L’antisionisme en tant que décolonisation


Leila Shomali et Lara Kilani

15-12-2023

Résumé (texte intégral suit)(original anglais)

Dans le domaine de la solidarité et de la résistance, notamment dans le contexte du conflit israélo-palestinien, la transparence et la clarté des objectifs d’une organisation sont primordiales. Les entités engagées dans de telles causes doivent communiquer de manière franche et directe leurs idéaux et intentions, tant pour attirer de nouveaux membres que pour maintenir une relation de confiance avec leurs donateurs. Cependant, certaines organisations adoptent une approche de communication ambiguë pour élargir leur base de soutien tout en restant attractives pour un spectre plus large de donateurs.

Cette stratégie se manifeste souvent par l’utilisation de langage vague et généraliste, évoquant des notions comme l’égalité, la justice et un avenir prospère pour tous, sans aborder concrètement les besoins spécifiques des Palestiniens dans le cadre du conflit avec Israël. Une telle démarche, bien qu’elle puisse sembler tactiquement avantageuse, pose plusieurs problèmes. Elle tend à simplifier indûment la complexité de la situation et peut être perçue comme une tentative de masquer les véritables positions de l’organisation, ce qui nuit à sa crédibilité et à la confiance de ses partisans.

Le phénomène du « double discours » est particulièrement problématique. Il s’agit d’une tactique où des messages contradictoires sont adressés à différents groupes : un discours modéré est présenté aux donateurs et au grand public, tandis qu’un message plus spécifique ou radical est réservé aux partisans de base. Cette dualité de communication est considérée comme manipulatrice et vise à maximiser le soutien sans adopter une position ferme et cohérente.

L’exemple du conflit israélo-palestinien sert à illustrer l’importance d’une communication honnête et sans équivoque. L’auteur soutient que les efforts des groupes engagés dans la cause palestinienne devraient avoir un objectif clair : la libération de la Palestine « de la rivière à la mer ». Cette vision d’une Palestine libre et unifiée exige un engagement ferme envers l’anti-sionisme et la solidarité, sans compromis ni ambiguïté. La lutte pour la liberté palestinienne nécessite un soutien audacieux et sans réserve.

En conclusion, le texte souligne que la clarté et la cohérence sont essentielles pour les organisations engagées dans la solidarité et la résistance. Les tactiques telles que l’usage de langage vague et le double discours ne font que saper la confiance et la légitimité de ces organisations. L’exemple du conflit israélo-palestinien démontre l’importance de soutenir fermement les causes justes et de résister à la tentation de diluer les messages pour des gains institutionnels ou personnels. L’engagement envers une communication transparente et sans équivoque est fondamental pour maintenir la confiance des partisans et des donateurs et pour faire avancer efficacement la cause de la solidarité et de la résistance.

Le texte intégral

 Les scènes horribles de Gaza , enregistrées, publiées et rediffusées dans le monde entier, ont secoué les gens et déclenché leur solidarité. Cette vague d’activisme est alimentée par des réactions viscérales aux réalités épouvantables du génocide continu d’Israël opéré sur la scène mondiale. Les gens réalisent, par milliers, que le sionisme est un programme politique d’éradication des peuples autochtones et d’accumulation de leurs ressources .

De nombreux nouveaux activistes et organisateurs réactivés cherchent à traduire leurs réactions émotionnelles en un soutien tangible. Ils recherchent également des hubs communautaires, souvent sous la forme d’organisations, qui confrontent le sionisme et le colonialisme – cause profonde de ce génocide. Que les activistes le sachent ou non, ils cherchent un hub anti-sioniste pour leurs efforts d’organisation. Aussi est-ce précisément le moment de tenir un débat honnête sur certaines des caractéristiques essentielles de cette organisation solidement ancrée dans les principes de la libération palestinienne et de la décolonisation, en éliminant les dernières couches de confusion ou de mystère. Cet essai vise à ouvrir un échange qui n’a que trop tardé en proposant des suggestions que les individus considèreront lorsqu’ils chercheront leur hub anti-sioniste.

Si nous acceptons, comme le font même ceux qui ont une compréhension rudimentaire de l’histoire, que le sionisme est un processus continu de colonisation de peuplement, alors le démantèlement du sionisme nécessite un anti-sionisme, qui doit être compris comme un processus de décolonisation. L’anti-sionisme en tant qu’idéologie décoloniale est alors à juste titre situé comme un mouvement de libération indigène. L’implication qui en découle est double. Premièrement, l’organisation décoloniale exige que nous nous libérions des limitations des structures de pouvoir et de connaissance existantes et imaginions un monde nouveau et juste. Deuxièmement, cette compréhension révèle que ceux qui préservent la pensée anti-sioniste sont les communautés indigènes résistant à l’éradication coloniale , et que c’est de cette analyse que les stratégies, les modes et les objectifs de la praxis décoloniale doivent découler. En termes plus simples : ce sont les Palestiniens engagés dans la décolonisation, et non les ONG occidentales, qui sont les principaux auteurs de la pensée anti-sioniste. Nous écrivons cela en tant que Palestinienne et Palestinienne-Américaine qui vivons et travaillons en Palestine, et qui avons vu l’impact des prétendues « valeurs occidentales » et comment la centralisation du paradigme des « droits humains » perturbe les véritables efforts décoloniaux en Palestine et à l’étranger, cela au profit du maintien du statu quo et du rapprochement du pouvoir par le recours à nos slogans vidés de l’analyse historique palestinienne.

L’organisation anti-sioniste n’est pas une notion nouvelle, mais jusqu’à présent, l’utilisation du terme dans les cercles d’organisation a été entachée de malentendus, de définitions vagues ou carrément minimisées. Certains ont décrit incorrectement l’anti-sionisme comme se réduisant à des activités ou des pensées limitées aux critiques de l’actuel gouvernement israélien – dangereuse déformation. Comprendre l’anti-sionisme comme décolonisation exige l’articulation d’un mouvement politique avec des objectifs matériels et articulés : la restitution des territoires ancestraux et le respect du principe inviolable de rapatriement indigène et du droit au retour, couplés à la déconstruction des structures sionistes et à la reconstitution de cadres de gouvernance conçus, dirigés et mis en œuvre par les Palestiniens.

L’anti-sionisme met en lumière la nécessité de rendre le pouvoir à la communauté indigène et la nécessité de cadres de justice et de responsabilité pour les communautés de peuplement qui ont mené une guerre sanglante et implacable depuis un siècle contre le peuple de Palestine. Cela signifie que l’anti-sionisme est bien plus qu’un simple slogan.

Un mouvement de libération : Compte tenu des implications de la définition de l’anti-sionisme, nous devons le réorienter dans le cadre d’un mouvement de libération. D’où l’importance stratégique du contrôle sur le récit et les principes de l’anti-sionisme dans le contexte des efforts décoloniaux mondiaux. Comme le souligne Steven Salaita dans « Hamas is a Figment of Your Imagination« ( Le Hamas est le fruit de votre imagination) , le sionisme et le sionisme libéral continuent d’influencer la forme de la résistance palestinienne :

« Les sionistes ont un type de contrôle rhétorique dans l’espace public : ils déterminent la culture du natif ; ils prescrivent (et interdisent) les contours de la résistance ; ils jugent le travail de libération nationale. Les Palestiniens sont pris au piège par l’imagination grossière et intéressée de l’oppresseur. »

Nous devons récupérer notre droit à la narration et pouvons utiliser la pensée anti-sioniste comme guide pour la libération. Nous devons reprendre la praxis anti-sioniste à ceux qui limiteront à un titre dans un courriel d’appel de fonds.

Alors que notre imagination collective n’a pas entièrement articulé à quoi ressemblerait une Palestine libérée et décolonisée, les contours approximatifs ont été tracés à plusieurs reprises. Demandez à n’importe quel réfugié palestinien déplacé de Haïfa, des terres de Sheikh Muwannis ou de Deir Yassin – ils vous diront qu’une Palestine décolonisée est, au minimum, le droit au retour des Palestiniens vers une unité politique autonome de la rivière à la mer.

Lorsque des « anti-sionistes » auto-proclamés utilisent des rhétoriques comme « Israël-Palestine » – ou pire encore, « Palestine-Israël » – nous nous demandons : où pensez-vous qu’Israël existe ? Sur quelle terre repose-t-il, sinon en Palestine ? Ce n’’est rien de plus qu’une tentative de légitimer un État colonial ; le nom que vous recherchez est la Palestine – aucun trait d’union requis. Au minimum, les formations anti-sionistes devraient éliminer le langage qui impose aux Palestiniens et aux alliés non-palestiniens la violence du vol colonial.

La relation colonisateur/colonisé : Comprendre la relation colonisateur/colonisé est essentiel dans l’organisation anti-sioniste. Cela signifie confronter la désignation « colon » dans le colonialisme de peuplement sioniste – un statut de classe indiquant sa place dans les systèmes de pouvoir coloniaux plus larges. Le discours anti-sioniste devrait remettre en question de manière critique le (re)cadrage du sionisme de l’histoire à travers des instruments coloniaux, tels que les accords d’Oslo et une dépendance excessive à l’égard des cadres du droit international, à travers lesquels ils différencient les colons israéliens à Tel Aviv et ceux des colonies de Cisjordanie.

Suggérer que certaines villes israéliennes sont des colonies tandis que d’autres ne le sont pas perpétue le cadre sioniste, accordant une légitimité au contrôle colonial selon des divisions géographiques arbitraires en Palestine, et divisant davantage la terre en zones disparates. L’analyse anti-sioniste comprend que les « colons » ne sont pas seulement des résidents de colonies « illégales » de Cisjordanie comme Kiryat Arba et Efrat, mais aussi ceux de Safed et Petah Tikvah. Demandez à n’importe quels Palestiniens de Haïfa vivant en exil; ils vous diront que les Israéliens vivant dans leurs maisons sont aussi des colons.

Le choix commun de centrer les accords d’Oslo, le droit international humanitaire et le paradigme des droits humains sur les réalités socio-historiques palestiniennes ne limite pas seulement notre analyse et nos interventions politiques ; ce choix restreint notre imagination quant au type d’avenir que les Palestiniens méritent, reléguant les questions de décolonisation pour nous convaincre que ce sont les nouveaux, mauvais colons en Cisjordanie qui sont la source de la violence. Les colons légitimes, qui résident dans les limites des géographies palestiniennes volées en 1948 comme Tel Aviv et Jérusalem-Ouest, sont différents dans ce récit. Comme Breaking the Silence, ils peuvent être éclairés en apprenant l’erreur de la violence coloniale perpétrée au service des colons méchants. Ils peuvent même être nos partenaires de solidarité – tout cela sans avoir à sacrifier une miette de privilège colonial ou à condamner la violence sioniste antérieure à 1967 dans toutes ses cruelles manifestations.

En conséquence de ce raisonnement, les organisations de solidarité mettent souvent en avant certains Israéliens – ceux qui renoncent à la violence d’État au service des colons méchants et de leur colonisation continue de la Cisjordanie – dans des rôles de professionnels et de faiseurs de paix, les positionnant sur un pied d’égalité intellectuelle, morale ou de classe avec les Palestiniens. Il n’y a aucune reconnaissance du déséquilibre inhérent de pouvoir entre ces Israéliens et les Palestiniens avec lesquels ils prétendent être solidaires – se dépouillant de leur statut de colon. Le colon est retiré du contexte historico-politique qui lui a accordé un statut privilégié sur une terre volée et lui donne le pouvoir de délimiter l’expérience palestinienne. Cela fait partie de la dissimulation historique du récit sioniste, en négligeant le contexte du colonialisme de peuplement pour considérer le colon comme un individu, et en omettant son statut de classe en tant que colon.

Lecture erronée de la « décolonisation » : Il est essentiel de noter que les Palestiniens n’ont jamais rejeté l’indigénéité juive en Palestine. Cependant, le mouvement de libération a fait la distinction entre les colons sionistes et les autochtones juifs. Les Palestiniens ont établi un cadre clair et rationnel pour cette distinction, comme dans les Thawabet, la Charte nationale de la Palestine de 1968. L’article 6 stipule : « Les Juifs qui résidaient normalement en Palestine jusqu’au début de l’invasion sioniste seront considérés comme Palestiniens. »

Lorsque des individus confondent « décolonisation » avec « le meurtre de masse ou l’expulsion des Juifs », c’est souvent le reflet de leur propre implication dans le colonialisme ou le résultat de la propagande sioniste. Perpétuer cette rhétorique est une interprétation délibérée erronée de la pensée palestinienne, qui a maintenu cette position sur un siècle d’organisation indigène.

Même après 100 ans de nettoyage ethnique, de communautés entières bombardées et de lignées familiales entières effacées, les Palestiniens n’ont jamais, en tant que collectif, appelé au meurtre massif des Juifs ou des Israéliens. L’anti-sionisme ne peut pas faire l’impasse sur l’emploi des définitions historico-politiques de « colon » et « autochtone » dans son discours pour confronter les lectures a-historiques de la pensée décoloniale palestinienne et la propagande sioniste.

Version sioniste du « toutes les vies comptent »

Comme nous le constatons, le colonialisme des colons assure la position du colon, l’investissant de droits, en l’occurrence, un droit divin de conquête. En tant que tel, le sionisme garantit que les droits des colons l’emportent sur ceux des peuples autochtones, au détriment de ces derniers. Sachant cela, le slogan libéral « égalité des droits pour tous » nécessite une réflexion approfondie. Plutôt que de mettre l’accent sur la déconstruction de l’État colonial et la violence inhérente à celui-ci, qui sert éternellement le colon au détriment direct des communautés autochtones, le slogan suggère que les Palestiniens doivent simplement obtenir plus de droits au sein du système violent. Mais les « droits égaux », dans le sens que ceux qui scandent cette phrase le pensent, ne viendront pas des tentatives de réhabilitation d’un État colonial. Ils ne peuvent être assurés que par la décolonisation de la Palestine, par la restitution matérielle des terres et des ressources. Sans discussion supplémentaire, le slogan ne sert que de mécanisme supplémentaire du sionisme, maintenant les droits du colon plutôt que de souligner la nécessité de restaurer les droits des communautés autochtones, qui ont depuis longtemps été les victimes des droits des colons.

Les anti-sionistes ne peuvent à la fois condamner le colonialisme des colons et le sionisme, et plaider en faveur de l’idée que les colons devraient avoir des droits égaux et immuables. Les sionistes voudraient vous faire croire que leur État a toujours existé, que les Israéliens ont toujours vécu sur cette terre. Mais une brève référence à l’histoire récente nous rappelle que l’anti-sionisme doit faire face aux mécanismes continus qui font progresser matériellement le développement des colonies en Palestine.

En 2022 seulement, les institutions sionistes ont investi près de 100 millions de dollars, transférant quelque 60 000 nouveaux colons de Russie, d’Europe de l’Est, des États-Unis et de France pour contribuer à assurer une majorité démographique et à garantir une présence physique sur les terres autochtones. Cela ne se produit que par le maintien du déplacement forcé des Palestiniens, et par leur déplacement violent renouvelé, comme nous le voyons quotidiennement, notamment en Cisjordanie rurale.

Il n’y a aucune légitimité morale dans l’idée que ces colons ont le « droit » de vivre sur des terres palestiniennes volées, le vol étant maintenu par la force, tant qu’il n’y a pas eu de restauration des droits des Palestiniens. Aucune théorie de la justice n’existe dans le discours éthique ou philosophique dominant qui plaide en faveur du droit d’une personne ayant volé quelque chose de garder légitimement ce qu’elle a pris. L’acte de voler, par définition, viole les principes fondamentaux des théories de la justice, qui mettent l’accent sur l’équité, la distribution équitable des ressources et le respect des droits individuels et de la propriété.

Pour rappeler que la décolonisation n’est pas une métaphore, certains activistes ayant la citoyenneté israélienne, dont Nadav Gazit et Yuula Benivolsky, ont pris l’initiative de soutenir concrètement la libération palestinienne et ont renoncé à leur revendication de la citoyenneté coloniale. Lorsque des ONG libérales défendent l’idée d' »égalité des droits pour tous » sans discuter davantage de ce que cela signifie, c’est la version sioniste du « toutes les vies comptent », perpétuant – ou au mieux, ne remettant pas en question – le maintien de systèmes de violence contre les Palestiniens.

Après avoir exposé certains des concepts fondamentaux et des définitions concernant le sionisme et l’anti-sionisme, nous pouvons explorer certaines stratégies et tactiques essentielles de l’organisation anti-sioniste.

Changements structurels au soutien de  la libération

Comme l’anti-sionisme nécessite le démantèlement systématique des structures sionistes, ce processus peut inclure des programmes éducatifs et des manifestations, qui servent d’activités fondamentales. Cependant, il est essentiel d’être prudent quant aux espaces et aux activités d’organisation qui deviennent des zones de confort pour les militants ne prenant pas les risques nécessaires et les défis significatifs aux structures de la violence sioniste en place. L’organisation anti-sioniste doit impliquer une réforme stratégique des politiques et du droit qui soutiennent la décolonisation à distance, comme cibler les lois permettant aux organisations caritatives internationales de financer des milices coloniales israéliennes et l’expansion des colonies. Après tout, notre objectif depuis l’étranger devrait être de provoquer des changements structurels pour faire progresser la décolonisation, et non simplement de changer le sentiment public à l’égard de la Palestine.

Les approches décoloniales à l’étranger incluent le changement des structures internes d’institutions qui soutiennent la colonisation : des organismes de bienfaisance, des églises, des synagogues, des clubs sociaux et d’autres institutions donatrices. Cela inclut des entités auxquelles de nombreux militants internationaux sont personnellement, professionnellement et financièrement liés, tels que les organisations à but non lucratif avec lesquelles nous collaborons et de grandes institutions de financement comme la Open Society Foundation et la Carnegie Corporation de New York.

Dans le contexte des États-Unis, les institutions sionistes les plus menaçantes sont les partis politiques enracinés qui fonctionnent pour maintenir le statu quo de l’empire américain, pas les groupes Hillel sur les campus universitaires ou même les églises chrétiennes sionistes. Bien que la Ligue anti diffamation (ADL) et le Comité des affaires publiques israélo-américaines (AIPAC) s’engagent dans des formes de violence qui répriment la libération palestinienne et ne doivent pas être minimisées, il est crucial de reconnaître que les institutions les plus importantes dans le contexte du colonialisme des colons ne sont pas exclusivement orientées ou représentées par les Juifs : le Parti républicain et le Parti démocrate aux États-Unis font probablement plus pour amener le public à consentir au massacre des Palestiniens que l’ADL et l’AIPAC réunis. Même le Caucus progressiste et la majorité de ‘The Squad’ en sont coupables.

Ces défis internes aux institutions et aux communautés auxquelles nous appartenons sont, par définition, risqués et sacrificiels – mais essentiels et libérateurs. Ils nécessitent une confrontation, et probablement la retenue de soutien et de ressources matérielles, afin d’instaurer le changement. Comme nous l’avons vu au cours des derniers mois, organiser simplement des manifestations pour faire pression sur les politiciens sans l’intention explicite de retirer le soutien électoral et financier des partis politiques et des institutions est fondamentalement défaillant. Cela ne garantit pas non plus le résultat souhaité : le 28 novembre 2023, en plein génocide des Palestiniens à Gaza par Israël, les membres de la Chambre des représentants des États-Unis ont voté à 421 contre 1 (le 1 n’étant affilié à aucun mouvement de décolonisation) en faveur d’un projet de loi assimilant l’anti-sionisme à l’antisémitisme. Les membres de ‘The Squad’ qui n’ont pas voté pour le projet de loi n’ont pas voté contre.

Les politiciens, les leaders organisationnels et les institutions de financement doivent voir les véritables conséquences politiques de leurs décisions de soutenir le génocide. La réticence au sein de la direction exécutive des organisations internationales de solidarité à tenir les élus responsables est un signal d’alarme, car nous ne pouvons pas équilibrer nos loyautés entre la libération et la commodité politique temporaire. L’anti-sionisme nécessite plus qu’une organisation politique ciblée contre ceux qui maintiennent intentionnellement la suprématie blanche par le biais du sionisme ; il exige que nous misions sur notre accès au pouvoir pour démanteler les mécanismes d’oppression. Nous devons cesser de parier sur la pérennité du sionisme.

Lorsque nous dissocions correctement le sionisme du judaïsme et le comprenons comme un processus d’éradication indigène et d’accumulation primitive des ressources, les formations politiques dominantes, l’industrie des armements et le secteur de la sécurité high-tech sont facilement compris comme des institutions indispensables dans le cadre du projet sioniste plus large. Ces organes bénéficient aussi matériellement du statu quo de la colonisation sioniste, et utilisent donc leur pouvoir pour le maintenir. Cela fait partie d’une fonction plus large de ces formations visant à soutenir la suprématie blanche, l’impérialisme et le colonialisme à l’échelle mondiale – systèmes qui nuisent à toutes les communautés, quoique de manière inégale. Cela nous aide à reconnaître que le sionisme ne sert pas à avantager les Juifs, même si ce n’est pas la raison principale pour laquelle nous devrions l’abolir. Établir une équivalence entre la sécurité et la prospérité des communautés juives dans le monde et la sauvegarde de la violence coloniale est un argument antisémite et fallacieux. Il prétend que, pour prospérer, les communautés juives doivent déplacer, dominer, incarcérer, opprimer et tuer les Palestiniens.

Cela se rapporte à la discussion précédente sur la compréhension des Palestiniens en tant qu’auteurs et gardiens de la pensée décoloniale anti-sioniste. Nous devons veiller à ne pas présenter l’anti-sionisme comme appartenant de manière exclusive aux militants juifs, ou exigeant l’initiative d’organisations juives. Caractériser l’anti-sionisme comme une pratique nécessairement dirigée par des militants juifs, plutôt que de le reconnaître comme une praxis décoloniale visant à déconstruire les institutions maintenant la colonisation de la Palestine, déplace le leadership décolonial palestinien. En mettant trop l’accent sur le rôle des organisations juives, nous décentrons la connaissance, l’expérience et les efforts décoloniaux palestiniens au profit d’agences non palestiniennes. C’est une grave erreur. Une telle confusion ne représente pas seulement les objectifs de l’anti-sionisme, mais contribue involontairement à la poursuite des sentiments antisémites en assimilant judaïsme et colonialisme.

La solidarité audacieuse

En résumé, l’anti-sionisme n’est pas un simple slogan, mais un processus de décolonisation et de libération. Les Palestiniens engagés dans la résistance au sionisme et à leur éradication sont les gardiens de ce mouvement politique. Des villes telles que Tel Aviv et Modi’in sont des colonies, tout comme Itamar ou Tel Rumeida en Cisjordanie. La décolonisation n’implique pas le déplacement de l’ensemble des communautés juives en Palestine; cependant, il est crucial de reconnaître que chaque individu s’identifiant comme juif n’est pas autochtone de la Palestine. Ce cadre de base doit être articulé sans réserve dans leur plaidoyer par les organisations et alliés anti-sionistes. L’organisation anti-sioniste doit s’orienter vers le démantèlement des structures coloniales en modifiant les lois et les politiques des institutions et formations les plus essentielles au projet étatique israélien.

Cet essai n’est pas un manuel exhaustif ; au contraire, il entame une conversation nécessaire et présente les principes centraux de la praxis anti-sioniste. Ces principes sont non négociables et représentent certains repères de l’organisation anti-sioniste. Ces indicateurs anti-sionistes ne doivent pas être dispersés dans des courriels ou des publications sur les réseaux sociaux que l’on doit chercher, mais ils doivent être manifestes dans notre travail et notre analyse.

L’engagement d’une organisation envers la solidarité et la conceptualisation de la résistance doit être transparent. Ses idéaux devraient être clairs tant pour les nouveaux venus potentiels que pour ses donateurs. Nous avons vu, trop souvent, des organisations obscurcir délibérément leur position afin de toucher une large masse de personnes tout en restant acceptables pour les donateurs libéraux. Elles utilisent un langage vague sur le futur qu’elles envisagent, parlant d’ « égalité, de justice et d’un avenir prospère pour tous les Palestiniens et Israéliens » sans discussion réfléchie sur ce dont les Palestiniens auront besoin pour atteindre cette prospérité. Le phénomène du double discours, où des messages contradictoires sont transmis aux partisans de base et aux donateurs financiers, est une tactique manipulatrice pour un gain institutionnel ou personnel. Il devrait être clair dès le départ que les efforts d’un groupe ont un objectif ultime : de la rivière à la mer, la Palestine sera libre. L’anti-sionisme et la solidarité doivent être audacieux. Les Palestiniens méritent rien de moins.

Remerciements : Nous tenons à remercier Em Cohen et Omar Zahzah pour leur édition minutieuse et leurs suggestions réfléchies.

Leila Shomali est une doctorante palestinienne en droit international à l’Université de Maynooth en Irlande et membre du Good Shepherd Collective.

Lara Kilani est une chercheuse américano-palestinienne, doctorante et membre du Good Shepherd Collective.

Original anglais

Rony Brauman


Le massacre de Gaza. Parcours d’un ancien sioniste.

Rony BRAUMAN est médecin. Engagé depuis 1977 dans l’humanitaire, il a notamment été président de l’ONG Médecins sans frontières, et dénonce depuis de nombreuses années les ingérences humanitaires, la duplicité de certains discours encourageant les guerres, et les exactions causées par ces dernières. Dans cette interview par Olivier Berruyer pour le site Élucid, Rony Brauman propose son analyse du conflit israélo-palestinien, dont le niveau de violence a atteint son paroxysme depuis l’attaque 7 octobre. Il déplore les massacres perpétrés, et l’horreur d’une situation dont on peine à envisager la moindre issue. Il se montre très critique face à la politique de destruction conduite par Israël, sous le regard complaisant d’un Occident dépassé par ce conflit.

Netanyahou en Israël : Un Oliver Cromwell pour notre époque



HUGH J. CURRAN
01/20/2024

 » Quand le pillage [et la dépossession] devient un mode de vie pour un groupe d’hommes dans une société, ils se créent au fil du temps un système juridique qui l’autorise et une morale qui le glorifie.  » – Frédéric Bastiat

Ilan Pappe, historien israélien, écrit dans « Les Palestiniens oubliés » que « le sionisme est né de deux impulsions : la première était de trouver un refuge sûr pour les Juifs ; la seconde était de réinventer le judaïsme en tant que mouvement national, inspiré par les mouvements nationaux de 1848 en Europe ; mais l’impulsion nationale et humaniste a été subsumée par une impulsion colonialiste avec le besoin d’un espace juif pur ; et en 1948, le seul moyen d’y parvenir était le nettoyage ethnique d’un million de Palestiniens. En conséquence, 500 villages palestiniens ont été dépeuplés par la force et une « dépossession permanente de la population indigène de Palestine » a eu lieu.

La commission Peel de 1937 a admis que la déclaration Balfour de 1917 avait donné aux Britanniques un mandat qui ne pouvait pas être mis en œuvre. Le mandat a créé un antagonisme entre les Arabes et les Juifs. La commission Peel recommande un partage, mais les deux groupes s’y opposent. Le Congrès sioniste mondial de 1937, par exemple, exigeait une plus grande part des terres dans le cadre d’un partage. En 1947, les Britanniques ont réalisé qu’après les pertes subies pendant la Seconde Guerre mondiale et les coûts liés au maintien d’une force militaire importante en Palestine, ils ne pouvaient plus maintenir leur mandat de l’ONU.

Les coûts de la dépossession sont divers, les indigènes étant traumatisés lorsqu’ils perdent leurs terres ancestrales, tandis qu’à d’autres moments, il y a un coût moral qui laisse des niveaux de colère, de rage et d’angoisse chez ceux qui sont intimidés et déplacés ; mais il laisse également un résidu de culpabilité chez l’occupant afin de justifier l’appropriation des terres indigènes.

Bien que plusieurs siècles les séparent, ce qui se passe en Palestine ressemble à ce qui s’est passé en Irlande au 17ème siècle. Oliver Cromwell, le leader puritain, a envahi l’Irlande, apparemment en représailles contre la Coalition catholique d’Irlande en 1649. En guise de mesure punitive, il a massacré les habitants de Wexford et de Drogheda. Sa politique de la terre brûlée consistait notamment à brûler les récoltes et à incendier les fermes.

Selon l’historien du XIXe siècle William Lecky, les lettres de Cromwell contiennent des commentaires sur le massacre de Drogheda, au cours duquel il a personnellement ordonné que tous les habitants soient tués. Par exemple, lors de l’office du dimanche à l’église Saint-Pierre, 1 000 fidèles ont été « passés au fil de l’épée ». Cromwell lui-même a écrit : « tous leurs frères ont été frappés à la tête, à l’exception de deux d’entre eux qui ont été faits prisonniers et tués ». Il poursuit : « Une grande chose a été faite, non par la puissance ou le pouvoir, mais par l’Esprit de Dieu… il est bon que Dieu seul ait toute la gloire » (Lecky, « A History of Ireland »). Dans une autre ville (Tredagh), un historien d’Oxford, Anthony Wood, qui accompagnait Cromwell, a raconté que 3 000 personnes avaient été tuées, y compris des femmes et des enfants cachés dans des « voûtes sous l’église » ; [tous] ont été « passés au fil de l’épée ». Lecky souligne que ces actes cruels, qui furent nombreux, « ont laissé derrière eux des souvenirs qui sont les obstacles les plus fatals à la réconciliation des nations ». En Irlande, Lecky note que les actes de Cromwell continuent « d’ensorceler l’esprit irlandais… en entretenant la haine de l’Angleterre… »

Bien que les effets de la guerre de Cromwell se soient poursuivis après 1652, Sir William Petty a calculé qu’au cours des 11 années suivantes, « sur une population irlandaise de 1 460 000 habitants, le nombre de personnes décédées « du fait de la guerre, de la peste et de la famine » a été estimé à 616 000 (dont 504 000 Irlandais) ».

Cromwell et sa « New Model Army » ont laissé un pays traumatisé, forçant des dizaines de milliers de personnes à se déplacer vers des régions économiquement défavorisées de l’ouest de l’Irlande ou à être transportées vers les Antilles. La phrase « Allez en enfer ou à Connaught » lui a été attribuée, illustrant son manque total d’empathie pour les vaincus. Le contraste avec les médias anglais de l’époque est bien différent : en octobre 1652, un journal londonien, The Faithful Scout, rapporte que « la nouvelle tant attendue du calme irlandais nous est enfin parvenue avec un heureux coup de vent ». Dans la section « Enforcing Transplantation-1654-1659 », l’auteur note que : « Au printemps 1655, le gouvernement irlandais était enfin prêt à tenter d’appliquer pleinement sa politique de transplantation.

L’Acte de colonisation de 1652 a officialisé le changement de propriété foncière, les catholiques étant exclus du Parlement irlandais, interdits de vivre dans les villes et de se marier avec des protestants. En outre, « quelque cinquante mille Irlandais, y compris des prisonniers de guerre, ont été vendus comme serviteurs sous contrat dans le cadre du régime anglais du Commonwealth ». La pratique du catholicisme a été interdite et des primes ont été offertes pour la capture de prêtres, qui ont été exécutés lorsqu’ils ont été trouvés.

William Petty, économiste et philosophe qui a servi avec Cromwell, estime que 54 000 Irlandais ont quitté le pays pour servir dans des armées étrangères.

Cromwell retourne en Angleterre après sa conquête de l’Irlande, qui est saluée comme une grande victoire. Peu après, il envahit l’Écosse et réussit à contraindre cette nation à une union parlementaire avec l’Angleterre. Bien que Cromwell ait vécu huit ans de plus, il est mort de la malaria et de calculs rénaux. Bien qu’il ait été enterré en grande pompe dans l’abbaye de Westminster, il a été désincarcéré après la restauration de Charles II et pendu à Tyburn. Bien que la plupart des puritains continuent à le tenir en haute estime, les royalistes le vilipendent pour son exécution du roi.

Cromwell : Siège de Drogheda. D’après une gravure de Barlow, 1649, publiée en 1750.

Par une coïncidence intéressante, à l’époque des déprédations de Cromwell, l’influent prédicateur Increase Mather est venu de la colonie de la baie du Massachusetts pour obtenir un diplôme supérieur en théologie au Trinity College de Dublin. Il reçut le soutien de Cromwell par le biais d’un bienfait à Magherafelt. Craignant des répercussions après le retour de Charles II sur le trône, il retourna dans la colonie de la Baie et devint en 1681 président du Harvard College.

Dix ans avant le voyage de Mather en Irlande, un événement tristement célèbre s’est produit : jusqu’à 700 Pequots ont été massacrés et des centaines d’autres ont été vendus comme esclaves dans les Antilles. Cet événement est considéré comme le premier génocide à avoir eu lieu en Nouvelle-Angleterre. La justification puritaine du meurtre d’hommes, de femmes et d’enfants a été ironiquement exprimée par le dirigeant puritain John Underhill, qui a déclaré que « l’Écriture déclare parfois que les femmes et les enfants doivent périr avec leurs parents… Nous avons été suffisamment éclairés par la Parole de Dieu pour nos procédures ».

Même après toutes les années qui se sont écoulées depuis sa mort, l’esprit destructeur de Cromwell suscite toujours la colère. Son héritage, dû à sa folie meurtrière d’un an et à son expropriation de centaines de milliers d’hectares de terres irlandaises indigènes, est le fait qu’il a créé une série de précédents qui ont contraint la majorité des Irlandais à la servitude et ont placé la propriété de la terre entre les mains des Anglais.

Les puritains de Nouvelle-Angleterre ont suivi des précédents similaires en matière d’expropriation des terres indigènes. Ils ont été aidés par la maladie et la famine parmi les quelque cinq cents tribus autochtones qui, comme les Pequots, étaient marginalisées si elles n’acceptaient pas des traités qui, malheureusement, étaient rarement respectés. L’attitude de l’époque consistait à déshumaniser pour justifier la dépossession.

En Israël, il existe un équivalent de Cromwell, Benjamin Netanyahu, dont les méthodes génocidaires s’inscriraient parfaitement dans la lignée de Cromwell en Irlande ou du traitement des Pequots par les puritains. Netanyahou et les membres extrémistes de la Knesset ont activement encouragé la destruction de Gaza, la patrie de deux millions de Palestiniens. Il est encouragé par les politiques américaines qui continuent à approvisionner son armée avec une multitude de bombes de 2000 livres. Netanyahou a un besoin impérieux de projeter des attributs démoniaques sur le Hamas, la force de défense de Gaza, qu’il compare aux Amalécites, un ennemi de l’ancien Israël. Dans ce cas, les Israélites ont reçu « l’ordre de détruire les Amalécites en tuant les hommes, les femmes, les enfants et ceux qui les allaitent », en référence aux Palestiniens de Gaza.

Peut-être verrons-nous Netanyahou être confronté à des circonstances similaires à celles de Cromwell, en étant toléré pendant une situation d’urgence nationale, mais rejeté une fois l’ordre rétabli. Laissera-t-il un héritage de colère et d’animosité lorsque l’énormité de ses crimes sera révélée au grand jour ? Il se peut que, comme dans le cas de Cromwell, le public jette sa mémoire dans l’oubli et que ses « partisans de complaisance » se résignent à rester sur les banquettes arrière de la Knesset.

Le président Biden a entretenu des relations étroites avec l’Irlande par l’intermédiaire de ses parents, et en particulier de sa mère. Mais il semble qu’il ne comprenne pas très bien l’histoire de l’Irlande et qu’il ne soit pas capable de voir que ses expériences les plus traumatisantes sont reproduites par une brutalité de type cromwellien à Gaza. S’il s’était un peu renseigné sur l’invasion de l’Irlande au milieu du XVIIe siècle, il aurait pu se rendre compte que cette histoire horrible se répète à l’échelle mondiale avec la complicité de l’Amérique… Peut-être découvrira-t-il, très probablement trop tard, qu’il a participé à une grande tragédie contre une population qui ne dispose d’aucun moyen de défense durable contre les bombes qui pleuvent sur les villes et villages de Gaza.

Traduction d’un article publié ici

Salah Hamouri


Un petit mot que Salah Hamouri nous a fait parvenir par ses avocats.

« J’ai ressenti une étrange sensation, lorsque, le 23 août, aux alentours de 4h30, si je me souviens bien, j’ai été tiré de mon sommeil par des bruits sourds. Quelqu’un s’acharnait sur la porte de mon appartement et appuyait nerveusement sur la sonnette à répétition. Je me suis dit que je connaissais ce type de vandalisme mais dans les toutes premières secondes, je pensais qu’il s’agissait d’un rêve. Je vis dans un bâtiment de six étages, à Jérusalem-Est. Chaque étage est composé de deux appartements. Les soldats et leur commandant ne savaient pas exactement dans quel appartement je vivais, alors, ils ont frappé brutalement à chaque porte. J’ai alors eu une pensée pour mes voisins, tous réveillés en pleine nuit par les soldats, terrorisant chaque famille;je pouvais entendre des enfants pleurer.

Les soldats n’ont pas cessé de frapper sur ma porte jusqu’à ce que je finisse par ouvrir, encore engourdi par le sommeil. Le premier soldat que j’ai vu portait une cagoule. Je ne pouvais voir que ses yeux remplis de haine. Il m’a alors hurlé dessus, me demandant ma carte d’identité. Après vérification, les soldats présents ont appelé du renfort, en criant qu’ils avaient trouvé la personne qu’ils cherchaient. A la seconde où j’ai compris que la force occupante venait bien pour moi, mon cerveau m’a envoyé un ordre clair : « Une nouvelle bataille commence là pour toi, cet ennemi ne doit pas te vaincre une seule seconde ». Ils m’ont forcé à m’asseoir sur une chaise et trois soldats m’entouraient, leurs armes pointées sur moi. Pendant ce temps-là, leurs collègues ont fouillé tout l’appartement, bouleversant les meubles, les livres, les vêtements… Je les sentais fébriles, ils s’énervaient, ils ne trouvaient rien de ce qu’ils cherchaient dans cet appartement. Le commandant a fini par donner l’ordre de repli. Ils m’ont alors ordonné de m’habiller pour partir avec eux. En marchant vers la porte d’entrée de mon appartement, avant d’en sortir pour une durée qui m’était inconnue, j’ai fixé la photo de mon fils accrochée au mur. Dans son regard, j’ai puisé de la force pour affronter les durs moments qui m’attendaient. Je l’imaginais me dire « Papa, sois fort, on sera vite réunis tous les trois ». Je lui promettais alors de rester fort et de ne jamais donner l’occasion à cette occupation de nous confisquer notre humanité et de détruire notre vie comme elle s’acharne à le faire. Ils me bandèrent ensuite les yeux et me conduisirent vers une voiture blindée. La marche vers ce nouveau destin commençait. Une marche pénible vers un monde que je ne connais que trop bien. Un monde dans lequel nous devons rester forts, humains et garder notre sourire en toute circonstance. Une nouvelle fois, je suis conduit dans ce véhicule blindé vers l’endroit le plus sombre et le plus misérable pour un être humain : une prison de l’occupant.

En arrivant dans la prison du Neguev, après deux semaines passées dans le centre d’interrogatoire, tout me semblait tristement familier. Je suis rentré dans la section 24, j’ai vite reconnu les visages que j’avais quittés il y a quelques années. Je n’ai pas su quoi leur dire, j’étais soudainement impressionné de les retrouver ici. Parmi eux, certains sont derrière les barreaux depuis plus de quinze ans. Ils me questionnaient et je ne savais pas quoi leur répondre. « Qu’est ce qui est arrivé, pourquoi es-tu là ? ». Je n’avais pas les réponses à leurs questions. Pas plus que je n’arrivais à leur parler de l’extérieur, eux, qui sont là depuis tant d’années. Que faisons-nous pour eux, pendant qu’ils paient le prix de leur lutte ? En les retrouvant, je me demandais si j’avais assez agi pour parler d’eux à l’extérieur. On a ensuite énormément discuté. Un détenu m’a dit « Ah tu es de retour, on va parler de nous en France alors ! ». J’ai réalisé alors que malgré ma nouvelle privation de liberté, je n’avais aucun doute sur le fait que la mobilisation allait se mettre en place en France, c’est un véritable espoir pour moi et pour eux. J’ai pensé à toutes les personnes qui avaient déjà lutté pendant ma première incarcération et depuis, toutes celles et ceux que j’ai rencontrés en France et en Palestine. Aucun doute qu’ils seraient tous à nouveau au rendez-vous pour dénoncer l’injustice qui nous frappe.

Et des éléments que je reçois par fragments, je sais que vous êtes même plus nombreux que la dernière fois ! Des personnalités que j’apprécie, des élu-e-s, des citoyen-ne-s en nombre plus nombreux encore vous vous êtes mobilisés pour dénoncer l’injustice, l’arbitraire et pour exiger ma libération.

Je vous en remercie très sincèrement. Je veux vous dire aussi que je serai digne du soutien que vous m’accordez. On ne marchande pas la liberté même si on la paie parfois très chère. Ce n’est pas une question d’entêtement mais de dignité et de principe : pour la liberté je ne lâcherai rien. Le peuple palestinien, comme tous les autres, ne veut pas vivre à genoux. Et quelle force cela nous procure que de savoir que, vous aussi, vous n’avez pas l’intention de lâcher. Cela, l’occupant ne le mesure pas. Moi je le ressens au fond de moi. Et c’est pourquoi même quand il pleut je pense au soleil qui vient…  »

Salah Hamouri
Novembre 2017, prison du Néguev, section 24.

JOURNÉE DE LANCEMENT DE LA CHAIRE UNIVERSITAIRE ET CULTURELLE MAHMOUD DARWICH  


La Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Université Libre de Bruxelles (ULB), l’Université Catholique de Louvain  (UCL) et BOZAR ont uni leurs forces pour rendre hommage au poète Mahmoud Darwich, décédé en 2008.
Fondée en 2016 à l’initiative  du Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, la « Chaire universitaire et culturelle Mahmoud Darwich » sera officiellement inaugurée ce 25 janvier au Palais des Beaux-Arts. Celle-ci vise à perpétuer la mémoire et l’œuvre de l’un des plus grands auteurs arabes, qui a su toucher des problématiques universelles telles que l’absence, la perte ou l’errance, par la sanctuarisation d’un langage et une musicalité des mots qui en font l’un des grands poètes du XXe siècle, et qui résonnent dans l’exil intérieur qui habite chacun d’entre nous.
Cette journée inaugurale réunira tout d’abord critiques littéraires, chercheurs, intellectuels, artistes et journalistes qui, à travers leurs analyses et leurs témoignages, permettront de mieux cerner la pensée, l’œuvre et l’engagement pour la Palestine de Darwich. L’après-midi s’achèvera avec un court métrage inédit de Simone Bitton, « Darwich à Tolède » et le film qu’ont consacré au poète Simone Bitton et Elias Sanbar, « Et la terre comme une langue… ».
Le chanteur et multi-instrumentiste palestinien Tamer Abu Ghazaleh clôturera ce premier événement de la Chaire Darwich avec un concert du soir très attendu.

En cours et à venir

  • LITERATURE

    25 JANVIER ’17 — 09:00

    STUDIO

    « JE NE REVIENS PAS, JE VIENS »

    INAUGURATION CHAIRE MAHMOUD DARWICH

    Poète d’envergure internationale, Mahmoud Darwich a marqué de son empreinte la poésie du XXe siècle. Pour circonscrire l’œuvre et la vie de l’écrivain palestinien, trois rendez-vous littéraires sont p…

    Inscription Plus d’infos

  • CINEMA

    25 JANVIER ’17 — 18:00

    STUDIO

    MAHMOUD DARWICH, ET LA TERRE COMME LA LANGUE – SIMONE BITTON

    EN PRÉSENCE DE LA RÉALISATRICE

    Simone Bitton est une documentariste française réputée. Vivant au Maroc, en Israël puis en France, elle se considère comme « une Juive arabe qui n’aime pas les murs et les frontières ». Son identité p…

    Inscription Plus d’infos

  • MUSIC

    25 JANVIER ’17 — 20:30

    SALLE M

    TAMER ABU GHAZALEH

    THULTH

    « L’une des figures les plus fascinantes de la scène alternative du monde arabe. » Télérama (07.10.2016) Artiste complet, Tamer Abu Ghazaleh est une figure majeure de la scène arabe moderne. Son concer…

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Comment la révolution syrienne a métamorphosé la palestinienne que je suis


Le peuple syrien connait son chemin - Palestinien-ne-s jusqu'à la liberté
Le peuple syrien connait son chemin – Palestinien-ne-s jusqu’à la liberté

Le monde tourne autour de la Palestine, c’est ce que je pensais jusqu’en 2011.La cause palestinienne, disais-je à l’époque, était le test décisif de l’engagement de toute personne pour la liberté et la justice. La Palestine était la seule et unique boussole qui devait guider toute révolution arabe. Qu’un régime soit bon ou mauvais, il devait d’abord et avant tout être jugé sur la base de sa position sur la cause palestinienne. Chaque événement devait en quelque sorte être vu à travers une lentille palestinienne. Les peuples arabes nous ont abandonnés, et nous avons inspiré le monde entier avec notre résistance.Oui, je me suis autoproclamée internationaliste. Je prétendais soutenir des idéaux universels et humanistes. Je jacassais sans cesse sur la nécessité de briser les frontières et de mener une révolution socialiste.Puis vint la Syrie, et mon hypocrisie et la fragilité de ces idéaux se sont trouvées exposées.

Quand j’ai entendu pour la première fois le peuple syrien à Daraa exiger le 18 mars 2011 une réforme du régime, tout ce que je pouvais penser, inconsciemment, était : « Si le scénario égyptien se produit en Syrie, ce serait une catastrophe pour la Palestine ».

Je n’ai pas pensé à celles et ceux qui ont été tué-e-s par le régime ce jour-là. Je n’ai pas pensé aux personnes arrêtées ou torturées.

Je n’ai pas pensé à la répression inévitable qu’exercerait le régime.

Je n’ai pas salué les protestations incroyablement courageuses à Daraa avec la même exaltation et le même zèle que j’ai ressentis lors des soulèvements en Tunisie, Egypte, Bahreïn, Yémen, et Libye.

Tout ce que je pouvais proposer était un soupir de suspicion et de peur.

« Assad est un tyran et son régime est pourri », me suis-je dit, « mais les résultats ultérieurs de sa chute pourraient être catastrophiques pour la Palestine et la résistance». Cet axe sacré de la résistance signifiait pour moi à l’époque beaucoup plus que les vies syriennes sacrifiées par ses défenseurs.

Je faisais partie de celles et ceux dont les cœurs battaient quand Hassan Nasrallah apparaissait à la télévision. Je mettais de côté des tas de vidéos YouTube de ses discours et pleurait à l’écoute des chants glorifiant la résistance et ses victoires.

Et tandis que je soutenais en principe les demandes des manifestant-e-s syrien-ne-s, je le faisais en réalité avec réticence, ce soutien était conditionnel. Ce n’était pas même de la solidarité, car c’était tellement égoïste et toujours centré autour de la Palestine.

J’ai retweeté une publication du blog d’un activiste égyptien appelant les Syrien-ne-s à sortir des drapeaux palestiniens, afin de « démystifier » la propagande du régime. Les populations syriennes sont descendues dans les rues pour défendre les mêmes idéaux universels que je prétendais soutenir, mais j’ai été incapable de voir leur lutte en dehors de mon étroit prisme palestinien. J’ai prétendu être internationaliste tout en privilégiant les préoccupations palestiniennes sur les victimes syriennes. J’ai sans vergogne participé aux Olympiades de la souffrance et j’ai été agacée que la douleur syrienne occupe plus de pages dans les journaux que la douleur palestinienne. J’étais trop crédule pour remarquer que les épreuves des Syrien-ne-s et des Palestinien-ne-s ne sont que des notes de bas de page et que les dernières nouvelles deviendraient en l’espace de quelques mois trop routinières, ternes et indignes de consommation.

Je prétendais rejeter toute forme d’oppression tout en attendant simultanément que le chef d’une milice sectaire dise quelque chose à propos de la Syrie et parle avec passion de la Palestine.

La révolution syrienne m’a mise à l’essai pour avoir trahi mes principes. Mais au lieu de me condamner, elle m’a donné une leçon pour ma vie: une leçon donnée avec grâce et dignité.

Elle a été délivrée avec amour, par les femmes et les hommes dansant et chantant dans les rues, contestant avec créativité la poigne de fer, refusant d’abandonner tout en étant poursuivi-e-s par les forces de sécurité, transformant les processions funéraires en marches exubérantes pour la liberté, inventant des moyens de contourner la censure du régime, parlant de macro-politique au milieu d’une indicible terreur, chantant l’unité malgré l’incitation sectaire, et scandant le nom de la Palestine dans de nombreuses manifestations et portant le drapeau palestinien sans avoir besoin qu’un blogueur égyptien superstar leur demande de le faire.

Cela a été un processus d’apprentissage graduel dans lequel je devais débattre avec mes propres préjugés à propos de ce à quoi devait « ressembler » une révolution, et comment nous devrions réagir à un mouvement contre un régime soi-disant pro-palestinien. J’ai désespérément essayé d’oublier le visage hideux sous le masque de résistance porté par le Hezbollah, mais la révolution a déchiré ce masque. Et il n’a pas été le seul masque déchiré, beaucoup ont suivi. Et maintenant, les vrais visages des combattants de la liberté et des soi-disant gauchistes de salon ont été exposés ; les voix syriennes longtemps étouffées ont émergé.

Comment peut-on ne pas être inspirée par un peuple qui redécouvre sa voix, transformant des chansons folkloriques et des chants de football en chants révolutionnaires ? Comment peut-on ne pas être prise au dépourvu par des manifestations chorégraphiées devant des chars ?

La géographie syrienne était beaucoup plus riche et diversifiée que celle promue par le régime, et le récit officiel s’est effondré à mesure que les Syrien-ne-s ont reconstruit depuis les marges leurs propres récits. L’arc-en-ciel syrien avait beaucoup plus de couleurs que celles permises par le régime. Et les Syrien-ne-s pouvaient faire entendre leur voix dans des endroits autres que les stades de football, en utilisant leur célèbre chant de la victoire sur les places publiques et les rues pour maudire Hafez al-Assad, le « chef éternel ».

Si le nom de Hafez al-Assad ne pouvait être que chuchoté de manière tremblante avant 2011, les gens ont enfin pu bruyamment le maudire lui et son fils, secouant les fondations de l’hégémonie à la fois physique et symbolique de cette dynastie.

Je ne pouvais pas rester neutre tandis que les Syrien-ne-s redéfinissaient le domaine des possibles et étendaient les limites du pouvoir du peuple, quoique brièvement, au cours de ces premiers mois d’espérance fatale.

Rester impartiale n’aurait-il pas été un acte de trahison envers tout ce que je prétendais défendre ? Comment pourrais-je lire la citation de Howard Zinn « Vous ne pouvez pas être neutre face à un train en mouvement » à celles et ceux qui restent inactif-ve-s devant le conflit en Palestine, alors que je faisais la même chose sur la Syrie ? La révolution syrienne a émietté la clôture sous mes pieds. J’ai redécouvert ma voix grâce aux mobilisations de masse dont j’ai été témoin en Syrie. J’écoutais des clips de manifestations syriennes, apprenais leurs chants, et les répétaient dans les manifestations palestiniennes. Penser à l’intrépidité des Syrien-ne-s rendait immédiatement ma voix plus forte et m’aidait à surmonter tout ce qui pouvait ressembler à de la peur.

Vous ne choisissez pas la nationalité dans laquelle vous êtes née, mais vous ne devez pas être liée par ses chaînes.

Mon identité syrienne, mon sentiment d’appartenance à la révolution syrienne, ne m’ont pas été forcés. J’ai choisi de les adopter. Je n’ai jamais mis les pieds en Syrie. Ce n’est pas avant 2013 que ma première rencontre en face à face avec un Syrien eut lieu sur les hauteurs du Golan occupé dans sa chair. Mon principal moyen de me connecter aux Syrien-ne-s était et reste les médias sociaux et Skype. Pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir syrienne et de m’identifier complètement à leur lutte.

Jusqu’en 2011, mon discours sur la nécessité de briser les frontières et sur la solidarité internationaliste n’était qu’une phrase d’accroche, de la simple rhétorique. Grâce à l’insurrection syrienne, j’ai enfin compris ce qu’est vraiment la solidarité.

J’ai toujours attendu des gens qu’ils soutiennent la cause palestinienne sans imposer de conditions, sans faire la leçon, sermonner ou dicter la conduite que nous devions suivre. Lorsque le soulèvement syrien a éclaté, j’ai agi exactement comme ces prêcheurs de salon qui exigeant une révolution de jasmin des Palestinien-ne-s, nous demandant en permanence ou sont les nouveaux Gandhi ou Martin Luther King. Mais à mesure que la révolution a continué, j’ai enfin pu comprendre par le bas le vrai sens de la solidarité, une solidarité inconditionnelle bien qu’elle soit aussi critique. J’ai vu comment des gens comme le martyr Omar Aziz ont appliqué l’auto-gouvernance horizontale dans certains des quartiers les plus conservateurs et traditionnels, et j’ai appris de son modèle.

J’ai appris le sens de la solidarité communautaire et de la solidarité palestino-syrienne des résidents palestiniens du camp de réfugié-e-s de Daraa : elles et ils ont risqué leur vie pour faire passer du pain et des médicaments et briser le siège de la ville haute de Daraa. Ce n’était pas seulement un acte humanitaire; c’était une déclaration politique et le début de la formation d’une identité, celle de la révolutionnaire palestino-syrienne.

Khaled Bakrawi, un réfugié palestinien de Yarmouk, et Zaradasht Wanly, un jeune syrien de Damas, ont tous deux été blessés par les forces d’occupation israéliennes lors du « retour des marches » sur les hauteurs du Golan en 2011. Aussi bien Khaled que Zaradasht ont été tués par le régime syrien: le premier sous la torture, l’autre a été abattu lors d’une manifestation pacifique.

Les Syrien-ne-s ont défilé en solidarité avec Gaza au milieu des décombres de leurs maisons détruites par les frappes aériennes du régime syrien. La Jeunesse révolutionnaire syrienne a posé des affiches contre le nettoyage ethnique des Palestinien-ne-s dans le Naqab alors que la plupart des membres du groupe étaient en cavale, en prison, en exil, ou sous terre.

Telle est la solidarité des opprimé-e-s que les Syrien-ne-s ont détourné de la rhétorique à la pratique. Comment peut-on ne pas admirer cela ?

Si la deuxième Intifada en octobre 2000 a façonné la conscience politique et l’identité nationale d’une fille de 11 ans qui venait de quitter son petit village pour s’installer en ville, la première vague de la révolution syrienne en mars 2011 a redonné naissance à une femme et rendu ses pas plus confiants à Jérusalem. Jérusalem, ma ville, celle que je choisi d’appeler mon foyer, ne pouvait en aucun cas être libérée par les oppresseurs de mon peuple, des Syrien-ne-s. L’esprit de Jérusalem ne peut pas être détourné par ceux qui bombardent un hôpital portant son nom.

Loin de me battre pour concilier mes couches d’identité palestinienne et syrienne, le soulèvement syrien m’a rendue encore plus engagée dans la lutte pour la libération de la Palestine : la libération de la terre de l’occupant et la libération de la cause des dictateurs et des opportunistes.

Et tandis que je me suis séparée des gens que je considérais autrefois comme camarades en raison de leur soutien au régime syrien, j’ai aussi noué de nouvelles amitiés qui ont imprégné mon monde avec chaleur et force.

Je dois beaucoup à la révolution syrienne, qui m’a recréée. Je n’ai pas le statut, l’ambition ou la volonté de parler au nom de qui que ce soit, et encore moins au nom du peuple palestinien, mais je dois personnellement des excuses au peuple syrien. Je n’aurais jamais du hésiter à soutenir sa juste cause. Je n’aurais jamais du privilégier des préoccupations géopolitiques sur des vies syriennes, et je n’aurais jamais du être si naïvement trompée par la propagande de l’axe de résistance.

Je dois des excuses à un peuple qui, pendant des décennies, a été foulé aux pieds, réduit au silence et humilié au nom de ma propre cause ; à un peuple dont la seule rencontre avec la « Palestine » s’est faite dans un cachot de la prison portant ce nom ; à un peuple qui a été blâmé et moqué pour avoir été si docile, et qui a été abandonné quand il s’est soulevé.

Je dois des excuses à un peuple qui est blâmé pour un carnage commis contre lui, comme nous l’avons été, et qui a été trahi par une opposition faisant semblant de le représenter, comme nous l’avons été aussi. Je dois des excuses à un peuple qu’on appelle cyniquement à apporter une alternative au régime Assad et aux islamistes, alors que des bombes et des missiles lui tombent sur la tête. Ces mêmes personnes qui demandent « Où est l’alternative ? » ignorent que les Syrien-ne-s qui étaient prêt-e-s à offrir une perspective progressiste ont été soit emprisonné-e-s, tué-e-s ou déplacé-e-s par le régime.

On pourrait penser que les Palestinien-ne-s mesurent le cynisme qui se cache derrière la question des alternatives et qu’elles et ils ne devraient pas poser une telle question à un autre peuple opprimé luttant pour tout construire à partir de zéro.

Pourtant, malgré les contradictions, Palestinien-ne-s et Syrien-ne-s partagent la même aspiration à la liberté, le même désir ardent de vivre dans la dignité et le rêve de marcher dans les rues de la Vieille ville de Damas et de la Vieille ville de Jérusalem.

La route que nous devons traverser pour y arriver, cependant, n’est pas celle du régime et du Hezbollah, saturée de cadavres syriens, mais une route pavée avec les mains des combattants de la liberté palestiniens et syriens : par des gens qui savent que leur liberté est toujours incomplète sans la liberté de leurs frères et de leurs sœurs.

Détention des enfants palestiniens : Occupation de l’UNICEF à Paris (Vidéo)


Une vingtaine de militant(e)s du collectif pour la libération des 5 adolescents de Hares, condamnés par Israël à 15 ans de prison, a occupé mardi les locaux parisiens de l’Unicef, pour interpeller l’institution. Le directeur général de l’Unicef France s’est déplacé et s’est déclaré lui aussi « très inquiet concernant la situation des enfants palestiniens arrêtés et détenus par Israël. »

Sébastien Lyon, Directeur Général d’Unicef France, est venu discuter avec les militants présents et s’est déclaré devant la presse très préoccupé par le sort infligé par Israël aux enfants palestiniens, reconnaissant que loin de s’améliorer, celui-ci n’a fait qu’empirer depuis la publication par l’UNICEF, en mars 2013, d’un rapport sur les « traitements cruels et dégradants » qu’Israël fait subir à ces enfants lors de leur arrestation et de leur détention.


  • REJOIGNEZ-NOUS CE SAMEDI 26 DÉCEMBRE DE 14 H 30 À 17 H

A BEAUBOURG (PLACE EDMOND MICHELET)

POUR POURSUIVRE ENSEMBLE LA CAMPAGNE POUR LA LIBÉRATION DE MOHAMED, AMMAR, TAMER, ALI ET MOHAMMED, INCARCÉRÉS PAR ISRAEL DEPUIS MARS 2013, ET CONDAMNÉS A 15 ANS DE PRISON ET 7000 EUROS D’AMENDE CHACUN POUR JET DE PIERRES, AVOUÉ SOUS LA TORTURE.

suite 

Arrangement pour Piano de la prière de G BRASSENS,à la mémoire du peintre palestinien MUSTAFA AL HALLAJ


[youtube https://youtu.be/Q1gWSqxtjOM?]

Né à Salama, près de Jaffa en 1938, chassé de Palestine en 1978, il apprit la sculpture à Louksor de 1957 à 1968. Il vivait à Damas où il la mort l’a frappé le 18 décembre 2002. Sculpteur, peintre, graveur, affichiste, poète, essayiste, Mustafa Al-Hallaj est un des pionniers de l’art palestinien contemporain. Homme d’une ouverture d’esprit remarquable et d’une immense générosité, Mustafa reste vivant dans notre cœur.

En souvenir de lui, voici : * Deux poèmes ci-dessous qu’il me livra l’été 1990. Ces poèmes dont il put lire la traduction que j’en fis, furent publiés dans Tempêtes de plûmes, Vitrysur-Seine, n° 2, 1994. * Un portrait de lui que j’écrivis en juin/juillet 1990 intitulé : « Mustafa Al-Hallâj, l’homme aux racines dans les nuages » Ce texte parut dans le même numéro de cette revue et plus tard dans la revue Les Cahiers de l’Orient, 1997. La vie est plus forte que la mort, gravure de Mustaphâ Al-Hallaj

voir ici 

 

Après Paris, la manière israélienne n’est pas la réponse


Samah Jabr – 2 décembre 2015 – Middle East Monitor

Les secours apportent assistance aux blessés par balles et autres après les attentats de Paris (archives).

 

Quand je suis arrivée à Paris dans la soirée du vendredi 13 novembre, la personne qui m’accueillait a demandé à notre chauffeur de taxi de nous emmener chez elle, rue de la Fontaine-au-Roi ; le GPS du taxi affichait qu’une fusillade y avait lieu au même moment. Ce n’est que le lendemain matin que nous avons compris tous les détails de la tragédie. Peu après ce voyage à Paris, je me suis rendue à Bruxelles, pour y constater que l’alerte sécurité y avait atteint le « niveau quatre » et que le métro et les écoles avaient été fermésdans la crainte d’un attentat terroriste. Le but de ces deux voyages était de répondre positivement à des organisations de solidarité avec le peuple palestinien qui m’avaient invitée à venir dialoguer avec le public en Europe sur la vie en Palestine occupée.

J’éprouve un attachement pour la France, où autrefois j’ai habité et étudié, et où j’ai gardé des amis et des camarades. Je suis tourmentée par le massacre de ces innocents à Paris, tout comme je le suis par le massacre du Liban à Beyrouth le jour d’avant, les massacres à Bamako la semaine qui a suivi, et le récent massacre des manifestants pro-kurdes à Ankara et des touristes russes dans le Sinaï. L’angoisse pour moi est double : elle touche à la perte de la vie de l’ « autre », aussi bien qu’à l’atteinte grave au système de valeur de mon propre « moi » étendu.

Les attentats de Paris ont fourni une opportunité aux dirigeants israéliens et à leurs partisans, comme d’habitude, pour discréditer la résistance palestinienne à l’occupation militaire brutale d’Israël. Le Premier ministre a prétendu que ceux qui condamnaient les attentats de Paris sans condamner la violence contre les Israéliens étaient des « hypocrites et des aveugles. Derrière ces attentats terroristes se tient l’Islam radical, qui cherche à nous détruire, le même Islam radical qui a frappé à Paris et menace l’Europe tout entière ».Poussant à plus de pensée binaire, à une partition du « nous contre eux » et des « bons contre les méchants », il a ajouté, « Comme je le dis depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique militant agresse nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs ». Le ministre de la Défense d’Israël, Moshe Ya’alon, a déclaré dans une même veine : « Ce que nous avons, c’est l’Islam djihadiste qui appelle à la destruction de la culture occidentale ». Ce cliché est diffusé alors même que la plupart des victimes des groupes terroristes « islamiques » sont des musulmans, et que ces victimes sont souvent, tels les réfugiés palestiniens de Syrie, des adversaires d’Israël.

« Ils veulent nous tuer parce que nous sommes juifs », ainsi s’expriment les dirigeants israéliens face aux actes de la résistance palestinienne, dans un déni total du contexte de l’occupation. En France, un article de Véronique Mortaigne et Nathalie Guilbert, publié dansLe Monde deux jours après les attentats de Paris, a fait le lien entre l’attentat contre le Bataclan et les appels antérieurs par des groupes pro-palestiniens au boycott de ce théâtre parce qu’il avait organisé un gala au profit des soldats israéliens. Malgré une condamnation prompte des attentats de Paris par les groupes de résistance islamiques palestiniens, et malgré l’expression de leur solidarité avec leurs victimes, il a circulé, sur les médias sociaux en France, une photo datant de 2012 et montrant des Palestiniens célébrant la signature d’un accord de réconciliation, avec l’affirmation mensongère qu’ils étaient en train de célébrer les attentats dans la capitale française. Ce n’est que plus tard que cette imposture a été révélée. Il y a eu des allusions subtiles de journalistes israéliens que l’Europe méritait les attentats terroristes pour avoir adopté une politique d’étiquetage des produits précisément s’ils proviennent des colonies illégales israéliennes, et aussi des déclarations plus vigoureuses, comme celle du rabbin Dov Lior, « Les méchants de l’Europe imbibée de sang le méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans ». De telles opinions scandaleuses ont été moins fréquentes en Europe.

La vérité, c’est que l’ « État juif » a été créé grâce à une violence excessive et une agression contre les Palestiniens, peuple originaire de cette terre. Comme d’autres peuples autochtones dont la terre a été colonisée, dont les ressources ont été volées, et dont les familles et relations ont été tuées, les Palestiniens ont pu être capables d’utiliser la violence en représailles contre leurs oppresseurs, et pour les dissuader de plus d’oppression, tout en utilisant des campagnes non violentes et des canaux diplomatiques pour obtenir leur libération. Tout cela étant inclus totalement dans leurs droits issus de la législation internationale.

Les Palestiniens sont connus pour leur hospitalité envers les étrangers qui viennent en Palestine, pas pour les tuer. Dans des cas aussi rares que celui du meurtre du militant italien pro-Palestine Vittorio Arrigoni, par un groupe salafiste de Gaza, les auteurs ont été punis par la loi, et condamnés par tout l’éventail des partis politiques. À l’inverse, les meurtres d’une liste interminable de militants et journalistes étrangers par l’armée israélienne ont reçu leur justification (autodéfense), sans punition ni justice. Il est vrai que durant les années 1970, certains Palestiniens ont pris des Israéliens en otage, en des lieux extérieurs aux frontières de la Palestine historique, pour les échanger avec des prisonniers politiques – le plus spectaculaire étant à Munich – mais dont les responsables étaient des groupes de résistance laïcs, qui n’ont jamais utilisé la rhétorique islamique pour faire avancer leur idéologie. Les groupes palestiniens islamiques ont toujours limité leur lutte à la Palestine occupée, et pas au-delà. Ce sont les Israéliens qui se targuent que le Mossad (Institut pour les renseignements et les affaires spéciales) a tué des militants, des intellectuels palestiniens, des représentants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et d’autres groupes de résistance, en Europe comme dans des capitales arabes.

Il est ainsi plus justifié de comparer les tactiques de Daesh à celles des groupes terroristes qui sont derrière la fondation de l’État d’Israël, plutôt qu’à celles de la résistance palestinienne. Tant Daesh que l’ « État juif » se sont créés grâce à d’épouvantables massacres, entraînant une population de réfugiés dans leur sillage. Les deux font preuve d’ambitions expansionnistes. La stratégie de Daesh est d’attaquer l’Occident, avec l’objectif de provoquer plus de discrimination à l’encontre des musulmans d’Occident pour les sortir de la « zone grise » ; le Mossad d’Israël a été à l’origine d’attentats terroristes contre des juifs en Iraq, en Égypte et au Maroc, avec l’objectif de les faire venir en Israël. L’opération Sushana dans laquelle des espions israéliens ont programmé des attentats à la bombe contre des juifs égyptiens ; l’attentat intentionnel et soutenu par des avions et des vedettes lance-torpilles israéliens contre le USS Liberty, tuant 34 membres de l’équipage et en blessant 171 autres ; et différentes opérations sous faux pavillon à travers le monde, sont des exemples des crimes odieux perpétrés par les Israéliens pour lesquels les responsabilités ont été imputées ailleurs.

En plus de tirer un profit politique en reformulant l’occupation de la Palestine, en imposant une politique israélienne comme une « guerre contre le terrorisme » et en diffamant le caractère des Palestiniens, les présentant comme des terroristes inhumains, barbares, Israël se saisit aussi de l’opportunité actuelle pour colporter son appareil et sa politique de sécurité comme un « savoir-faire » testé sur le terrain contre les Palestiniens. Ce « savoir-faire » a été utilisé pour réprimer la liberté et la démocratie en Europe et pour exacerber une « guerre contre le terrorisme » dont les victimes comprennent déjà plus de 4000 civils. À un moment où Israël rabaisse l’âge de la responsabilité pénale pour les enfants palestiniens à 12 ans, les envoyant dans les centres d’interrogatoire et les soumettant à la torture, nous ne pouvons qu’espérer que l’Europe s’avancera vers une expansion de son système législatif démocratique et ses efforts pour les droits de l’homme, avec l’objectif d’aider les Palestiniens dans leur quête de justice sur leurs territoires actuellement occupés. C’est avec plus de démocratie, plus de solidarité et plus de politique en faveur des droits humains, et plus d’anti-impérialisme, qu’il sera mis fin au terrorisme, et non par la répression, la pensée binaire et l’exportation des « leçons » israéliennes vers l’Europe.

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Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem, elle se préoccupe du bien-être de sa communauté, allant bien au-delà des questions de maladie mentale. Elle écrit régulièrement sur la psychiatrie en Palestine occupée.

https://www.middleeastmonitor.com/articles/europe/22610-in-the-aftermath-of-paris-the-israeli-way-is-not-the-answer
Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous

Mohamed Suleiman risque la prison à perpétuité pour jet de pierres


Immonde ! Où sont nos démocrates ? Où sont nos ONG ? Que fait l’UNICEF ?

Nous apprenons que Mohamed Suleiman, l’un des 5 enfants de Hares, emprisonné par Israël pour « jet de pierres » depuis plus de 2 ans, vient d’être condamné à 15 ans de prison et à 7000 euros d’amende qui, si elle n’est pas payée avant le 26 janvier, lui vaudra la prison à perpétuité.


Ce enfant a été raflé en mars 2013 par l’armée d’occupation à son domicile, le village de Hares, au sud de Naplouse, alors qu’il avait 13 ans, et que les soldats recherchaient les enfants qui auraient jeté des pierres sur une route où passent des colons.


Une vingtaine d’enfants ont été arrêtés, et après interrogatoires, tortures, et aveux sous la torture d’avoir jeté des pierres sur une route déserte, 5 ont finalement été détenus.

Israël a laissé Mohamed Suleiman croupir en prison pour qu’il atteigne l’âge de 15 ans, et comme l’accusation de jet de pierres ne tenait pas, un tribunal militaire vient de le condamner
à 15 ans de prison pour « 25 tentatives de meurtres » (sans rire, car ce n’est pas drôle !) et à 7000 euros d’amende, en indiquant que si cette somme n’était pas versée avant le 26 janvier prochain, c’est à perpétuité qu’il resterait en prison.

Sa famille, du village de Hares, constamment agressé par les colons, n’a pas les moyens de payer cette somme.

  • MAIS CONTACTEZ AUSSI L’UNICEF POUR DEMANDER QU’ILS INTERVIENNENT :

UNICEF France :

3, rue Duguay Trouin. 75282 Paris Cedex 06

Téléphone : 01 44 39 77 77 – Télécopie : 01 44 39 77 87

Carine SPINOSI – 01 44 39 17 49 –cspinosi@unicef.fr – responsable communication.

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