Malek Chebel : « L’islam n’est pas mal aimé, il est mal compris »


Le Point.fr – Publié le 25/10/2012 à 16:56 – Modifié le 26/10/2012 à 13:14

43 % des Français considèrent que la présence d’une communauté musulmane en France est une « menace » pour l’identité du pays.

Une étude montre une opposition de plus en plus marquée des Français à certains symboles de l'islam.Une étude montre une opposition de plus en plus marquée des Français à certains symboles de l’islam. © Alfred / Sipa

Une étude publiée récemment montre un durcissement des Français vis-à-vis de l’islam. 43 % des Français interrogés considèrent que la présence d’une communauté musulmane en France est plutôt une « menace » pour l’identité du pays. L’anthropologue des religions Malek Chebel, défenseur d’un islam des Lumières, nous éclaire sur ce désamour.

Le Point.fr : Comment expliquer que six Français sur dix estiment que l’influence et la visibilité de l’islam en France sont aujourd’hui « trop importantes* » ?

Malek Chebel : C’est un phénomène circonstanciel, lié au tunnel d’affaires plus ou moins scabreuses que nous avons connues depuis le début de l’année. Des faits divers qui touchent de près ou de loin – bien souvent de loin – à la question de l’islam en France. Tout cela est le résultat d’une ignorance globale de ce qu’est l’islam, et cette méconnaissance alimente la peur et le désamour de cette religion.

Peut-on dire que beaucoup de Français ont pris conscience de la place de l’islam dans la société française au travers de ces nombreuses « affaires » ?

Oui. Si certains de nos concitoyens ont découvert cette religion à travers le voyage, au contact des musulmans eux-mêmes, la grande majorité tient l’islam pour une idéologie obscure similaire au communisme, au fascisme ou au nazisme. En réalité, ils n’ont aucune connaissance intime de l’islam, de sa structure, et surtout de sa dimension lumineuse.

Comment infléchir cette tendance ?

Nous avons malheureusement affaire à des mécaniques d’ensemble, difficiles à débloquer. À cette difficulté il faut ajouter la crainte globale d’ordre sécuritaire au sens large : la sécurité alimentaire, de l’emploi, la situation géopolitique. Notre société est tissée de niches d’insécurité qui fragilisent le regard compatissant des gens envers l’islam.

La religion musulmane est-elle mal aimée ?

Elle est surtout mal comprise. Elle fascine et intéresse, et par conséquent produit de l’effervescence.

D’autres religions ont-elles connu ce phénomène ?

Le christianisme, il y a quelques années, vivait, si j’ose dire, « sa descente aux enfers ». Il y a quinze ans, le christianisme était considéré comme poussiéreux, répulsif, fondé sur l’interdit. Toutes les évolutions sociétales étaient neutralisées par le clergé. Le christianisme aux yeux des chrétiens eux-mêmes était devenu « un boulet ». Mais rien de plus « normal » dans une France laïque, où la laïcité qui craint pour son espace a besoin de s’affirmer. Le discours religieux est de fait perçu comme trop excessif.

L’islam n’est pas plus violent aujourd’hui que par le passé et, à terme, il peut être plus brillant qu’il ne l’a jamais été. Encore faut-il que les conditions géopolitiques, stratégiques et humaines soient réunies. Le jour où il n’y aura plus de pétrole dans les pays musulmans, la tension baissera.

L’islam est-il devenu, comme l’affirme le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, un sujet politique ?

Ça l’a toujours été. L’islam n’a jamais été autre chose en France qu’un sujet politique, parce qu’il a été assimilé à une population immigrée à qui il fallait offrir un emploi, un toit, une sécurité.

Comment les musulmans vivent-ils cette situation ?

Pour la très grande majorité, ils sont effarés et sont souvent dépassés par la disproportion que prend chaque affaire liée à leur religion. Pour les autres, ils soufflent sur les braises.

Qui sont les ennemis de l’islam ?

Une infime partie des musulmans eux-mêmes. Des extrémistes qui veulent imposer leur vision de l’islam, un islam fantasmé et schizophrène qui n’est pas la réalité. Il y aussi des petits lobbies qui vivent de l’antagonisme des religions. Et d’autres encore, difficiles à démasquer, qui tirent les ficelles sans jamais se mettre en première ligne et qui laisseront toujours d’autres faire le travail pour eux.

* Sondage Ifop pour Le Figaro, publié jeudi 25 octobre, réalisé en ligne du 15 au 18 octobre sur un échantillon de 1 736 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus.

L’islam, de chair et de sang, de Malek Chebel (Librio, 80 p., 3 euros). Malek Chebel publie également, avec Claude Durand, une relecture modernisée des Mille et une nuits (Nouveau Monde Éditions, 280 p., 22 euros).

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