Doutant de leur loyauté, l’armée espagnole remplace les militaires musulmans par des latino-américains


 

 

19 novembre 2013 Doutant de leur loyauté, l'armée espagnole remplace les militaires musulmans par des latino-américains

Des militaires musulmans de la ville de Melilla, enclave espagnole au nord du Maroc, ont vu leur contrat non renouvelé par l’armée espagnole et ont été remplacés par des latino-américains, après des doutes sur leur loyauté.

Pourtant l’armée espagnole nie toute discrimination envers les musulmans de la ville, mais la présence dans son corps d’une part importante de musulmans – estimée à près de 25% – est une question très sensible en Espagne.

Selon Yonaida Sellam, président de l’association musulmane de la ville, dont les propos ont été recueillis par le journal El Pais, le salaire des militaires est souvent le seul revenu des familles dans une ville qui compte, d’après les statistiques officielles, plus de 41% de chômage.

Depuis la découverte en 2006, dans les rangs de l’armée en poste à Sebta, de trois militaires musulmans issus d’une cellule salafiste ayant pour projet de commettre des attentats au sein de l’armée, le doute subsiste dans les rangs des chefs de l’armée de la loyauté des militaires musulmans.

Sauf que l’armée ne motive pas forcément le refus de non renouvellement des contrats et les militaires ne sont pas licenciés ou réprimandés. Le journal El Pais ajoute que l’armée emploie des termes subjectifs comme « attitude » ou « loyauté », qui peuvent donc donner matière à interprétation, ce qui alimente justement les soupçons de discrimination.

L’année dernière, les services de renseignements espagnols avaient été alertés par leurs homologues américains sur la possible de présence de militaires « jihadistes » dans les villes de de Sebta et Melilla.

source

Au 19ème siècle déjà, la réponse cinglante d’un alem marocain à Ibn Abdelwahab


Samedi 13 juillet 2013 à 11h53

Les tentatives wahhabites de s’implanter au Maghreb ne datent pas d’aujourd’hui mais du 19ème siècle. A l’époque, des oulémas marocains leur avaient répondu par des réfutations publiques. Retour sur un épisode méconnu de notre histoire.Au début du 19ème siècle, d’étranges missives, assez nombreuses selon les historiens, furent adressés aux maghrébins et à leurs dirigeants, leur intimant l’ordre de revenir à l’Islam, faute de quoi on allait le leur imposer à la pointe de l’épée.Les Maghrébins d’alors avaient-ils massivement renié leur foi musulmane ? S’abstenaient-ils de prier ou de jeûner ? s’était-ils massivement convertis au bouddhisme ? Rien de tout cela. L’auteur de ces missives menaçantes, Saoud Ibn Abdelaziz, nouveau roi d’Arabie, estimait simplement que leur islam n’était pas assez pur et voulait les convertir au wahhabisme qui est le vrai islam selon lui.L’histoire a gardé la trace de ces missives wahhabites, notamment celles envoyées en Tunisie et au Maroc. Nous n’avons pas de détails au sujet des réactions locales, sauf que des oulémas tunisiens et marocains ont rédigé des réfutations qui ont été rendues publiques et qui ont été transmises à l’auteur, en Arabie.

Des oulémas comme Ahmed Ben Abd Esslam Bennani et Et-Tayeb Benkirane ont envoyé 5 répliques à ces prosélytes d’Arabie. Celles-ci, acerbes et virulentes furent destinées à Saoud Ben Abdelaziz et témoignaient du refus de se soumettre à une «nouvelle forme de l’Islam», de la simplicité de la dernière religion monothéiste, de la clarté de ses textes saints et taxaient la doctrine d’Ibn Abd El Wahhab de procéder à une lecture littéraliste du Coran, de renier l’effort de l’interprétation des textes et d’accuser les musulmans qui s’opposent à leur politique de mécréance (takfir, fondement actuel du wahhabisme).

Le wahhabisme, né à la fin du 18ème puis qui s’est imposé au début du 19è grâce à l’alliance entre le chef militaire Séoud et le prosélyte élève de Ibn Taymiyya, Mohamed Ibn Abelwahab, est une vision puritaine, dure, totalitaire de l’islam. Elle vit la religion comme un ensemble d’interdits.

Dès que les deux alliés ont étendu leur domination sur La Mecque (1803) et Médine (1805), le prosélytisme a commencé, même dans les Lieux saints. Oulémas et pèlerins marocains ont participé à ce processus de contestation en faisant face à la menace du takfirisme wahhabite. Ils ont témoigné, au travers de leurs écrits, des supplices qu’ils ont rencontrés en terre d’Arabie par les fidèles d’Ibn Abelwahab.

Le wahhabisme des origines à nos jours

Le wahhabisme est un courant politico-religieux fondé Au XVIIIe siècle par le théologien Mohammed Ibn Abelwahab. Fixé en 1739 en Arabie, ce hanbalite a fait de cette doctrine un courant littéraliste qui rejette l’exercice de la raison dans la lecture des textes sacrés et le culte des saints. Aussi a-t-il rejeté,tout à la fois, l’adoration des saints, les pratiques et la spiritualité chiites ainsi que tout compromis avec la modernité sociale.

Le théologien trouve, cependant, refuge auprès d’un chef local, nommé Mohammed Al-Saoud, qu’il convertit à ses vues théologiques et politiques. La descendance de ce personnage se fixe comme objectif,  l’établissement d’une théocratie dite sunnite, ce qui revient à bâtir la cité de Dieu décrite par le théologien, et passe de la théorie à la pratique après avoir fondé le royaume d’Arabie Saoudite et fait du wahhabisme, sa doctrine officielle.

Selon les écrits de Mohammed Ibn Abd El-Wahhab, le bon musulman n’est pas celui qui respecte les 5 piliers de sa religion, qui répand le bien autour de lui ou celui qui croit en Dieu et en ses textes saints. Le bon musulman (ou le musulman tout court) est plutôt, un imitateur d’ « Attariqa Assalafiya », appelée par les wahhabis «l’Islam des origines ». Kitab At- Tawhid (le traité de l’unicité divine) du théologien hanbalite devient, alors, l’ouvrage de référence de la théologie wahhabite.

Cette doctrine exige à ses adeptes de se soumettre aux recommandations de leur chef spirituel (Ibn Abelwahab et non le messager de l’Islam). Celui qui n’a pas omis de leur mentionner que la zakat  ne peut être donnée qu’à un pauvre salafi (wahhabi). Aumône qui s’est transformée, au gré des siècles, en financements colossaux, entre extrémistes du même « réseau ».

Depuis la naissance de cette doctrine, les successeurs d’Ibn Abelwahab prétendent être «le groupe sauvé» et que tous ceux qui ne sont pas en accord avec eux sont des égarés. De plus, ils ont imposé leurs principes vidés de toute spiritualité dans la majeure partie de l’Arabie – de la Mecque à Oman – dès le début du dix-neuvième siècle. Mais au début du vingtième siècle, leur influence s’est peu à peu restreinte à la petite république du Nejd dont la capitale est Riyad. C’est cette petite république qui deviendra, par la suite, le royaume d’Arabie saoudite (par fusion du Najd et du Hijaz).

Après la mort d’Ibn Abelwahab, le wahhabisme se replia sur lui-même et ne refera parler de lui qu’en 1902, lorsque El Wahhâb Abd-al-Aziz Ibn Saoud décréta la lutte pour la protection du wahhabisme et contre l’influence turque. Ibn Saoud parvint alors à étendre son influence sur les autres régions de la péninsule arabique. Il s’empara de La Mecque en octobre 1924 et chassa le roi Hussein du royaume du Hijaz, non sans l’appui des Britanniques. Puis il obligea le roi Ali, successeur de Hussayn à céder Jeddah. Abdul Aziz Ibn Saoud se fera couronner roi d’Arabie à la Mecque en 1926.

Nous reprenons en  fac similé, des reproductions des réfutations de Cheikh Et-Tayeb Benkirane aux missives wahabites. Les tentations wahabites continuent jusqu’à nos jours : de Mohamed Ibn Abdelwahab jusqu’aux écoles coraniques salafistes, c’est la même volonté d’imposer une vision fermée, archaïque et totalitaire du monde. Le combat continue.

Bibliographie

«Réfutations maghrébines au wahhabisme», éditions Dar At-Taliâa, Beyrouth, Hamadi Redissi.

 «L’exception islamique», publié aux éditions Seuil en 2004, Hamadi Redissi.

– See more at: http://www.medias24.com/IDEES/Livres/2741Au-19eme-siecle-deja-la-reponse-cinglante-d-un-alem-marocain-a-Ibn-Abdelwahab.html#sthash.Cf5ChmEa.dpuf

L’islamisme : une réalité complexe occultée par la propagande et les manipulations


Publié le 28 novembre 2012 par

L’objet des paragraphes qui suivent n’est pas d’expliquer l’islamisme dans sa complexité, ce qui nécessiterait, comme nous le verrons, une étude spécifique pour chaque parti islamique. La définition même de l’islamisme interdit une conception autre qu’hétérogène de celle-ci.
En revanche, nous attirons l’attention du lecteur sur la diabolisation d’acteurs islamistes par la fabrique de preuves censées être sans appel car comportant leurs « signatures ».

 

L’islam politique, un terme pour une réalité doublement vaste.

Par définition de l’islamisme (ou de l’islam politique), un islamiste est un homme qui base sa pensée et son action politique sur les principes de l’Islam. D’Al-Qaïda aux islamistes iraniens, du Hamas au Hezbollah, les contours de l’islamisme restent extrêmement flous. On le constate dans les faits : le terme désigne des mouvements extrêmement différents, qui s’opposent parfois militairement. Les courants politiques se multiplient aux compréhensions de l’Islam et il y aura presque autant d’islamismes que de couples (vision politique-vision islamique). Certains islamistes acceptent le jeu démocratique, d’autres privilégient la voie armée, d’autres encore préconisent de réformer le régime en place. Les Frères musulmans font traditionnellement  partie de l’opposition politique là où les jihadistes sont dans une logique révolutionnaire. A l’extrême, il est possible de mentionner le savant salafi Al-Albani qui disait qu’une bonne politique est celle qui consiste à être… apolitique.

En résumé, si les islamistes cherchent tous à vivre dans un Etat où la politique se fonde sur la religion, ils divergent sur la réalité concrète de l’objectif, ainsi que sur les moyens d’y arriver.

A ce stade, une précision, importante, s’impose : les islamistes ne sont pas des « obscurantistes » qui souhaitent uniquement appliquer leurs « règles religieuses » sans égard aucun pour les réalités socio-économiques et géostratégiques de l’environnement dans lequel ils évoluent. Bien au contraire.  Interrogé sur la qualité à préférer entre la compétence et la vertu (islamique) dans le cas où il n’est pas possible de trouver un dirigeant les cumulant (conformément à l’interprétation du V26S28), le savant Ahmad Ibn Hanbal a dit qu’il fallait choisir la compétence : un homme pieux mais peu compétent ne saurait régler les affaires du peuple qu’il aura à charge.

On le voit, le spectre des islamistes est doublement vaste, et aucun sens ne peut être donné à un jugement global sur l’islamisme, sauf à considérer que le religieux doit être séparé du politique. Il est extrêmement important de comprendre pourquoi, sur le principe du moins, ce dernier point est rejeté des musulmans. Le fait est que toute politique se fonde sur une idéologie. A ce titre, les musulmans préfèrent baser leur politique sur les principes religieux, qu’ils considèrent logiquement au-dessus de tout autre ensemble de lois d’origine humaine, imparfaites par nature. Ils considèrent par ailleurs qu’ils n’ont pas à adopter un concept typiquement occidental, dû à l’histoire particulière des Européens avec l’Eglise catholique romaine. Pour ne rien arranger, l’expérience de la laïcité s’est faite par le forceps de régimes dictatoriaux qui n’ont pas respecté les principes de liberté qui devaient y être associés, si bien que laïcité rime avec répression dans l’inconscient arabe.

Si dénoncer l’islamisme n’a absolument aucune valeur, les islamistes restent bien évidemment tous critiquables, encore faut-il les juger sur ce qu’ils sont réellement… ce qui suppose un travail conséquent dont se passent copieusement les esprits paresseux qui prétendent avoir tout compris sur tout le monde. A ce propos, pour une étude sérieuse sur l’islamisme, aussi proche de la réalité du terrain que possible, nous ne pouvons que conseiller à nos lecteurs l’excellent ouvrage de François Burgat : « L’islamisme en face ». Les éclaircissements apportés avec une pédagogie rare pour un sujet aussi complexe ne pourront qu’être bénéfiques à ceux qui voudront bien juger les islamistes à la lumière de leur actes et non dans l’imaginaire suggéré par des courants qui ont intérêt à les décrédibiliser de facto.

suite ici

Le salafisme, késako?


Publié le 5 novembre 2012 by

Ce billet est le premier d’une série d’articles qui visent à éclairer les lecteurs sur les différents « -ismes » souvent rattachés à l’Islam, et aux musulmans…

Il s’agira moins de soumettre un avis tranché que de proposer des clés de compréhension, meilleure preuve de respect qu’il est possible de présenter aux intéressés. De fait, les lignes plus bas et celles qui suivront ne s’adressent nullement aux adeptes du choc des civilisations et autres identitaires qui s’abreuvent de représentations fantasmatiques quand ils ne participent pas eux-mêmes à leur fabrication. Ceux-là qui ne peuvent s’imaginer d’extrémiste et de violent qu’en islamiste qu’il sera aisé de confondre à leur guise avec de simples musulmans, l’occasion pour eux de différencier le mauvais musulman du bon, ce dernier « prouvant » à qui en douterait, qu’il est possible de ne pas succomber au fondamentalisme à condition de modérer très fort ses penchants islamistes. Les mêmes qui, de mauvaise foi, refusent de comprendre le « langage musulman » pour systématiquement s’offusquer du « Allahou Akbar » de Syriens jugés trop islamistes dans leur façon de recevoir les bombes d’un régime imparfait, certes, mais tout à fait respectable puisque « laïc ». A tous ceux-là, inutile de lire plus loin.

Un même mot, plusieurs réalités.

Dans la série « j’utilise un terme que je ne comprends pas », demandons le salafisme.
Entre fantasmes de non avertis, mensonges de propagandistes et réalités d’un mouvement aux multiples facettes, le salafisme fait partie de ces termes qui portent à la plus grande confusion. Rares sont les articles qui prétendent nous éclairer sur le salafisme mais qui ne rajoutent pas un peu à la confusion qui existe déjà.

Soyons clairs : salafi n’est pas un gros mot.

En fait, et pour faire simple, le terme salafi peut être l’objet de trois compréhensions.

lisez la suite ici

Malek Chebel : « L’islam n’est pas mal aimé, il est mal compris »


Le Point.fr – Publié le 25/10/2012 à 16:56 – Modifié le 26/10/2012 à 13:14

43 % des Français considèrent que la présence d’une communauté musulmane en France est une « menace » pour l’identité du pays.

Une étude montre une opposition de plus en plus marquée des Français à certains symboles de l'islam.Une étude montre une opposition de plus en plus marquée des Français à certains symboles de l’islam. © Alfred / Sipa

Une étude publiée récemment montre un durcissement des Français vis-à-vis de l’islam. 43 % des Français interrogés considèrent que la présence d’une communauté musulmane en France est plutôt une « menace » pour l’identité du pays. L’anthropologue des religions Malek Chebel, défenseur d’un islam des Lumières, nous éclaire sur ce désamour.

Le Point.fr : Comment expliquer que six Français sur dix estiment que l’influence et la visibilité de l’islam en France sont aujourd’hui « trop importantes* » ?

Malek Chebel : C’est un phénomène circonstanciel, lié au tunnel d’affaires plus ou moins scabreuses que nous avons connues depuis le début de l’année. Des faits divers qui touchent de près ou de loin – bien souvent de loin – à la question de l’islam en France. Tout cela est le résultat d’une ignorance globale de ce qu’est l’islam, et cette méconnaissance alimente la peur et le désamour de cette religion.

Peut-on dire que beaucoup de Français ont pris conscience de la place de l’islam dans la société française au travers de ces nombreuses « affaires » ?

Oui. Si certains de nos concitoyens ont découvert cette religion à travers le voyage, au contact des musulmans eux-mêmes, la grande majorité tient l’islam pour une idéologie obscure similaire au communisme, au fascisme ou au nazisme. En réalité, ils n’ont aucune connaissance intime de l’islam, de sa structure, et surtout de sa dimension lumineuse.

Comment infléchir cette tendance ?

Nous avons malheureusement affaire à des mécaniques d’ensemble, difficiles à débloquer. À cette difficulté il faut ajouter la crainte globale d’ordre sécuritaire au sens large : la sécurité alimentaire, de l’emploi, la situation géopolitique. Notre société est tissée de niches d’insécurité qui fragilisent le regard compatissant des gens envers l’islam.

La religion musulmane est-elle mal aimée ?

Elle est surtout mal comprise. Elle fascine et intéresse, et par conséquent produit de l’effervescence.

D’autres religions ont-elles connu ce phénomène ?

Le christianisme, il y a quelques années, vivait, si j’ose dire, « sa descente aux enfers ». Il y a quinze ans, le christianisme était considéré comme poussiéreux, répulsif, fondé sur l’interdit. Toutes les évolutions sociétales étaient neutralisées par le clergé. Le christianisme aux yeux des chrétiens eux-mêmes était devenu « un boulet ». Mais rien de plus « normal » dans une France laïque, où la laïcité qui craint pour son espace a besoin de s’affirmer. Le discours religieux est de fait perçu comme trop excessif.

L’islam n’est pas plus violent aujourd’hui que par le passé et, à terme, il peut être plus brillant qu’il ne l’a jamais été. Encore faut-il que les conditions géopolitiques, stratégiques et humaines soient réunies. Le jour où il n’y aura plus de pétrole dans les pays musulmans, la tension baissera.

L’islam est-il devenu, comme l’affirme le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, un sujet politique ?

Ça l’a toujours été. L’islam n’a jamais été autre chose en France qu’un sujet politique, parce qu’il a été assimilé à une population immigrée à qui il fallait offrir un emploi, un toit, une sécurité.

Comment les musulmans vivent-ils cette situation ?

Pour la très grande majorité, ils sont effarés et sont souvent dépassés par la disproportion que prend chaque affaire liée à leur religion. Pour les autres, ils soufflent sur les braises.

Qui sont les ennemis de l’islam ?

Une infime partie des musulmans eux-mêmes. Des extrémistes qui veulent imposer leur vision de l’islam, un islam fantasmé et schizophrène qui n’est pas la réalité. Il y aussi des petits lobbies qui vivent de l’antagonisme des religions. Et d’autres encore, difficiles à démasquer, qui tirent les ficelles sans jamais se mettre en première ligne et qui laisseront toujours d’autres faire le travail pour eux.

* Sondage Ifop pour Le Figaro, publié jeudi 25 octobre, réalisé en ligne du 15 au 18 octobre sur un échantillon de 1 736 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus.

L’islam, de chair et de sang, de Malek Chebel (Librio, 80 p., 3 euros). Malek Chebel publie également, avec Claude Durand, une relecture modernisée des Mille et une nuits (Nouveau Monde Éditions, 280 p., 22 euros).

Au sujet du film merdique et de ses conséquences


Récapitulatif approximatif, suite à une discussion avec un ami
par Tewfik Aclimandos, mardi 18 septembre 2012, 00:42 ·

Je me trompe peut être mais voilà comment je reconstitue la séquence de la semaine dramatique qui s’est écoulée.

1- Il y a quelques mois, une bande de fanatiques coptes vivant aux USA tourne ou participe au tournage d’une sorte de merde qu’ils prennent pour un pamphlet anti Prophète. Personne ne le note, malgré le fait que ces génies postent des extraits de cette « oeuvre » sur youtube.

2- Il y a une semaine, un « entrepreneur religieux » se disant salafiste, une sorte de présentateur télé ou de prédicateur qui s’est spécialisé dans la vitupération anti libérale, anti copte, anti tout, diffuse sur sa chaîne télé les 14 minutes d’extraits de la merde en question.

Première Remarque: on ne me fera pas croire que les personnes impliquées dans un et dans deux ne savaient pas ce qu’elles faisaient. Reste à savoir quels ont été leurs calculs et si elles ont eu des commanditaires.

3- Comme prévu la colère a été immense

4- Les différentes autorités et acteurs coptes vivant en Égypte ont très vite condamné le film.

5- les frères musulmans, les salafistes institutionnels et la jama’a islamiyya ont redouté une sorte de saint Barthélémy anti copte voire pire. Il fallait à tout prix éviter une catastrophe « confessionnelle ».

6- Ils ont décidé de croire ou de faire semblant de croire que les États-Unis étaient « coupables ». Le but de ce message est de ‘dévier » la colère des extrémistes, de la base, de ceux qui voulaient défendre leur religion, pour qu’elle ne s’exprime pas contre les coptes. Les USA étaient un bouc émissaire commode, et on pourrait toujours recoller les morceaux après.

7- Malheureusement cela a dérapé en Égypte et en Libye, avec des conséquences dramatiques dans les deux cas.

Deuxième remarque: reste à savoir si les dérapages sont dus à des mouvements de foule en colère, ou s’ils ont le fait d’acteurs politiques ou terroristes voulant piéger les islamistes et les États-Unis.

8- Qui plus est les Frères ont très mal géré leur communication avec les USA. Mais il faut dire qu’ils avaient à résoudre une quadrature du cercle: comment éviter un désastre confessionnel, sans apparaître tiède dans la défense de la foi, sans aller trop loin dans l’escalade contre les USA.

9- Mais dans l’ensemble, je pense, et mon ami Sherif Younis est d’accord (je lui dois certains points cruciaux dans ce développement), l’attitude du camp islamiste, si on excepte les électrons libres et les salafo/anarchistes, a été la bonne. En tant que citoyen Égyptien et en tant que copte, je leur dis merci.

10- Tous les acteurs islamistes et coptes ont à réfléchir sur les contraintes qu’imposent leurs dispositifs discursifs, idéologiques et organisationnels. Un dérapage de plus, et cette crise prenait des proportions encore plus effrayantes. Cette fois ci, les dynamiques mortifères et belliqueuses ont (pour l’instant) tant bien que mal été contenues. Rien ne dit que ce sera le cas la prochaine fois.

Je le redis en conclusion: merci aux frères, aux salafistes responsables et à la jamaa islamiyya. Prions ensemble pour l’Égypte.

source

Pour en finir avec l’adjectif « musulman » (ou « islamique »)


vendredi 3 août 2012, par Alain Gresh

Parmi les sujets les plus controversés sur ce blog, il y a, bien sûr, le conflit israélo-palestinien, mais aussi l’islam, sa place, son rôle. S’agit-il d’une religion à part, fondamentalement différente des autres croyances ? La doctrine religieuse, voire le Coran, permettent-ils de comprendre ce qui se passe dans le monde dit musulman ? Existe-t-il d’ailleurs une entité cohérente « monde musulman » (ou « islamique ») ? Ou « une société musulmane », « une science musulmane », « une histoire musulmane » ?

Que cette religion reçoive un traitement à part en France et en Europe, cela ne fait aucun doute. Imagine-t-on un éditorialiste français écrivant « je suis un peu judéophobe » ? Et pourtant Claude Imbert a écrit, sans en être discrédité, « je suis un peu islamophobe ».

J’en suis persuadé, il existe en France, et plus largement en Europe, une islamophobie. Mais elle couvre évidemment des phénomènes différents :

- pour certains, il s’agit simplement d’une reconversion du racisme anti-arabe en un racisme culturel plus facile à défendre ; c’est le cas du Front national ou des droites populistes en pleine expansion ;

- pour d’autres, il ne s’agirait que de la poursuite de la lutte pour la séparation des Eglises et de l’Etat, lutte qui a été menée par les républicains au début du XXe siècle. Certains, comme le site Riposte laïque, affirment que l’islam est la seule menace et sont prêts à toutes les alliances, y compris avec l’extrême droite, pour libérer la France. D’autres, refusent cet amalgame, et prétendent lutter contre tous les intégrismes, mais n’expliquent jamais pourquoi, dans nos sociétés, seul l’intégrisme musulman est de fait visé. Certains dénoncent toutes les religions, comme si c’était un combat abstrait qui se menait en dehors de tout contexte politique : mesure-t-on, par exemple, que la critique de la religion juive dans les années 1930 pouvait être légitime pour ceux qui combattaient toutes les religions, mais avoir en même temps des implications graves ?

Quoiqu’il en soit, une des erreurs essentielles que l’on retrouve chez nombre de commentateurs est leur tentative d’expliquer le monde musulman actuel, ses forces politiques, ses conflits, par l’islam. Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que le prophète Mohammed ayant été chef militaire, cela expliquerait le caractère guerrier de l’islam (ce qui serait fondamentalement différent du christianisme) ; ou que telle ou telle sourate du Coran, éclairerait les actions d’Al-Qaida ?

Cette vision n’est pas nouvelle (« Une seule âme arabe, religieuse, fanatique et fataliste »), mais elle est dangereuse. Paradoxalement, elle est partagée par les groupes islamistes les plus radicaux : pour eux aussi, il existerait une religion musulmane intemporelle, un corps de dogmatique inamovible, une charia immuable (depuis la prédication de Mohammed).

C’est tout l’intérêt du livre de Sami Zubaida, professeur émérite de sciences politiques et de sociologie à l’université Birkbeck de Londres, Beyond Islam. A New Understanding of the Middle East (I. B. Tauris, Londres, 2011). Je reprendrai ici les principaux arguments défendus dans sa longue introduction.

Dès le départ, l’auteur annonce sa volonté « de “désacraliser” la région (le Proche-Orient), en mettant en question le rôle prédominant attribué à la religion dans beaucoup d’écrits qui appliquent le qualificatif d’islamique (ou musulman) à leur culture et à leur société ». Existe-t-il vraiment, s’interroge-t-il, un art islamique, une musique islamique, une science islamique, une politique islamique ?

La région concernée a connu, depuis la fin du XVIIIe siècle, « un processus de modernisation qui a entraîné une déconnexion (dis-embedding) entre la religion et les pratiques et institutions sociales. (…) Ce processus, que nombre d’historiens et de sociologues, ont appelé “sécularisation”, n’a pas de rapport avec l’intensité ou la force des croyances et des pratiques religieuses, mais fait référence à la séparation structurelle et institutionnelle des sphères sociales de la religion et des autorités religieuses ».

Un autre aspect de la religion doit être pris en compte, elle « a toujours représenté un marqueur communautaire et politique, créant des frontières autour de groupes de foi et de leurs institutions, qui peuvent se transformer en frontières de conflit dans certaines circonstances ». Cela est particulièrement vrai pour l’islam, car le capitalisme, la modernité et la sécularisation ont été imposés de l’étranger et souvent considérés par les populations locales comme « chrétiens ». Et l’islam a joué un rôle important dans les idéologies de résistance à cette domination occidentale.

Et l’on arrive donc à cette situation paradoxale :

« Au Proche-Orient, comme dans le monde dit musulman, nous avons des sociétés et des systèmes politiques largement sécularisés qui se combinent avec des idéologies sacrées défendues aussi bien par les pouvoirs que par les oppositions. (…) Et plus les sociétés sont sécularisées, plus les autorités religieuses et les mouvements d’opposition veulent les décrire comme islamiques. »

Zubeida n’accepte pas l’idée qu’il y aurait différentes modernités (ce que défend, par exemple, Ernest Gellner, à qui il consacre un chapitre de son ouvrage). Pour l’auteur, le moteur de la modernité est le capitalisme qui produit différents changements sociaux dans le monde entier et qui n’est pas le produit d’influences culturelles de l’Occident. Bien sûr l’expansion du capitalisme a eu des effets différenciés – y compris en Angleterre ou en France –, mais ils ont des points communs :

« Les processus communs et les conséquences du capitalisme qui constituent la modernité comprennent la destruction des communautés primaires de production et d’échange fondées sur les liens de parenté, gouvernées par une autorité patriarcale, consolidées par la religion et la tradition, et défendues par des institutions et des pouvoirs politico-religieux. » Cela se traduit par la production de marchandises, des échanges monétisés, l’individualisation du travail, etc., favorisant l’émergence de l’individu autonome.

Dans ce contexte, il n’existe pas de « modernités alternatives » : il s’agit simplement, que ce soit en Arabie saoudite ou en Iran, de la volonté des dirigeants de s’opposer à cette modernisation (notamment la libération de l’individu), tout en appliquant les règles du capitalisme.

Existe-t-il alors, s’interroge Zubeida, une culture et une civilisation distincte qui devrait être comprise par l’Occident ? Peut-on parler de culture musulmane, alors que les musulmans appartiennent à de multiples nationalités ou ethnies, et que leurs manières de s’identifier à leur religion, leurs styles de vie, leurs idéologies sont si différents ? Malgré les quelques constances de la religion – la référence au Coran et à l’unicité de Dieu, et encore soumis à de multiples déclinaisons –, il existe d’autant moins une culture musulmane que toute culture est en mouvement et en transformation permanente.

Zubeida rappelle que les trois religions monothéistes ont des corps de doctrine similaires sur la sexualité, le blasphème, les pratiques morales, etc. L’affirmation que les vérités religieuses ont la prééminence sur les vérités scientifiques se retrouve aussi bien dans l’islam que dans le christianisme. Et la peur née dans les sociétés européennes de la fatwa contre Salman Rushdie ne provient-elle pas du fait que ces sociétés ont connu les mêmes condamnations religieuses en d’autres temps ?

L’auteur en vient ensuite à la charia, qui est le point clef de la doctrine de toutes les forces islamistes. « Un grand nombre de personnes sont convaincues que la charia est un corps déterminé de droit fondé sur les sources canoniques, qui incarne les vertus islamiques. On suppose également que cette forme de droit a prévalu dans les sociétés musulmanes à travers l’histoire, et a été perturbée par le colonialisme ou par les intrusions occidentales qui ont imposé des systèmes juridiques étrangers que les élites occidentalisées et les dirigeants corrompus ont accepté. »

Le problème c’est que personne n’est d’accord sur le contenu de la charia ni sur les institutions qui doivent la mettre en oeuvre. Il en existe de nombreuses interprétations dont on a pu voir l’évolution à travers l’histoire.

Je ferai une digression pour donner un exemple que j’ai déjà évoqué : le droit de vote des femmes. Au début des années 1950, les femmes égyptiennes sont descendues dans la rue pour demander le droit de vote. L’Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, publie une fatwa affirmant que ce droit serait contraire à la loi musulmane. Soixante ans plus tard, les femmes votent partout dans le monde musulman (à l’exception de l’Arabie saoudite où personne ne vote, si ce n’est dans des scrutins locaux qui n’ont aucune portée). La question « est-ce que l’islam (ou la charia) est compatible avec le droit des femmes ? » est ainsi résolue dans la pratique (comment les autorités musulmanes le justifient est leur affaire, même si les débats internes sur cette question sont intéressants).

Sur la charia, on lira avec profit La charia aujourd’hui, sous la direction de Baudouin Dupret (La Découverte, 2012).

Zubeida se penche ensuite sur divers aspects du débat sur la loi islamique : la finance islamique, les rapports de sexe, l’homosexualité, l’alcool.

Il rappelle ainsi que la finance dite islamique n’a émergé que dans les années 1970, qu’elle est « une innovation totale, sans aucune racine dans l’histoire ». Et que les banques dites islamiques, malgré la suppression de l’intérêt, fonctionnent comme les autres banques à travers le monde, avec le même taux de profit pour les investisseurs.

Quant aux questions de genre et au statut des femmes, là aussi on assiste à une évolution et à une lutte pour les droits de celles-ci, souvent menées au nom d’une lecture renouvelée des textes religieux. Il existe même désormais un courant qui se réclame du féminisme islamique.

L’auteur consacre un développement à l’homosexualité, rappelant combien sa pratique a longtemps été acceptée dans des pays musulmans, mais sans jamais l’identifier, comme c’est le cas aujourd’hui en Occident, à une orientation sexuelle ou à une identité (sur le même sujet on lira le livre de Joseph Massad, Desiring Arab, University of Chicago Press, 2007).

En conclusion, Zubeida revient sur l’adjectif islamique accolé à l’histoire, la science, l’art, etc. « L’usage de ce terme implique que l’essence de ces régions est l’islam et confirme leur opposition à l’Occident chrétien. Pourtant, cet Occident est rarement qualifié de chrétien quand on évoque son histoire, ses arts, ses sciences, etc. » : l’histoire de l’Europe n’est pas une histoire chrétienne, même si l’Eglise a joué un rôle important.

On peut résumer le propos de Zubeida en reprenant le grand penseur Edward Said sur l’islam : « Quand on parle de l’islam, on élimine plus ou moins automatiquement l’espace et le temps. » Et il ajoute : « Le terme islam définit une relativement petite proportion de ce qui se passe dans le monde musulman, qui compte un milliard d’individus, et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de langues et, bien sûr, un nombre infini d’expériences différentes. C’est tout simplement faux de tenter de réduire tout cela à quelque chose appelé islam […]. » (cité dans Alain Gresh, La République, l’islam et le monde, Hachette, 2006).

Source

François Burgat : « Notre relation au monde musulman a toujours eu quelque chose de passionnel »


16 Mars 2012 Par Université citoyenne…
© DR

L’Université citoyenne reçoit François Burgat lors du second rendez-vous consacré aux révolutions arabes. Entretien.

Spécialiste du monde arabe contemporain et de l’islamisme, François Burgat a vécu plus de dix-huit ans au Maghreb, au Proche-Orient et dans la péninsule arabique. Il dirige l’Institut français du Proche-Orient à Damas. Installé depuis quelques mois à Beyrouth, il a répondu au Journal depuis la capitale libanaise.

Pourquoi fait-on souvent une confusion entre islam et islamisme ?
En Europe, ce chevauchement entre une appellation qui désigne toute une communauté de religion et de culture et un terme qui a une portée clairement stigmatisante, rappelle que notre relation au monde musulman a toujours eu quelque chose de passionnel, qu’il se trouve de l’autre côté de la Méditerranée ou au sein de notre société. «Le musulman» c’est en fait, pour la plupart d’entre nous (il n’en va pas de même bien sûr pour nos compatriotes musulmans), «l’autre» par excellence. Or notre relation au monde musulman est passée du registre très unilatéral et assez peu anxiogène de la domination coloniale sans limites à quelque chose d’un peu moins inégalitaire, où «l’autre» réclame désormais sa part de reconnaissance, politique et culturelle. Ce moment de notre histoire a donc logiquement quelque chose de très déstabilisant. De surcroît, au lieu de désamorcer ces tensions et ces malentendus, les moins scrupuleux des hommes politiques les cultivent à des fins électoralistes.

En Syrie, faut-il parler de révolution, de guerre civile ou de conflit ethno-confessionnel ?
Je pense que les trois qualifications se superposent. Un régime très autoritaire et décidé à employer tous les moyens pour se maintenir, a tout fait pour transformer en conflit ethno-confessionnel une révolution qui était dans un premier temps pacifique et laïque. Il a malheureusement en partie réussi. La brutalité de la répression a nourri un processus de contre-radicalisation et de vendetta. Certains épisodes – tel l’assaut à l’arme lourde contre un quartier de Homs où s’étaient réfugiés des déserteurs et des civils en armes constitués en «armée libre» – relèvent bien désormais du registre de la guerre civile. Celle-ci a quelquefois des tonalités confessionnelles, la communauté alaouite étant plus étroitement associée que les autres au régime. Cette confrontation est ensuite complexifiée par des acteurs régionaux (Iran, Turquie, Qatar, Arabie saoudite) et internationaux (Russie, Chine, France, Etats-Unis…) dont les analyses de la crise et des possibilités d’en sortir sont diamétralement opposées. La lecture intérieure de la crise (la répression d’un «printemps arabe») est opacifiée par la contre-lecture régionale, celle d’une attaque des puissances occidentales et de leurs alliés arabes conservateurs contre l’un des derniers membres du «front du refus» à l’ordre israélo-américain dans la région. La légitimité indiscutable de la révolte populaire est ainsi en partie masquée par le soutien que lui apportent des acteurs hautement illégitimes dans la région. Cette complexité interdit de faire aujourd’hui un pronostic, surtout optimiste. Une seule chose est sûre : les Syriens des deux camps paient chaque jour un prix de plus en plus élevé à la violence et à la dégradation économique et humanitaire dans lesquelles leur pays s’enfonce.Propos recueillis par Laëtitia Soula

source