Deux « autres » voix. Un combat anticolonialiste en Israël


 Eitan Bronstein Aparicio et Eléonore Bronstein.
Eitan Bronstein Aparicio et Eléonore Bronstein.

A L’UPJB
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Samedi 13 novembre à 20h15
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Ils viendront nous présenter le travail de De-colonizer, research and art laboratory for a social change et leur combat anticolonialiste en Israël. Venez nombreuxSES! Invitez vos amiEs! Et les amiEs de vos amiEs aussi!

PAF : 6 €, 4 € pour les membres, tarif réduit : 2 €

Ils interviendront dans 5 réunions publiques entre le 13 et le 15 novembre!

LES AUTRES INTERVENTIONS
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Samedi 14 novembre de 15 à 18h
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En partenariat avec la commune de Molenbeek

Au Centre Communautaire Maritime (CCM – 93, Rue Vandenboogaerde)

Samedi 14 novembre à 20h
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En partenariat avec la Plateforme Watermael-Boitsfort Palestine

La Vènerie / Écuries – Place Gilson, 3 – 1170 Bruxelles
PAF : 5 €€, 2 € – Réservation : 02.657.01.83
STIB : bus 95 ou 17 et tram 94

Dimanche 15 novembre à 10h30
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En partenariat avec Een Andere Joodse Stem

Au Cultural Center Elcker Ik, Breughelstraat 31-33 – 2018 Antwerpen

Dimanche 15 novembre à 15h
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À l’invitation du Groupe Mazerine

Centre culturel de Rixensart – Place Communale 38 – 1332 Genval

Netanyahu ridiculisé… Après son énième mensonge…


Les réactions n’ont pas manqué, après le énième mensonge et cette dernière énormité proférés par l’olibrius Netanyahu…
Ceux qui sont notamment à plaindre, ce sont les professeurs d’histoire israéliens…. Et les écoliers et étudiants…

L’Allemagne insiste sur sa responsabilité dans la Shoah après des propos de Netanyahu

Berlin a réaffirmé mercredi la responsabilité « inhérente » de l’Allemagne dans la Shoah après les propos du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affirmant que c’est le mufti de Jérusalem de l’époque qui avait donné l’idée à Hitler d’exterminer les juifs d’Europe.
« Je peux dire au nom du gouvernement que, nous Allemands, connaissons très exactement l’Histoire de l’avènement de la folie raciste meurtrière des nationaux-socialistes qui a conduit à la rupture civilisationnelle de la Shoah », a souligné lors d’une conférence de presse Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel.
« Je ne vois aucune raison de changer de quelque manière que ce soit notre vision de l’Histoire. Nous savons que la responsabilité allemande pour ce crime contre l’humanité est inhérente », a-t-il ajouté tout en refusant de commenter directement les propos de M. Netanyahu. Ce dernier doit rencontrer à 17H00 GMT Mme Merkel à Berlin.

(21-10-2015 – Avec les agences de presse)

21 octobre 2015
Netanyahou, négationniste, serait traîné devant les tribunaux en France

Le premier ministre israélien vient d’être pris en flagrant délit de propagande mensongère dans son propre pays, en affirmant qu’ »Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs ».

C’est le quotidien Haaretz qui vient de publier les mensonges du jour de Netanyahou, concernant le génocide des Juifs.

Celui-ci, à l’occasion du 37ème congrès sioniste mondial a inventé une nouvelle version de l’histoire : le diable, ce n’est plus Hitler, qui ne souhaitait que le départ des juifs, a-t-il déclaré, mais Mohammed Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem de l’époque, qui lui aurait dicté de les exterminer (sic)…/…

http://www.europalestine.com/spip.php?article11107

21 octobre 2015
« Pourquoi Netanyahou innocente Hitler », par Nicolas Shahshahani

« Dans le climat actuel d’incitation au génocide du peuple palestinien, où la population juive est encouragée à faire des pogroms, Benjamin Netanyahou a en effet repris, et non par inadvertance, un vieux thème, parmi les plus hallucinants, de la propagande sioniste », analyse Nicolas Shahshahani, vice-président de CAPJPO-EuroPalestine

« La presse et un grand nombre de politiciens israéliens s’en prennent mercredi à Netanyahou, pour des déclarations du Premier ministre israélien rendant en substance les Arabes, et non les nazis, responsables de l’extermination des juifs d’Europe.

Il a ainsi affirmé publiquement que l’idée de la « Solution Finale », autrement dit l’anéantissement au niveau européen et si possible mondial, des populations juives, n’était pas une idée d’Adolf Hitler, mais celle d’un dirigeant religieux nationaliste palestinien, Hadj Amine al Husseini.

« Lorsque Husseini rencontre Hitler en novembre 1941, ce dernier n’a pas l’intention de tuer les juifs, il veut seulement les expulser hors d’Europe. Mais Husseini lui dit qu’alors, ces gens viendront en Palestine. Hitler demande à Husseini à ce qu’il doit faire. Et Husseini répond : ‘Brûlez-les’ », a en effet martelé Netanyahou, aux applaudissements de ses supporters du Likoud.

La déclaration, aberrante puisqu’en novembre 1941 des centaines de milliers de juifs d’Europe avaient déjà péri dans le cadre d’exécutions de masse (par exemple, rien que dans la ville de Kiev, en Ukraine, près de 30.000 hommes, femmes et enfants juifs avaient été fusillés en l’espace de deux jours au mois de septembre 1941), a suscité des commentaires indignés un peu partout en Israël.

Commentaires indignés, mais pas nécessairement sincères, malheureusement.

Car la figure de ce personnage odieux que fut Hadj Amine al Husseini, dont on dira quelques mots ci-dessous, a depuis la création d’Israël servi de prétexte à la propagande officielle pour accabler les Palestiniens –et plus généralement les Arabes- de tous les maux, … y compris la Shoah…/…

http://www.europalestine.com/spip.php?article11108

La jeunesse palestinienne à couteaux tirés avec Israël


Michel Warschawski

Publié le 15 octobre 2015

Comment en est-on arrivé à ce que des dizaines de Palestiniennes et dePalestiniens se mettent à attaquer des Israéliens juifs à l’arme blanche ? Ceux que Benyamin Nétanyahou appelle « terroristes » sont pour la plupart nés après les accords d’Oslo, ont grandi avec l’échec désormais avéré du « processus de paix », dans la frustration, la peur et l’humiliation permanentes, sans perspective d’avenir. Las des idéologies, de la diplomatie et des slogans inopérants, ils sont passés à la reconquête d’une dignité bafouée. Quel qu’en soit le prix.

« #freepalestine » Rabya Mohammed Fraij, Deviantart, 2014

«  Est-ce une troisième intifada  ?  » se demandent commentateurs et politiciens en Israël. Une question dont la pertinence me semble douteuse et à laquelle il est de toute façon beaucoup trop tôt pour répondre. Il est plus intéressant de comprendre comment nous en sommes arrivés à ce que des dizaines dePalestiniennes et de Palestiniens, des jeunes pour la plupart, en sont venus à attaquer le premier Israélien venu avec un couteau, un cutter ou un tournevis hâtivement ramassés sur la table de la maison familiale. Car il s’agit bel et bien d’initiatives individuelles et spontanées, derrière lesquelles ne se trouvent aucune consigne en provenance d’une quelconque organisation.

Benyamin Nétanyahou ment comme un arracheur de dents quand il affirme que c’est Mahmoud Abbas qui inspire ces jeunes, et il sait mieux que personne les efforts de ce dernier et de sa police pour tenter d’enrayer le processus en cours. Mais «  Monsieur Sécurité  » a besoin d’un bouc émissaire pour cacher son échec flagrant, lui qui avait centré toute sa campagne électorale sur son «  expertise  » démontrée dans le maintien du calme dans les territoires occupés. Un message qui avait été reçu cinq sur cinq par l’électorat.

Les médias, dans leur majorité, reprennent le discours récurrent deNétanyahou sur le terrorisme, et depuis quelques jours on ne cesse d’utiliser les mots chers au premier ministre : «  actes terroristes  », «  un terroriste âgé de 13 ans  » [sic], «  nous utiliserons tous les moyens pour arrêter le terrorisme  ». L’opinion publique israélienne suit, sans broncher.

Qui sont ces «  terroristes  » et qu’est-ce qui a provoqué cette longue série d’attaques au couteau sur des Israéliens, en civil ou en uniforme  ? Ce sont des jeunes, voire des très jeunes, nés après les accords d’Oslo et qui agissent individuellement (ou à deux au maximum), hors du cadre des organisations nationales, Hamas compris. Et pourquoi maintenant  ? On assiste, semble-t-il, à la conjoncture de deux éléments qui ne sont pas liés l’un à l’autre, mais résultent tous deux de la politique de Benyamin Nétanyahou.

D’abord, l’échec reconnu par tous de ce qu’on a trop longtemps appelé «  le processus de paix  ». Les Palestiniens, y compris la jeunesse, ont laissé pendant des années Mahmoud Abbas gérer la stratégie de libération à travers la diplomatie, c’est-à-dire en utilisant la communauté internationale comme levier qui parviendrait à obliger l’État d’Israël à mettre fin à l’occupation coloniale. Même le Hamas avait fait le choix de ne pas entraver les tentatives du président de l’Autorité palestinienne, tout en insistant sur le fait que ledit processus négocié était voué à l’échec, et que ses compromis ne seraient récompensés par aucune contrepartie. Mais après près de dix ans pendant lesquels Abbas a fait les antichambres de toutes les chancelleries et accepté d’avaler d’innombrables couleuvres, on en est toujours à la case zéro. Pire,Israël a su profiter du temps qui passe pour élargir substantiellement la colonisation de la Cisjordanie et parachever la séparation de Jérusalem-Est de son arrière-pays palestinien.

Au bout de dix ans, le crédit d’Abou Mazen s’est complètement épuisé, en particulier auprès de la jeunesse, qui ne voit aucune avancée — si ce n’est celle des colonies. L’épuisement du crédit du président palestinien s’est accéléré avec la série de provocations du gouvernement Nétanyahou après sa réélection, en particulier les parades de députés et de ministres sur l’esplanade des Mosquées, le Haram el-Sharif. On ne peut en effet sous-estimer l’impact sur les jeunesPalestiniens des images où l’on voit des groupes de juifs prier (ou faire semblant de prier) sur ce lieu saint pour un milliard et demi de musulmans. Pire, aux provocations de politiciens en quête de popularité s’ajoute l’intervention violente de la police sur l’esplanade contre des jeunes musulmans venus protéger leur mosquée, et la profanation d’Al-Aqsa par des policiers qui souillent les tapis de prière avec leurs gros souliers.

Benyamin Nétanyahou a ainsi osé remettre en question le statu quo négocié en 1967 par Moshe Dayan et le roi Hussein de Jordanie sur la gestion de l’esplanade, y compris les horaires et les lieux spécifiques ou les non musulmans peuvent pénétrer sur l’esplanade. Le chef du gouvernement israélien aurait mieux fait d’écouter les mises en garde du roi Abdallah de Jordanie sur les risques d’explosion que provoquerait un changement du statu quo à Al-Aqsa.Mais le petit politicien et la peur de ce que diraient ses concurrents s’il interdisait la présence de juifs sur le site du Temple d’Israël ont vaincu l’homme politique et la crainte d’une explosion régionale généralisée.

Al-Aqsa est un symbole sacré pour tous les Palestiniens, athées et chrétiens compris. Avec les provocations sur l’Esplanade des Mosquées, l’arrogance israélienne a heurté la dignité de tous les jeunes Palestiniens. La série d’attaques de passants israéliens au couteau ou au tournevis est la réponse d’une nouvelle génération palestinienne à l’arrogance israélienne et aux provocations de la droite au pouvoir, sur un arrière-fond d’échec reconnu de la stratégie négociée de Mahmoud Abbas et de l’Autorité palestinienne. Le fait qu’en donnant l’ordre de tirer sur les «  terroristes  » pour les «  neutraliser  »Nétanyahou ait transformé ces attaques à l’arme blanche en attentats-suicides ne semble pas avoir eu d’effet dissuasif. Bien au contraire, chaque attaque en stimule d’autres.

J’ai rencontré il y a deux jours un groupe de jeunes Palestiniens de Bethléem, et Safa, une étudiante chrétienne si l’on en croit le crucifix qu’elle portait, me disait son admiration pour ses compatriotes qui attaquent des Israéliens au couteau. «  Jusqu’à présent, c’est nous qui avions peur, mais maintenant c’est au tour des Israéliens : regarde comme il n’y a personne dans leur tramway, et même les rues de Tel Aviv sont complètement vides le soir.  » Et d’ajouter :«  Si j’avais plus de courage, je ferais la même chose…  »

L’Autorité palestinienne et Mahmoud Abbas ne signifient pas grand chose pour Safa et ses amis, et si le nom de Yasser Arafat les émeut encore, ils ne savent pas ce qu’est l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Bien dans l’esprit de leur temps, pour ces jeunes, les sigles, les slogans et les idéologies ont laissé la place au ressenti. Dans ce ressenti, il y a une place d’honneur pour une reconquête de la dignité perdue.

Par ses déclarations bellicistes et arrogantes, Benyamin Nétanyahou ne renforce pas seulement la détermination que l’on sent de plus en plus au sein de cette jeunesse palestinienne que l’on disait dépolitisée et démobilisée; il fait deMahmoud Abbas un politicien non relevant et rend quasiment impossible toute tentative de sa part de désamorcer la bombe qui risque non seulement de démultiplier les victimes — israéliennes et palestiniennes — mais aussi de provoquer la désintégration de l’Autorité palestinienne. C’est bel et bien la politique du pire. Mais n’est-ce pas exactement ce que recherche le chef du gouvernement israélien  ?


 

Publié le 15 octobre 2015 sur Orient XXI

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Michel Warschawski est un journaliste et militant de gauche israélien, il est cofondateur et président de l’Alternative Information Center (AIC). Dernier ouvrage paru (avec Dominique Vidal) : Un autre Israël est possible, les éditions de l’Atelier, 2012.

http://www.pourlapalestine.be/la-jeunesse-palestinienne-a-couteaux-tires-avec-israel/

 

Même Gandhi pourrait comprendre la violence des Palestiniens  


Gideon Levy • Haaretz • 8 octobre 2015 •

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Camouflés derrière une brume de l’argumentaire de l’auto-défense, de la propagande médiatique, de l’incitation, du lavage de cerveau et de l’a victimisation de ces derniers jours, la seule question qui s’impose est celle -ci : Qui a raison?

Il ne reste plus aucun argument justifiable dans l’arsenal d’Israël, recevable par une personne normale. Même Mahatma Gandhi aurait compris les raisons de cette explosion de violence palestinienne. Même ceux qui redoutent la violence, qui la considèrent comme immorale et inutile, ne n’y peuvent rien : ils comprennent très bien pourquoi ça explose périodiquement. La question serait même : pourquoi ça n’arrive pas plus souvent.

De la question :  » qui a commencé » à la question « qui est à blâmer », la réponse est évidente : Israël, et seulement Israël. Ça ne veut pas dire que les Palestiniens sont irréprochables, mais il faut blâmer avant tout Israël. Tant qu’Israël ne prend pas conscience de cette responsabilité qui est la sienne, le pays n’a aucun fondement pour exiger la moindre chose des Palestiniens. Tout le reste est propagande de bas étage.

Hanan Ashrawi, ancienne militante et représentante du peuple palestinien a écrit récemment : les Palestiniens sont le seul peuple sur terre à qui on demande de garantir la sécurité de l’occupant, alors que l’état d’Israël est le seul pays à exiger d’être protégé des victimes qu’il cause . Alors, que répondre ?

Ainsi que le président palestinien Mahmoud Abbas l’a demandé dans une interview à Haaretz, « Comment voulez-vous que la rue palestinienne réagisse après la mort de l’adolescent Mohammed Abu Khdeir brûlé vif, après l’incendie provoqué  par les colons de la maison de Dawabsheh  sous les yeux des soldats israéliens qui n’ont pas bougé ?  » Et comment répondre ?

Aux 100 ans de la dépossession de l’état de la Palestine, ainsi qu’aux 50 ans d’oppression, il faut ajouter les années les plus récentes, si imprégnées de l’arrogance israélienne que ça nous explose une fois de plus à la figure.

Ce sont les années pendant lesquelles Israël pensait qu’il pouvait faire n’importe quoi et n’en payer aucun prix. On pensait que le ministre de la défense pouvait se vanter de connaître l’identité des meurtriers de Dawabsheh et ne pas les arrêter, et que les Palestiniens se retiendraient. On pensait aussi qu’il pouvait y avoir, presque chaque semaine un garçon ou un adolescent  tués par des soldats, et que les Palestiniens resteraient calmes.

On pensait que dirigeants militaires et politiques pouvaient soutenir les crimes sans que personne ne soit poursuivi. On pensait que les maisons pourraient être détruites, les bergers expulsés, que les Palestiniens accepteraient tout humblement. On pensait que ces colons-voyous pourraient endommager, brûler et agir comme si les biens palestiniens étaient les leurs et que les Palestiniens s’inclineraient.

On pensait que les soldats israéliens pouvaient débouler dans les foyers palestiniens toutes les nuits et semer la terreur, humilier et arrêter des gens. Que l’on pouvait arrêter des centaines de Palestiniens sans procès. Que le service de sécurité du Shin Bet pourrait reprendre la torture de « suspects » avec des méthodes quasi sataniques.

On pensait que les grévistes de la faim et les prisonniers libérés pourraient être de nouveau arrêtés, souvent sans aucune raison. Qu’Israël pourrait détruire Gaza une fois tous les deux à trois ans et que Gaza abandonnerait et que la Cisjordanie resterait calme. Que l’opinion publique israélienne acclamerait tout cela et demander toujours plus de sang palestinien, avec une soif difficile à comprendre. Et que les Palestiniens pardonneraient.

Cela pourrait durer encore pendant de nombreuses années. Pourquoi? Parce qu’Israël est plus forte que jamais et l’Occident indifférent à cette sauvagerie. Les Palestiniens, de leur côté, sont fragilisés divisés, isolés et souffrent comme ils n’ont pas souffert depuis la Nakba.
Donc, ça pourrait durer longtemps tant qu’Israël le pourra et le voudra. Personne ne va essayer de l’arrêter sauf l’opinion publique internationale, qu’Israël rejette en l’accusant d’antisémitisme ou de haine du Juif.

Et en plus, rien n’a été dit sur l’occupation elle-même et l’incapacité à y mettre fin. Nous sommes fatigués. Rien n’a été dit au sujet de l’injustice de 1948, qui aurait dû s’arrêter là mais qui a repris avec encore plus de vigueur en 1967 et continue sans aucune issue en vue. Nous n’avons pas parlé du droit international, de la justice et de la morale humaine, qui ne peut accepter cela en aucune façon.

Que des jeunes gens tuent les colons, jettent des cocktails Molotov sur des soldats ou lancent des pierres sur les Israéliens, cela n’est que l’arrière-plan. Il faut énormément de stupidité, d’ignorance, de nationalisme et d’arrogance – en plus de tout ce qui précède – pour ignorer la situation telle qu’elle se pose.

 

http://stopwar.org.uk/index.php/news/even-gandhi-would-understand-the-reasons-for-this-outburst-of-palestinian-violence

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679268 traduction CL  pour le CSPRN
(comité Solidarité Palestine Région Nazairienne)

Lettre ouverte à un ex-ami


L’historien israélien Shlomo Sand répond à la tribune de Pierre-André Taguieff publiée dans Le Monde, à propos de l’antisémitisme en France.  « De mon point de vue, la principale caractéristique de la judéophobie parmi les groupes marginaux de banlieues est l’identification dangereusement erronée entre : sionisme, Israël et juifs. Or, c’est précisément ce que font, sans relâche et sans distinction, les dirigeants d’Israël, le CRIF…. et toi. »

 

Je viens de lire ton article publié dans Le Monde, en date du 23 septembre: Pierre-André Taguieff, « L’intelligentsia française sous-estime l’antisémitisme », et, une fois de plus, je suis stupéfait ! Lorsque nous nous sommes connus, dans les années 80 au siècle dernier, j’avais la plus grande estime pour tes travaux investiguant les fondements du racisme théorique, dans la France de la deuxième partie du 19 ème siècle.

 

J’avais beaucoup apprécié tes apports dans l’analyse et la déconstruction de la judéophobie qui a, effectivement, joué un rôle de tout premier ordre, dans la constitution d’une partie des identités de l’Hexagone, et ce jusque vers le milieu du 20ème siècle. Toutefois, depuis quelques années, à la lecture de tes publications, j’ai de plus en plus de mal à comprendre la logique qui t’anime : affirmer que la judéophobie demeure hégémonique en Occident, considérer l’islamophobie comme un phénomène plutôt marginal, dont les intellectuels exagèrent l’importance, et se faire, en en même temps, le défenseur inconditionnel du sionisme et d’Israël me laisse très perplexe !

 

En vérité, tu as notablement baissé dans mon estime lorsque tu as soutenu, avec enthousiasme, la guerre de George Bush contre l’Irak, et lorsque tu as exprimé une sympathie manifeste pour  « La rage et l’orgueil  », le livre islamophobe d’Oriana Fallaci (dans lequel, il est écrit, notamment, que les musulmans « se multiplient comme des rats »). Tes prises de positions passées me paraissent, cependant, moins préoccupantes que celles que tu développes, ces temps-ci, alors que se profile, dans la société française, un dangereux terrain miné, lourd de menaces pour « l’autre ».

 

Tu sais bien que la haine envers celui qui est un peu différent, et que l’imaginaire apeuré face à celui qui affiche une singularité, ne se limitent pas aux émotions stupides de gens incultes, situés au bas de l’échelle sociale. Tu sais bien que cela n’épargne pas les classes sociales bien éduquées. Durant la période tragique pour les juifs et leurs descendants (1850-1950), le langage judéophobe ne se donnait pas uniquement libre cours dans les faubourgs populaires, mais il s’exprimait aussi dans la haute littérature, dans la philosophie raffinée, et dans la grande presse. La haine et la peur des juifs faisaient partie intégrale des codes culturels, dans toutes les couches de la société européenne. Cet état de fait s’est, fort heureusement, modifié dans les années qui ont suivi la fin de la seconde guerre mondiale. Et si, bien sûr, il subsiste encore des préjugés à l’encontre des descendants imaginaires des meurtriers de Jésus Christ, il n’en demeure pas moins que, dans le monde occidental : de Los Angeles à Berlin, de Naples à Stockholm, de Buenos-Aires à Toronto, quelqu’un d’ouvertement judéophobe ne peut plus être journaliste ou présentateur à la télévision, ni occuper une place dirigeante dans la grande presse, ou encore détenir une chaire de professeur à l’université. En bref, la judéophobie a perdu toute légitimité dans l’espace public. L’antisémitisme de Barrès, de Huysmans ou de Céline n’est plus admis dans les cénacles littéraires, ni dans les maisons d’éditions respectables du Paris d’aujourd’hui. Le prix à payer pour la disparition de cette « belle haine », ( pour user d’un qualificatif de l’antisémitisme en vogue , il y a un siècle), fut, comme l’on sait, très élevé. De nos jours, la « belle haine » est effectivement tournée vers d’autres gens, et nous ne savons pas encore quel en sera le prix.

 

Cela ne veut pas dire qu’une hostilité à l’encontre des juifs n’existe pas aux confins de la société, parmi des marginaux issus de l’immigration venant du monde musulman. Dans des cités-ghettos, certains jeunes, qui n’ont pas ingurgité la judéophobie chrétienne multiséculaire, sont, malheureusement, à l’écoute de quelques imams délirants ou de gens comme Alain Soral ou Dieudonné. Comment combattre cet inquiétant phénomène marginal ? Faut-il, comme tu ne cesses de le faire, justifier la politique menée par Israël ? Faut-il, comme tu t’y emploies également, nier que l’islamophobie a, effectivement, remplacé la judéophobie, et jouit d’une légitimité croissante dans tous les secteurs culturels français ?

 

T’es-tu demandé quels livres ont été des « best sellers », ces derniers temps : des pamphlets ou des romans contre les juifs, comme à la fin du 19ème siècle, ou bien des écrits qui ciblent les immigrés musulmans, (et cela ne se limite pas à Houellebecq, Finkielkraut et Zemmour ) ? Quels partis politiques ont le vent en poupe : ceux qui s’en prennent aux anciens « sémites » d’hier, ou ceux qui affichent leur rejet des nouveaux « sémites » d’aujourd’hui, et au passage, ne tarissent pas d’éloges sur la façon dont Israël traite les arabes (Marine Le Pen n’est pas la seule concernée!).

 

Et cela m’amène au dernier point, qui m’a le plus indisposé, dans ton article. De mon point de vue, la principale caractéristique de la judéophobie parmi les groupes marginaux de banlieues est l’identification dangereusement erronée entre : sionisme, Israël et juifs. Or, c’est précisément ce que font, sans relâche et sans distinction, les dirigeants d’Israël, le CRIF…. et toi. Les voyous de quartier ne sont pas devenus judéophobes uniquement sous l’effet de prêches venimeux prononcés par des démagogues. Il y a à cela bien d’autres causes : et notamment, l’identification constante des institutions juives officielles avec la politique israélienne. Pas une seule fois, le CRIF n’a émis la moindre protestation face à l’oppression subie par la population palestinienne. Et qu’on ne vienne pas nous parler de « diabolisation d’Israël » ; Israël se diabolise lui-même chaque jour !

 

Comment un Etat considéré comme une démocratie occidentale peut-il, depuis bientôt cinquante ans, dominer un autre peuple, et lui dénier tout droit politique, civique, syndical , et autres ? Comment dans une ville–capitale démocratique, où des intellectuels français ont fondé un institut Emmanuel Levinas, de philosophie et d’éthique juives, un tiers de la population, qui y a été annexée de force en 1967, se trouve t’elle encore privée de tout droit politique, et exclue de toute participation à la souveraineté ?

 

Et par delà tout ceci : que signifie être sioniste, aujourd’hui ? Simple est la réponse : soutenir Israël comme Etat des juifs. Comment un Etat à prétention démocratique, peut-il se définir, non pas comme la République légitime de tous ses citoyens israéliens, mais comme un Etat juif, alors même qu’un quart de ses citoyens ne sont pas juifs ? Es-tu capable de comprendre que l’Etat « juif », qui t’est si cher, appartient plus, en principe à ceux qui en France se disent juifs, qu’aux étudiants palestino-israéliens à qui j’enseigne l’Histoire à l’université de Tel-Aviv ?

 

Est-ce la raison pour laquelle tu te considères comme sioniste et fervent sympathisant d’Israël ? Si l’on suivait ton raisonnement sur cette question, la France ne devrait-elle pas cesser de se définir comme la République de tous ses citoyens, pour devenir « l’Etat gallo-catholique » ? Non ! Bien évidemment non, après Vichy et le génocide nazi. Peut-être serait-il plus facile de définir une Etat français ressemblant à Israël, en recourant à un terme qui fait aujourd’hui florès parmi l’intelligentsia parisienne : « République judéo-chrétienne » ?

 

(Traduit de l’hébreu par Michel Bilis)

source

 

Gidéon Levy: Pour les péchés de l’occupation, les boycotts sont une punition légère


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Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël persistera dans la colonisation, l’exploitation et le vol de la terre palestinienne

Que défendez-vous ? Pour quoi vous battez-vous ? Sur quoi les Israéliens se retranchent-ils maintenant, avec les agressions des politiciens nationalistes et les médias populistes qui fulminent contre le monde. Pourquoi, de façon patriotique, recouvrent-ils les drapeaux orange d’Orange par le drapeau national bleu et blanc ? Quelqu’un a-t-il demandé pourquoi ? Pourquoi le boycott commence-t-il à ronger Israël aujourd’hui, tout cela en vaut-il la peine ?

Comme d’habitude, il y a des questions que ne sont même pas posées. L’introspection, après tout, est un signe manifeste de faiblesse. Et ainsi, on invente une explication qui nous absout de toute responsabilité : le boycott est tombé du ciel, une force majeure incontournable haineuse d’Israël, et la seule façon de la combattre est de contre-attaquer. Israël détient toujours une profusion de réponses sionistes appropriées (et parfois violentes), mais toujours concernant le résultat, jamais les motifs. C’est comme avec le terrorisme, comme avec la position du monde que le député Isaac Herzog, président de l’Union sioniste, de tous les ultranationalistes israéliens, s’est précipité d’étiqueter du nom ridicule de « terrorisme d’un nouveau genre » (se référant aux déclarations de Stephane Richard, le PDG d’Orange). Ne jamais céder. C’est très bien, mais pourquoi ? Nous combattons le boycott, mais pourquoi a-t-il surgi ?

Aujourd’hui, Israël défend la préservation du statu quo. Il se bat contre le monde entier pour préserver son école très évoluée de brutalité et de cruauté, dans laquelle il instruit des générations de jeunes gens pour qu’ils agissent de façon bestiale envers des êtres humains, des personnes âgées et des enfants, pour qu’ils les tyrannisent, aboient après eux, les écrasent et les humilient, simplement parce que ce sont des Palestiniens.

Israël défend la perpétuation de l’apartheid dans les territoires occupés, dans lesquels vivent deux peuples, dont l’un sans aucun droit. Il défend tout son système de justifications pour cela – une combinaison de récits bibliques, de messianisme et de victimisation, assortie de mensonges. Il défend la « Jérusalem unifiée », qui n’est rien d’autre qu’un monstre territorial, où la séparation existe, là aussi. Il se bat pour le droit de détruire la bande de Gaza aussi longtemps qu’il lui plaira de le faire, pour la maintenir comme un ghetto et rester le gardien de la plus grande prison du monde.

Les Israéliens se battent pour leur droit à persister dans la colonisation de peuplement, l’exploitation et le vol de la terre ; pour continuer d’enfreindre le droit international qui interdit la colonisation de peuplement, pour continuer leur pied de nez au monde entier, lequel ne reconnaît pas les colonies. Ils sont aujourd’hui en train de défendre leur droit à tirer sur les enfants qui lancent des pierres et sur les pêcheurs sans défense qui cherchent en mer des bribes de moyens de subsistance au large de la côte de Gaza, leur droit de continuer à arracher les gens de leurs lits au milieu de la nuit en Cisjordanie ; ils se battent pour le droit de placer en détention des centaines de personnes, sans jugement, de détenir des prisonniers politiques, pour les maltraiter.

Voilà ce qu’ils sont en train de protéger, pour quoi ils se battent – pour une région où la plupart d’entre eux ne sont pas allés depuis des années, et sans se soucier de ce qu’il s’y passe, pour une conduite qui est honteuse, même pour certains d’entre eux. Ce sont les péchés et c’est la punition. Croit-on qu’Israël peut continuer sans être sanctionné ? Sans être mis au ban de la société ? Et pour dire la vérité, Israël ne mérite-t-il pas d’être puni ? Le monde ne s’est-il pas montré incroyablement tolérant jusqu’ici ?

Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, ce sont là des punitions légères. Les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël ne voudra pas tirer les conclusions qui s’imposent. Par opposition aux tentatives d’Israël et de l’establishment juif visant à détourner le débat, au cœur du boycott, ce n’est pas l’antisémitisme. Au coeur, c’est l’occupation. C’est cela la source de la délégitimation.

La nation peut lutter contre la position du monde entier. Elle peut se lever pour ses droits (qui ne sont pas ses droits) et penser qu’elle se bat pour sa survie. Mais les Israéliens savent-ils ce qu’ils sont en train de défendre aujourd’hui ? Ce qu’ils ne sont pas disposés à céder ? Tout cela vaut-il le coup pour eux ? Ce débat n’a même pas encore été soulevé ici.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

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UNE IMAGE D’ISRAEL PLUS FLETRIE ENCORE


Une famille palestinienne brûlée vive, un commentaire:

 

Baudouin Loos – Le Soir du 1er août 2015

Le tragique épisode de Douma ne peut surprendre personne. Depuis de longues années, le comportement des colons juifs extrémistes qui vivent au sein d’implantations ancrées profondément dans les territoires palestiniens occupés est devenu synonyme des pires exactions. Incursions dans les villages palestiniens, jets de pierres ou de cocktails Molotov, mosquées incendiées, abattage d’oliviers centenaires : ces gens-là se savent au-dessus des lois, leur impunité semble quasi totale et ils se plaisent à faire régner la terreur.

«Ces gens-là»? On parle ici d’une catégorie d’Israéliens jeunes qui n’ont, pour la plupart, jamais habité le territoire israélien. Ils naissent et grandissent sur les collines de «Judée et Samarie», l’appellation israélienne lorsqu’il s’agit d’évoquer la Cisjordanie occupée. Ce sont des durs, des «salafistes» juifs, comme dirait le journaliste franco-israélien Charles Enderlin.

Ils affirment coloniser « la Terre d’Israël que Dieu nous a donnée ». Quant aux «Arabes» présents depuis des siècles, ils n’ont qu’un choix, à leurs yeux: se soumettre à leur joug ou s’exiler. La violence quotidienne – des crimes, pour dire les choses – qu’ils utilisent contre la population locale indique leur préférence.

Ce mouvement juif extrémiste a gagné la partie. Il n’est certes pas majoritaire en Israël mais ces extrémistes religieux en ont infiltré l’Etat et l’armée. Le nombre de colons a plus que triplé depuis 24 ans que leur Etat prétend négocier la paix. Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a tenté de les affronter, au contraire.

Alors certes, hier, Binyamin Netanyahou a dit le mot «terrorisme» pour qualifier le drame de Douma. C’est bien le moins. L’image d’Israël n’a jamais été plus flétrie que ces dernières années et la famille palestinienne brûlée vive dans la nuit de jeudi à vendredi ajoute un peu d’opprobre supplémentaire.

Depuis longtemps, la communauté internationale unanime réclame la fin de l’occupation et la levée du siège de Gaza. Les condamnations verbales ont cependant fait la preuve de leur inanité. Il faudra bien plus. Mais qui mettra Israël au pied du mur?

Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui


Israel ben gourion
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Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui  

*

Je suis né à Jérusalem Ouest (selon le terme qui désigne la moitié juive de Jérusalem) en 1945. Sous une pluie de balles qui volaient au-dessus de nos têtes, mon père m’a attrapé, moi et le reste de la famille, et nous avons fui vers notre ville natale de Naplouse à la veille de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Nous sommes restés à Rafidia-Naplouse jusqu’en 1952 puis nous avons déménagé à Ramallah où mon père a trouvé du travail à la poste. Je suis allé à l’école paroissiale puis au séminaire latin de Beit Jala en 1961 pour étudier la prêtrise. En 1968, j’ai quitté le séminaire où j’avais étudié le français et le latin en plus de la philosophie et de la théologie. Je suis arrivé aux États-Unis en septembre 1969 et je suis entré à l’Université Seton Hall, à South Orange, dans le New-Jersey où j’ai été diplômé en français et en espagnol, et en 1975, j’ai obtenu une maîtrise de l’Université de Montclair, dans le New-Jersey.

 

george kouri

George Khoury

J’ai déménagé en Californie en 1975 où j’ai enseigné les langues étrangères au niveau secondaire. En 1983, je me suis inscrit en théologie à la Graduate Theological Union, à Berkeley, Californie, et j’ai obtenu mon doctorat en 1990. J’ai enseigné les langues au San Mateo College, au Skyline College, et à la Westmoor High School. J’ai rejoint le programme de diaconat en 2012 parce que j’ai l’intention de devenir diacre dans les différentes communautés de l’archidiocèse de San Francisco.

Après 21 ans sans voir Jérusalem et ma patrie la Palestine, j’ai décidé de revenir, cette fois en tant que citoyen américain, avec un passeport américain que j’ai obtenu en 1975.

Mon voyage était censé être un pèlerinage religieux avec le père Bernard Poggi, ainsi qu’une visite, attendue depuis longtemps, pour voir mes amis et ma famille, que je n’ai pas vus depuis des décennies. Lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv, ils ont autorisé le père Bernard à entrer. Lorsque ce fut mon tour, une jeune soldate m’a accompagné à une « pièce verte » pour un interrogatoire.

Voici ma conversation avec un agent de sécurité de l’aéroport (dont je pense qu’il est un agent du Shin Bet) :
– L’agent : « Oh, vous arrivez par l’aéroport Ben Gourion ? »
– Moi : « Oui. Où est le problème ? »
– L’agent : « Vous ne pouvez pas. »
– Moi : « Pourquoi ? J’ai un passeport américain. Je suis arrivé avec le père Bernard pour passer quelques semaines à Jérusalem et voilà. Nous venons pour un pèlerinage religieux et pour voir quelques amis et ma famille. »
– L’agent : « Non non, vous ne pouvez venir en Israël. Vous auriez dû passer par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi devrais-je passer par là ? Je ne viens pas en tant que palestinien, je viens en tant que citoyen américain. »
– L’agent : « Non. Vous êtes palestinien. Pourquoi niez-vous que vous êtes un Palestinien ? »
– Moi : « Je ne nie pas que je suis palestinien. Je suis palestinien de la tête au pied. Mon père est palestinien. Ma mère est palestinienne. Mes frères sont palestiniens. Ma sœur est palestinienne. Mon grand-père est un prêtre orthodoxe et mes racines palestiniennes remontent à 500 ans. Que voulez-vous dire par « nier » ? Je ne nie rien. »
– L’agent : « Non non, vous faites partie du peuple palestinien. C’est notreIsraël, c’est pour les juifs. Aucun Palestinien ne doit venir en Israël. Vous auriez dû arriver par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi dites-vous cela ? Ai-je jamais eu un passeport palestinien ? Ai-je jamais vécu sous l’Autorité palestinienne ? Lorsque l’Autorité palestinienne a été constituée, je n’étais pas en Palestine et on ne m’a jamais donné de passeport palestinien. »
– L’agent : « Mais vous avez une carte d’identité israélienne. [Il fait référence aux papiers israéliens qui m’ont été remis après qu’Israël a commencé d’occuper la Cisjordanie en 1967. J’ai eu une carte d’identité israélienne jusqu’à ce que je parte pour les Etats-Unis en 1969.]
– Moi : « Une carte d’identité israélienne n’est pas un passeport palestinien. J’ai eu la CI israélienne lorsque j’étais à Beit Jala pour étudier la prêtrise mais vous ne pouvez pas dire que c’est un passeport palestinien. D’un point de vue juridique, je n’ai jamais été citoyen d’un pays appelé Palestine. Je viens avec un passeport américain et vous devriez l’honorer. »
– L’agent : « Comment voulez-vous que j’honore votre passeport américain ? Vous voulez que je l’embrasse, que je le serre contre moi, ou que je le vénère ? En plus, vous êtes grossier et mal élevé. Comment pouvez-vous être aussi grossier ? Vous êtes un Palestinien et vous êtes grossier et mal élevé. »
– Moi : « Je ne suis ni grossier ni mal élevé. J’expose juste des faits. Je vous dis juste que je suis un Américain qui a la citoyenneté américaine depuis 40 ans et que je vis en Amérique depuis 46 ans. Donc vous négligez tous ces faits juridiques et vous ne faites que vous focalisez sur mon patrimoine palestinien ? »
– L’agent : « Vous allez être déporté vers la Jordanie et vous passerez par le Pont Allenby pour continuer votre visite en Cisjordanie . [Le Pont Allenby est le passage entre la Jordanie et Israël. Les Palestiniens ne peuvent entrer en Cisjordanie que par ce pont parce qu’ils ne sont pas autorisés à passer par ce qu’on appelle Israël]

Je suis revenu vers Père Bernard qui m’attendait. Je lui ai raconté ce qui s’était passé avec l’agent du Shin Beth et nous avons attendu. L’homme est revenu avec des documents de déportation et m’a fait comprendre en présence du Père Bernard que je serai déporté vers la Jordanie. J’ai attendu jusqu’à ce que deux autres officiers de sécurité s’approchent de moi et me disent, « Vous ne serez pas déporté vers la Jordanie mais vous allez repartir d’où vous venez. » [l’aéroport de Fiumicino, en Italie].

J’ai dit, « Mais on vient juste de me dire que je serai déporté vers la Jordanie. » Ils m’ont demandé, « Qui vous a dit ça ? »

J’ai répondu, « Je ne connais pas son nom. Pensez-vous qu’il m’a dit son nom ? C’est l’homme de la sécurité, dans le bureau, qui vient de signer mes papiers d’expulsion. » Ils ont dit, « Non, vous devez d’abord revenir en Italie. Si vous choisissez alors de revenir en Jordanie après avoir atterri en Italie, c’est votre choix. » J’étais sous le choc, mais je ne pouvais rien faire d’autre. Devant les officiers israéliens, Père Bernard m’a donné son numéro de téléphone jordanien et nous sommes convenus de nous retrouver en Jordanie le lendemain.

Bernard et moi nous nous sommes séparés et je suis revenu vers les officiers de sécurité israéliens. Ils m’ont laissé (avec d’autres) dans l’aéroport jusqu’à 1h30 du matin le 21 juillet. Ils ont fini par nous apporter un sandwich. Il y avait avec moi pendant cette épreuve, entre autres, une Palestinienne et sa fille (toutes deux palestiniennes de naissance mais citoyennes US). Elles avaient d’abord voyagé avec deux autres fils mais parce que les deux garçons étaient américains de naissance, ils ont pu entrer en Israël. Des responsables israéliens ont dit aux deux femmes qu’elles seraient renvoyées vers les Etats-Unis, mais séparément. Elles ont fondu en larmes et ont supplié qu’au moins on les expulse ensemble, mais en vain. Il y avait aussi une jeune Britannique qui m’a dit qu’elle travaillait pour une association pour les droits de l’homme en Israël, un Coréen et une jeune Russe mais ils ne parlaient pas bien anglais.

Ils nous ont conduits à environ une demi-heure de l’aéroport, dans une voiture conduite par des Israéliens, le jeune Coréen qui parlait à peine anglais, affamé et sans un sou, a demandé aux deux gardiens d’une toute petite voix et dans un mauvais anglais, » Est-ce que nous allons mourir ce soir ? » On nous a transportés dans une fourgonnette munie de barreaux – qui sert aux prisonniers. Ils nous ont détenus comme des criminels dans une structure de détention qu’ils appellent « émigration », qui n’est rien de tel et qui devrait plutôt être appelée « prison », jusqu’à ce que nous soyons déportés.

Ils nous ont enfermés, m’ont interdit de garder mon iPhone, ont refusé que je garde un livre dans cette pièce crasseuse et ils m’y ont jeté avec un groupe d’hommes pauvres, affamés et désorientés de différentes nationalités et origines ethniques. Il était environ 2 heures du matin.

Nous avons passé tout le mardi dans le centre de détention, sans savoir quand nous en partirions. J’étais enfermé dans cette pièce avec les autres hommes. Il y avait un gardien arabe devant la cellule. Je lui ai demandé, « Vous connaissez nos noms et vous savez tout de nous. Quel est votre nom ? » Il a dit, « Je m’appelle George. » Il avait l’accent de Nazareth. Je lui ai demandé, « Pourquoi nous traitez-vous comme des prisonniers ? » Il m’a répondu, « C’est comme ça. » Finalement, il m’a laissé utiliser le téléphone pour que j’appelle ma femme, Nariman, pour lui dire où j’étais. Personne ne m’avais dit à l’aéroport que j’avais le droit de donner un appel téléphonique. Les autres gardiens sont restés totalement anonymes, ils nous ont insultés et nous ont interdit de parler aux autres dans la pièce en face, séparée par un long couloir. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit parce que le néon reste allumé.

A 4h du matin, le gardien m’a dit d’être prêt pour mon vol. Il m’avait entendu parler en arabe aux deux Palestiniennes détenues dans la pièce en face de la nôtre. Lorsqu’il est revenu ce matin là, la mère de Samar disait que peut-être ils nous malmenaient un peu mais qu’ils finiraient par nous déporter vers la Jordanie. Il était furieux et s’est mis à hurler, « Je vous ai dit de ne pas parler aux autres ! J’essaie de vous respecter ! Essayez de vous respecter vous-mêmes ! Éloignez-vous de la porte ! »

Puis vers 8h, un gardien est entré dans la pièce et m’a attrapé nerveusement en me disant que mon avion était prêt. Comme un fou, il m’a conduit à l’aéroport et m’a emmené directement à la passerelle au lieu de me faire passer par l’aéroport.

Au moment où je montais dans l’avion, je lui ai demandé : « Où exactement me déportez-vous ? »
Il a dit, « Bogotá ».
J’ai dit, « Bogotá !? Pourquoi ? »
« Vous n’êtes pas Carlos ? » a-t-il demandé.
« Non, je suis George Khoury ! Laissez-moi voir le passeport que vous avez entre les mains, » j’ai demandé. Il appartenait à un Colombien nommé Carlos.

Le gardien a réalisé son erreur et m’a ramené à toute allure au centre de détention. Le trajet éprouvant a aggravé mon problème de nerf sciatique et j’ai encore très mal. Nous sommes revenus au centre de détention, dans la cellule. Il a appelé Carlos. Carlos dormait et il s’est réveillé. Il a dit, « Je suis Carlos ! » et il l’a emmené.

Sans revenir dans les moindres détails, à 9h30 le mercredi matin ils sont revenus me chercher. Ils m’ont à nouveau conduit sur la piste et nous avons attendu longtemps, jusqu’à ce que tous les passagers soient montés à bord et que l’avion soit prêt, semble-t-il. Ils m’ont accompagné jusqu’en haut de la passerelle. Là, ils m’ont dit que je partais pour l’Italie de manière à pouvoir revenir en Jordanie. Juste avant que j’entre dans l’avion, l’agent italien avait en main une série de billets qui me ramèneraient aux Etats-Unis via l’Italie, puis New-York, puis San Francisco. Il m’a dit qu’il me rendrait mon passeport lorsqu’il serait sûr que je suis dans l’avion en partance pour les États-Unis. C’est exactement ce qui s’est passé. Lorsque je suis arrivé en Italie, avant que je sorte de l’avion, j’ai demandé mon passeport à l’hôtesse. Elle m’a dit qu’un homme qui m’attendait dehors s’occuperait de moi. Un officier italien m’attendait en bas des marches. Il m’a emmené en jeep dans un lieu inconnu loin de l’aéroport, une sorte de poste de police. Il m’a fait entrer dans une pièce avec 5 ou 6 personnes où nous ne pouvions pas bouger. A 17h, j’ai pris le vol qui allait aux États-Unis et on m’a rendu mon passeport.

Je suis arrivé à New-York vers 20h le même jour. Je suis resté dans l’aéroport jusqu’au lendemain matin pour prendre un avion à 6h. J’avais en permanence mon sac sur les genoux, j’essayais de fermer les yeux de courts instants, assis sur un banc inconfortable, comptant les minutes et les heures jusqu’au vol de 6h, serrant tout le temps ma survie puisque le sac contenait de l’insuline, mon portefeuille et mon iPhone. Je suis diabétique et être séparé de mon médicament me serait fatal.

Je suis arrivé chez moi épuisé le jeudi à 11h37. J’ai appelé mon agent de voyage pour apprendre que je pourrais être remboursé pour mon bagage volé et le billet de retour sur KLM non utilisé. Il a découvert que ces fonds avaient déjà été utilisé pour payer ma déportation vers les États-Unis.

Je suis de retour à San Francisco. Ils m’ont pris ce qui devait être des vacances après de longues heures de travail, des retrouvailles avec ma patrie et mes vieux amis, et ils en ont fait un cauchemar et un enfer. J’ai été humilié, rabaissé et traité comme si j’avais commis un crime. Je vous raconte mon histoire pour encourager les gens à aller en Palestine pour défier la brutalité de cette entité raciste et la dénoncer ici aux États-Unis ainsi qu’en Israël.

Bien que quelque peu extrême, cette histoire n’est pas unique. Beaucoup d’autres cas d’Arabes américains victimes de profilage racial par les Israéliens, à tous les points d’entrée dans l’État israélien ou la Cisjordanie , ont été documentés. Le harcèlement, la détention et les interrogatoires font partie intégrante des manœuvres de l’État israélien pour maintenir les Palestiniens en dehors d’Israël-Palestine et faire venir davantage de juifs. Ce sont mes propres impôts – plus de 36 milliards de dollars d’aide économique et militaire – qui financent l’oppression du peuple palestinien. Sans le soutien aveugle et inconditionnel financier et politique des États-Unis pour l’État d’Israël, l’occupation et toutes ces tragédies contre les Palestiniens n’auraient pas continué.

Par George Khoury | 29 juillet 2015

Article orginal : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

Source: Ism-france

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