouammar Kadhafi.

Mais où en sont ces pays ? En enfer, pour la plupart. Seule la petite Tunisie sauve la mise. Elle s’est démocratisée grâce à l’énergie de sa société civile. Des progrès hélas fragiles, menacés par les inégalités sociales et un djihadisme hideux plus vivace que jamais.

Pour les autres, le pire est advenu. L’Egypte, après un règne islamiste résultat d’élections démocratiques, se retrouve sous le joug d’une dictature militaire pire que la précédente. Le Yémen et la Libye sont entrés dans une déliquescence nourrie de tribalisme et de régionalisme. Là aussi, le djihadisme y fait son lit.

Et la Syrie ! Elle se retrouve en lambeaux. Victime d’un tyran qui tuerait tous les Syriens au besoin. Victime d’une dérive des rébellions, parfois bien intentionnées, souvent radicalisées, quand elles ne sont pas tombées dans les chimères d’un djihadisme des plus cruels. Victime, aussi, des enjeux régionaux et des appétits rivaux de voisins sans scrupules.

Impossible d’ignorer les responsabilités de la communauté internationale. Et d’abord de cet Occident qui aide les rebelles à se débarrasser d’un monstre en Libye puis s’en va, laissant les protagonistes dans leurs insolubles querelles. Qui se tâte en Syrie, de manière veule, craignant le pire, jusqu’à ce que le pire écrase ses scrupules et efface tout espoir sous les centaines de milliers de morts, les villes détruites et l’exil de millions d’hommes et de femmes étreints par une indicible amertume.

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Syrie : “Nous sommes les concierges de la lâcheté. Nous n’accueillons personne.”


Par Mathias Enard, prix Goncourt 2015.

A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l'AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l’AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)

Nous savions tous que le régime du Baas syrien était un régime toxique, d’assassins et de tortionnaires : nous l’avons toléré.

Nous avons fait plus encore : nous l’avons renforcé. Bachar al-Assad était invité à la tribune présidentielle du défilé du 14 Juillet, à Paris, à quelques mètres de Nicolas Sarkozy, qui lui a chaleureusement serré la main, deux ans avant le début des manifestations à Deraa.

Nous savions tous que le régime Assad était prêt à massacrer sans hésitation sa population civile et celle de ses voisins : les événements connus sous le nom de «massacres de Hama», en 1982 (mais qui, en fait, s’étendirent aussi à de nombreuses villes syriennes), ou les exactions syriennes au Liban l’ont suffisamment montré. Nous l’avons toléré.

Nous savions que l’armée syrienne et ses nervis, qui ont organisé la répression pendant des décennies, n’hésiteraient pas une seconde à tirer sur la foule, à torturer des opposants, à bombarder villes et villages: nous les avons laissés faire.

Nous savions que le régime syrien était passé maître dans l’art de la manipulation diplomatique régionale, sachant renforcer temporairement ses ennemis, les infiltrer, jouant un terrifiant double jeu mortel: l’histoire des relations de la Syrie avec les différents groupes palestiniens, par exemple, l’a montré. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Nous les avons tous oubliés, ces exemples, ou avons fait semblant de les oublier.

Nous savions tous que le personnel politique syrien n’est qu’une clientèle de nantis qui ne survit que grâce au fonctionnement clanique, aux largesses de la caste Assad. Nous avons pourtant espéré le changement. Nous avons tous appris que lors du si bref Printemps de Damas, en 2000, les clubs de la démocratie avaient été réprimés, que de nombreux leaders s’étaient soudainement retrouvés en prison ou avaient été contraints à quitter le pays. Nous nous sommes résignés.

Nous avons imaginé que l’ouverture économique déboucherait sur une ouverture démocratique. Nous avons clairement vu comment cette ouverture ne servait qu’à distribuer de nouvelles prébendes pour intéresser de nouveaux clients et renforcer le clan au pouvoir. Nous avons vendu des voitures, de la technologie et des usines clés en main sans nous en émouvoir.

Nous connaissions tous les lignes de faille qui traversent le territoire syrien; nous n’ignorions pas que le régime Assad s’appuie essentiellement sur la minorité alaouite, surtout pour son appareil militaire et répressif; nous avions connaissance de son alliance stratégique avec l’Iran, qui remonte à la guerre Iran-Irak et à la guerre du Liban, dans les années 1980; nous étions témoins de la puissance militaire et politique du Hezbollah libanais; nous avons assisté à l’instrumentalisation des Kurdes dans les relations entre la Syrie et la Turquie au cours des trente dernières années; nous savions tout du ressentiment des sunnites syriens pauvres, exclus du clientélisme et méprisés par leurs propres élites; nous avions bien conscience du poids de l’Arabie saoudite et du Qatar dans l’économie européenne et de la «guerre froide» que ces deux puissances livrent depuis des années à l’Iran.

Nous nous souvenons (ou devrions nous souvenir) que la carte du Moyen-Orient au XXe siècle est issue des accords secrets signés entre Mark Sykes et François Georges-Picot en 1916, ou plutôt des conséquences de ces accords et de leur mise en place entre 1918 et 1925. Le Liban, la Syrie, l’Irak, la (Trans)Jordanie et la Palestine sont issus de ces frontières, il y a presque cent ans, et celles-ci n’ont été remises en question qu’une fois directement, lorsque Daech a rassemblé l’été dernier les provinces de l’ouest de l’Irak et celles du nord et de l’est de la Syrie, faisant trembler d’un coup toutes les autres frontières, notamment celles de la Jordanie et de l’Arabie saoudite.

Nous savions que le Liban était un pays fragile, dont certaines composantes souhaitaient la redéfinition (ou l’implosion) géographique, la transformation du territoire en une confédération, pour «protéger les minorités». Les Balkans nous ont appris que personne ne souhaite être une minorité sur le territoire de l’autre quand l’empire s’effondre. Nous savons par ailleurs que l’invasion – la destruction totale – de l’État irakien a débouché sur l’injustice, la corruption, l’insécurité, la famine et la faillite des services publics.

De tout cela, nous n’avons tiré aucune conclusion.

Quand les manifestations se sont transformées en révolte, quand la révolte est devenue révolution, quand les premiers obus sont tombés sur des civils, quand la révolution s’est transformée en Armée libre, nous n’avons rien fait.

Nous savions pertinemment que la solution au «problème syrien», la réponse à la «question syrienne» passait par Moscou et Téhéran, et nous n’avons pas souhaité aller à Moscou et à Téhéran.

Nous avons assuré soutenir les démocrates.
Nous avons menti.
Nous avons laissé mourir l’Armée libre et toutes les forces de la liberté.
Nous avons débattu du nombre de morts.
Nous avons débattu de lignes rouges, que nous avons placées, puis déplacées car nous n’étions pas sûrs qu’elles aient été réellement franchies.
Nous avons débattu de la couleur de la bave dans la bouche des cadavres.
Nous avons assuré soutenir les forces démocratiques.
Nous avons menti.
Nous avons convoqué des conférences dans des palais européens.
Où nous avons vu les cartes dans la main de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie.
Nous avons continué à mentir.
Chaque jour nous débattions du nombre de morts.
Nous avons regardé les tentes fleurir en Turquie, en Jordanie, au Liban.
Chaque jour nous comptions les tentes.
Lassés de compter les corps mutilés nous nous sommes félicités de l’amélioration des conditions de vie des réfugiés.
Nous avons vu des hommes égorgés dans le désert sur lesquels nous n’avions pas compté.
Nous nous sommes indignés et notre indignation s’est transformée en bombes et en attaques aériennes.
Chaque jour nous débattons de l’efficacité de nos bombes.
Nous comptons les morts et les tentes.
Nous vendons des avions.
Nous apprenons des noms de villes, nous apprenons des noms de villes détruites aussitôt que nous les avons appris.
Nous mentons.
Nous sommes les géographes de la mort.
Les explorateurs de la destruction.
Nous sommes des concierges.
Des concierges à la porte de la tristesse.
Chaque jour on frappe à nos portes.
Nous comptons les coups contre nos portes.
L’un dit «cent mille personnes frappent à nos portes».
L’autre dit «ils sont des millions, ils poussent».
Ils poussent pour chier devant nos portes closes.
Nous sommes les concierges de la lâcheté.
Nous n’accueillons personne.
Nous ne plions devant personne.
Nous sommes fiers de n’être personne.

Mathias Enard
©Points Seuil

Ce texte est extrait de «Bienvenue !», projet de 34 auteurs et illustrateurs sur le sujet de l’exil et des réfugiés, qui rassemble des textes d’Olivier Adam, Sorj Chalandon, Marie Darrieussecq, Régis Jauffret, Alain Mabanckou, Isabelle Monnin ou encore Lydie Salvayre. Les bénéfices sont reversés au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

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Enseignement | Sur la route du modèle finlandais


Neuf jeunes de la maison de jeunes Chicago, située dans un quartier populaire de Bruxelles, sont partis voir comment le système éducatif finlandais fonctionnait... (Photo Solidaire, Bruno Bauwens)  Neuf jeunes de la maison de jeunes Chicago, située dans un quartier populaire de Bruxelles, sont partis voir comment le système éducatif finlandais fonctionnait… (Photo Solidaire, Bruno Bauwens)

COP : Occupation massive de l’agence BNP Opéra


Paris, 9 décembre 2015

Mercredi 9 décembre à 15h45, 260 militants d’ANV-COP21 se sont introduits dans l’agence BNP Paribas Opéra de Paris pour y organiser un concert sauvage avec Kaddour Hadadi chanteur du groupe HK & Les Saltimbanks. Celui-ci a dédié son titre « Niquons la Planète » à la BNP (« Banque Niquons la Planète »), sponsor officiel de la COP21, pour dénoncer ses pratiques de greenwashing et ses investissements climaticides, notamment dans le charbon.

«Si l’on veut limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C, nous devons laisser plus de 2/3 des réserves d’énergies fossiles dans le sol. Or la BNP a investi près de 15 milliards de dollars dans le secteur du charbon depuis la tenue du sommet de Copenhague jusqu’à aujourd’hui (1), et se retrouve quand même sponsor de la COP21 ! » affirme Boris Cousin d’ANV-COP21.

En réaction au prix Pinocchio que la BNP Paribas s’est vue décerner le 3 décembre dernier pour les impacts sur le climat et sur les populations des projets charbon qu’elle a financé, comme la centrale de Tata Mundra en Inde (2), la banque a rappelé avoir pris des mesures au niveau de sa politique de financement énergétique (3). « Malgré ces belles paroles, BNP Paribas reste le 9ème investisseur mondial dans le secteur du charbon et cette tendance est à la hausse ! (4)» ajoute Lucie Pinson porte-parole d’ANV-COP21.

La politique actuelle de la BNP Paribas, première banque française, en continuant d’investir dans le secteur du charbon, contribue à la déstabilisation du climat. A ce passif déjà lourd, s’ajoute des investissements importants dans trois sources d’énergie polluantes, à savoir les sables bitumineux, le nucléaire et les gaz de schiste.Une politique, qui en bref, contribue fortement à « niquer la planète » !

A l’heure de la COP21, « La BNP Paribas doit se montrer responsable en respectant les demandes des communautés impactées par Tata Mundra (4) et en signant l’Appel de Paris (5) pour s’engager immédiatement à mettre un terme à l’ensemble des soutiens au charbon d’ici 2020, à commencer par l’arrêt de tout financement de projets charbon » a déclaré Boris Cousin d’ANV-COP21.

Action Non-Violente COP21 appelle les citoyens à organiser chez eux des concerts dans les agences de la BNP, et commencer une véritable tournée partout en France, avec une demande claire : arrêt immédiat des investissements dans le secteur du charbon !

L’occupation qui a duré 50 minutes s’est achevée avec le départ du chanteur et du public enthousiaste parmi lequel on pouvait compter de José Bové. Les forces de l’ordre arrivées sur les lieux peu après le début de l’action ont sécurisé le périmètre et escorté les militants jusqu’au métro, sans procéder à aucune arrestation.

Nous demandons aux banques de mettre un terme à leur soutien aux énergies fossiles, à commencer par le charbon, et de transférer ce soutien aux énergies renouvelables.

09122015-IMG_0411

(1) http://www.amisdelaterre.org/Nouveau-rapport-Charbon-le-crash.html

(2) http://www.amisdelaterre.org/Laureats-Pinocchio-2015.html

(3) http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/re_action_de_bnpp_laure_at_pinocchio_du_climat.pd

(4) http://www.amisdelaterre.org/Tata-Mundra-7-ans-de-controverses.html et http://www.amisdelaterre.org/53-organisations-demandent-a-BNP.html

(5) http://www.dotheparispledge.org/

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Après Paris, la manière israélienne n’est pas la réponse


Samah Jabr – 2 décembre 2015 – Middle East Monitor

Les secours apportent assistance aux blessés par balles et autres après les attentats de Paris (archives).

 

Quand je suis arrivée à Paris dans la soirée du vendredi 13 novembre, la personne qui m’accueillait a demandé à notre chauffeur de taxi de nous emmener chez elle, rue de la Fontaine-au-Roi ; le GPS du taxi affichait qu’une fusillade y avait lieu au même moment. Ce n’est que le lendemain matin que nous avons compris tous les détails de la tragédie. Peu après ce voyage à Paris, je me suis rendue à Bruxelles, pour y constater que l’alerte sécurité y avait atteint le « niveau quatre » et que le métro et les écoles avaient été fermésdans la crainte d’un attentat terroriste. Le but de ces deux voyages était de répondre positivement à des organisations de solidarité avec le peuple palestinien qui m’avaient invitée à venir dialoguer avec le public en Europe sur la vie en Palestine occupée.

J’éprouve un attachement pour la France, où autrefois j’ai habité et étudié, et où j’ai gardé des amis et des camarades. Je suis tourmentée par le massacre de ces innocents à Paris, tout comme je le suis par le massacre du Liban à Beyrouth le jour d’avant, les massacres à Bamako la semaine qui a suivi, et le récent massacre des manifestants pro-kurdes à Ankara et des touristes russes dans le Sinaï. L’angoisse pour moi est double : elle touche à la perte de la vie de l’ « autre », aussi bien qu’à l’atteinte grave au système de valeur de mon propre « moi » étendu.

Les attentats de Paris ont fourni une opportunité aux dirigeants israéliens et à leurs partisans, comme d’habitude, pour discréditer la résistance palestinienne à l’occupation militaire brutale d’Israël. Le Premier ministre a prétendu que ceux qui condamnaient les attentats de Paris sans condamner la violence contre les Israéliens étaient des « hypocrites et des aveugles. Derrière ces attentats terroristes se tient l’Islam radical, qui cherche à nous détruire, le même Islam radical qui a frappé à Paris et menace l’Europe tout entière ».Poussant à plus de pensée binaire, à une partition du « nous contre eux » et des « bons contre les méchants », il a ajouté, « Comme je le dis depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique militant agresse nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs ». Le ministre de la Défense d’Israël, Moshe Ya’alon, a déclaré dans une même veine : « Ce que nous avons, c’est l’Islam djihadiste qui appelle à la destruction de la culture occidentale ». Ce cliché est diffusé alors même que la plupart des victimes des groupes terroristes « islamiques » sont des musulmans, et que ces victimes sont souvent, tels les réfugiés palestiniens de Syrie, des adversaires d’Israël.

« Ils veulent nous tuer parce que nous sommes juifs », ainsi s’expriment les dirigeants israéliens face aux actes de la résistance palestinienne, dans un déni total du contexte de l’occupation. En France, un article de Véronique Mortaigne et Nathalie Guilbert, publié dansLe Monde deux jours après les attentats de Paris, a fait le lien entre l’attentat contre le Bataclan et les appels antérieurs par des groupes pro-palestiniens au boycott de ce théâtre parce qu’il avait organisé un gala au profit des soldats israéliens. Malgré une condamnation prompte des attentats de Paris par les groupes de résistance islamiques palestiniens, et malgré l’expression de leur solidarité avec leurs victimes, il a circulé, sur les médias sociaux en France, une photo datant de 2012 et montrant des Palestiniens célébrant la signature d’un accord de réconciliation, avec l’affirmation mensongère qu’ils étaient en train de célébrer les attentats dans la capitale française. Ce n’est que plus tard que cette imposture a été révélée. Il y a eu des allusions subtiles de journalistes israéliens que l’Europe méritait les attentats terroristes pour avoir adopté une politique d’étiquetage des produits précisément s’ils proviennent des colonies illégales israéliennes, et aussi des déclarations plus vigoureuses, comme celle du rabbin Dov Lior, « Les méchants de l’Europe imbibée de sang le méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans ». De telles opinions scandaleuses ont été moins fréquentes en Europe.

La vérité, c’est que l’ « État juif » a été créé grâce à une violence excessive et une agression contre les Palestiniens, peuple originaire de cette terre. Comme d’autres peuples autochtones dont la terre a été colonisée, dont les ressources ont été volées, et dont les familles et relations ont été tuées, les Palestiniens ont pu être capables d’utiliser la violence en représailles contre leurs oppresseurs, et pour les dissuader de plus d’oppression, tout en utilisant des campagnes non violentes et des canaux diplomatiques pour obtenir leur libération. Tout cela étant inclus totalement dans leurs droits issus de la législation internationale.

Les Palestiniens sont connus pour leur hospitalité envers les étrangers qui viennent en Palestine, pas pour les tuer. Dans des cas aussi rares que celui du meurtre du militant italien pro-Palestine Vittorio Arrigoni, par un groupe salafiste de Gaza, les auteurs ont été punis par la loi, et condamnés par tout l’éventail des partis politiques. À l’inverse, les meurtres d’une liste interminable de militants et journalistes étrangers par l’armée israélienne ont reçu leur justification (autodéfense), sans punition ni justice. Il est vrai que durant les années 1970, certains Palestiniens ont pris des Israéliens en otage, en des lieux extérieurs aux frontières de la Palestine historique, pour les échanger avec des prisonniers politiques – le plus spectaculaire étant à Munich – mais dont les responsables étaient des groupes de résistance laïcs, qui n’ont jamais utilisé la rhétorique islamique pour faire avancer leur idéologie. Les groupes palestiniens islamiques ont toujours limité leur lutte à la Palestine occupée, et pas au-delà. Ce sont les Israéliens qui se targuent que le Mossad (Institut pour les renseignements et les affaires spéciales) a tué des militants, des intellectuels palestiniens, des représentants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et d’autres groupes de résistance, en Europe comme dans des capitales arabes.

Il est ainsi plus justifié de comparer les tactiques de Daesh à celles des groupes terroristes qui sont derrière la fondation de l’État d’Israël, plutôt qu’à celles de la résistance palestinienne. Tant Daesh que l’ « État juif » se sont créés grâce à d’épouvantables massacres, entraînant une population de réfugiés dans leur sillage. Les deux font preuve d’ambitions expansionnistes. La stratégie de Daesh est d’attaquer l’Occident, avec l’objectif de provoquer plus de discrimination à l’encontre des musulmans d’Occident pour les sortir de la « zone grise » ; le Mossad d’Israël a été à l’origine d’attentats terroristes contre des juifs en Iraq, en Égypte et au Maroc, avec l’objectif de les faire venir en Israël. L’opération Sushana dans laquelle des espions israéliens ont programmé des attentats à la bombe contre des juifs égyptiens ; l’attentat intentionnel et soutenu par des avions et des vedettes lance-torpilles israéliens contre le USS Liberty, tuant 34 membres de l’équipage et en blessant 171 autres ; et différentes opérations sous faux pavillon à travers le monde, sont des exemples des crimes odieux perpétrés par les Israéliens pour lesquels les responsabilités ont été imputées ailleurs.

En plus de tirer un profit politique en reformulant l’occupation de la Palestine, en imposant une politique israélienne comme une « guerre contre le terrorisme » et en diffamant le caractère des Palestiniens, les présentant comme des terroristes inhumains, barbares, Israël se saisit aussi de l’opportunité actuelle pour colporter son appareil et sa politique de sécurité comme un « savoir-faire » testé sur le terrain contre les Palestiniens. Ce « savoir-faire » a été utilisé pour réprimer la liberté et la démocratie en Europe et pour exacerber une « guerre contre le terrorisme » dont les victimes comprennent déjà plus de 4000 civils. À un moment où Israël rabaisse l’âge de la responsabilité pénale pour les enfants palestiniens à 12 ans, les envoyant dans les centres d’interrogatoire et les soumettant à la torture, nous ne pouvons qu’espérer que l’Europe s’avancera vers une expansion de son système législatif démocratique et ses efforts pour les droits de l’homme, avec l’objectif d’aider les Palestiniens dans leur quête de justice sur leurs territoires actuellement occupés. C’est avec plus de démocratie, plus de solidarité et plus de politique en faveur des droits humains, et plus d’anti-impérialisme, qu’il sera mis fin au terrorisme, et non par la répression, la pensée binaire et l’exportation des « leçons » israéliennes vers l’Europe.

 1
Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem, elle se préoccupe du bien-être de sa communauté, allant bien au-delà des questions de maladie mentale. Elle écrit régulièrement sur la psychiatrie en Palestine occupée.

https://www.middleeastmonitor.com/articles/europe/22610-in-the-aftermath-of-paris-the-israeli-way-is-not-the-answer
Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous

Le terrorisme en Occident | C’est quoi le problème? avec Louis T


[youtube https://youtu.be/ZTzvYhioz-I?]
Ajoutée le 4 déc. 2015

«Tes chances de mourir du terrorisme sont de 1 sur 116 000 000. T’as 10 fois plus de chances de gagner le gros lot du 6/49. Et ça, tu sais très bien que ça n’arrivera pas, parce que c’est tout le temps en Ontario qu’ils le gagnent», ou quand Louis T explique que le problème avec les terroristes, c’est qu’ils ont gagné.

Mohamed Suleiman risque la prison à perpétuité pour jet de pierres


Immonde ! Où sont nos démocrates ? Où sont nos ONG ? Que fait l’UNICEF ?

Nous apprenons que Mohamed Suleiman, l’un des 5 enfants de Hares, emprisonné par Israël pour « jet de pierres » depuis plus de 2 ans, vient d’être condamné à 15 ans de prison et à 7000 euros d’amende qui, si elle n’est pas payée avant le 26 janvier, lui vaudra la prison à perpétuité.


Ce enfant a été raflé en mars 2013 par l’armée d’occupation à son domicile, le village de Hares, au sud de Naplouse, alors qu’il avait 13 ans, et que les soldats recherchaient les enfants qui auraient jeté des pierres sur une route où passent des colons.


Une vingtaine d’enfants ont été arrêtés, et après interrogatoires, tortures, et aveux sous la torture d’avoir jeté des pierres sur une route déserte, 5 ont finalement été détenus.

Israël a laissé Mohamed Suleiman croupir en prison pour qu’il atteigne l’âge de 15 ans, et comme l’accusation de jet de pierres ne tenait pas, un tribunal militaire vient de le condamner
à 15 ans de prison pour « 25 tentatives de meurtres » (sans rire, car ce n’est pas drôle !) et à 7000 euros d’amende, en indiquant que si cette somme n’était pas versée avant le 26 janvier prochain, c’est à perpétuité qu’il resterait en prison.

Sa famille, du village de Hares, constamment agressé par les colons, n’a pas les moyens de payer cette somme.

  • MAIS CONTACTEZ AUSSI L’UNICEF POUR DEMANDER QU’ILS INTERVIENNENT :

UNICEF France :

3, rue Duguay Trouin. 75282 Paris Cedex 06

Téléphone : 01 44 39 77 77 – Télécopie : 01 44 39 77 87

Carine SPINOSI – 01 44 39 17 49 –cspinosi@unicef.fr – responsable communication.

CAPJPO-EuroPalestine

« Faire la fête avec les réfugiés syriens, un bras d’honneur à Daesh »


OPINIONS  Une chronique de Schams El-Ghoneimi, Parisien bruxellois adopté et conseiller Moyen-Orient au Parlement européen.

En ces temps difficiles, quoi de plus important que cette petite histoire que je souhaite vous raconter, une histoire de réfugiés syriens nouvellement arrivés : nous les avons conviés à notre fête cette semaine à Bruxelles. Malgré le niveau 4 d’alerte terroriste, nous étions trente-cinq amis.

Basil, qui avait une petite grippe attrapée au camp de réfugiés de Lanaken où il vit actuellement, a chanté toute la nuit avec sa guitare. En dépit du fait qu’il soit distinguable par les qualificatifs de réfugié, de syrien et de musulman – cela en fait beaucoup pour certains -, j’ai découvert que je ne saurai jamais jouer ou chanter Charles Aznavour ou Jacques Brel aussi bien qu’il nous les interpréta. Il y a deux mois, il est arrivé en Europe après avoir quitté la Syrie, la Turquie, la Grèce puis, inarrêtable avec sa guitare qui l’a fait passer pour un touriste aux yeux des autorités, il a parcouru la Macédoine, la Serbie… Pour arriver ici. Professeur de flamenco pendant vingt-deux ans au centre culturel russe de Damas, Basil n’est malheureusement que bilingue arabo-russe : il prend des cours de néerlandais et souhaite apprendre le français, une langue qu’il trouve « belle et profonde » – oui, il nous a chanté « J’ai quitté mon pays » d’Enrico Macias mais il n’a jamais appris le français.

Mais la soirée n’aurait pas été assez folle sans d’autres dangereux réfugiés syriens, musulmans sunnites, alaouites et druzes, je le répète pour ceux qui en auraient peur. La voix d’Angela nous a impressionnés, nos compliments l’ont embarrassée. Journaliste de 27 ans, elle a pris un rafiot avec 150 personnes pendant dix jours l’année dernière, partant des côtes égyptiennes, pour tenter l’Europe au péril de sa vie – faute de visa. Perdus en mer dans des conditions extrêmes, c’est un tanker qui, croisant leur chemin, les a sauvés et amené en Italie. Elle et Najib se sont mariés à Damas en 2011 quand la révolution commença en Syrie, il y tournait des documentaires tandis qu’elle y couvrait la vie culturelle. Mais ils ont tous deux refusé de relayer la propagande du régime. Entre risquer leur vie ou fuir, ils ont préféré vivre.

Pas si facile, la vie de réfugiés. Il y a deux semaines ils m’avaient invité à déjeuner chez eux, à Asse où ils sont logés : excellent gratin de pâtes à la béchamel d’Angela – elle me précisa que d’habitude c’est son mari qui cuisine. Mais pas d’amis, pas d’argent pour sortir, débutants en néerlandais avec des cours chaque matin, Angela et Najib espèrent trouver un travail sur Bruxelles, comme journalistes… Ou autre. La plus grande différence entre eux et leurs voisins dans le village n’est pas la langue mais le fait qu’ils n’aient pas de travail, m’ont-ils dit.

Saddam, 34 ans, est le quatrième réfugié de notre « World Peace House Party » – oui, c’est le titre choisi – timide, il a passé toute la soirée assis sur un canapé à parler avec une charmante amie française, jonglant entre l’anglais et le français. Ingénieur électricien, il prend des cours intenses de français et de néerlandais à Bruxelles depuis qu’il est arrivé en Europe – sur le même rafiot qu’Angela. « Jeune cadre » dans le Golfe au début de la révolution syrienne, il fut expulsé de Dubaï après avoir manifesté contre les massacres d’Assad contre sa population. Pour lui, le plus dur était de se rendre compte en arrivant en Europe qu’il était devenu « un réfugié ». Un immense sentiment de tristesse, d’impuissance le traverse depuis, m’a-t-il confié. Déjà pourvu d’un bon anglais, Saddam sait qu’apprendre les langues du pays l’aidera à trouver un travail. Il est contre la violence, d’où qu’elle vienne, et rêve d’apporter sa pierre à la société qui l’a accepté, en Belgique.

Voilà ce que sont les réfugiés syriens dans leur immense majorité, et voilà la manière la plus appropriée de réagir aux attaques abominables de Paris, ma ville natale : continuons à faire la fête, même avec des réfugiés, surtout avec des réfugiés.

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