Deir Yassine le 9 avril 1948


Par Deir Yassin Remembered

 

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l’Irgun (dirigé par Menachem Begin) et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.
Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l’Etat Juif;
En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

Le village était situé à l’extérieur de la zone assignée par les Nations Unies à l’Etat juif;

Il avait la réputation d’être paisible.

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Il avait été prévu l’occupation de Deir Yassine dans le cadre du Plan Dalet et la principale Force de Défense Juive, la Haganah, a autorisé les forces terroristes irrégulières de l’Irgun et du Gang Stern d’en prendre le contrôle.

En tout, 100 hommes, femmes, et enfants ont été systématiquement assassinés.

53 orphelins ont été littéralement déposés le long du mur de la Vieille Ville, où ils ont été trouvés par Mlle Hind Husseini qui les a ramené à sa maison située derrière l’hôtel American Colony, qui devait devenir l’orphelinat Dar El-Tifl El-Arabi.

Une partie de la lutte pour l’autodétermination des Palestiniens a été de dire la vérité au sujet des Palestiniens en tant que victimes du Sionisme.

Pendant trop long leur histoire a été niée, et ce démenti a seulement servi à augmenter l’oppression et à déshumaniser de façon délibérée les Palestiniens enIsraël, à l’intérieur des Territoires Occupés, et à l’extérieur dans leur diaspora.

Des progrès ont été faits.

Les Occidentaux se rendent compte maintenant que les Palestiniens, en tant que peuple, existent.

Et ils commencent à savoir que pendant la création de l’état d’Israël, des milliers de Palestiniens ont été tués et plus de 700.000 ont été expulsés ou poussés par la peur à quitter leurs maisons et leurs terres sur lesquelles ils avaient vécu depuis des siècles.

Deir Yassin Remembered cherche à effectuer le même progrès au sujet des victimes du Massacre de Deir Yassine.

Déroulement des évènements

Début de l’attaque du commando 

A l’aube du 9 avril 1948, les commandos de l’Irgun, dirigé par Menachem Begin, et le Gang Stern ont attaqué Deir Yassine, un village d’environ 750 habitants palestiniens.

C’était quelques semaines avant la fin du Mandat Britannique.

Le village était situé à l’extérieur de la zone que les Nations Unies avaient recommandé pour faire partie du futur Etat Juif.

Deir Yassine avait la réputation d’être un village paisible.

Un journal Juif avait préconisé d’en expulser plusieurs militants Arabes

Mais il était situé sur une hauteur dans le couloir entre Tel Aviv et Jérusalem.

Un projet, le Plan Dalet, gardé secret jusque bien des années plus tard, demandait sa destruction et l’évacuation de ses habitants pour construire un petit terrain d’aviation qui desservirait les habitants juifs cernés de Jérusalem.

Plus de 100 morts

A midi, plus de 100 personnes, dont la moitié étaient des femmes et des enfants, avaient été systématiquement assassinés.

Quatre membres des commandos avaient été tués par la résistance Palestinienne équipée de vieux Mausers et de vieux mousquetons.

Vingt-cinq villageois masculins ont été chargés dans des camions, exhibés dans le quartier Zakhron Yosef à Jérusalem, et puis emmenés dans une carrière de pierres située le long de la route entre Givat Shaul et Deir Yassine et abattus.

Les habitants restants ont été conduits à dans Jérusalem-Est Arabe.

Manipulation de la presse

Ce soir-là, les Irgunistes et les Sternistes ont escorté une partie des correspondants étrangers jusqu’à une maison à Givat Shaul, une colonie juive voisine fondée en 1906.

En buvant le thé et des biscuits, ils ont amplifié les détails de l’opération et les ont justifiés, en disant que Deir Yassine était devenu un point de concentration pour les Arabes, les Syriens et les Irakiens, qui prévoyaient d’attaquer les banlieues ouest de Jérusalem.

Ils ont dit que 25 membres de la milice de la Haganah avaient renforcé l’attaque et qu’un Juif parlant Arabe avait averti les villageois depuis le haut-parleur d’un véhicule blindé.

Ceci a été dûment rapporté dans le New York Times le 10 avril.

Un décompte final de 254 corps a été rapporté par le New York Times le 13 avril, un jour après qu’ils aient été finalement enterrés.

Après cela, les dirigeants de la Haganah ont pris des distances vis à vis de leur participation à l’attaque et ont publié une déclaration dénonçant les dissidents de l’Irgun et du Gang Stern, tout comme ils l’avaient fait après l’attaque sur l’Hotel King David en juillet 1946.

Une étude de 1987 effectuée par le Centre de Recherche et de Documentation de la Société Palestinienne de l’Université de Birzeit a trouvé que « le nombre de tués ne dépassait pas 120 ».

Les dirigeants de la Haganah ont admis que le massacre « déshonorait la cause des combattants juifs et déshonorait les armes et le drapeau juifs. »

Ils ont été discrets sur le fait que leur milice avait renforcé l’attaque des terroristes, bien qu’ils n’aient pas participé à la barbarie et au pillage pendant les opérations consécutives de « nettoyage ».

Objectifs atteints

Ils ont également été discrets sur le fait que, selon les paroles de Begin, « Deir Yassine a été pris avec la connaissance de la Haganah et avec l’approbation de son commandant « comme partie de son » plan pour établir un terrain d’aviation. »

Ben Gurion a même envoyé des excuses au Roi Abdullah de la Trans-Jordanie. Mais cet acte terrifiant a bien servi le futur état d’Israël.

Selon Begin :
‘Les Arabes de tout le pays, induits à croire les récits s de la « boucherie de l’Irgun, » ont été saisis d’une panique sans limites et ont commencé à fuir pour sauver leurs vies.
Ce départ massif s’est bientôt développé en un sauve-qui-peut de panique et incontrôlable.
La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée
. »

Conséquences

Sur les 144 maisons, 10 ont été dynamitées.

Le cimetière était plus tard rasé au bulldozer et, comme des centaines d’autres villages palestiniens suivront, Deir Yassine a été rayé de la carte.

En septembre, des immigrés juifs orthodoxes de Pologne, de Roumanie, et de Slovaquie ont y été installés en dépit des objections de Martin Buber, Cecil Roth et d’autres dirigeants juifs, qui pensaient que le site du massacre devrait être laissé inhabité.

Le centre du village a été renommé Givat Shaul Bet.

Lors de l’expansion de Jérusalem, la terre de Deir Yassine est devenue une partie de la ville et est maintenant connue tout simplement comme le secteur entre Givat Shaul et la colonie d’Har Nof sur les pentes ouest de la montagne.

Le massacre des Palestiniens de Deir Yassine est l’un des événements les plus significatifs dans l’histoire palestinienne et israélienne du 20ème siècle.

Ce n’est pas en raison de son importance ou de sa brutalité, mais parce que ce fut le début d’une véritable dépopulation calculée de plus de 400 villages et villes arabes et de l’expulsion de plus de 700.000 habitants palestiniens pour faire de la place aux survivants de l’Holocauste et des autres juifs venant du monde entier.
(liste des villages détruits)

A lire aussi, « Entretien avec Benny Morris » par Ari Shavit du 9 janvier 2004.

Voir le film sur Deir Yassin – durée 33 mn et 17 s

Source : http://www.deiryassin.org/

Traduction : MG pour ISM

Soixante ans après Deir Yassin*

Ronnie Kasrils, jeudi 10 avril 2008

Ronnie Kasrils est Ministre des Services Secrets d’Afrique du Sud

Comme gamin de 10 ans élevé à Johan­nesburg, j’ai célébré la nais­sance d’Israël, il y a 60 ans. J’ai accepté sans conteste les récits dra­ma­tiques des actions de soi-disant auto­dé­fense contre la vio­lence arabe pour pro­téger l’Etat juif.

Lorsque je me suis engagé dans notre lutte de libé­ration, je me suis rendu compte des simi­li­tudes avec la cause pales­ti­nienne dans la dépos­session de la terre et du droit de nais­sance par l’occupation colo­niale expan­sion­niste. J’en suis venu à réa­liser que le caractère racial et colonial des deux conflits com­portait des com­pa­raisons plus impor­tantes qu’avec toute autre lutte.

Lorsque Nelson Mandela déclarait que nous savons, en tant que Sud-Africains, « que notre liberté est incom­plète sans la liberté des Pales­ti­niens » (1), il ne parlait pas seulement à notre com­mu­nauté musulmane, dont on pouvait attendre qu’elle soit en empathie directe, mais à tous les Sud-Africains, pré­ci­sément à cause de notre expé­rience d’assujettissement racial et colonial, et parce que nous com­prenons bien la valeur de la soli­darité internationale.

Lorsque j’ai eu connais­sance de l’histoire des Pales­ti­niens, j’ai été secoué jusqu’au plus profond de l’âme, et plus par­ti­cu­liè­rement lorsque j’ai lu les témoi­gnages des témoins d’un mas­sacre de vil­la­geois pales­ti­niens qui a eu lieu un mois avant la décla­ration uni­la­térale d’indépendance d’Israël. C’était à Deir Yassin, un village tran­quille juste à l’extérieur de Jéru­salem, qui a eu la mal­chance de se trouver sur la route de Tel Aviv. Le 9 avril 1948, 254 hommes, femmes et enfants ont été mas­sacrés par les forces sio­nistes pour « pro­téger » la route.

Parce que ce fut un des rares épisodes qui ait reçu l’attention des médias en Occident, la direction sio­niste ne l’a pas nié, mais a cherché à le faire passer pour une folie des extré­mistes. En fait, l’atrocité faisait partie d’un plan plus large conçu par le Com­man­dement en Chef sio­niste, dirigé par Ben Gourion lui-même, qui pro­jetait le net­toyage eth­nique des Pales­ti­niens du ter­ri­toire man­da­taire bri­tan­nique et la saisie du plus de terre pos­sible pour l’Etat juif prévu.

Beaucoup de récits cor­robore l’orgie de mort à Deir Yassin, qui a été bien au-delà du mas­sacre de Sharp­ville en 1960 qui m’a poussé à rejoindre le Congrès National Africain (ANC) (2). Ma réaction fut : si Sharp­ville m’a hor­rifié, puis-je rester indif­férent aux souf­frances de Deir Yassin ?

Fahimi Zidan, un enfant pales­tinien qui a survécu en se cachant sous les corps de ses parents, se sou­vient : « Les Juifs nous ont ordonné… de nous aligner contre le mur… ils ont com­mencé à tirer… tous… ont été tués : mon père… ma mère… mon grand-père et ma grand-mère… mes oncles et mes tantes et cer­tains de leurs enfants… Halim Eid a vu un homme tirer une balle dans le cou de ma sœur… qui était… enceinte. Ensuite, il lui a ouvert le ventre avec un couteau de boucher… Dans une autre maison, Naaneh Khalil… a vu un homme prendre un… sabre et frapper mon voisin… » (3)

Une des atta­quants, un soldat juif choqué appelé Meir Pa’el, a rap­porté à son com­mandant de la Haganah :

« La bataille s’est ter­minée à midi… Tout était calme, mais le village ne s’était pas rendu. Les irré­gu­liers du Etzel (Irgun) et du Lehi (Stern)… ont com­mencé… les opé­ra­tions de net­toyage… Ils ont tiré avec toutes les armes qu’ils avaient, et ont jeté des explosifs dans les maisons. Ils ont tiré aussi dès qu’ils voyaient quelqu’un… les com­man­dants n’ont rien fait pour arrêter… le mas­sacre. Avec plu­sieurs habi­tants, j’ai supplié les com­man­dants qu’ils donnent des ordres… pour arrêter les tirs, mais sans succès… on a sorti quelques 25 hommes des maisons : on les a chargés sur un… camion et on a fait une « parade de la vic­toire » à travers… Jéru­salem (puis)… emmenés dans une car­rière… et tués… Les com­bat­tants… ont mis les femmes et les enfants qui étaient tou­jours en vie sur un camion et les ont emmenés à la Porte Man­delbaum » (4).

Un officier britannique, Richard Catling, a rapporté :

« Il ne fait pas de doutes que les atta­quants Juifs ont commis de nom­breuses atro­cités sexuelles. Beaucoup d’écolières ont été violées et ensuite assas­sinées… Beaucoup de nour­rissons ont aussi été mas­sacrés. J’ai aussi vu une vieille femme… qui avait été frappée à la tête à coup de crosse de fusil… » (5)

Jacques de Reynier, du Comité Inter­na­tional de la Croix Rouge, a ren­contré l’équipe de « net­toyage » à son arrivée dans le village :

« La bande… était très jeune… des hommes et des femmes, armés jusqu’aux dents… et ils avaient aussi des cou­teaux dans les mains, la plupart tou­jours tâchées de sang. Une belle jeune fille, au regard cri­minel, m’a montré les siennes dégou­li­nantes de sang. Elle les arborait comme un trophée. C’était l’équipe de « net­toyage », et il est évident qu’elle rem­plissait sa tâche très consciencieusement. »

Il a décrit ce qu’il a vu en entrant dans les maisons :

« … au milieu des meubles éventrés… j’ai trouvé quelques corps… le « net­toyage » avait été fait à la mitraillette… à la grenade à main… terminé au couteau… j’ai retourné les corps… j’ai trouvé… une petite fille… mutilée par une grenade à main… partout c’était la même vision hor­rible… ce gang était admi­ra­blement dis­ci­pliné et n’a agi que sur ordre. » (6)

L’atrocité de Deir Yassin est le reflet de ce qui s’est passé ailleurs. L’historien israélien Ilan Pappe a méti­cu­leu­sement décompté 31 mas­sacres, de décembre 1947à Janvier 1949. Ils attestent d’un règne sys­té­ma­tique de la terreur, conduit pour pousser les Pales­ti­niens à la fuite de leur terre de nais­sance. En consé­quence, presque toutes les villes pales­ti­niennes se sont rapi­dement dépeu­plées et 418 vil­lages ont été sys­té­ma­ti­quement détruits.

Comme l’a déclaré le premier Ministre de l’Agriculture d’Israël, Aharon Cizling, lors d’une réunion du gou­ver­nement le 17 novembre 1948 : « Je suis souvent en désaccord lorsque le terme de Nazi est appliqué aux Bri­tan­niques… même si les Bri­tan­niques ont commis des crimes nazis. Mais main­tenant, les Juifs aussi se sont conduits comme des Nazis et mon être tout entier en est secoué » (7).

En dépit de ces sen­ti­ments, Cizling a accepté que les crimes soient cachés, créant un pré­cédent durable. Qu’une telle bar­barie soit l’œuvre du peuple juif à peine trois années après l’Holocauste aurait été trop atroce à envi­sager, parce que cela aurait constitué un pro­blème majeur pour l’Etat d’Israël, élevé au rang de « lumière des nations » ; de là les ten­ta­tives d’enfouir la vérité der­rière un voile de secret et de dés­in­for­mation. Quelle meilleure manière de museler toute enquête que l’alibi global du droit d’Israël à l’autodéfense, fermant les yeux sur l’usage dis­pro­por­tionné de la force et les puni­tions col­lec­tives contre tout acte de résistance.

C’est jus­tement parce qu’on a permis à Israël de se dédouaner de tels crimes qu’il continue sur sa voie san­glante. Selon Ilan Pappe, « A quinze minutes en voiture de l’Université de Tel Aviv se trouve le village de Kfar Qassim où, le 29 octobre 1956, les troupes israé­liennes ont mas­sacré 49 vil­la­geois qui ren­traient chez eux après le travail dans leurs champs. Ensuite il y a eu Qibya dans les années 1950, Samoa dans les années 1960, les vil­lages de Galilée en 1976, Sabra et Shatila en 1982, Kfar Qana en 1999, Wadi Ara en 2000 et le Camp de Réfugiés de Jenine en 2002. Et en plus, il y a les nom­breux mas­sacres dont B’Tselem, l’organisation israé­lienne de défense des droits de l’homme, garde la trace. Les mas­sacres des Pales­ti­niens par Israël n’ont jamais pris fin. » (8)

Le mas­sacre de 1.500 civils libanais dans un bom­bar­dement israélien aveugle dans ce pays en 2006 ; les morts quo­ti­diennes dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, les 120 à Gaza en une semaine – dont 63 le même jour – en mars 2008, dont un tiers étaient des enfants, font partie du même fil san­glant qui relie le passé honteux d’Israël avec celui d’aujourd’hui.

Israël va bientôt fêter le 60ème anni­ver­saire de sa création. Ce faisant, les Israé­liens et leurs sou­tiens sio­nistes feraient bien de se demander pourquoi, pour les Pales­ti­niens et les par­tisans de la liberté de par le monde, il n’y a pas de raison de se réjouir. Bien sûr, ce sera une période de deuil et de pro­tes­tation, le moment de se sou­venir des vic­times sans nombre qui gisent dans le sillage d’Israël, comme incarnées par les souf­frances infligées aux habi­tants de Deir Yassin, dont le site ori­ginel se trouve, ironie de l’histoire, à un jet de pierre de Yad Vashem, le mémorial de l’Holocauste.

Mais tant qu’Israël n’affrontera pas son passé, comme de si nom­breuses per­sonnes ont essayé de le faire en Afrique du Sud, il conti­nuera d’être vu avec répulsion et sus­picion. Les Israé­liens conti­nueront à consi­dérer que la vie arabe n’a aucune valeur et ils conti­nueront à vivre par l’épée et le mépris, fei­gnant la sur­prise lorsque les Pales­ti­niens répondent par la violence.

Tant qu’ils ne pren­dront pas en compte les innom­brables souf­frances qu’ils ont créées, il ne peut y avoir ni apai­sement ni solution. C’est créer la base pour chérir toute vie et pour les Pales­ti­niens et les Israé­liens de vivre en paix, avec justice.

Connaissant les racines du conflit, et pro­mettant notre soli­darité, nous, Afri­cains du Sud, pouvons aider à trouver une solution juste et la liberté à laquelle Nelson Mandela se référait. Je crois que c’est exac­tement ce que font des Sud-Africains comme Zapiro.

Notes de lecture :

[1] Nelson Mandela, Inter­na­tional Day of Soli­darity with the Pales­tinian People, Pre­toria, 4 December 1997.

[2] Simha Flapan, The Birth of Israel, Pan­theon, 1988 ; David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Faber, 2003 ; Benny Morris, Birth of the Pales­tinian Refugee Problem Revi­sited, Cam­bridge Uni­versity Press, 2004) ; Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006.

[3] David Hirst, The Gun and the Olive Branch, Faber and Farber, 2003, p. 249-50.

[4] Yediot Aha­ronot, April 1972. This letter only came to light with Pa’el’s consent in 1972. David Hirst ibid p. 251.

[5] David Hirst, ibid and Report of the Cri­minal Inves­ti­gation Division, Palestine Government, No. 179/110/17/GS, 13, 15, 16 April 1948. Cited in David Hirst, p. 250.

[6] David Hirst ibid and Jacques de Reynier, A Jèru­salem, un Drapeau flottait sur la Ligne de Feu, Edi­tions de la Bacon­nière, Neu­châtel, 150, p. 71-6 and Hirst ibid p. 252.

[7] Tom Segev, The First Israelis, Owl Books, 1998, p. 26.

[8] Ilan Pappe, The Ethnic Cleansing of Palestine, One­world Publi­ca­tions, 2006, p. 258.

Source : Electronic Intifada Traduction : MR pour ISM

Objectif atteint pour le poème de Günter Grass


L’écrivain Allemand Günter Grass vient de publier sous forme de poème un texte qui veut alerter l’opinion de son pays sur la menace que fait peser l’arsenal nucléaire sioniste sur la paix mondiale.

Bien sûr, les partisans du régime sioniste n’ont pas tardé à pourfendre aussi bien le texte que l’homme en rappelant que le prix Nobel de littérature avait un sombre passé nazi.

Effectivement, comme beaucoup d’Allemands de sa génération, le Pape Benoît XVI par exemple, il a servi dans l’armée nazie, la Waffen-SS plus précisément.

Il convient cependant de rappeler que Günter Grass avait 17 ans en 1944…

Les autorités sionistes viennent de le déclarer persona non grata dans l’Etat voyou où on s’est empressé de le taxer d’antisémite.

M. Grass, nous dit-on aurait été unanimement cloué au pilori dans son propre pays.

Certes, il a été cloué au pilori par cette classe politique qui prétend lier indissolublement le destin de l’Allemagne à l’entité sioniste pour prix des crimes commis dans la première moitié du 20ème siècle.

Au point de prétendre dissuader le gouvernement sioniste de lancer une agression en lui offrant à prix réduit un 6ème sous-marin Dolphin capable d’emporter des missiles balistiques (plus intelligent, plus bête disait mon père).

Pourtant Günter Grass n’a fait qu’interpeller l’opinion de son pays sur la menace que fait peser l’entité sioniste sur la paix mondiale. Une menace qui est d’ailleurs claironnée par les responsables sionistes eux-mêmes qui n’ont de cesse d’annoncer leur volonté de bombarder l’Iran, si possible avec l’accord des Etats Unis, ou mieux leur participation.

Et les commentateurs Occidentaux ne se préoccupent que de la riposte éventuelle de l’Iran contre le régime sioniste, sans se préoccuper des victimes et des destructions infligées à l’Iran, sans parler de la catastrophe écologique entraînée par le bombardement d’installations atomiques.

Reste que contrairement à ce qui a été dit, Gunter Grass n’a pas été cloué au pilori dans son pays puisque nous pouvons lire que

Plusieurs manifestations pour la paix se rangent derrière Gunter Grass

ou

Nombreux soutiens à Günter Grass

Günter Grass voulait simplement lancer un débat sur la menace sur la paix que pose le gouvernement sioniste et son objectif a semble-t-il été atteint si on en juge par les soutiens qu’il a recueillis ou encore par cet édito paru dans le Spiegel, sous la plume de Jakob Augstein.

On notera bien que l’auteur de l’édito ne se départit pas d’une attitude prosioniste et hostile à l’Iran puisqu’il met dos à dos les deux pays dans le chantage à la guerre dans le contexte d’une course à l’armement atomique. Ce faisant il s’expose d’ailleurs à une charge pour antisémitisme car comment oser mettre dos à dos l’Etat juif et l’Iran ?

Or, c’est bel et bien le régime sioniste qui menace l’Iran d’une agression, et non l’inverse. C’est le régime sioniste qui dispose déjà de l’arme atomique et des vecteurs pour l’utiliser. Enfin, c’est l’Iran et non le régime sioniste qui fait l’objet de sanctions unilatérales destinées à asphyxier son économie.

Mais quand on en vient à l’Iran et au régime sioniste, comme dans l’inconscient freudien la contradiction n’existe pas.

Par exemple, Jakob Augstein écrit que

Israël, un pays qui a été entouré d’ennemis depuis des dizaines d’années, beaucoup d’entre eux considérant qu’Israël n’a pas le droit d’exister – quelles que soient ses options politiques.

Pourtant, si on examine les pays qui sont à proximité de l’Etat sioniste, nous en voyons deux (l’Egypte et la Jordanie) qui sont liés par traité avec lui ; Chypre qui fait partie de l’Union Européenne et est de ce fait tout sauf ennemie de l’Etat sioniste, et la Turquie qui a longtemps été le seul pays musulman à reconnaître l’Etat juif. Restent deux pays en état de conflictualité armée avec Tel Aviv : le Liban et la Syrie, aucun des deux ne représentant une menace réelle. On peut ajouter l’Arabie Saoudite qui est plutôt une alliée objective du gouvernement sioniste.

Alors où Jakon Augstein trouve-t-il ce « beaucoup » ? Mystère !

Un point de vue sur Günter Grass

Pourquoi nous avons besoin d’un débat ouvert sur Israël

Un commentaire de Jakob Augstein, Der Spiegel (Allemagne) 6 avril 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Israël est-elle une menace pour la paix mondiale? L’écrivain Allemand Günter Grass a été taxé d’antisémite cette semaine pour l’avoir affirmé dans un nouveau poème. Mais si ces vers n’auront peut-être pas de prix littéraire, Grass a donné le coup d’envoi d’un débat important –  et attendu depuis longtemps. Et il a raison.

Ce n’est pas un grand poème. Ce n’est pas non plus une brillante analyse politique. Mais les quelques lignes que Grass a publiées sous le titre « Ce qui doit être dit » seront vues un jour comme ses mots qui auront eu la plus forte influence. Ils marquent une rupture. C’est cette simple phrase que nous ne pourrons pas ignorer à l’avenir : «La puissance nucléaire d’Israël met en danger une paix mondiale déjà fragile.»

C’est cette phrase qui a déclenché un tollé. Parce qu’elle est vraie. Parce que c’est un Allemand, un prix Nobel qui l’a dite. Parce que c’est Günter Grass qui l’a dite. Et c’est là que réside la rupture du tabou. Et c’est pour cela qu’il faudrait remercier Grass. Il a pris sur lui de dire ces mots pour nous tous. Un dialogue très tardif a commencé.

C’est une discussion sur Israël et sur l’éventualité de préparatifs d’Israël pour une guerre contre l’Iran, un pays dont le président Mahmoud Ahmadinejad a menacé Israël dont il parle comme d’un «cancer» qui doit être «rayé de la carte.» Israël, un pays qui a été entouré d’ennemis depuis des dizaines d’années, beaucoup d’entre eux considérant qu’Israël n’a pas le droit d’exister – quelles que soient ses options politiques.

C’est une guerre qui pourrait précipiter le monde dans l’abîme. Quand un Allemand parle de ce genre de choses, l’Allemagne doit participer à la discussion avec sa responsabilité historique.

Ce genre de débat suit un modèle préétabli. Grass savait qu’il serait taxé d’antisémite – un risque pris par n’importe quel Allemand qui critique Israël. De fait, Mathias Döpfner – le responsable de la maison d’adition Axel Springer, la société mère de Bild, le plus grand journal quotidien du pays – a accusé Grass « d’antisémitisme politiquement correct » dans un éditorial paru jeudi. Döpfner, un homme qui se targue d’être le gardien des relations israélo-allemandes, suggérait aussi que Grass devrait être envoyé dans un centre de réhabilitation historique tout en lançant quelques piques sur la participation longtemps tenue secrète de Grass à la Waffen-SS. Oui, Grass dait faire face également à ce genre d’accusation.

Grass est un réaliste

Mais Grass n’est ni un antisémite, ni un zombie de l’histoire allemande. Grass est un réaliste. Il dénonce le fait que les installations nucléaires israéliennes « ne soient pas accessibles à des inspections.» Il objecte à la politique allemande en matière d’exportations d’armes avec la livraison à Israël d’un autre sous-marin capable de lancer des missiles nucléaires. » Et il rejette d’un ton las « l’hypocrisie de l’Occident,» qui – il ne le dit pas explicitement – a été le principe directeur de nos politiques au Moyen Orient, de l’Algérie à l’Afghanistan.

Grass écrit aussi des absurdités. Il poursuit en expliquant pourquoi il s’est tu si longtemps et pourquoi il ne gardera plus le silence maintenant – « âgé et avec mes dernières gouttes d’encre » – et qu’il veut libérer les autres du sentiment de devoir rester silencieux. Cette partie n’est pas très bien formulée. Il avertit aussi du risque d’annihilation du peuple iranien, ce qui n’est certainement pas prévu dans l’agenda politique israélien. Le teste aurai pu être mieux protégé contre la critique. Mais il atteint néanmoins son objectif.

Après tout, quelqu’un nous a enfin tirés de derrière l’ombre des paroles prononcées par la chancelière Angela Merkel lors d’une visite à Jérusalem en 2008. A l’époque, elle avait dit que la sécurité d’Israël relevait de la raison d’Etat pour l’Allemagne. Pour éviter tout malentendu, avait-elle ajouté, « C’est une réalité, et non des paroles qui resteraient vaines si venaient des temps difficiles.»

Helmut Schmidt, chancelier Allemand de 1974 à 1982, avait dit qu’avoir un sentiment de responsabilité pour la sécurité d’Israël est « compréhensible émotionnellement » mais est une conception  téméraire qui pourrait avoir des conséquences graves.». Si une guerre éclatait entre Israël et l’Iran, poursuivait-il, « alors, selon cette conception, les soldats Allemands devraient combattre également.» Depuis cette époque, Israël a considéré l’Allemagne comme étant le seul pays, avec les Etats Unis, sur lequel elle peut compter.

Le monde retient son souffle

Actuellement, avec le soutien des Etats Unis dont les présidents doivent s’assurer du soutien des organisations du lobby juif en période électorale ainsi qu’avec celui d’une Allemagne où la repentance historique a pris une dimension militaire, le gouvernement Netanyahou tient en haleine le monde entier. « L’Israël de Netanyahou a dicté l’ordre du jour au reste du monde comme aucun petit Etat n’a jamais pu le faire auparavant, » écrit le journal israélien Haaretz. Des cours du pétrole au terrorisme, le monde a de nombreuses raisons de craindre une guerre entre Israël et l’Iran.

Personne ne prétend que l’Iran dispose déjà d’une bombe atomique. Personne ne sait si l’Iran travaille vraiment à une telle bombe. Au contraire, les responsables des services secrets américains pensent que l’Iran a stoppé son programme de développement d’armes atomiques en 2003.

Ces éléments n’intéressent cependant pas les Israéliens. Pour eux, la question n’est plus d’empêcher les Iraniens d’obtenir la bombe atomique. Il s’agit maintenant d’empêcher – et plus d’être en mesure d’empêcher – les Iraniens d’être en capacité de produire une telle bombe. Ils ne veulent pas s’embarrasser du problème qu’ont eu les USA avec l’Irak. Les Américains continuaient à penser qu’ils devaient donner la preuve que leur adversaire disposait d’armes de destruction massive. Mais ces preuves n’avaient pas pu être trouvées en Irak – pas plus que de telles armes. Alors, les Américains avaient simplement fabriqué les preuves dont ils avaient besoin.

Israël a lancé un ultimatum au monde. Elle ne veut pas fournir de preuves que l’Iran possède une bombe. Elle ne veut pas non plus apporter de preuves que l’Iran serait en train de construire une bombe. La position d’Israël est simple : elle ne veut pas que l’Iran atteigne la «zone d’immunité.»

En conséquence, Israël menace de lancer une attaque avant que les Iraniens soient en mesure d’enterrer leurs installations atomiques si profondément sous la roche que même les bombes anti-bunkers les plus puissantes ne pourraient plus les atteindre.

Il est temps de faire pression sur Israël

Israël et l’Iran jouent une partie de poker que tous les deux peuvent gagner tant qu’il n’y a pas de guerre. La presse tabloïd qualifie Ahmadinejad de «cinglé de Téhéran.» Mais il n’est pas fou. Il veut rester au pouvoir et a réprimé l’opposition dans son pays dans ce but. Le sang avait coulé il y a trois ans quand il avait écrasé des manifestations contre son pouvoir, mettant en prison de nombreux opposants dans la foulée.

Ahmadinejad laisse intentionnellement le monde dans le flou sur ses intentions pour le nucléaire. Il profite de son ambigüité stratégique tout comme les Israéliens profitent de leurs menaces de guerre. Les deux pays s’aident l’un l’autre à étendre leur influence bien au-delà de ce que leurs dimensions méritent réellement.

De façon perverse, ils se retrouvent en état de dépendance mutuelle. Et les choses auraient pu rester leur problème propre s’ils n’avaient pas pris le monde entier en otage. Comme l’écrit Grass, le temps est venu d’exiger « un contrôle permanent et sans entraves du potentiel nucléaire d’Israël et des installations nucléaires de l’Iran par une entité internationale qui aurait l’approbation des gouvernements des deux pays » .

En ce moment, l’Iran éprouve la pression des sanctions. Mais le temps est venu d’exercer certaines pressions sur Israël aussi. Remarquez que celui qui dit ce genre de chose n’est pas en train d’essayer « de relativiser la culpabilité des Allemands en transformant les Juifs en fautifs» comme l’affirme Mathias Döpfner. Nous ne parlons pas ici d’histoire de l’Allemagne. Nous parlons du monde. Et nous parlons du temps présent.

Günter Grass : « Ce qui doit être dit »


Le Monde.fr | 05.04.2012 à 18h08 • Mis à jour le 05.04.2012 à 18h30

Par Günter Grass Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni

Pourquoi me taire, pourquoi taire trop longtemps
Ce qui est manifeste, ce à quoi l’on s’est exercé
dans des jeux de stratégie au terme desquels
nous autres survivants sommes tout au plus
des notes de bas de pages

C’est le droit affirmé à la première frappe
susceptible d’effacer un peuple iranien
soumis au joug d’une grande gueule
qui le guide vers la liesse organisée,
sous prétexte qu’on le soupçonne, dans sa zone de pouvoir,
de construire une bombe atomique.

Mais pourquoi est-ce que je m’interdis
De désigner par son nom cet autre pays
Dans lequel depuis des années, même si c’est en secret,
On dispose d’un potentiel nucléaire en expansion
Mais sans contrôle, parce qu’inaccessible
À toute vérification ?

Le silence général sur cet état de fait
silence auquel s’est soumis mon propre silence,
pèse sur moi comme un mensonge
une contrainte qui s’exerce sous peine de sanction
en cas de transgression ;
le verdict d’« antisémitisme » est courant.

Mais à présent, parce que de mon pays,
régulièrement rattrapé par des crimes
qui lui sont propres, sans pareils,
et pour lesquels on lui demande des comptes,
de ce pays-là, une fois de plus, selon la pure règle des affaires,
quoiqu’en le présentant habilement comme une réparation,
de ce pays, disais-je, Israël
attend la livraison d’un autre sous-marin
dont la spécialité est de pouvoir orienter des têtes explosives
capables de tout réduire à néant
en direction d’un lieu où l’on n’a pu prouver l’existence
ne fût-ce que d’une seule bombe atomique,
mais où la seule crainte veut avoir force de preuve,
je dis ce qui doit être dit.

Mais pourquoi me suis-je tu jusqu’ici ?
parce que je pensais que mon origine,
entachée d’une tare à tout jamais ineffaçable,
m’interdit de suspecter de ce fait, comme d’une vérité avérée,
le pays d’Israël, auquel je suis lié
et veux rester lié.

Pourquoi ai-je attendu ce jour pour le dire,
vieilli, et de ma dernière encre :
La puissance atomique d’Israël menace
une paix du monde déjà fragile ?
parce qu’il faut dire,
ce qui, dit demain, pourrait déjà l’être trop tard :
et aussi parce que nous – Allemands,
qui en avons bien assez comme cela sur la conscience –
pourrions fournir l’arme d’un crime prévisible,
raison pour laquelle aucun
des subterfuges habituels n’effacerait notre complicité.

Et admettons-le : je ne me tais plus,
parce que je suis las de l’hypocrisie de l’Occident ; il faut en outre espérer
que beaucoup puissent se libérer du silence,
et inviter aussi celui qui fait peser cette menace flagrante
à renoncer à la violence
qu’ils réclament pareillement
un contrôle permanent et sans entraves
du potentiel nucléaire israélien
et des installations nucléaires iraniennes
exercé par une instance internationale
et accepté par les gouvernements des deux pays.

C’est la seule manière dont nous puissions les aider
tous, Israéliens, Palestiniens,
plus encore, tous ceux qui, dans cette
région occupée par le délire
vivent côte à côte en ennemis
Et puis aussi, au bout du compte, nous aider nous-mêmes.

Günter Grass Traduit de l’allemand par Olivier Mannon

source

Un poème de Günter Grass fait l’effet d’une bombe


05 avril 2012

Il y a quelque chose de rassurant à se dire qu’un poème peut encore faire scandale. Ce qui l’est moins, c’est sa teneur. L’écrivain allemand Günter Grass devait bien s’en douter en confiant au Süddeutschen Zeitung le soin de publier « Was gesagt werden muss » (Ce qui doit être dit). On peut le lire ici en allemand , et ici en français dans une traduction de Michel Klepp ; les lecteurs germanophones et/ou germanistes de la République des livres (on en connaît, et des plus fidèles) sont amicalement invités à proposer leur propre traduction ci-dessous (ne les y inviterait-on pas qu’ils le feraient quand même tant la traduction spontanée est une activité passionnelle chez certains).

De quoi s’agit-il ? Du conflit israélo-arabe, en principe. Günter Grass soutient que le plus grand danger pour la sécurité de la région, et partant, pour la paix dans le monde, ce n’est pas l’Iran, ses projets nucléaires et ses promesses de destruction massive d’Israël lancés par « un fort en gueule » (le président Ahmadinejad) mais bien Israël et ses propres capacités nucléaires. Le poème de Günter Grass, qui doit également trouver un prolongement aujourd’hui dans plusieurs journaux européens, est motivé selon lui par la décision du gouvernement allemand de vendre de nouveaux sous-marins nucléaires « Dauphin » à Israël. Il n’y manifeste pas moins sa solidarité de principe avec Israël et y défend la coexistence entre Israéliens et Palestiniens.

Eu égard à sa notoriété, due aux nombreuses langues dans lesquelles son œuvre est traduite et à sa qualité de lauréat du prix Nobel de littérature, la position de Grass a aussitôt suscité de vives réactions en Allemagne (mais aucune des poètes qui auraient pu se scandaliser de sa médiocrité formelle). L’une des plus intéressantes est celle de Henryrk M. Broder : dans un article publié par Die Welt, il présente Grass comme « le prototype de l’Allemand d’éducation antisémite qui veut du bien aux Juifs ; il est tout autant hanté par la honte et la culpabilité, que par une volonté de réconciliation avec l’Histoire ». Quant au chrétien-démocrate Ruprecht Polenz, à la tête de commission des affaires étrangères au Bundestag, il a préféré constater que Grass manifestait le plus souvent mieux ses dons dans la littérature que dans l’analyse politique :« Le pays qui nous inquiète, c’est l’Iran et un tel poème est fait pour nous en détourner l’attention ».

La dernière fois que Günter Grass avait fait scandale, c’était en 2006 à l’occasion de la parution de ses Mémoires : le militant de gauche y révélait son passé de Waffen SS à 17 ans à la fin de la seconde guerre mondiale. Cette fois, il a choisi le registre de la poésie engagée dont elle sait qu’elle peut donner le pire ( lorsqu’elle se met au service d’un parti ou d’un chef) et le meilleur (lorsqu’elle veut défendre librement une cause.

Günter Grass est un  électron libre, mais il n’est pas sûr que la poésie favorise l’analyse d’une situation politique dans sa complexité. Celle-ci lui aurait au moins permis de comparer ce qui est comparable, de relever que l’Iran est à ce jour le seul membre de l’ONU qui ait pris la parole à sa tribune pour exiger l’anéantissement d’un autre membre de l’organisation, qu’il annonce régulièrement sa volonté de se doter d’une armement nucléaire pour y parvenir, ce qui le distingue radicalement d’Israël, de la France et d’un certain nombre d’autres puissances qui en sont dotées de longue date. Présenter le président Ahmadinejad comme un « fort en gueule » revient de toute façon à rendre anodine sa dangerosité. Tout le reste découle de cette logique. Au fond, le véritable problème de son poème ne concerne ni la bombe ni l’Iran mais bien la culpabilité allemande, le tabou de l’antisémitisme en Allemagne, la difficulté pour les Allemands de s’exprimer sur tout ce qui touche aux Juifs en général, et aux Israéliens en particulier, et l’autocensure que les intellectuels s’imposent, consciemment ou pas, sur la question. « Je dis ce qui doit être dit » écrit le poète non sans emphase ; il fait alors penser à ces naïfs qui prétendent énoncer la vérité parce qu’ils disent ce qu’ils pensent.

(Photo D.R.)

Des dizaines de colons et des soldats prennent d’assaut la mosquée d’AlAqsa


Des colons prennent d'assaut AlAqsa

Des dizaines de soldats et des colons israéliens ont pris d’assaut, mercredi matin, la mosquée sainte d’AlAqsa, à travers la porte des Maghrébins, c’est ce qu’a déclaré la Fondation d’AlAqsa.

La fondation a précisé dans un communiqué urgent, que trois groupes de colons et de l’armée d’occupation, soit une centaine de personnes, ont fait irruption dans la mosquée d’AlAqsa.

Aux yeux des soldats de l’occupation déployés en force dans les divers endroits de la mosquée, les colons accomplissaient des rites juifs à l’intérieur de la mosquée, a ajouté le communiqué.

Entre-temps, des dizaines de fidèles, dont des étudiants se sont réfugiés à l’intérieur de la mosquée dans une tentative d’avorter toute tentative de profanation.

La fondation a en outre appelé la nation islamique -peuple et gouvernements- à assumer leur responsabilité envers la mosquée sainte d’AlAqsa et de la ville sainte de Jérusalem occupée, à la lumière des agressions et des violations répétées de la part des sionistes.

Source

Israël sermonne la Belgique


C’est ce qu’on appelle une grosse colère. Du gouvernement israélien contre la Belgique (et aussi l’Autriche). En cause, le vote positif belge au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève jeudi, relatif à la mise sur pied de la première mission d’enquête internationale indépendante sur « les effets des colonies de peuplement israéliennes sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des Palestiniens dans le territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ».

L’ambassadrice de la Belgique en Israël, Bénédicte Frankinet, a dû répondre à une convocation des Affaires étrangères israéliennes et se rendre lundi de Tel-Aviv à Jérusalem pour se faire morigéner par un diplomate qui lui a lu une protestation officielle. Son collègue autrichien a subi le même sort. On va le voir, la position belge n’est en réalité pas vraiment logique !

Parmi les huit membres de ce conseil appartenant à l’Union européenne, seules Bruxelles et Vienne ont voté pour cette résolution, les six autres (Budapest, Bucarest, Madrid, Prague, Rome et Varsovie) s’abstenant. Oslo et Berne, non-membres de l’UE, ont aussi voté pour le texte, adopté par 36 voix pour, 1 contre (les États-Unis) et 10 abstentions.

Comment donc la Belgique, qui n’a pas coutume de ruer dans les brancards, commente-t-elle son vote ? Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, s’en est expliqué à Kinshasa ce mardi. La Belgique, a-t-il dit, selon son porte-parole, s’est alignée sur la majorité des 27 membres de l’Union européenne (dont Paris et Londres) définie en réunion de coordination, d’autant plus que la résolution en cause va dans la droite ligne de la condamnation de la colonisation israélienne qui est la position européenne et belge depuis très longtemps.

Didier Reynders a estimé que la mission d’enquête qui figure dans la résolution ne constituait « pas un élément constructif », ce qui a d’ailleurs empêché Bruxelles de s’en faire le parrain. Mais la Belgique a néanmoins voté la résolution car elle a considéré la mission comme un point « marginal » par rapport au rappel de la condamnation de la colonisation qui est contraire à la solution des deux Etats… Une explication qui ressemble à un louvoiement plutôt maladroit.

En Israël, depuis jeudi, le gouvernement ne décolère pas. « Le ministère des Affaires étrangères a pris la décision de rompre tout contact avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU », a annoncé un porte-parole lundi. Le ministre israélien, Avigdor Lieberman, a eu ces mots dimanche : « Cet organisme hypocrite n’a rien à voir avec les droits de l’homme. Son parti pris et son manque d’objectivité sont évidents, et nous n’avons aucune raison de coopérer avec lui. Nous ne serons pas acteurs dans ce théâtre de l’absurde car 70 % des décisions de ce Conseil sont hostiles à Israël ».

Avigdor Lieberman, venu de Moldavie en 1978, connaît bien la problématique des colonies juives en territoires occupés, vivant lui-même depuis de longues années dans une colonie à l’est de Bethléem, Nokdim. Le gouvernement israélien issu des élections de 2009 est en effet composé de partis de la droite nationaliste et de l’extrême droite.

Pour la plupart des observateurs, en tout cas, la colonisation juive des territoires occupés reste fondamentale dans la poursuite du conflit. Les Palestiniens, qui ne réclament que 22 % de la Palestine, voient en effet les colons israéliens grignoter inexorablement ce territoire au point de le rendre impropre à l’édification d’un Etat souverain. Depuis 2009, ils exigent le gel de cette colonisation avant de reprendre des pourparlers de paix, selon une logique politique que la communauté internationale a admise.

Le droit international condamne du reste clairement cette colonisation. Même l’Américain Barack Obama avait repris cette antienne en arrivant à la Maison-Blanche il y a trois ans, avant que des contraintes de politiques intérieures impliquant un soutien sans failles à Israël ne l’obligent à ravaler ses ardeurs.
BAUDOUIN LOOS

Contexte

Une colonisation commencée il y a 45 ans

Après la guerre des Six-Jours de 1967, des Israéliens ont entrepris de créer des colonies juives dans les territoires nouvellement occupés. L’arrivée de la droite nationaliste au pouvoir en Israël en 1977 a correspondu à une accélération du phénomène mais la colonisation a également eu lieu sous la plupart des gouvernements dominés par la gauche.

Israël a évacué le Sinaï égyptien en 1981 et la bande de Gaza en 2005 (ainsi que quatre petites colonies dans le nord de la Cisjordanie). En Cisjordanie et Jérusalem-Est occupées, plus de 500.000 colons se sont installés, dont plus de la moitié après les accords d’Oslo (1993) qui auraient dû mener à la création d’un Etat palestinien. Le mur-barrière de séparation érigé depuis 2003 par Israël le plus souvent à l’intérieur des territoires occupés englobe côté israélien les quatre cinquièmes environ des colons juifs. La colonisation à l’est de cet obstacle militaire continue néanmoins à l’heure actuelle. (B.L.)

source sur fb

Le père du soldat kidnappé met les Israéliens en colère


La vérité finit toujours par l’emporter. C’est plus ou moins long mais c’est presque inéluctable. Dans le cas de l’affaire Gilad Shalit, du nom de ce soldat sioniste capturé, fait prisonnier (et non kidnappé) par la résistance palestinienne, il aura fallu attendre un peu plus de cinq ans.

Et cette vérité sort de la bouche de Noam Shalit, le père du terroriste sioniste qui ose comparer l’action des Palestiniens à celle de la Haganah, la milice qui deviendra l’armée de l’Etat sioniste.

Alors bien sûr, Noam Shalit qui se lance en politique et ne cache plus ses sympathies pour le parti travailliste provoque la colère de la droite sioniste qui lui reproche finalement de rappeler les méthodes qui caractérisent le sionisme.

Les palestiniens auraient aussi de quoi s’indigner d’’être comparés à cette engeance sioniste dont la nature criminelle s’est affirmée très tôt et qui a combattu pour «sa liberté» aux dépends de celle du peuple palestinien.

Le crime originel que rappelle involontairement M. Shalit.

The Age (Australie) 17 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Le père d’un soldat israélien maintenu en captivité par le Hamas pendant plus de cinq années, a déclaré qu’il enlèverait des soldats israéliens s’iI était un Palestinien.

Noam Shalit, qui a dit en début d’année qu’il soutiendrait le parti travailliste aux prochaines élections, a provoqué l’indignation de la droite israélienne par ses propos. Son fils, Gilad, a été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers en octobre 2011.

M. Shalit a déclaré que l’enlèvement de soldats israéliens par le Hamas était comparable aux techniques utilisées par l’organisation paramilitaire israélienne Haganah contre les Britanniques, expliquant que “nous avons aussi kidnappé des soldats britanniques quand nous combattions pour notre liberté.” Parlant avec à un journaliste de la télévision dans la cuisine du domicile de la famille Shalit, décor régulier de cinq années de campagne pour la libération de leur fils, M. Shalit a été soumis à un feu roulant de questions pour l’amener à clarifier ses positions politiques.

L’ancien ingénieur a finalement résumé les thèmes de campagne qui lui tiennent à cœur par la “responsabilité mutuelle. Et par le fait de ne pas laisser de soldats en arrière, ni n’importe quel Israélien qui est en difficulté”

Il a dit aussi qu’il serait prêt à négocier avec le Hamas s’il était député, une chose que le gouvernement israélien, comme la Grande Bretagne et les Etats Unis, refuse de faire.

“Je suis pour discuter avec quiconque veut discuter avec nous,” a-t-il dit.

Les forces israéliennes d’occupation recrutent des soldats sur le Net


“Pas besoin d’être soldat dans Tsahal pour aider Israël à se défendre. Comment pouvez-vous agir ?”

C’est par ces mots sciemment choisis suivis d’un lien renvoyant vers son site que l’armée israélienne recrute sur Facebook et Twitter.

Cyberguerre, stratégie marketing ou l’art de tisser sa toile

La guerre se joue aussi sur le terrain de l’information et les réseaux sociaux sont des outils incroyablement puissants pour informer, mais aussi désinformer et faire de la propagande. Tsahal l’a compris et profite de cette accès à des millions d’internautes pour présenter sa réalité de la situation en Israël, dénoncer certaines postures médiatiques et recruter des porte-parole de la cause israélienne. Cette puissante armée mise sur le marketing viral pour imposer son opinion. Le but ? Sensibiliser le grand public et le rallier à son combat, notamment en prenant la posture de victime. En somme, une vraie stratégie publicitaire, comme le fait n’importe quelle marque, avec les processus d’identification et la notion de groupe/communauté voire d’appartenance à une élite pour mieux se vendre. Sauf que l’enjeu dans ce cas est considérable.

Responsabilité des internautes

Des groupes terroristes communiquent sur internet et parviennent à endoctriner les plus faibles, ces méthodes sont d’ailleurs largement commentées et dénoncées. Qu’en est-il concernant l’armée de Tsahal ? A quel point cette activité et ce lobbying sur la Toile sont-ils efficaces ? Les personnes qui rejoignent ses rangs sur le terrain virtuel réalisent-elles ce que leur soutien implique ? Rien n’est moins sûr. Derrière son écran, difficile de connaître la réalité du terrain. Compliqué de comprendre que l’expression “frappes chirurgicales” désigne des attaques bien moins précises, ciblées et propres que ces termes ne le laissent penser. Que les “dommages collatéraux” sont des civils tués car leur maison ou leur école ont été attaquées. Des décès vite dénombrés dans un décompte macabre et froid et tout aussi vite oubliés. Comme s’il ne s’agissait que de chiffres. Les soutiens invisibles de Tsahal le savent-ils ?

A ce jour, plus de 25 morts côté palestinien dues aux attaques qui ont débuté vendredi. Aucun côté israélien (fort heureusement). A part un cheval, le Jerusalem Post a d’ailleurs annoncé sa mort dans un article intitulé “Il ne fait pas bon être un cheval aujourd’hui” avant de modifier ce titre pour le moins évocateur.

PS : Concernant la désinformation, il apparaît – et cela a été confirmé par BFM TV, Le Figaro, Euronews, France 2, entre autres, – que c’est le gouvernement israélien qui a lancé les récentes hostilités, contrairement à ce qui a été dit dans un premier temps et que certains médias continuent de répéter.

Le complexe d’Auschwitz


Cet article est tiré du blog « Democracy in America » qui rassemble des contributions des correspondants du magazine The Economist qui traitent de politique américaine.

Ce papier est signé seulement des initiales du correspondant, M.S., mais il faut dire qu’il aurait, à quelques petits détails près, pu parfaitement être signé de Gilad Atzmon dont le journaliste semble avoir lu le livre “The Wandering Who ?.”

Où alors ce journaliste a abouti indépendamment aux mêmes conclusions que le fameux jazzman ex sioniste.

En même temps, il faut dire que c’est Netanyahou en personne qui nous convie à rejoindre l’analyse d’Atzmon quand il fait ce geste très symbolique qui consiste à offrir le Livre d’Esther au président des Etats Unis.

Ce qui revient à demander à Barack Obama d’assumer le rôle qui avait été celui du roi de Perse dans le Libre d’Esther.

Ce livre relate comme il est dit dans l’article une tentative d’élimination des Juifs en Perse à l’instigation d’un certain Haman, vizir du roi Ahasuerus. Une tentative déjouée grâce à Esther, l’épouse crypto-juive du roi et ce sont finalement les ennemis des Juifs qui seront exterminés.

La prière qui commémore ces événements observe cependant explicitement que la haine des Juifs est un phénomène qui traverse les époques et n’a pas de fin (ce sont les mêmes conclusions auxquels est arrivé le sieur Bernard-Botul-Henri Lévy, soi disant en philosophant alors qu’il s’est contenté de régurgiter sa doctrine religieuse).

On signalera quand même que l’histoire (celle qu’on professe à l’université non talmudique) ne connaît pas de roi Ahasuerus, pas plus que de vizir Haman ou de reine Esther.

Israël, l’Iran et l’Amérique

Le complexe d’Auschwitz

Par M.S., The Economist (UK) 6 mars 2012 traduit de l’anglais par Djazaïri

Pendant sa rencontre avec Barack Obama lundi, Bibi Netanyahou a déclaré que “Israël doit être toujours en mesure de se défendre elle-même contre n’importe quelle menace. »

“Je crois que vous comprendrez, M. le Président, qu’Israël doit se réserver le droit de se défendre, » a déclaré Netanyahou. « Après tout, c’est le but même de l’Etat juif, restaurer le contreôle par le peuple juif de notre destin. C’est pourquoi ma suprême responsabilité en tant que premier ministre d’Israël est de faire en sorte qu’Israël reste maîtresse de son destin.»

Flash info: Israël n’est plus maîtresse de son destin. Il n’y a rien de terriblement surprenant à ce qu’un pays de moins de huit millions d’habitants ne soit pas maître de son destin. La Suède, la Suisse, la Serbie et le Portugal ne sont pas maîtres de leurs destins. En ce moment, de nombreux pays avec des populations de 100 millions d’habitants et plus ne peuvent pas vraiment être présentés comme maîtres de leurs destins. La Chine et la Grande Bretagne ne sont pas maîtresses de leurs destins, et même les Etats Unis qui sont de loin la première économie mondiale ne sont pas vraiment maîtres de leur destin.

Mais Israël a encore moins de contrôle sur sa propre destinée que n’en ont la Grande Bretagne ou le Portugal. La principale raison en est que, à la différence de ces pays, Israël refuse de renoncer à son empire. Israël est incapable de soutenir ses ambitions impériales en Cisjordanie, ni même de les articuler de lanière cohérente. Ayant permis à son idéologie fondatrice [le sionisme, NdT] de l’emmener inconsciemment et sans discontinuer dans ce que Gershom Ginsburg appelle un « empire accidentel » de colonies extrémistes nationalistes religieuses qui défient ouvertement ses propres tribunaux, Israël est politiquement incapable de s’en désengager. Les batailles partisanes engendrées par son occupation du territoire palestinien la rendent de moins en moins capable de se désengager. Elle est immobilisée, figée dans un conflit qui la tue à petit feu. Des pays vivant un crépuscule impérial, telle la Grande Bretagne de la fin des années 1940, sont souvent saisis par un sentiment de désespoir paralysant. Depuis plus de dix ans, le ton discours politique en Israël est un mélange de panique, de désespoir, d’hystérie et de résignation.

Personne ne porte une plus grande responsabilité pour le piège dans lequel Israël se trouve aujourd’hui enfermée que M. Netanyahou. En qualité de premier ministre à la fin des années 1990, il a fait plus que n’importe quel autre dirigeant Israélien pour détruire le processus de paix. L’accaparement illégal de terres par les colons était toléré et discrètement encouragé dans l’espoir confus qu’il serait un atout pour les négociations territoriales. Des affrontements violents et des provocations éclataient à chaque fois que le processus de paix semblait sur le point de franchir une étape concrète ; l’alibi le plus charitable consisterait à prétendre que les Israéliens n’avaient pas su faire preuve de la retenue attendue d’eux dans leurs représailles contre le terrorisme palestinien, ce qui sous-entend qu’ils auraient été vraiment intéressés par une solution à deux Etats. M. Netanyahou pensait que les accords d’Oslo étaient un mirage, et les actions de son gouvernement à la fin des années 1990 ont contribué à la réalisation de ce mirage.

S’étant enfermés eux-mêmes dans une lute à mort avec les Palestiniens sans pouvoir la reconnaître où la dénouer, les Israéliens ont opéré un déplacement de la source de leur anxiété vers une cible plus lointaine : l’Iran. Une bombe nucléaire iranienne ne serait pas un développement heureux pour Israël. Comme ne l’avaient pas été non plus un Pakistan nucléaire ni, de fait, la Corée du Nord. L’idée que l’Iran nucléaire représente un nouvel holocauste est exagérée, et la croyance que la source des malheurs existentiels d’Israël puisse être éliminée par une frappe aérienne est une erreur. Mais l’Iran fait un ennemi idéal pour les Israéliens parce que, à la différence des Palestiniens, il peut s’assimiler à une figure familière du roman national juif : l’antisémite éliminationniste. Avec les gros sabots qu’on lui connaît, M. Netanyahou a marqué sa rencontre avc M. Obama en lui offrant un exemplaire du Livre d’Esther. Ce livre parle d’un complot ourdi par Haman, vizir du roi de Perse Ahasuerus, pour massacrer les Juifs du pays, et des efforts de la belle Esther, l’épouse secrètement juive du roi Ahasuerus, pour persuader le roi de l’en empêcher. C’est une version de ce même récit de répression, de menace d’extermination et de résistance que les Juifs commémorent à Pâque dans la prière “Ve-hi she-amdah”: « Parce qu’à chaque génération ils se lèvent pour nous détruire, mais le Seigneur, béni soit-Il, nous délivre d’eux.»

M. Netanyahou est moins séduisant qu’Esther, mais il semble faire la cour à M. Obama et à l’opinion américaine de manière tout aussi efficace. La relation israélo-américaine ressemble maintenant à cette sorte d’interdépendance qu’on voit parfois dans les mariages ratés, où le partenaire le plus obstiné et le plus instable entraîne l’autre dans des projets de plus en plus illusoires et dangereux dont les résultats désastreux ne semblent avoir pour effet que de légitimer leur vision paranoïaque. Si M. Netanyahou réussit à convaincre l’Amérique de soutenir une attaque contre l’Iran, il faut espérer que ses conséquences catastrophiques ne serviront pas à justifier l’attaque qui les a provoquées.

M. Netanyahou pense que la mission du sionisme était de donner au people juif le contrôle de sa destinée. Personne n’a le contrôle de son destin quant il est en guerre avec ses voisins. Mais en tout cas, c’est seulement une des manières de penser la mission du sionisme. Une autre mission que citaient fréquemment les sionistes du début était d’aider les Juifs à sortir de la «mentalité de ghetto.» Le cadeau offert par M. Netanyahou à M. Obama montre qu’il est toujours dans cette mentalité.

Traduction : http://mounadil.wordpress.com/

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