Ces experts qui exaspèrent


Baudouin Loos

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Ils sont sur tous les plateaux télé en temps de crise. Sur toutes les radios et toutes les chaînes (françaises) d’information en continu, mais pas seulement. Les Claude Moniquet, Mohamed Sifaoui, Roland Jacquard, Jean-Charles Brisard et compagnie cumulent: ils sont à la fois incontournables et… horripilants.

Le phénomène n’est pas neuf, mais il a pris une résonance toute particulière ces derniers mois lors des attentats de Charlie-Hebdo, de Paris et de Bruxelles: tout se passe en effet comme si les télévisions se mettaient en devoir, en ces cas d’urgence médiatique, d’inviter au pied levé une série d’«experts» choisis sur une liste plutôt courte, des hommes (l’apparition de femmes dans ces cénacles relève du miracle) censés apporter au grand public leur décodage du haut de leur éminent savoir qu’ils consentent à partager. Mais des problèmes se posent, le moindre n’étant pas que leur expertise, souvent autoproclamée, ne coule pas de source…

Le site français Acrimed.org, observatoire acéré des médias, a répertorié une série d’assertions proférées par ces experts sur les plateaux de radio ou de télévision à la suite des attentats de Paris puis de Bruxelles. Citons quelques perles. Comme Roland Jacquard, «président de l’Observatoire international du terrorisme», qui disait sur RTL que «c’était préparé à l’avance». Ou l’ex-colonel Pierre Servent qui, sur Europe1, affirmait que «Daesh, comme Al-Qaïda, auparavant, sait très bien jouer des opportunités».«8.500 autoradicalisés»…

Sur le site de Télérama, le blogueur maison Samuel Gontier s’en donnait à cœur joie au lendemain du funeste 22 mars bruxellois. Citant Roland Jacquard sur France 5, qui lâche que «les chiffres de la montée du radicalisme sont impressionnants: 8.500 personnes autoradicalisées», le chroniqueur commente, ironique: «Rien que le mot autoradicalisés est impressionnant». On se demande d’ailleurs d’où il sort cette donnée. Car, le propre d’un bon «expert», c’est d’asséner des affirmations avec un tel aplomb que nul n’oserait demander ses sources.

Entre autres incongruités, Gontier n’a pas non plus raté un certain Guillaume Bigot, auteur de l’immortel essai intitulé Les Sept Scénarios de l’apocalypse, invité sur I-Télé, pour exposer ses vastes connaissances sur la Belgique: «Dans ce pays, il y a deux ethnies, qui se regardent en chiens de faïence, les Français et les Flamands. Et les migrants musulmans sont regroupés complètement en eux-mêmes»…

«Le premier qui décroche a gagné»

Mais, au fond, comment les médias audiovisuels sélectionnent-ils leurs experts? Le magazine Télérama a consacré un gros dossier à la problématique. Un confrère de RTL y fait un aveu: «Dans l’urgence, la capacité des intervenants à meubler importe plus que leur expertise. Quand il se passe quelque chose, on appelle, on appelle, on appelle. Et c’est le premier qui décroche qui a gagné». Avec ce détail que tout le monde se dispute les mêmes experts, donc c’est souvent le dernier de la liste qui décroche.

La qualité de l’expertise se retrouve donc clairement mise en cause. Sur le sujet – très pointu – du terrorisme, le constat se révèle donc le plus souvent accablant. Le 25 mars, notre confrère David Thomson, de Radio France International, considéré comme l’un des rares vrais spécialistes francophones du djihad, expliquait sur le site desInrockuptibles pourquoi ces vrais faux experts pullulent sur les plateaux. «Quand une arrestation ou un attentat se produit, le passage en mode breaking news et live nécessite par définition des intervenants qui sont invités pour analyser, apporter des éléments de contexte et de compréhension mais qui, la plupart du temps, meublent en réalité le vide avec du vide. Les rédactions généralistes n’ont pas toujours les armes pour déceler le mouton noir, parfois elles savent qu’elles ouvrent leurs micros à des personnalités douteuses mais elles estiment ne pas avoir d’alternative. L’offre de spécialistes est limitée parce qu’il existe peu de personnes qui travaillent sérieusement, sur le long terme, de façon empirique, sur ce sujet très particulier.»

Les vrais experts existent donc, mais ils se comptent sur les doigts de la main. Citons avec Thomson, Jacques Raillane, Wassim Nasr ou Romain Caillet. Ce dernier, qui s’est converti à la religion musulmane, est décrié par certains qui le disent proche des djihadistes. Personne, en tout cas, ne conteste sa compétence s’agissant du sujet. Ces rares experts n’ont pas le don d’ubiquité et, du reste, refusent souvent de s’exprimer à chaud, quand, en l’absence d’infos, il s’agit surtout de meubler les interminables sessions télévisuelles en direct.

Comment reconnaître un vrai expert?

Mais qui sont donc ceux qui en revanche acceptent de participer aux plateaux TV à titre d’«experts»? Entre les «ex» de tel ou tel service secret, les «consultants en sécurité», les «directeurs» d’instituts inconnus mais à l’intitulé ronflant et les journalistes baroudeurs qui ont tout vécu et vont tout dire, comment séparer le bon grain de l’ivraie? David Perrotin, du site Buzzfeed, s’est amusé à décrire les qualités requises pour reconnaître un «vrai» expert antiterroriste. A partir des tweets envoyés par une série de «spécialistes», il énumère celui «qui veut que vous ne ratiez aucune de ses apparitions télé», celui «qui a des informations exclusives… qui sont parfois des intox», celui «qui l’avait bien dit avant les autres», celui «qui se félicite d’avoir été le premier à le dire», celui «qui balance des chiffres dont lui seul connaît les sources», etc.
Parmi les «usual guests» des télés françaises, il arrive qu’un cri de vérité retentisse. C’est ainsi qu’Acrimed relève dans le papier susmentionné la sortie étonnante de Mathieu Guidère (d’ailleurs pas le plus incompétent du lot). Sur Arte, il avait commencé son intervention le 22 mars par ces mots: «J’aimerais vraiment dire qu’il faut arrêter la médiatisation. D’ailleurs vous ne devriez pas nous inviter, moi je vous le dis sincèrement parce que c’est la logique, le terrorisme est médiatique, il n’existe que par cela. Or on est vraiment en train de le servir».

Dépasser son niveau de compétence…

Guidère est un cas: ce professeur de l’Université de Toulouse, islamologue compétent -il vient de sortir chez Gallimard le Retour du califat- se laisse pourtant présenter sur les plateaux télé comme spécialiste du terrorisme, ou de l’islam radical, ou encore spécialiste des mouvements radicaux… Parce qu’il faut bien relier ses titres à l’actualité qui justifie sa présence en direct. Car les radios et télévisions, dans l’urgence, ne se soucient guère du principe évident que chacun possède un niveau de compétence et que le dépasser nuit à la qualité des commentaires.

Le criminologue belge Dan Kaminski (de l’UCL) en atteste après un direct par téléphone sur France Info, le 22 mars, dans une lettre adressée au responsable de l’émission et postée sur son compte Facebook: «Votre collègue m’a posé la question à laquelle je vous avais pourtant précisé de pas vouloir répondre (les faits et leur explication). Tentant ensuite d’exprimer ce que je considérais comme relevant de mon expertise, j’ai été coupé sous prétexte que je choquais vos auditeurs». Edifiant.

Le constat est saumâtre. De vrais faux experts qui enfoncent des portes ouvertes mais recourent aussi au discours anxiogène tout en se montrant volontiers va-t-en-guerre… Mais que fait la police?

 

Portrait express 1 : Moniquet, premier de cordée

Les chiffres ne concernent que le baromètre thématique des JT entre 20 et 21 heures pour 2015 en France: avec le politologue Frédéric Encel, c’est Claude Moniquet qui occupe la tête du classement au nombre de passages sur antenne. En Belgique, c’est surtout la chaîne privée RTL qui recourt à ses services comme consultant sur les affaires de terrorisme. Selon Télérama, il a été sous contrat avec iTélé lors des attentats de Paris en novembre dernier.

L’homme, né en Belgique, cultive son look original: silhouette d’armoire à glace, crâne luisant, bouc poivre et sel affirmé. Presque une barbouze. Après avoir longtemps nié la chose, il admet – s’en vante même – depuis cinq ans avoir bossé pendant deux décennies, en même temps qu’il était journaliste, pour les services français de renseignement. Avant cela, on le prenait de toute façon déjà pour un espion. Pro-israélien aussi, comme il le disait au Soir en 2006, ajoutant que ses écrits le prouvaient.

Il dirige aussi un «institut», l’Isisc, qui fait de l’analyse, de la consultance et du lobbying. A ce titre, il a naguère participé au torpillage du seul organe de presse marocain libre de l’époque, Le Journal hebdomadaire, en gagnant un procès en diffamation à Casablanca devant une justice marocaine dont on connaît l’indépendance. L’hebdo avait imprudemment laissé entendre qu’un rapport de l’Esisc qui éreintait le mouvement sahraoui indépendantiste Polisario avait été commandité par l’Etat marocain…

Comme consultant, il sévit surtout à Bruxelles sur RTL-TVi en temps de crise, même si certaines télés françaises le trouvent aussi télégénique. A RTL, tout le monde n’est pas dupe, à commencer par les humoristes maison Leborgne et Lamy, qui voient en lui«l’expert en contre-terrorisme et fournisseur officiel de contre-avis sur tout et son contraire». Une petite pique méritée comme en atteste le petit montage cruel réalisé par la concurrence rtbfienne dans lequel on le voit se contredire sur Salah Abdessalam.

Portait express 2 : Sifaoui, chasseur d’islamistes

Parmi les «experts» appelés à la rescousse sur les plateaux de télévision français, Mohamed Sifaoui occupe une place à part. Car lui est d’origine arabe et musulmane.
Sifaoui squatte depuis des années certains studios de télé français, comme celui de l’émission «C dans l’air» chère à Yves Calvi, sur France 5, où on ne compte plus ses prestations. Dans son livre assassin Les Intellectuels faussaires, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, l’avait qualifié en 2011 de «pourfendeur utile de l’islamisme». L’intéressé met en tout cas un zèle exceptionnel à dénoncer les dérives de l’islam vers l’extrémisme.

Au lendemain des attentats de Bruxelles, Samuel Gontier, le blogueur de Télérama, avait ramassé quelques-unes de ses interventions pas piquées des vers. Qui montrent un «expert» au sang-froid très relatif: «Les islamistes sont des salopards qu’il faut annihiler, il faut l’assumer et ne pas laisser ce discours à l’extrême droite. Ça fait des années que je les dénonce, je ne pense pas que j’ai eu un jour un dérapage, contrôlé ou pas, ou une condamnation devant un tribunal pour un quelconque propos».

Peut-être. Mais Boniface démonte dans son livre le très douteux reportage qu’il avait signé et qui avait été diffusé par France 2 dans lequel il affirmait avoir infiltré une cellule d’Al-Qaïda. Et d’autres, comme David Perrotin, sur Buzzfeed, de noter une déclaration récente, toujours sur la même chaîne publique française, dans laquelle il s’en était pris à Latifa Ibn Ziaten, mère d’une victime du djihadiste Mohamed Merah, qui se consacre à la déradicalisation (elle a reçu la légion d’honneur et a été reçue en mars par le secrétaire d’Etat américain John Kerry): «Je suis assez étonné, avait dit Sifaoui, qu’on honore une femme qui a perdu son fils mais qui porte le voile (…). Ce n’est pas parce qu’une personne perd son fils qu’on va la sortir de ses fourneaux pour en faire une égérie de la laïcité». Même les amis de Sifaoui doivent avoir du mal à le défendre sur ce coup-là…

Vous pouvez mettre en favoris avec ce permalien.

A propos d’une certaine presse, propagandiste masquée du régime israélien


 

A Mohamed Ali qui, depuis 1974, soutenait le peuple Palestinien dans sa lutte contre les envahisseurs

Certains soirs, face au poste de télévision, on reste sans réaction devant le sourire compassé de gens « propres sur eux » qui, sans la moindre gêne, déversent une propagande sordide.
Alors, devant ce ramassis de contrevérités, de manipulations des faits, d’occultation de l’Histoire allant jusqu’au négationnisme, on a parfois envie de pleurer ou de hurler… mais le cri reste dans la gorge.

Au JT, ce soir-là, c’était un « reportage promotionnel » vantant la force technique et économique de l’appareil politique israélien, mettant l’accent sur la splendeur des buildings de Tel-Aviv, la quiétude de ses plages, le dynamisme de businessmen issus de l’armée, l’exceptionnelle sérénité de la population devant les menaces d’attentat… et autres qualités du régime.
D’emblée, le présentateur fixe le cadre : « La menace terroriste est constante en Europe. Comment cela se passe-t-il en Israël, ce pays confronté au terrorisme depuis plus de vingt ans (…) Mais ils ont appris à ne pas céder à la peur, à vivre avec la menace terroriste… »
Ce présentateur affirme donc clairement que Palestinien et Djihadiste ne sont que des prénoms, terroriste est le nom de famille!
… Et cinq cents mille citoyens du plat pays sont priés d’avaler cette ignominie.

Tout comme, dans les années quarante, quand les Allemands appelaient « terroristes » ceux qui osaient leur résister, les maîtres actuels de cette petite terre, et leurs partisans, ont aussi décidé qu’il n’y avait pas de Palestiniens, pas de résistants… seulement des terroristes.

Ces « communicants » – appellation plus conforme que celui, respectable, de journalistes – tiennent cependant à garder un vernis de moralité.
Quand vous interpellez le « grand reporter » responsable de ce genre de bidonnage médiatique, il vous répond « mon rôle est d’informer et non pas de militer », et, la main sur le cœur, il proclame qu’il a une approche objective du drame et « de l’empathie à l’égard des victimes ».
Mais à l’antenne, pas le moindre signe visible de cette soi-disant objectivité, ni de cette attitude humaniste… La déontologie ne s’use que si l’on s’en sert, n’est-ce pas.

Pendant les quelques quatre minutes que dure ensuite le « reportage », pas un Israélo/palestinien n’apparaîtra à l’image et, pour bien ancrer le terme dans la mémoire du spectateur, le mot « terroriste » sera martelé une vingtaine de fois.
Avec des trémolos dans la voix, le « grand reporter » citera les « trente-quatre personnes tuées depuis 2015″… passant sous silence que depuis cette même date, c’est par centaines que des Palestiniens ont été assassinés, sans compter les blessés (près de quinze mille selon diverses ONG internationales).
… Mais qu’importe les faits, seule la promotion du régime israélien compte pour ces groupies de Netanyahu.

Après la dernière agression contre les Gazaouis (2014), les maîtres de Tel-Aviv ont lancé une vaste opération de propagande en direction des USA et de l’Europe occidentale pour tenter de redorer la triste image d’Etat totalitaire que ses crimes avaient laissé dans l’opinion internationale.
Cette campagne de propagande, financée par un budget de plusieurs millions de dollars (!) fonctionne en ce moment à pleine puissance… et comporte, entre autres, des invitations de séjour, tous frais payés, à des télévisions sympathisantes de son idéologie.

Il faut se rendre à l’évidence, inutile d’encore tenter de dialoguer avec ces communicants, qui ont fait allégeance à ce régime d’extrême droite.
Inutile de les interpeller, gentiment ou de manière véhémente, inutile de vouloir faire appel à leur intelligence ou à leur conscience.
Inutile… ce sont des croyants!

Pourtant, ils sont informés ces gens des medias « mainstream », ils connaissent l’Histoire, ils savent que cet état d’Israël a été fondé sur le sang du peuple qui vivait sur cette terre.
Ils savent que rien n’a changé depuis 1936 (quatre-vingt ans!) quand les sbires de Ben Gourion plaçaient des bombes dans les trains et dans la foule des marchés palestiniens. L’objectif est toujours le même : conquérir cette terre et chasser les autochtones… et asservir ceux qui n’ont pas choisi l’exil.

Comme l’a révélé Ilan Pappe, historien israélien, l’armée israélienne a opéré, de 1947 à 48, un véritable nettoyage ethnique en tuant ou faisant fuir près de huit cents mille Palestiniens et en rasant systématiquement plus de cinq cents villages.

Ils savent aussi que ce régime bafoue journellement les droits des êtres humains, ne respecte pas les lois internationales, que son armée terrorise la population des territoires qu’elle occupe illégalement et qu’elle assassine délibérément ceux qui lui résistent.
Ils n’ignorent pas que la colonisation se développe journellement au point de rendre impraticable tout projet de « deux états pour deux peuples »… qui n’est plus qu’un discours pour la frime médiatique.
Ils savent aussi que le régime israélien a édicté quatre-vingt articles de loi discriminant 20% de ses habitants… des lois instituant des régimes d’apartheid dans de multiples secteurs (enseignement, culture, expression, circulation des personnes, économie… etc)
Ils savent tout cela, ces communicants… Alors?
Il faut se faire une raison : ils mènent une croisade et rien ne peut les atteindre.
Leur conviction est bétonnée : les Palestiniens ne sont que des Arabes… terroristes.

Alors, devant une émission de télévision dans laquelle les auteurs affichent sans fard leur collusion avec ce régime criminel, la nausée monte à la gorge… Et une question apparaît, une question inquiétante.
Et si, à l’instar des prêcheurs de Daesh, le discours fallacieux de ces communicants, diffusé à des centaines de milliers de concitoyens de mon pays, avait un objectif similaire… renforcer le régime israélien en amenant des jeunes européens à partir là-bas pour s’engager dans les troupes de Netanyahu et consort?
Invraisemblable?
A ce jour déjà, plusieurs milliers de jeunes occidentaux (dont environ 8.000 Français selon certaines sources) se sont enrôlés dans l’armée israélienne pour « buter de l’arabe »!
… Comme cet Elor Azria, sergent Franco-israélien, qui a froidement achevé un jeune Palestinien, il s’appelait Abed al-Fattah Yusri al-Sharif, d’une balle dans la tête alors qu’il gisait grièvement blessé et désarmé sur le tarmac de Hébron… « ce chien méritait de mourir pour avoir voulu blesser un de mes amis » a-t-il fièrement crié.
Cet assassin – comment le qualifier autrement? – a été porté en triomphe pour sa « bravoure »… avant de passer les fêtes de Pessah en famille.

Qui a entendu les protestations de ces communicants qui proclament avoir « de l’empathie pour les victimes », et quand ont-ils informé sur les « exécutions extra-judiciaires » qui se déroulent régulièrement aux infâmes check points ?
Quelle valeur donnent-ils à la vie d’un Palestinien?
En ce moment ils donnent priorité à un attentat meurtrier de deux jeunes Palestiniens dans un bistrot de Tel-Aviv et en profitent pour marteler une fois de plus cette stupidité ignoble « un antisioniste est un antisémite ».
Ils savent pourtant que les Palestiniens sont des sémites, contrairement à l’immense majorité des colonisateurs venus d’Europe… Et sont-ils conscients qu’ils traitent d’antisémites de grandes figures de la communauté juive, tels Albert Einstein, Hanna Arendt (Lire la lettre au « New-York Times du 2/12/1948), Shlomo Sand, Ilan Pappe… tant d’autres.

Est-ce vraiment délirant de penser que l’objectif de ces communicants est essentiellement de servir le régime de Netanyahu et Lieberman en tentant de radicaliser autant que possible le public de leur pays?
… Et le parallèle avec les prêches des fanatiques appelant au djihad, est-il vraiment absurde?

Rudi Barnet
(Juin 2016)

Comment la révolution syrienne a métamorphosé la palestinienne que je suis


Le peuple syrien connait son chemin - Palestinien-ne-s jusqu'à la liberté

Le peuple syrien connait son chemin – Palestinien-ne-s jusqu’à la liberté

Le monde tourne autour de la Palestine, c’est ce que je pensais jusqu’en 2011.La cause palestinienne, disais-je à l’époque, était le test décisif de l’engagement de toute personne pour la liberté et la justice. La Palestine était la seule et unique boussole qui devait guider toute révolution arabe. Qu’un régime soit bon ou mauvais, il devait d’abord et avant tout être jugé sur la base de sa position sur la cause palestinienne. Chaque événement devait en quelque sorte être vu à travers une lentille palestinienne. Les peuples arabes nous ont abandonnés, et nous avons inspiré le monde entier avec notre résistance.Oui, je me suis autoproclamée internationaliste. Je prétendais soutenir des idéaux universels et humanistes. Je jacassais sans cesse sur la nécessité de briser les frontières et de mener une révolution socialiste.Puis vint la Syrie, et mon hypocrisie et la fragilité de ces idéaux se sont trouvées exposées.

Quand j’ai entendu pour la première fois le peuple syrien à Daraa exiger le 18 mars 2011 une réforme du régime, tout ce que je pouvais penser, inconsciemment, était : « Si le scénario égyptien se produit en Syrie, ce serait une catastrophe pour la Palestine ».

Je n’ai pas pensé à celles et ceux qui ont été tué-e-s par le régime ce jour-là. Je n’ai pas pensé aux personnes arrêtées ou torturées.

Je n’ai pas pensé à la répression inévitable qu’exercerait le régime.

Je n’ai pas salué les protestations incroyablement courageuses à Daraa avec la même exaltation et le même zèle que j’ai ressentis lors des soulèvements en Tunisie, Egypte, Bahreïn, Yémen, et Libye.

Tout ce que je pouvais proposer était un soupir de suspicion et de peur.

« Assad est un tyran et son régime est pourri », me suis-je dit, « mais les résultats ultérieurs de sa chute pourraient être catastrophiques pour la Palestine et la résistance». Cet axe sacré de la résistance signifiait pour moi à l’époque beaucoup plus que les vies syriennes sacrifiées par ses défenseurs.

Je faisais partie de celles et ceux dont les cœurs battaient quand Hassan Nasrallah apparaissait à la télévision. Je mettais de côté des tas de vidéos YouTube de ses discours et pleurait à l’écoute des chants glorifiant la résistance et ses victoires.

Et tandis que je soutenais en principe les demandes des manifestant-e-s syrien-ne-s, je le faisais en réalité avec réticence, ce soutien était conditionnel. Ce n’était pas même de la solidarité, car c’était tellement égoïste et toujours centré autour de la Palestine.

J’ai retweeté une publication du blog d’un activiste égyptien appelant les Syrien-ne-s à sortir des drapeaux palestiniens, afin de « démystifier » la propagande du régime. Les populations syriennes sont descendues dans les rues pour défendre les mêmes idéaux universels que je prétendais soutenir, mais j’ai été incapable de voir leur lutte en dehors de mon étroit prisme palestinien. J’ai prétendu être internationaliste tout en privilégiant les préoccupations palestiniennes sur les victimes syriennes. J’ai sans vergogne participé aux Olympiades de la souffrance et j’ai été agacée que la douleur syrienne occupe plus de pages dans les journaux que la douleur palestinienne. J’étais trop crédule pour remarquer que les épreuves des Syrien-ne-s et des Palestinien-ne-s ne sont que des notes de bas de page et que les dernières nouvelles deviendraient en l’espace de quelques mois trop routinières, ternes et indignes de consommation.

Je prétendais rejeter toute forme d’oppression tout en attendant simultanément que le chef d’une milice sectaire dise quelque chose à propos de la Syrie et parle avec passion de la Palestine.

La révolution syrienne m’a mise à l’essai pour avoir trahi mes principes. Mais au lieu de me condamner, elle m’a donné une leçon pour ma vie: une leçon donnée avec grâce et dignité.

Elle a été délivrée avec amour, par les femmes et les hommes dansant et chantant dans les rues, contestant avec créativité la poigne de fer, refusant d’abandonner tout en étant poursuivi-e-s par les forces de sécurité, transformant les processions funéraires en marches exubérantes pour la liberté, inventant des moyens de contourner la censure du régime, parlant de macro-politique au milieu d’une indicible terreur, chantant l’unité malgré l’incitation sectaire, et scandant le nom de la Palestine dans de nombreuses manifestations et portant le drapeau palestinien sans avoir besoin qu’un blogueur égyptien superstar leur demande de le faire.

Cela a été un processus d’apprentissage graduel dans lequel je devais débattre avec mes propres préjugés à propos de ce à quoi devait « ressembler » une révolution, et comment nous devrions réagir à un mouvement contre un régime soi-disant pro-palestinien. J’ai désespérément essayé d’oublier le visage hideux sous le masque de résistance porté par le Hezbollah, mais la révolution a déchiré ce masque. Et il n’a pas été le seul masque déchiré, beaucoup ont suivi. Et maintenant, les vrais visages des combattants de la liberté et des soi-disant gauchistes de salon ont été exposés ; les voix syriennes longtemps étouffées ont émergé.

Comment peut-on ne pas être inspirée par un peuple qui redécouvre sa voix, transformant des chansons folkloriques et des chants de football en chants révolutionnaires ? Comment peut-on ne pas être prise au dépourvu par des manifestations chorégraphiées devant des chars ?

La géographie syrienne était beaucoup plus riche et diversifiée que celle promue par le régime, et le récit officiel s’est effondré à mesure que les Syrien-ne-s ont reconstruit depuis les marges leurs propres récits. L’arc-en-ciel syrien avait beaucoup plus de couleurs que celles permises par le régime. Et les Syrien-ne-s pouvaient faire entendre leur voix dans des endroits autres que les stades de football, en utilisant leur célèbre chant de la victoire sur les places publiques et les rues pour maudire Hafez al-Assad, le « chef éternel ».

Si le nom de Hafez al-Assad ne pouvait être que chuchoté de manière tremblante avant 2011, les gens ont enfin pu bruyamment le maudire lui et son fils, secouant les fondations de l’hégémonie à la fois physique et symbolique de cette dynastie.

Je ne pouvais pas rester neutre tandis que les Syrien-ne-s redéfinissaient le domaine des possibles et étendaient les limites du pouvoir du peuple, quoique brièvement, au cours de ces premiers mois d’espérance fatale.

Rester impartiale n’aurait-il pas été un acte de trahison envers tout ce que je prétendais défendre ? Comment pourrais-je lire la citation de Howard Zinn « Vous ne pouvez pas être neutre face à un train en mouvement » à celles et ceux qui restent inactif-ve-s devant le conflit en Palestine, alors que je faisais la même chose sur la Syrie ? La révolution syrienne a émietté la clôture sous mes pieds. J’ai redécouvert ma voix grâce aux mobilisations de masse dont j’ai été témoin en Syrie. J’écoutais des clips de manifestations syriennes, apprenais leurs chants, et les répétaient dans les manifestations palestiniennes. Penser à l’intrépidité des Syrien-ne-s rendait immédiatement ma voix plus forte et m’aidait à surmonter tout ce qui pouvait ressembler à de la peur.

Vous ne choisissez pas la nationalité dans laquelle vous êtes née, mais vous ne devez pas être liée par ses chaînes.

Mon identité syrienne, mon sentiment d’appartenance à la révolution syrienne, ne m’ont pas été forcés. J’ai choisi de les adopter. Je n’ai jamais mis les pieds en Syrie. Ce n’est pas avant 2013 que ma première rencontre en face à face avec un Syrien eut lieu sur les hauteurs du Golan occupé dans sa chair. Mon principal moyen de me connecter aux Syrien-ne-s était et reste les médias sociaux et Skype. Pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir syrienne et de m’identifier complètement à leur lutte.

Jusqu’en 2011, mon discours sur la nécessité de briser les frontières et sur la solidarité internationaliste n’était qu’une phrase d’accroche, de la simple rhétorique. Grâce à l’insurrection syrienne, j’ai enfin compris ce qu’est vraiment la solidarité.

J’ai toujours attendu des gens qu’ils soutiennent la cause palestinienne sans imposer de conditions, sans faire la leçon, sermonner ou dicter la conduite que nous devions suivre. Lorsque le soulèvement syrien a éclaté, j’ai agi exactement comme ces prêcheurs de salon qui exigeant une révolution de jasmin des Palestinien-ne-s, nous demandant en permanence ou sont les nouveaux Gandhi ou Martin Luther King. Mais à mesure que la révolution a continué, j’ai enfin pu comprendre par le bas le vrai sens de la solidarité, une solidarité inconditionnelle bien qu’elle soit aussi critique. J’ai vu comment des gens comme le martyr Omar Aziz ont appliqué l’auto-gouvernance horizontale dans certains des quartiers les plus conservateurs et traditionnels, et j’ai appris de son modèle.

J’ai appris le sens de la solidarité communautaire et de la solidarité palestino-syrienne des résidents palestiniens du camp de réfugié-e-s de Daraa : elles et ils ont risqué leur vie pour faire passer du pain et des médicaments et briser le siège de la ville haute de Daraa. Ce n’était pas seulement un acte humanitaire; c’était une déclaration politique et le début de la formation d’une identité, celle de la révolutionnaire palestino-syrienne.

Khaled Bakrawi, un réfugié palestinien de Yarmouk, et Zaradasht Wanly, un jeune syrien de Damas, ont tous deux été blessés par les forces d’occupation israéliennes lors du « retour des marches » sur les hauteurs du Golan en 2011. Aussi bien Khaled que Zaradasht ont été tués par le régime syrien: le premier sous la torture, l’autre a été abattu lors d’une manifestation pacifique.

Les Syrien-ne-s ont défilé en solidarité avec Gaza au milieu des décombres de leurs maisons détruites par les frappes aériennes du régime syrien. La Jeunesse révolutionnaire syrienne a posé des affiches contre le nettoyage ethnique des Palestinien-ne-s dans le Naqab alors que la plupart des membres du groupe étaient en cavale, en prison, en exil, ou sous terre.

Telle est la solidarité des opprimé-e-s que les Syrien-ne-s ont détourné de la rhétorique à la pratique. Comment peut-on ne pas admirer cela ?

Si la deuxième Intifada en octobre 2000 a façonné la conscience politique et l’identité nationale d’une fille de 11 ans qui venait de quitter son petit village pour s’installer en ville, la première vague de la révolution syrienne en mars 2011 a redonné naissance à une femme et rendu ses pas plus confiants à Jérusalem. Jérusalem, ma ville, celle que je choisi d’appeler mon foyer, ne pouvait en aucun cas être libérée par les oppresseurs de mon peuple, des Syrien-ne-s. L’esprit de Jérusalem ne peut pas être détourné par ceux qui bombardent un hôpital portant son nom.

Loin de me battre pour concilier mes couches d’identité palestinienne et syrienne, le soulèvement syrien m’a rendue encore plus engagée dans la lutte pour la libération de la Palestine : la libération de la terre de l’occupant et la libération de la cause des dictateurs et des opportunistes.

Et tandis que je me suis séparée des gens que je considérais autrefois comme camarades en raison de leur soutien au régime syrien, j’ai aussi noué de nouvelles amitiés qui ont imprégné mon monde avec chaleur et force.

Je dois beaucoup à la révolution syrienne, qui m’a recréée. Je n’ai pas le statut, l’ambition ou la volonté de parler au nom de qui que ce soit, et encore moins au nom du peuple palestinien, mais je dois personnellement des excuses au peuple syrien. Je n’aurais jamais du hésiter à soutenir sa juste cause. Je n’aurais jamais du privilégier des préoccupations géopolitiques sur des vies syriennes, et je n’aurais jamais du être si naïvement trompée par la propagande de l’axe de résistance.

Je dois des excuses à un peuple qui, pendant des décennies, a été foulé aux pieds, réduit au silence et humilié au nom de ma propre cause ; à un peuple dont la seule rencontre avec la « Palestine » s’est faite dans un cachot de la prison portant ce nom ; à un peuple qui a été blâmé et moqué pour avoir été si docile, et qui a été abandonné quand il s’est soulevé.

Je dois des excuses à un peuple qui est blâmé pour un carnage commis contre lui, comme nous l’avons été, et qui a été trahi par une opposition faisant semblant de le représenter, comme nous l’avons été aussi. Je dois des excuses à un peuple qu’on appelle cyniquement à apporter une alternative au régime Assad et aux islamistes, alors que des bombes et des missiles lui tombent sur la tête. Ces mêmes personnes qui demandent « Où est l’alternative ? » ignorent que les Syrien-ne-s qui étaient prêt-e-s à offrir une perspective progressiste ont été soit emprisonné-e-s, tué-e-s ou déplacé-e-s par le régime.

On pourrait penser que les Palestinien-ne-s mesurent le cynisme qui se cache derrière la question des alternatives et qu’elles et ils ne devraient pas poser une telle question à un autre peuple opprimé luttant pour tout construire à partir de zéro.

Pourtant, malgré les contradictions, Palestinien-ne-s et Syrien-ne-s partagent la même aspiration à la liberté, le même désir ardent de vivre dans la dignité et le rêve de marcher dans les rues de la Vieille ville de Damas et de la Vieille ville de Jérusalem.

La route que nous devons traverser pour y arriver, cependant, n’est pas celle du régime et du Hezbollah, saturée de cadavres syriens, mais une route pavée avec les mains des combattants de la liberté palestiniens et syriens : par des gens qui savent que leur liberté est toujours incomplète sans la liberté de leurs frères et de leurs sœurs.