Une tribune pour un militaire israélien à Bxl? Innacceptable!


Le 25 mai, le colonel de l’armée israélienne Liron Libman recevra une tribune de deux heures lors d’une conférence organisée à Bruxelles. Inacceptable!

La position d’intal

Comme indiqué dans son texte de vision, Intal défend le boycott, le désinvestissement et les sanctions à l’encontre de l’État israélien tant que ce dernier ne respectera pas le droit international et le droit du peuple palestinien. Nous sommes opposés au fait que que l’une des éminences de l’armée israélienne, le Colonel Liron Libman, se voit offrir une tribune dans notre capitale le 25 mai prochain.

Toute personne, institution ou entreprise qui représente ou qui travaille pour l’État israélien doit donc, selon la campagne BDS, être boycottée. Il s’agit là d’une méthode non violente pour faire pression sur cet État responsable de l’occupation et de la colonisation de la Palestine.

L’armé israélienne est bien évidemment concernée par ce boycott, elle se trouve même en tête de liste des institutions israéliennes qui doivent non seulement être boycottées, mais dont les responsables doivent être poursuivis devant des cours internationales. Selon les Nations Unies ou des organisations comme Amnesty International, ce corps militaire a commis plusieurs crimes de guerre et commet chaque jour des exactions à l’encontre de la population palestinienne.

Cette institution perpétue une occupation illégale, elle est l’outil d’oppression contre un peuple colonisé, elle maintient le Moyen-Orient arabe dans un état de guerre dont tous les habitants, Israéliens compris, sont victimes.

Nous sommes indignés par le fait que l’une des éminences de l’armée israélienne, le Colonel Liron Liebman, se voit offrir une tribune dans notre capitale le 25 mai prochain.

Une conférence de ce militaire est programmée au Palais des Académies, entre le Palais Royal et le Parlement. Il ne s’agit pas d’un débat contradictoire, il ne s’agit pas d’une interview au journal parlé. Cet événement permet à un militaire israélien de donner une conférence faisant la promotion des méthodes de son armée.

Cet événement sera présidé par un professeur enseignant le droit à la Vrije Universiteit van Brussel, l’introduction sera donnée par un fonctionnaire du Ministère belge de la Défense. Bien entendu, nous ne pouvons savoir à l’avance ce que dira Libman, mais le thème de sa conférence est explicite : « L’expérience israélienne concernant les défis des guerres asymétriques ».

Intal juge inacceptable que des personnalités académiques et politiques normalisent les expériences de l’armée israélienne. Cela va à l’encontre de ce que nous défendons: le droit à la santé, à la justice et à la sécurité physique du peuple palestinien. Cela conduit objectivement à encourager la poursuite de ces agissements illégaux et violents des troupes d’occupation.

Intal estime qu »il serait préférable d’annuler cette conférence. Il ne faut pas offrir de tribune à ce colonel, aussi passionnantes puissent être les difficultés ingrates auxquelles l’armée israélienne est confrontée dans ce conflit asymétrique, aussi instructifs puissent être les enseignements de Liron Libman pour les militaires et hommes politiques belges impliqués dans l’occupation de l’Afghanistan et les bombardements de la Libye.

Une lettre de protestation signée par 45 personnes et organisation.

Lorsque nous avons appris que cette conférence se tenait, plusieurs association, dont intal, ont initié une lettre commune qui a été finalement signée par plus de 45 personnes et organisations. Parmis celle-ci, des syndicalistes, des membres de partis politiques, des élus, des membres du corps accadémiques, des ONG,… Vous pouvez prendre connaissance du contenu de la lettre ci-dessous. Nous espérons que cette lettre adressée aux organisateurs de la conférence aura l’effet escompté et que ceux-ci entendront nos arguments. Nous vous tiendrons bien évidemment au courant des suites de cette affaire est de possibilités de mobilisations

Très chers,

Le 25 mai, le Colonel Liron A Libman donnera une conférence intitulée «The challenges in asymmetrical warfare : an Israeli experience ». Le Colonel Libman est à la tête du département de droit international au sein du Military General Advocate  qui dépend de l’Armée Israélienne (IDF).
C’est en cette qualité que Libman  minimalise les accusations de crimes de guerre qui  ont été commis par l’IDF lors de l’opération ‘Plomb durci’,  accusations affirmées dans plusieurs rapports  (le rapport Goldstone, Amnesty International, Human Rights Watch,…). Pour lui, ces accusations reviennent à du terrorisme légal (Haaretz, 19/02/2009), il a aussi affirmé que le commandement « ne devait pas s’inquiéter  à cause de ces enquêtes» (Turning a blind Eye’, Rapport de Human Rights Watch, 11 avril 2010)

Les officiers commandants l’IDF ont déjà déclaré que, depuis la guerre du Liban en 2006, ils appliquent la doctrine Dahiya. Si des tirs proviennent d’un village libanais, l’armée israélienne va, selon le Général Eisenkot, «utiliser une force disproportionnée en causant des destructions à grande échelle. Notre position étant qu’il ne s’agit pas d’un village de civils mais d’une base militaire.» (Reuters 10/03/08). D’autres militaires ont confirmé que cette doctrine sera appliquée pour chaque conflit avec le Liban, la Bande de Gaza et la Syrie (Haaretz 5/10/2008).

Selon les «Statut de Rome de la Cour pénale internationale » (article 8,2, b, iv), est considéré comme crime de guerre «le fait de lancer une attaque délibérée en sachant qu’elle causera incidemment des pertes en vies humaines et des blessures parmi la population civile, des dommages aux biens de caractère civil ou des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel qui seraient manifestement excessifs par rapport à l’ensemble de l’avantage militaire concret et direct attendu. »
Les différents rapports du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU décrivent l’armée israélienne comme une force d’occupation répressive qui est responsable de la mort de milliers de citoyens lors de la dernière décennie.

Nous trouvons inacceptable, sur les plans politique et moral, qu’un important officier de cette armée, qui de plus minimalise les responsabilités de l’armée israélienne lors de la guerre contre Gaza avant que les enquêtes ne soient terminées, se voie offrir une plateforme de deux heures dans une institution respectée comme la Koninklijke Vlaamse Academie voor Wetenschappen en Kunsten. La liberté d’expression est un droit élémentaire qui doit néanmoins tenir compte de responsabilités morales. Il est obscène qu’une personne avec un tel profil, complaisante à l’égard de crimes contre l’humanité, reçoive la parole dans une si haute instance.
Dès lors, nous vous demandons, par respect pour les victimes civiles, d’annuler cette conférence sous cette forme et avec cet orateur. Une personne autorisée et indépendante serait plus à même de traiter un tel sujet

P.S.

Dear all,

The lecture scheduled for 25 May 2011 by Mr Libman has been cancelled. An alternative date is being sought later in the year for a new event.

Sincerely,

Prof. Dr. Kim Van der Borght

President, Belgian Branch of the International Law Association

Manifestation contre les violences policières ce lundi 16 mai, à l’appel de la Ligue des droits de l’Homme


LIGUE DES DROITS DE L’HOMME

16 MAI 2011 – MARCHES DU PALAIS DE JUSTICE

EN SOLIDARITE AVEC RICARDO, RASSEMBLEMENT CONTRE LES VIOLENCES POLICIERES

Samedi 7 mai 2011.

Ricardo, militant pacifique, se rend au Steenrock festival pour marquer sa solidarité avec les détenus du Centre 127 bis.

Il n’arrivera pas au festival et devra être hospitalisé et opéré en urgence.

En cause : le déchaînement de violence d’un policier qui, suite à une incompréhension linguistique durant un contrôle d’identité, l’a tabassé à coups de matraque, dont plusieurs au visage.

Les dents cassées, les fractures multiples et la lèvre déchirée sont les douloureux témoins d’un déchaînement de violence inadmissible.

Une altercation verbale – même ironique ou désobligeante voire, dans l’absolu, injurieuse – ne peut mener, de la part des forces de l’ordre, à une réponse aussi disproportionnée et violente.

Scandalisée par ce comportement et inquiète de la multiplication de la violence policière à l’égard de militants pacifiques,

la Ligue des droits de l’Homme invite ses membres, ses sympathisants et tous les citoyens partageant cette inquiétude,
à participer,

le lundi 16 mai, de 13 à 14 heures,
à un rassemblement pacifique sur les marches du
Palais de Justice de Bruxelles, Place Poelaert

– pour témoigner leur solidarité avec Ricardo ;
– pour exprimer leur rejet catégorique de tout comportement violent de la police à l’égard d’un militant pacifique;
– pour que toute la lumière soit faite tant par la Justice que par les instances disciplinaires de la police sur cette affaire

Merci de faire circuler ce message.

Quand la victime se mue en accusée…


Myriam De Ly

Je vous avais parlé de l’incident qui m’était arrivé en octobre dernier au marché de Châtelineau, en marge d’un stand de la Plate-forme Charleroi-Palestine. J’avais été arrêtée et détenue arbitrairement lors d’une grande opération policière, uniquement pour avoir posé une question à un policier et avoir pris deux photos de personnes d’origine étrangère, en état d’arrestation. J’avais été fouillée (on m’a obligé d’enlever tous mes vêtements et je me suis retrouvée en soutien-gorge et petite culotte face à deux policières) et on m’a enfermée dans un cachot froid, sans lumière du jour, à moitié habillée seulement. Suite à des pressions (deux avocats ont téléphoné au commissariat et un camarade est venu voir le commissaire), j’ai été libérée après trois heures de détention. Mon avocat Frédéric Ureel a déposé plainte auprès du parquet du procureur du roi. Très rapidement, la plainte a été classée. Mais, surprise : voilà que la police m’attaque pour « outrages aux policiers ». Victime, voilà que je me retrouve au banc des accusés pour des propos que je n’ai jamais tenus. Cela se passe le lundi 30 mai à 14 h, au Palais de justice de Charleroi, tribunal correctionnel, 20e chambre. Bien sûr, vous êtes tous les bienvenus ! Et n’hésitez pas à faire circuler ce message…

Ci-dessous : un reportage de la télévision régionale Télésambre :

http://telesambre.rtc.be/content/view/10087/166/

Bien à vous,

Myriam

Concert Qalqilya


Artistes contre le murasbl

Organise en la Cathédrale des Saints Michel et Gudule de Bruxelles, et en association avec différents partenaires, le :

 

Concert Qalqilya

Concert choral le vendredi 27 mai 2011 à 20 h.

en soutien aux ateliers artistiques dans la ville de Qalqilya, en Palestine

Avec la participation de l’Ensemble vocal «Andantino» et de l’Orchestre « Acanthes », sous la direction de Samir Bendimered.

Au programme:

en première partie :
ULTIMA PASSEGIATA d’Alexandre Furnelle
DROLATORIO, de Samir Bendimered, basé sur les « Exercices de style » de Raymond Queneau;

en deuxième partie :
REQUIEM en Ré mineur, opus 48, de Gabriel Fauré.

 

Organisé en association avec la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (Paris), la Ligue des Droits de l’Homme (Bruxelles), la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale de Molenbeek, l’Union des progressistes juifs de Belgique et l’Association belgo-palestinienne.

Les bénéfices du concert serviront à soutenir les ateliers artistiques d’Artistes contre le mur asbl dans la ville de Qalqilya, en Palestine.

Entrée : 25 euros
ou 20 euros en prévente avec paiement sur le compte 035-5513333-88 d’ « Andantino » avec la mention « Concert Qalqilya » + le nom + le nombre de places (x 20 euros).
Retrait des places réservées 1/2 heure avant le début du concert.

Informations et réservations :
www.musicauniversalis.be
Tél.             0472.349.341
bendimered@gmail.com

26 april: FLASMOB GENT: maak verzet tegen militaire interventie in Libië zichtbaar!


« Dat burgers moeten worden beschermd
tegen de domheid en de onmenselijkheid van hun bestuurders staat buiten kijf.
Dat geldt ook voor ons.
Onze volksvertegenwoordigers en onze regering slepen ons mee
in een militaire operatie waarvan ze het eindresultaat niet kunnen omschrijven.
Zij maken ons als burgers mee verantwoordelijk
voor een oorlog die wij niet kunnen goedkeuren. « 


Volgende FLASH MOBDIE IN

Afspraak: dinsdag 26 april 17u30 (stipt)
Sint Pietersstation Gent

Meer info:
Vredesactie
Vrede
Intal


Vredesactie vzw inez louwagie tel 0498 68 29 40 www.vredesactie.be

War Starts Here

De Crem, meilleur ami belge de l’Amérique


voyez la date, mais ce va-t-en-guerre est de nouveau sur la brèche pour la Libye
Publié le 28 janvier 2011 par admin

Le premier des câbles diplomatiques concernant la Belgique et dévoilé par De Standaard révèle comment le ministre Pieter De Crem (CD&V) a aidé les Américains à convaincre le Premier ministre Yves Leterme et le ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere (tous deux CD&V) de répondre favorablement à la demande américaine d’augmenter la présence militaire belge en Afghanistan et de rester jusqu’à la fin 2011. Pieter De Crem a réagi ce vendredi soir. Il assume, estimant que “WikiLeaks est proche de la vérité”.

Selon les informations mises en ligne ce vendredi par De Standaard, qui relate les câbles diplomatiques diffusés par WikiLeaks, au départ, les Américains n’étaient pas de grands fervents du ministre De Crem. Mais, très vite, ce dernier est devenu un allié privilégié de l’administration Obama, plus particulièrement de la chef du Département d’Etat, Hillary Clinton. En effet, De Crem va se montrer beaucoup plus enclin à satisfaire les requêtes américaines que son prédécesseur à la Défense, André Flahaut (PS).

Selon le câble cité par De Standaard, De Crem a manœuvré pour augmenter la participation belge à la force militaire de l’Otan en Afghanistan. Il savait que son Premier ministre et le PS étaient contre, craignant les répercussions sur le budget de l’Etat.

Le 4 décembre 2009, en marge d’un sommet de l’Otan à Bruxelles, explique De Standaard, Clinton a eu un entretien avec De Crem, Leterme et Vanackere, afin de formuler la demande américaine à la Belgique : 150 militaires belges en plus, des formateurs militaires supplémentaires et la garantie que les Belges resteront au poste jusqu’à la fin 2010.

Or, selon le câble cité par De Standaard, l’ambassadeur américain à Bruxelles note que c’est Pieter De Crem en personne qui a soufflé à Clinton ce qu’elle pourrait obtenir de la Belgique… “Ou comment De Crem a tenté de manipuler Leterme avec l’aide de Clinton”, conclut De Standaard.

En trois ans, entre l’ère Flahaut et l’ère De Crem, le nombre total des militaires belges en Afghanistan est passé de 360 à un maximum de 626 hommes.

EDIT 22h00 : De Crem assume

Pieter De Crem ne dément pas ces informations. C’est “proche de la vérité”, a-t-il affirmé lors de l’émission Terzake de la VRT vendredi soir. Il a toutefois affirmé que c’était lui faire “beaucoup d’honneur” de dire qu’il a agit de concert avec la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, pour convaincre le Premier ministre Yves Leterme d’accroître la
présence militaire belge en Afghanistan.

M. De Crem a nuancé le fait qu’il ait réussi à imposer sa volonté personnelle à l’ensemble du gouvernement. La décision de rester jusque fin 2011 en Agfhanistan est une décision de l’ensemble du gouvernement, pris sur proposition du Premier ministre et des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, a-t-il souligné. Il a jugé normal qu’une telle décision soit précédée d’un trafic diplomatique. M. De Crem a réaffirmé son crédo d’une Belgique “petit partenaire, mais fiable” des Etats-Unis.

EDIT 23h00 : Les verts fulminent

(belga) Les députés écologistes Juliette Boulet et Wouter De Vriendt ont exigé ce vendredi soir que la commission de la défense de la Chambre se réunisse « de toute urgence » pour entendre le ministre de la Défense, Pieter De Crem, et le Premier ministre Yves Leterme. Pour les écologistes, il n’est pas normal qu’un ministre belge travaille de concert et dans le secret avec une puissance étrangère, quelle qu’elle soit. « Il y a là un problème grave de confiance entre le ministre et ses collègues », soulignent-ils.

Corentin Di Prima et Anne-Sophie Leurquin

source

BELGIQUE contre Agrexco


APRÈS L’ACTION DU SAMEDI 12 FEVRIER CONTRE LES SOCIÉTÉS AGREXCO ET CAL, LACHS À LIÈGE,

Samedi 12 février, 24 heures après l’opération de blocage des entrepôts d’Agr exco  menée par une vingtaine de militants d’Act io n pour la Paix et  vredesactie, plus d’une centaine de personnes  a répondu à l’appel des organisations belges et a participé à la marche dénonçant le déchargement en Belgique des fleurs de l’occupation par les sociétés Agrexco et Cal Lachs.

4 mai 2011 : Journée nationale de plaintes

Les guerres commencent ici. Des entreprises européennes profitent de la guerre pour réaliser des profits et la perpétuent de par leurs activités. Nos gouvernements ne réagissent toujours pas.
En février 2011, Action pour la Paix, le MIR-IRG et Vredesactie lancent une action de plaintes contre les entreprises AGREXCO Ltd., CAL (Cargo Air Lines) et LACHS (Liège Air Cargo Handling Services)…. Il s’agit d’entreprises qui font des profits et alimentent directement des conflits. Nos gouvernements ont la capacité d’y mettre un terme, en appliquant tout simplement la loi. En effet, ces entreprises sont en infraction avec le droit international et profiter de violations graves des Droits de l’Homme est illégal.
C’est pourquoi Action pour la Paix, le MIR-IRG et Vredesactie appellent chacun d’entre nous à déposer une plainte en son nom contre ces entreprises entre février et novembre 2011.
Le samedi 14 mai est déclaré journée nationale de plaintes. Ce jour là, dans toute la Belgique les citoyens se rendront à leur bureau de police local afin de déposer plainte contre AGREXCO Ltd., CAL et LACHS, pour recel et complicité de crimes de guerre.
Les plaintes seront disponibles aux différents les lieux de rendez-vous. Vous recevrez un bref briefing et partirez ensemble vers le bureau de police le plus proche.
En espérant que vous nous rejoindrez dans cette action,
With Peace
L’équipe d’Action pour la Paix
Lieux et heures du rendez-vous:
Bruxelles: Maison de la Paix, rue Van Elewyck 35, 1050 Bruxelles: 10h
Liège: Centre Social C.P.C.R. 11, Jon Ruelle, Liège: 10h

La plainte est disponible sur le site d’Action pour la Paix : www.actionpourlapaix.be
Plus d’infos sur : www.actionpourlapaix.be ou par mail (info@actionpourlapaix.be)

SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.


Points critique n° 314 de mars 2011.

Jacques Bude, ancien professeur de psychologie sociale à l’ULB, nous a adressé ce courrier en réaction à l’article « Une radicalité identitaire? » d’Alain Mihàly paru dans Points critiques n°311 de décembre 2010 (dans le cadre du dossier « De la libre expression ».

SOUHAIL CHICHAH N’EST NI ANTISÉMITE NI NÉGATIONNISTE.

J. Bude

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

Dans son article Alain Mihàly ne rapporte pas le moindre propos explicitement antisémite ou négationniste qu’aurait tenu Souhail Chichah. Il est dès lors inacceptable de proférer ou d’insinuer à son encontre les accusations infamantes d’antisémitisme et de négationnisme.

Mais avant d’aborder l’univers étouffant et alambiqué de l’exégèse obsessionnelle – « (du) décryptage (d’une) stratégie discursive … (où) il faudra considérer qu’aucun des propos tenus n’est ni dénué de sens ni anodin » – attardons-nous un moment dans l’apaisante banalité des faits avérés.

J’ai écouté et réécouté l’enregistrement des interventions de Souhail au cours du débat sur la liberté d’expression dont on se serait bien passé. Je n’y ai absolument rien détecté d’antisémite ou de négationniste. Vérifications faites, je suis loin d’être le seul de cet avis. De plus, je connais Souhail depuis très longtemps et je ne lui connais pas le moindre propos antisémite ou négationniste. Mais il y a mieux.

Une amie, Barbara membre de l’UPJB, enseignait dans une école d’Anderlecht dont les élèves sont en quasi totalité issus de l’immigration maghrébine ou turque. Elle avait constaté que dans leur esprit, il y avait incompatibilité totale entre un musulman et un Juif ainsi qu’une animosité abstraite mais bien réelle et croissante envers les Juifs. Barbara m’a demandé de venir dans son école, accompagné si possible d’une personne issue de l’immigration musulmane, afin de répondre aux questions de ses élèves. Je m’y suis rendu avec Souhail. Grâce à la vivacité d’esprit des élèves et à l’humour décapant de leur capacité d’autodérision, nous avons passé une après-midi très agréable et incroyablement instructive.

À l’évidence, ces jeunes adolescents ne parvenaient pas à concevoir que des Musulmans et des Juifs puissent être des amis. À leurs yeux, tous les musulmans de l’immigration étaient des petits commerçants, artisans, ouvriers généralement pauvres et peu instruits, alors que tous les Juifs étaient membres de professions libérales ou patrons généralement riches et très instruits. Il leur semblait aller de soi que tous les Musulmans étaient pro-Palestiniens et anti-Israéliens et qu’à l’inverse, tous les Juifs étaient pro-Israéliens et anti-Palestiniens.

Ils n’en revenaient pas que Souhail et moi étions amis, tous deux athées et issus du même milieu social – nos pères étaient tous deux manœuvres dans la sidérurgie, le sien aux hauts fourneaux de Clabecq et le mien à ceux d’Ougrée Marihaye -. Ils étaient sidérés d’apprendre qu’en 1940, plus de 90% des Juifs qui résidaient en Belgique étaient des étrangers, pour la plupart d’immigration récente constituée en grande majorité de petits commerçants, d’artisans indépendants, d’ouvriers peu qualifiés qui habitaient dans les quartiers où vivent aujourd’hui des immigrations qui leur ont succédé. Ils ne tarissaient pas de questions sur cette immigration juive. Mais il n’a plus été question d’incompatibilité entre Juifs et Musulmans ni de ce que tous les Juifs étaient puissants, riches et instruits.

Je souligne au passage que Souhail porte autant d’attachement et de respect à son milieu d’origine que moi au mien et que comparer l’immigration juive des années 1920 et 1930 à celle de ses parents, n’a rien d’insultant, bien au contraire.

C’est peu dire que Barbara, Souhail et moi étions sous le charme. Barbara a immédiatement proposé d’élargir l’audience aux autres élèves de l’école, leurs parents et particulièrement aux autres enseignants. Une date a été fixée, une salle communale d’Anderlecht réservée et des affiches ont été apposées. La veille de la séance, sans nous prévenir, la salle nous avait été retirée et la mention « annulé » barrait les affiches. L’explication donnée à Barbara était qu’on ne pouvait fournir une tribune communale à l’antisémitisme et, pour faire bonne mesure, il lui a été vivement conseillé de ne pas faire de vagues. Cette annulation venait directement du bureau de Jacques Simonet sur lequel des membres anderlechtois de la communauté juive avait fait pression.

On le voit, l’aveuglement des obsessionnels de l’antisémitisme n’est pas neuf. Il s’est toutefois exacerbé ces dernières années.

Ce qui nous ramène à l’article d’Alain Mihàly. Les accusations d’antisémitisme et de négationnisme qui y sont proférées ou plutôt insinuées à l’encontre de Souhail, se fondent sur une accumulation d’amalgames et de procès d’intention qu’apparemment il considère comme une démonstration.[1]

Parmi les multiples amalgames, je ne mentionnerai que mon préféré: « SC (Souhail pour Alain Mihàly) a, en deux mots, ‘condamné’ comme ‘racistes’ les propos de Dieudonné, moralement s’entend et non politiquement et a qualifié leur auteur de ‘bouffon’, ce qui enlève quelques degrés de gravité à cette condamnation et appartient, sans contexte, au lexique des défenseurs de l’ex-humoriste ». Donc, pour autant que j’y comprenne quelque chose, en qualifiant Dieudonné de raciste et de bouffon, Souhail se range parmi ses défenseurs.

Parmi les procès d’intention: Pourquoi Souhail dit-il, redit et redit-il qu’il n’est pas antisémite? Parce qu’il ne l’est pas? Que non! Il s’agit de « la stratégie discursive mise en œuvre par SC (dont) le but est … d’évacuer la possibilité même d’être inquiété pour cause d’antisémitisme. »; « L’association de l’adjectif ‘sales’ et du substantif ‘Juifs’ … ne pouvait que faire penser à … ‘sales Juifs’ et SC ne pouvait l’ignorer. »; Après avoir cité le raisonnement boiteux de Souhail qui se voulait sans doute provocateur – « Moi, la question du négationnisme, elle ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je n’ai pas d’avis puisqu’il est interdit d’avoir un avis dessus donc en tant que légaliste, je m’en tiens à la vérité officielle. » – Alain Mihàly commente: « Cette proposition n’est pas négationniste ‘au premier degré’ et son auteur n’a pas manqué d’insister ultérieurement sur sa reconnaissance du judéocide. Elle est cependant volontairement ambiguë puisque construite sur un mensonge juridique conscient. »

À mes yeux, cette tortueuse et incompréhensible litanie d’amalgames et de procès d’intention démontre uniquement à quel point Alain Mihàly est obsédé par l’antisémitisme.

Tant ce qu’il dit me paraît tortueux et incompréhensible, tant ce qu’il ne dit pas me paraît limpide. Il est pour le moins étonnant qu’il qualifie de « scories médiatiques … hors propos » la Lettre ouverte officielle adressée aux Autorités académiques de l’ULB par M. Sosnowki en tant que Président du CCOJB et publiée dans Le Soir ainsi que la pétition adressée aux mêmes Autorités qui y fait suite et qui a recueilli plus de 1.500 signatures. Or, sans cette Lettre ouverte, le débat sur la liberté d’expression serait méritoirement passé inaperçu, il n’y aurait pas eu de pétition et l’article d’Alain Mihàly tout comme d’ailleurs le dossier dont il fait partie, n’auraient pas existé. En fait, cet article et la lettre de M. Sosnowski sont indissociables.

La projection d’un documentaire sur Dieudonné n’aurait pas dû  s’inscrire dans un débat sur la liberté d’expression. Le Librex aurait dû prendre en compte le fait que depuis des décennies l’invocation de la liberté d’expression est l’un des instruments privilégiés de la propagande négationniste dont le but est de dédouaner l’extrême droite raciste. Souhail dont la prudence n’est manifestement pas la qualité majeure, n’aurait pas dû s’aventurer à débattre de la liberté d’expression sur ce terrain piégé. Mais de là à l’accuser d’antisémitisme et de négationnisme, il y a une ligne rouge qu’Alain Mihàly n’aurait jamais dû franchir, d’autant moins qu’il le fait avec de bien tristes « compagnons de route ».

Dès le lendemain de ce regrettable débat, M. Sosnowski Président du CCOJB adresse officiellement aux Autorités académiques de l’ULB et au journal Le Soir une Lettre ouverte dont voici l’essentiel: « M. Chichah, assistant à l’ULB, n’arrêtera pas de franchir la ligne rouge par des propos vomitifs sur la Shoah ou sur les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis, les qualifiant de ‘sales’. » … « Monsieur Van Damme, je vous accuse … (d’avoir laissé) la haine du Juif se développer dans l’enceinte de l’ULB, … ». « En temps que membre du corps académique de l’ULB, j’ai honte qu’un assistant de notre université soit autorisé à gaver ses étudiants de propos haineux. » « Cette soirée nauséabonde … nous aura appris une fois de plus que certains, par haine d’Israël, remettent en cause, sans complexe, la Shoah et menacent la dignité des Juifs. »[2] L’intention de nuire est évidente.

Parmi les « scories médiatiques … hors propos », Alain Mihàly place également une « pétition de soutien à SC ». C’est tout ce qu’il dit d’une pétition adressée aux Autorités académiques de l’ULB qui a recueilli plus de 1500 signatures et dont voici l’essentiel: « Nous, étudiants et chercheurs/professeurs de l’Université Libre de Bruxelles et nous, citoyens, demandons aux Autorités académiques de prendre leurs responsabilités face à la campagne diffamatoire de M. Sosnowski à l’encontre de M. Chichah et de M. Van Damme(; …) de rétablir M. Chichah et M. Van Damme dans leur honneur et nous réclamons des excuses publiques de M. Sosnowski. »

Je résume. Les accusations calomnieuses portées à l’encontre de Souhail par M. Sosnowski en tant que Président du CCOJB et ses compagnons de l’UEJB d’une part et par Alain Mihàly d’autre part, ainsi que les amalgames et procès d’intention que tous utilisent pour les étayer, sont les mêmes. Le fait que ces accusations soient abruptes et explicites chez les premiers et insidieuses et furtives chez le second, n’y change rien.

Comme l’indique l’épisode anderlechtois, l’obsession de l’antisémitisme n’est pas neuve. Elle s’est toutefois exacerbée ces deux dernières années. Depuis l’opération Plomb durci et les attaques meurtrières contre les flottilles humanitaires, l’utilisation de la violence armée par l’État d’Israël contre les Palestiniens commence à perdre sa légitimité dans l’opinion internationale et même israélienne. Ce qui entraîne une mise en question de la légitimité de la colonisation de peuplement qui désintègre la société palestinienne, et des multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité au prix desquels cette colonisation se réalise. Ce n’est donc pas, comme on s’acharne de bonne ou de mauvaise foi à faire croire, la légitimité de l’existence de l’État d’Israël qui est mise en question, mais celle de sa politique délibérée et systématique de désintégration sociale – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[3] – des communautés palestiniennes en Israël-Palestine.

La réaction d’un grand nombre de Juifs – fort heureusement pas tous, loin s’en faut – a été la conviction que cette perte de légitimité ne résultait pas d’une légitime révulsion envers la politique criminelle de l’État d’Israël mais de l’antisémitisme, porté notamment par l’immigration musulmane, que les justifications négationnistes ont débridé. Aujourd’hui, pour des raisons qu’il m’est impossible d’analyser ici faute de place, cette poussée d’aveuglement communautariste déborde les milieux où il est en quelque sorte traditionnel. Ce dont atteste, à mon sens, le bien curieux dossier de Points critiques qui oublie les accusations publiques du CCOJB alors qu’il aborde les mêmes thèmes.

Dénoncer les crimes de guerres et les crimes contre l’humanité perpétrés par l’État d’Israël n’est pas de l’antisémitisme. C’est tout simplement que l’on soit juif ou non, refuser d’être complice de ces crimes. Par contre croire que parce qu’ils sont juifs, tous les Juifs avalisent ces crimes parce qu’ils sont commis par des Juifs, est de l’antisémitisme. Par conséquent tout ce qui porte à croire que tous les Juifs soutiennent l’État d’Israël quoi qu’il fasse, incite à l’antisémitisme. Cette incitation contribue à l’inquiétante renaissance de ce fléau bien d’avantage que les aboiements négationnistes – d’ailleurs très largement discrédités – de ceux que Vladimir Jankélévitch qualifie si justement de chiens de la haine.[4]

À l’exception de quelques initiés, pour l’opinion publique et pas seulement dans les milieux de l’immigration musulmane, le Président du Comité de Coordination des Organisations juives de Belgique, ne parle pas au nom de certaines de ces organisations, mais au nom de toutes; pas au nom de certains Juifs mais au nom de tous. Que nous le voulions ou non, notre silence nous associe aux vociférants porte-parole d’une fantasmatique unanimité juive. Si l’on veut combattre la renaissance de l’antisémitisme, Il me paraît essentiel de briser cette fallacieuse image d’une unanimité juive, version auto-infligée des Protocoles des Sages de Sion.

Le film Defamation de Yoav Shamir fait partie des remèdes contre la renaissance de l’antisémitisme. La dénonciation par un Israélien juif des manœuvres de l’ADL (Anti-Defamation Ligue) et de la manipulation d’adolescents israéliens par le Mossad, met à mal l’image d’une solidarité juive à toute épreuve. Alain Mihàly disqualifie ce film pourtant solidement étayé par l’unique commentaire: « film pour le moins questionnable ».[5] Il s’agit là d’une insinuation de plus. J’espère que l’UPJB organisera bientôt une projection de ce film suivi d’un de ces débats qui l’honorent depuis si longtemps.

Après la large diffusion de la scandaleuse Lettre ouverte officielle du Président du CCOJB et du non moins scandaleux montage vidéo de l’UEJB, j’attendais une réaction de l’UPJB. Inutile de dire ma profonde déception à la parution du dossier de Points Critiques et mon écoeurement face aux calomnies, voilées ou non, à l’égard de Souhail qu’il contient. Souvent depuis cette diffusion et constamment durant la lecture du dossier, Marcel Liebman me venait à l’esprit. Je suis certain que il nous aurait appelé à proclamer: « Pas en notre nom ».


[1] Voici en quels termes Alain Mihàly esquisse la « logique » de sa « démonstration ». Après avoir établi l’imbrication, – je le cite – « à l’inversion, il faudra donc ajouter la substitution et, subséquemment, la dépossession », puis la dépossession-identification et la forclusion.

[2] Le 28/09/2010 Sosnowski demande, en tant que Président du CCOJB, à être reçu par le Pro Recteur accompagné d’un délégué de l’UEJB et recommande « comme valant le détours » un montage vidéo sur le débat que cette organisation avait déjà largement diffusé et dont il fournit le lien électronique. Il est édifiant de comparer ce montage scandaleusement tendancieux à ce qui s’est effectivement passé au cours du débat.      http://www.youtube.com/watch?v=o4Ee0xjFZiI et www.sidimedia.blip.tv/

[3] Il s’agit de la politique mise en œuvre par A. Sharon au début 2002 – Opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[4] « Aujourd’hui, quand les sophistes nous recommandent l’oubli, nous marquerons fortement notre muette et impuissante horreur devant les chiens de la haine; nous penserons fortement à l’agonie des déportés sans sépulture et des petits enfants qui ne sont pas revenus.  Car cette agonie durera jusqu’à la fin du monde. » Vladimir Jankélévitch, L’Imprescriptible, Seuil, 1986.

[5] Les éditorialistes du dossier – le Conseil d’administration de l’UPJB – ne font certainement pas mieux quand ils écrivent: « que le réalisateur soit israélien peut aider quelques âmes coupables à vider leur sac ». J’espère avoir mal compris.

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