Gilad Atzmon parle de son livre « The Wandering Who ? »


vendredi 14 octobre 2011 – 21h:12

Gilad Atzmon – Silvia Cattori


(JPG) Gilad Atzmon parvient à s’exprimer de manière originale, et à mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous, dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C’est avec grand intérêt que nous avons lu son dernier livre The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity (*) [« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que chacun devrait lire.
Silvia Cattori : The Wandering Who ? [« L’errance de qui ? »] – Que recouvre ce titre provocateur ?

Gilad Atzmon : Mon livre The Wandering Who ? s’efforce d’atteindre à une compréhension plus profonde de la culture juive et de la politique identitaire juive. Il cherche à aborder certaines questions que la plupart d’entre nous préfèrent éviter. Il y a trois ans, l’historien israélien Shlomo Sand publiait son ouvrage révolutionnaire démantelant le récit fantasmatique de l’histoire juive.

Dans mon livre, j’essaye de pousser la recherche de Sand un pas plus loin ; d’examiner la très problématique attitude juive envers l’histoire, le passé, et la temporalité en général. Il y a cinq ans, les universitaires états-uniens Mearsheimer et Walt ont publié une très précieuse étude sur le lobby israélien aux États-Unis (1). Là aussi, je m’efforce de reprendre leur recherche au point où ils se sont arrêtés. J’essaye d’expliquer pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives.

Il y a deux décennies qu’Israel Shahak a publié son étude d’une importance cruciale sur le Talmud et, dans mon ouvrage, je cherche à la prolonger et à saisir l’attitude profondément raciste et anti-goy (2) qui est intrinsèque à toute forme de politique identitaire juive laïque, qu’il s’agisse du sionisme, du socialisme juif, et même de l’antisionisme juif. Dans The Wandering Who ? j’essaye de passer au crible toutes les perceptions reçues concernant la politique identitaire juive.

Silvia Cattori : The Wandering Who ? est un témoignage très impressionnant. Il ne pourra pas être ignoré, y compris de vos adversaires. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu’avant vous, personne n’a explicité certains aspects critiques de la question israélo-palestinienne de manière aussi franche. Votre analyse est importante pour quiconque cherche à comprendre ce que certains s’attachent à cacher, et pourquoi. Et elle devrait conduire les gens qui ont été délibérément maintenus dans le noir et la confusion, à y voir plus clair. Cela inclut bien évidemment les milieux « progressistes ».

Gilad Atzmon : Merci pour votre soutien et vos compliments.

Silvia Cattori : Cependant, vous marchez sur un terrain miné. On se demande du reste si vous n’exposez pas vos idées et vos points de vue avec une telle force, parce que, en tant qu’ex-Israélien, vous éprouvez de la honte ?

Gilad Atzmon : C’est une bonne question. Je suppose qu’à un certain moment, dans le passé, il est exact de dire que j’ai commencé à ressentir de la honte et de la culpabilité. Cependant j’ai réalisé, il y a déjà plusieurs années, que la culpabilité ne devient un sentiment qui a un sens qu’à partir du moment où il se transforme en responsabilité. Contrairement à certains juifs antisionistes qui déclarent joyeusement et vertueusement « pas en mon nom », je sais très bien que chaque crime israélien est en effet commis en mon nom, en dépit du fait que je ne vis plus là-bas depuis de nombreuses années. J’en suis très troublé.

Silvia Cattori : Est-ce à dire que l’écriture de The Wandering Who ? a été pour vous une manière de régler un contentieux personnel avec la « tribu » ?

Gilad Atzmon : Pour être plus précis, ce n’est pas tellement « la tribu » que je critique, mais le sentiment racialement orienté du « tribalisme » qui est au cœur de toute forme de politique identitaire juive.

Silvia Cattori : Cette formidable remise à plat n’est-t-elle pas motivée par le désir d’encourager l’humanité à résister à ce que vous considérez être le réel danger, à savoir l’idéologie juive ?

Gilad Atzmon : Je suis en effet principalement préoccupé par l’idéologie. Je soutiens aussi que ce ne sont pas seulement les Palestiniens qui sont concernés. Je suis très alarmé par le lobbying juif acharné et sa puissance globale de déstabilisation. Le fait que l’AJC (American Jewish Committee) prône la guerre contre l’Iran est très inquiétant. Mais je surveille également de près l’activisme juif de gauche ; et je suis très troublé par ce que je découvre.

Silvia Cattori : Ce livre est-il aussi une tentative d’expliquer à vos lecteurs pourquoi il est si difficile de lutter contre la politique israélienne ?

Gilad Atzmon : Lutter contre Israël pour ce qu’il est – c’est-à-dire l’État juif – signifie tout simplement un conflit ouvert avec le plus grand pouvoir de lobbying existant au monde. D’une part on se confronte à des institutions sionistes puissamment financées. Et d’autre part on est pris en chasse par le réseau juif soi-disant « progressiste » qui est en fait principalement engagé à contrôler le discours. Il faut comprendre que, contrairement aux sionistes qui agissent ouvertement, les juifs antisionistes travaillent aux mêmes buts mais de façon clandestine.

Silvia Cattori : Vous dites qu’il convient de mettre au centre du problème le « pouvoir juif ». Et qu’en même temps il convient de s’opposer au discours de certains « antisionistes », que vous considérez comme trompeur. Quand vous écrivez : «  Le sionisme n’est pas un mouvement colonial ayant un intérêt dans la Palestine, comme le suggèrent certains chercheurs. Le sionisme est en fait un mouvement mondial qui est alimenté par la solidarité tribale unique d’une tierce partie…  », vous mettez en question ceux qui caractérisent Israël comme un simple fait « colonial ». C’est en effet un point crucial. En quoi serait-il si difficile d’affirmer que ce n’est pas simplement du colonialisme ?

Gilad Atzmon : En effet, je suis troublé par le manque d’intégrité intellectuelle et de cohérence dans le débat et au-delà. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que des années d’hégémonie juive (intellectuelle) au sein du discours de la solidarité avec la Palestine a conduit à une situation absurde dans laquelle la critique de l’État juif est principalement façonnée par des sensibilités juives.

Essayez, par exemple, d’imaginer une situation dans laquelle notre critique du capitalisme serait formulée délibérément d’une manière excessivement prudente – juste pour s’assurer que les riches ne soient pas offensés. De même, essayez d’imaginer une autre situation tout aussi absurde, dans laquelle notre critique de l’idéologie nazie aurait à prendre en compte les sensibilités des tenants du déterminisme biologique et des antisémites. Il semble tout aussi absurde que nous nous trouvions dans une situation où nous devons prendre garde soigneusement à ce que nous disons au sujet des droits palestiniens- de manière à ne pas offenser les juifs.

Et, oui, je le dis ouvertement. Le sionisme n’est pas un mouvement colonial et n’en a jamais été un. Le colonialisme établit une relation claire entre une mère-patrie et un État colonial ; alors que le sionisme n’a jamais eu une mère-patrie. Il est vrai qu’Israël présente quelques symptômes coloniaux, mais il se limite à ça. Le sionisme est entraîné par l’esprit de la suprématie juive et une notion fantasmatique de « retour chez soi ».

Le trompeur paradigme colonial a été introduit par quelques penseurs « progressistes » juste pour s’assurer que Marx n’est pas laissé en-dehors du discours. À tout le moins intellectuellement, ce que nous voyons là est seulement amusant.

Cependant, il est important de mentionner ici que le seul aspect véritablement colonial dans la réalité sioniste est la relation entre l’État israélien et les colonies : là, les échanges indiquent clairement qui est la « mère-patrie » et qui est le « colon ».

Silvia Cattori : Je voudrais comprendre pourquoi des défenseurs des droits des Palestiniens, devraient s’abstenir de désigner Israël pour ce qu’il est véritablement ? Quelle est selon vous la véritable raison de leur refus de traiter du « pouvoir juif » et de son impact politique désastreux ?

Gilad Atzmon : Je pense que, quand il s’agit d’Israël et du « pouvoir juif », tout humaniste – moi y compris – a un conflit à gérer. Je le formulerais ainsi : « Comment puis-je dire la vérité sur Israël, le lobby, et le sionisme, tout en maintenant ma position en tant qu’humaniste ? » Il m’a fallu de très nombreuses années pour apprendre à faire la différence entre le grain et la paille. J’ai appris à distinguer entre les juifs (les gens), le judaïsme (la religion) et la judéité (l’idéologie). Cette différenciation n’est pas exempte de problèmes, parce que, comme nous le savons, la plupart des juifs eux-mêmes ne savent pas où ils se situent dans ces trois registres. La plupart des juifs ne savent pas où le judaïsme finit et où la judéité commence.

De même, la plupart des juifs antisionistes ne parviennent pas à admettre qu’ils fonctionnent en fait dans des cellules politiques exclusivement juives. Nous avons affaire, en effet, à une identité politique très particulière. Elle est racialement orientée et profondément raciste. Elle est suprématiste, mais imprégnée de victimisation. Cette identité véhicule une image universelle mais, en réalité, elle est nourrie par des intérêts tribaux.

Toutefois, dans mes écrits, je me limite à des questions concernant l’idéologie (judéité). J’essaye de saisir le sens unique de « peuple élu » et d’observer comment il entre en jeu dans la politique, la culture et la pratique. Il est évident que, pour le moment, il n’y a pas d’outils intellectuels pour limiter la critique de l’idéologie. Et cela signifie vraiment que mes détracteurs se trouvent dans une situation désespérée. Ils n’ont pas les moyens intellectuels pour me réduire au silence, moi ou ma critique, alors ils se rabattent sur des campagnes de diffamation : ils me qualifient d’« antisémite », de « néo-nazi », de « raciste » etc. Assez tragiquement pour eux, personne en-dehors du circuit politique juif ne prend plus au sérieux aucune de ces accusations gratuites.

Je voudrais aussi signaler que la notion de « pouvoir juif » pourrait prêter à confusion ou induire en erreur : elle doit être précisée. Quand je parle de pouvoir juif, je me réfère strictement à la capacité des groupes d’intérêt juifs à exercer une pression politique. Et il est très important de comprendre ici, et je dois le souligner, que le pouvoir juif n’est pas du tout une conspiration. Il est affirmé – très ouvertement – au travers d’organisations mises en place pour exercer une pression et servir les intérêts juifs. Parmi ces groupes, on peut mentionner l’AIPAC (3), l’AJC (4), le CFI (5), le LFI (6), etc. Les sionistes sont fiers de leurs pouvoirs de lobbying et en parlent ouvertement. Ils s’en vantent – ils se réjouissent de voir les membres du Congrès des États-Unis se mettre docilement debout pour ovationner le Premier Ministre Netanyahou.

Silvia Cattori : Il est facile de vous suivre sur ce point et d’être d’accord avec vous quand vous dites qu’Israël et le sionisme représentent un projet unique dans l’histoire (7) et que la relation entre Israël et le lobby juif est également unique. Mais, comme vous l’expliquez fort bien, quand vous et d’autres suggérez que c’est le « pouvoir juif » qui doit être affronté, la « gauche juive », « l’intelligentsia juive », les associations juives pour la paix, vont se dresser pour vous stopper. Est-ce à dire que ces groupes font, eux aussi, clairement partie de ce que vous appelez le « pouvoir juif » ?

Gilad Atzmon : Absolument ! Ou, au moins, elles font partie du problème. Dans mon livre, j’explique très clairement qu’il y a une continuité idéologique complète entre le sionisme et le soi-disant « anti »-sionisme ou la gauche juive en général.

Je fais une distinction entre l’ « antisionisme juif » qui est le plus souvent motivé par le tribalisme juif et se préoccupe principalement des juifs, et « les antisionistes qui se trouvent être juifs ». Ces derniers représentent une catégorie complètement innocente. Inutile de dire que beaucoup de mes partisans se trouvent appartenir à ce dernier groupe.

L’antisionisme juif est là pour donner une apparence de pluralisme au discours de la diaspora juive. Pour quelque raison vous verrez vingt juifs antisionistes venir perturber un concert philarmonique juif, mais vous ne verrez pas ces mêmes activistes venir soutenir un concert palestinien une semaine plus tard. En résumé, leur antisionisme n’est guère plus qu’une affaire interne juive.

Silvia Cattori : Cette question du lobbying est absente du livre Gaza en crise de Chomsky et Pappé (8). Est-ce une surprise pour vous ?

Gilad Atzmon : Pas vraiment. Comme nous le savons, Chomsky s’est montré très critique à l’égard de l’étude de Mearsheimer et Walt sur le lobby juif (9) Je ne connais pas le point de vue de Pappé sur la question. Autant que je sache, il s’abstient de tout commentaire sur le lobby. Je pense que l’on ne peut pas s’attendre à ce que chacun fasse tout le temps des commentaires sur tous les sujets.

Silvia Cattori : Compte tenu de son influence et de sa capacité à orienter les positions du mouvement de solidarité avec les Palestiniens, cette « gauche juive » doit représenter un casse-tête pour une personne comme vous.

Gilad Atzmon : Je ne dirais pas que c’est un grand casse-tête. C’est une chose légèrement bruyante à l’arrière-plan ; c’est comme d’avoir une mouche dans la salle. C’est une nuisance, mais qui ne va pas vous tuer. Cependant, il y a deux manières de la traiter : l’écraser avec un vieux numéro du Guardian, ou ouvrir la fenêtre pour la laisser partir. Je préfère la seconde option. Elle est certainement bien plus humaniste. Il devient de plus en plus évident que ces éléments au sein de la gauche, dominés par l’idéologie juive, se sont rendus eux-mêmes non pertinents dans ce conflit et dans le discours.

La gauche, qui a échoué à saisir l’impact anti-impérialiste de l’Islam, est de toute évidence complètement coupée des affaires actuelles du monde. Ce n’est pas un secret que la gauche juive s’est opposée au Hamas, et s’y oppose toujours. Ce n’est pas un secret que la gauche occidentale est dans la confusion au sujet de l’Islam. La gauche anglo-américaine est aux prises avec une crise d’identité et d’autres formes de lutte pour la justice sociale. Pour ma part, je suis très attiré par l’attitude espagnole et latino-américaine envers la Palestine et l’Islam.

Silvia Cattori : Quand vous évoquez le « pouvoir juif », vous touchez un nerf très sensible. N’êtes-vous pas préoccupé par le fait que cela peut faire venir à l’esprit la question des «  Protocoles des sages de Sion  » ? Ne jouez-vous pas avec le feu ?

Gilad Atzmon : Pour commencer, il est évidemment clair que je navigue au plus près du vent. Toutefois, vu l’état instable de notre monde, quelqu’un doit le faire, et il se trouve que c’est moi. En fait, au fil des années, j’ai beaucoup écrit sur les « Protocoles des sages de Sion », et j’ai maintes fois soutenu que les questions relatives à l’authenticité des Protocoles sont, en réalité, complètement hors de propos : le triste panorama que nous dévoile l’AIPAC, ou Haim Saban, – qui se proposent ouvertement de transformer la politique états-unienne par l’intermédiaire du lobbying, des donations et du contrôle des médias – parle de lui-même. Sans parler de Lord Levy qui est le collecteur de fonds numéro un du parti travailliste britannique, au moment où le pays lance une guerre illégale contre un État arabe !

Il est parfaitement clair qu’il n’y a pas ici de complot, et qu’il n’y en a jamais eu : les lobbies juifs agissent – ouvertement – pour promouvoir ce qu’ils croient être les intérêts juifs. L’explication de tout cela est très simple : les sionistes et les Israéliens se sont rendus compte, il y a déjà de nombreuses années, qu’il est beaucoup moins coûteux d’acheter un politicien occidental que d’acheter un tank.

Silvia Cattori : Un chapitre de votre livre est consacré au statut de l’Holocauste. Pouvez-vous développer ?

Gilad Atzmon : Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le maintien au premier plan de l’Holocauste sert à maintenir la primauté de la souffrance juive au centre de tout débat politique. Avec ce lourd nuage au-dessus de notre tête, nous n’allons pas être en mesure de répondre correctement (éthiquement) aux crimes commis par Israël au nom du peuple juif. Par conséquent, je crois vraiment que l’Holocauste doit être dépouillé de son statut religieux ou, de façon générale, de sa primauté. Il doit être discuté ouvertement et traité comme un chapitre historique. Je pense que cela arrivera bientôt et je suis très fier d’être parmi ceux qui poussent dans cette direction.

Et, une fois encore, mes principaux détracteurs sur ce front là ne sont pas les sionistes, mais en réalité les soi-disant juifs « anti »-sionistes. Cette semaine, nous organisons une conférence à Freiburg, en Allemagne, au cours de laquelle nous nous proposons de discuter la question de la liberté d’expression concernant l’Allemagne, Israël et la Palestine. Comme on pouvait s’y attendre, les juifs « anti »-sionistes on mené une vaine bataille pour saboter la conférence : ils ont fait pression sur les orateurs et les organisateurs.

Silvia Cattori : Peut-on connaître leurs noms ?

Gilad Atzmon : Parmi ces détracteurs on trouve l’« anti »-sioniste américain Jeff Halper (qui habite en Palestine occupée et s’oppose également à la démolition de maisons) ; Sarah Kershnar ; Mich Levy du Réseau juif antisioniste ; (réseau qui cherche désespérément à me stopper) ; Naomi Idrissi Wimborne (elle exploite ouvertement la pression montante de la campagne Boycott Disvestissement, Sanctions, en cherchant à démanteler la liberté d’expression) ; le (peu actif) journaliste israélien Shraga Elam (10) ; l’infâme et très actif Tony Greenstein ; et d’autres.

Ils ont tous opéré exactement comme on pouvait s’y attendre : ils ont sali, diffamé, étiqueté, ils ont fait pression, mais ils ont été complètement ignorés. Chose intéressante, les sionistes, eux, ont agi avec plus de dignité, en lançant une contre-conférence, le même jour, à Fribourg. Chose également intéressante, un des fondateurs de l’International Solidarity Movement m’a dit qu’il préférait de beaucoup se battre contre un soldat israélien à un barrage routier que de se battre contre nos détracteurs juifs « anti »-sionistes. Je n’aurais pas pu être plus d’accord.

C’est une vraie honte : ces gens auraient pu apporter une grande contribution au débat au lieu de se réduire à un cliché d’activisme tribal. Inutile de dire que nous avons ouvertement invité tous nos détracteurs à venir à notre conférence et à y exposer leur opposition à la liberté d’expression. Mais, comme vous pouvez l’imaginer, ils se sont bien gardés de répondre positivement.

Silvia Cattori : Le sionisme est souvent présenté, même à gauche, comme étant à l’origine une bonne chose. Du reste certains sionistes, comme Uri Avnery, sont considérés également par les progressistes comme une bonne référence. Vous soutenez que le sionisme, présenté à l’origine comme un projet laïc, n’avait rien de plaisant…

Gilad Atzmon : Au début, le sionisme n’était pas du tout un mouvement monolithique ; il avait plus d’un visage et d’une voix. Nous connaissons tous la dispute entre le sionisme de gauche et les révisionnistes, mais il y a quelques autres variantes du sionisme qui ont disparu au fil des années. Cependant, il est difficile d’interpréter l’action israélienne dans le cadre d’un modèle sioniste parce qu’Israël n’est plus guidé par le sionisme. Si le sionisme a été créé pour résoudre la question juive, Israël a introduit une série de nouvelles questions qui ont trait à l’identité juive, au tribalisme, à la suprématie, etc.

De plus en plus, dans mes écrits, je fais une distinction entre Israël et le sionisme. Le sionisme ne signifie plus grand chose pour les Israéliens. Le sionisme s’est largement réduit à un discours de la diaspora juive. Le sionisme n’est là que pour faire une distinction entre la grande majorité des juifs dans le monde et une demi-douzaine de juifs laïcs qui se présentent comme « anti »-sionistes.

Vous avez mentionné Uri Avnery. Je me rends compte que certaines personnes dans ce mouvement sont critiques à l’égard d’Avnery qu’ils considèrent comme un sioniste. En fait, j’ai beaucoup de respect pour l’homme ; je pense qu’il est un écrivain incroyable et prolifique. Nous devons apprécier où il vit et ce qu’il essaye de faire. Je ne suis évidemment pas d’accord avec Avnery sur certaines questions mais je n’ai aucun doute qu’il se prêterait à un débat ouvert avec moi et d’autres, et c’est une qualité qui manque vraiment dans notre débat.

Silvia Cattori : La gauche israélienne et la plupart des voix juives dissidentes soutiennent clairement le « droit d’Israël à exister ». Et vous ?

Gilad Atzmon : Je ne suis pas en position de déterminer qui a, et qui n’a pas le droit d’exister. Mais je suis qualifié pour prétendre qu’on ne devrait pas célébrer sa propre existence au détriment de celle des autres. Je trouve qu’il est difficile de traiter avec la gauche israélienne, mais ne vous méprenez pas ; il y a certains éléments au sein de la dissidence israélienne qui ont un courage au-delà de toute expression. Ces gens prennent un risque personnel très réel en soutenant la justice. J’ai beaucoup de respect pour leur action.

Silvia Cattori : On se demande en lisant The Wandering Who ? si ce n’est-ce pas un comportement un peu judéo-centrique d’attacher autant d’attention à l’identité juive ?

Gilad Atzmon : Je le reconnais ; j’ai passé beaucoup de temps à traiter de ces questions. Parvenu à la trentaine, j’ai commencé à comprendre que j’étais profondément impliqué dans un crime à grande échelle. J’ai quitté Israël parce que je voulais croire que ce serait suffisant pour me libérer, et pour débarrasser les Palestiniens de ma présence.

Mais ensuite j’ai rapidement pris conscience de ce que sont le lobby sioniste et les opérations du sionisme à l’échelle mondiale. Et puis il ne m’a pas fallu longtemps pour commencer à saisir la nature trompeuse de certains éléments au sein du réseau juif de gauche. Je n’ai jamais été impliqué dans aucune activité politique. Je n’ai jamais été membre d’un parti ; mais cette question de la politique juive m’a intrigué, à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan éthique. J’ai commencé à lire à ce sujet. J’ai commence à suivre leur activité. Et, à un certain moment, j’ai commencé à écrire sur ce sujet. Je me suis fait très vite quelques ennemis qui, en fait, m’ont fourni une compréhension plus profonde du discours politique juif. Et nous y voilà : j’ai écrit The Wandering Who ? Ce sont mes réflexions sur la politique identitaire juive.

Silvia Cattori : En vous lisant attentivement on en vient parfois à se demander si vous évitez de parler de la religion juive juste pour « protéger » la religion en général ?

Gilad Atzmon : En effet, c’est une observation très subtile. Je ne suis pas un gauchiste, et je suis loin d’être un athée. Je suis un musicien, et je suppose que cela fait de moi une personne religieuse, ou au moins une personne ouverte au spirituel. Quand je joue, je ne sais vraiment pas d’où viennent les notes. Pour moi, la beauté est divine, et, de ce fait, j’ai beaucoup de respect pour les croyants et pour les gens ouverts au spirituel.

J’ai beaucoup d’admiration pour les musulmans. Mais je pense aussi que les seuls juifs antisionistes cohérents et authentiques sont en fait les Torah Jews [une secte juive ultra-orthodoxe, les Naturei Karta qui ne compte que très peu de membres. Ndt]. Je comprends leur position. Et, comme chacun peut le voir, ils n’essayent pas de diriger le mouvement de solidarité. Ils font, au contraire, tout ce qu’ils peuvent pour soutenir les Palestiniens. Et ils sont remarquablement humbles et modestes. Je les aime beaucoup.

Silvia Cattori : Mais, à votre avis, le judaïsme n’est-il pas tout aussi « tribal » que l’identité politique juive ?

Gilad Atzmon : Le judaïsme est en effet une religion tribale, nationale, et racialement orientée. Et pourtant, le judaïsme a sa manière de contenir tout cela. Assez tragiquement, quelque chose s’est terriblement mal passé dans le processus de la sécularisation juive et dans l’émergence du discours politique juif.

Les juifs peuvent avoir laissé tomber leur Dieu, mais ils ont conservé la haine du « goy » et les idéologies racistes qui sont au cœur de leur nouvelle identité politique laïque. Ceci explique pourquoi certains éléments talmudiques de haine du goy se sont transformés en pratiques génocidaires dans le discours sioniste.

Silvia Cattori : Selon vous, comment le nationalisme entre-t-il en jeu dans d’autres religions, comme l’Islam ou le christianisme ? Est-il différent du nationalisme juif ?

Gilad Atzmon : Contrairement au judaïsme, qui est tribalement orienté, l’Islam et le christianisme sont des préceptes universels. Ces derniers tentent d’apporter une réponse à l’ensemble de l’humanité, plutôt que de favoriser une tribu aux dépens des autres.

Silvia Cattori : Cela m’a amusée de lire sous votre plume : «  À cette époque déjà, j’aspirais à devenir un goy ou au moins à être entouré par des goys. » Qu’entendez-vous par là ?

Gilad Atzmon : C’est assez simple ; pour devenir un ex-juif, il faut arrêter de se sentir « élu ». Ce n’est pas une tâche facile ; je dois encore la pratiquer quotidiennement.

Silvia Cattori : Lorsqu’on visite Israël, on se demande sans cesse comment ces colons venus de l’étranger peuvent-ils prétendre être chez eux sur des terres volées simplement parce qu’ils sont de confession juive ? Qu’en pensez-vous ?

Gilad Atzmon : Je suis né là-bas. J’ai adoré cet endroit. J’ai eu une enfance très heureuse et une carrière réussie en tant que jeune adulte. Il m’a en effet fallu plusieurs années pour comprendre que quelque chose n’allait pas. J’ai ressenti quelque chose pendant la première guerre du Liban (1981). Au Liban, j’ai commencé à me demander d’où venaient tous ces réfugiés. Puis, lors de la première Intifada (1987) j’ai cru comprendre que certains, là-bas (en Palestine occupée), étaient extrêmement malheureux. Au début des années 1990, je travaillais avec de nombreux Palestiniens de Gaza. J’ai alors réalisé que mon existence dans la région était mêlée à un crime insupportable.

En 1994, j’ai quitté Israël pour de bon. Et depuis 1996 je n’y suis plus retourné. Mais vous devez comprendre que les Israéliens ne voient ni les Palestiniens ni leur sort. Être « élu » est une forme de cécité. Israël ne peut que se voir lui-même. Et cela pourrait bien signifier qu’il n’y a pas de remède à ce conflit.

Silvia Cattori : Ce qui est fascinant en vous lisant est de voir que vous semblez presque heureux d’avoir été ostracisé et accusé d’antisémitisme. Ne craignez-vous pas la prochaine campagne visant à discréditer The Wandering Who ? et à vous étiqueter antisémite ?

Gilad Atzmon : Les choses étant ce qu’elles sont, je crois que ceux qui distribuent l’étiquette d’antisémite ne font qu’exposer leur profonde affiliation au sionisme et au judéo-centrisme.

La campagne contre mon livre a déjà commencé. Mais j’ai aussi reçu beaucoup de soutien. J’accepte que ce soit là mon karma. À présent, je sais que, aussi longtemps que l’on m’attaque, cela veut dire que je fais ce qu’il faut faire. Je suppose que, plus on s’oppose à moi, mieux les gens peuvent comprendre ma position.

Comme vous l’avez sans doute remarqué, autrefois les antisémites étaient ceux qui n’aimaient pas les juifs. Aujourd’hui, les antisémites sont ceux que les juifs n’aiment pas. Certains juifs, là-bas, n’apprécient vraiment pas mes efforts. Mais la bonne nouvelle est que personne ne prend plus garde à l’accusation d’antisémitisme. Elle a été trop exploitée.

Silvia Cattori : Vous avez écrit que les jours d’Israël sont comptés. Comment l’envisagez-vous exactement ?

Gilad Atzmon : Indépendamment de la lutte des Palestiniens, Israël ne pourra plus tenir. C’est une société morbide mue par une avidité implacable. Elle est sur le point d’imploser. L’État juif a amplifié la question juive plutôt que de l’éliminer. Et je crois que le temps est venu d’admettre qu’il n’y a peut-être pas de réponse collective à la question. Je suppose que si, avec le temps, les Israéliens apprennent à aimer leurs voisins, la paix pourrait l’emporter. Toutefois, si cela arrive, ils pourraient bien avoir cessé de se considérer comme des élus. Ils seront devenus des gens ordinaires.

Silvia Cattori : Merci Gilad Atzmon. S’entretenir avec vous est un vrai régal.

Gilad Atzmon : Merci beaucoup pour votre attention et votre engagement. C’est toujours aussi un grand plaisir de parler avec vous.

Silvia Cattori

(*) Gilad Atzmon : The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity Politics. (« L’errance de qui ? Une étude de l’identité juive »), Zero Books 2011.

L’identité juive est liée à certaines des questions les plus difficiles et les plus controversées d’aujourd’hui. Le but de ce livre est d’ouvrir nombre de ces questions à la discussion. Depuis qu’Israël se définit lui-même ouvertement comme l’« État juif », nous devrions nous demander ce que recouvrent les notions de « judaïsme », « judéité », « culture juive » et « idéologie juive ». Gilad examine les aspects tribaux intégrés dans le discours laïc juif, aussi bien sioniste qu’antisioniste ; la « religion de l’Holocauste » ; le sens des mots « histoire » et « temps » dans le discours politique juif ; les idéologies anti-goys entremêlées aux différentes formes du discours politique juif laïc, et même au sein de la gauche juive. Il s’interroge sur ce qui conduit les juifs de la diaspora à s’identifier à Israël et à s’aligner sur sa politique. L’état désastreux de la situation mondiale suscite la demande pressante d’un changement conceptuel dans notre attitude intellectuelle et philosophique envers la politique, la politique identitaire, et l’histoire.

Vous pouvez commander le livre sur Amazon.com ou Amazon.co.uk

Premières réactions à ce livre, voir :

-  Tearing the Veil From Israel’s Civility, par William A. Cook, Counterpunch, 17-18 septembre 2011.[traduction de cet article en français : Arracher le voile de la civilité israélienne

-  London JC launched an attack on Prof’ John Mearsheimer, par Gilad Atzmon, gilad.co.uk, 22 septembre 2011.

-  Mearsheimer responds to Goldberg’s latest smear, par John Mearsheimer (et publié par Stephen M. Walt), walt.foreignpolicy.com, 26 septembre 2011.

[1] The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, John J. Mearsheimer and Stephen M. Walt. (Farrar, Straus & Giroux)

[2] Le terme de goy (pluriel : des goys) désigne les non-Juifs. On lui attribue une connotation négative

[3] American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), un groupe de pression né aux États-Unis après la création de l’Etat d’Israël visant à soutenir Israël et à faire la promotion de l’idéologie sioniste

[4] L’AJC : http://www.ajc.org/

[5] Le CFI : http://www.powerbase.info/index.php…

[6] Labour Friends of Israel : http://www.imemc.org/article/60469

[7] Voir : Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire – Entretien avec Gilad Atzmon, par Silvia Cattori, 2 mars 2011.

[8] Gaza in Crisis : Reflections on Israel’s War Against the Palestinians, Noam Chomsky and Ilan Pappe. (Frank Barat Editor)

[9] Voir note (1).

[10] Il réside à Zurich (Ndt)

(JPG) Gilad Atzmon est né en Israël et il a servi dans l’armée israélienne. Il habite Londres et est l’auteur de deux romans, le premier : A Guide to the Perplexed et le second : My One and Only Love. Atzmon est aussi le meilleur saxophoniste d’Europe. On peut le joindre à : giladatzmon@mac.com. Son site : http://www.gilad.co.uk/

De Gilad Atzmon :

-  Gilad Atzmon : « Être dans le temps »
-  Massacre en Norvège : en savoir plus sur le lien avec la droite juive
-  La loi ’herem’ dans le contexte du passé et du présent juifs
-  Civilisation israélienne ?
-  Le Mur
-  Israël et le sionisme : Un projet unique dans l’histoire
-  Ein Hod, ‘Aïn ‘Awd et le péché originel israélien

27 septembre 2011 – Silvia Cattori – Traduit de l’anglais par JPH – Texte original en anglais : http://www.silviacattori.net/articl…

Comment les médias ont minimisé une mobilisation jamais vue dans toute l’histoire de l’humanité


publié le 16 octobre  2011 dans Actualutte n°12

Ce samedi 15 octobre, ils étaient des millions à prendre la rue, non pas à l’appel de syndicats ou de partis politique, mais en toute indépendance. Ils répondaient à l’appel des indignés lancé quelques mois auparavant à une journée internationale de mobilisation. La réponse a été à la hauteur de toutes les espérances, 85 pays et un millier de villes concernées, une première dans toute l’histoire de l’humanité !

Paris le 15 octobre – Photo Emmanuel Raoul

Face à ce soulèvement des peuples, on aurait pu penser que les médias ne pourraient pas passer à côté, c’était trop grand pour être minimisé. Et pourtant ils ont relevé le défis.. Hier soir, ce ne sont pas des milliers comme ils le disent mais des millions d’indignés qui ont été censurés.

Ils ne peuvent pas dire qu’ils n’étaient pas prévenus, les sites n’ont cessé de fleurir sur internet depuis quelques mois, les appels aussi. Pourtant c’est bien l’absence d’informations qui était au rendez vous hier soir.. Un vide pesant et qui ne pouvait être que volontaire.

Nous étions des millions !

Les médias minimisent fortement le mouvement. Dans les journaux télévisés, pas plus d’une minute y était consacrée, très loin de la une consacré au rugby qui prendra bien 5 minutes. On peut aussi lire en titre des articles publiés sur internet :

Mobilisation limitée pour les indignés du monde entier‎ (L’Express)

Le mouvement des « indignés » contre la crise et la finance mondiale a pris ce week-end une dimension planétaire, poussant dans la rue des dizaines de milliers de personnes. (AFP)

Des milliers d’ »indignés » se sont mobilisés à travers le monde (Reuters)

Des milliers ? Des dizaines de milliers ? Non. Des millions ! On a ainsi pu compter près d’un million de manifestants en Espagne (dont 400 000 à Barcelone, 250 000 à Madrid), des centaines de milliers en Italie (dont au moins 200 000 à Rome) où l’on ne retiendra d’ailleurs que les violences du black bloc, des centaines de milliers en Israël, plus de 100 000 au Portugal, des dizaines de milliers en Allemagne, Grèce, Etats Unis, Belgique, Pays Bas, des milliers en Australie, France, Suisse, Grande Bretagne, Pologne et dans des dizaines d’autres pays. Rappelons les, plus d’un milliers de villes dans le monde ont connu des manifestations !

Ces chiffres sont d’autant plus exceptionnels que les foules ne se sont pas déplacé à l’appel de syndicats, le mouvement est entièrement indépendant de tout syndicat ou partis politiques. Quand on sait à qui appartiennent la majorité des journaux, on comprend la censure qui s’est donc imposé d’elle même.. Bonne nouvelle, les indignés sont craints !

Raphaël Rezvanpour

Affrontement diplomatique au Conseil de sécurité sur la Syrie


OLJ/Agences | 15/10/2011 | 09h45

Une session à huis clos du Conseil de sécurité des Nations Unies a tourné vendredi à l’affrontement diplomatique sur la Syrie entre les pays européens et la Russie et la Chine, qui ont opposé leur veto à une résolution condamnant la répression. De sources diplomatiques, on rapporte que les ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne et du Portugal ont apporté leur soutien à un rapport émanant de Navi Pillay, haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, qui a réclamé une protection internationale pour les civils en Syrie.

« Les partisans du silence du Conseil de sécurité devraient tirer les conclusions de la poursuite de la répression », a notamment déclaré l’ambassadeur de France, Gérard Araud, dont les propos sont rapportés par la mission permanente de la France auprès de l’ONU sur son compte Twitter (@FranceOnu). Le diplomate français visait explicitement la Russie et la Chine, qui ont opposé leur veto il y a dix jours à un projet de résolution préparé par les Européens qui condamnait la poursuite de la répression menée par le régime de Bachar el-Assad. Le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, qui se sont abstenus lors du vote du 4 octobre, étaient également concernés par l’interpellation du diplomate français, dont l’intervention a provoqué l’irritation de la délégation russe.

Alexander Pankine, ambassadeur adjoint de la Russie auprès des Nations Unies, lui a reproché de ne pas avoir respecté les procédures en évoquant un point qui ne figurait « pas à l’ordre du jour de la réunion ». L’ambassadeur chinois a fait valoir pour sa part que la déclaration de Navi Pillay ne constituait pas une réponse à une requête du Conseil de sécurité, et que celui-ci n’avait donc pas à s’en saisir.

La réunion de vendredi devait porter sur le rapport mensuel établi par le département des Affaires publiques de l’ONU sur les affaires et les conflits mondiaux.

« La situation (en Syrie) se détériore rapidement », a affirmé Jose Filipe Moraes Cabral, l’ambassadeur du Portugal. « Le conseil (de sécurité) devrait y revenir », a-t-il ajouté. « Depuis que le double veto a été mis, la situation a continué d’être extrêmement préoccupante », a confirmé l’ambassadeur d’Allemagne, Peter Wittig, ajoutant qu’il avait indiqué à ses partenaires du Conseil de sécurité que le rapport de Navi Pillay « dressait un tableau très lugubre de la répression qui se poursuit ».

Dans ce document publié vendredi à Genève, le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme met en garde contre un risque de « guerre civile totale » en Syrie. Relevant que les violences ont fait plus de 3.000 morts, dont au moins 187 enfants, depuis le début du soulèvement contre le régime syrien en mars dernier, il réclame une initiative internationale pour que cesse l' »impitoyable répression » du mouvement de contestation.

source

Complot iranien présumé : C’est le prélude d’une guerre pour The Independent


Le journal britannique The Independent a mis en garde contre l’affaire montée du soi-disant complot iranien contre l’Arabie Saoudite, estimant que « l’administration américaine s’est impliquée dans un parcours qui la conduira à déclarer la guerre à l’Iran

« Ceux à qui profiteront ce soi-disant plan ne peuvent tromper personne. Ce sont bien les nouveaux conservateurs, et les partisans fanatiques d’Israël, lesquels ne se sont pas lassés de prôner la guerre contre l’Iran », écrit un chroniqueur du journal Patrick Cockburn.

Et de mettre en doute l’histoire du présumé complot : « les allégations selon lesquelles l’Iran a recruté un vendeur de voitures d’occasion et un ancien condamné pour faux-chèques pour faire assassiner l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis par des bandes de trafiquants de drogue mexicaines ne sont pas compatibles avec la performance connue des services de renseignements iraniens ».

Une histoire incompatible avec la perfomance des Iraniens

Cockburn trouve qu’il y a une similitude entre elles et celles de Collin Powell en 2003 sur les armes de destructions massives en Irak qui n’ont jamais été retrouvés.

Qualifiant le plan d’étranger, l’analyste insiste qu’il est incompatible avec la performance connue des services de renseignements iraniens.Il décèle dans la version racontée des lacunes que les Iraniens ne peuvent commettre : celle par exemple qu’elle est facilement déchiffrable. Selon lui, généralement le Corps des gardiens de la révolution, accusés aussi par les Américains, fait toujours en sorte que la responsabilité des actions qu’il commandite ne soit pas imputée à l’Iran. En fonctionnant par l’intermédiaire d’un proxy. Donc, il ne peut avoir recruté ce vendeur de voitures d’occasion. Ni lui avoir envoyé de l’argent via une banque connue pour ses relations avec le carter mexicain de la drogue, et qui serait donc cous controle.

Le complot présumé: saboter une réconciliation

Pour sa part Mohammad -Sadek Husseini, analyste iranien arabophone célèbre dans le monde arabe, a donné une toute autre interprétation des intentions américaines de cette histoire. Excluant le scénario d’une guerre.

Interrogé par notre site AlManar, il confirme des informations selon lesquelles une réconciliation irano-saoudienne était sur le point d’avoir lieu.

La veille de l’annonce américaine de ce présumé complot, l’AFP avait bel et bien déclaré qu’une rencontre entre l’Arabie, le Koweït et l’Iran devrait se tenir pour dissiper des différents sur un litige frontalier. ( voir l’information sur notre site)
Selon Husseini, Washington qui a essuyé plusieurs revers au Moyen Orient œuvre pour se venger des Iraniens.
Sur la scène irakienne, il relève son incapacité à obtenir des Irakiens le prolongement de ses forces jusqu’en 2016, ou au moins l’immunité pour ceux qui vont rester. L’intransigeance irakienne est imputée aux Iraniens par les Américains qui voudraient faire exploser les liens entre les arabes et les Iraniens, poursuit-il.

L’Arabie aurait-elle le même programme d’Israël?

Interrogé sur la réaction de l’Arabie, Husseini estime qu’elle a une nouvelle fois échoué dans sa lecture des évènements dans le monde arabe. « Les saoudiens n’ont pas attrapé l’idée que les américains et les occidentaux ont échoué dans leur tentative de faire renverser Bachar ElAssad ».

Il s’est également étonné que Riad n’ait pas pu voir la main sioniste alors que la version américaine parle de complots contre les deux ambassades saoudienne et israélienne. « L’Arabie aurait le même programme que celui d’Israël ? » s’est-il interrogé, lui conseillant d’être plus rationnelle, de faire confiance à ses voisins musulmans, de ne pas tomber dans l’iranophobie et de ne pas remplacer l’ennemi israélien par l’Iran pour inciter les Arabes.

Husseini s’est également attendu à ce que les indices que les Américains disent vouloir présenter bientôt soient aussi fallacieux que ceux du Tribunal spécial pour le Liban et ceux sur la Syrie.
Et de conclure : « Ce sont tous des programmes qui tournent dans le même cercle, celui de porter atteinte à la résistance, à se piliers et ses parties, en Iran, en Syrie, au Liban, et en Palestine… Le but étant de clore une fois pour toute le dossier du conflit islamo-sioniste »

Los Indignados à Bruxelles : le PTB et Comac participent à la manifestation du 15 octobre


Samedi 15 octobre, le PTB et son mouvement de jeunes Comac manifesteront avec Los Indignados. La manif démarrera à 14 h à la gare de Bruxelles-Nord.

« Nous ne sommes pas une marchandise aux mains des banquiers et des hommes politiques », « Ils ne nous représentent pas ». Tels sont les mots d’ordre qui avait été lancés au mois de mai en Espagne. Des mots d’ordre qui ont donné le signal de départ d’un énorme mouvement de protestation s’opposant à la crise du capitalisme et au manque de participation démocratique sur tous les terrains. Ces doléances demeurent actuelles et sont soutenues par le PTB et par Comac.

« C’est leur crise, faisons-les payer : les spéculateurs, les grands banquiers et les millionnaires »

Maintenant que le gouvernement fédéral met 4 milliards d’euros sur la table pour sauver les intérêts belges dans Dexia, le débat sur ceux qui doivent payer la crise est encore plus urgent. Ce débat doit être mené dans toute l’Europe. Nous avons en effet un ennemi commun : l’Union européenne et les grands monopoles qu’elle représente. C’est l’UE qui impose des économies à tous ses États-membres. Il importe donc au plus haut point de réunir toutes les doléances et de refuser de payer leur crise. Cela vaut aussi bien pour Los Indignados que pour les syndicats et tous les autres participants aux mouvements sociaux.

La semaine dernière, nombre de membres de Comac ont participé aux assemblées populaires des Indignados au parc Elisabeth et dans les bâtiments de la HUB. La nécessité de nous opposer tous ensemble aux restrictions a été chaque fois mise en exergue et a été fortement applaudie par les personnes présentes.

Nous sommes tous des Grecs, des Portugais, des Irlandais… Nous sommes également solidaires avec les manifestants d’Occupy Wall Street aux États-Unis. Ensemble, nous descendrons dans la rue le 15 octobre afin de nous opposer aux économies partout en Europe. Parce que l’avenir nous appartient, et non aux spéculateurs, aux grands banquiers ou aux millionnaires.

Contact :

Aurelie Decoene – présidente de COMAC

Jouwe Vanhoutteghem – vice-président de Comac

LA DESTRUCTION OFFICIELLE DES COMMUNAUTÉS PALESTINIENNES EN ISRAËL-PALESTINE.


Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge.

Depuis la rédaction de ce texte en janvier 2011 les conditions de vie des Palestiniens se sont encore considérablement détériorées.

Dans le cadre de sa création en 1948, l’État d’Israël s’est emparé de 78% de la Palestine mandataire. Quelque 530 villages, de nombreux quartiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, totalement ou en majeure partie, de leurs habitants palestiniens. (1) Par le recours à la violence, les plus hautes autorités de la communauté juive de Palestine – d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël – ont délibérément expulsé du territoire conquis 800.000 hommes, femmes et enfants sur les 950.000 Palestiniens qui y vivaient.(2)

En outre, environ 40.000 de ceux qui n’ont pas été expulsés, ont été chassés de leur maison, village ou ville pour être regroupés dans des zones restreintes. Ces « déplacés de l’intérieur » ont été empêchés de rentrer chez eux, bien qu’ils soient devenus citoyens israéliens. » (3) Les 2/3 des maisons confisquées ont été détruites. Le reste a été attribué à des immigrants juifs.(4)

À l’intérieur des frontières du nouvel État, la propriété de la communauté juive est passée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949.(5) La politique du nouvel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande partie possible du territoire – particulièrement les terres cultivables et les ports – en y laissant le moins possible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs – d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent – peuvent acquérir les biens confisqués lors de la création de l’État d’Israël, alors que les Palestiniens – où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent – ne le peuvent pas.

Même les Palestiniens de nationalité israélienne ne peuvent acheter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut.(6) A l’intérieur des frontières reconnues de l’État d’Israël, il est interdit aux Arabes israéliens de vivre sur les quelque 94% du pays réservés aux Juifs.(7) Le système politique israélien légalise, sur base communautaire, des dénis de justice tels que chasser des Arabes de chez eux afin d’y installer des Juifs.(8)

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves discriminations, notamment mais pas uniquement en ce qui concerne les droits de propriété.

Ils vivent dans des lieux où les infrastructures administratives et sociales sont sévèrement sous financées. Ils jouissent néanmoins de la liberté de déplacement et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israélienne occupe les 22% restant de la Palestine mandataire. En 2009, suite à plus de 40 ans de « faits accomplis » illégaux au regard du droit international, les Israéliens avaient confisqué à leur usage exclusif 70% de la Cisjordanie (9) dont une grande partie des terres cultivables : colonies entourées de terres agricoles et d’une zone de sécurité ; réseaux de routes et de distribution d’électricité et d’eau réservés aux Israéliens ; centaines de kilomètres de larges structures de confinement – notamment le Mur – ; zones militaires ; parcs industriels ; …. Et cette colonisation se poursuit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le projet de morceler le territoire en une douzaine de réserves non contiguës et, à l’extérieur de ces réserves, de confiner la population dans de petites enclaves, isolées les unes des autres par un maillage très dense de routes interdites aux Palestiniens et par plus de 700 obstacles à leurs déplacements : check-points, barrières et barrages permanents, grilles surveillées, tranchées, murs et monticules de terre, …(10)

Les réserves et les petites enclaves sont systématiquement dépouillées de leurs moyens d’existence notamment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colonisation à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jérusalem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est systématiquement mis en œuvre pour rendre la vie des Palestiniens de moins en moins supportable : entraves à la circulation des personnes et des biens ; infrastructures plus que négligées ; économie asphyxiée (11) ; vie communautaire paralysée – plus de 24.500 maisons (sa maison, c’est infiniment plus que des murs et un toit) démolies. (12)

(JPG)

Entre la fin septembre 2000 (début de la deuxième Intifada) et la fin juillet 2010, 6.565 Palestiniens dont 1274 enfants, 369 femmes 32 membres du corps médical et 11 journalistes, ont été tués (1.482 d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres 5.083 étaient des civils). Durant la même période, 30.628 Palestiniens ont été blessés (17.078 dans la Bande de Gaza et 13.550 en Cisjordanie).(13) Beaucoup d’entre eux ont été délibérément estropiés par des tireurs d’élite.(14)

La spoliation de terres, l’asphyxie de l’économie et la paralysie de la société, ininterrompues depuis 1967, ont porté leurs fruits.

500.000 Israéliens juifs se sont illégalement installés dans les territoires occupés.(15) 130.000 d’entre eux se répartissent dans 121 colonies et une centaine avant-postes qui se réservent 42% de la Cisjordanie. (16) Ces implantations fortifiées, systématiquement situées au sommet et à flanc des collines, sont des pièces maîtresses du dispositif de confinement de la population palestinienne dans des enclaves strictement contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la Guerre des 6 jours, entre 400.000 et 450.000 Palestiniens, soit 1/3 des habitants de Cisjordanie et de Gaza, ont été expulsés, en quasi totalité vers la Jordanie.(17)

Depuis lors, quelque 130.000 Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur des territoires occupés (18) et des centaines de milliers d’autres ont été amenés à s’exiler.(19) En 2009, du fait du Mur qui se contorsionne au gré de la confiscation d’un maximum de terres et d’eau, 498.000 Palestiniens vivaient dans des zones coupées du reste de la Cisjordanie (20) et 263.200 d’entre eux, dans des zones – dites « coutures » et déclarées zones militaires fermées – enclavées entre le Mur et Israël. Tous risquent le déplacement forcé.(21)

(GIF)

Les terres et ressources en eau du village de Jayyous séparées par le Mur. © OCHA

« Ils vont être coupés de leurs moyens d’existence et emprisonnés dans des enclaves isolées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront forcés de quitter ces enclaves et de chercher du travail dans les faubourgs des villes de Cisjordanie.

Ainsi, les zones limitrophes d’Israël se trouveront-elles ’nettoyées’ de leurs Palestiniens. »(22) Cette politique de destruction de la société palestinienne et de confinement de la population dans des enclaves coupées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minuscule bande de Gaza où sont enfermés 1.500.000 « terroristes » hommes, femmes et enfants.(23)

Ce territoire est hermétiquement ceinturé, du côté mer, par la marine de guerre israélienne et, du côté terre, par une clôture infranchissable hérissée de lames de rasoir et longée, sur les terres palestiniennes, par une bande d’une largueur de 500 mètres à 2km qui comprend et rend inaccessibles 29% des terres cultivables (24) et où toute végétation et tout édifice sont rasés afin d’offrir une vue dégagée aux tireurs israéliens.

Cette population, soumise depuis des années à un blocus draconien, a récemment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agression militaire d’une brutalité exceptionnelle. Les infrastructures publiques ont été particulièrement visées : immeubles administratifs, hôpitaux, écoles, routes, réserves alimentaires et même les casernes de pompiers.

Plus de 10.000 logements ont été complètement détruits ou lourdement endommagés.(25) Selon un rapport du Comité International de la Croix-Rouge, 1380 Palestiniens ont été tués et 5380, blessés. (26) Selon le droit international, ce blocus et cette agression militaire constituent des crimes contre l’humanité.(27)

Jeff Halper montre comment l’occupation désintègre la communauté palestinienne des territoires occupés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « rien n’empêche Israël de terroriser la population palestinienne.

Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxiliaire, financée par les États-Unis et opérée par l’Autorité palestinienne afin de pacifier sa propre population.

Que ce soit par les colons qui tirent sur les Palestiniens, les brutalisent et brûlent leurs récoltes sans crainte d’être poursuivis ou par des agents secrets, aidés par des milliers de Palestiniens forcés à devenir des collaborateurs souvent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médicaux ou avoir un toit sur leur tête.

Que ce soit par des expulsions ou par la myriade de contraintes administratives d’un système, invisible mais kafkaïen, de contrôle total et d’intimidation. » (28) A Gaza, depuis le redéploiement en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en périphérie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blocus impitoyable et un harcèlement militaire avant, pendant et après l’opération Plomb durci.(29)

Amira Hass caractérise on ne peut mieux à quoi la Communauté palestinienne des territoires occupés est désormais réduite : « Si les indigènes le désirent, ils peuvent continuer à vivre dans les réserves ; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent ».(30)

La terre sans les Palestiniens

Le nombre, l’expansion, la structure et les lieux d’implantation des colonies – notamment autour de Jérusalem-est et de Bethléem – ainsi que l’importance et la nature des infrastructures réservées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des autorités israéliennes n’est pas d’évacuer les territoires occupés en violation au droit international mais, tout comme lors de la création de l’État d’Israël, d’en accaparer la plus grande partie possible.

Les autorités israéliennes cherchent manifestement à déstructurer la communauté palestinienne au point qu’un État palestinien indépendant soit impossible. Témoins, entre autres : la destruction des infrastructures nécessaires à un État, la déportation ,(31) l’emprisonnement et l’assassinat de personnalités dirigeantes ; les milliers de prisonniers ; (32)les entraves à l’accès à l’enseignement supérieur sur place et à l’étranger ; la répression des étudiants ; … .

Par un de ses aspects essentiels – accaparer le maximum de terres en y laissant le moins de Palestiniens possible -, la politique israélienne n’a pas changé depuis 1948. Elle s’est simplement adaptée : « Dans une région suivie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Reinhart, le nettoyage ethnique ne peut pas prendre la forme de massacres de masse ni de grands transferts de population.

C’est un processus lent, quotidien, qui vise à briser la société et à conduire le plus de gens possible à disparaître ou à s’enfuir. »(33) D’autres composantes de cette politique, telles l’enfermement des Palestiniens dans des enclaves délibérément paupérisées et la désarticulation de leur communauté, sont beaucoup plus sévères dans les territoires occupés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palestiniens étaient propriétaires d’environ 93% du territoire de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, alors qu’ils constituent au moins 48% de la population qui vit sur ce territoire ,(34) ils ne sont propriétaires que d’environ 11% (35) et d’un pourcentage bien inférieur encore – sans doute moins de 5% – des terres cultivables.

Au début de la guerre de 1948, la quasi totalité des Palestiniens vivaient sur le territoire de la Palestine mandataire. Fin 2008, on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. (36)

Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majorité des Palestiniens vivent dans des enclaves surpeuplées, strictement contrôlées et largement dépouillées de leurs ressources. Il n’est donc nullement exagéré de parler d’une désintégration probablement irréversible des communautés palestiniennes en Israël-Palestine et cela d’autant moins que les confiscations et le harcèlement « légaux » sont toujours en cours.

Notes

1) Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, P.11. Le cas de Lydda (aujourd’hui, Lod où se trouve l’Aéroport international Ben Gourion), à l’époque ville de quelque 20.000 habitants située à l’intérieur de l’État attribué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exemplaire à plus d’un titre. La ville qui ne disposait que de quelques vieux fusils, était pratiquement sans défense. Après avoir subi un bombardement, elle est attaquée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régulière commandées par le Colonel Yitzhak Rabin, futur Général, Chef d’état-major, Ministre de la Défense, Premier Ministre et Prix Nobel de la Paix. La résistance ne dure que quelques heures. Le jour même, 456 personnes – hommes, femmes et enfants – sont massacrées dont 176 à l’intérieur d’une mosquée. Le lendemain, quelque 50.000 Palestiniens terrorisés dont plus de la moitié étaient des réfugiés qui avaient fui les villages environnants, sont expulsés sur ordre direct de Ben Gourion. Seules quelques centaines de personnes ont été autorisées à rester. Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, p.218-222.

2) Badil, Survey …, p.10.

3) Palestine Monitor 2009 Factbook, p.23.

4) Badil, Survey …, p.11.

5) Badil, Survey …, p.3.

6) « La Loi sur les Biens des Absents (également connue comme la Loi sur les Propriétés abandonnées) a été promulguée en 1950. …. La Loi stipule que les biens d’un Absent seront transférés sous la juridiction de l’Administrateur des Biens des Absents, sans possibilité de faire appel ou de compensation. » Meron Rappaport, « Les maîtres de la terre », Haaretz Magazine, 20 janvier 2005. Cette loi s’applique également aux « déplacés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israéliens « absents présents ». Par la Loi fondamentale 1960 : Terres d’Israël (1960 Basic Law : Israel Lands ), toutes ces terres deviennent propriété inaliénable du Peuple juif et ne peuvent être vendues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens. Badil, Survey … p.15.

7) Voir Jeff Halper, « Ramadan kareem from the Netanyahu and Obama administrations« , 17 août 2010 (www.icahduk.org).

8)Un exemple récent parmi beaucoup d’autres : « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une cérémonie de mariage, neuf familles, habitant le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, se sont retrouvées expulsées de leurs maison s par des colons et empêchées d’y rentrer par la police. Les Palestiniens n’ont évidemment aucun recours légal contre la confiscation, en 1948 et après, de leurs propriétés, villages entiers, villes et quartiers urbains, fermes, usines ou immeubles commerciaux ». Jeff Halper, « Ramadan … .

9) Badil, Survey …, p.27.

10) Palestine Monitor factsheet, Checkpoints. (www.palestinemonitor.org)

11) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 55 : « …, la Puissance occupante a le devoir d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux. »

12) Selon les estimations de l’ICAHD (Israeli Commitee Against House Demolitions) – mise à jour du 28 juillet 2010 -, au moins 24.813 maisons ont été détruites depuis 1967 en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza. « Statistiques des Démolitions de Maisons (1967-2010) ». (www.icahd.org). Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 53 : « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’État ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

13) Selon les statistiques (octobre 2010) du PCHR (Palestinan Center for Human Rights) (www.pchrgaza.org)

14) Environ 1 an avant le déclenchement de la 2ème Intifada à la fin septembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Premier Ministre et Ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a formé 4 bataillons spécialement destinés à faire face à l’agitation en Cisjordanie. … . Dans ces unités spéciales, on apprend à viser et à tirer de façon calculée : mutiler, mais sans trop augmenter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Palestiniens ont besoin pour gagner l’appui international). (De là,) les balles qui frappent si souvent et de façon si précise aux yeux, à la tête ou aux genoux ». Tanya Reinhart, Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002, p.85-88.

15) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 49.6 : « La Puissance occupante ne pourra procéder … au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle. »

16) By Hook and by Crook : Israel’s Settlement Policy in the West Bank, Rapport B’tselem (The Israeli Information Center for Human Rihgts in the Occupied Territories), Juillet 2010. www.btselem.org

17) Badil, Survey …, p.17. 4ème Conv. Art. 49.1 : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire … de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. »

18)Badil, Survey …, p.57.

19) Le taux annuel d’émigration atteint les 2%. Badil, Survey …, p.39.

20) Il s’agit des habitants de localités enclavées dans des zones confisquées, notamment dans la Vallée du Jourdain.

21) Badil, Survey …, p.24.

22) Tanya Reinhart, L’héritage de Sharon, La Fabrique, 2006, P.190.

23) A l’instar de tant d’autres puissances occupantes, l’État d’Israël déshumanise ceux qu’il opprime en les qualifiant de « terroristes ».

24) Farming without Land, Fishing without Water : Gaza agriculture struggle for survival, Rapport de l’ONU (OCHAopt), Mai 2010 (www.ochaopt.org)

25) ICAHD, « Statistiques des démolitions de maisons à Gaza pendant l’opération Cast Lead« , (www.icahd.org).

26) Voir Gaza Strip, Initial health needs assessment. Rapport de l’ONU (OCHAopt) du 16 février 2009. L’évaluation de Badil, plus récente, fait état de 1.414 morts dont 313 enfants et 116 femmes. Badil, Survey …, p.19. Du côté Israéliens, 3 civils et 10 militaires dont 4 par « feu ami », ont été tués. (www.btselem.org/english/gaza_strip)

27)Richard Falk, Professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton et Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, considère que l’attaque militaire « non défensive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ainsi que le blocus imposé à ce territoire, constituent des crimes contre l’humanité. Richard Falk, « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », Le Monde diplomatique, mars 2009.

28) Jeff Halper, « Ramadan … .

29) Entre le 20 janvier 2009 (fin de Plomb durci) et le 30 septembre 2010, soit quelque 600 jours, il y a eu 420 attaques israéliennes dans la zone tampon qui encercle la Bande de Gaza. Outre les destructions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait 84 morts et 183 blessés. Voir PCHR Fact Sheet (buffer zone) de décembre 2009 et d’octobre 2010. (www.pchrgaza.org). Et les attaques israéliennes ne se limitent pas à la zone tampon.

30) Amira Hass, « Like a plane without a pilot« , Haaretz du 04.05.2010.

31) Depuis 1968, quelque 2000 Palestiniens ont été déportés parmi lesquels des résistants, des activistes politiques, des directeurs d’école et des inspecteurs de l’enseignement qui protestaient contre la censure des manuels scolaires, des enseignants et des étudiants qui avaient organisé un boycott, des avocats qui avaient organisé une grève. Badil, Survey …, p.20

32) Fin juillet 2009, il y avait 743O détenus palestiniens – y compris 333 mineurs – dans les prisons israéliennes. On comptait, en outre, 387 détentions administratives sans jugement. On estime qu’au moins 40% des hommes sont passés par les prisons israéliennes. Badil, Survey …, p.20. C’est dire que très peu de familles palestiniennes n’ont pas été touchées par l’arrestation d’un de leurs membres.

33) Tanya Reinhart, Détruire … , p.88.

34) Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance des 3 dernières années – environ 3% par an – de la population palestinienne des territoires occupés, n’est pas prise en compte.

35) En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

36) Badil, Survey …, p.56.

P.S Ce texte est – à quelques modifications mineures près – la première partie d’un article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle de Bruxelles sous le titre « L’appel au dialogue de paix occulte la Destruction de la communauté palestinienne ».

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

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