Serge Dumont : l’histoire vraie de la mafia israélienne


10 janvier 2013, attentat en plein centre de Tel-Aviv, neuf blessés…mais ce n’est pas une faction terroriste palestinienne qui est impliquée : la cible s’appelle Nissim Alperon, le chef de l’une des familles du crime organisé israélien. Chaque semaine, on annonce des règlements de compte. Les organisations mafieuses israéliennes comptent parmi les plus violentes et les moins connues également. Certaines se contentent d’opérer à l’intérieur de l’Etat hébreu et dans les pays voisins, mais d’autres se sont implantées en Europe de l’est et de l’ouest, dans les principales villes du continent américain, ainsi qu’en Afrique du sud, en Australie et au Japon. Prostitution, blanchiment d’argent, racket, drogue, trafic d’armes, recel de biens volés, contrebande des diamants…les activités de cette mafia sont nombreuses.

Les sommes générées par le crime en Israël, avec ses ramifications à l’étranger, sont tellement importantes que  la mafia israélienne est arrivée à corrompre des personnalités politiques. Autant la police est efficace dans le combat contre le terrorisme palestinien, autant elle semble désarmée face à un crime structuré militairement.

À travers et des révélations et des détails inédits, ce livre retrace l’histoire des mafieux « blancs et bleus » depuis 1948. Dans une galerie de personnages tels Zeev Rozenstein, les frères Meïr et Itzhak Aberjil, Charlie Aboutboul, Rico Shirazi, le «parrain en kippa» Shalom Domrani et quelques dizaines d’autres, cette enquête décortique des organisations souvent opaques et nous entraîne dans un monde de prédateurs bâtissant leur empire illégal  grâce aux cadavres qu’ils laissent derrière eux.

Belgo-israélien, Serge Dumont a été journaliste au Vif/L’Express (Bruxelles). Installé à Tel-Aviv depuis lors, il a collaboré au quotidien Maariv et à l’hebdomadaire Hanachim. Il est aujourd’hui correspondant permanent des quotidiens Le Soir (Bruxelles), Le Temps (Genève), La Voix du Nord (Lille). En février 2011, lynché dans une rue Caire par les partisans d’Hosni Moubarak alors qu’il couvrait le Printemps arabe, arrêté à deux reprises, détenu au secret par les services de sécurité égyptiens, il a été libéré grâce à la mobilisation des journaux auxquels il collabore ainsi que de la diplomatie européenne.

la Manufacture de Livres

Faut-il reporter la mission bruxelloise en Israël ?


Raphaël Meulders Publié le mercredi 06 novembre 2013 à 10h34 – Mis à jour le mercredi 06 novembre 2013 à 10h53
Actualité L’un des faits dénoncés par l’élu Ecolo : le fascicule présente Jérusalem comme la capitale du pays.

C’est une mission économique qui choque le député bruxellois Ahmed Mouhssin (Ecolo). « J’ai de grosses inquiétudes quant à sa préparation », explique-t-il. Du 25 au 28 novembre prochain, plusieurs dizaines d’entreprises bruxelloises s’envoleront en direction d’Israël, en compagnie de différents responsables de Brussels Invest and Export (BIE), l’organe chargé du commerce extérieur de la Région-Capitale. Mais cette mission est déjà fortement contestée par le député Ahmed Mouhssin qui interpelle la ministre Céline Frémault (CDH) sur le sujet ce mercredi. “Si je n’ai pas les garanties qu’aucun investissement bruxellois ne sera effectué, de près ou de loin, dans les colonies israéliennes, je demanderai le report de la mission”, avertit M. Mouhssin.

D’après le député, Bruxelles va à « contre courant » des nouvelles lignes directrices prises par la Commission européenne en matière de “business” avec Israël. « L’Europe a choisi une ligne très stricte avec les entreprises qui opèrent à l’intérieur des colonies israéliennes ». Or, selon le député, Brussels Invest and Export aurait, au contraire, une position « bienveillante » à l’égard de ces entreprises. “Toute cette question autour des investissements dans les colonies, cela n’a pas l’air de les toucher. Dans la brochure présentant la mission, BIE fait même ouvertement la promotion d’entreprises participant, directement ou indirectement, à la colonisation des territoires palestiniens”.

Autre fait dénoncé par l’élu Ecolo, le fascicule (NDLR : qui a depuis été modifié) présente Jérusalem comme la capitale du pays. « Selon moi ce n’est pas une erreur, mais une volonté assez surprenante de soutenir cette idée. Or, aucun Etat, même pas les Etats-Unis, ne reconnait Jérusalem comme la capitale d’Israël. Toutes les délégations diplomatiques se retrouvent à Tel-Aviv”.

Mais ce qui a fait bondir le député, c’est le passage où le secteur de la « sécurité intérieure » et, plus particulièrement, celui « des armes non mortelles » est décrit comme un marché qui offre de bonnes opportunités en Israël. “En 2009, lors d’une précédente mission économique bruxelloise en Israël, il y avait déjà eu des passages de ce type qui avaient choqué beaucoup de gens. On nous avait dit, à l’époque, que c’était une erreur. Une erreur qui se produit deux fois, ce n’est plus un hasard. »

Selon M. Mouhssin, Ecolo se bat pour un “boycott ciblé” envers Israël. “Il faut lutter contre tous les investissements, qu’ils soient économiques, culturels, académiques,… qui participent à cette politique de colonisation. Cela doit être la position de la Région bruxelloise ». Et le député de s’expliquer.“ Si Pierre Marcolini veut ouvrir une chocolaterie à Tel-Aviv, pas de problèmes. Par contre, si une entreprise bruxelloise répond à un appel d’offre pour la construction d’un tram allant de Jérusalem-Est à Jérusalem-Ouest, je trouverai cela inacceptable. C’est participer à la colonisation. Or chez Ecolo, on considère que c’est un crime de guerre, quelque chose extrêmement grave”, conclut-il.

source

Bunda’im, un film d’Eran Torbiner



58’, version originale yiddish-hébreu, sous-titres français

La projection sera suivie d’un débat avec le réalisateur

Vendredi 8 novembre à 20h15 à l’UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique)

Dans ce film exceptionnel, Eran Torbiner donne la parole aux militant-e-s du Bund israélien. Le Bund était l’un des principaux mouvements politiques juifs de la Pologne des années 1930. Après avoir été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, le Bund vit ses membres se disperser, une partie d’entre eux partant pour Israël.

Depuis Tel-Aviv, ces derniers n’ont jamais cessé d’appartenir à la famille du Bund et d’œuvrer pour leur combat socialiste et yiddishiste.

Que signifie être bundiste en Israël ? Y a-t-il une place en Israël pour un mouvement juif diasporiste, qui récuse la centralité de cet Etat pour les Juifs du monde entier et défend l’égalité entre Juifs et Arabes sur la terre d’Israël-Palestine ? C’est à cette question et à bien d’autres que tente de répondre Eran Torbiner en donnant la parole à ces vétérans de combats qui sont encore les nôtres.

P.A.F. 6 €, 4 € (membres UPJB), 2 € (revenus modestes)

llan Pappe: « Je suis considéré comme un danger en Israël »


loos

Ilan Pappe est un Israélien atypique. Un intellectuel membre de la génération des « nouveaux historiens ». Un battant aussi. Un militant de la cause palestinienne, venu la semaine dernière au Festival des libertés à Bruxelles. Sujets de cet entretien: le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) et l’école des “nouveaux historiens” israéliens…

Nous nous étions rencontrés en 1999. Que s’est-il passé pour vous depuis lors ?

Je suis resté à l’Université de Haïfa jusqu’en 2006, cela devenait plus difficile chaque année, surtout à partir de la seconde intifada en 2000. La relation que j’avais avec la communauté académique israélienne et même avec la société israélienne en général, qui avait bougé vers la droite, devenait toujours plus tendue, le clash était inévitable. Quand des menaces de mort ont été proférées à mon égard, j’ai compris que ma situation devenait insupportable. J’ai trouvé une situation intéressante à l’Université d’Exeter, en Angleterre. Je suis en quelque sorte un réfugié cinq étoiles ! Mais je continue à passer beaucoup de temps en Israël, je m’occupe notamment du dossier des Palestiniens israéliens sur lesquels j’ai écrit un livre.

On continue sans doute à ne pas vous aimer dans votre pays ?

Oui, je suis considéré comme un « marginal » très à gauche mais aussi comme un danger car j’appartiens à un groupe qui croît, celui des Israéliens très actifs dans la solidarité avec les Palestiniens, qui trouvent des vertus au mouvement international BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël). On inquiète pas mal de monde car on ne peut nous accuser d’antisémitisme et nous incarnons un symptôme de ce qui se passe en Israël. Je suis aussi engagé dans le mouvement ODS (« One Democratic State »), qui préconise un seul Etat où Israéliens juifs et Palestiniens jouiraient de droits égaux [par opposition à la solution de deux Etats, NDLR]. Vous me direz que nous ne représentons même pas 1% de la population d’Israël, ce qui est vrai. Mais ceux qui se disent d’accord avec la solution des deux Etats, Israël/Palestine côte à côte, ne sont guère plus nombreux en Israël si l’on parle d’un Etat palestinien souverain qui correspondrait aux critères acceptables pour les Palestiniens ! La majorité des Israéliens préfère un Etat démocratique pour eux, pas pour les autres, comme c’est le cas maintenant, avec les Palestiniens reclus dans des ghettos. On en est maintenant à un équilibre démographique entre Juifs et Arabes dans l’espace de la Palestine mandataire mais le côté juif décide de tout, du moindre degré d’autonomie qu’il laisse aux Palestiniens.  S’ils se comportent bien, ils reçoivent un peu plus  d’autonomie. Dans le cas contraire, on les punit, les empêchant de bouger, d’étudier, de travailler. Nous pensons que ce système oppressif injuste ne peut continuer. Quelque part, Israël est autorisé à être un Etat raciste, on tolère cela en raison de la Shoah qui s’est passée en Europe, car on voit les Israéliens – ce qui n’est pourtant plus vrai – comme les victimes de la Shoah, alors cependant que les Palestiniens n’ont rien à voir avec cette tragédie.

Que dites-vous au grand public israélien ?

Aux Israéliens de réfléchir, eux qui s’enorgueillissent de faire partie du monde civilisé et qui s’agacent quand ils voient des sondages mondiaux qui les comparent aux pires pays de la planète. Je constate que l’opinion publique mondiale tend à devenir de plus en plus propalestinienne, sans doute en raison d’internet, des réseaux sociaux qui donnent un accès à l’information, et aussi ces nombreuses visites de jeunes internationaux en solidarité. Les gens savent de plus en plus. Et ce qui est criminel et immoral ne passe plus et ce ne sont pas des néonazis ou des antisémites qui le disent. Sait-on qu’Israël renvoie fréquemment dès leur arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv des jeunes qui viennent en solidarité avec les Palestiniens ? Les meilleurs jeunes d’Europe, pas des terroristes ! Cela montre à quel degré de folie Israël en est arrivé.

La campagne BDS est très mal vue en Israël…

On est peu à y prendre part, c’est vrai. Mais il y a pourtant urgence. Des gens comme moi ont essayé de changer Israël de l’intérieur pendant 40 ans, en vain. On a déjà expulsé la moitié des Palestiniens, on a déjà détruit la moitié de leurs villages, de leurs maisons, ils sont en prison en Cisjordanie depuis 1967,  ghettoïsés à Gaza depuis huit ans, il y a urgence !  BDS est un outil pour arrêter Israël dans ce qu’il fait et pour qu’une solution pacifique soit possible. La plupart des Israéliens ne mettent jamais les pieds en Cisjordanie, où la colonisation et l’oppression continuent. Les gens doivent savoir qu’à dix kilomètres de Tel-Aviv des choses horribles se passent. S’ils font partie d’une armée qui commet des crimes, ils sont partie prenante de ce crime. L’idée d’un statu quo qui est confortable est fausse, une troisième intifada, sous une forme que j’ignore, n’est pas du tout impossible. Certains disent que la campagne BDS va radicaliser les Israéliens, je pense exactement le contraire, d’ailleurs nous progressons au sein du monde universitaire, où 120 académiques nous soutiennent désormais, alors que nous étions six au départ. Pour la première fois, les universités israéliennes viennent de publier un rapport qui critique sévèrement le traitement réservé aux universités palestiniennes.

L’école des nouveaux historiens existe-t-elle encore ?

Non. Elle date de la fin des années 80 et du début des années 90. Mais nous n’avons jamais été que quatre ou cinq ! Benny Morris était le plus connu, grâce à son premier livre sur l’expulsion des Palestiniens en 1948. Ironiquement, il a ensuite fait un « U-turn » pour devenir un « vieil historien » partisan de l’épuration ethnique [Benny Morris, depuis 2002 et comme il l’avait alors déclaré au Soir, estime qu’Israël aurait dû « finir le travail » en 1948 et faire partir tous les Arabes sans laisser sur ce qui devenait le territoire de l’Etat qui se créait une petite minorité palestinienne, qui se chiffre maintenant à plus d’un million d’âmes, NDLR].

On vous avait accusé d’admettre, comme dans une interview au “Soir” en 1999, que vous aviez comme historien un agenda politique…

On voit bien avec les événements de 1948 que les historiens ne peuvent être objectifs. Même s’ils se basent sur des faits, ils les interprètent selon leur agenda politique, c’est ce que je vous avais dit en 1999 et qu’on m’avait tant reproché ! L’agenda de Morris, qui était au départ proche de la gauche libérale, est passé de la gauche à la droite et, sans changer les faits sur lesquels il se basait, il a commencé à justifier les expulsions! S’agissant des expulsions de Palestiniens sur lesquelles nous avons beaucoup travaillé, les « nouveaux historiens » israéliens n’ont en réalité rien découvert. Simplement, personne en Occident ne croyait les Palestiniens et leurs historiens qui disaient qu’ils étaient devenus réfugiés en raison d’une expulsion, et ils avaient pourtant raison ! Donc pour Morris comme pour moi, la question n’est pas de savoir ce qui s’est passé mais ce qu’on fait de ce qui s’est passé.

Vous pourriez encore débattre avec Morris ?

Je ne crois pas. Nous avons été amis, naguère, puis les choses se sont gâtées. Il est devenu très insultant à mon égard. Et puis, quel débat peut-on tenir avec
quelqu’un qui proclame désormais sans sourciller qu’on aurait dû expulser tous les Arabes en 1948 ? En outre, on ne m’accepte plus sur les plateaux de télévision en Israël et on proscrit de me citer dans les écoles. Vous connaissez l’histoire : si
vous n’aimez pas un message, tuez le messager…

BAUDOUIN LOOS

Bio express

nettoyagepappe

Un historien engagé

Ian Pappe, né à Haifa en 1954, dans une famille juive allemande venue en Palestine avant la guerre. Il disait de lui-même qu’il était « l’Israélien le plus détesté en Israël » lorsqu’il y habitait. Il est vrai que son travail, comme historien, lui a valu de solides inimitiés. Parmi les « nouveaux historiens israéliens », cette école qui avait entrepris de traquer et de briser les mythes de l’historiographie officielle, Pappe est considéré comme le plus radical. Il ne nie d’ailleurs pas sa posture « post-sioniste » engagée. Son engagement auprès des militants propalestiniens dans le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) ainsi que pour la transformation de l’ensemble Israël/Palestine en un Etat pour tous ses citoyens explique également l’hostilité qu’il suscite souvent en Israël.

En français, les Editions La Fabrique ont publié en 2000 et 2004 « La guerre de 1948 en Palestine » et « Les démons de la Nakbah ». Le Seuil a publié en 2008 « Le nettoyage ethnique de la Palestine ». (B.L.)

NB Cet article a été publié dans “Le Soir” du mardi 29 octobre 2013.

Les émigrés israéliens taxés de traîtrise à la cause sioniste


Le Point.fr – Publié le 28/10/2013 à 05:57

 

De plus en plus de jeunes quittent Israël en raison de la situation économique et sociale. Un phénomène virulemment critiqué par les politiques.

 

De notre correspondante à Jérusalem,

 

Ils ont entre 25 et 40 ans. Célibataires ou en couple, avec ou sans enfants. Ils ont quitté Israël pour vivre à l’étranger. Ce sont des yordim, un terme qui, en hébreu, signifie littéralement « ceux qui descendent ». Selon certaines statistiques, il y en aurait aujourd’hui 800 000 installés un peu partout dans le monde. Cette émigration a toujours existé et a toujours été dénoncée par les dirigeants israéliens en des termes très durs, comme Yitzhak Rabin qui, en 1974, parlait des yordim comme de « déchets« , de « chiffes molles« .

Le coût de la vie

Et voilà qu’en cet automne 2013 la question a resurgi et créé la polémique. C’est la diffusion, il y a un peu plus d’un mois, par la chaîne 10 de la télé israélienne d’une série intitulée Les nouveaux yordim qui a lancé le débat. Quatre longs reportages sur de jeunes Israéliens installés en Europe ou aux États-Unis, décrivant leur nouvelle vie et expliquant les motifs pour lesquels ils sont partis d’Israël. Première et souvent seule motivation : la situation économique. Comme Moran, 32 ans, qui vit avec son mari et son jeune fils à Berlin : « En Israël, explique-t-elle, mon compte en banque était toujours dans le rouge. Ici, à Berlin, c’est fini. Je suis constamment et confortablement dans le vert. Berlin, ajoute-t-elle en riant, c’est pour moi le meilleur des comptes épargne. »

À l’autre bout du monde, chez l’Oncle Sam, on retrouve Dorit et Zohar. Avant d’habiter dans le New Jersey avec leurs trois enfants, ils étaient à Eilat, la station balnéaire sur la mer Rouge, à la pointe sud du pays. Officier de carrière à l’armée, Zohar a décidé de se marier. Et c’est là que tout s’est gâté : « Quand ma femme et moi avons cherché à nous loger, nous avons vite réalisé qu’il nous serait impossible d’avoir en Israël quelque chose de décent à un prix raisonnable. Ici, dans le New Jersey, c’est possible ! » Et, devant la caméra qui le suit alors qu’il vient de passer à la caisse pour payer un Caddy bien rempli, il ajoute : « Regardez, je viens de dépenser 233 dollars. En Israël, à quantité et produits égaux, cela m’aurait coûté deux à trois fois plus. »

Moran, Zohar, Itaï, etc., tous l’affirment : c’est le coût de la vie qui les a décidés à partir. Et ce n’est pas l’étude comparative tout juste publiée par le quotidien populaire Maariv qui leur donnera tort. Il faut, en Israël, pour se payer un logement 138 salaires mensuels moyens contre 65 aux États-Unis, 64 en Grande-Bretagne ou 59 en Hollande. Quant à la part de l’alimentation dans le revenu moyen, elle est de 18 % en Israël, contre 9 % en Allemagne ou 10 % en France. Le tout alors que le salaire moyen israélien – 1 850 euros – est le plus bas en comparaison des États-Unis, de l’Allemagne, l’Irlande, la France, l’Espagne ou l’Australie.

La fin d’un tabou

Au coeur de la controverse, il y a aussi ce sondage publié dans le cadre de la série télé : une majorité de parents israéliens, 45 %, se déclarent prêts à soutenir leurs enfants s’ils décident d’aller vivre à l’étranger, 33 % affirmant qu’ils ne les encourageraient pas mais ne s’y opposeraient pas. Seuls deux Israéliens sur dix sont activement contre. Par ailleurs, 80 % des sondés ne voient pas dans l’émigration un phénomène illégitime. En écho, l’un des plus grands poètes israéliens, Nathan Zach, a donné sa bénédiction à ces jeunes Israéliens « qui doivent aller là où ils peuvent vivre le mieux« . C’est la fin d’un tabou. Et, pour une partie de la classe politique, c’est insupportable.

Dans un post sur sa page Facebook, le ministre des Finances, le sémillant Yaïr Lapid, n’a pas attendu pour dénoncer les yordim : « Je n’ai pas de patience pour ceux qui sont prêts à jeter à la poubelle le seul pays qu’ont les juifs simplement parce que Berlin, c’est confortable… » Il s’est fait immédiatement « tacler » par des dizaines d’amis, dont certains lui ont rappelé qu’en son temps il était parti vivre aux États-Unis pour mener une carrière dans la communication. D’autres, des émigrants, affirmaient qu’ils rentreraient au pays les yeux fermés si le gouvernement menait une autre politique économique et sociale. À la petite phrase de Yaïr Lapid s’est ajoutée celle du directeur de la loterie nationale, un ancien général, qui les a qualifiés de traîtres.

Pour Shlomo Avineri, professeur de sciences politiques renommé, cela prouve une chose : les yordim n’ont pas le moindre sens des responsabilités citoyennes. D’un côté, ils abandonnent le difficile débat national israélien ; de l’autre, ils recréent une diaspora, tout en ne s’impliquant pas dans les affaires du pays où ils s’installent. Bref, pour monsieur Avineri, les nouveaux expatriés israéliens n’ont comme horizon que leurs petites aspirations personnelles ! À ces critiques, les nouveaux émigrants répondent : « Nous reviendrons lorsque le gouvernement changera de politique économique et sociale. » Ambiance.
http://www.lepoint.fr/monde/les-emigres-israeliens-taxes-de-traitrise-a-la-cause-sioniste-28-10-2013-1748573_24.php


Destruction systématique des oliviers palestiniens, avec le silence complice des principaux médias israéliens



lundi 28 octobre 2013

 

(Par Amira HASS) – Les colons ont opéré au cours des deux derniersmois des destructions systématiques d’oliveraies palestiniennes en Cisjordanie, avec la bénédiction de l’armée d’occupation et le silence complice des principaux médias, dénonce lundi la journaliste Amira Hass dans le Haaretz.

« Il est clair que l’armée apprécie au plus haut point la ‘retenue’ de j
ournalistes qui satisfont le droit du public à ne pas savoir », écrit-elle ironiquement, dans un article où l’écoeurement le dispute à la colère. Des documents qui sont parvenus au quotidien montrent ainsi, pour les seuls mois de septembre et octobre :

•    Le 11 sep : 500 arbres calcinés sur des terres appartenant au village de Deir al Khatab

•    Le 15 sep : 17 oliviers sciés à la base sur des terres du village de Kafr Laqif

•    Le 17 sep : 18 oliviers pareillement sciés (même village)

•    Le 20 sep : 27 oliviers brûlés à Kafr Qaddum

•    Le 21 sep : 70 oliviers sciés (même village)

•    Le 2 oct : nombreux oliviers sévèrement endommagés sur les terres de la famille Raba’i •    Le 2 oct : une trentaine d’oliviers du village de Jitt sérieusement endommagés •    Le 3 oct : 48 oliviers de la famille Shatat sérieusement endommagés

•    Le 5 oct : 130 oliviers de la famille Fukha abîmés

•    Le 5 oct : 15 oliviers détruits, et la récolte d’olives volée, dans le village deDeir Sharaf •    Le 7 oct : une soixantaine d’arbres sérieusement endommagés, et la récolte d’olives volée, à Jitt

•    Le 7 oct : 8 oliviers détruits au village de Ras Karbar

•    Le 7 oct : 35 oliviers détruits à Far’ata, et le quart de la récolte volée

•    Le 8 oct : quelque 400 oliviers incendiés à Jaloud

•    Les 13-14 oct : vignes et oliviers vandalisés à Far ‘ata

•    Le 20 oct : des colons juifs d’Yitzhar attaquent des paysans palestiniens qui, avec l’aide de volontaires de l’association israélienne, Les Rabbins pour les Droits de l’Homme, cueillaient les olives. Les assaillants ont utilisé des barres de fer, des matraques et des pierres. Deux paysans et deux volontaires –un homme de 71 ans et une jeune fille de 18 ans ont été blessés.

Le dénominateur commun de cette liste –qui n’est pas exhaustive- est que toutes ces attaques se sont déroulées dans des secteurs de la Cisjordanie dont l’armée israélienne a le contrôle exclusif. Ils se sont produits à proximité immédiate de colonies israéliennes et de leurs avant-postes, toutes gardées par des bataillons de soldats, équipés de tours de guet et de caméras, à Elon Moreh, Karnei Shomron, Kedumim, Ma’on, Sussia, Shavei Shomron, Zayit Ra’anan, La ferme de Gilad, Shiloh et Yitzhar.

Autre élément commun : ces attaques ont eu lieu dans des localités déjà visées antérieurement. Et dans la plupart des villages palestiniens cités, l’armée israélienne, qui n’a pas levé le petit doigt pour mettre fin aux exactions des colons, interdit aux victimes, les Palestiniens, d’accéder à leurs propres terres sauf deux fois par an, le tout sous escorte militaire. C’est pourquoi, hormis pour l’attaque du 20 octobre, les dates mentionnées ne sont pas celles où les attaques ont eu lieu, mais celles où les Palestiniens ont découvert les dégâts.

Les ONG Rabbins pour les Droits de l’Homme et Yesh Din détaillent les incidents survenus jusqu’à la date du 7 octobre. Ils ont envoyé une lettre le 9 octobre aux colonels commandant les brigades installées en Cisjordanie, soit les colonels Avi Balut, Yossi Pinto, Ran Kahane, et Yoav Marom, avec copie au conseiller juridique de l’armée pour la Cisjordanie, Doron Ben-Barak. Cette lettre accuse les officiers de ne pas avoir rempli leurs obligations de protéger les paysans palestiniens et les biens de ces derniers. Le porte-parole de l’armée a dit qu’il répondrait directement aux associations, mais pas à la presse.

Certains des commandants en passe de finir leur temps de service auront sans doute relevé ces informations dans leurs cahiers personnels, qui contiennent vraisemblablement des rapports similaires sur des attaques similaires les années précédentes. Sitôt quitté l’uniforme, ils diront, lorsqu’interrogés par la presse, qu’ils avaient peur que la révélation de telles attaques ne déclenche des explosions de colère. Et quand on leur demande pourquoi ils sont restés silencieux lorsqu’ils étaient encore sous l’uniforme, ils évoqueront l’antagonisme entre le serment qu’ils ont prêté en tant que soldats d’une part, et la vérité des faits d’autre part.

Les militaires ont fait le serment de protéger les citoyens juifs de l’Etat d’Israël en toutes circonstances. En tant qu’officiers, ils considèrent qu’ils sont là pour protéger leurs propres soldats en toutes circonstances. Mais la vérité socio-historique et le simple sens commun montre que la violence exercée par des citoyens israéliens juifs appelle une réponse et une violence additionnelle. La vérité socio-historique nous enseigne aussi que les gens en uniforme qui exercent leur domination sur une population qui ne les a pas élus pour les diriger sont violents du seul fait de leur présence, même quand ils ne sont pas en train de tuer ou blesser autrui, et même quand ils ne font que protéger les voleurs de terre.

Une fois à la retraite, ces officiers vous diront que leur serment de servir était plus important que le sens commun, et ils s’ingénieront à nier la réalité de la violence juive avec les meilleurs « arguments » que l’armée israélienne développe si bien dans ses laboratoires de fabrique de bonne conscience. Pendant ce temps, il ne faut pas être grand clerc pour imaginer les sessions de briefing au cours desquelles dirigeants militaires et représentants des médias se sont mis d’accord pour ne pas qualifier « d’escalade » les équipées des colons, vu qu’elles ont lieu tous les ans, avec la même fréquence et la même intensité. Et quoi de plus facile de tirer de telles conclusions, dès lors qu’une chape de plomb entoure ces évènements.

En somme, nos officiels auront décidé qu’il faut décidément tout faire pour respecter le « droit » du public … de ne pas savoir !

Source Haaretz : http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/.premium-1.554690

(traduction CAPJPO-Europalestine)

Campagne d’affichage aux USA contre le Fond National Juif (photos)


La campagne contre le Fond National Juif (JNF) bat son plein dans le Colorado, pour protester contre le nettoyage ethnique des Palestiniens auquel participe cette organisation israélienne, spécialisée dans le vol des terres palestiniennes et leur « réhabilitation » au profit d’Israël, avec l’argent des contribuables du monde entier.

A Denver (Colorado), deux associations, dont la Colorado BDS Campaign, ont lancé une campagne d’affichage dans les transports en commun (notamment les bus et les tramways) sur le thème : « Vous voulez la paix ? Alors arrêtez le nettoyage ethnique ! ». Elles nous adressent les photos suivantes :  

A l’occasion d’une conférence du JNF à Denver, des rassemblements ont également eu lieu, devant le « Grand Hyatt » abritant la réunion, mais aussi devant la maison du gouverneur de Denver !

Et les participants à la réunion du JNF sont furieux de ne pouvoir échapper à ces affiches sur leur chemin.

Bravo à tous les amis américains, dont Michael Rabb qui milite aux Etats-Unis comme en France (BDS Tour) et en Palestine (Mission Bienvenue Palestine à Gaza)

Pour plus d’infos :  » notaxdollarstoisrael.com et ColoradoBDSCampaign.org

CAPJPO-EuroPalestine

source

L’UE en passe de contourner ses propres lignes directrices anti-colonies


Noam Sheizaf
+972

 

Les dirigeants israéliens et européens seraient proches d’un accord autorisant les institutions israéliennes à poursuivre librement leurs activités à l’intérieur de la Cisjordanie tout en profitant des subventions de l’UE.


JPEG - 39.1 ko
Catherine Aston et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu
(UE/CC BY-NC-ND 2.0)

En coordination avec les dirigeants israéliens, l’UE est sur le point de présenter une solution qui permettrait aux institutions israéliennes – qui sont investies dans l’occupation ou qui en tirent profit – de bénéficier des subventions de l’UE, selon un article paru dans le quotidien israélien Maariv (en hébreu).

Les nouvelles directives permettront aux entreprises et institutions israéliennes de rediriger l’argent vers des investissements dans les colonies et les entreprises juives de l’autre côté de la Ligne verte, par le biais de filiales ou de divisions, tout en recevant les subventions européennes dans leurs principaux budgets de fonctionnement. Et si elles sont appliquées, le nouveau mécanisme permettra à Israël de se joindre au prestigieux programme Horizon 2020, ce qui se traduirait pour lui en 300 millions d’euros et en un soutien aux institutions scientifiques et universitaires israéliennes.

En juillet dernier, l’UE a publié une communication de la Commission relatives aux subventions, prix et programmes de l’UE en Israël et dans les territoires occupés. L’article le plus important stipule que «  les entités israéliennes seront considérées éligibles en tant que bénéficiaires finaux (des subventions et prix) si elles n’opèrent pas dans les territoires (conquis en juin 1967) ». Selon les lignes directrices, les institutions israéliennes demandant des subventions à l’UE seront tenues de déclarer qu’elles n’opèrent pas au-delà de la Ligne verte (voir l’intégralité des lignes directrices).

Les lignes directrices ne sont pas contraignantes pour les États membres de l’UE et ne s’appliquent pas aux citoyens israéliens pris individuellement.

La communication de la Commission a reçu beaucoup d’attention en Israël et a été perçue comme la première mesure réelle contre la colonisation israélienne de la Cisjordanie devant être prise par la communauté internationale.

Une réunion ministérielle spéciale, dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, a décidé de rejeter les lignes directrices et d’entrer en négociations avec l’EU pour chercher un mécanisme qui permettrait aux entités israéliennes de continuer à percevoir les subventions tout en opérant au-delà de la Ligne verte. Plus précisément, les discussions visaient à trouver un moyen pour qu’Israël puisse rejoindre le programme Horizon 2020.

Ces dernières semaines, les dirigeants de droite israéliens ont prédit que l’insistance d’Israël portera ses fruits et que les deux côtés seront en mesure d’arriver à un « compromis  » qui permettra à Israël d’opérer librement en Cisjordanie, et qui permettra aussi aux dirigeants politiques et bureaucratiques européens de sauver la face en ne les obligeant pas à abandonner totalement leur décision.

Selon l’article du Maariv, deux changements importants seront insérés dans les lignes directrices. Le premier : les institutions israéliennes ne seront pas tenues de déclarer qu’elles n’opèrent pas de l’autre côté de la Ligne verte dans leur demande de subventions à l’Europe. A la place, ce sera l’UE qui sera tenue de surveiller et d’apporter la preuve qu’une institution opère dans les territoires occupés.

Le second : l’institution continuera librement ses activités dans les colonies tant que son siège se situera à l’intérieur de la Ligne verte. Selon le Maariv, les détails spécifiques de cette interprétation sont encore en cours de discussion ; alors que les Israéliens laissent entendre que le code postal de l’entreprise suffira pour déterminer le lieu de ses opérations, les Européens demandent que soit enregistré un sous-traitant qui opère au-delà de la Ligne verte.

Quels que soient les détails définitifs, toute modification aux lignes directrices permettra aux institutions privées et publiques de poursuivre leurs opérations dans les territoires occupés. Selon les propos tenus par un dirigeant israélien cité dans le Maariv, les changements permettront aux institutions israéliennes de « marcher avec (les lignes directrices) mais de ne pas les sentir ».

Lire aussi :

- 51 Eurodéputés appellent Ashton à appliquer les lignes directrices écartant les colonies israéliennes – Comité de coordination européen pour la Palestine – 18 septembre 2013
- 1100 intellectuels israéliens et européens refusent tout assouplisement des directives européennes – Palestina Solidariteit – 16 septembre 2013
- L’UE ne doit pas céder aux pressions US pour qu’elle ferme les yeux sur les droits humains – 40 organisations palestiniennes – 11 septembre 2013
- Des universitaires et des chercheurs exigent le maintien du refus de financer les colonies israéliennes – AURDIP et BRICUP – 12 septembre 2013
- Israël ne signera aucun nouvel accord avec l’UE faisant référence à la circulaire sur les colonies – Ravid Barak – Haaretz – 8 août 2013
- Pourquoi le boycott ne peut se limiter à l’occupation et aux colonies israéliennes – Andrew Kadi – The Electronic Intifada – 17 juillet 2013
- Commission européenne : Les colonies israéliennes en Palestine n’ont aucune validité juridique – Gilles Devers – 17 juillet 2013
- UE : les futurs accords avec Israël ne s’appliqueront pas aux territoires occupés – Ravid Barak – Haaretz – 16 juillet 2013

Demandez à vos députés européens de soutenir les nouvelles règles sur la participation d’Israël aux programmes communautaires

Sur Agence Médias Palestine

17 octobre 2013 – Magazine 972 – traduction : JPP

Yehuda Shaul, sergent israélien: « Il faut mettre fin à l’occupation »


MONDE | mercredi 16 octobre 2013 à 12h36

Des soldats israéliens ont choisi de rompre le silence et de révéler les comportements de l’armée en Cisjordanie. Après avoir effectué leur service militaire, ils sont pris de remords. Harcèlement de civils, violence gratuite, arrestations d’enfants: les méthodes utilisées pour maintenir le contrôle israélien sur les Territoires palestiniens dépassent les limites qu’ils peuvent admettre. Pour eux, seule la fin de cette occupation pourra sauver Israël de la perte morale vers laquelle le pays se précipite.

Yehuda Shaul est un solide gaillard, qui a fait ses trois années de service dans une unité combattante de l’armée israélienne. Mais après ces trois années, il s’est senti mal. Il s’est rendu compte que l’opinion publique israélienne ignore complètement ce qui se passe dans les Territoires palestiniens et comment l’armée israélienne s’y comporte. Il a fondé une association d’anciens soldats qui veulent témoigner, Breaking the silence. Les éditions Autrement publient aujourd’hui en français leur Livre noir de l’occupation israélienne. Nous avons rencontré Yehuda Shaul.

Quelle est la motivation des soldats pour vous confier leurs témoignages sur ce qu’ils ont vu ou fait dans les Territoires occupés ?

Le jour où j’ai compris ce que j’ai fait comme soldat d’infanterie et commandant en Cisjordanie durant mon service, je n’avais pas le choix. Il y a un moment où vous comprenez que si vous ne dites pas la vérité sur ce qui se passe, personne ne la dira. Et notre société continuera à prendre des décisions politiques sans réellement comprendre ce qui se passe sur le terrain.

L’opinion publique israélienne ignore donc ce qui se passe en Palestine ?

Tout à fait. Mes parents, ma communauté, les gens qui m’ont envoyé dans les Territoires occupés faire ce que j’ai fait n’ont idée de ce qui s’y déroule. C’est pourquoi nous nous appelons « Breaking the silence » (Briser le silence). Nous avons commencé en 2004 avec une expo de photos sur notre période à Hébron. J’y ai servi durant 14 mois comme soldat et comme commandant. Et avec 65 de mes camarades nous avons lancé l’association. La réaction a été énorme dans les médias. Nous avons été invités au parlement. Et 7.000 personnes ont vu l’expo. Ce ne serait pas arrivé si les gens étaient habitués à entendre cette histoire. Mais les gens ignorent les faits. C’est pour cela que notre société ne prend pas la responsabilité de ce qui est fait en son nom. Notre tâche à Breaking the silence, c’est de les forcer à savoir.

Quel genre de faits sont ignorés en Israël ?

Le débat politique tourne autour du conflit avec les Palestiniens. Mais la discussion reste très générale. Ce que nous faisons chaque jour, les gens ne le savent pas. Par exemple, pendant que nous parlons, il y a deux patrouilles militaires à Hébron. Leur mission, c’est de faire sentir leur présence. L’idée des militaires est la suivante: si les Palestiniens ont le sentiment que les soldats sont partout tout le temps, ils auront peur d’attaquer. Pour qu’ils aient ce sentiment, il faut faire sentir sa présence.

Vous faites votre garde de nuit de 22h à 6 h du matin. Huit heures de service. Je suis le sergent, je dirige la patrouille. Je l’ai fait pendant des mois. Vous patrouillez dans les rues de Hébron. Vous entrez dans une maison. Pas une maison suspecte. Vous choisissez une maison au hasard. Vous réveillez la famille. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Vous fouillez partout. C’est fini, vous retournez en rue, lancer des grenades assourdissantes, frapper aux portes, faire du bruit, courir au coin de la rue, entrer dans une autre maison et réveiller la famille.

Vous passez vos huit heures de service comme cela. Depuis septembre 2000 et la seconde intifada jusqu’aujourd’hui, cela ne s’est pas arrêté une seconde. En langage militaire on appelle ça : « créer le sentiment de persécution ». La plupart des Israéliens ignorent que c’est notre travail au jour le jour. Instaurer ce sentiment de persécution dans toute une population, pour moi, ça dépasse la limite de ce qui peut être fait en mon nom. Et nous demandons aux autres: voulez-vous soutenir un régime pareil ou pas?

Pour vous, toutes les limites morales ont été franchies ?

Je pense en effet qu’en envoyant nos militaires pour maintenir une occupation sur le peuple palestinien depuis 46 ans, nous avons condamné nos militaires à une réalité où les valeurs morales que nous avons à la maison, dans la société, ne s’appliquent plus. Je me souviens que quand j’allais dormir, je me disais: « Il y a des choses que je ne ferai jamais. Je n’utiliserai jamais des Palestiniens comme boucliers humains. » Une semaine plus tard, en patrouille, vous voyez un paquet suspect sur le bord de la route. Vous prenez le premier Palestinien qui passe et vous lui dites d’aller voir. L’idée est très simple: si c’est une bombe, elle explosera, sinon, on continuera à avancer. C’était la procédure et je l’ai appliquée. Et quand vous retourner dormir vous vous dites: « Mais ça, je ne le ferai jamais. » Et la semaine suivante, vous franchissez une nouvelle limite. Tout ce qui nous reste, c’est de briser le silence et de crier: « Regardez: nous avons été éduqués d’une certaine façon et dans les Territoires, nous faisons le contraire. Que se passe-t-il? »

Que pensez-vous de ces porte-parole et de ces ministres israéliens qui avancent que l’armée israélienne est la plus morale au monde ?

Le problème quand on dit que l’armée israélienne est la plus morale du monde, c’est qu’il n’y a pas d’occupation morale. Les gens ne le comprennent pas, mais ma critique ne vise pas l’armée, elle vise la mission que les militaires sont envoyés faire par la société israélienne. Je ne me suis pas réveillé un matin, à 18 ans, en décidant d’aller m’amuser comme soldat dans les Territoires occupés. J’ai été envoyé là-bas, par mon gouvernement, par ma société. Ce n’est pas une campagne contre l’armée. C’est une campagne pour expliquer ce que l’occupation signifie. Derrière le travail de Breaking the silence, il y a de l’optimisme: il y a une minorité significative en Israël, quand elle est confrontée aux faits, elle brise le silence et prend notre parti. Ils verront que dans l’occupation, il n’y a rien de juif et il ne devrait rien y avoir d’Israélien. Nous ne devrions pas y être impliqués.

Mais ne faut-il pas reconnaître qu’il n’y a pas de guerre propre, qu’il y a toujours des victimes collatérales et qu’Israël doit bien se défendre contre le terrorisme ?

Ce n’est pas une guerre que nous menons, c’est une occupation. J’ai fait un entraînement de six mois comme un soldat d’infanterie et trois mois comme sergent. Je suis entraîné à faire la guerre. Si la Syrie ou l’Égypte attaque Israël, je défendrai mon pays. Je suis prêt. Mais ce que j’ai fait pendant le reste de mon service militaire n’avait rien à voir avec mon entrainement. J’imposais notre loi aux Palestiniens. C’est très différent.

La génération de mes parents, ils ont des histoires à raconter: des batailles contre les Égyptiens, contre les Syriens… Moi, les histoires que je peux raconter, c’est très différent. Je suis entré de force dans des maisons et les enfants faisaient pipi dans leur pantalon de peur… Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas un dommage collatéral. C’est un sale travail, un travail immoral depuis le début. Et si vous lisez le livre que nous publions, vous verrez que l’histoire des soldats israéliens dans les Territoires occupés, les stratégies que nous utilisons, ce n’est pas seulement pour défendre Israël du terrorisme. Ce n’est qu’une petite partie de notre travail. L’essentiel, c’est de maintenir notre contrôle militaire absolu sur les Palestiniens. C’est maintenir un statu quo, ce qui ne signifie pas geler la situation, c’est une campagne continue. Le titre du livre en Hébreu, c’est « L’occupation des Territoires », parce que nous voulions dire que l’occupation ne s’est pas produite en juin 1967 quand Israël a conquis des Territoires. L’occupation israélienne est une campagne offensive et continue d’enracinement de son contrôle militaire. Avec chaque maison que vous construisez dans les Territoires, ils sont réoccupés. Chaque fois que vous faites irruption dans une maison palestinienne en pleine nuit et provoquez un sentiment de persécution, les Territoires sont réoccupés. Chaque point de contrôle volant que vous installez pour perturber un village, c’est une nouvelle occupation. Je suis pas un pacifiste, mais une occupation militaire prolongée sur un autre peuple, je n’en veux pas. C’est la destruction de l’armée, la destruction de notre société et ça détruit la légitimité de l’État d’Israël.

Je suis sûr qu’en Israël, vous êtes vus comme des traîtres. Comment vivez-vous avec ce regard sur vous?

Pour moi, j’ai servi mon pays durant trois ans dans l’armée et depuis 9 ans, je sers mon pays dans Breaking the silence. Pour moi, il n’y a pas de différence, à part le salaire! Je crois que les vrais traîtres sont ceux qui pensent que l’existence d’Israël dépend du fait que les Palestiniens ne seront jamais libres. Les plus grands « délégitimateurs » de l’État d’Israël sont ceux qui veulent nous faire croire que nous sommes complètement indépendants en occupant les Palestiniens pour toujours. Ceux-là détruisent le pays. Avec eux, dans 50 ou 60 ans, Israël n’existera plus de la manière que nous voulons. La seule façon pour Israël d’être une patrie comme je l’aime et comme elle a été créée, c’est que nous arrêtions de commettre des péchés, des actions non-casher, et que nous mettions fin à l’occupation.

Propos recueillis par Daniel Fontaine

source

Yehuda Shaul : le livre noir de l’occupation israélienne, des soldats racontent


arton613-ac5d4

  • Lundi 14 octobre de 20h15 à 22h30

Yehuda Shaul, le fondateur et co-directeur de l’ONG israélienne « Breaking the Silence » sera à l’UPJB pour présenter «  Le livre noir de l’occupation israélienne : Les soldats racontent  » (22 €, Paris- Editions Autrement, www.autrement.com).

Le livre  : Une publication qui lève le voile sur les pratiques de l’armée israélienne dans les Territoires occupés (…). Il rassemble « 145 témoignages des soldats israéliens « bruts et sans complaisance ». Les témoignages, recueillis par des vétérans de l’armée réunis au sein de l’organisation Breaking the Silence, ont été ensuite croisés et vérifiés méticuleusement. Ils révèlent le quotidien des soldats israéliens dans les Territoires occupés. Mais au-delà, ils renseignent sur le mode opératoire des forces israéliennes, voire sur la logique sous-jacente des opérations militaires du pays. Une logique qui a de lourdes conséquences pour les civils palestiniens et les jeunes soldats.

Yehuda Shaul, 30 ans, est né et a grandi à Jérusalem, dans une famille ultra-orthodoxe. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires dans le lycée talmudique d’une colonie juive de Cisjordanie, Yehuda Shaul a rejoint l’Armée de Défense d’Israël comme sergent et commandant dans le 50è bataillon de la Brigade Nahal entre 2001 et 2004. Il a participé à diverses opérations militaires en Cisjordanie pendant la deuxième Intifada, y compris l’Opération Rempart à Ramallah. Il a également servi pendant 14 mois à Hébron, la plus grande ville palestinienne du sud de la Cisjordanie.

En 2004, Yehuda Shaul a fondé l’association « Breaking the Silence » avec un groupe de vétérans. Il est aujourd’hui son co-directeur et responsable des relations internationales.

Breaking the Silence est une organisation fondée en 2004 par d’anciens soldats ayant servi dans l’armée israélienne depuis la seconde Intifada. Elle a pour objectif de révéler à l’opinion publique israélienne et internationale la réalité du quotidien dans les Territoires occupés et le lourd tribut payé par les populations palestiniennes mais aussi par les soldats qui ont chaque jour pour mission de les « contrôler ».

Breaking the Silence a mené depuis une dizaine d’année un gigantesque travail d’enquête et de recueil de témoignages. Elle organise également des conférences et des visites guidées en Cisjordanie afin de mettre en lumière les méthodes d’Israël dans les Territoires. Considérée comme l’unique porte-parole des voix des soldats, l’organisation est aujourd’hui renommée en Israël, auprès de l’opinion et dans les médias.

PAF : 6€, membres 4€, chômeurs et étudiants 2 €

P.-S.

La conférence se tiendra en anglais avec traduction française

source

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑