Voyage dans une guerre invisible
Le long de la ligne de front palestinienne, des colons théocratiques israéliens harcèlent quotidiennement leurs voisins.
Ils dispersent leur bétail, attaquent les maisons isolées, détruisent les oliviers.
Installés dans des maisons alignées sous le vent des hauts plateaux, ils contrôlent les sommets.
En réponse, les jeunes militants palestiniens se sont armés de caméras et documentent quotidiennement leurs incursions.
La stratégie politico-militaire des colons, destinée à surveiller les territoires palestiniens et à empêcher la création d’un Etat, est loin d’être secrète : elle a été communiquée à Barack Obama en mars 2012
L’engagement est un devoir
Nadia Boumazoughe a réalisé une vidéo pour participer à un concours.
Titre de la vidéo: L’engagement est un devoir
Elle demande que nous la regardions… Et si nous l’avons aimée, que nous votions.
Procédure à suivre:
Pour voir la vidéo: allez sur le site
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A Gaza, le double blocus impose une diète draconienne aux Palestiniens
vendredi 15 novembre 2013, par La Rédaction
C’était le coup de publicité de l’année à Gaza : la livraison de fast-food sous la frontière avec l’Egypte. Depuis, les tunnels de contrebande ont été condamnés et les commandes ont chuté, comme l’ensemble de l’économie du territoire palestinien sous blocus israélien.
Dans la zone frontalière de Rafah, la poussière soulevée par le fourmillement d’activité est retombée après la démolition de centaines de tunnels par l’armée égyptienne, à la suite de la destitution du président islamiste Mohamed Morsi le 3 juillet.
Sous les bâches abritant les entrées de tunnels à l’abandon, quelques rares équipes s’affairent à creuser de nouvelles voies – « pour l’avenir ».
« L’avenir… Est-ce qu’il y a un avenir pour les tunnels ? Pas avec Sissi (le général Abdel Fattah al-Sissi, homme fort de l’Egypte) », soupire un membre de la police des frontières du gouvernement du Hamas, au pouvoir à Gaza, sous le couvert de l’anonymat.
Le trafic de carburant égyptien subventionné s’est effondré, d’environ un million de litres par jour en juin, à 10.000 à 20.000 litres par semaine actuellement, selon le dernier rapport hebdomadaire du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l’ONU(Ocha).
Cette pénurie a provoqué l’arrêt le 1er novembre de l’unique centrale électrique, qui assurait près de 30% des besoins du territoire palestinien, où les coupures de courant atteignent désormais 16 heures par jour.
Faute d’électricité, des stations de traitement des eaux ont cessé de fonctionner et les égouts ont commencé cette semaine à déborder dans les rues de plusieurs quartiers de la ville de Gaza.
Un des associés de l’entreprise de livraison Al-Yamama, qui s’est illustrée en mai en acheminant des commandes de Kentucky Fried Chicken(KFC)du Sinaï égyptien à ses clients à Gaza, parle de cette période comme d’un « Âge d’or » enfui.
« Malgré le prix élevé à cause du transport, les gens en achetaient pour avoir quelque chose qui n’existe pas ici », raconte Haïtham al-Chami, l’un des gérants, âgé 29 ans.
« C’était un défi », explique-t-il, « montrer que Gaza, ce n’est pas que la guerre et la mort. Nous aimons la vie, mais nous n’avons rien. Le KFC, ce n’est rien, bien sûr, mais il n’y en a pas à Gaza ».
L’opération, largement promotionnelle, n’a duré qu’un mois, jusqu’à son « interdiction pour des raisons sanitaires » par les autorités de Gaza, au nom de la protection des consommateurs, avant même la destruction des tunnels, précise Haïtham al-Chami.
Depuis, c’est tout le carnet de commandes de la société Al-Yamama qui subit les retombées, avec « 250-300 livraisons quotidiennes ces jours-ci, contre 500 il a cinq mois », ajoute-t-il.
Selon l’économiste palestinien Omar Chaabane, »Gaza est une société moderne, les gens connaissent tous ces produits, le Nescafé, le cappuccino, etc. ».
« Maintenant nous sommes devenus une société sous assistance, nous dépendons de l’aide humanitaire internationale pour la nourriture », déplore-t-il.
« Le siège a détruit le secteur productif industriel, il a empêché toute exportation de Gaza, à part cinq ou six articles », rappelle-t-il.
Après la capture en juin 2006 d’un de ses soldats – libéré en 2011 – Israël a imposé un blocus à Gaza, renforcé en juin 2007 lors de la prise de contrôle de l’enclave par le Hamas.
« Nous ne souffrons pas à cause du manque de pluie ou de nourriture, c’est une catastrophe d’origine humaine », remarque Omar Chaabane, directeur du groupe de réflexion Palthink, à Gaza.
« Nous sommes un otage kidnappé par quatre ravisseurs », résume-t-il, incriminant à la fois Israël, le Hamas, l’Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie, et la communauté internationale.
Dans un tribune en octobre, le négociateur palestinien Mohammad Chtayyeh insistait aussi sur la prépondérance des causes politiques, rejetant le mirage d’une « paix économique » chère à l’émissaire du Quartette (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU) Tony Blair.
« Ces dernières années, certaines parties internationales ont tenté de convaincre le monde que les solutions consistaient à enlever un barrage ou autoriser le ketchup et la mayonnaise à Gaza », écrivait-il, « mais ce dont la Palestine a besoin, c’est la fin de l’occupation israélienne ».
Avec ces Israéliens qui défendent les Palestiniens
En territoire occupé, surtout en « zone C » sous contrôle israélien exclusif, la vie des Palestiniens ressemble à un calvaire. Une poignée d’Israéliens se mobilisent et montrent leur solidarité. Reportage dans le sud de la Cisjordanie.
Sept heures du matin : le rendez-vous était bien matinal ce samedi 2 novembre sur le parking d’un parc public à Jérusalem-Ouest. Un à un, Maria, Tamar, Danny et les autres membres de l’organisation « Taayoush » (Vivre ensemble, en arabe) inscrits pour la journée s’y retrouvent pour d’abord écouter les consignes d’Amiel, le quinquagénaire qui mène la petite troupe.
« Comme d’habitude, explique-t-il, nous irons dans les collines au sud de Hébron et nous irons soutenir les villageois palestiniens en butte au harcèlement des colons. Attention, il faudra jouer au chat et à la souris avec l’armée et la police israéliennes qui peuvent nous arrêter, et faire gaffe aux colons les plus agressifs ; vous serez peut-être amenés à devoir courir pour leur échapper. »
La douzaine de personnes, des Israéliens juifs entre 30 et 60 ans équitablement répartis entre les deux sexes, montent dans un minibus et un 4×4, deux véhicules tout sauf neufs. Direction le sud. Le petit convoi entre rapidement en Cisjordanie occupée, longe Bethléem à gauche, prend à un arrêt de bus deux activistes internationaux, une Américaine de 60 ans et un Français de 21 ans. Une bonne heure de route nous attend.
Dès que les véhicules dépassent Hébron, des jeeps de l’armée israélienne se mettent à nous suivre. Le premier arrêt se situe à proximité de la ville palestinienne de Yatta. Dans une immense oliveraie, une vingtaine de Palestiniens, hommes et femmes, ont commencé la cueillette des olives. Les membres de Taayoush se joignent à eux. Souvent, des colons extrémistes des environs viennent perturber le travail. Aujourd’hui, peut-être grâce à la présence d’Israéliens solidaires, le calme règne.
Zone militaire fermée
Moins d’une heure plus tard – il doit être 9 h 30 – notre groupe d’activistes repart, la journée est encore longue. Des nuages obscurcissent l’horizon. A peu de distance, nous arrivons sur les terres du village d’Umm el-Arais, à proximité de Mitzpeh Yair, un « avant-poste », à savoir une colonie juive illégale même au regard du droit israélien (1). Nous empruntons la petite route qui y mène quand un colon, environ 40 ans, lunettes, longue barbe, grosse kippa sur ses cheveux longs, nous barre la route. « C’est Avidal, lâche Amiel, un laïc devenu extrémiste religieux. »
Impossible de passer, des deux côtés le ravin est dissuasif. La Jeep militaire israélienne arrive assez vite, et un sous-officier en sort pour brandir un ordre écrit : « Le coin vient d’être déclaré zone militaire fermée, personne ne peut s’y trouver, veuillez dégager », dit-il poliment, en se gardant bien de signifier l’ordre au colon.
Après une longue marche arrière, il est décidé de passer à travers les collines, mais à pied. Le groupe arrive à destination en quinze bonnes minutes : au bas de la colline où Mitzpeh Yair a été bâti (des caravanes et quelques maisons amovibles de bois) se dressent une douzaine de serres en toile érigées par les colons sur des terres palestiniennes et dont la Cour suprême israélienne a exigé le démantèlement avant le 31 octobre. Elles sont toujours bien là.
Les deux propriétaires palestiniens, des familles Awad et Jabarin, sont arrivés sur les lieux avec des amis, des femmes et une dizaine d’enfants. Quelques colons leur font face, protégés par une vingtaine de soldats, l’arme en bandoulière. Le ton monte rapidement, une bousculade s’ensuit et les deux chefs de famille sont emmenés manu militari, menottes au poignet.
Tamar, du groupe de Taayoush, n’y tient plus : elle se met à haranguer les soldats de toutes ses forces. Ils ont presque tous moins de 20 ans. « C’est plus fort qu’elle, nous dit Amiel, elle ne peut s’empêcher de leur faire la morale, de leur dire qu’ils protègent ceux qui violent le droit international et même israélien ». Son speech passionné dure bien un quart d’heure. « D’habitude, j’arrête après quelques phrases, nous confiera-t-elle ensuite. Mais ici, j’ai observé que quelques-uns de ces jeunes soldats m’écoutaient, alors j’ai continué ! »
Maggy, la militante américaine de Bethléem, se montre audacieuse : elle franchit un barbelé et va brièvement parler à un groupe de colons. « J’ai voulu leur dire leurs torts, raconte-t-elle, mais ils m’ont répliqué que Dieu leur avait donné cette terre ; qu’est-ce qu’on peut répondre à cet argument ? »
Au total, le face-à-face durera plus d’une heure et nécessitera que les soldats israéliens se précipitent pour empêcher que plusieurs colons ne sortent du périmètre des serres pour narguer les familles palestiniennes. Amiel, de son côté, s’est isolé plus loin. Il tente de trouver par téléphone un avocat pour les deux Palestiniens arrêtés.
Quand un officier de la police israélienne surgit, la scène prend fin. « Son nom est Gilad Scheuer, on le connaît, nous souffle-t-on. Pas moyen de discuter avec lui. » Et de fait, très remonté, l’homme au crane rasé sous sa casquette bleu marine intime l’ordre aux Palestiniens et aux activistes israéliens de s’en aller, et les soldats l’aident à nous faire obtempérer.
Scène dérisoire
A bord des deux véhicules, nous nous rendons à Umm el-Kheir, un village bédouin créé en 1948 après l’expulsion de plusieurs familles bédouines du côté de Beer Sheva, dans le Néguev. Là, la colonie juive dite Carmel étouffe la petite communauté locale. « Ils veulent nous empêcher d’aller faire boire nos chèvres à la source sur ces terres que nous avons achetées légalement, explique Mouatassem, un jeune d’une quinzaine d’années dans un anglais fort compréhensible. La colonie veut s’étendre plus encore, alors qu’elle empiète déjà sur nos terres. »
Les soldats israéliens présents à Mitzpeh Yair arrivent sur la scène : le père de Mouatassem, qui possède le troupeau de chèvres, se lance dans un laïus énervé, ponctué de « Allah Akbar ! » (Dieu est grand). Avec sa barbe grise, ses cheveux blancs perdus dans un énorme keffieh, ses vêtements en lambeaux et son bras droit qui brandit un bâton en l’air, il semble avoir perdu la raison. Les soldats en rient et le prennent en photo. La scène est dérisoire.
Après quelques minutes de discussions avec les Bédouins, le groupe repart. Pour une expérience qui se révélera peu banale. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons à A-Tawni, un village très pauvre accroché à flanc de colline. Cinquante maisons, tout au plus. Un lunch composé de shawarmas, sorte de sandwich à la viande et aux légumes, permet de reprendre de l’énergie. Le soleil, à présent, a vaincu les nuages. Les collines de Cisjordanie offrent au regard un spectacle magique.
Enfants caillassés
Nous continuons à pied, en compagnie de deux volontaires italiennes, qui résident sur place depuis quelques semaines. « Nous aidons les enfants du village, explique Teresa, 27 ans. Pour aller à l’école la plus proche, ils doivent prendre ce chemin, qui passe à côté d’un avant-poste illégal, Havat-Maon, où les colons leur lancent des pierres tous les matins. »
La quinzaine de personnes de l’équipée empruntent donc ce chemin cahoteux. Il y a environ une demi-heure de marche jusqu’à l’école. Pas d’enfants avec nous, c’est samedi. « Le harcèlement des enfants a lieu depuis une dizaine d’années, explique Amiel. Un comité de la Knesset a ordonné en 2007 que l’armée les escorte à chaque trajet, ce qu’elle fait sans enthousiasme : parfois elle vient, parfois pas. Il est arrivé que les soldats doivent faire entrer la quinzaine d’enfants dans la Jeep car malgré leur présence des colons déchaînés les caillassaient ! »
Nous arrivons à proximité de Havat-Maon, juché sur le sommet de la colline. En contrebas, au loin, une oliveraie fait pitié avec la moitié de ses arbres coupés, résultat d’une action rageuse des colons contre les paysans palestiniens. Soudain, à travers les arbres sur la colline qui domine, des silhouettes apparaissent, furtives, en courant. Ce sont quelques jeunes colons, tous masqués. Ils sont cinq ou six. Les membres de Taayoush branchent leurs caméras. Soudain, l’un d’eux s’écrie : « Attention aux pierres ! ». Et de fait, les pierres commencent à tomber près de notre groupe, qui n’a d’autre solution que de battre en retraite.
Un kilomètre plus tard, nous sommes en sécurité. Assis un peu groggy, le groupe reprend son souffle. Personne n’a été touché. Un peu d’eau est bienvenue. Quelqu’un tente de plaisanter mais sans succès. Amiel annonce qu’il va porter plainte contre les lanceurs de pierres, puis ajoute : « Aucune chance d’aboutir à une inculpation ». Nous rejoignons bientôt nos véhicules. Le soleil va bientôt commencer à se coucher.
Sur le chemin du retour, deux questions nous taraudent. Comment se fait-il que si peu d’Israéliens participent, comme cette admirable ONG Taayoush, à des actions de solidarité avec les Palestiniens harcelés ? Et, surtout, comment peut-on lancer des pierres tous les matins sur des enfants ? BAUDOUIN LOOS
NB Cet article fait partie d’un reportage qui a été publié sur trois pages dans le journal Le Soir des jeudi 7 et vendredi 8 novembre.
Une plaine de jeux en Palestine
Une plaine de jeux en Palestine
« Jouer » est un droit des enfants garanti par l’article 31 de la Convention Internationale des Droits de l’enfant

Le Lajee Center a reçu un soutien inespéré. L’association internationale Playground For Palestine qui a déjà développé des plaines de jeux dans plusieurs villes et villages de Cisjordanie et de la Bande de Gaza.
Cette organisation contribue à développer les nouvelles structures de la plaines de jeux. Le Lajee sera en mesure de terminer le développement de la plaine de jeux d’ici le prochain été.

Le Lajee Center remercie Playground for Palestine et « everyone who has donated towards the project; with the generosity of our friends from all over the world we have nearly finalized the full purchase of the land and we are now on the way to making this dream a reality. » (chacun qui a contribué à ce projet; avec la générosité de nos amis du monde entier nous avons finalisé l’acquisition du terrain et nous sommes sur le chemin pour faire de ce rêve une réalité ».
Pour plus d’infomrations: Playground For Palestine
Omar Barghouti: Le succès ultime d’Israël pourrait bien signer la fin de son régime colonial
07 octobre 2013 | Par Agence Média Palestine
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Par Omar Barghouti, Militant des droits de l’homme et analyste Palestinien
Alors que de nombreux analystes font aujourd’hui référence aux accords d’Oslo, signés il y a 20 ans par Israël et l’OLP, comme à un échec total, de mon côté je les vois plutôt comme un grand succès, mais seulement pour l’oppresseur, Israël. Oslo a en fait, atteint nombre des objectifs pour lesquels il a été conçu par ses auteurs israéliens. En premier lieu, il a permis d’éliminer ou pour le moins de saper gravement la légitimité du mouvement de libération national palestinien en cooptant un de ses éléments clé, et en en faisant l’outil le plus efficace et stratégique d’Israël, pour neutraliser la résistance palestinienne dans le cadre de son système d’oppression sophistiqué. Il a ainsi permis à Israël de se blanchir des violations des droits de palestiniens tels que définis par le droit international. Israël a utilisé avec efficacité la façade de “négociations de paix” d’Oslo pour couvrir son impitoyable stratégie de dépossession et de nettoyage ethnique d’un nombre croissant de Palestiniens de leur terre ancestrale.
Au lieu de conduire à une paix juste en accord avec le droit international, Oslo a fourni la couverture nécessaire à Israël lui permettant de brutaliser de façon continue les Palestiniens – et d’autres Arabes – tout en satisfaisant son insatiable appétit de construction de colonies réservées aux juifs dans les territoires occupés, aussi bien qu’à l’ intérieur du territoire de 1948, comme autant de zones « Arabrein » (1)
Les Accords d’Oslo n’ont pas seulement complètement omis toute référence au droit international et aux droits de l’homme, ils ont ignorés les droits les plus importants et inaliénables du peuple palestinien, en particulier le droit à l’auto détermination et le droit des réfugiés à rentrer dans leurs maisons et sur leurs terres, desquelles ils sont été déracinés de force par les milices sionistes, et plus tard par l’Etat d’Israël, pendant la Nakba (la catastrophe) de 1947-49. Les réfugiés palestiniens, qu’ils se trouvent en Palestine historique ou dans la shatat (la diaspora), constituent une absolue majorité du peuple palestinien – plus des deux tiers selon les estimations de 20122du Bureau Central Palestinien des Statistiques, ainsi que l’enquête de 2010-2012 (2) réalisée par l’association Badil (3) sur les réfugiés palestiniens et les personnes déplacés à l’intérieur du territoire de la Palestine historique.
Le fait que les réfugiés forment une majorité absolue du peuple palestinien et leur souffrance de plusieurs décennies en exil, font de la reconnaissance des droits fondamentaux des réfugiés palestiniens tels que sanctionnés par les Nations Unies le test incontournable de la moralité pour quiconque recherche une solution juste et durable au conflit colonial israélo-palestinien en accord avec le droit international.
Mettons de côté les droits moraux et légaux, la négation des droits des réfugiés palestiniens assure la perpétuation du conflit.(4)
Il n’est donc pas étonnant qu’Oslo, bien loin d’encourager une solution juste et non violente du conflit colonial, n’a fait qu’ encourager le régime israélien à poursuivre son agression, ses guerres sans fin et ses atrocités à l’encontre des Palestiniens, des Libanais et d’ autres Arabes, et cela en toute impunité.
Oslo a aussi ignoré le droit fondamental des Palestiniens citoyens d’Israël à l’égalité totale, le droit le plus important en droit international, en effaçant de fait ces Palestiniens de la définition même du “peuple palestinien” utilisé dans les Accords.
Oslo, “Le Versailles palestinien”, ainsi que l’a appelé Edward Said (5) , a permis à Israël de jouir d’une reconnaissance diplomatique sans précédent et, par conséquent d’un essor économique(6).Les « dividendes de la paix » ont rendu florissante l’économie d’Israël depuis 1993 , avec un PIB par habitant qui est passé d’environ 13,800 dollars à plus de 32,000 dollars. Durant la même période, dans les territoires occupés de Cisjordanie, le PIB par habitant est à peu près resté le même, autour de 2,000 dollars, et celui de Gaza rongée par la misère a baissé de 1,230 dollars à 1,074 dollars.
Dans la même période Israël a également démultiplié sa reconnaissance internationale qui a atteint environs 160 pays, récoltant ainsi bien plus de bénéfices commerciaux que l’économie palestinienne captive et dépendante de l’aide extérieure (7).
En Cisjordanie occupé une Autorité Palestinienne largement asservie, dépourvue de tout mandat démocratique valide, a principalement agi en sous-traitant de l’occupation israélienne, au service de ses besoins en matière de “sécurité”, en la libérant de ses obligations de gestion pour la population occupée,des services municipaux, d’ éducation, de santé, d’hygiène publique et autres dans la plupart des territoires occupés. Grâce aux accords d’Oslo, le financement de l’occupation Israélienne a été pris en charge, à travers l’Autorité Palestinienne, par l’UE les États Unis et d’autres pays, ce qui en fait probablement l’occupation la moins chère des temps modernes.
Tous ces dividendes d’Oslo mis à part, en dévorant plus qu’il ne peut avaler, et en oubliant comment s’arrêter, Israël a peut-être involontairement donné un coup fatal à son projet colonial. Cependant, il lui faudra du temps avant de pouvoir entièrement ressentir et reconnaître l’érosion . Israël a sapé la possibilité d’établir un État palestinien souverain, enterrant ainsi, la soi disant solution à deux États, uniquement destinée à légitimer son règne colonial avec un tampon palestinien d’approbation (8).
Au sommet de son succès économique et diplomatique, Israël est entrain de devenir rapidement le paria du monde, au niveau populaire, tout comme l’était l’Afrique du Sud sous l’Apartheid.
Cela fait vingt ans que la direction palestinienne sert officiellement de feuille de vigne à l’occupation, et cela doit prendre fin. Cela fait vingt ans que la communauté internationale se fait complice du régime d’occupation et permet de maintenir un système d’occupation de colonisation et d’apartheid. Cette complicité doit être combattue fermement et intelligemment par les Palestiniens, les Arabes et toute personne de conscience à travers le monde – y compris les juifs israéliens anticolonialistes – qui soutiennent la liberté, la justice et l’égalité pour le peuple palestinien. Dans ce contexte, le mouvement BDS global conduit par les Palestiniens, offre une forme de résistance et de solidarité efficace et stratégique qui s’élargit rapidement, et est aujourd’hui reconnu par les dirigeants israéliens comme une menace stratégique (9). Il est grand temps de briser les chaînes honteuses que sont les Accords d’Oslo et de faire tomber leurs masques.
Omar Barghouti
Traduction: Johanna W. pour l’Agence Média Palestine et l’Alternative Information Center
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1.Le célèbre auteur israélien Sefi Rachlevsky affirme, “ La lutte aujourd’hui n’est pas entre gauche et droite, mais entre les démocrates et les fascistes…. Israël est en train de devenir fasciste et raciste. D’une certaine manière on pourrait dire que notre folie rappelle celle qui régnait en Allemagne non pas en 1933, mais plutôt dans les années 1944 – 1945 alors qu’ils étaient en danger de perdre la guerre, c’est cette folie qui les a empếché d’arrêter.”- http://www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-3967389,00.html (Hébreu)
2. http://www.pcbs.gov.ps/portals/_pcbs/PressRelease/Press_En_PalestiniansEOY2012E.pdf
3. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons 2010-2012 http://www.badil.org/en/documents/category/35-publications?start=10
4.Pour plus de détails à ce sujet, voir Omar Barghouti, “On Refugees, Creativity and Ethics,” ZNet, September 28, 2002.
5.http://www.lrb.co.uk/v15/n20/edward-said/the-morning-after
6.http://www.tradingeconomics.com/israel/gdp
7.Ibid.
8. Ancien ministre des affaires étrangères israélien Shlomo Ben-Ami à proposer aux dirigeants palestiniens un choix entre deux options : “justice ou paix”. Barbara Demick, “A Squandered Chance for Mideast Peace,” Philadelphia Inquirer, January 16, 2001.
9. En juin 2013 le gouvernement de Netanyahu a accepté de déplacer la responsabilité de gestion du problème du mouvement BDS du ministère des affaires étrangères (le principal ministère de propagande) au ministère des affaires stratégiques. http://jppi.org.il/uploads/Annual_Assessment_2012-2013.pdf
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Pour poursuivre la réflexion l’Agence Média Palestine et l’Alternative Information Center recommandent le film « Etat commun, conversation potentielle [1] » de Eyal Sivan
Un dispositif remarquable qui met en place des conversations potentielles entre des interlocuteurs palestiniens et israéliens passionnants . Une brassée d’idées nouvelles et de visions originales sur les conditions d’ une coexistence.
Prochainement en salles a Paris ( Projection presse à l’Espace Saint-Michel le Mardi 24 Septembre à 10h30) et en régions voir calendrier ci dessous :
http://www.zeugmafilms.fr/etatcommun.html
Sortie nationale: le 09 Octobre à Paris au cinéma Saint Michel
Extrait: http://youtu.be/WSaaBtq5DBY

La revue « De l’Autre Côté » éditée par l’Union Juive Française pour la Paix (www.ujfp.org) publiera un recueil de ces tribunes .
Pétition : Gaza n’aura plus d’eau potable d’ici 2016 !
1 octobre 2013
AVAAZ.com
Les 1,6 million de Palestiniens de la bande de Gaza sont privés d’eau potable. La seule source d’eau à laquelle ils peuvent accéder, l’eau souterraine des aquifères, est sur-utilisée et est maintenant très polluée en raison de l’infiltration de l’eau de mer et des égouts.
L’ONU a récemment averti que, si une solution n´est pas trouvée pour fournir la bande de Gaza en eau potable, l’aquifère de Gaza deviendra inutilisable d’ici 2016, et endommagée de manière irréversible en 2020.
Aujourd’hui, seulement 5 % de l’eau extraite de l’aquifère côtier est potable. La plupart des familles de Gaza sont obligées d’acheter de l’eau potable à des entreprises privées à un coût élevé, et dépensent jusqu’à un tiers de leurs salaires pour acheter de l´eau.
La portion de l’aquifère côtier située sous la bande de Gaza ne représente qu’un faible pourcentage du total des ressources en eau douce disponibles aux Israéliens et aux Palestiniens. Israël continue d’exploiter 90% de l’ eau douce transfrontalière pour l’usage exclusif d’Israël – en particulier l’aquifère de montagne souterraine partagée avec la Cisjordanie – alors que les Palestiniens ont accès à moins de 10 %.
Israël fait cela en violation du droit international de l’eau qui stipule que ces ressources doivent être partagées « équitablement et raisonnablement » entre Palestiniens et Israéliens.
Il y a une solution, et cela commence par l´application du droit à l’eau des Palestiniens. Si les Palestiniens avaient accès à une part équitable des ressources en eau disponibles, et si Israël lèvait son blocus sur la bande de Gaza qui restreint les importations d’eau ainsi que l’entrée de matériaux et produits nécessaires pour rénover et réparer ses infrastructures d’eau, la plus grande partie des problèmes d’eau de Gaza seraient résolus .
La campagne Soif de Justice, qui défend le droit à l’eau des Palestiniens, a besoin de votre aide ! Si cette pétition atteint 100 000 signatures, les ambassadeurs de la campagne feront du lobbying auprès des gouvernements européens afin de leur livrer vos signatures, et leur demanderont de prendre des mesures concrètes.
N´attendez pas que l’ aquifère de Gaza s’effondre, signez la pétition maintenant et aidez-nous à garantir le droit de l’eau pour Gaza et pour la Palestine !
Lien vers la pétition:
https://secure.avaaz.org/en/petition/Gaza_to_run_out_of_drinking_water_by_2016/
http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2013/10/01/petition-gaza-naura-plus-deau-potable-dici-2016/
Eric Hazan: vingt ans de faux semblants
24 SEPTEMBRE 2013 | PAR AGENCE MÉDIA PALESTINE
Le treize septembre 2013 marque les 20 ans du processus d’Oslo. Il nous a semblé que cela devrait être l’occasion d’une véritable réflexion politique non seulement sur le bilan de ces vingt longues années, mais aussi sur les différentes perspectives d’avenir que l’échec des promesses de ce processus ouvre pour la région.
Nous avons demandé a plusieurs personnalités de contribuer par leur analyse à ce petit brainstorming.
L’Agence Média Palestine, en partenariat avec l’Alternative information Center, publiera ces tribunes durant ce mois, sur l’espace club de Médiapart.
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Par Eric Hazan, éditeur aux éditions « La Fabrique »et écrivain
Depuis les accords d’Oslo, de poignées de mains en protocoles divers, de tournées d’émissaires américains en « reprises du processus de paix », ce qui domine la relation Israël-Palestine, c’est l’hypocrisie généralisée.
On fait semblant de croire que la « solution du conflit » passe par la création d’un État palestinien. L’idée est largement acceptée par tous ceux qui ne sont informés que par des médias aux ordres. Mais ceux qui sont au courant, quel que soit leur bord, savent qu’un véritable État palestinien ne peut pas exister. Ils savent que ce qui est possible – et qui peut un jour advenir – c’est un État fantoche, un protectorat qui n’aura pas le contrôle de ses frontières et donc de son économie, ni d’accès à la mer, ni de communication directe avec les États arabes voisins, ni de continuité territoriale, ni la capacité de défendre sa population et son territoire.
On fait semblant de croire que l’Autorité palestinienne représente le peuple palestinien et peut donc conduire des négociations en son nom. Chacun sait pourtant que cette « Autorité » n’a plus la moindre légalité car les dernières vraies élections, qui avaient vu le triomphe du Hamas, datent de 2006. Et que dans « la Palestine » où sévit cette Autorité on ne compte que le tiers du peuple palestinien, le reste séjournant dans la bande de Gaza, les camps de réfugiés, la diaspora, et en Israël même, où plus d’un million de Palestiniens sont totalement oubliés par le pseudo gouvernement de Ramallah. Le rôle réel de l’Autorité est double : répartir entre ses fonctionnaires l’argent des pays donateurs (en n’ayant garde de s’oublier au passage) et servir de supplétif à Israël pour maintenir l’ordre en Cisjordanie.
On fait (à peine) semblant de croire que le pouvoir israélien acceptera un jour de négocier honnêtement, alors qu’il montre chaque jour, par la poursuite de la colonisation et des brutalités de tous ordres, qu’il n’en a nullement l’intention. La reprise actuelle du « processus de paix » n’est évidemment qu’un leurre, une vague concession à l’administration américaine, laquelle a fort besoin de redorer son image dans la région.
Si les faux-semblants et les mensonges étouffent toute possibilité d’entente et de réconciliation véritables entre juifs israéliens et arabes palestiniens, c’est sous l’effet d’intérêts convergents. Une véritable alliance objective réunit tous les pouvoirs conservateurs sur un but commun, le maintien du statu quo – expression qui recouvre le maintien de l’occupation civile et militaire et la poursuite de la colonisation.
Ce faux discours sert aussi les intérêts des Etats-Unis et de l’Europe qui, en affirmant leur soutien à l’idée d’un Etat palestinien dont ils savent qu’il ne verra jamais le jour, maintiennent de bonnes relations avec les Etats arabes tyranniques et corrompus – lesquels utilisent leur « défense des Palestiniens » comme instrument de propagande interne pour faire tenir tranquilles leurs populations, tâche d’ailleurs de plus en plus malaisée.
Il est évidemment dans l’intérêt des vieux apparatchiks de l’Autorité palestinienne, qui pensent que l’ordre existant durera bien autant qu’eux, avec toutes les prébendes et les passe-droit qu’il leur garantit, et le semblant de considération des organismes internationaux.
Tout cela, le premier gamin poussant ses cageots de tomates sur le marché de Naplouse le sait parfaitement mais « l’opinion internationale » fait semblant de l’ignorer. Depuis plus d’un demi siècle, les véritables amis des arabes palestiniens et des juifs israéliens montrent pourtant que la paix et la réconciliation passent par la reconstruction de la Palestine historique, par un Etat commun à tous les êtres humains vivant entre le Jourdain et la mer. Combien faudra-t-il attendre pour que cessent les mensonges et que leur voix soit enfin entendue ?
Eric Hazan
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LA “CONFÉRENCE DE PAIX“ OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA PALESTINE par Jacques Bude
“Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et vu sa proportion se multiplier par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement.“
Marwan Barghouti, mars 2012
À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.
Pourtant les « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces « dialogues de paix » n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.
Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrits leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation.[2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël.
Intentionnellement ou non, toutes les « conférences de paix » ont été des promesses creuses qui ont entravé les Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens et la communauté internationale à soutenir ou du moins à accepter la colonisation – confiscation des terres et nettoyage ethnique – des territoires occupés en 1967. Par exemple, “l’offre généreuse“ mise au point et utilisée de main de maître par E. Barak à la Conférence de Camp David (2000), a consisté à prétendre qu’afin d’arriver à un accord de paix, les autorités israéliennes avaient fait des offres extrêmement généreuses qui avaient été systématiquement rejetées par les Palestiniens.[3] Ce qui est censé prouver que les Palestiniens ne veulent pas la paix mais la destruction d’Israël et par conséquent que, confronté à l’absence d’un partenaire de paix, l’État d’Israël est obligé d’assurer sa sécurité, notamment par la construction d’un “Mur de sécurité“ et par l’implantation de colonies.[4]
L’effet sur l’opinion israélienne et internationale de ces prétendues “offres généreuses“ israéliennes, qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un rejet systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.[5] Pourtant les nombreuses et très graves infractions israéliennes aux Droits humains des Palestiniens – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ont été abondamment documentées par des organisations au-dessus de tout soupçon. Force est de constater que la crédulité devient incommensurable dès que l’on invoque de prétendues menaces à la sécurité d’Israël, pourtant de très loin la puissance militaire dominante de la région.
Depuis quelques années et de plus en plus souvent, les masques tombent du côté israélien. Des hautes autorités israéliennes ne font plus allusion à l’évacuation des territoires occupés, au démantèlement des colonies, ni même à la fin de la colonisation en échange de la paix. Par exemple, en réaction à l’attribution du statut d’État observateur à la Palestine par l’ONU le 29 novembre 2012, le Gouvernement israélien a publié le 2 décembre 2012 un communiqué officiel du Premier Ministre Benjamin Netanyahu où on peut lire: “Aujourd’hui nous construisons et nous continuerons à construire à Jérusalem et dans toutes les zones qui se trouvent sur la carte des intérêts stratégiques de l’État d’Israël“ “Il n’y aura pas d’État palestinien sans un dispositif qui garantisse la sécurité des citoyens israéliens. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que l’État d’Israël ne sera pas reconnu comme l’État du Peuple juif. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que les Palestiniens n’auront pas proclamé la fin du conflit“.[6] Donc le Gouvernement israélien proclame officiellement que les Palestiniens n’auront la paix qu’à condition de laisser les Israéliens coloniser en toute sécurité.
Bien qu’elle continue à évoquer l’échange de la paix contre l’évacuation des Territoires, il y a longtemps que l’Autorité palestinienne a été amenée à souscrire à la perspective de « la paix en échange la paix ».[7] Du fait de sa totale dépendance à l’égard des États-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël et sans doute surtout afin de préserver les privilèges liés à la gestion de l’occupation, l’Autorité palestinienne réprime ou du moins endigue fermement toute opposition militante à l’occupation, en échange du pouvoir d’administrer sous stricte tutelle israélienne la mosaïque de “réserves“ telle qu’elle existe aujourd’hui. Toutefois, bien que l’État d’Israël – Territoires occupés inclus – soit déjà, à l’image des États-Unis, un État moderne avec ses réserves d’indigènes, les autorités israéliennes ne sont pas encore rassasiées. Il reste des terres à confisquer et à “nettoyer“.
Le fait que l’Autorité palestinienne ne porte pas les graves violations du droit international et humanitaire commises par les autorités israéliennes devant la Cour internationale de Justice de La Haye est à mon sens une manifestation probante de l’acceptation de “la paix en échange de la paix“ par l’Autorités palestinienne.
Au moment de la création de l’État d’Israël, la quasi totalité des Palestiniens vivaient en Palestine mandataire. Ils y étaient propriétaires de 93% du territoire. Aujourd’hui près des 2/3 des Palestiniens vivent à l’extérieur de leur pays d’origine.[8] Ceux qui y vivent – en Israël proprement dit et dans les territoires occupés en juin 1967 – constituent quelque 50% de la population[9], mais ne sont propriétaires que d’environ 11% du sol[10] et d’un pourcentage bien inférieur encore – moins de 5% – des terres cultivables. En Israël proprement dit, la grande majorité des Palestiniens – bien que de nationalité israélienne – vivent dans des lieux restreints, étroitement surveillés et très défavorisés par rapport à ceux où vivent les Israéliens juifs. Dans les Territoires occupés, la situation est bien plus sévère encore. Les Palestiniens y sont progressivement amenés à se cantonner dans des enclaves largement dépouillées de ressources, si ce n’est la charité internationale. Tant en Israël proprement dit que dans les territoires occupés, leurs droits humains sont bafoués, leurs institutions sont soumises à une tutelle draconienne, le harcèlement est omniprésent et la confiscation des terres – notamment dans le Néguev – s’intensifie.
Bref, nous assistons depuis plus de 65 ans à la destruction officielle et délibérée de la société palestinienne par les autorités de l’État d’Israël: colonisation de peuplement, contrôle total des institutions, confiscation des terres et nettoyage ethnique des zones confisquées.
Cette destruction – aujourd’hui largement réalisée – se poursuit et s’accélère derrière l’écran de l’actuelle Conférence de paix entre des autorités israéliennes bénéficiant d’une totale impunité et une Autorité palestinienne sous tutelle.
Hors l’application du droit international, s’en remettre à une négociation de paix entre une puissance militaire occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante; c’est entériner l’occupation, les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée, des polices et des milices des colonies, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, …; c’est être complice de la pacification de la communauté opprimée et de sa désarticulation; c’est avaliser les violations du droit international et des droits humains des Palestiniens: droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, …; c’est contribuer à assurer l’impunité aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël pour leur politique délibérée de destruction de la société palestinienne; c’est, en quelque sorte par défaut, être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1949 par la Communauté internationale, l’OLP[11] et, implicitement, le Hamas[12]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale: à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international[13]; à se préoccuper non plus de la pacification d’une zone d’occupation militaire mais du respect des droits humains des victimes d’une occupation illégale et meurtrière, ce qui implique la fin de l’occupation.
Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international et humanitaire, toute personne – particulièrement tout responsable politique – doit appeler les instances politiques et judiciaires nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit. Ces instances doivent signifier aux autorités politiques et militaires israéliennes qu’enfreindre au Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un crime contre l’humanité et que ceux qui en sont responsables seront inculpés. Ces instances doivent exiger, sous peine de sanctions et d’inculpations: la fin de l’occupation, du nettoyage ethnique et des confiscations – notamment des terres et de l’eau – et le dédommagement des Palestiniens, notamment en vertu de leur “droit au retour“, entériné par l’ONU, y compris par l’État d’Israël.[14]
Ce n’est que dans le respect du droit international et humanitaire que le rétablissement d’une société palestinienne autonome et viable sera possible et que les soi-disant “dialogues de paix“ entre Israéliens et Palestiniens ne serviront plus uniquement à occulter la destruction de la société palestinienne et à assurer l’impunité de ceux qui en sont responsables.
[1] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres, entre autres Deir Yassine en avril 1948, perpétrés pour faire fuir les Palestiniens – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.
[2] On accorde souvent le bénéfice du doute au gouvernement dont I. Rabin était Premier Ministre et Ministre de la Défense. Or, “Quelques mois après la signature de l’Accord d’Oslo, Rabin déclarait «Il n’y a pas de dates sacrées», autrement dit qu’il ne se sentait pas obligé de respecter le calendrier qu’il avait lui-même signé.“ A. Kapeliouk, Le gouvernement israélien prisonnier de ses contradictions, Le Monde Diplomatique, juin 1995. En fait, entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et l’assassinat de Rabin en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. “En 1993, on comptait environ 120000 colons en Cisjordanie; leur nombre augmente de 40000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996); de 30000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (mai 1996-mai 1999).“ Alain Gresh, Pourquoi les accords d’Oslo ont-ils échoué? Blogs du Monde Diplomatique, 22 octobre 2007. Après le massacre de 29 Palestiniens en prière dans une mosquée de Hébron en février 1994, I. Rabin a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Voir Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.
[3] Pour une analyse de la mise au point, de l’utilisation et des effets de cette technique de légitimation de la politique israélienne, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.
[4] Cette technique d’occultation de la destruction de la société palestinienne, a été systématiquement utilisée depuis lors. Ainsi en janvier 2009, B. H. Lévy affirme tenir de la bouche même du Premier Ministre de l’époque Ehoud Olmert, la teneur d’une proposition que celui-ci venait de faire à Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. “Je lui ai fait une offre. 94,5% de la Cisjordanie. Plus 4,5% sous forme d’échange de territoires. Plus un tunnel, sous son contrôle, reliant la Cisjordanie à Gaza et équivalant au 1% manquant. Et, quant à Jérusalem, une solution logique et simple: les quartiers arabes pour lui; les quartiers juifs pour nous; et les Lieux Saints sous administration conjointe saoudienne, jordanienne, israélienne, palestinienne, américaine. … L’offre est là. J’attends.“, Extrait de « Carnets de guerre », Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2009. On notera que cette offre est censée avoir été formulée alors que la dévastation Plomb durci – quelque 1400 tués, 5000 blessés, 10.000 logements détruits ou sévèrement endommagés – était en cours et que la marionnette médiatique de propagande israélienne B. H. Lévy parcourait Gaza à l’intérieur d’un blindé des forces d’invasion israéliennes. Quand on parle d’occultation par l’appel au dialogue de paix … .
[5] En Israël, « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ‘la terre pour la paix’. Après Camp David et les ‘négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.
[6] “Today we are building and we will continue to build in Jerusalem and in all areas that are on the map of the strategic interests of the State of Israel.“ “There will be no Palestinian state without an arrangement in which the security of Israeli citizens will be ensured. There will be no Palestinian state until the State of Israel is recognized as the state of the Jewish people. There will be no Palestinian state until the Palestinians declare an end to the conflict.“ http://www.mfa.gov.il/MFA/Government/Communiques/2012/Cabinet-communique-2-December+2012.htm
[7] Le principe des Accords d’Oslo qui instaurent l’Autorité palestinienne, était l’évacuation des territoires occupés en juin 1967 en échange de la sécurité de l’État d’Israël. L’Autorité palestinienne s’est résolument engagée dans cette perspective en réprimant toute opposition militante à l’occupation – à l’époque, la première Intifada – afin d’assurer l’évacuation des territoires. Étant donné que les autorités israéliennes n’ont pas respecté leurs engagements, l’Autorité palestinienne s’est trouvée piégée. Paralysée par le mirage des “négociations de paix“, elle a été rapidement réduite à s’en tenir à gérer l’occupation.
[8] Fin 2008 – et la situation s’est encore considérablement dégradée depuis lors – on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, p.56.
[9] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y avait en 2011 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance d’environ 3% par an de la population palestinienne des territoires occupés au cours des 5 dernières années, n’est pas prise en compte.
[10] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.
[11] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.
[12] En 2006, le Hamas signe le document d' »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.
[13] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. http://www.russelltribunalonpalestine.com
[14] La résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, “Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables“. Cette résolution a été votée par la délégation israélienne.
Jacques Bude

