Israël sermonne la Belgique


C’est ce qu’on appelle une grosse colère. Du gouvernement israélien contre la Belgique (et aussi l’Autriche). En cause, le vote positif belge au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, à Genève jeudi, relatif à la mise sur pied de la première mission d’enquête internationale indépendante sur « les effets des colonies de peuplement israéliennes sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels des Palestiniens dans le territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ».

L’ambassadrice de la Belgique en Israël, Bénédicte Frankinet, a dû répondre à une convocation des Affaires étrangères israéliennes et se rendre lundi de Tel-Aviv à Jérusalem pour se faire morigéner par un diplomate qui lui a lu une protestation officielle. Son collègue autrichien a subi le même sort. On va le voir, la position belge n’est en réalité pas vraiment logique !

Parmi les huit membres de ce conseil appartenant à l’Union européenne, seules Bruxelles et Vienne ont voté pour cette résolution, les six autres (Budapest, Bucarest, Madrid, Prague, Rome et Varsovie) s’abstenant. Oslo et Berne, non-membres de l’UE, ont aussi voté pour le texte, adopté par 36 voix pour, 1 contre (les États-Unis) et 10 abstentions.

Comment donc la Belgique, qui n’a pas coutume de ruer dans les brancards, commente-t-elle son vote ? Didier Reynders, le ministre des Affaires étrangères, s’en est expliqué à Kinshasa ce mardi. La Belgique, a-t-il dit, selon son porte-parole, s’est alignée sur la majorité des 27 membres de l’Union européenne (dont Paris et Londres) définie en réunion de coordination, d’autant plus que la résolution en cause va dans la droite ligne de la condamnation de la colonisation israélienne qui est la position européenne et belge depuis très longtemps.

Didier Reynders a estimé que la mission d’enquête qui figure dans la résolution ne constituait « pas un élément constructif », ce qui a d’ailleurs empêché Bruxelles de s’en faire le parrain. Mais la Belgique a néanmoins voté la résolution car elle a considéré la mission comme un point « marginal » par rapport au rappel de la condamnation de la colonisation qui est contraire à la solution des deux Etats… Une explication qui ressemble à un louvoiement plutôt maladroit.

En Israël, depuis jeudi, le gouvernement ne décolère pas. « Le ministère des Affaires étrangères a pris la décision de rompre tout contact avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU », a annoncé un porte-parole lundi. Le ministre israélien, Avigdor Lieberman, a eu ces mots dimanche : « Cet organisme hypocrite n’a rien à voir avec les droits de l’homme. Son parti pris et son manque d’objectivité sont évidents, et nous n’avons aucune raison de coopérer avec lui. Nous ne serons pas acteurs dans ce théâtre de l’absurde car 70 % des décisions de ce Conseil sont hostiles à Israël ».

Avigdor Lieberman, venu de Moldavie en 1978, connaît bien la problématique des colonies juives en territoires occupés, vivant lui-même depuis de longues années dans une colonie à l’est de Bethléem, Nokdim. Le gouvernement israélien issu des élections de 2009 est en effet composé de partis de la droite nationaliste et de l’extrême droite.

Pour la plupart des observateurs, en tout cas, la colonisation juive des territoires occupés reste fondamentale dans la poursuite du conflit. Les Palestiniens, qui ne réclament que 22 % de la Palestine, voient en effet les colons israéliens grignoter inexorablement ce territoire au point de le rendre impropre à l’édification d’un Etat souverain. Depuis 2009, ils exigent le gel de cette colonisation avant de reprendre des pourparlers de paix, selon une logique politique que la communauté internationale a admise.

Le droit international condamne du reste clairement cette colonisation. Même l’Américain Barack Obama avait repris cette antienne en arrivant à la Maison-Blanche il y a trois ans, avant que des contraintes de politiques intérieures impliquant un soutien sans failles à Israël ne l’obligent à ravaler ses ardeurs.
BAUDOUIN LOOS

Contexte

Une colonisation commencée il y a 45 ans

Après la guerre des Six-Jours de 1967, des Israéliens ont entrepris de créer des colonies juives dans les territoires nouvellement occupés. L’arrivée de la droite nationaliste au pouvoir en Israël en 1977 a correspondu à une accélération du phénomène mais la colonisation a également eu lieu sous la plupart des gouvernements dominés par la gauche.

Israël a évacué le Sinaï égyptien en 1981 et la bande de Gaza en 2005 (ainsi que quatre petites colonies dans le nord de la Cisjordanie). En Cisjordanie et Jérusalem-Est occupées, plus de 500.000 colons se sont installés, dont plus de la moitié après les accords d’Oslo (1993) qui auraient dû mener à la création d’un Etat palestinien. Le mur-barrière de séparation érigé depuis 2003 par Israël le plus souvent à l’intérieur des territoires occupés englobe côté israélien les quatre cinquièmes environ des colons juifs. La colonisation à l’est de cet obstacle militaire continue néanmoins à l’heure actuelle. (B.L.)

source sur fb

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