Mise au point


L’auteur de ce blog a déjà expliqué qu’il ne jouait aucun rôle dans la modération des commentaires, qui était le travail d’une société spécialisée sélectionnée par lemonde.fr. Lorsqu’il a été interrogé sur l’intérêt de laisser un commentaire, il a toujours donné son accord dans la mesure où celui-ci ne transgressait pas les règles en vigueur. Il n’a jamais répondu aux insultes auxquelles ont recours ceux qui, faute d’argument et incapables de se limiter au débat d’idées, profitent de l’anonymat pour intervenir et tenter de peser sur les opinions ou de détourner les attentions en multipliant les pseudonymes.

Caricature d’Ali Farzat

Certains visiteurs seront peut-être rassurés d’apprendre qu’au cours des trois derniers jours, c’est une seule et unique personne qui se dissimulait derrière les pseudonymes suivants :

– Aye aye sir
– Un rescapé d’Abou Ghraib
– Einstein n’en revient pas
– Tout à fait
– Le courage de bien regarder les choses en face
– Il fallait oser le dire
– Mais bien sûr
– Un syrien parmi d’autre
– Nous sommes tous palestiniens
– Abou Antar
– Ya 3ayni 3aleyk ya toto
– Sahar Mourad,
– Voyons !
– C’est proprement loufoque
– Syriens, Glasman vous donne la bonne nouvelle : …
– Patriote Syrien
– Un palestinien
– Tu ne gagneras point
– Lumumba
– Balkis
– Hilarant
– Antar Yacine
– Pas possible
– T’es pas tout seul
– t
– Observateur
– Saint-Just
– Queequeg
– Witold Gombrowiscz
– Danton
– Martial Canterel
– Martial Cantel
– et, plus anciennement, Norbert Montalescot.

Chacun en tirera les conclusions qu’il voudra sur la subtilité du personnage, l’élégance du procédé, la pertinence de ses interventions et la finalité d’un tel matraquage… On pourra s’étonner du choix de certains de ces pseudonymes et de la cohérence qui conduit à se dissimuler derrière des noms de révolutionnaires de notre Histoire, pour dénier aux Syriens le droit d’écrire la leur et de se révolter contre un pouvoir autoritaire et despotique, qui place sa survie au-dessus de toutes les considérations.

« Lorsqu’un peuple un jour veut la vie… »
(Abou l-Qasem Chabbi)

Les Syriens épris de liberté, de dignité et de justice, veulent achever au plus vite la guerre de libération dans laquelle ils ont été entraînés « à leur coeur défendant ». Ils veulent, pour le bien de leur pays et de leurs enfants, débarrasser la Syrie du système illégitime et prédateur qui se cramponne au pouvoir. Ils ont saisi les mains qui se tendaient vers eux… parce qu’il n’y en avait pas d’autres. Ils commencent, dans des conditions difficiles qui témoignent de leur courage et de leurs ambitions, à édifier par eux-mêmes, en surmontant leurs contradictions, en tâtonnant et sans doute en commettant des erreurs comme nos ancêtres jadis, l’Etat civil démocratique et pluraliste qui correspond à leurs aspirations.

Ils méritent notre admiration, notre soutien et nos encouragements !

suite

Jean-Pierre Filiu : « Je crois que la victoire sera politique en Syrie »


le 1 mars, 2013 – 00:44

A l’occasion de la parution de son dernier ouvrage « Le nouveau Moyen-Orient », premier du genre à être consacré à la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu, le prolifique historien arabisant, professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po (Paris), a répondu à nos questions.

En se plongeant dans les méandres de la Révolution syrienne, Jean-Pierre Filiu n’était pas en terre inconnue, mais en immersion intellectuelle dans un pays qui lui est familier et cher, où il résida en sa qualité d’adjoint de l’ambassadeur de France à Damas, de 1996 à 1999.

Face à la tournure dévastatrice d’une insurrection populaire avide de changement, entamée pacifiquement et emportée dans le tourbillon mortifère d’un conflit qui bouscule tous les schémas, Jean-Pierre Filiu a répondu à l’appel impérieux de la recherche afin de décrypter les tenants et les aboutissants de la contestation syrienne et de la répression implacable menée par le régime de Bachar al-Assad.

Sous une plume passionnante qui éclaire la Révolution syrienne à la lumière de la perspective historique, de l’analyse d’actualité et de la réflexion prospective, Jean-Pierre Filiu signe « Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l’heure de la Révolution syrienne », le premier livre entièrement consacré à la Syrie d’hier et d’aujourd’hui, pour mieux se projeter dans la Syrie de demain.

– Dans votre ouvrage, vous observez l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient à la faveur d’une renaissance arabe qui est actrice de son destin. Vous évoquez un prolongement de la Nahda, quels en sont aujourd’hui les enjeux essentiels, et quel sera le rôle de la Syrie future ?

Ma thèse d’historien est assez simple et elle s’inscrit dans le prolongement de mon ouvrage précédent, « La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique », publié au début de la vague révolutionnaire. Nous assistons à l’aboutissement d’un processus historique de longue durée, engagé durant la Nahda/Renaissance du XIXème siècle, et frustré par l’établissement de dictatures au lendemain des indépendances arabes. La Syrie, du fait de sa centralité historique et politique, joue un rôle déterminant dans cette nouvelle ère.

– Est-ce une revanche sur les accords franco-britanniques «Sykes-Picot» de 1920? Pouvez-vous en rappeler les grands objectifs et les lourdes conséquences pour les peuples concernés ?

La division artificielle du Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, sur la base des accords secrets de 1916, connus sous le nom de leurs négociateurs Sykes et Picot, est en effet une cause fondamentale de l’instabilité des Etats devenus plus tard indépendants. Le paradoxe révolutionnaire est que la légitimation, par la lutte même, du cadre hérité de la colonisation va conforter ces frontières, initialement imposées, mais devenues celles d’un peuple en lutte pour son indépendance authentique. Il est frappant de voir que les révolutionnaires syriens ont choisi le drapeau de la Syrie rétablie en tant que telle en 1961, après la rupture de la funeste « union » avec l’Egypte.

– Ce Moyen-Orient, passé dans le langage courant, a été conceptualisé en 1902 par l’amiral américain Alfred Mahan. Etait-ce un visionnaire de la géopolitique, et quelle portée a eu sa projection de l’Orient dans le monde ?

J’insiste comme historien sur le fait que le Moyen-Orient est une projection de puissance relativement récente, puisque ce concept naît il y a un peu plus de siècle, sous la plume d’un théoricien américain du contrôle des routes maritimes. Avant cet amiral Mahan, on parlait d’Orient ou de Levant. Lui pose le « Moyen-Orient » comme cible de toute puissance aspirant à l’hégémonie mondiale. Et cela un demi-siècle avant la fondation de l’état d’Israël ou l’exploitation massive du pétrole. C’est ce Moyen-Orient d’en haut qui disparaît aujourd’hui au profit d’une réalité dictée par les peuples en lutte.

– La révolution syrienne, démarrée pacifiquement, a sombré dans un chaos mortifère. La comptabilité macabre en atteste (plus de 30 000 morts en 20 mois, un million et demi de Syriens déplacés à l’intérieur du pays, 400 000 réfugiés dans les pays voisins, une situation humanitaire catastrophique). Quelle est votre perception de la complexité de ce conflit ?

Tous ces chiffres accablants, que vous reprenez de l’introduction de mon livre, pourtant paru il y a très peu de temps, peuvent déjà être doublés, tant la descente aux enfers du peuple syrien s’accompagne d’une aggravation exponentielle du nombre des victimes. Je crois que c’est moins la complexité du conflit syrien qui est sans précédent que la détermination du peuple de Syrie à renverser une dictature elle-même prête à tout pour demeurer en place. Les acteurs extérieurs croient pouvoir contrôler une crise dont je mets pourtant en lumière les enjeux profondément intérieurs et les ressorts intimes. La Russie et l’Iran sont ainsi engagés dans une co-belligérance active qu’ils vont payer au prix fort.

– Quel est le vrai poids du conflit confessionnel sunnite-alaouite et quelle sera son issue ?

Je vous remercie de parler de sunnites-alaouites plutôt que, comme trop de commentateurs, de sunnites-chiites. Les Alaouites ne sont en effet pas plus chiites que les Mormons ne sont protestants. Mais l’Iran et l’Arabie ont à l’évidence projeté sur le théâtre syrien leurs rivalités régionales, qu’elles déclinent sur un mode confessionnel. Aujourd’hui, Bachar al-Assad a littéralement pris en otages les Alaouites de Syrie et il faut que les forces révolutionnaires desserrent cet étau en intégrant de manière volontariste des personnalités alaouites. La nomination de Monzer Makhous comme ambassadeur de la Syrie nouvelle, à Paris, est un pas parmi d’autres en ce sens.

– Comment expliquez-vous l’apparente réserve de la communauté internationale, et notamment des Etats-Unis ? Cela aura-t-il des répercussions à terme entre une Syrie que vous voyez victorieuse de son tyran Bachar al-Assad et l’Occident ?

Je souligne l’effet profondément néfaste de l’absence de décision claire de la part de la communauté internationale, qui a abouti à aggraver le calvaire du peuple syrien. Je suis particulièrement sévère à l’encontre de Kofi Annan, dont la mission a coïncidé avec une escalade sanglante sur tous les fronts. Tous ces intervenants extérieurs sont prisonniers d’une vision dépassée où Bachar al-Assad continue d’incarner l’Etat, et où les combattants sont réduits à n’être que des relais des supposées influences étrangères. C’est une insulte au peuple syrien en lutte pour sa libération. Et il n’oubliera pas de si tôt qui était à ses côtés et qui l’a abandonné en ces moments terribles.

– Vous décrivez Hafez al-Assad, le père, comme un « conspirateur opiniâtre » qui a consolidé, en 1970, une « dictature d’une perversité inédite, habile à brouiller les pistes, pour camoufler l’accaparement du pays par un clan ». Tel père, tel fils, de quoi est faite la capacité de nuisance  de « l’Etat de barbarie » des Assad ?

J’ai pu rencontrer plusieurs fois Hafez al-Assad comme son fils. Je suis convaincu que, contrairement à tous les commentaires sur leur soi-disant « vision stratégique », ce ne sont que des survivants déterminés à tout sacrifier pour la préservation de leur pouvoir sans partage. C’est ce qui avait amené le regretté Michel Seurat à inventer ce concept lumineux d’« Etat de barbarie », car cet « Etat » n’a plus de rapport avec sa population que le bombardement et les massacres. Aucune négociation ne peut être menée avec cette machine de terreur, qui doit être démantelée, sous peine de perdurer comme depuis plus de quarante ans.

– Vous affirmez que la victoire sera politique avant d’être militaire, avec la chute de Bachar al-Assad. Mais pour l’heure, ce dernier résiste depuis plus d’un an face à l’Armée syrienne de libération (ASL) et le Comité National Syrien (CNS). La guérilla peut-elle vraiment avoir le dessus et à quelle échéance ?

Je crois en effet que la victoire sera politique et que « l’Etat de barbarie » s’effondrera de ne plus pouvoir entretenir sa terreur débridée. Cela ne signifie pas qu’un rapport de forces militaire ne doit pas être enfin établi pour que l’aviation, l’artillerie et les missiles du régime cessent de semer la terreur dans la population. Mais la clef ne sera pas dans une victoire « militaire » (la rébellion a d’ailleurs eu tort de céder à cette illusion lors des batailles de Damas et d’Alep en juillet 2012). Elle se trouvera dans l’établissement d’une autorité révolutionnaire et légitime sur un territoire syrien « libéré » au sens propre, c’est à dire protégé des frappes aveugles du régime.

– La résistance civile continue envers et contre tout, les slogans de rue étant scandés tous les vendredis par des milliers de Syriens. La révolution syrienne s’inscrit bel et bien dans le soulèvement démocratique qui traverse le monde arabe depuis 2010 ?

Il est en effet regrettable que l’essentiel des images qui nous parviennent de Syrie continuent d’être des images de combats, parfois atroces, alors que, tous les vendredis, des milliers de Syriennes et de Syriens continuent de manifester pacifiquement. Leur courage est admirable et il constitue la meilleure garantie de l’avenir. Mais la résistance civile couvre aussi tous les aspects d’administration locale, d’assistance humanitaire, de justice élémentaire qui « tiennent » les zones libérées du régime. C’est une Syrie nouvelle qui naît déjà sous nos yeux, farouchement attachée aux acquis de ses combats.

– Vous concluez en annonçant « l’An II de la révolution arabe, l’heure des peuples», précisant : « Ce nouveau Moyen-Orient que les néo-conservateurs croyaient enfanter en Irak en 2003 commence aujourd’hui d’émerger en Syrie ». Vous êtes résolument confiant dans l’avenir de la Syrie libérée du joug de Bachar al-Assad ?

A défaut d’être confiant, je suis résolument historien. L’invasion américaine de l’Irak en 2003 était un mauvais « remake » des expéditions coloniales, avec la volonté affichée de « libérer » par le haut un pays à la culture immémoriale. On connaît le désastre qui s’en est suivi : l’Irak mettra au moins une génération après le retrait américain pour se remettre d’un tel traumatisme. En Syrie, au contraire, c’est des profondeurs de la société que se développe l’alternative révolutionnaire. Aucun retour en arrière n’est possible et la dynamique contestataire de critique de toute autorité peut sembler ajouter à la confusion de la révolution syrienne, elle est aussi un rempart contre les tentations de restauration arbitraire.

Propos recueillis par la rédaction

Jean Pierre Filiu, Le nouveau Moyen-Orient, les peuples à l’heure de la Révolution syrienne,  Fayard, 2013. 

source

15 mars : Vague blanche pour la Syrie


  • Devant la Gare Centrale, Bruxelles
  • ActionSyrie vous invite à vous associer à la Vague Blanche pour la Syrie ce vendredi 15 mars 2013!Manifestation internationale à l’occasion des deux ans du début de la révolution syrienne !Le 15 mars prochain marquera les deux ans du début de la révolution syrienne.En deux ans, selon les Nations unies, plus de 70 000 personnes ont été tuées des dizaines de milliers d’autres sont blessées, disparues ou emprisonnées des milliers de Syriens sont victimes d’actes de torture, de mauvais traitements, de violences sexuelles, de pillages, des millions ont été déplacés à l’intérieur et des centaines de milliers sont réfugiés à l’extérieur.

    Pour dire « Stop » aux crimes contre les civils, pour réclamer que justice soit rendue en faveur des victimes, et faire savoir au peuple syrien qu’il n’est pas seul, nous lançons un appel à une manifestation internationale, en solidarité avec le peuple syrien se tiendra le 15 mars 2013 .

    “UNE VAGUE BLANCHE POUR LA SYRIE”

    Le principe en est simple : demander aux peuples du monde entier de s’unir au peuple syrien en manifestant à la même heure locale, de 19h à 19h30, un papier ou un tissu blanc à la main, le mot « Stop » écrit dessus.

    Se déclenchera ainsi au fil des fuseaux horaires et à travers le monde, une «ola» mondiale de protestation, une immense vague blanche, reprise au fil de la journée par les médias.

    http://www.facebook.com/pages/Vague-Blanche-pour-la-Syrie/148989415227675

    http://www.vagueblanchepourlasyrie.org/category/actualites/

Sapho chante la Révolution syrienne


Baudouin Loos
Baudouin Loos a partagé un lien (Sapho chante la Révolution syrienne) : « La Dame de Damas, très beau poème de Jean-Pierre Filiu lu par Sapho.
Voici le texte:

 

Je suis né sous le père, j’ai grandi sous le fils

J’ai dû chanter leur gloire, j’ai enduré leurs vices

Jamais de jamais je n’aurais cru voir leur fin

Jamais de jamais je n’aurais cru vivre enfin

Ce fut une longue nuit, longue de quarante ans

Ce fut l’ère du mensonge, le règne des brigands

J’ai perdu mes amis, j’ai langui mes parents

J’ai ruminé ma peine, j’ai enterré l’instant

La dame de Damas s’est levée ce matin

Liberté dans les cœurs, aube à portée de main

Ce ne sont pas des lions, ce ne sont que des chiens

Aboyeurs enragés, ivres de leur venin

La Syrie leur est due et nous sommes leurs serfs

Un pays aux Assad, et pour nous la misère

Nous n’étions que deux cents quand le mur est tombé

Le mur de cette peur longtemps accumulée

Un cri de nos poitrines en écho a vibré

Nous ne voulons que Dieu, Syrie et liberté

La dame de Damas s’est levée ce matin

Liberté dans les cœurs, aube à portée de main

C’était au mois de mars, deux mille onze est l’année

Nous n’étions que deux cents, sur nous ils ont tiré

Cette armée surarmée ne sait qu’est la pitié

D’un vendredi à l’autre nous devînmes des milliers

Il portait un couffin vers la ville assiégée

Les marches étaient de paix en rameaux d’oliviers

Il n’avait que treize ans, ils l’ont défiguré

Hamza est son prénom de toute éternité

La dame de Damas s’est levée ce matin

Liberté dans les cœurs, aube à portée de main

C’est une guerre civile, martelait le tyran

De sa voix haut perchée de bourreau négligent

Le concert des nations endossa le postiche

Remplissez les charniers, on ne prête qu’aux riches

Les mots pâlissent face à ce fracas d’horreur

Carnages et maisonnées emportées avant l’heure

Gare aux dénonciateurs frémit chaque Syrien

Les fantômes torturent au nom d’Assad ou rien

La dame de Damas s’est levée ce matin

Liberté dans les cœurs, aube à portée de main

Abandonnés du monde, nos larmes étaient de sang

Toujours porter le deuil, râles jetés au vent

Pourtant oui tenir bon, résister résister

Peu à peu progresser, et l’étau desserrer

Mais tout a une fin, même la barbarie

Nous en tremblons le jour, nous en rêvons la nuit

Dans leur haine sans fond, ils veulent nous plonger

Nous serons plus forts qu’eux, nous saurons pardonner

La dame de Damas s’est levée ce matin

Liberté dans les cœurs, aube à portée de main

Cette dame je la chante, c’est la Révolution

Sur les murs de Syrie j’écris partout son nom »

Sapho chante la Révolution syrienne
www.youtube.com
Un texte par Jean-Pierre Filiu, lu pendant la Journée de solidarité avec le peuple syrien, « La Syrie au cœur », à l’Institut du monde arabe, à Paris, le 24 fé…

Syrie: «Laissez-nous soigner!»


Publié par Alencontre le 27 – février – 2013

Sacha Petryszyn - Intervenir dans les camps de réfugiés est «insuffisant puisque la majorité des populations sous le feu sont en Syrie» (Médecins du monde)

Sacha Petryszyn – Intervenir dans les camps de réfugiés est «insuffisant puisque la majorité des populations sous le feu sont en Syrie» (Médecins du monde)

Par Thierry Brigaud, Docteur et président de Médecins du monde
et Pierre Salignon, Directeur général de Médecins du monde

La situation en Syrie ne cesse de se dégrader et la violence contre les civils est insoutenable. Les images reçues par les réseaux sociaux sont plus terribles les unes que les autres, comme les récits des réfugiés ou des militants des droits de l’homme. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: plus de 60’000 morts selon les organisations des droits de l’homme, 700’000 réfugiés et près de 2 millions de déplacés internes selon les Nations unies. Lakhdar Brahimi, médiateur de l’ONU, parle, lui, désormais «de l’enfer» quand les médias lui demandent de qualifier le conflit.

Cette guerre est une ignominie: exécutions sommaires, populations prises en otage et bombardées, personnels soignants arrêtés, exécutés, torturés. Pas de refuge pour se protéger. C’est aussi un conflit asymétrique, avec un gouvernement qui utilise la terreur comme arme de guerre et d’oppression, pour abattre une révolution d’abord pacifique lancée dans les rues du pays comme un affront au régime de Damas. Comment peut-on bafouer à ce point les droits humains et le droit international humanitaire? Comment croire qu’il est possible d’acheminer et de distribuer l’aide humanitaire de façon impartiale, alors que selon l’endroit ou selon ses destinataires, elle est elle-même considérée comme une manifestation d’opposition et traitée comme telle? Soigner est devenu un crime.

L’assistance internationale officielle est manipulée par le régime pour servir des intérêts. Assister et soigner toutes les victimes sans discrimination devient une gageure dans un contexte répressif aussi machiavélique. Le débat actuel – comment rétablir l’équilibre entre l’assistance qui arrive dans les zones contrôlées par le gouvernement et celle qui reste toujours attendue dans les zones tenues par les groupes opposants – est nécessaire. Car il permet de mettre au jour le double discours de la communauté des Etats influents de la scène internationale, qui se revendiquent bien souvent«amis de la Syrie». Ils réclament la fin du conflit et le départ du dictateur meurtrier, mais se refusent, dans le même temps, à soutenir aussi l’acheminement massif des secours dans les zones dites libérées. Mais si la dégradation des conditions de survie en Syrie est tragique, ce n’est pas un simple rééquilibrage de l’aide qui mettra terme aux souffrances des Syriens. Nous l’avons appris à nos dépens ces derniers mois.

Dès le début des violences, alors que Médecins du monde était présent de longue date dans la région d’Alep, le gouvernement syrien a refusé de renouveler nos autorisations de séjour et nous a mis à la porte. Nous étions donc condamnés à intervenir hors de Syrie. Ce que nous faisons depuis plus d’un an, dans les pays limitrophes, prenant ici en charge des réfugiés fuyant les violences, appuyant là un centre de rééducation pour des blessés, ou des postes de santé pour les déplacés, soignant aussi les familles traumatisées. C’est insuffisant puisque la majorité des populations sous le feu sont en Syrie.

Alors très vite, nous avons soutenu des médecins syriens, des civils, qui sont venus à nous, et qui, clandestinement, organisent des secours aux blessés et aux malades comme ils le peuvent. Ces confrères risquent leurs vies quotidiennement, se cachent pour soigner dans des centres de santé de fortune. Nous leur fournissons des médicaments, du matériel de soins et de chirurgie. Un travail de fourmi dans un océan de besoins. Les bailleurs étatiques se refusent à financer ces actions par peur d’être accusés d’ingérence. Ce sont les fonds propres de l’association que nous mobilisons et qui permettent de soutenir les groupes de médecins avec qui nous avons tissé une relation de travail et de confiance. Alors que la situation dans le nord du pays rendait possibles des séjours dans des zones moins troublées, nous avons commencé à franchir la frontière, ponctuellement. Nos équipes appuient désormais des centres de soins établis dans un camp de déplacés spontanément constitué en Syrie à proximité de la Turquie. Sans que les déplacés puissent aller plus loin. Des infirmières et des médecins syriens y assurent les consultations avec notre aide. A défaut pour nos équipes de pouvoir se rendre à Alep ou à Homs, nous y faisons parvenir des médicaments.

Mais face à cette tragédie et son lot quotidien de morts et de blessés, nous ne pouvons toujours pas nous satisfaire des actions que nous avons lancées. En juillet, nous avions lancé un appel relayé par les réseaux sociaux (1) pour dénoncer les violences contre les civils, les blessés et les personnels soignants. Aujourd’hui, faute de pouvoir faire plus, nous disons: Halte au feu! Nous appelons à l’arrêt des hostilités pour porter secours à ceux qui en ont besoin. C’est la seule demande que nous adressons à tous les acteurs armés et aux Etats influents dans la région. Décréter une trêve serait déjà un progrès. Car refuser l’accès des secours est un autre crime de ce conflit que nous nous devons de dénoncer. Rester silencieux, ce serait devenir complice d’un massacre à huis clos dont la récente intervention française au Mali ne saurait détourner notre attention. En Syrie, faites taire les armes et laissez-nous soigner!

(1) http://www.appelsyrie.medecinsdumonde.org/

Appel publié dans Libération du 26 février 2013 (p.23)

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Les coups de crayon d’Ali Ferzat contre le régime syrien


Le Monde.fr | 25.02.2013 à 15h29 • Mis à jour le 25.02.2013 à 20h46 Par Hélène Sallon

Ali Ferzat, le plus célèbre caricaturiste syrien, a été enlevé et passé à tabac le 25 août 2011. Ses doigts ont été brisés. Ce portrait s'est propagé sur le Net dans les jours suivants. Signé par Ali Ferzat, il est en réalité dû à un dessinateur anonyme.

Le temps d’une pose, faisant mentir la réserve qu’il inspire sous ses allures dandy, Ali Ferzat révèle toute son espièglerie. Avec un large sourire, le caricaturiste syrien de 63 ans agite, menaçants face à l’objectif, ses longs doigts effilés. Ces mains devenues, pour le régime syrien, des armes à faire taire. Pendant de nombreuses années, l’homme s’est employé à dénoncer, par le filtre de représentations symboliques, la dictature du parti Baas et du régime de Bachar Al-Assad. Dès mars 2011, ses coups de crayon ont accompagné le soulèvement syrien, se débridant au fur et à mesure que sautait le verrou de la peur. Jusqu’à représenter et dénoncer sans détours les crimes du régime.

Une nouvelle audace que le caricaturiste, célébré dans tout le monde arabe, a payé au prix fort. Enlevé au volant de sa voiture la nuit du 25 août 2011 à Damas, Ali Ferzat a été molesté pendant des heures par des chabiha, les sbires du régime. Dans un geste symbolique, ils lui ont brisé les deux mains avant de le laisser pour mort à quelques dizaines de kilomètres de Damas.

UN COMBAT SANS FRONTIÈRES

Sauvé « par miracle », l’homme n’a pas cédé aux menaces. « Quand je suis sorti de chez moi pour la première fois, un mois et demi après, je voulais marcher dans la rue, revendiquer mes droits de citoyen », assène-t-il. Sa seule peur a été que ses mains ne guérissent pas. Pour cela, il a dû trouver un refuge « temporaire » au Koweït, où ses caricatures sont depuis de nombreuses années publiées dans le quotidien El-Watan. « Mes dessins avaient déjà voyagé, je n’ai fait que les suivre », accompagnant ses mots d’un regard bleu perçant.

Un entretien avec Ali Ferzat réalisé par Samar Media TV

Le caricaturiste n’a cessé depuis d’aligner les coups de crayon, dans la presse et sur son site Internet, avec la même verve et les mêmes thèmes de prédilection. Ce combat, il le mène désormais de l’extérieur, roulant sa bosse aux quatre coins du monde. Dimanche 24 février, c’est aux côtés de son confrère et ami de longue date Plantu qu’il a dialogué, par les mots tout autant que par le dessin, avec le public venu nombreux pour le rencontrer lors de la journée de solidarité avec la Syrie organisée à l’Institut du monde arabe à Paris.

« Toutes les révolutions du monde ont besoin de plusieurs axes. La révolution de l’intérieur a besoin d’être représentée à l’extérieur, d’avoir des figures politiques. Ce qui se passe à l’extérieur, que ce soit une réussite ou non, ne freinera pas ce qui se passe à l’intérieur », défend-il, notant au passage l’embarras dans lequel est plongée la communauté internationale face à la situation en Syrie.

Quand on lui demande pourquoi il ne croque pas l’éclatement de la rébellion en différents groupes, il balaie l’allusion d’un revers. « Le régime a échoué dans sa volonté de diviser la rébellion. Il y a une volonté de défigurer cette révolution en parlant de djihadistes, de leur donner plus de poids qu’ils n’en ont. Les djihadistes n’ont pas de vrai enracinement en Syrie. Cette révolution de masse poursuit son objectif de construire un Etat civil, pluraliste et démocratique« , minimise-t-il. Le caricaturiste ne s’est jamais privé de s’attaquer, dans ses dessins de presse, au fondamentalisme religieux au point de susciter parfois des mouvements de contestation.

LA LIBERTÉ POUR SEUL MOT D’ORDRE

Ali Ferzat refuse de se voir en homme politique. « Mon engagement pour la patrie est mû par la morale. Je suis né pour critiquer ce qui a été, ce qui est aujourd’hui et ce qui sera demain », a-t-il conclu dans son échange avec le public parisien. S’empressant de revenir à sa table s’atteler à ce qu’il aime le plus faire : croquer. Dans ce processus, le geste, le message, l’échange d’idées sont plus importants à ses yeux que l’objet, le dessin.

Dans son exil, Ali Ferzat a pu emporter, en version imprimée ou électronique, toutes les œuvres qu’il a réalisées ces quinze dernières années. « Le moment venu, je ferais de ma galerie à Damas un musée pour exposer mes œuvres », a-t-il déjà prévu. Les quelque 15 000 à 17 000 caricatures réalisées avant ont été disséminées à droite et à gauche. Ce dont l’homme ne semble pas se formaliser. « Ce que la Syrie nous a appris est que ça ne vaut rien car, du jour au lendemain, on peut tout perdre. Le peuple syrien n’a pas une conception matérialiste du monde. Son seul mot d’ordre est la liberté. A aucun moment, il ne s’est plaint dans ses slogans de faim, de soif, de ne pas avoir d’argent. Le jour où cela arrivera, on pourra dire que la révolution est terminée », prédit-il.

Le combat d’Ali Ferzat, lui, ne sera jamais terminé. Récompensé du prix Sakharov pour la liberté de pensée le 27 octobre 2011, il prépare déjà de nouveaux projets : de petits films d’animation tirés de ses dessins et une nouvelle version de la revue critique Al-Doumari qu’il animait en Syrie entre 2001 et 2003.

Sur le coin d’une table, autour d’un repas, il se laisse aller à des dessins un peu plus cocasses. Comme cette saynète caustique où se dévoilent les fantasmes d’un « barbu ». Un dessin qu’il avoue « être impubliable aujourd’hui » dans le monde arabe. Le mot « aujourd’hui » étant pour lui le mot-clé. « Notre rôle est d’être à l’avant-garde de la lutte pour la liberté. On doit en payer le prix pour que les générations futures puissent publier, en toute liberté, ces dessins-là. »

Hommage au courage des Syriens à travers Omar Aziz


L’Institut du Monde Arabe pour Omar Aziz.

Je veux rendre hommage au courage des Syriens à travers un homme.

Omar Aziz

Omar Aziz était tout à la fois un mystique, un homme de culture et une tête scientifique magnifiquement organisée. Francophone impeccable – il avait fait son doctorat d’économie à Grenoble – il incarnait cette force tranquille de la révolution syrienne, celle que l’on ressent lorsqu’on parle avec les jeunes manifestants de la première heure mais qui ne savent pas toujours l’exprimer.
Il est le père des conseils locaux qui sont devenus le centre d’intérêt de tous les partenaires extérieurs et malheureusement des cibles pour les jeux d’influence. Lui les avait conçus dès l’automne 2011 comme les supports de la société civile ; il prévoyait une lutte longue qui aurait besoin de s’appuyer sur des structures alternatives à celles de l’Etat pour organiser la vie de la population dans les zones qui étaient déjà libérées et qui n’étaient encore que des poches.

Il avait présenté un projet complet sur les différentes fonctions et activités de conseils locaux, leur attribuant un rôle essentiel dans la préservation de la dimension civile de la révolution et de la paix intercommunautaire. Cela faisait partie de sa remarquable clarté de vue. Il savait précisément où nous allions et le temps que cela prendrait. Il avait une confiance immense dans les jeunes et dans les capacités de résistance du peuple. Il m’avait dit un jour « jamais les Syriens se sont tant aimés les uns les autres ». Loin d’être un romantique, il était parfaitement lucide sur les acteurs, les risques, la nature du régime mais il savait que la jeunesse syrienne irait jusqu’au bout et que les déceptions qu’il avait vécues lui-même tout au long de sa vie, ne devaient en aucun cas se répéter. C’était la force de caractère habillée d’une voix et d’un style de la plus grande douceur.
Il est rentré en Syrie dans les premières semaines de la révolution et avait décidé de ne plus en sortir. Arrêté le 20 novembre, ses amis ont cherché à avoir des nouvelles. Mais ceux que l’on pensait avaient des relations avec tel ou tel responsable des services de renseignements ou pouvaient servir d’intermédiaire pour négocier une rançon que la famille et les amis auraient volontiers payée, manifestaient une réserve décevante et incompréhensible. Il fallait savoir que lorsqu’un activiste passait « de l’autre côté du soleil » (expression que les opposants égyptiens utilisent pour informer de l’arrestation d’un des leurs) ceux qui cherchent à s’informer sur son sort s’exposent eux- mêmes à de grands risques.
Omar Aziz est mort sous la torture la semaine dernière, mort parce qu’il a refusé de parler et a voulu protéger ses amis.

Pourquoi il faut armer les rebelles syriens


LE MONDE | 23.02.2013 à 14h38 Par Editorial du Monde

Un combattant de l'Armée syrienne libre à Alep, le 19 février.

Près de 100 morts à Damas dans les attentats perpétrés jeudi 21 février, les plus sanglants dans la capitale syrienne depuis le début du soulèvement, il y aura bientôt deux ans. Qui s’en soucie encore ? Qui prête encore attention à cette guerre civile qui ne cesse pourtant de gagner en férocité ? Qui n’est pas atteint par le sentiment d’impuissance face à deux meules – le régime et l’opposition – qui s’usent inexorablement sans pour autant se briser ?

Il faut pourtant s’arracher à ce fatalisme pour écouter Lakhdar Brahimi, médiateur trop isolé et trop impuissant des Nations unies. Pour ce dernier, qui s’exprimait, jeudi 21 février, sur une chaîne de télévision arabe, « le régime en Syrie est convaincu que la solution militaire est possible et qu’elle pourrait être proche ».

Autrement dit, selon M. Brahimi, Bachar Al-Assad estime que ce que la force n’a pas permis d’obtenir jusqu’à présent – à savoir l’écrasement de la rébellion -, une force plus importante pourrait permettre d’y parvenir, en dépit de ses pertes continues enregistrées ici et là sur le terrain. Cette conviction suicidaire n’étonnera personne. Pas ceux, en tout cas, qui se souviennent que le président syrien s’était publiquement félicité, en août 2012, des défections, qui laisseraient le pays « nettoyé ».

Depuis que l’impasse diplomatique créée à l’ONU par l’alignement russe sur les positions du régime syrien a été constatée, les Etats-Unis et les Européens ont baissé les bras. Même s’ils peuvent s’en défendre, ils ont abandonné les révolutionnaires syriens à une guerre asymétrique – face à une armée qui continue de recevoir un soutien logistique et matériel iranien et russe.

Leur principal argument est connu : approvisionner une Armée syrienne libre en armes susceptibles de soutenir la comparaison avec la puissance de feu du régime, c’est prendre le risque de voir ces armes retournées contre eux, le jour venu, par les groupes djihadistes qu’aimante la nouvelle zone grise du Proche- Orient. Cet argument serait convaincant si la paralysie actuelle ne produisait pas ce qu’ils veulent éviter : le développement continu de groupes armés fondamentalistes financés par certains pays du Golfe.

Les experts qui suivent de près la situation syrienne doutent aujourd’hui de la capacité d’un camp à prendre l’ascendant sur l’autre. Mais chacun ne peut que constater que sa supériorité militaire maintenue malgré tout entretient le régime de Bachar Al-Assad dans cette posture jusqu’au-boutiste.

C’est pour cette raison que la question d’un soutien militaire aux groupes armés les plus représentatifs de la Syrie, qui est descendue dans la rue à partir du 17 mars 2011 pour demander des réformes, puis obtenir la chute du régime de Bachar Al-Assad, doit être à nouveau soulevée par les pays occidentaux. Seul un nouveau rapport de forces pourra fissurer les liens d’allégeance au sein du régime.

L’armement de l’opposition n’est donc pas incompatible avec une solution négociée pour parvenir à l’éviction du clan dirigé par Bachar Al-Assad et éviter un chaos destructeur pour toute la région. C’est au contraire un outil au service de la diplomatie. S’en priver est un choix. C’est la politique par défaut adoptée jusqu’à présent à Washington comme en Europe. Mais il faut en assumer le prix et les conséquences : la destruction d’un pays et d’un peuple.

Editorial du Monde

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