Manifestation pour une condamnation ferme et définitive du régime syrien de Bachar Al Assad


Manifestation pour une condamnation ferme et définitive
du régime syrien de Bachar Al Assad
Le Comité belge pour Soutenir la Révolution Syrienne

vous invite à la
Manifestation de ce vendredi 12 août
de 16h à 17h30
face au bureau de l’Organisation des Nations Unies
Rue Montoyer 14
1000 Bruxelles

La motion de condamnation de la répression sanglante en Syrie est un premier pas.
Elle est loin d’être suffisante.

Les manifestants en Syrie demandent :

une condamnation ferme et définitive des dirigeants syriens.
de déclarer le régime illégitime et non représentatif de la Syrie au plan international.
une commission d’enquête sur les crimes contre l’humanité commis par le régime, des sanctions réelles contre Bachar Al Assad et ses complices.
une aide humanitaire pour les villes et les villages assiégés par l’armée et les forces de sécurité.
un gel des accords économiques et financiers, un blocus, notamment de vente d’armes à la Syrie
une intervention urgente à Hama. La ville est bombardée, assiégée, comme en 1982 où le siège de la ville avait fait 20.000 morts

Plus de 2.000 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement de contestation contre le régime du président Bachar al Assad, le 15 mars dernier, près de 3.000 personnes sont portées disparues (selon l’ONG Avaaz), 26.000 ont été arrêtées à un moment ou à un autre, 12.617 sont toujours en détention et 18.000 ont fui vers la Turquie, selon les dernières estimations.

Faudra-t-il que toute la population soit exsangue avant que la communauté internationale ne réagisse ? Ou laisserons-nous un régime sans scrupule assassiner toute sa population sans réagir, sinon par des condamnations verbales ?

Les forces de sécurité et l’armée continuent de tuer, bombarder, encercler les villes, et le monde reste silencieux.

Quels sont les risques d’une telle situation ?

La population est lasse de laisser tuer pacifiquement ses fils et filles, frères et soeurs, pères et mères sans réagir. Le manque de réaction du monde et des instances internationales pousse la population à s’armer. Le régime pousse à la guerre civile, en vendant des armes aux civils. Une guerre civile sera sanglante, tribale et religieuse, alors que l’opposition a réussi jusqu’ici à éviter toutes ces dérives.

De toute son histoire, la Syrie a été un modèle de tolérance pour toutes ses composantes, mais aujourd’hui le régime joue des différences et des peurs pour les minorités alaouites, assyriennes, druzes, kurdes et autres d’une supposée ambition de domination arabe sunnite, et même islamiste, radicale ou terroriste.

Note : Nous avions planifié de manifester face au Ministère des Affaires étrangères,
mais après le 15 août puisque tous les Ministères sont fermés entre le 21 juillet et le 15 août.


Syrische Comite in België aan de Syrische Revolutie te ondersteunen

« Le Golfe ne veut pas de démocratie en Syrie »



Le Point.fr – Publié le 08/08/2011 à 20:09 – Modifié le 08/08/2011 à 20:24
Haytham Manna, opposant syrien en exil, révèle au Point.fr dans quelle mesure la Syrie est convoitée par l’ensemble du Moyen-Orient.
"Le Golfe ne veut pas de démocratie en Syrie"Jusqu’ici silencieux face à Bachar el-Assad, trois pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, ont rappelé leur ambassadeur à Damas. © Sana / AFP

Les pays arabes montent au créneau. Pour la première fois depuis le début de la crise syrienne, en mars, trois pays du Golfe, dont la puissante Arabie saoudite, ont rappelé leur ambassadeur à Damas pour dénoncer la répression du régime de Bachar el-Assad. Cette décision sans précédent de la part des voisins de Damas a été suivie par un appel de la Ligue arabe à cesser « immédiatement » les violences. Promettant des réformes au « plus haut niveau de l’État », le président a nommé de son côté un nouveau ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, sans pour autant mettre un terme à la violence, qui a encore fait 52 morts dimanche. L’opposant Haytham Manna, en exil à Paris, porte-parole de la Commission arabe des droits humains et membre du Comité de coordination pour un changement démocratique en Syrie, a perdu lundi son frère, Maen Aloudat, ingénieur de 52 ans et coordinateur du mouvement des jeunes du 18 mars à Deraa (sud). Il explique au Point.fr pourquoi une Syrie démocratique irait à l’encontre des intérêts de ses voisins régionaux.

  Le Point.fr : Que pensez-vous de la nomination d’un nouveau ministre de la Défense ?

Il ne faut pas chercher à alimenter des solutions qui puissent jouer dans le sens de la violence. Nous sommes  en train de nous diriger vers une guerre civile. Or le chaos est justement la seule alternative prônée par le   pouvoir. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin des pays qui n’ont pas coupé leurs liens avec la Syrie pour qu’ils se rendent à Damas et qu’ils fassent passer un message. C’est le cas de l’Inde, de l’Afrique du Sud, du Brésil et même du Liban et de l’Iran. Bachar n’entendra que ses alliés, pas la France et les États-Unis, qu’il considère comme ses ennemis.

Avez-vous un plan précis ?

J’ai eu des contacts avec plusieurs États qui vont dépêcher des délégations à Damas. Nous avons également rendez-vous la semaine prochaine avec Nabil al-Arabi, secrétaire général de la Ligue arabe, pour obtenir l’envoi de représentants en Syrie. Nous ne le faisons pas de gaieté de coeur, mais parce que nous devons à tout prix faire en sorte d’obtenir au moins quelques jours de cessez-le-feu de la part de l’armée.

Que pensez-vous de la récente décision de l’Arabie saoudite, du Bahreïn et du Koweït de rappeler leur ambassadeur ?

Les pays du Golfe souhaitent dévier la résolution du conflit syrien vers des aspects plus confessionnels que démocratiques. Les Saoudiens ne recherchent, eux, qu’une seule chose : renforcer la position des islamistes au sein des forces politiques syriennes, pour supplanter l’Iran dans ce pays. L’Arabie saoudite n’a que faire de la démocratie en Syrie, pourvu qu’elle obtienne une meilleure relation avec Bachar el-Assad. Les pays du Golfe ne veulent pas voir apparaître un exemple démocratique à leurs frontières, car ils le considèrent comme un véritable danger pour leur régime. N’oublions pas que Riyad détient plus de 9 000 prisonniers politiques.

Que pensez-vous de l’initiative de la Turquie d’envoyer son ministre des Affaires étrangères à Damas ?

C’est une bonne démarche, mais elle doit se faire sous le signe de la protection de la population civile en tant que devoir humanitaire international. Malheureusement, les Turcs ont toujours négocié avec les Syriens selon leurs propres intérêts. Le Premier ministre Erdogan ne verrait pas d’un mauvais oeil l’existence d’un autre pays gouverné par un parti islamique. Lors de notre voyage en Turquie, à la frontière syrienne, nous avons découvert que de nombreux laïcs élus par les réfugiés syriens pour les représenter avaient tous été arrêtés et remplacés par des islamistes. La montée de l’influence de la Turquie en Syrie en ferait, d’autre part, une force régionale incontestable.

Comment expliquez-vous l’imperméabilité de Bachar el-Assad à la pression internationale ?

Pour la diplomatie syrienne, l’Europe n’existe pas. Il n’existe même plus de diplomatie dans la situation actuelle. La politique du pouvoir consiste à assassiner tout ce qui est politique au nom de la sécurité, et tout ce qui est diplomatique au nom du complot.

source

Message de Anonymous au peuple syrien


Ajoutée par le  7 août 2011

Anonymous s’est emparé du site du ministère syrien de la défense le 8 août 2011,  et a  affiché ce message adressé au peuple syrien.

Transcription

Au peuple syrien : le monde entier est avec vous contre le régime brutal de Bachar al-Assad. Sachez que le temps et l’histoire sont de votre côté -les tyrans utilisent la violence parce qu’ils n’ont rien d’autre,  et plus ils sont violents, plus ils se fragilisent. Nous saluons votre volonté d’être non-violents fasse à la brutalité du régime et nous admirons votre désir de poursuivre la justice et non pas la vengeance. Tous les tyrans tomberont,  et grâce à votre bravoure, Bachar al-Assad est le prochain.

Aux soldats syriens : vous êtes responsables de la protection du peuple syrien et quiconque vous donne l’ordre de tuer des femmes, des enfants et des vieillards, mérite d’être jugé pour trahison. Aucun ennemi extérieur ne pourrait causer autant de ravages à la Syrie que ne l’a  fait Bachar al-Assad. Défendez votre pays-soulevez-vous contre le régime !-Anonymous

Syrie : Bachar el-Assad a un nouveau ministre de la Défense


lundi 8 août 2011, par La Rédaction

Le président syrien Bachar el-Assad a nommé lundi un nouveau ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, a annoncé la télévision publique syrienne. « Le président Assad a promulgué un décret nommant le général Daoud Rajha au poste de ministre de la Défense », a ajouté la télévision. Le général Rajha, âgé de 64 ans, était chef d’état-major de l’armée. Il remplace le général Ali Habib, ministre de la Défense depuis 2009. « Cette nomination entre dans le cadre de changements au plus haut niveau de l’État décidés après les rencontres qu’a tenues le président Assad avec des délégations représentant des habitants » des villes secouées par la contestation, a expliqué la télévision.
L’ancien ministre de la Défense Ali Habib « est malade depuis un certain temps et son état de santé s’est aggravé récemment », a souligné la télévision. Le régime du président Assad est secoué par une révolte populaire sans précédent depuis près de cinq mois. Mais le pouvoir n’a jamais reconnu l’ampleur de la contestation et continue d’accuser des « groupes armés » de semer le chaos pour justifier l’envoi de l’armée dans les différentes villes syriennes pour écraser la révolte.
Le recours à la force a coûté la vie à plus de 2 000 personnes, en majorité des civils, depuis le 15 mars, selon des ONG des droits de l’homme.

***

Les forces syriennes tuent sept civils

Sept civils ont été tués lundi par les tirs des forces de sécurité syriennes, dont quatre à Deir ez-Zor, ville de l’est de la Syrie prise d’assaut par l’armée, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Une femme et ses deux enfants tentaient de fuir le quartier de Houaiqa à la recherche d’une zone plus calme quand ils ont été visés par une patrouille de la sécurité », a-t-il précisé en soulignant que son mari avait été blessé. Une femme âgée a été tuée par les forces de sécurité dans une autre zone de la ville. À l’aube, les forces de sécurité ont procédé à des perquisitions à Deir ez-Zor après un pilonnage de la ville aux mitrailleuses lourdes, selon des militants.
« L’armée a commencé tôt le matin à pilonner aux mitrailleuses lourdes le quartier al-Joura. Les forces de sécurité ont procédé ensuite à des perquisitions, terrorisant les habitants », a affirmé un militant sur place.
Plusieurs personnes ont été arrêtées et des motos ont été brûlées, selon lui. L’armée a envoyé dimanche ses chars à l’assaut de Deir ez-Zor, située à 430 km au nord-est de Damas, tuant 42 civils, selon les militants. En outre, « trois personnes ont été tuées à Deraa (sud) par les forces de sécurité qui ont tiré sur la foule qui participait aux obsèques d’un Syrien tué la veille dans la ville », selon l’OSDH. Selon le chef de l’OSDH Rami Abdel Rahmane, « l’un des trois tués à Deraa est le militant politique Maen Aloudat, frère de l’opposant Haitham Manna qui vit en France ».

« Il a été visé à la tête, c’est un assassinat », a-t-il ajouté. Dans le gouvernorat d’Idleb (nord-ouest), proche de la Turquie, des chars et des transports de troupes blindés ont pénétré dans la localité de Maaret al-Noumane, selon des témoins. Les forces de sécurité qui accompagnaient les blindés ont procédé ensuite à une vaste campagne d’arrestations, ont-ils dit. Selon l’ONG, « une vingtaine de chars ont été déployés lundi à l’entrée de la ville de Saraqeb » dans la région d’Idleb.
La localité de Houlé, à 20 km de Homs (centre), est « pilonnée par les chars depuis une demi-heure et les habitants commencent à fuir », a indiqué en début d’après-midi un témoin, Abou Maïmouna al-Hilawi. Les autorités y « ont coupé l’eau, l’électricité et les communications depuis le matin. Ils font des perquisitions, humilient les hommes devant leurs familles, arrêtent les jeunes de plus de 15 ans », selon ce témoin.
Dimanche matin, quelque 25 chars et transports de troupes avaient pénétré à Houlé et procédé à des opérations militaires qui ont fait dix morts, avait indiqué le chef de la Ligue arabe des droits de l’homme, Abdel Karim Rihaoui.
Près de Damas, les localités de Zamalka et Irbine sont encerclées par des agents de sécurité qui empêchent les voitures de passer. « Les communications sont coupées depuis ce matin à Zamalka », selon des habitants. Par ailleurs, des divisions de l’armée syrienne ont commencé à se retirer de la ville rebelle de Hama, a affirmé l’agence officielle Sana. « Les divisions de l’armée qui avaient pour mission de ramener le calme à Hama ont commencé à sortir de la ville. L’armée a pourchassé les groupes terroristes armés qui ont commis des actes de sabotage, divisé la ville et a arrêté un certain nombre d’entre eux », selon l’agence.

(Lundi, 08 août 2011 – Avec les agences de presse)

52 civils tués, Assad affirme lutter contre des « hors la loi »


© epa

Les forces de sécurité syriennes ont tué dimanche 52 personnes, dont 42 à Deir Ezzor (est), le président Bachar al-Assad justifiant les interventions sanglantes du régime par une lutte contre des « hors la loi », face à un concert de critiques internationales de tous bords.

Les attaques meurtrières ont suscité les condamnations unanimes, y compris celles du pape Benoît XVI et de la Ligue arabe, cette dernière appelant le pouvoir de Damas, pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation le 15 mars, à « cesser immédiatement les violences.

Dimanche, l’armée a une nouvelle fois choisi l’option sécuritaire pour mater la contestation, en envoyant les chars à l’assaut de Deir Ezzor tuant 42 civils, puis de Houlé dans la province de Homs (centre) où au moins dix civils ont été tués, selon le chef de la Ligue syrienne des droits de l’Homme. « Des milliers de personnes ont fui Deir Ezzor depuis le matin vers Hassaké » plus au nord, a ajouté Abdel Karim Rihaou.

L’armée a pénétré dans neuf quartiers de Deir Ezzor et de « très fortes explosions » ont été entendues, ont indiqué les Comités de coordination locaux (LCC), qui chapeautent les manifestants anti-régime, et Rami Abdel Rahmane, chef de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) selon qui quelque 250 chars et transports de troupes blindés participent à l’offensive.

A Houlé, environ 25 chars et transports de troupes sont entrés dans la ville dimanche matin et ont procédé à des opérations militaires, selon M. Rihaoui. La télévision publique a pour sa part démenti l’entrée de chars à Deir Ezzor, situé à 430 km au nord-est de Damas. « Aucun char n’y est entré, mais des divisions de l’armée ont levé des barrages érigés par les groupes terroristes, aux entrées de cette ville », a-t-elle affirmé. Elle a montré par ailleurs « une grande quantité d’armes et de munitions » saisies selon elle dans un camion intercepté à la frontière libanaise, dans le gouvernorat de Homs.

Cette ville, la troisième de Syrie, située à 160 km au nord de Damas, a été à la pointe de la révolte antigouvernementale. L’armée y a été dépêchée il y a deux mois pour tenter de faire taire les manifestants. Les militants, qui manifestent habituellement à la sortie de la prière musulmane du vendredi, ont promis de faire de « chaque jour un vendredi » pendant le ramadan, organisant des défilés nocturnes après la prière quotidienne des Tarawih.

Samedi soir, ils sont descendus dans les rues de Lattaquié (est), Deir Ezzor, Homs, Al-Rastan (centre), Saraqeb (nord-ouest), et Deraa (sud) où est née la révolte contre le régime du président Assad. Dans plusieurs quartiers de Damas, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestations, tandis que deux personnes ont succombé dimanche à leurs blessures après avoir été touchées par des tirs des forces de sécurité lors de manifestations massives samedi soir à Idleb (nord-ouest), ont indiqué des militants.

Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour quele régime mette un terme au bain de sang mais le président syrien semblait y rester sourd. Dimanche, il a justifié son action lors d’un entretien avec le ministre libanais des Affaires étrangères Adnane Mansour, selon l’agence officielle Sana.

« Agir face aux hors-la-loi qui coupent les routes, ferment les villes et terrorisent la population est une obligation pour l’Etat qui doit défendre la sécurité et protéger la vie des citoyens », a-t-il déclaré. Il a d’autre part assuré que la Syrie « avançait sur la voie des réformes », au lendemain de la promesse par le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem de la tenue d’élections législatives « libres et transparentes » avant la fin de l’année.

La veille, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avait exhorté M. Assad à mettre fin à la répression meurtrière au cours d’un entretien téléphonique, le premier depuis avril. Dmanche, le secrétaire général de la Ligue, Nabil al-Arabi a également appelé les autorités syriennes « à mettre fin immédiatement à tous les actes de violence et aux campagnes sécuritaires contre les civils », dans un communiqué officiel.

Il s’est toutefois gardé de demander le départ du dirigeant syrien comme l’exigent les manifestants syriens depuis près de cinq mois. A Castelgandolfo, près de Rome, le pape Benoît XVI a lancé des appels pressants lors de l’Angelus aux autorités syriennes pour « répondre aux aspirations légitimes » de la population, se disant « vivement préoccupé » par « les épisodes dramatiques et croissants de violence en Syrie ».

De leur côté, Washington, Paris et Berlin envisageaient samedi de nouvelles mesures contre Damas, tandis que les monarchies du Golfe ont réclamé la fin de l' »effusion de sang ». Ankara, « à bout de patience », va pour sa part envoyer son chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu mardi en Syrie pour transmettre « avec détermination » au régime de Damas les « messages » de la Turquie « face à la violence de la répression », selon le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Selon l’OSDH, au moins 2.059 personnes, dont 391 militaires et agents de sécurité, ont trouvé la mort en Syrie depuis le 15 mars. (afp)

07/08/11 19h07

source

Les manuels scolaires sont la « principale explication » de la transformation des étudiants israéliens en « monstres » racistes contre les Palestiniens


Via :  omar.barghouti@gmail.com

Le 7 août 2011

 Nurit Peled-Elhanan

Ci-dessous, une recherche perspicace d’une universitaire israélienne respectée, qui confirme ce que les chercheurs palestiniens ont toujours su : la culture en vigueur en Israël, de racisme et de fondamentalisme fanatiques, de soutien aux crimes de guerres et à l’apartheid contre les Palestiniens, est essentiellement le produit d’un système d’éducation qui endoctrine les élèves juifs israéliens selon des valeurs colonialistes militantes et un racisme extrême, un système qui en fait des « monstres » une fois sous l’uniforme.

Ceux qui considèrent qu’il s’agit là d’un « égarement » du sionisme semblent ne pas avoir suffisamment compris ce qu’est réellement le sionisme et le rôle central qu’il a joué et joue, en tant qu’idéologie manifestement raciste, dans la justification du nettoyage ethnique et de la domination raciste des Palestiniens.

Il ne faut pas s’étonner dès lors pourquoi, en plein massacre israélien à Gaza en 2008/2009, un sondage réalisé à l’université de Tel Aviv (et publié dans le Jerusalem Post début janvier 2009) montre que 94 % des juifs israéliens interrogés soutenaient l’assaut, en parfaite connaissance des énormes souffrances qui en découlaient et étaient infligées à un million cinq cent mille Palestiniens, incarcérés dans « le camp-prison » de Gaza, et de la destruction massive de leur infrastructure civile.

Nurit Peled-Elhanan écrit notamment :

« Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Comme dans tout système colonial, seule, une pression soutenue et efficace venant de l’intérieur comme de l’extérieur peut mettre un terme à cette spirale régressive de criminalité, d’impunité et de racisme tacite. Il faut encore plus de BDS (boycotts, désinvestissements et sanctions) pour mettre fin à l’occupation, au colonialisme et à l’apartheid. En plus de profiter évidemment aux Palestiniens autochtones, qui souffrent depuis plus de six décennies de ce système d’oppression israélienne à trois niveaux, mettre fin à ce système d’oppression peut très bien aussi permettre de transformer la plupart des Israéliens, de « monstres » colonialistes en êtres humains normaux.

Omar

Omar Barghouti est un militant des droits humains, membre fondateur du mouvement de boycott mondial contre Israël à direction palestinienne, et auteur de Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine – (Édition La Fabrique).

Une universitaire israélienne dénonce la partialité des manuels scolaires en Israël

Harriet Sherwood
The Guardian – Observer
7 août 2011

Nurit Peled-Elhanan, universitaire israélienne, mère et politique radicale, évoque l’image de rangées d’écoliers juifs, penchés sur leurs livres, apprenant qui sont leurs voisins, les Palestiniens. Mais, dit-elle, ceux-ci n’y sont jamais désignés sous le nom de Palestiniens, sauf dans le contexte du terrorisme.

On les appelle les Arabes. « L’Arabe avec un chameau, dans une tenue d’Ali Baba. Ils les décrivent comme des gens vils, et anormaux, et criminels, qui ne paient pas d’impôts, des gens qui vivent en dehors de l’État, des gens qui ne veulent pas s’améliorer », dit-elle. « On ne les présente que comme des réfugiés, des paysans primitifs et des terroristes. Vous ne voyez jamais un enfant palestinien, ni un médecin, ni un enseignant, ni un ingénieur, ni un paysan moderne. »

Peled-Elhanan, professeur de langue et en pédagogie à l’université hébraïque de Jérusalem, a étudié le contenu des livres scolaires israéliens de ces cinq dernières années, et son mémoire, La Palestine dans les livres d’école israéliens : idéologie et propagande en Éducation, a été publié ce mois-ci au Royaume-Uni. Elle y décrit ce qu’elle estime être du racisme, même plus que cela, un racisme qui prépare les jeunes Israéliens à leur service militaire obligatoire.

« Les gens ne savent pas vraiment ce que leurs enfants lisent dans les manuels » dit-elle. « Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Dans « des centaines et des centaines » de livres, elle soutient ne pas avoir trouvé une seule photographie montrant un Arabe comme « une personne normale ». Sa découverte la plus importante dans les livres qu’elle a étudiés – tous autorisés par le ministère de l’Éducation – concerne le récit historique des évènements de 1948, l’année où Israël fit la guerre pour s’implanter en tant qu’État indépendant, et où des centaines de milliers de Palestiniens durent fuir le conflit qui s’en est suivi.

L’assassinat de Palestiniens y est dépeint comme quelque chose de nécessaire pour la survie de l’État juif naissant, prétend-elle. «  Les massacres ne sont pas niés, ils sont simplement représentés dans les livres d’école israéliens comme, dans le long terme, quelque chose de bénéfique pour l’État juif. Par exemple, Deir Yassin (village palestinien d’avant 1948, proche de Jérusalem) a été un massacre épouvantable perpétré par les soldats israéliens. Dans les livres d’école, ils vous disent que ce massacre a déclenché la fuite massive des Arabes d’Israël et a donc permis la création d’un État juif, avec une majorité juive. Par conséquent, c’était la meilleure solution. C’était peut-être dommage, mais à long terme, les conséquences pour nous étaient positives. »

Les enfants, dit-elle, sont élevés pour servir dans l’armée et intérioriser le message que les Palestiniens sont « des gens dont la vie peut leur être retirée en toute impunité. Et pas seulement cela, mais que ce sont des gens dont le nombre doit être réduit. »

Peled-Elhanan aborde son sujet à partir d’un contexte politique radical. Elle est la fille d’un célèbre général, Matti Peled, qui était convaincu que l’avenir d’Israël résidait dans une paix digne avec les Palestiniens. Après avoir quitté l’armée, il était devenu membre actif d’un mouvement pour la paix.

La famille avait conçu une affiche, appelant à un règlement pacifique du conflit et représentant Smadar, la fille unique de Peled-Elhanan, avec son message : tous les enfants méritent un avenir meilleur.

Puis, en 1997, Smadar a été tuée par un kamikaze palestinien alors qu’elle faisait des courses à Jérusalem. Elle avait 13 ans. Peled-Elhanan se refuse à parler de la mort de sa fille, une ou deux fois seulement elle a fait allusion à « la tragédie ».

A l’époque, elle a dit que cela renforcerait sa conviction que, sans un règlement au conflit et une coexistence pacifique avec les Palestiniens, d’autres enfants allaient mourir. « Les attaques terroristes comme celle-ci sont la conséquence directe de l’oppression, de l’esclavage, de l’humiliation et de l’état de siège qu’on impose aux Palestiniens » a-t-elle déclaré à des journalistes de télévision après la mort de Smadar.

Ses opinions radicales ont eu inéluctablement un coût professionnel. « Les professeurs d’université ont cessé de m’inviter à des conférences. Et quand je prenais la parole, la réaction la plus fréquente était « Vous êtes une antisioniste ». » Et tous ceux qui contestent le discours qui prévaut aujourd’hui en Israël, dit-elle, sont accusés de la même façon.

Elle espère que son livre sera publié en hébreu, mais elle s’est résignée à ce qu’il soit rejeté par beaucoup dans le courant politique dominant.

Quand on lui demande si les livres d’école palestiniens reflètent aussi un certain dogme, Peled-Elhanan soutient que ces livres font la distinction entre sionistes et juifs. « Ils font cette distinction tout le temps. Ils sont contre les sionistes, pas contre les juifs ».

Mais elle concède que l’enseignement sur le génocide des juifs dans les écoles palestiniennes est « un problème, une question ». « Certains enseignants (palestiniens) refusent d’enseigner l’Holocauste tant que les Israéliens n’enseigneront pas la Nakba (la « Catastrophe » palestinienne de 1948). »

Sans surprise peut-être de la part de quelqu’un qui a des points de vue aussi radicaux, Peled-Elhanan est profondément pessimiste pour l’avenir de son pays. Le changement, dit-elle, ne viendra que « lorsque les Américains cesseront de nous donner un million de dollars par jour pour maintenir ce régime d’occupation, de racisme et de suprématie ».

Quant à Israël : «  Je ne lui vois que le chemin qui mène au fascisme. Vous avez cinq millions et demi de Palestiniens contrôlés par Israël qui vivent sous un apartheid horrible, sans droits civils ou humains. Et vous avez l’autre moitié, qui sont juifs, et qui de minute en minute perdent leurs droits », dit-elle en référence à toute une série de tentatives visant à restreindre le droit des Israéliens à protester et à critiquer leur gouvernement.

Elle écarte la gauche israélienne comme étant toujours modérée et timide, surtout à l’heure actuelle. « Il n’y a jamais eu de véritable gauche dans ce pays. » Elle pense que le système éducatif contribue à perpétuer un État injuste, antidémocratique et non viable.

« Tout ce qu’ils font, de la maternelle à la terminale, c’est de nourrir, de toutes sortes de façons et à travers la littérature, des chansons, des fêtes et des loisirs, ces idées de chauvinisme patriotique. »

Cet article a été modifié le 7 août 2011. La version originale attribuait à Matti Peled, père de Nulit, la conception de l’affiche représentant Smadar, la fille de Nurit Peled-Alhanan. En fait, c’est le père de Smadar, Rami Alhanon, qui l’a conçue.

(JPG)
De Harriet Sherwood :

-  Israël démolit des maisons et une école en Cisjordanie occupée
-  Des soldates israéliennes dénoncent le traitement infligé aux Palestiniens

La révolution frémit à Damas : « Incroyable, ils n’ont plus peur »


Témoignage
Par Alice Michaux | Damas | 07/08/2011 | 11H25
La révolte monte lentement dans la capitale syrienne verrouillée par le pouvoir, et la vie quotidienne a changé. Témoignage.
Capture d'écran d'une vidéo prise lors d'une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)En apparence, la vie n’a que peu changé depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.Les gens se promènent dans la rue, les magasins sont ouverts. D’immenses drapeaux ont fait leur apparition place des Omeyyades et des Abbassides, un stade a été transformé en caserne.Certaines administrations ont affiché des caricatures telles qu’un Satan américano-sioniste en train de partager le gâteau syrien avec des diablotins armés de longs glaives sur lesquels on peut lire : BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera (chaînes qui diffusent les vidéos envoyées par les manifestants).

A la radio, les présentatrices imperturbables, continuent à faire porter la responsabilité des crimes à des mystérieux « infiltrés », qui tireraient sur les manifestations anti-régime et sèmeraient la zizanie entre les Syriens au profit de l’étranger.

« Infiltrés » : ce mot a acquis une célébrité sans pareille ici, et fait l’objet de nombreuses blagues. « Ah, mais en fait, c’est toi l’infiltré ! Pourquoi tu t’infiltres dans ma cuisine ? » plaisante-t-on. C’est dire le crédit porté, par un très grand nombre de gens, à la propagande d’État.

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Toute la journée, les sirènes des ambulances parcourent la ville. Elles viennent des quartiers soulevés, ou se dirigent vers eux.

A tout moment, le passant est harcelé par les manifestations pro-régime, souvent constituées d’une poignée de gens, qui scandent « Abou Hafez ! Abou Hafez ! » et frappent trois fois dans leurs mains.

Abou Hafez, c’est Bachar el-Assad : fils de l’ancien président et père du prochain. La boucle est bouclée, l’éternité, refermée. Réponse radicale aux aspirations à la liberté.

Dans le camp d’en face, à Hama, avant l’entrée des chars il y a quelques jours, une foule innombrable chantait chaque vendredi place de l’Oronte :

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Les manifestations pro-régime peuvent faire leur apparition dans n’importe quel lieu public, un bus, un restaurant, prenant en otage tous ceux qui s’y trouvent. La chaîne d’Etat et la chaîne Al Dounia filment les passants dans la rue pour montrer « la vie normale ».

Une jeune femme raconte ainsi qu’elle est passée sur la chaîne officielle, alors qu’elle se hâtait… sur le chemin d’une manifestation…

« La liberté commence par le respect du régime »

Sur d’énormes panneaux publicitaires s’étalent des « réponses » aux slogans de la révolution.

Toute une campagne est ainsi organisée pour enseigner au peuple comment il doit comprendre le terme « liberté ». Sur ces panneaux, on voit apparaître le mot, de loin, en immenses lettres bleues. Puis, en lettres plus petites et de couleur plus discrète, de sorte qu’on ne les voit qu’après s’être rapproché, vient la suite de la leçon.

Cela donne, par exemple, selon mon souvenir :

« LA LIBERTE ne commence pas par des slogans, mais par le respect des lois
LA LIBERTE ne commence pas par le chaos, mais par la responsabilité
LA LIBERTE ne commence pas par la destruction des biens publics, elle commence par le travail »

Cette campagne n’est pas la seule en son genre. Il suffit d’un trajet en ville pour être littéralement abruti par toute la littérature déversée par le régime sur les citoyens.

Les contre-manifs suivent les manifs

Le vendredi, pas âme qui vive dans la rue. Le silence règne jusqu’à l’appel à la prière de l’après-midi (vers 13 heures). Après quoi, suivant le lieu où l’on se trouve, on peut commencer à voir passer des ambulances et de grands bus poussiéreux, par dizaines, transportant les services de sécurité.

Quand la bataille est finie, on voit passer d’autres bus, remplis de fonctionnaires contraints par leur direction à aller faire une contre-manifestation sur le lieu même qui vient d’assister à la mort et aux arrestations.

Suivant l’endroit où l’on se trouve, on entend les balles. A partir de quinze heures, on commence à savoir ce qui s’est passé dans chaque quartier, chaque ville de Syrie. Et le soir, une grande « fête » pro-régime est organisée dans les quartiers centraux de Bab Touma et Bab Charki, souvent accompagnée d’un défilé en voiture avec klaxons et drapeaux.

Il y a environ trois semaines, à Rukn el-Dine, un quartier à majorité kurde construit sur le versant de la montagne Qassioun, les familles ont pu voir, d’un côté, la manifestation débouler des hauteurs, remplir les ruelles en pente, et de l’autre côté les forces de sécurité qui attendaient en bas sur la rue principale. Des gaz lacrymogènes ont été lâchés.

Mais la semaine suivante, personne n’est sorti sur son balcon, car c’est une pluie de balles qui s’est abattue sur le quartier. Rukn el Dine est également depuis longtemps le théâtre de nombreuses manifestations volantes, rassemblées-dispersées avant qu’on ait pu respirer.

Des manifs très fréquentes mais très rapides

Au centre-ville, on peut tomber par hasard sur un déploiement d’hommes armés dont la présence provoque l’annulation d’un rassemblement initialement prévu à cet endroit-là (comme, par exemple, le 14 juillet place Merjé, devant le ministère de l’intérieur).

Il est plus difficile de tomber par hasard sur une manifestation. Elles sont en fait très fréquentes, mais, comme on vient de le dire, d’une extrême rapidité. Manifester en centre-ville, c’est à la fois être plus protégé qu’en banlieue (on ne tire pas encore, ou peu, dans Damas) et être plus exposé, car moins nombreux.

La mosquée des Omeyyades, le souk Hammidiyé, le souk Hariqa, la place Merjé, la place Arnous, la rue Aymariyé sont autant de lieux centraux de la capitale qui voient ou ont vu au moins une fois de petits groupes de personnes (dont beaucoup d’intellectuels) tenter de briser la « normalité » du centre.

Les massives manifestations des banlieues ne parviennent pas à passer les barrages de l’armée pour atteindre la capitale et enfin s’unifier.

Les services secrets sur les bancs de la fac

La Cité universitaire a été, fin juin-début juillet, le théâtre d’événements dont on m’a fait le récit : certaines étudiantes ayant refusé d’accrocher sur leur porte des photos de Bachar al-Assad, une violente dispute a éclaté dans le bâtiment des filles, menant à l’arrestation d’une trentaine d’étudiantes. Les garçons se sont alors mobilisés pour demander leur libération.

L’un des hauts responsables de l’établissement a téléphoné à la « sécurité », et s’en est suivi un débarquement de Chebbiha. C’est l’un des nombreux appareils de répression au service du régime, le plus célèbre en ce moment pour son fanatisme, sa cruauté et l’aspect physique de ses membres, malabars au crâne rasé qui se laissent pousser la barbe.

Ils ont cassé les portes des chambres et passé à tabac toute personne leur tombant sous la main. Des balles ont été tirées depuis le toit, faisant plusieurs morts parmi les étudiants.

La Cité a été fermée, en pleine période d’examens. Le lendemain, un sit-in a été organisé à la fac de droit, mais n’a pas pu avoir lieu à cause du déploiement préventif de la Chebbiha.

Le même jour, un étudiant originaire de Deraa a été arrêté sur simple présentation de sa carte d’identité, alors qu’il venait passer un examen. Depuis plusieurs mois déjà, les étudiants partagent les bancs des amphithéâtres avec les « mukhabarats » (agents secrets), qui assistent aux cours avec eux.

« Grâce à la révolution, on fait connaissance »

A Damas, on entend beaucoup plus qu’on ne voit. C’est pourquoi beaucoup de gens font la démarche d’aller « voir de leurs yeux » ce qui se passe. Le mercredi ou le jeudi, ils vont dormir dans les quartiers soulevés, qui, le vendredi, seront entièrement bouclés.

On va dormir à Berzé, à Douma, à Qaboun, à Qadam, pour être sur place, et descendre à la manifestation. Certains se déguisent, d’autres non. Car tout le monde filme.

On a tous vu une vidéo de manifestation filmant les manifestants eux-mêmes en train de filmer. Un ami, qui filmait lui aussi, dit à un père qui portait son fils sur ses épaules :

« Ne t’inquiète pas, je ne montrerai pas vos visages. »

Sur quoi il lui répondit :

« Mais montre-les nos visages, montre-les ! Qu’est-ce que tu veux que ça nous fasse ? »

Les propos que j’ai le plus entendus en écoutant les retours d’expédition étaient :

« C’est incroyable, ils n’ont plus peur. »

Ils chantent d’ailleurs :

« Ohé gens de Damas, nous, à Berzé, le régime on l’a fait tomber ! »

On entend aussi beaucoup :

« C’est incroyable, nous les Syriens on ne se connaissait pas. Grâce à la révolution, on fait connaissance. »

Mille et une anecdotes cocasses circulent sur toutes les personnes non musulmanes, chrétiennes, druzes, alaouites etc., qui se rendent à la mosquée le vendredi pour ne pas rater le départ de la manifestation, et… ne savent pas prier.

Un blessé ne doit pas aller à l’hôpital, il risque de se faire arrêter

Le quartier de Midane, religieux et conservateur, est devenu un véritable théâtre pour ces tentatives de prise de contact entre Syriens et Syriennes de tous âges, milieux, confessions, convictions. Beaucoup de « laïcs » s’y rendent chaque vendredi pour participer aux manifestations.

Le fils d’une amie, qui s’est fait arrêter là-bas il y a environ un mois, a été mis dans le bus de la sécurité, d’où il a vu de ses yeux un agent tuer un manifestant d’un coup de revolver.

Arrivés à la « section » (équivalent du « poste », avec une connotation autrement sinistre), on les a entièrement déshabillés, battus avec des câbles, on leur a cassé des côtes, puis on leur a marché sur la nuque avec des bottes.

Le lendemain, un jeune gradé élégant et cultivé leur a fait la leçon, et leur a demandé de « considérer ce traitement comme venant d’un grand frère se souciant de leur bien ».

Puis ils ont été relâchés. Si l’on sort blessé d’une manifestation, il est très imprudent de se rendre à l’hôpital, d’où l’on peut être renvoyé en prison sur le champ. Dans les banlieues soulevées, les forces de sécurité attaquent les hôpitaux, empêchent le ravitaillement en médicaments, coupent l’électricité.

Toujours à Midane, le 13 juillet, le parvis de la mosquée Hassan a été choisi comme lieu de rassemblement pour une manifestation d’« intellectuels syriens ».

Le choix du lieu était symbolique, puisqu’il visait à briser la glace entre « laïcs » et « croyants », à adresser un message fort de solidarité à « la rue », à s’inscrire en faux contre les spectres de la « révolution islamiste » et de la « vengeance sunnite ».

Une trentaine d’artistes ont été arrêtés ce jour-là, dont une actrice très populaire, May Skaf, que cet épisode a hissée au rang de symbole de la révolution syrienne. Sa photo est brandie un peu partout dans tout le pays avec celles d’autres artistes appelés « les nobles ».

On peut mesurer le succès de leur initiative quand on sait que, lors d’un sermon du vendredi, un cheikh a salué le courage des « intellectuels » parmi lesquels cette actrice mais aussi une scénariste dont le feuilleton, au Ramadan dernier, jugé trop licencieux, avait provoqué un tollé dans les milieux religieux.

Quand les condoléances virent à la manifestation

Ceux qui veulent voir et entendre se rendent également dans les séances de condoléances, où ils écoutent les récits des familles de martyrs, les retranscrivent et les diffusent. Entre une séance de condoléances et une manifestation, il n’y a qu’un pas. Ainsi le récit d’une amie qui s’était rendue à Qaboun :

« Au début on saluait les mères de martyrs, chacune debout devant sa porte. Certaines étaient très jeunes. Il n’y avait que des femmes.

Petit à petit, on est sorties de la ruelle et on s’est retrouvées dans une rue beaucoup plus grande où il y avait des hommes, beaucoup de monde, c’était une manifestation.

A un moment on a entendu tirer, mais ils ont dit : “C’est pour nous faire peur, continuez ! Continuez” ! »

A plusieurs reprises les personnes me racontant ce type d’expérience ont insisté sur le fait qu’ils étaient merveilleusement accueillis par les gens des quartiers concernés, et, également, que leur sécurité était remarquablement prise en charge.

Deux femmes qui avaient rejoint une manifestation au sortir de la mosquée à Berzé racontent :

« On était entourées d’hommes qui veillaient sur nous. On a marché longtemps avec eux. A un moment ils se sont rapprochés de nous, et nous ont indiqué une rue en disant que maintenant il valait mieux partir, ce qu’on a fait. »

Une de ces deux femmes, ayant rendu une autre visite de condoléances, toujours à Berzé, décrivait, admirative, le cordon de sécurité organisé par de très jeunes gens autour de la tente, et se chargeant d’annoncer l’arrivée des diverses délégations venues au nom des « tansiqiyat », les organisations révolutionnaires) de tout le pays.

Elle décrivit ensuite comment le même cordon organisait leur sortie, et comment elle vit, peu après, cinq bus de Chebbiha débouler là où, quelques instants auparavant, elle se trouvait.

Photo : capture d’écran d’une vidéo prise lors d’une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)

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