Les bourreaux de Baniyas sous les banières de Che Guevara et Bachar Al Assad.


2013/05/13

Traduction – éditée par A l’Encontre (12 – mai – 2013) – d’un entretien avec Abu Mohammad, témoin oculaire qui a survécu au massacre de Banias (2 et 3 mai 2013) et qui a raconté ce qui précède sur la chaîne télévisée Al-Arabiyah.

Syrie. Entretien avec un témoin des massacres de Banias

… il y avait des paroles que je n’arrivais pas à comprendre. Je suis un Syrien de Banias, de Ras-Elnabe’. Il y avait des choses que je ne pouvais pas comprendre. Certains d’entre eux portaient des habits de la marine, d’autres des vêtements civils et des souliers blancs. Ils étaient environ 150. Ils ont ensuite tué les enfants. Ils les ont empilés les uns sur les autres…

… Ils sont entrés à 3 heures 30 et ils ont commencé à bombarder. Ils tiraient environ 20 à 30 obus par minute. Les maisons étaient détruites et ils sont alors entrés dans les maisons pour tuer tous ceux qui étaient vivants. Je ne vous parle que d’une seule rue. Si vous comptez les autres rues, le nombre de morts dépasse les 1500. Il y en a plus de 1000 seulement à Ras-Elnabe’. Ils ont pris un camion (un camion congélateur) et ils ont commencé à jeter les corps dedans. Ils ont pris plus de 200 martyrs, plus de 200 martyrs…

Lorsqu’ils nous ont vus approcher, ils se sont sentis en sécurité et nous les avons portés et nous les avons emmenés. Je vous raconte ce que j’ai vu de mes propres yeux. Je suis retourné voir ce qui s’est passé dans le quartier, mais je n’ai trouvé personne d’autre. Plus de 1000 sont morts dans cette zone.

Ils s’en fichent donc des enfants, des femmes et des vieillards?

Un enfant de 15 jours a été tué.

Des gens affirment que des armes blanches ont été utilisées, avez-vous remarqué des personnes tuées à l’arme blanche?

Certaines personnes ont été tuées à l’arme blanche et au couteau, d’autres ont eu leurs têtes fracassées à coups de pierres jusqu’à ce qu’elles explosent. Ils n’ont pas épargné les enfants ou les vieillards. Les tueurs appartiennent à plus d’une confession Il y a des Alaouites et des chiites d’Iran. Il y avait des accents que je n’avais jamais entendus. Je suis un Arabe et un Syrien.

Je n’ai jamais entendu de tels accents. Il y a aussi la famille de Dandesh, ils ont tous été brûlés dans leurs maisons. Trois maisons proches les unes des autres. Ils les ont tous brûlés dans leurs maisons.

_____

Massacre dans le village de Bayda (AP, le 2 mai 2013)

Massacre dans le village de Bayda (AP, le 2 mai 2013)

.

Le 6 mai une fuite est largement diffusée sur les réseaux sociaux:

La fuite provient d’une milice pro-Assad, la mal nommée « résistance syrienne » (!): Mihraç Ural aka Ali at-Kayyali, chef de cette milice, prononce un discours à ses hommes, aux côtés d’un dignitaire religieux alaouite quelques jours avant le massacre de Baniyas. La véritable résistance syrienne (révolution syrienne et Armée syrienne libre) partage le document:

20130512-214222.jpgLa Révolution Syrienne 2011

les responsables des massacres de Baniyas

Le chef Alaouite, Turc, de la résistance syrienne parle dans cette vidéo de la nécessité de «nettoyer» la ville de Banias il déclare « si nécessaire, nous allons participer à la bataille de Banyas et remplir notre devoir national » « Banias doit être assiégé, libéré et nettoyé » il explique que « Banyas est la seule voie [d’accès] pour les traîtres à la mer » en référence aux combattants de l’Armée syrienne libre.

/

20130513-165513.jpg

Les « traîtres », selon la mythologie de Mihraç Ural, sont les civils sunnites du district de Banyas qui seront victimes du massacre du 2 et 3 mai, et forcés à l’exil par les shabbiha d’Assad et Mihraç Ural. L’armée syrienne libre était absente de Banyas. Le compte Facebook du boucher de Banyas est litéralement pris d’assaut par les activistes anti-Assad, ses photos en compagnie des shabbihas du régime Assad sont largement partagées. Celle-ci [1] montre Miraç Ural en compagnie du dignitaire religieux alaouite Ghasal Yasar et du shabbiha médiatique algérien Yahia Zakaria (son public le qualifie de « penseur algérien« , « docteur« , ou « journaliste« ).

.

Le 12 mai, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu affirme que le Boucher de Banias et Bayda: Miraj Ural, est accusé d’implication dans des attentats de Reyhanli en Turquie:

La veille, deux voitures piégées ont explosées dans le centre de la ville, en février une autre avait tué 17 personnes à Cilvegözü (Bab-al-Hawa). Neuf membres de la secte de Miraç Ural ont été arrêtés par les autorités turques [2]. Selon All4Syria [3] qui cite Ahmet Davutoglu:  » En tant que leader du Parti de libération du peuple turc / Front (THKP / C) Miraj Ural est impliqué dans plusieurs groupes meurtriers appelés «Acilciler» («la hâte»), fondés dans les années 70. Oural est resté un initiateur des manifestations anti-turques en province d’Hatay l’annee derniere« . C’est à dire en 2012, l’année où l’ASL s’est engagée dans des combats contre le Régime Assad, la province turque d’Hatay étant considérée par les syriens comme une ancienne province syrinne (ville d’Antakya [Antioche]) rétrocédée à la Turquie par l’ancienne puissance coloniale française en 1939. Le site américain National Consortium for the study of terrorism and responses to terrorism a publié une fiche sur le Turkish People’s Liberation Front (TPLF) (THKP-C) [Türkiye Halk Kurtuluş Partisi-Cephesi (THKP-C) alias Turkish People’s Liberation Party-Front (TPLP-F)]. Le THKP/C était un groupe terroriste connu depuis 1971, relativement influent pour l’époque, issu des franges d’extrême gauche des années 60: le Mouvement des Jeunesses Révolutionnaires (Dev Genc). Ses sources de financement provenaient aussi de bracages de banques, comme Staline dans sa jeunesse… Fondé par Mahir Çayan, le THKP-C s’est vite séparé en trois groupes, eux mêmes générant de nombreuses entités qualifiées de terroristes. L’objectif de cette organisation était la mise en place d’un Régime marxiste/Léniniste en Turquie, donc à l’époque de l’URSS. Dans l’ouvrage Terrorism, 1992 – 1995: A chronology of Events and a Selected Annotated…, Edward F. Mickolus rapelle la proximité de Mihraç Ural et les trois frères Assad, il aurait même épousé la secrétaire de rifaat Al Assad. Traduction de la page 500:

[…]  » […] à Damas, Ocalan subissait une forte pression de la part des soviétiques pour qu’il crée un parti kurde communiste [en Turquie] avec les structures nécéssaires (politbüro et ainsi de suite). Mais il refusa.

Bayik rencontra beaucoup d’officiels bulgares, sovietiques, cubains, recherchant des parrainages et soutiens. Ces prises de contact et se sont transformées peu à peu en relations systématiques, utilisant principalement un contact du KGB au centre culturel soviétique de Damas. En 1980… le PKK infiltra ses groupes en Turquie au delà de la frontière syrienne, sous la direction de Mehmet Karasangur. Certains combattants ont survécu et sont parvenu à rejoindre Siverek et batman, la plupart ont été tués par l’armée [turque]. »

Entretemps, Jamil Al-Assad, le frère du président syrien [Hafz al-assad], a établi des contacts avec le PKK, comme le fit son autre frère Rifaat al-Assad. Rif’at al-Asad a entretenu des relations proches avec Miraç Ural, le chef hors-la-loi des groupes [de la bande de braqueurs abusivement nommée] Parti Acilciler de libération du peuple turc, ce dernier profite depuis de la citoyenneté syrienne, puis a épousé la secrétaire de Rifaat Al Assad.

 » Ayant établi ses relations, le destin d’Ocalan changea. Lui qui vivait en Syrie avec une seule paire de pantalons se retrouva soudain propriétaire d’une maison en ville, gracieusement offerte à lui par les syriens. Il entamait sa vie sous protection syrienne, et reçu sa premiere mercedes […]  »

/

Depuis l’ère post-soviétique, certains résidus de la Loubianka sont toujours actifs en Turquie, d’autres comme Miraç Ural ont été récupérés par la dynastie d’Hafez al-Assad (l’autre supplétif du Kremlin depuis le coup d’état [réussi en Syrie] de 1970). L’éditeur Fawaz C. Najia publiait le 8 mai sur son blog Arabsaga, le billet Syria: Enter the ethnic cleanser of Banias consacré au boucher de Banyas: il qualifie Mihraç Ural de fugitif turc réfugié en Syrie d’Assad après le coup d’état [raté en Turquie] du 12 septembre 1980. Il ajoute qu’à Damas, il aurait présenté Abdullah Ocalan le leader du PKK, à Hafez al Assad et que Mihraç Ural publie sur Facebook d’anciennes photos de lui avec Abdullah Ocalan [4]. Il publie d’ailleurs de très nombreuses photos. L’une d’elles datée du 7 avril, le montre rassemblant ses troupes sous un portrait de Che Guevara [5], pour partir en croisade contre « la conspiration étrangère d’Erdogan, du Qatar, de l’Arabie Saoudite… contre la Syrie [=le Régime Assad] »:

mihrac3a7uralcheguevara01

l’absurdité de la situation n’a pas echappé à la véritable résistance syrienne:

The Syrian Days Of Rage – English

Commander of the #Banyaas Massacre, who goes by the name ‘Ali Kayali’ and is from Antakya. These are the criminals who will only continue to kill. #Syria

mihrac3a7uralcheguevara02

/

MihraçUralBacharAlAssadMalgré les relents nationalistes et confessionels de son discours, « l’extrémiste » (tel qu’il est qualifié par ses adversaires) « de gauche » (tel qu’il se présente lui-même), pose entre l’étoile rouge et le portrait de Bachar al Assad [6]:

.

L’internationale propagandiste d’Assad au secours de Miraç Ural:

Bahar Kimyongür est un propagandiste originaire de la même région turque que Mihraç Ural, il diffuse la désinformation du Régime Assad en français depuis la Belgique et la France. Dans un récent texte consacré aux massacres de Banyas, il ne nie pas l’existence des victimes, mais nie la responsabilité du Régime Assad pour accuser comme toujours ces fameux « groupes terroristes« , il tentent aussi de blanchir Mihraç Ural et fait miroiter au lecteur un passé héroïque de guérillero turc engagé contre « la conspiration de la CIA en Turquie« . Le texte est publié sur le site Michel Collon, le shabbiha médiatique le plus popularisé par la galaxie collaborationniste francophone [7].

.

.

Sources:

[1]

Die Syrische Revolution 2011 الثورة السورية ـ المانيا

Der Top-Terrorist Ali Kaiyali, der Kommandeur des sogenannten syrischen Widerstandes, und der für die Massaker in Banias verantwortlich ist. Rechts: der algerische Schabih Yahia Zakaria und links der Schabih Ghasal Yasar

العقل المدبر للمجازر في بانياس الشبيح المجرم الطائفي الارهابي علي كيالي قائد مايسمى المقاومة السوريه بالمنتصف مع الكلب الجزائري الشبيح يحي ابو زكريا يمين والشبيح موفق غزال يسار

/

.

[2]

mihrac3a7uralbutcherofbanyasLa Révolution Syrienne 2011

Le Boucher de Banias derrière les attentats en Turquie Neuf personnes ont été placées en garde à vue en lien avec les attentats d’hier à Reyhanli en Turquie, ils appartiennent tous au même groupe armé appelé « Résistance Syrienne » commandé par un Alaouit Mieraj Oural partisan du régime de Bachar Al Assad https://www.facebook.com/photo.php?fbid=489248481142942&set=pb.142327769168350.-2207520000.1368354833.&type=3&theater

/

.

[3]

Die Syrische Revolution 2011 الثورة السورية ـ المانيا

Butcher of Banias Bayda Miraj Ural accused of involvement in bombings in Turkey, the Turkish Foreign Minister Ahmet Davutoglu said. Laut all4syria: Der im Jahre 1980 nach dem Militärputsch nach Syrien geflüchtete türkische Linksextremist Mihraç Ural, alias Ali Kai`yali, genannt der Schlächter von Banias, soll hinter den Anschlägen im Grenzort Reyhanli stecken. Das sagte der türkische Außenministe…r Ahmet Davutoğlu. Ural genuss Asyl in Syrien und er ist schon eingebürgerter Importterrorist. Als ein Führer der Türkischen Volksbefreiungspartei/Front (THKP/C) und deren in mehrere Mordanschläge verwickelten Splittergruppe mit dem Namen „Die Eiligen“ („Acilciler“), die in den 70er-Jahren gegründet wurde, blieb Ural auch als Initiator antitürkischer Proteste in Hatay im letzten Jahr in Erinnerung. Er soll außerdem eine bewaffnete Gruppe namens „Widerstand“ in Syrien befehligt haben.

جزار بانياس والبيضا معراج أورال متهماً بالتورط في تفجيرات تركيا ام وزير الخارجية التركي داوود أوغلو بزيارة إلى مدينة الريحانية في أنطاكيا للإطلاع على حادثة التفجير فيها، وصرح أن الانفجارات التي حدثت اليوم في الريحانية تبين أنها من تنفيذ النظام السوري عبر المطلوب للعدالة ” معراج أورال” واسمه المزيف علي كيالي الذي يقود ما يسمى اللجان الشعبية في بعض مناطق سورية. يشار أن الشبيح معراج يعد المسؤول الأول عن مجزرة بانياس والبيضا.

http://all4syria.info/Archive/81780

http://dtj-online.de/news/detail/2218/fluchtiger_turkischer_linksterrorist_befehligte_massaker_von_banias.html

/

.

[4]

MihraçUralAbdullahOcalan

MihraçUralAbdullahOcalan2

.

[5] propagande:—.facebook.com/photo.php?fbid=412639632165554&set=a.104968396266014.10234.100002585630850&type=3&theater

.

[6]

English Speakers to Help The Syrian Revolution

Miraj Oral, this man is responsible for the ethnic cleansing and the horrible massacres in Banias. He is from Iskandarun. We hope he will get a suitable punishment real soon.

/

.

[7] propagande:—.michelcollon.info/Syrie-Apres-le-massacre-de-Banias.html

Michel Collon est un invité opportun de l’émission Ce Soir Ou Jamais presentée par Frederic Taddeï sur France3. Michel Collon y intervient en général aux moments délicats pour provoquer l’opinion publique francophone contre des mesures gouvernementales qui gênent les dictatures:

Par exemple suite au vote de la résolution 1973 à l’ONU réclamée par le peuple libyen contre Kadhafi, intervention en français immédiatement traduite et diffusée en arabe par les relais conspirationnistes tunisiens.

Ou suite à l’engagement militaire de la France à la demande du Mali et des maliens. Intervention immédiatement traduite et relayée par les réseaux croyants, pour faire croire au complot occidental contre l’Islam.

Pour cette raison, Frédéric Taddeï présente ce propagandiste sous l’étiquette de « journaliste d’investigation« , afin de mettre le public dans la poche des dictateurs, ou des provocateurs radicaux qui peuvent, sur des terrains paralleles, gêner les adversaires des dictatures vassales du Kremlin.

.source

Les soutiens lillois de Bachar el-Assad, et leurs amis du Front de gauche local


2013/04/06

Samedi 6 avril à Lille, une conférence de soutien à Bachar el-Assad, est organisée par la Coordination communiste Lilloise, avec le soutien du Front de gauche local.

Alerte antifasciste contre les soutiens au régime syrien

[…] ils soutiennent les bureaucraties qui ont écrasé dans le sang toutes les dynamiques révolutionnaires.

Ce ramassis d’ignominies historiques ne se discute pas mais se combat.

Quant au Front de gauche, on reconnaît là leur vieux nationalisme incompatible avec l’émancipation humaine – une insulte à l’appel de Marx « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Ces vieux débris du stalinisme ne savent plus quelle ficelle tirer pour soutenir un régime qui a tué plus de 70 000 personnes, torturé et emprisonné des gamins, et fait un million de réfugiés. Le mouvement populaire et pacifique amorcé en Syrie dans la foulée des « révolutions arabes » serait, d’après eux, complètement manipulé de l’extérieur. Vieille rhétorique qui discrédite toute contestation d’un régime prétendu « anti-impérialiste » comme nécessairement manipulé par l’Occident.

Nous refusons de jouer aux apprentis stratèges et de soutenir tel type de capitalisme contre tel autre. Même si nous ne sommes pas dupes des velléités d’intervention occidentales en Syrie, méfions-nous des faux amis et apportons notre soutien aux luttes contre toute forme de domination capitaliste. Il n’y a pas à tortiller du cul, Bachar el-Assad et son régime criminel doivent tomber. La conférence du 6 avril n’est pas la bienvenue à Lille […]

/

La typologie de la collabosphère propagandiste peut se structurer en 4 strates principales:

1- Les idiots utiles, ou « hmar » pro-Bachar. Il représentent le gros des troupes, il s’agit de la partie de l’opinion publique qui est complaisante avec la désinformation fasciste ou la propagande de guerre associée. Ce public naïf adhère aux grandes lignes de la propagande diffusée dans la société par une frange minoritaire de radicaux. 2- Les radicaux: infiltrés, intrus, racoleurs ou provocateurs. Ils sont hyperactifs, leurs idées, ou leur désinformation est justement radicale dans le but de stimuler la diffusion des grandes lignes du message propagandiste au public le plus large possible. Tous les canaux et médias sont sollicités. Ainsi, si très peu de personnes sont converties aux « thèses » negationnistes, un plus large public croit qu’une corporation occulte, souvent qualifiée se « sioniste » exerce sa « main mise » sur les médias, l’opinion, la politique internationale, la science…  » par une corporation occulte, souvent de nature dite « sioniste ». 3- Les shabbiha médiatiques diffusent la communication de Régimes totalitaires qu’ils servent, ce sont les propagandistes qui exercent une certaine influence sur le public non radical, plus majoritaire. Ce sont les provocateurs les plus talentueux souvent issus du groupe 2, plus radical. Ils comptent sur l’activité du deuxième groupe pour se faire connaître et assurer un trait d’union avec l’opinion publique, qui se radicalise par conséquent. 4- Les employeurs des shabbiha médiatiques.

Cette classification peut être appliquée a l’appel d’Indymediaparis contre l’opération propagandiste du 6 avril a Lille; ainsi les différents acteurs peuvent être répartis selon les quatre catégories pré-citées: 1- Dans le cas présent le Front de gauche local. 2- Conférence organisée par la Coordination communiste Lilloise, du Rassemblement des Cercles Communistes. 3- ici Bahar Kimyongür et Ayssar Midani. Le communique de la CCL mentionne Michel Collon et son site Investig’Action (S’informer sur Michel Collon). 4- Soutenir le clan Assad, et affaiblir la communication de la révolution.

Autres noms mentionnés dans l’article:

Pour la première catégorie: des Milliers de signataires « anti-impérialistes », « altermondialistes »; pour la seconde: Union des Patriotes syriens, groupe d’extrême droite Troisième Voie (la horde de skins de Serge Ayoub), Comité Valmy, Cercle des volontaires [1], PRCF, Union populaire républicaine (UPR du gourou François Asselineau), néo-fascistes, militants d’Egalité et Réconciliation [3] (le fan club d’Alain Soral) etc; pour le troisième groupe: Réseau Voltaire (presidé par le shabbih’ Thierry Meyssan); et le dernier groupe: Chine [maoïste], Iran [RII], URSS, Corée du Nord, Kim Il Sung et Kim Jong Il, [4] « Joseph Staline le bâtisseur » !, Libye [kadhafiste], Muammar Kadhafi.

.

Quelques commentaires publiés sur la page Indymedia de Lille, qui éclairent sur les connections de la collabosphère lilloise et parisienne au service de la contre-revolution Assadiste:

_ Pourrez vous svp diffuser les noms et fonctions des militants du FG et de la CCL présents à cette messe propagandiste ?

_ Beaucoup d’entre eux en tout cas tu peux en être sur.
A noter que déjà lors de la dernière fête de l’Humanité sur leurs stands le CCL et le PRCF diffusaient la même propagande Bachariste, sans hélas que personne ne s’en émeuve et ne soit choqué outre mesure.
Quand à Ayssar Midani elle était bien la avec sa troupe de Chabihas le 2 février 2013, dans la manifestation des néos nazis de 3eme Voie.
On l’a aussi aperçue le 16 juin 2012 dans une autre manif Bachariste place saint michel à Paris, en grande discussion amicale avec Jean Bricmont, la négationniste Ginette Skandrani , des membres du « Parti Antisioniste » de Dieudonné, des militants du Gud , tout le staff de Reopen911.info, Alain Benajam du réseau voltaire et d’autres fafs de la même veine.

_ La même clique toujours à l’oeuvre 6 avril 12:26
>La même clique de fachos et autres glauques toujours à l’œuvre
>En mars 2012 dernier messieurs Collon, Bricmont, Bahar Kimyongür ont donné une conférence à paris dans la salle de l’Agecca avec la Bachariste Ayssar Midani avec la participation surprise de Julien Teil animateur et fondateur du site d’extrême suisse Mecanopolis
>étaient aussi présents dans la salle et au premier rang la chaine de tv conspirationiste independenza web tv, la négationniste Ginette Skandrani, des fachos de Egalité et réconciliation et du parti anti sioniste de Dieudonne, des membres de l’UPR des Stals du Comité Valmy, Bruno Drewski du site Bastille Réublique Nations et tout une bande de Chabihas de l’ambassade de Syrie venus la faire la sécurité
>Et tout ce petit monde bien brun et bien pourri se connaissait très bien c’est le moins qu’on puisse dire et se faisait la bise en se donnant des grandes claques dans le dos
>A noter aussi que toute cette bande « d’anti systémes » avaient demandé la protection des keufs qui ont embarqué deux ou trois jeunes Anti Bachar qui ont courageusement tenté d’intervenir et qui se sont pris des coups.
Et ce n’est la pas un coup d’essai de monsieur Collon et de sa bande

/

.

Quelques publications syriennes du vendredi 5 avril:

524559_331649003605375_72414056_nof torture amongst the hundreds. He was lucky enough to survive!>> https://www.facebook.com/photo.php?fbid=331649003605375&set=a.237930036310606.36731.234802916623318&type=1

L’armée syrienne libre a capturé un officier appartenant aux forces iraniennes « Bassidj », qui formaient les sniper du régime Assad à Idleb.
L’officier admet avoir parcouru toutes les provinces syriennes pour former les shabihas du régime et de l’armée. Et a également reconnu l’existence de nombreux soldats et officiers de l’armée du régime iranien, et confirme ainsi les versions de l’armée libre sur l’existence de ces Iraniens, et ont montré leurs corps et les prisonniers capturés vivants au combat. https://www.facebook.com/LanguegesOfTheWorlds/posts/186230681524602

http://youtu.be/_8DtzoMjZ0s

http://www.youtube.com/watch?v=_8DtzoMjZ0s&feature=youtu.be

3 missiles SCUDs ont été lancés depuis la base de Qalamoun près de Damas, en direction du nord de la Syrie.
4h Des dizaines de blessés dans le bombardement de Homs. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/363767817066010

Première partie d’une émission Al Jazeera sur l’historique de la révolution syrienne: << … les manifestations populaires ne faiblissent pas interpellant la communauté internationale à intervenir pour faire cesser les massacres collectifs et les destructions… >>. https://www.facebook.com/joseph.ka2/posts/152207814947022

LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE


Iyad m’écrit : J’ai parcouru l’article de ce Jeremy (prof d’université en Turquie), soit il touche bien par raconter n’importe quoi, ou bien il est complètement stupide. Continuer à parler des gangs armés après 22 mois de révolution et parler de l’islam comme étant à la solde des US, est soi le signe d’une mauvaise foi sans commune mesure ou bien d’une imbécilité sans bornes.

Je te fais part ci-dessous des extrait d’un discours de Jean Pierre Chevènement à propos des révolutions arabes. Une évolution intéressante dans la compréhension de ce changement majeur en cours.

Objet : LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE

Vous trouverez ci-dessous les deux derniers paragraphes d’un très long message de Jean Pierre Chevènement relatif à la révolution arabe.

 

Le message est disponible en totalité si vous consultez le blog personnel de Jean Pierre Chevènement.

 

http://www.chevenement.fr/Les-changements-politiques-dans-le-monde-arabe_a1451.html

 

LES CHANGEMENTS POLITIQUES DANS LE MONDE ARABE

Intervention de Jean Pierre Chevènement devant l’académie des sciences morales et politiques

Lundi 3 Décembre 2012

Quelle grille d’interprétation faut-il retenir de « l’islamisme politique » ?

Le monde arabe est notre voisin. Il constitue une caisse de résonnance linguistique, culturelle, historique sans équivalent. Il est, qu’on le veuille ou non, le cœur du monde musulman de l’avenir duquel aucune grande puissance ne peut se désintéresser : Etats-Unis, Russie, Chine, Inde, Europe. Il y a une unité du monde arabe et en même temps le monde arabe est divers. L’Islam, au vingt et unième siècle, est au cœur du monde. Nul ne peut se désintéresser de son avenir. Et en son centre, répétons-le, il y a le monde arabe.

Selon une thèse que j’emprunte en partie à Pierre Brochand, l’Islam serait de fait la principale force de résistance à la globalisation libérale que portent l’essor des nouvelles technologies de la communication, la libération des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans parler des flux migratoires et enfin la dynamique de l’hyper individualisme libéral. C’est surtout, selon moi, à ce dernier trait que l’Islam s’oppose le plus fortement (il ne s’oppose pas à la libération des capitaux) ni plus généralement au libéralisme économique. La dynamique hyper individualiste à quoi a abouti la civilisation occidentale n’est plus contrôlée. L’information circule à la vitesse de la lumière. Il y a un milliard cinq cent millions d’utilisateurs d’internet dans le monde et trois milliards cinq cent millions de portables. Cette révolution de l’information nourrit le consumérisme et l’hédonisme. La globalisation dévalorise tout ce qui est vertical (institutions et Etats) et donne l’illusion d’un monde enfin décloisonné, où l’individu est roi. Mais elle favorise aussi l’apparition de réseaux transnationaux (drogue, pornographie, criminalité, terrorisme) à la faveur des frustrations et des déséquilibres qu’elle entraine. Dans ce monde interconnecté, nous sommes tous des « voisins obligés ». Cette globalisation d’origine occidentale, et particulièrement celle de l’information, se heurtent à la réalité du monde non occidental, chacun, en son sein, réagissant avec ses propres moyens pour mettre à profit ses atouts spécifiques (délocalisations industrielles, rente pétrolière, trafic de drogue, piraterie et immigration clandestine) au risque de l’« anomie » (j’appelle ainsi l’absence de toute règle ouvrant la voie à un monde de plus en plus chaotique.

Samuel Huntington a inventé, en 1994, l’expression de « choc des civilisations » : il visait principalement l’Islam qui oppose à l’hyper individualisme libéral une réaction non étatique de même nature, qu’on peut qualifier d’« identitaire ».

Ses valeurs : primauté du groupe et de la famille patriarcale, hétéronomie absolue, confusion du public et du privé, du politique et du religieux et interdits sexuels l’opposent trait pour trait à l’hyper individualisme porté par la globalisation libérale. L’Islam apparaît de fait, dans le monde d’aujourd’hui, comme le porteur par excellence de la tradition. Il n’en est certainement pas le seul vecteur, mais il est à coup sûr le plus dynamique. Il me paraît nécessaire cependant de bien distinguer entre l’Islam qui est d’abord une religion, même si elle tend à régenter l’espace social tout entier (mais quelle religion n’en a-t-elle pas eu la tentation ?), et par ailleurs l’islamisme qui est une idéologie politique et qui tend à la conquête du pouvoir politique. Il est de fait qu’après l’effondrement du communisme, l’islamisme, dans certaines de ses variantes (iranienne notamment), peut aussi vouloir récupérer une fonction contestatrice (anti impérialisme et alter mondialisme). Il est important de ne pas figer l’Islam dans une sorte d’essentialisme. L’Islam n’est pas un bloc. En son sein, coexistent des courants très divers.

Plusieurs sensibilités s’y expriment, des courants modernistes (c’était largement le cas du nationalisme arabe) mais aussi des réactions d’auto défense par rapport à l’hyper individualisme libéral confondu avec l’Occident qu’on peut distinguer selon le niveau de dissidence qu’elles expriment, les réactions de rejet (djihadisme), les réactions de refus (islamisme politique) et les réactions de repli (islamisation des mœurs).

Le djihadisme préconise le retour à la lettre du coran et au califat originel, par la guerre à la fois contre l’occident et contre ses suppôts locaux (les régimes « mécréants »). L’événement fondateur est, pour les djihadistes, l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Mais le développement ultérieur du djihadisme renvoie à de graves crises d’identité, que ce soit en pays musulman ou dans les pays d’émigration, souvent, par défaut d’appartenance véritable des individus concernés. Les groupes djihadistes s’appuient sur un terreau beaucoup plus « porteur » que les groupuscules gauchistes des années 1970. C’est un terreau qu’il faut assécher si on veut pouvoir les réduire. Ils ne représentent d’ailleurs qu’une très petite minorité, chez des hommes jeunes, en pleine crise d’identité, mais la masse des musulmans, fondamentalement modérés, les rejette.

L’autodéfense musulmane peut prendre en pays d’Islam la forme du refus. C’est l’islamisme politique qui recherche non la confrontation globale avec l’Occident mais la prise de pouvoir dans un pays donné par la voie des élections, avec l’objectif d’y imposer la « charia ». L’islamisme politique est pragmatique. Il ne remet pas en cause le marché. Il est ouvert aux compromis. La question qui se pose est de savoir s’il peut accepter le pluralisme, l’alternance, une totale liberté de conscience, d’opinion, bref de démocratie et qu’on puisse ainsi parler de « démocratie musulmane » comme il y a eu, après 1945, en Europe, une « démocratie chrétienne », notamment en Italie et en Allemagne. Peut-il constituer un « détour » vers la démocratie ? Henry Laurens semble le penser : « Le pouvoir pourrait bien se révéler être un cadeau empoisonné pour les islamistes. Ne l’oubliez pas, l’exercice du pouvoir n’a pas encore commencé. Même en Tunisie, pour le moment, on est encore à l’étape de la Constituante. Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase qui ne sera sûrement pas la dernière. Le moment arrive de la confrontation avec la réalité. Il va falloir se colleter avec les épines de la gestion quotidienne, maintenir l’ordre, assurer qu’il y ait des places dans les écoles, donner du travail aux jeunes. A tout cela, l’islam ne peut rien ».

Henry Laurens ajoute : « Il y aura des abcès de fixation, des crises dues aux tentatives de tester les nouveaux pouvoirs, comme cela se voit maintenant en Tunisie dans certaines universités à propos du port du niqab. Mais les courants majoritaires n’iront pas jusqu’à sacrifier l’économie. Les doctrines islamiques sont en général des doctrines solidaristes. Elles s’accommodent d’une médiocrité globale, mais où chacun a les moyens de vivre. … Rien n’empêche de penser que les islamistes d’ici à quelques années se seront délégitimés face à la pression des problèmes sociaux. Ils ont pu faire leur campagne électorale sur des thèmes identitaires, mais ils sont rattrapés maintenant par le problème beaucoup plus redoutable de l’emploi. Ils ne sont pas pour bouleverser les choses ou créer un monde nouveau. Nous ne sommes pas en 1789 ou en 1917. L’objectif de la « révolution » est de faire coïncider le pouvoir avec la société. Or, les sociétés musulmanes sont conservatrices. Elles ne remettent pas en question les circuits de l’économie. Les révolutions arabes se sont faites dans un espace conservateur et au nom du principe du réel. ».

Cette vision du grand orientaliste s’avèrera sans doute juste dans la longue durée mais les hommes politiques agissent à court et moyen termes. L’islamisme politique comporte des dérives potentielles qu’il serait imprudent de ne pas envisager : complaisance à l’égard du salafisme et par ce biais du djihadisme, perturbations géopolitiques majeures, irréversibilité des processus engagés, degré d’emprise sur la société, s’agissant notamment du statut de la femme, et cela d’autant plus que les courants modernistes sont divisés et ne fournissent pas d’alternative politique.

Il est une troisième forme de réaction des sociétés musulmanes à l’hyper individualisme libéral porté par l’Occident : c’est le repli, l’islamisation des mœurs, quelquefois encouragée par des gouvernements non-islamistes, mais dont il n’est pas aventuré de prédire qu’elle nourrira à terme l’islamisme politique et qui sera pénible voire insupportable aux Arabes qui n’ont pas la soumission au Coran comme dogme exclusif.

Il existe ainsi un savant dégradé de réactions défensives des sociétés musulmanes à la déferlante de l’hyper individualisme libéral. Mais il y a aussi des synthèses modernistes en gestation. La tentation est toujours grande de s’incliner devant le fait accompli. On l’a vu en d’autres temps. Pour ma part, je ne crois pas qu’il faille « jeter le bébé avec l’eau du bain ». L’idée républicaine est aussi, pour le monde arabe, « une idée toujours neuve ». C’est ce que nous dit par exemple Georges Corm du Liban et du Moyen-Orient, mais qu’on perçoit très bien aussi dans la société algérienne.

Quelle politique française vis-à-vis du monde arabe aujourd’hui ?

La France doit, selon moi, rester fidèle à une politique de principes : respect de l’autodétermination des peuples dans le cadre de la Charte des Nations-Unies, refus de l’« ingérence », dialogue des cultures et des nations. Naturellement, la République française repose sur des valeurs, mais ces valeurs ne s’exportent pas à la pointe des baïonnettes ou par missiles guidés avec précision. La démocratie, en particulier, n’est pas, comme l’a bien vu Jacques Berque, un article d’exportation. Elle doit prendre appui, pour se développer, soit sur la transformation de concepts ou d’institutions traditionnels pour relever les défis du présent, soit sur l’emprunt à l’étranger de concepts et d’outils que les sociétés veulent s’approprier par nécessité de survie, comme ce fut le cas au Japon, à l’ère Meiji. C’est dans leurs propres motivations que les peuples arabes doivent ainsi trouver le ressort qui les fera acteurs et maîtres de leur destin. Jacques Berque récuse l’idée d’une guerre des civilisations. Il préconise le dialogue et je ne crois pas trahir son esprit en disant qu’il manifesterait une certaine empathie pour les révolutions arabes tout en tenant bon sur ce que nous appelons « les valeurs des Lumières ». Le Prophète lui-même, dans la traduction du Coran qu’a donnée Jacques Berque, fait quarante-quatre fois appel à la « raison naturelle » et exhorte ses disciples à « rechercher le Savoir jusqu’en Chine », alors l’extrémité du monde connu. La notion anglo-saxonne du « soft power » mérite d’être revisitée : de quelles valeurs voulons-nous réellement donner l’exemple ? L’hyper individualisme libéral ? N’oublions pas que la Révolution française a mis le citoyen au-dessus de l’individu. Est-ce que les programmateurs de nos chaines télévisées se rappellent toujours que leurs émissions sont très regardées dans le monde arabe et particulièrement au Maghreb ?

Il me semble qu’une République française fidèle à ses valeurs d’égalité (ce qui manque le plus), de fraternité, de liberté d’esprit et qui ne ferait pas de la laïcité une arme contre les religions (ce qu’elle n’est pas et ne doit pas être), servirait utilement le dialogue avec le monde musulman.

La République ne se confond pas avec l’hyper individualisme et encore moins avec l’anarchie. La République est d’abord celle des citoyens. Elle implique des règles. Il y a un siècle et demi que Lacordaire énonçait déjà qu’« entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ».

L’islamisme politique est à coup sûr un courant important dans le monde musulman d’aujourd’hui. Il comporte des versions traditionnelles (wahhabite, déobandie) ou plus modernes (les Frères musulmans). Nous n’avons aucune assurance sur sa réversibilité, tant qu’il n’a pas démontré son respect de la volonté populaire et des libertés publiques. Nous ne savons pas non plus le degré d’emprise qu’il exercera sur les sociétés qu’il parviendrait à dominer politiquement (s’agissant notamment du statut de la femme).

Pour autant, la France doit rester fidèle, selon moi, au principe de non-ingérence, sans pour autant cesser d’affirmer les valeurs républicaines qui sont, si je puis dire, dans son génome.

Nous devons reconnaitre les gouvernements issus des urnes, qu’ils nous plaisent ou non, et donc continuer à reconnaitre des Etats et non des régimes.

Mais on peut aller plus loin, par des alliances stratégiques, avec les pays qui nous sont les plus proches. C’est évidemment le cas de l’Algérie et du Maroc. Si la France veut avoir une politique arabe, et plus généralement vers le Sud, l’Algérie est la clé du Sud, comme l’avait remarqué le général de Gaulle (de même que la réconciliation franco-allemande fut le point de départ d’une politique européenne). Il y a, des deux côtés, des adversaires à cette réconciliation. Celle-ci peut seule ouvrir la voie d’un avenir commun car au plan économique, politique, humain, les convergences sont innombrables. A condition d’avoir une politique !

Quelle politique arabe pour la France ? Il faut instaurer la cohérence : on ne peut pas à la fois hystériser l’islam en France et proposer « l’union pour la Méditerranée », comme la tentation s’en est manifestée.

On ne peut pas soutenir l’islamisme politique dans le monde arabe en fermant les yeux sur ses dérives djihadistes et combattre ce même djihadisme en Asie (Afghanistan) ou en Afrique (Mali). On ne doit pas faire non plus comme si l’islamisme politique était le seul régime qui convenait chez eux aux peuples arabes et prôner en même temps l’intégration en France de nos compatriotes de tradition musulmane. Nous éprouvons certes quelques difficultés de transmission des valeurs républicaines. Mais ce n’est pas le problème de l’Islam. C’est le problème de la France !

La France doit rester fidèle à son héritage républicain, et ne pas se rallier à la vulgate de l’hyper individualisme libéral. Les valeurs républicaines sont souvent des valeurs héritées mais laïcisées. La France doit défendre les droits de l’Homme, certes, mais sans oublier ceux du Citoyen. Les seconds garantissent les premiers.

C’est ainsi, à bien y réfléchir, que la France rendra service à l’Occident lui-même. Elle rendra service aussi au monde musulman, en l’aidant à trouver le juste équilibre entre ce que Jacques Berque appelait « modernité » et « authenticité ».

Jean Pierre Chevènement

Syrie – Réponse à Bahar Kimyongür et aux paléo-marxistes


Pierre Piccinin (Alter Info, 2 décembre 2012)   

 Print-Screen-Investig-Action

Prise d’écran du site Investig’Action (16 novembre 2012)

Le 16 novembre 2012, Bahar Kimyongür publiait à mon encontre un pamphlet au titre incroyable : Pierre Piccinin, négociant en sang syrien ?

Le site Investig’Action qui héberge ce texte m’ayant refusé un droit de réponse, j‘ai donc publié cette réflexion sur le site AlterInfo, qui a eu l’amabilité de le diffuser.

Pierre-27

[Photo : avec le Commandant Abou Abdou, de la katiba al-Sultan Ahmed al-Fatah de Liwa al-Towheed, à Alep, dans le quartier de Sheikh Qudur, le 29 octobre 2012 – © Benoit De Freine]

Il semble qu’il soit devenu commun, désormais, dans le cadre de la crise syrienne, de la part de l’extrême gauche paléo-marxiste héritière du stalinisme (et de certains milieux tiers-mondistes ou anti-américanistes des plus primaires) de commettre à mon encontre pamphlets outranciers et billets assassins.

Preuve en est, s’il en faut encore, la dernière saillie de Bahar Kimyongür, sur le site de Michel Collon (Investig’Action), et ce à mon grand regret car, si le second, depuis mon appel à venir en aide aux révolutionnaires syriens, m’a fermé sa porte, le premier m’avait habitué à plus de modération, à une parfaite honnêteté intellectuelle et à un sens du débat équilibré et respectueux qui l’honorait admirablement. Il rejoint donc, à présent, le troupeau de son camp (pour rappel, la dernière attaque en date ; le méchant petit libelle de Diana Johnstone, dans Le Grand Soir : Fabrice à Waterloo : l’Occident humanitaire et la Syrie –et ma réponse, sur AlterInfo : Réponse à Diana Johnstone et aux néo-négationnistes).

Et il est commun, également, dans le chef des sites qui abritent la prose de mes détracteurs, de me refuser un droit de réponse, pratique qui m’apparaît pourtant comme des plus saines dans le débat intellectuel et dont la presse mainstream, dont nos amis des médias alternatifs n’ont de cesse de dénoncer la « censure », ne m’a jamais frustré, quant à elle (à l’exception, pour être juste, du quotidien La Libre Belgique qui, confronté à mon conseil juridique, s’est cependant finalement exécuté).

Ainsi, de même que Le Grand Soir m’avait refusé un doit de réponse aux attaques ad hominem que me portait Diana Johnstone, de même, l’équipe du site Investig’Action, suite à ma requête, m’a fait cette réponse révélatrice d’une certaine schizophrénie latente : « Monsieur Piccinin, comme vous le savez, vos nouveaux amis du Soir nous ont comparés à Goebbels. Nous sommes certains que vous aurez beaucoup insisté auprès d’eux pour qu’ils publient le droit de réponse que nous leur avons envoyé. Mais nous restons toujours dans l’attente de leur réponse. On constate donc que les médias dominants relaient complaisamment les thèses de votre camp et censurent les nôtres en refusant le débat. Pourquoi devrions-nous ajouter encore notre site pour héberger des contre-vérités que tout le monde peut lire partout ? »

Comme je le leur ai rétorqué, je ne suis pas membre de la rédaction du journal Le Soir, et je n’y ai aucune influence. Surtout, je ne vois pas ce que cette histoire qui les oppose au Soir aurait en rapport avec ma demande d’un droit de réponse après que j’ai fait l’objet, sur leur site, d’attaques personnelles, d’une stupéfiante véhémence.

Il fut un temps, cependant, où Investig’Action n’hésitait pas à publier mes scoops de terrain, quand toutefois les faits que j’y révélais abondaient dans le sens de sa ligne éditoriale (cf., par exemple, Syrie : un million de manifestants. Vraiment ? ou Syrie : autant en emporte le vent…).

Un désaccord sur le dossier syrien, et me voilà donc diabolisé, « excommunié », confronté à l’intransigeance doctrinaire du grand manitou de la boîte, et interdit de tribune…

Sera-t-il donc dit que les champions autoproclamés de la vérité et de la transparence médiatique, dès que le vernis est un peu gratté, se révèleraient n’être en somme que de vulgaires « fachos de gauche », comme les qualifieraient certains ? C’est là, quoi qu’il en soit, une grande déconvenue pour moi, qui créditais de ma parfaite considération ces publications en ligne… Fort heureusement, Internet permet aujourd’hui de contourner cette forme patente de censure et d’en dénoncer largement toute la malhonnêteté.

Auparavant, toutefois, je voudrais m’interroger sur les raisons de cet acharnement mis, depuis quelques mois, à me vilipender.

Peut-être cette attitude doit-elle s’entendre par le fait que, sur bien des dossiers, sur la Lybie notamment, mes détracteurs paléo-marxistes et moi partageons un même discours et un certain nombre de valeurs identiques. Nous avions également une analyse proche concernant les débuts de la révolution syrienne et nous avions alors été, ensemble, très durement critiqués, à l’époque.

De ce fait –et c’est là le nœud de leur problème-, je n’en suis que plus crédible, aujourd’hui, lorsque je témoigne de l’évolution qu’ont connue les événements en Syrie et lorsque je décris cette révolution devenue populaire et la nécessité de lui porter secours.

En cela, tel un miroir, mes analyses leur renvoient l’image de leurs postulats surannés et révèlent le caractère sclérosé de leur démarche, l’obsolescence de leurs prismes d’approche.

Et, surtout, je suis susceptible de toucher leur propre public, auquel je ne suis pas étranger.

Or, de cela, ils ne peuvent en convenir.

Je suis donc, pour eux, l’homme à abattre désormais : je suis celui qu’il faut faire taire, qu’il faut discréditer. C’est un impératif « économique », mais aussi une conviction : si mes analyses et mon témoignage ne correspondent plus à leurs schémas, c’est « forcément » que je suis tombé dans l’erreur et que je mens, puisque leurs postulats, eux, sont « évidemment » vrais. Je suis le traitre, le « déviant », le « vendu ».

Car c’est bien là le propre des intellectuels paléo-marxistes, agrippés à leurs certitudes, qu’ils ne sauraient remettre en question sans voir renversés tout leur univers mental, toute leur structure d’entendement et, ce qui serait plus grave encore pour eux, tout le sens même de leur combat et de leur action.

Leur lecture de l’histoire et, en l’occurrence, leur interprétation de la crise syrienne procèdent de ces postulats que j’évoquais, fermement enracinés dans leur pensée, des dogmes qu’ils tentent de préserver envers et contre toute raison, le plus souvent inconscients des biais que génère le cheminement qu’il leur faut parcourir pour préserver leurs croyances.

Le phénomène le plus caractéristique de ce cheminement est ainsi la manière dont ils sélectionnent, inconsciemment disais-je, mais pas toujours, les informations et faits qu’ils produisent dans leurs « démonstrations » : ne sont retenus que les éléments susceptibles de conforter leur thèse ; bien sûr, le reste, tout le reste qui contredit leur représentation des choses, c’est évidemment de la « propagande impérialiste ».

De la sorte, dès qu’un média « mainstream » propose une information qui leur convient, ils s’empressent de la répercuter sur la toile, sur une myriade de sites qui la reprennent, la ressassent, la relaient, la montent en épingle, faisant d’un fait, parfois très mineur, voire anodin, « l’info » du moment qui prouve bien que… Et (vous voyez bien !) même la presse impérialiste le dit ! Donc… Etc.

Ils produisent ainsi une image tronquée, voire tout à fait virtuelle de l’objet de leur étude.

Et la révolution du peuple syrien, revue et corrigée à l’aune de leur idéologie, redistillée par maints alambics savamment entortillés, devient, sous leur plume, le complot de l’Occident contre le dernier pays arabe qui résiste à l’Empire (entendez « les États-Unis d’Amérique ») et à son allié sioniste (« Israël »).

Le soulèvement légitime d’une population opprimée par une des pires dictatures encore en exercice se change en « invasion fasciste » de la Syrie par des « bandes d’égorgeurs », par des milliers de « mercenaires étrangers » à la solde des « puissances atlantiques » (l’OTAN).

Et ces magiciens du verbe n’ont aucune hésitation à qualifier les révolutionnaires de « terroristes sanguinaires », reprenant à leur compte, sans s’en émouvoir outre mesure, la dialectique d’un régime ignoble. C’est à peine, d’ailleurs, s’ils prennent la précaution oratoire de rappeler, de temps en temps, que le gouvernement syrien et son président, Bashar al-Assad, n’ont rien de très sympathique ; mais on les sent si peu convaincus, surtout lorsque suit une litanie de bonnes raisons de préférer le dictateur et son allié soviétique (je veux dire « russe » ; pardonnez le lapsus) au Grand-méchant-loup impérialiste.

Celui qui contrevient à la règle ou qui en montre toute l’absurdité apparaît dès lors comme l’inventeur d’un ineffable danger, et il doit être combattu par tous les moyens et coûte que coûte.

Ainsi, dans sa diatribe du 16 novembre, intitulée de la plus incroyable des façons Pierre Piccinin, négociant en sang syrien ?  (!!! -et qui a été republiée le 18 novembre par Le grand Soir ; tiens donc ?), Bahar Kimyongür, abandonnant toute déontologie intellectuelle et toute éthique scientifique, s’en prend personnellement à moi, sans la moindre vergogne, tandis que le propos est illustré d’une photographie judicieusement choisie (voire la prise d’écran), qui me représente brandissant une kalachnikov, une photographie qui avait été prise lors d’un moment de relâche, en compagnie de miliciens, au Liban (et non pas en Syrie), où je couvrais les combats, à Tripoli, en mai 2012, pour le magazine Afrique-Asie.

Concernant ce genre de méthodes déloyales et manipulatrices, je conseillerais bien à l’équipe d’Investig’Action de relire l’excellent ouvrage de Michel Collon, Attention, médias ! Les Médiamensonges du Golfe. Manuel anti-manipulation. Elle y découvrirait certainement quelques exemples explicites, pour sa plus grande honte…

Et Bahar Kimyongür de se lâcher sans frein : me reprochant d’avoir réagi sur ma page Facebook à l’un de ses nombreux articles de plus en plus surréalistes sur le conflit syrien, il m’accuse tout d’abord implicitement de l’avoir empêché de me répondre puisque, lui, n’est « pas membre de la communauté Facebook » (sic).

Je confesse volontiers avoir commis quelques lignes, postées à la hâte, dans lesquelles je déplorais que mon adversaire développât de la crise syrienne « une vue de l’esprit, aménagée et tronquée, à la faveur d’un prisme paléo-marxiste qui plie la réalité des faits aux impératifs propagandistes d’une idéologie surannée »…

De là à écrire en réponse un article de dix pages…

Par contre, je nie avoir jamais empêché Bahar Kimyongür d’utiliser le fort bel outil de communication que constitue Facebook, et de s’y inscrire. Cela dit, peut-être ce symbole de l’impérialisme d’outre-Atlantique lui est-il odieux. En suis-je fautif pour autant ?

Mais c’est son argumentaire qui, ensuite, surprend le plus… Il parle de lui-même :

« (Pierre Piccinin) fait mine de réfuter mes affirmations par une démonstration absurde visiblement motivée par ses seules pulsions narcissiques » (sic).

« Mon argumentation repose pourtant sur les canaux d’information de l’adversaire comme l’AFP ou la CNN ou encore sur des sources mieux informées car plus objectives que Piccinin  » (sic).

« Mais reprocher aux anti-impérialistes leur idéologie surannée, poursuit Bahar Kimyongür, c’est aussi en quelque sorte mettre la charrue avant les bœufs. »

À ce stade, on se demande où veut en venir mon distingué collègue. Mais l’explication, presque « téléphonée », ne se fait pas attendre :

« Jusqu’à preuve du contraire, nous explique-t-il (remarquez au passage la pirouette rhétorique), nous sommes tous nés sur une planète où domine un Empire doté d’une puissance jamais égalée, un Empire qui a le droit de vie et de mort sur n’importe quel être humain, n’importe quel leader politique, n’importe quel peuple, un Empire qui nous impose son mode de vie et de pensée. »

Qui parlait de postulats viscéralement prégnants dans le chef de notre ami ? Voilà donc les bœufs que notre paléo-marxiste-type veut que nous mettions avant chaque charrue… CQFD. Et, merci, Monsieur Kimyongür.

Qui n’interprète pas l’histoire et n’en produit pas une lecture en fonction de ce théorème ne profère qu’absurdités, motivées par ses pulsions narcissiques. Dont acte…

Et Bahar Kimyongür de poursuivre en se présentant comme la victime des grands médias et en se comparant à Martin Luther King (alors que, moi, je « hurle avec les loups »), avant de m’attaquer sur quelques points précis, qu’il aura cru pouvoir trouver à se mettre sous la dent.

Comme, par exemple, la communication que j’avais faite lors d’une conférence, à propos de Liwa al-Towheed, la principale organisation de révolutionnaires à Alep et dans sa région, que Bahar Kimyongür qualifie d’islamiste radicale, ce que j’avais réfuté.

« Sa méconnaissance de l’Islam et de la langue arabe lui joue des tours. Piccinin ignore qu’al-Towheed signifie ‘Unicité’ ou ‘Monothéisme’, une référence religieuse de facto discriminante car elle exclut toute possibilité d’adhésion de certaines communautés non musulmanes ou musulmanes hétérodoxes comme les alaouites. Pour rappel, poursuit notre docte redresseur de torts, désireux de montrer qu’il connaît l’Islam, lui, l’alaouisme est une religion trinitaire qui s’articule autour de trois personnages : Ali serait Dieu, Mohamed, le hijab, c’est-à-dire le voile dissimulant le secret de l’essence divine d’Ali et Salman Al Farsi, la ‘porte’ qui ouvre sur le secret. »

Le fait est, malheureusement pour Bahar Kimyongür, que j’ai passé trois semaines à Alep et dans sa région, principalement en compagnie des katibas (brigades) de Liwa al-Towheed. J’en connais de nombreux commandants et combattants. En octobre et novembre, j’ai vécu nuit et jour dans une de ces katibas. Et j’ai assisté à toutes ses opérations militaires.

Les combattants de Liwa al-Towheed sont des paysans, des artisans, des ouvriers, des pères de familles, qui n’aspirent qu’à une chose : retrouver la paix de leur foyer et vivre avec leurs enfants. Tous sont issus des quartiers d’Alep ou des villages du gouvernorat. Et on est bien loin des djihadistes fanatiques qu’il plairait d’y trouver à notre grand connaisseur de l’Islam.

Quant à l’appellation « al-Towheed », elle n’a rien de religieux (sauf si on cherche absolument à y trouver quelque chose de tel, bien sûr). S’il est vrai que le terme désigne l’unité de Dieu, il peut aussi tout simplement signifier l’unité, l’union ; c’est d’ailleurs son acception première.

The-Brigade-Liwa--At-Tauhid

Or, c’est bien là la raison d’être de ce mouvement révolutionnaire, qui est constitué de groupes à l’origine indépendants, qui s’étaient formés de voisins et d’amis, dans les quartiers et les villages, soucieux de se défendre de la répression exercée par les autorités syriennes, et qui se sont unis, précisément, pour coordonner leurs forces, lorsqu’Alep s’est insurgée. L’emblème de l’organisation représente deux mains qui se serrent, symbole d’union et d’entente.

Mais, cela, Monsieur Kimyongür de l’ignorer, semble-t-il, préférant fermer les yeux sur cette simple réalité pour entraîner ses lecteurs sur le sentier tortueux de son raisonnement et, par un tour de magie dissimulé derrière un flot de détails inopportuns mais sensés asseoir son autorité, changer des braves gens, de pauvres bougres en révolte contre une sale dictature, en de sanguinaires terroristes islamistes.

Et de confirmer la théorie ainsi échafaudée en montant en épingle une unique vidéo montrant la décapitation d’un homme par des combattants supposés appartenir à Liwa al-Towheed, et ce dans des circonstances indéfinies. Et la boucle est bouclée (de mon point de vue, j’entends).

Le reste de son pamphlet est du même acabit.

L’auteur renvoie ainsi dos à dos, pour la énième fois, les rebelles et l’armée régulière, tous étant également coupables, selon lui, de crimes odieux. Comme si les insurgés, qui se battent pour leur liberté, avec les seules armes dont ils ont pu s’emparer dans quelques casernes du régime, pouvaient commettre les mêmes « crimes » que le gouvernement, dont les tanks, les avions de guerre et les hélicoptères de combat bombardent quotidiennement les villes et villages en révolte ! Comme si les quelques exactions commises par les révolutionnaires, lorsqu’ils mettent la main sur un agent de la police secrète du régime, par exemple, pouvaient être mises sur le même pied que les arrestations, tortures, exécutions sommaires, toutes ces pratiques érigées depuis des décennies en système de gouvernement par la dictature baathiste, qui n’hésite pas, aujourd’hui, à détruire des zones d’habitations civiles et des hôpitaux !

Ah, mais, nous répond Bahar Kimyongür, les rebelles aussi ont attaqué un hôpital ! Oui, bien sûr, ce n’était qu’une fois seulement et puis, ben, disons-le, c’était un hôpital militaire…

Ainsi, on saura tout…

Oui, mais, quand même, on peut donc dire que « les rebelles bombardent aussi les (un) hôpitaux »…

Et nous revoilà dans l’information sélective, montée en épingle, pour soutenir des thèses absurdes et par le fait indéfendables…

Même procédé (tout à fait symptomatique) pour contredire mon propos, lorsque j’affirmais que les Palestiniens ne soutiennent pas al-Assad, bien conscients que ce dernier les instrumentalise dans le discours et, dans les faits, s’est révélé un allié objectif d’Israël : alors que les plus hautes instances du Hamas et du Fatah, d’accord, pour une fois, ont proclamé soutenir la révolution en Syrie, Bahar Kimyongür nous propose les exemples de quelques dizaines d’individus, palestiniens certes, qui se sont déclarés en faveur du dictateur…

Mais, le plus extraordinaire, peut-être, dans la rhétorique employée par les tenants de ce courant de pensée qui m’attaque, c’est l’absence totale de discernement concernant les composantes des forces révolutionnaires, absence de discernement que l’on retrouve, de manière récurrente, dans les thèses de Bahar Kimyongür sur la Syrie.

Ils ne font pour ainsi dire jamais de distinction entre le corps de la révolution, incarné par l’Armée syrienne libre, et les autres mouvements, certains très importants, comme Liwa al-Towheed ou Jabhet al-Nosra, d’autres moins, comme certains groupuscules salafistes. Non, pour eux, tous sont « les rebelles », comme s’ils ne formaient qu’un seul mouvement homogène. Et les exactions, qui sont surtout le fait de quelques groupes fanatiques très minoritaires (et même combattus, parfois, par l’Armée syrienne libre), sont ainsi attribuées « aux rebelles ». Tous coupables !

Évidemment, ce procédé (lui aussi inconscient) sert abondamment la thèse qu’ils soutiennent…

Bref, ayant pris la peine de décortiquer l’exemple « Liwa al-Towheed » et d’en déconstruire quelques autres, je m’en tiendrai là : le lecteur qui ne s’en serait pas déjà rendu compte au premier passage pourra sans peine, en seconde lecture, éviter les pièges que Bahar Kimyongür tend bien involontairement à son publique. Bien involontairement, puisqu’il croit lui-même à ses thèses biscornues et à son argumentaire alambiqué (je ne remets pas son honnêteté en question sur ces points), seuls moyens par lesquels il peut encore essayer de sauvegarder la représentation qu’il s’est faite de la révolution syrienne, en accord avec ses croyances politiques et sa vision imaginaire du Moyen-Orient.

Ainsi donc, de Bahar Kimyongür et ses amis paléo-marxistes à l’affabulateur Thierry Meyssan, il n’y aurait qu’un tout petit pas. Les premiers, tels de vieux shamans, rabâchent leurs « vérités », leurs certitudes, sans plus faire cas des faits, des réalités observables ; le second (se jouant de ceux-là) assène sans y croire lui-même la propagande distillée par le régime qui le paie et à l’élaboration de laquelle il participe objectivement.

Mais le résultat, sur les opinions publiques qui leur prêtent l’oreille, est le même, hélas : ils parviennent à jeter le doute et contribuent au malheur de ceux qui souffrent.

C’est bien dommage. C’est surtout très horrible.

Mais peut-être resterait-il un espoir d’éclairer leur lanterne… Peut-être, en les sortant de leur puits, en leur faisant voir le monde et l’objet qu’ils avilissent… En les mettant face à face avec ceux qu’ils dénigrent…

Je m’interroge donc. Ne serait-il pas temps d’inviter Bahar Kimyongür et ses mentors à m’accompagner à Alep, lors de mon prochain séjour d’observation dans l’Enfer que le régime baathiste a créé pour punir son peuple révolté ?

Mais, probablement, s’ils n’ont pas jugé utile de prendre eux-mêmes l’initiative de s’y confronter, c’est donc qu’ils savent très bien, déjà, par un éclat de lucidité refoulé tout au fond d’un recoin de leur raison, ce qu’ils vont y trouver.

Aussi, assurément, à l’avenir, serait-il plus profitable d’ignorer cette littérature viciée et ces attaques personnelles et, sans mépris toutefois, de ne cependant plus répondre à ces détracteurs doctrinaires qui, de toute façon, refusent le débat et censurent leurs adversaires.

Lien(s) utile(s) : Alter Info 

À lire également : la dernière production de Bahar Kimyongür (Syrie : Reuters commet une erreur de traduction qui cache une horreur de tradition, Investig’Action, 3 décembre 2012) ; ainsi donc, selon lui, le fait qu’un Shabiha (homme de main du régime) fait prisonnier se présente à un rebelle comme sunnite pour demander sa grâce serait la preuve que le conflit a pris une tournure communautariste et islamiste; le fait que le Shabiha soit néanmoins exécuté, malgré son appartenance à la communauté sunnite, ne prouve rien aux yeux de B. Kimyongür, en revanche, et certainement pas que les révolutionnaires ne voyaient pas en ces hommes des Sunnites, mais bien des tortionnaires au service de la dictature. Encore une fois, on trouve les travers caractéristiques de la méthode du courant paléo-marxiste : l’information sélective et un raisonnement spécieux qui plie la réalité des faits aux impératifs de ses postulats.

Lire aussi :

SYRIE – La Révolution syrienne s’organise, mais se débat, seule, face à la machine de guerre du régime baathiste

SYRIE – Chroniques de la révolution syrienne

source

Palestiniens et Syriens, nous sommes le même peuple


Une petite histoire par Iyad

Ce vendredi en fin de journée, mon épouse était à Chatelet quand un homme (de Lutte ouvrière selon ses souvenirs) avança vers elle pour lui donner un tract appelant à la manifestation de ce samedi. Mon épouse lui demande pourquoi ils ne font pas pareil pour la Syrie ? L’homme lui dit que manifester pour Gaza c’est aussi manifester pour la Syrie. Elle lui demande alors pourquoi ils ne parlent pas de la Syrie dans le tract ? L’homme s’irrite et lui dit : écoutez madame, c’est que le peuple de la Syrie est manipulé par les Occidentaux, vous ne croyez pas ? Elle lui répond : Non pas du tout. Alors l’homme tire le tract de sa main et s’en va !!!

Cette petite histoire vraie montre, mais on s’en doutait,  que la cause de la Palestine est instrumentalisée par certaines forces en France et ailleurs, des courants qui y retrouvent un moyen de régler leurs comptes avec leurs ennemis « impérialistes » ou « sionistes », bien plus que ça soit une vraie adhésion de leur part aux droits des peuples de disposer d’eux-mêmes et de leurs terres, car de toute façon, pour ces courants là, le peuple syrien n’est que par son « dirigeant éternel » « anti-impérialiste » et « antisioniste ».

Mais les « peuples » de la Palestine et de la Syrie, sans oublier ceux de la Jordanie et du Liban, ne sont en vérité qu’un seul et même peuple morcelé depuis Sykes-Picot et dont l’occupation de la Palestine n’est que l’une des conséquences, et c’est ce peuple dans sa globalité qui est visé, et à travers lui ce sont les mondes arabe et musulman qui sont atteints, car il en est le coeur. C’est le peuple du Châm, le peuple de la Grande Syrie ou le peuple de Canaan, un peuple « maudit » et « ennemi » des israélites depuis plus de trois mils ans selon leurs mythes.

Palestiniens et Syriens, nous sommes le même peuple et nous menons le même combat de libération, bien qu’avant ces révolutions arabes, on ne voyait que l’ennemi venant de l’extérieur, alors que celui de l’intérieur nous traitait comme ses esclaves et nous tuait à huis clos, ce qui rend un grand service vital à l’ennemi extérieur, car la Palestine ne peut être libérée par des peuples opprimés cherchant à survivre sous des dictatures mafieuses.

Le combat continue et le peuple vaincra, n’en déplaise à ses fossoyeurs.

La révolution syrienne et ses détracteurs


Par Farouk Mardam Bey
2012 – 10
Que Frédéric Chatillon, gros bras du Front
national, soit le principal diffuseur en France de la propagande du régime syrien n’est pas très difficile à comprendre. Que Richard Millet, l’apologiste de l’assassin néonazi Anders Breivik, ait consacré dans la foulée un opuscule à la gloire des Assad, père et fils, est aussi dans l’ordre des choses. Mais les autres ? Pourquoi des hommes et des femmes qui se disent de gauche, démocrates, altermondialistes, défenseurs des peuples opprimés, et qu’on ne peut a priori soupçonner de racisme antiarabe ni d’islamophobie, s’abaissent-ils jusqu’à soutenir Bachar et son clan ?
Il y a d’abord les tenants de l’interprétation policière de l’histoire, et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Ils vous disent que tout ce qui s’est passé dans le monde arabe depuis décembre 2010 n’est finalement qu’une ruse de l’impérialisme américain pour propulser au pouvoir ses affidés islamistes, avec l’Arabie saoudite et le Qatar dans le rôle de tiroirs-caisses. Mais quand vous leur rappelez leur enthousiasme pour les révolutions tunisienne et égyptienne, et même pour le Qatar tant que son émir jouait les trouble-fête et que la chaîne al-Jazeera épargnait le pouvoir en place à Damas, ils se ravisent pour limiter le champ d’application de la théorie du complot à la « Syrie récalcitrante ». Là, les manifestations populaires à travers le pays, les dizaines de milliers de morts et de blessés, les centaines de milliers de réfugiés, les arrestations massives, les tortures, les viols, les pillages, les bombardements des villes et des villages à l’artillerie lourde et à l’aviation de combat ne sont qu’une illusion d’optique, des images fabriquées dans les officines de la CIA et les studios d’al-Jazeera. Et quand bien même tout cela serait vrai, poursuivent-ils, que valent la liberté et la dignité du peuple syrien en regard de la bombe atomique iranienne et des missiles du Hezbollah libanais ?
Or ces mêmes « anti-impérialistes », généralement très complaisants à l’égard de l’islam politique, se métamorphosent en laïcistes intransigeants dès qu’il s’agit de la Syrie. Ils s’offusquent d’entendre implorer Dieu dans une manifestation guettée par des snipers ; ils voient des salafistes là où le régime voudrait qu’ils les voient ; ils grossissent le rôle des volontaires islamistes étrangers – que Bachar n’avait pas hésité naguère à infiltrer en Irak ; ils se lamentent sur le sort des minorités à la manière des chancelleries occidentales du temps de la Question d’Orient ; ils gomment toute initiative citoyenne de l’opposition, qu’elle soit politique ou culturelle ; ils traitent de laïque un régime dont l’un des fondements est l’esprit de corps communautaire, l’une des pratiques éprouvées la manipulation des minorités, et qui a délibérément favorisé la « réislamisation » bigote et obscurantiste d’une partie de la société sous prétexte de combattre l’islamisme politique.
Il est remarquable par ailleurs que les défenseurs prétendument « anti-impérialistes » du régime, et qui sont censés avoir un minimum de conscience sociale, évitent soigneusement d’en faire usage, concentrant leurs efforts soit sur le fameux complot, soit sur les déficiences et les maladresses de l’opposition. Pas un mot sur l’assise clanique du pouvoir, sur le libéralisme économique sauvage et ses réseaux mafieux, sur la dérive monarchique et le culte délirant de la personnalité, sur cinquante ans de despotisme prédateur et ses dizaines de milliers de victimes syriennes, libanaises, palestiniennes, irakiennes. Aucune réflexion non plus sur les forces sociales en présence, en dehors évidemment de la rengaine éculée d’un pays qui serait une juxtaposition de communautés ethniques et religieuses, et par conséquent ingouvernable démocratiquement. N’est-il pas irritant, et en même temps éclairant, que des militants de gauche ne se posent pas la moindre question sur les classes et les catégories sociales qui subissent le régime et le combattent, celles qui en profitent et s’y accrochent, et celles qui hésitent à s’engager d’un côté comme de l’autre ?
Ce qui rapproche, en fait, ces militants-là d’un dictateur sanguinaire comme Assad n’est pas à proprement parler politique, mais idéologique. C’est l’indéracinable culturalisme qui assigne aux autres peuples, consciemment ou inconsciemment, une culture à jamais différente de la nôtre, et qui leur colle à la peau comme une seconde nature. S’il est en France tout à fait naturel, quand on est de gauche, de défendre les acquis sociaux et les libertés individuelles et collectives, il est en revanche impensable, inouï, aberrant, contre nature, selon cette même gauche, de vouloir en Syrie vivre libres et égaux. Sauf, évidemment, quand on se laisse prendre dans les rets du « complot américano-saoudo-qatari »…