François Burgat : « Notre relation au monde musulman a toujours eu quelque chose de passionnel »


16 Mars 2012 Par Université citoyenne…
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L’Université citoyenne reçoit François Burgat lors du second rendez-vous consacré aux révolutions arabes. Entretien.

Spécialiste du monde arabe contemporain et de l’islamisme, François Burgat a vécu plus de dix-huit ans au Maghreb, au Proche-Orient et dans la péninsule arabique. Il dirige l’Institut français du Proche-Orient à Damas. Installé depuis quelques mois à Beyrouth, il a répondu au Journal depuis la capitale libanaise.

Pourquoi fait-on souvent une confusion entre islam et islamisme ?
En Europe, ce chevauchement entre une appellation qui désigne toute une communauté de religion et de culture et un terme qui a une portée clairement stigmatisante, rappelle que notre relation au monde musulman a toujours eu quelque chose de passionnel, qu’il se trouve de l’autre côté de la Méditerranée ou au sein de notre société. «Le musulman» c’est en fait, pour la plupart d’entre nous (il n’en va pas de même bien sûr pour nos compatriotes musulmans), «l’autre» par excellence. Or notre relation au monde musulman est passée du registre très unilatéral et assez peu anxiogène de la domination coloniale sans limites à quelque chose d’un peu moins inégalitaire, où «l’autre» réclame désormais sa part de reconnaissance, politique et culturelle. Ce moment de notre histoire a donc logiquement quelque chose de très déstabilisant. De surcroît, au lieu de désamorcer ces tensions et ces malentendus, les moins scrupuleux des hommes politiques les cultivent à des fins électoralistes.

En Syrie, faut-il parler de révolution, de guerre civile ou de conflit ethno-confessionnel ?
Je pense que les trois qualifications se superposent. Un régime très autoritaire et décidé à employer tous les moyens pour se maintenir, a tout fait pour transformer en conflit ethno-confessionnel une révolution qui était dans un premier temps pacifique et laïque. Il a malheureusement en partie réussi. La brutalité de la répression a nourri un processus de contre-radicalisation et de vendetta. Certains épisodes – tel l’assaut à l’arme lourde contre un quartier de Homs où s’étaient réfugiés des déserteurs et des civils en armes constitués en «armée libre» – relèvent bien désormais du registre de la guerre civile. Celle-ci a quelquefois des tonalités confessionnelles, la communauté alaouite étant plus étroitement associée que les autres au régime. Cette confrontation est ensuite complexifiée par des acteurs régionaux (Iran, Turquie, Qatar, Arabie saoudite) et internationaux (Russie, Chine, France, Etats-Unis…) dont les analyses de la crise et des possibilités d’en sortir sont diamétralement opposées. La lecture intérieure de la crise (la répression d’un «printemps arabe») est opacifiée par la contre-lecture régionale, celle d’une attaque des puissances occidentales et de leurs alliés arabes conservateurs contre l’un des derniers membres du «front du refus» à l’ordre israélo-américain dans la région. La légitimité indiscutable de la révolte populaire est ainsi en partie masquée par le soutien que lui apportent des acteurs hautement illégitimes dans la région. Cette complexité interdit de faire aujourd’hui un pronostic, surtout optimiste. Une seule chose est sûre : les Syriens des deux camps paient chaque jour un prix de plus en plus élevé à la violence et à la dégradation économique et humanitaire dans lesquelles leur pays s’enfonce.Propos recueillis par Laëtitia Soula

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Le Boycott des dattes israéliennes pendant le Ramadan : une démarche éthique et un devoir religieux


Par Nabil Ennasri* et Mustafa Kastit**

Quelle surprise et même quelle honte ! La situation nous est apparue si scandaleuse qu’elle exige de notre part quelques précisions quant aux principes qui régissent l’éthique islamique. Aujourd’hui en France, de nombreux musulmans rompent leur jeûne avec des dattes provenant d’Israël. Commercialisées par des sociétés criminelles (comme la société israélienne agro-alimentaire Agrexco) et sous le label de marques provenant des colonies juives (Carmel, Jordan River etc), ces dattes ont, aussi bizarre que cela puisse paraître, pignon sur rue dans les étalages des commerces communautaires ainsi que chez de nombreux “épiciers arabes“.

La situation est à son comble en Languedoc-Roussillon – région qui a pourtant vu naître la mobilisation contre l’installation de la société israélienne Agrexco dans le port de Sète*1 – où certains commerçants n’ont pas hésité à disposer à la vente des dattes provenant de la société… Agrexco ! Nombreux sont donc les musulmans qui, en cette période de Ramadan, achètent des dattes en provenance des colonies israéliennes. Reconnaissables à leur forme (elles sont en général plus grosses que les dattes provenant du Maghreb) et à leur goût, la présence de ces dattes auprès des commerces communautaires n’en constituent pas moins un scandale.

Cette situation hallucinante mérite des clarifications quant au fait d’acheter et de consommer des produits en provenance d’un Etat (Israël), dont les massacres récents, la politique coloniale et les méthodes sanglantes ne sont un secret pour personne et ont clairement été mis à l’index par les organisations de défense des droits de l’homme*2.

Aussi, l’objectif de ce texte est clair : il s’agira pour nous de rappeler le caractère illicite, au regard de la loi islamique, de la consommation de produits israéliens et particulièrement ceux provenant des colonies. Car l’heure est grave : alors que le mois du Ramadan bat son plein – mois de partage, de recueillement et de communion spirituelle à travers la Oumma – et qu’il est observé en France par des millions de musulmans, il est quand même consternant et affligeant de voir les dattes israéliennes envahir les marchés et épiceries de nombreux quartiers populaires.

Rappelons d’abord les règles qui guident les principes islamiques. La promotion du droit, de la justice, de la dignité humaine, de même que la défense de l’opprimé, l’assistance aux pauvres et aux déshérités constituent des points cardinaux de l’éthique islamique. La vie du Prophète Mohamed (Saw) est à ce titre exemplaire : symbole de bonté et d’humanité, il était constamment au service des hommes. Une célèbre tradition prophétique nous rapporte que « le meilleur des hommes est le plus utile à ses semblables »*3.

*1 Sur la mobilisation contre l’installation de la société israélienne Agrexco dans le port de Sète, voir le site internet de la Coalition contre Agrexco, http://www.coalitioncontreagrexco.com/. Cette coalition a connu un succès rapide et est désormais composé de près de 90 associations, organisations, syndicats et partis politiques. Cf. aussi le reportage de la chaîne Al Jazeera à l’occasion de la manifestation régionale contre Agrexco le 25 juin 2009 à Montpellier ? disponible sur le blog du Collectif Resistance 30 de Nîmes, http://resistances30.skyrock.com/.
*2 Cf. Le rapport accablant d’Amnesty International sur l’offensive israélienne à Gaza de janvier 2009. Cette même organisation avait déjà accusé Israël d’avoir commis des « crimes de guerre » lors de la guerre du Liban à l’été 2006. Cf. Gaza : 22 jours de mort et de destruction, rapport d’Amnesty International disponible sur le site de l’organisation, www.amnesty.fr et Amnesty International dénonce les « crimes de guerre » commis par l’armée israélienne au Liban, Le Monde, 23 Août 2006.
*3 Hadith considéré comme hassan (fiable) et rapporté par Al-Qudâ’y, Ibn ‘Assâkir et d’autres d’après le compagnon Jâbir.

Cette bienfaisance devait se voir naturellement intensifiée pendant le mois de Ramadan. Ibn ‘Abbâs rapporte : « Le messager de Dieu était l’homme le plus généreux, et il l’était davantage pendant le Ramadan, quand il recevait (l’archange) Gabriel. Gabriel lui rendait visite chaque nuit de Ramadan, et ce jusqu’à la fin de ce mois durant lequel le prophète lui récitait le Coran. Lorsque Gabriel rencontrait le Prophète, celui-ci se montrait plus généreux que le vent amenant la pluie. »*4.

En plus de ces valeurs d’humanité, l’islam fait de la fraternité et de la communion spirituelle entre les croyants une nécessité vitale. Après l’Hégire de La Mecque vers Médine, le Prophète Mohamed (Saw) fonda la nouvelle société sur trois piliers : la construction de la mosquée (lieu fédérateur par excellence), la fraternité entre les Ansars et les Mohajirines*5 et la Déclaration de Médine (ou Constitution de Médine).

Il est intéressant de noter qu’immédiatement après avoir posé les bases de la mosquée, le Prophète a fait de la solidarité et de la fraternité entre les musulmans une règle d’or, véritable socle sur lequel reposerait la nouvelle société qui venait de s’établir à Médine*6. Cette notion de fraternité est si prégnante chez les musulmans que l’islam considère ses adeptes comme tenant d’une même famille. Le Coran nous enseigne d’ailleurs : « Les croyants ne sont que des frères. Etablissez la concorde entre vos frères, et craignez Dieu, afin qu’on vous fasse miséricorde »*7.

Dans ce cadre, il ne fait aucun doute que la Oumma, au sens de communauté spirituelle mondiale, n’est pas insensible aux malheurs et à l’injustice qui frappent les musulmans de Palestine, d’Irak, de Tchétchénie ou du Soudan – et plus largement du monde. Et ce sentiment d’appartenance à une même communauté de foi se manifeste de la manière la plus éclatante pendant le mois de Ramadan.

Nous profitons donc de ce mois sacré pour lancer un appel aux musulmans de France et d’Europe. Il leur faut tout mettre en oeuvre, par voie pacifique, pour contribuer à mettre un terme à l’une des injustices les plus longues de l’histoire contemporaine. Israël se considérant constamment au dessus du droit et la communauté internationale étant incapable de forcer l’Etat hébreu à appliquer les résolutions internationales, il appartient désormais aux peuples et aux citoyens de la planète d’agir pour la défense et le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Initiée par de nombreuses associations palestiniennes issues de la société civile palestinienne et soutenue par plusieurs prix Nobel de la Paix, l’arme du boycott est aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces pour contraindre Israël à se plier au droit international*8.

En ce sens, les musulmans d’Occident ont une responsabilité historique à mettre en pratique ce boycott et ce, à tous les niveaux et notamment dans le domaine économique. Plus qu’une responsabilité, c’est un devoir et nous allons ici en détailler les motivations.

*4 Hadith rapporté par Bukhâri et Muslim.
*5 Les Ansars étaient les habitants de Médine ayant adopté la nouvelle foi tandis que les Mohajirines représentaient les Mecquois ayant quitté La Mecque en compagnie du Prophète (Saw).
*6 Cf. l’ouvrage en arabe « Fiqh As Sira An Nabawiyya » (Fiqh de la Biographie du Prophète Mohamed), Dr Saïd Ramadan Al Bouti, Dar As Salam, Damas, Syrie. Saïd Ramadan Al Bouti figure parmi les savants musulmans les plus réputés de l’époque contemporaine.
*7 Coran, Sourate 49 : Les appartements (Al-Hujurat), Verset 10.
*8 171 associations palestiniennes ont lancé, en juillet 2005, l’appel BDS (Boycott-Désinvestissement-

Sanction). A l’instar du boycott du régime d’Apartheid d’Afrique du Sud dans les années 1980, l’objectif de cette campagne est de susciter une dynamique de Boycott à l’égard de l’Etat d’Israël pour le contraindre à appliquer le droit international. Cf. http://www.bdsmovement.net/.

Par conséquent et au regard de la situation actuelle, il nous apparait primordial de rappeler que l’éthique du musulman devrait lui interdire de consommer des produits provenant de l’Etat d’Israël. En ce sens, nous appelons les musulmans d’Europe à souscrire aux recommandations émises par l’Union Mondiale des Oulémas au sujet de la solidarité que doivent témoigner les musulmans du monde à l’égard du peuple palestinien. Nous affirmons cela sur la base de l’avis juridique (Fatwa) émis le 31 décembre 2008 par l’Union Mondiale des ‘Oulémas, association qui regroupe des dizaines de personnalités religieuses et de savants provenant de nombreux pays musulmans comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Indonésie, le Maroc, la Jordanie etc. et présidée par le Cheikh Youssouf Al Qardawi. D’après cet avis juridique, promulgué en plein carnage à Gaza, « Il incombe à la Oumma toute entière de soutenir et de venir en aide au peuple de Gaza, victime de la barbarie israélienne. Cet édit religieux (hukm shar’i) est valable pour tous les musulmans de la planète sans exception et s’adresse autant aux gouverneurs qu’aux peuples. (…) Car la Oumma est à l’image d’un seul corps, si un membre se plaint, c’est tout le corps qui souffre. En effet, les croyants sont frères et l’agression infligée à l’un d’eux devient une. ».

Dans ce même texte, les savants musulmans mettaient l’accent sur le boycott des produits israéliens comme moyen de lutter contre l’impunité et l’agression israélienne : « Nous appelons à faire revivre la dynamique du boycott économique à l’égard des produits israéliens et même américains. C’est l’un des moyens les plus efficaces et l’une des armes les plus redoutables pour venir à bout de l’agresseur. Car chaque centime dépensé dans ces produits se transformera en balle qui finira par se loger dans le corps de l’un de nos frères »*9.

Cet appel au boycott d’Israël émis en janvier dernier a depuis été rappelé à de nombreuses reprises. Il apparaît donc important pour nous d’affirmer que ce boycott ne relève pas simplement du choix. Au regard de ce qui précède, nous pouvons soutenir que le boycott des produits israéliens relève non seulement d’une démarche éthique, d’un acte citoyen mais également du devoir religieux. Cette attitude devrait, pour les musulmans, s’intensifier pendant le mois de Ramadan, période propice à la compassion et à la solidarité. En effet, jamais la situation du peuple palestinien n’aura été si tragique.

Alors qu’Israël est gouverné depuis plus de six mois par un gouvernement d’extrême droite, la population palestinienne n’en finit plus de croupir dans des conditions insoutenables. Le peuple de Gaza souffre toujours d’un blocus criminel et abject qui maintient près d’un million et demi de personnes dans des conditions épouvantables.
Même la mosquée Al Aqsa fait aujourd’hui l’objet d’assauts répétés de colons fanatiques et les fouilles entreprises par les gouvernements israéliens depuis quelques années vont jusqu’à menacer les fondations du Troisième lieu saint de l’Islam*10. Comment donc en cette période de Ramadan, moment intense de recueillement où nos pensés et invocations devraient être destinées à ce peuple martyr, consommer des produits d’un Etat criminel qui – dernier avatar d’une longue série d’agissements sanglants – vient de se rendre coupable d’un abominable trafic d’organes prélevés sur le corps de Palestiniens ?*11
Comment pourrait-on rompre son jeûne avec des dattes issues d’un pays sur lequel plane des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et commercialisés par des sociétés (Agrexco-Carmel) qui sont le bras armé de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ? Est-ce qu’il est logique et cohérent à ce que des musulmans puissent, pendant le Ramadan, participer financièrement à la colonisation israélienne et contribuer ainsi à faire perdurer le cauchemar palestinien ?

*9 La traduction de cet avis juridique (Fatwa) est disponible à l’adresse suivante : http://www.tariqramadan.com/spip.php?article10523 : « L’Union mondiale des ‘Oulémas appelle au soutien à la résistance », Ennari Nabil, 14 janvier 2009.

*10 Cf. à ce sujet La mosquée Al Aqsa est en danger !, Ennasri Nabil, www.oumma.com, 12 Août 2009. Cf. également l’émission Bila Houdoud d’Al Jazeera, diffusée le 25 Août 2009 et consacrée en partie aux menaces de destruction de la mosquée Al Aqsa.
*11 Un journal suédois accuse l’armée israélienne de trafic d’organes de Palestiniens, Le Monde, 24 Août 2009 et Israël accusé de trafic d’organes, Hicham Hamza, www.oumma.com, 24 Août 2009.

Il faut donc dire et répéter aux citoyens européens de confession musulmane (notamment ceux de France et de Belgique) que la consommation de dattes israéliennes est comme une insulte proférée à l’égard du peuple palestinien. On ne peut concevoir que le mois de Ramadan soit une occasion pour les colonies juives de voir leur production s’écouler auprès des consommateurs musulmans occidentaux surtout lorsqu’on se rappelle que le Prophète Mohamed (Saw) lui-même utilisa cet arme lors de l’embargo décrété contre Qoraysh par l’entremise de la tribu Banu Hanifa*12.

Consommer des dattes israéliennes est donc illicite pour qui entend vivre conformément à l’éthique du musulman. Cet appel que nous lançons aujourd’hui rejoint pleinement celui lancé par la campagne BDS pour qui le boycott est une prise de position pacifique et citoyenne. En effet, les solidarités qui composent le mouvement de soutien à la cause palestinienne sont plurielles et complémentaires et c’est cette dynamique prometteuse qui permettra de mettre en branle une campagne internationale de boycott de l’Etat d’Israël, dont les premiers succès apparaissent déjà*13.

Comme ce fut le cas pour le régime d’Apartheid en Afrique du Sud, il faut désormais contraindre Israël à cesser son occupation et son entreprise de colonisation des territoires palestiniens. Notre démarche rejoint d’ailleurs celle soutenue par d’autres autorités religieuse non-musulmanes. En visite en Palestine, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, ancien prix Nobel de la Paix et figure emblématique de la lutte contre l’Apartheid, a récemment soutenu au quotidien israélien Ha’aretz qu’il était « nécessaire de frapper le régime d’apartheid [israélien] au portefeuille, comme cela a été le cas en Afrique du Sud avec l’embargo sur les armes et le boycott économique. »*14

*12 Episode de la Sîra du Prophète (Saw) rapporté par Al Bûkhari ainsi que par Muslim d’après Abou Hourayra. Les Banu Hanifa (tribu de la région Al-Yamâma au Yémen) coupèrent tout approvisionnement en direction des Qorayshites et ce, en raison de leur hostilité envers la nouvelle religion.

*13 Israël est-il menacé par une campagne de désinvestissement ? Willy Jackson, Le Monde diplomatique, Septembre 2009 et Veolia s’apprête à se désengager du tramway de Jérusalem, Le Monde, 10 juin 2009.
*14 Cf. http://www.haaretz.co.il/hasen/spages/1110762.html

*Ennasri Nabil est Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement étudiant en théologie musulmane à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon. Il a séjourné dans plusieurs pays du Golfe (Qatar, Emirats Arabes Unis). Son mémoire « Le champ politico-religieux du Qatar : une vision estudiantine » obtenu en vue de la validation du Master II (Recherche) « Politique Comparée » à été rédigé sous la direction du professeur François Burgat. Il est également membre du Collectif des Musulmans de France.

**Mustafa Kastit est théologien et licencié de la Faculté du Hadith et des Etudes Islamiques de l’Université islamique de Médine. Il est actuellement enseignant et conférencier.

La chaîne Iqra’, miroir des mutations profondes de l’islam en Arabie Saoudite


mercredi 28 juillet 2010 – par Nabil Ennasri

Depuis quelques mois, les débats qui ont lieu dans les studios de la chaîne religieuse Iqra’ laissent apparaître des fractures au sein de l’islam saoudien. C’est notamment le cas d’un talk show très prisé, Al Bayyina, présenté par l’un des présentateurs les plus en vue de la chaîne, et qui figure parmi ses programmes les plus suivis. Le dernier en date portait sur la question de la mixité dans le royaume saoudien, sujet pour le moins sensible dans un pays qui, en la matière, sépare strictement les espaces, conformément à la doctrine du wahhabisme. Pourtant, les termes de ce débat ont mis en lumière des clivages de plus en plus évidents au sein de l’islam saoudien, où les divergences doctrinales et les crispations avec le pouvoir se font de plus en plus âpres.

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La mort de Fadlallah et la censure imposée par l’Occident


vendredi 23 juillet 2010 – 06h:23

Matthew Cassel – The Electronic Intifada

Il y a beaucoup à dire sur le grand Ayatollah Mohammed Hussein Fadlallah, l’ecclésiastique musulman chiite libanais qui a rendu son dernier souffle le 4 juillet 2010 à l’âge de 75 ans.

Des centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de la banlieue sud de Beyrouth pour rendre un dernier hommage à l’Ayatollah Fadlallah - Photo : Matthew Cassel

Malheureusement, beaucoup de ce qui doit être mentionné souffre d’un non-dit, au profit de reportages à sensation sur cette région et ses habitants.

Fadlallah était un ecclésiastique chiite progressiste, connu pour avoir défendu la résistance armée et les droits des femmes. Il s’était opposé aux 22 années d’occupation du Sud-Liban par Israël et avait encouragé la résistance contre celle-ci. En 1985, la CIA a été soupçonnée d’être à l’origine de l’explosion d’une voiture qui visait à le tuer – en vain, malgré la violence de l’attaque qui a provoqué la mort de 80 civils libanais et fait des centaines de blessés. Toutefois, son soutien à la résistance ne se limitait pas aux envahisseurs israéliens : l’Ayatollah Fadlallah a aussi défendu le droit des femmes à utiliser la violence pour résister aux abus domestiques.

Le lendemain de sa mort, Nasawiya, un collectif féministe libanais, a posté un message sur Facebook en s’adressant à Fadlallah : « Ta voix féministe nous manquera. » Le commentaire lié à une nécrologie de la journaliste Zeinab Yaghi écrivant en arabe pour le quotidien libanais As-Safir a dit de Fadlallah que « les femmes le considéraient comme un père » et qu’il « encourageait le travail des femmes. »

Il était un guide pour beaucoup de musulmans chiites libanais et pour beaucoup d’autres dans le monde. Au Liban, un pays divisé entre des lignes religieuses strictes, il représentait réellement une figure religieuse unique en appelant au respect des autres croyances et à la laïcité.

La plupart des journaux anglophones ont, à tort, lié Fadlallah au Hezbollah, la résistance islamique chiite et groupe politique au Liban. Ils expliquent que Faldallah a influencé les fondateurs du Hezbollah avec de nombreux autres jeunes chiites durant les années qui ont précédé puis vu la formation du Hezbollah au début des années 80. Mais au Liban, tout le monde sait que en dépit du respect mutuel qu’ils se sont témoignés, Fadlallah et le Hezbollah ne travaillaient pas ensemble et étaientmême en désaccord sur plusieurs questions. La plupart de ces dissensions fondamentales reposent sur les relations proches que le Hezbollah entretient avec la République Islamique d’Iran, alors que Fadlallah a été longtemps opposé à la direction cléricale inspirée et organisée par l’Ayatollah Khomeini après la Révolution Islamique de 1979.

Cette erreur intentionnelle de lier Fadlallah au Hezbollah n’étonne pas de la part de médias qui préfèrent souvent le sensationnalisme à la vérité quand il est question du Liban et de sa région. En tant que journaliste et photographe travaillant dans la région du Liban, je sais que les médias européens et américains s’intéressent rarement aux questions politiques et religieuses quand il n’est pas question du Hezbollah. L’importance de l’Ayatollah Fadlallah avait peu à voir avec le Hezbollah, et on l’a constaté le 6 juillet 2010 lorsque des milliers de personnes ont défilé dans les rues pour lui rendre hommage.

Rompant avec ces pratiques sensationnalistes, un commentaire placé sur le site du gouvernement britannique par Frances Guy, l’ambassadrice de Grande-Bretagne au Liban (dont j’ai critiqué les prises de position dans le passé), qui disait :

« Le monde a besoin d’hommes comme [Fadlallah], disposés à dépasser les croyances, reconnaissant la réalité du monde moderne et osant s’attaquer aux vieilles contraintes. Puisse-t-il reposer en paix. »

C’était un hommage très amical pour un guide religieux, basé sur la connaissance qu’il avait du personnage Fadlallah et sur ses rencontres avec lui à Beyrouth. Cet hommage à même réussi à ne pas mentionner le « Hezbollah » une seule fois. Je ferais le lien avec un commentaire qui, heureusement, n’a pas été supprimé « après mûres réflexions » par le ministère des affaires étrangères britannique qui pensait que Guy était un peu trop élogieux à l’égard d’une personne qui est mort sous le titre de « leader du Hezbollah ». (Par chance, ce qui entre dans le web reste dans le web et vous pouvez retrouver son commentaire ici). Guy écrivait plus tard un nouveau commentaire exprimant son regret d’avoir rendu cet hommage :

« Je n’ai aucune affinité avec le terrorisme, quoi qu’il fasse, qui soit-il. Le gouvernement britannique fait clairement savoir qu’il condamne les activités terroristes menées par le Hezbollah. Je partage ce point de vue. » Dans le même cas que Guy, Octavia Nasr, rédactrice de CNN pour le Moyen-Orient, a aussi fait part de son admiration pour Fadlallah après sa mort sur le réseau social Twitter : « Triste d’apprendre le décès de Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah. Un des géants du Hezbollah que je respecte beaucoup. »

Nasr, une journaliste libano-américaine qui a travaillé avec CNN pendant 20 ans, a plus tard écrit un article regrettant son tweet qui a ensuite été supprimé ; dans son article, elle tenait à nous rappeler dans quel camp elle se trouve, utilisant les mots « terreur » ou « terroriste » cinq fois. J’ai suivi son travail avec CNN et je sais que son travail ne devait guère déranger les personnes de l’actuelle administration américaine. pourtant la seule fois où elle se l’est permis, elle se fait virer.

Ces flagrant-délits de censure de la part des gouvernements et médias occidentaux prouvent que donner une image précise et nuancée du Moyen-Orient n’est pas à l’ordre du jour. Après tout, une image précise montrerait que ces guerres financées et soutenues par l’Occident sont loin d’être justes, et il est par conséquent facile de comprendre combien ceux qui leur résistent sont aussi largement soutenus. Non seulement Fadlallah soutenait la résistance, mais il s’attaquait aussi au stéréotype que beaucoup en Occident ont et qui décrit l’Islam comme une religion ne tolérant pas les droits des femmes.

Fadlallah était un guide que même une personne connaissant peu cette région pourrait facilement respecter. La censure occidentale appliquée à propos de sa mort prouve la complicité de nos médias avec les politiques mortelles et oppressives de nos gouvernements au Moyen-Orient.

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Rabat inquiet de l’islam belge


Christophe Lamfalussy , La Libre

Mis en ligne le 28/06/2010

Le Maroc, qui cherche à se préserver des courants extrémistes de l’islam, a envoyé la semaine dernière en Belgique une délégation de femmes prédicatrices pour convaincre les autorités belges que l’islam marocain a fait une véritable révolution ces dernières années et est une alternative à l’islam extrémiste qui s’est développé ces dernières années à Bruxelles.

Depuis 2005, les femmes marocaines peuvent, en effet, suivre une formation d’un an qui en fait des prédicatrices, « des mourchidates  » qui, à l’exception de la conduite des prières à la mosquée, ont les mêmes fonctions que les imams masculins. L’initiative fut prise par le roi du Maroc Mohamed VI après les attentats islamistes de Casablanca, qui firent 45 morts en 2003.

 » Notre action vise non pas à combattre le radicalisme mais à préserver l’identité de l’islam marocain « , nous a dit l’une de ces mourchidates, venues de la région de Rabat, Khadija Aktami.

Les prédicatrices sont une cinquantaine à sortir de promotion chaque année, ce qui représente un quart des novices. Chaque conseil d’ouléma comprend désormais une femme.

Ces mourchidates entrent dans un monde masculin – 50 000 mosquées, 82 000 cadres religieux – mais Rabat espère que le mouvement de féminisation est irréversible.

 » La femme fait la moitié de la société , poursuit la mourchidate, quand on l’interroge sur l’islam féminin. Sa nature est de donner la miséricorde, la clémence. Elle est la mère, l’épouse. Elle est plus patiente . » L’islam marocain est réputé pour sa modération, mais aussi fortement encadré. Il s’appuie sur quatre principes : le rite malékite (qui donne la préférence à la proximité), l’interdiction de l’excommunication, la spiritualité soufie et le rôle du Roi qui est considéré comme « le Commandeur des croyants « .

Rabat suit avec beaucoup d’attention l’évolution de l’islam en Belgique, où vivent au moins 400 000 Belgo-Marocains. Car ceux-ci gardent la nationalité marocaine même s’ils sont devenus Belges et reviennent au pays durant les vacances. Certains importent un islam wahhabite ou chiite qui n’a rien à voir avec l’islam marocain.

 » Nous estimons que 23 000 Marocains ont été convertis au chiisme en Belgique , affirme un diplomate qui demande à ne pas être identifié. Nous sommes effarés de ce que nous voyons à Bruxelles. » Rabat voit dans le chiisme une menace directe à l’autorité du Roi et a rompu l’an dernier ses relations diplomatiques avec l’Iran dans l’espoir de contenir l’essor du chiisme.

 » Nous ne sommes pas dans une politique de prosélytisme « , assure diplomatiquement Hakim El Ghissassi, du ministère des Habous et des Affaires islamiques, lequel accompagnait la délégation des mourchidates qui a fait le tour des partis francophones.

Il n’empêche, le message passe en douceur auprès des politiques belges : le Maroc aimerait bien que l’islam soit mieux contrôlé en Belgique. Et le royaume chérifien regarde avec intérêt la Turquie dont le Diyanet, un département dépendant directement du Premier ministre à Ankara, gère de nombreuses mosquées en Belgique.

Dans les années 90, la Belgique fut l’un des premiers pays européens à instaurer « un Exécutif des Musulmans » pour bannir ce qu’on appelait l’islam des ambassades. Le problème est que cet Exécutif a été miné par les querelles internes et a même subi une descente de police. Plusieurs ministres ont essayé de donner une nouvelle impulsion, sans succès jusqu’ici. Le président actuel de l’Exécutif est un imam turc de Quaregnon, Semsettin Ugurlu.

 » L’Exécutif des Musulmans de Belgique est censé avoir fait la césure avec l’islam des ambassades , dit le député MR Denis Ducarme, auteur de la loi antiburqa. Pour moi, cela a été un échec. Il n’a pas permis d’autogestion. On est encore loin du compte dans la reconnaissance des mosquées. Sur une centaine de mosquées turques, plus de la moitié appartiennent au Diyanet . »

Denis Ducarme prône de nouvelles élections à l’Exécutif et un recensement des imams.  » Quinze pour cent des imams , dit-il, on ne sait pas d’où ils viennent . » Ce sont ces imams ambulants, passant d’un pays européen à un autre, qui avaient inquiété la Sûreté de l’Etat après les attentats de 2001. Le problème est toujours bien présent.

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Les musulmanes poursuivent leur djihad contre la violence


mardi 9 mars 2010 – par Mehnaz M. Afridi

Le 8 mars, la Journée internationale de la femme permettra de mettre en lumière le travail des femmes contre l’inégalité. La violence et l’inégalité sont le lot commun des femmes dans le monde entier, y compris celles qui vivent dans les sociétés musulmanes. Comme leurs sœurs non-musulmanes, elles s’activent tous les jours pour faire progresser leur condition sociale.

À l’occasion de mes nombreux voyages en terre musulmane, au Pakistan, par exemple, je peux constater personnellement le travail remarquable que font les femmes dans le domaine des droits de l’homme et pour la croissance économique. Elles sont chef d’entreprise, elles dirigent des refuges et des affaires, démentant ainsi l’image de la musulmane marginalisée, illettrée et enclavée que véhiculent volontiers les médias occidentaux.

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L’Europe, les musulmans et la question des discriminations


European Muslim Network organise deux conférences publiques sur les thèmes suivants : « L’Europe, les musulmans et la question des discriminations ».

Cette table ronde sera suivie d’une conférence sur  » Les défis contemporains : Et si on parlait des hommes musulmans? »

A cette occasion, nous sommes heureux d’accueillir : Ann Isabelle Von Lingen, Inès Wouters et Tariq Ramadan.

L’évènement aura lieu le 26 février prochain à 18h30 aux Facultés Saint Louis.

N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples informations.

Malika HAMIDI

Directrice Générale du European Muslim Network

+ 32 486 960 247

info@euro-muslims.eu

www.euro-muslims.eu

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