Uri Avnery à Bil'in lors d'une manifestation conjointe entre Palestiniens et Israéliens
L’appel pour le « BDS » – Boycott, Désinvestissement, Sanctions – a finalement atteint l’opinion publique israélienne. La décision de la Norvège de retirer ses fonds des sociétés israéliennes impliquées dans la construction des colonies a fait la différence, et a représenté le premier grand succès de cette campagne importante.
Après avoir ignoré la campagne pour le BDS pendant plusieurs années, Uri Avnery s’est finalement senti obligé de réagir, à deux reprises, dans son blog. Comme Uri, je réagis rarement aux opinions des autres dans mon propre blog, comme il le dit avec délicatesse : « je ne veux pas imposer mes vues, je veux juste apporter des éléments pour la réflexion, et je laisse le lecteur se former sa propre opinion ». Certains arguments mis en avant par Avnery, cependant, requièrent une réponse, car ils peuvent égarer ses lecteurs.
En dépit du fait que j’ai parfois des désaccords avec Avnery – quoique beaucoup moins que dans le passé – j’ai un grand respect pour l’homme, pour le journaliste, pour le militant, pour le commentateur politique, et depuis la banqueroute de « la Paix Maintenant » au cours du «processus d’Oslo, nous avons souvent milité ensemble côte à côte, et j’oserais dire que nous sommes devenus amis. C’est pourquoi je me sens obligé de réagir à sa critique de la campagne BDS.
La journaliste Cecilie Surasky interroge Klein et Lerer sur les raisons pour lesquelles elles soutiennent le Boycott.
Klein et Lerer ont préparé une tournée de promotion qui saluerait l’appel palestinien au boycott culturel d’Israël, tout en montrant également que les boycotts ne doivent pas nécessairement exclure un dialogue et une communication des plus nécessaires.
Cela étant dit, Klein et Lerer ont utilisé la tournée pour attirer l’attention sur le boycott et la lutte palestinienne et pour provoquer un dialogue interne dans le pays au sujet du boycott comme moyen de pression sur Israël afin qu’il se conforme au droit international. Le mois dernier, j’ai rencontré Klein et Lerer à Tel-Aviv pour leur demander leurs objectifs, le sens et les détails d’un boycott culturel et aussi pourquoi Lerer, Israélienne juive, dit au monde « s’il vous plaît, boycottez-moi ».
L'auteure avec The Shock doctrine traduit en arabe
Les universitaires israéliens doivent payer le prix pour finir l’occupatio
Anat Matar –
Ha’aretz/UJFP
Il y a quelques jours, le Dr. Neve Gordon de l’université Ben Gourion du Néguev a publié un éditorial dans le Los Angeles Times.
Dans cet article il expliquait pourquoi, après des années d’activité dans le camp de la paix ici, il a décidé de placer ses espoirs dans l’application d’une pression extérieure sur Israël – comprenant des sanctions, les désinvestissements et un boycott économique, culturel et universitaire.
La question qui m’empêche de dormir la nuit, à la fois comme parent et comme citoyen, c’est comment garantir que mes deux enfants, tout comme les enfants des mes voisins palestiniens, ne grandiront pas dans un régime d’apartheid.
La façon la plus juste de présenter Israël aujourd’hui, c’est comme un Etat d’apartheid.
Il était l’honneur de la presse israélienne. D’un courage hors du commun, comme le montre chacun des articles qu’il écrivit pour Le Monde diplomatique depuis 1969. Il fut un implacable accusateur des autorités de son pays, en particulier des militaires, dont il démontrait les abus au moyen de révélations accablantes (1). Prouvant aussi, par son exemple même, qu’il existe au sein des médias d’Israël des espaces critiques à l’égard du pouvoir.
La journaliste israélienne arrêtée ce mois-ci à Erez, alors qu’elle se rendait dans la bande de Gaza pour y effectuer son travail de reporter, interpelle la population israélienne, l’accusant de collaborer « avec un régime de dépossession, de répression ».
Article publié par The Palestine Telegraph
« En tant que juifs, nous profitons tous des privilèges qu’Israël nous octroie, ce qui fait de nous tous des collaborateurs. Que fait chacun d’entre nous pour réduire sa coopération avec un régime de dépossession, de répression ? »
Laissons de côté ces Israéliens dont l’idéologie soutient la dépossession du peuple palestinien au motif que « Dieu nous a choisis ». Laissons les juges qui absolvent toutes les politiques militaires de meurtres et de destructions. Ignorons les chefs de l’armée qui sciemment enferment une nation tout entière dans des enclos entourés de murs, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de barbelés et de projecteurs aveuglants. Laissons de côté aussi les ministres. Tous ceux-là ne sont pas seulement des collaborateurs. Ils sont les architectes, les planificateurs, les concepteurs, les bourreaux.
Mais il y a les autres, vous tous. Les historiens et les mathématiciens, les grands éditeurs, les personnalités médiatiques, les psychologues et les médecins de famille, les avocats ni pour Gush Emunim ni pour Kadima, les enseignants et les éducateurs, les amateurs de randonnées et du chanter en chœur sur les chemins, les magiciens de haut vol. Où êtes-vous ? Et vous, tous ceux qui font des recherches sur le nazisme, l’Holocauste et les goulags soviétiques ? Serait-il possible que vous approuviez une législation de discrimination systématique ? des lois qui déclarent que les Arabes de Galilée ne seront même pas indemnisés pour leurs dommages de guerre aux montants auxquels leurs voisins juifs ont droit ? (Aryeh Dayan, Ha’aretz, 21 août).
Aztmon est non seulement un musicien de talent, c’est un Israélien militant anti-sioniste qui se considère comme Palestinien.
Il raconte comment il s’est brusquement rendu compte de ce qui se passait.
… »A l’été 1984, juste trois semaines avant de me débarrasser de mon uniforme militaire, nous avons été envoyés au Liban pour une tournée de concerts. A l’époque, le Liban était un endroit très dangereux et l’armée israélienne était installée dans des bunkers et des tranchées profondément enfouis pour éviter tout contact avec la population locale. Le deuxième jour, nous sommes arrivés à Aszar, un camp de concentration israélien de sinistre réputation installé sur le territoire libanais.
Et c’est l’événement qui a changé ma vie. Il faisait une chaleur d’étuve en ce début de juillet. Un chemin de terre poussiéreux nous a conduits jusqu’à l’enfer sur terre. Un immense centre de détention entouré de barbelés. Pour aller jusqu’au quartier général du camp, nous avons dû passer devant des milliers de détenus à la peau brûlée par le soleil. C’est difficile à croire, mais les orchestres militaires sont toujours bien accueillis. Une fois arrivés devant le QG des officiers, nous sommes allés faire un tour guidé du camp. Nous avancions le long d’interminables grillages de barbelés et de miradors. Je n’en croyais pas mes yeux.
Qui sont ces gens ?, ai-je demandé à l’officier-guide. Ce sont des Palestiniens, m’a-t-il répondu. Ici, à gauche, vous avez les OLP et là, à droite, les « Ahmed Jibril » (le FPLP, Front populaire de la Palestine), ils sont beaucoup plus dangereux que les autres alors, on les isole. J’ai regardé les détenus et ils avaient l’air totalement différents des Palestiniens que je rencontrais à Jérusalem.
Ceux que je voyais à Ansar étaient en colère. Ils n’étaient pas vaincus et ils étaient nombreux. En avançant le long des barbelés, je regardais fixement ces détenus et j’ai alors réalisé l’atroce vérité : j’étais vêtu de l’uniforme de l’armée israélienne. Alors que je pensais à mon uniforme, essayant de régler le terrible sentiment de honte naissante, je me suis retrouvé sur un grand terrain plat au milieu du camp.
Nous nous sommes arrêtés là, entourant l’officier qui nous servait de guide, et qui nous donnait d’autres informations, d’autres mensonges sur la guerre en cours pour défendre notre havre juif. Pendant qu’il nous ennuyait à mourir avec ses mensonges absurdes, j’ai remarqué que nous étions entourés d’une vingtaine de blocs de béton d’environ un mètre carré de superficie sur un mètre trente de hauteur. Il y avait une petite porte métallique et j’étais horrifié à l’idée que mon armée avait peut-être décidé d’enfermer pour la nuit dans ces constructions les chiens de garde.
Mettant mon « chutzpah » israélien en action, j’ai demandé au guide à quoi servaient ces horribles cubes de béton. Il a répondu aussitôt : « Ca ? ce sont nos cellules d’isolement, deux jours dans une de ces cellules et vous êtes plus sioniste que les sionistes ».
C’en était trop pour moi. C’est donc dès 1984 que j’ai réalisé que ma relation avec l’état israélien et le sionisme était terminée. »