L’islamisme : une réalité complexe occultée par la propagande et les manipulations


Publié le 28 novembre 2012 par

L’objet des paragraphes qui suivent n’est pas d’expliquer l’islamisme dans sa complexité, ce qui nécessiterait, comme nous le verrons, une étude spécifique pour chaque parti islamique. La définition même de l’islamisme interdit une conception autre qu’hétérogène de celle-ci.
En revanche, nous attirons l’attention du lecteur sur la diabolisation d’acteurs islamistes par la fabrique de preuves censées être sans appel car comportant leurs « signatures ».

 

L’islam politique, un terme pour une réalité doublement vaste.

Par définition de l’islamisme (ou de l’islam politique), un islamiste est un homme qui base sa pensée et son action politique sur les principes de l’Islam. D’Al-Qaïda aux islamistes iraniens, du Hamas au Hezbollah, les contours de l’islamisme restent extrêmement flous. On le constate dans les faits : le terme désigne des mouvements extrêmement différents, qui s’opposent parfois militairement. Les courants politiques se multiplient aux compréhensions de l’Islam et il y aura presque autant d’islamismes que de couples (vision politique-vision islamique). Certains islamistes acceptent le jeu démocratique, d’autres privilégient la voie armée, d’autres encore préconisent de réformer le régime en place. Les Frères musulmans font traditionnellement  partie de l’opposition politique là où les jihadistes sont dans une logique révolutionnaire. A l’extrême, il est possible de mentionner le savant salafi Al-Albani qui disait qu’une bonne politique est celle qui consiste à être… apolitique.

En résumé, si les islamistes cherchent tous à vivre dans un Etat où la politique se fonde sur la religion, ils divergent sur la réalité concrète de l’objectif, ainsi que sur les moyens d’y arriver.

A ce stade, une précision, importante, s’impose : les islamistes ne sont pas des « obscurantistes » qui souhaitent uniquement appliquer leurs « règles religieuses » sans égard aucun pour les réalités socio-économiques et géostratégiques de l’environnement dans lequel ils évoluent. Bien au contraire.  Interrogé sur la qualité à préférer entre la compétence et la vertu (islamique) dans le cas où il n’est pas possible de trouver un dirigeant les cumulant (conformément à l’interprétation du V26S28), le savant Ahmad Ibn Hanbal a dit qu’il fallait choisir la compétence : un homme pieux mais peu compétent ne saurait régler les affaires du peuple qu’il aura à charge.

On le voit, le spectre des islamistes est doublement vaste, et aucun sens ne peut être donné à un jugement global sur l’islamisme, sauf à considérer que le religieux doit être séparé du politique. Il est extrêmement important de comprendre pourquoi, sur le principe du moins, ce dernier point est rejeté des musulmans. Le fait est que toute politique se fonde sur une idéologie. A ce titre, les musulmans préfèrent baser leur politique sur les principes religieux, qu’ils considèrent logiquement au-dessus de tout autre ensemble de lois d’origine humaine, imparfaites par nature. Ils considèrent par ailleurs qu’ils n’ont pas à adopter un concept typiquement occidental, dû à l’histoire particulière des Européens avec l’Eglise catholique romaine. Pour ne rien arranger, l’expérience de la laïcité s’est faite par le forceps de régimes dictatoriaux qui n’ont pas respecté les principes de liberté qui devaient y être associés, si bien que laïcité rime avec répression dans l’inconscient arabe.

Si dénoncer l’islamisme n’a absolument aucune valeur, les islamistes restent bien évidemment tous critiquables, encore faut-il les juger sur ce qu’ils sont réellement… ce qui suppose un travail conséquent dont se passent copieusement les esprits paresseux qui prétendent avoir tout compris sur tout le monde. A ce propos, pour une étude sérieuse sur l’islamisme, aussi proche de la réalité du terrain que possible, nous ne pouvons que conseiller à nos lecteurs l’excellent ouvrage de François Burgat : « L’islamisme en face ». Les éclaircissements apportés avec une pédagogie rare pour un sujet aussi complexe ne pourront qu’être bénéfiques à ceux qui voudront bien juger les islamistes à la lumière de leur actes et non dans l’imaginaire suggéré par des courants qui ont intérêt à les décrédibiliser de facto.

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