Syrie, les apprentis chirurgiens de la rébellion


Sous le feu de l’armée de Bachar El-Assad, des médecins français et syriens apprennent clandestinement à des confrères l’art de sauver des vies.

Il n’aurait pas dû mourir. Il y a une semaine, l’homme, victime d’un bombardement, était allongé dans la salle de réanimation d’un hôpital d’Alep, dans un quartier tenu par les rebelles. Intubé, amputé d’une jambe, le corps dur, gonflé comme un ballon. Un chirurgien aux yeux d’une infinie douceur explique l’impensable, en s’excusant presque : « Le chirurgien vasculaire n’était pas libre, celui qui l’a opéré n’a pas su réparer les vaisseaux de sa jambe. » Elle s’est infectée. La Turquie n’a pas voulu laisser entrer l’ambulance qui transportait le blessé. Il est revenu sur Alep. Amputation, insuffisance rénale sans appareil de dialyse pour la traiter. Arrêt cardiaque, coma. Il est mort le lendemain.

En fait, il aurait fallu amputer dès le début. En temps de guerre, mieux vaut perdre un membre que la vie. Mais comment imaginer, comment savoir? Dans la ville martyre, médecins et infirmiers ont les mains dans le sang, comme les garagistes dans le cambouis. Ils savent très bien opérer, mais jamais ils n’auraient imaginé ce qu’ils voient aujourd’hui. Des blessés par vagues avec des trous jusqu’aux poumons, le visage arraché d’un homme encore conscient, des pieds coupés apportés dans leur botte avec les blessés, des bébés visés par des snipers…

Une poignée de médecins ont décidé d’armer ces docteurs en leur prodiguant trois jours de formation pratique aux soins des blessures et traumatismes de guerre. C’est une première. Membres de l’UOSSM, ils sont quatre Syriens de France et un Français. Amir, le conteur philosophe, et Ziad, rigoureux comme un anesthésiste, qui veulent rester anonymes pour protéger leur famille ; Hassan El-Abdullah, le raisonneur tranquille, et Ahmed Bananeh, au sourire parfois émerveillé comme celui d’un gamin. Lui dirige le comité médical de l’UOSSM. Et bien sûr, Raphaël Pitti, à l’origine de ce projet de formation. Ancien médecin militaire, professeur agrégé de médecine d’urgence et de catastrophe, il dirige le service de réanimation de la polyclinique de Gentilly à Nancy.

Dans le plus grand secret, ils sont arrivés samedi. Les hôpitaux et les médecins sont une cible du régime. « Viser les hôpitaux a un impact psychologique, explique Ahmed Bananeh. Les combattants blessés risquent de ne pas être soignés. C’est pire que d’être tué. »

20 minutes pour agir

Il est 22h30 samedi, une vingtaine de médecins sont réunis dans un immeuble glacial et humide aux vitres bouchées pour se protéger des snipers. Des chirurgiens, des secouristes, des étudiants en médecine, un orthopédiste. Raphaël Pitti présente la formation : « Je sais que vous vous débrouillez seuls depuis deux ans. Nous allons partager nos expériences. Nous allons travailler sur le temps de l’urgence et sur le schéma opératoire. Le but est d’acquérir des automatismes pour sauver le malade dans n’importe quelle situation. »

Les hommes écoutent, visage tiré. L’électricité est coupée. La séance se poursuit à la lumière de lampes frontales. Ils sont trop nombreux. Pour mieux les former, il n’en faut que seize, deux groupes de huit. Certains vont devoir partir… As’ad est un chanceux, il reste. Comme beaucoup dans les quartiers libérés d’Alep, le chirurgien de 34 ans a mis sa famille à l’abri en Turquie pour lui éviter d’être arrêtée. Malgré des faux noms, difficile de travailler dans la clandestinité totale quand une dizaine d’hôpitaux fonctionnent dans ces quartiers. Depuis le funeste destin de Dar Al- Shifra, bombardé fin novembre, les hôpitaux portent le nom de M1, M2, M3 pour ne pas être localisés par le régime… M pour moustachfa, hôpital en arabe.

À l’étage, où se tient la formation, des feuilles ont été scotchées sur les portes : atelier ventilatoire, atelier circulatoire, atelier douleur et atelier conditionnement des blessés. « On a un problème de transport, explique justement As’ad. Les blessés arrivent dans nos hôpitaux dans un sale état. Il est souvent trop tard pour faire quelque chose. » Le 31 janvier, deux immeubles ont été détruits dans le quartier de Boustan Al-Qasr : 14 morts, 80 blessés. « Tout le monde courait partout, raconte As’ad. Les gens étaient terrifiés, criaient, ils attrapaient les blessés n’importe comment. Parfois, ils tiraient une main qui dépassait des gravats sans se rendre compte qu’ils pouvaient tuer le blessé. »

Hassan El-Abdullah, formateur de l’UOSSM, enseigne les réflexes de la médecine de guerre en quelques heures et parfois sans électricité. (Edouard Elias pour le JDD)

C’est ce qu’on appelle le « crush syndrome ». Les muscles d’un homme enseveli, privés d’oxygène, accumulent des toxines. Une fois le corps libéré, elles filent dans le sang et empoisonnent. Pour l’empêcher, il faut poser des garrots. Ou injecter du bicarbonate dans le corps pour temporiser le potassium qui afflue.

Lundi, dernier jour de formation, les médecins s’entraînent dans des mises en situation. Un mannequin sert de blessé par terre, deux hommes jouent le médecin et l’infirmier qui arrivent sur le terrain. Il faut trouver comment traiter la victime. Avec toujours ce fichu temps de l’urgence, vingt minutes pour le sauver et le transporter. Un des cas porte sur une victime ensevelie, avec seulement la tête et les épaules visibles. Celui qui fait le médecin tente de lui mettre un collier cervical puis lâche : « Ah, tu voulais la liberté? Eh bien, là voilà, ta liberté! » Le groupe éclate de rire. « Le rire permet d’évacuer le stress », commente Raphaël Pitti, qui a l’expérience de la première guerre du Golfe, de l’ex-Yougoslavie et du Tchad…

Un dentiste sur le front

« Avec les snipers et les missiles, les blessures sont de plus en plus compliquées à soigner », avoue Hazem, chirurgien de 21 ans. Le dernier atelier aborde le triage justement, notion fondamentale en médecine de guerre : trier et séparer physiquement les cas d’urgence absolue et ceux d’urgence relative pour être plus performant.

À peine la formation terminée, un missile sol-sol tombe sur des immeubles du quartier de Jabal Badro, tuant 31 personnes. Les médecins filent dans la nuit. Hazem est envoyé à l’hôpital M2. En dix minutes, il a organisé, pour la première fois de sa vie, une salle de triage et attend les victimes.

Les formateurs, eux, doivent déjà repartir. Alep n’était que leur première étape. Direction Bab El- Hawa, au poste frontière avec la Turquie. L’UOSSM y a ouvert un hôpital d’urgence début janvier. Des blessés arrivent des provinces d’Idlib, Hama ou Alep. Comme Hussein Hamid, combattant victime de tirs de PKC, des mitrailleuses de fabrication russe. Amputé à Alep, il reçoit ici des soins postopératoires importants.

Jeudi, donc, une trentaine de médecins s’installent dans le centre de formation qui jouxte l’hôpital. Cette fois, ils viennent de partout, même de Deraa et Damas, des zones tenues par le régime. Deux jeunes de la capitale ont voyagé deux jours pour arriver. Deux gueules d’ange d’une vingtaine d’années qui se ressemblent comme des jumeaux. Ils viennent apprendre comment mieux se débrouiller. En un mois, sept médecins qui travaillaient avec eux ont été arrêtés. Ils repartent aujourd’hui pour aller donner des conseils à celui qui opère maintenant. L’homme fait tout ce qu’il peut. Mais il n’est que dentiste.

Garance Le Caisne, envoyée spéciale à Alep et Bab el-Hawa (Syrie) – Le Journal du Dimanche

dimanche 24 février 2013

Syrie médecine Paru dans leJDD Des formateurs apprennent à la médecine à des Syriens. (Edouard Elias pour le JDD)

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Syrie : les journalistes-citoyens s’interrogent


Syrie : les journalistes-citoyens s'interrogent
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Saad porte un appareil photo et un fusil, à Deir Ezzor le 19 février 2013

[Zac Baillie / AFP]

Les journalistes-citoyens en Syrie travaillent sans relâche pour médiatiser le conflit, mais certains, lassés par la mort et les destructions, se demandent si les armes ne sont pas plus efficaces que leurs caméras.

« Plusieurs fois, je me suis demandé s’il ne valait pas mieux arrêter de filmer, pour combattre avec les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) », affirme Saad, découragé par un conflit qui dure depuis près de deux ans.

Il fait partie d’une équipe de dix journalistes-citoyens syriens travaillant en continu dans un centre des médias de la province pétrolière de Deir Ezzor, dans l’est du pays, théâtre depuis des mois d’affrontements entre rebelles et forces du régime du président Bachar al-Assad.

Saad dit avoir participé aux manifestations pacifiques au début du soulèvement, lancé en mars 2011. Mais il a « décidé de prendre les armes » après avoir été témoin de la répression meurtrière menée par le régime. A chaque visite au front avec sa caméra, il emporte désormais un fusil.

« J’enregistre les combats avec ma caméra, mais s’ils me tirent dessus, je riposte, car ma vie est beaucoup plus importante que n’importe quelle image que je pourrais filmer », indique-t-il.

A l’inverse, Akram a troqué son arme contre une caméra. « Je me suis battu durant sept mois, avant de réaliser qu’il y avait suffisamment d’hommes au front et qu’ils avaient besoin de quelqu’un pour filmer » les combats, dit-il.

Abou Hussein interroge un petit Syrien, à Deir Ezzor le 19 février 2013 [Zac Baillie / AFP]
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Abou Hussein interroge un petit Syrien, à Deir Ezzor le 19 février 2013

[Zac Baillie / AFP]

« Je vais là où on a besoin de moi. Aujourd’hui, je suis militant, mais il se peut que demain je retourne au front pour combattre », précise cet homme qui enseigne aux apprentis journalistes-citoyens comment se protéger lorsqu’ils couvrent le conflit.

Le régime imposant des restrictions draconniennes aux médias internationaux en Syrie, ces militants sont dans bien des zones la seule source d’information sur le conflit.

Pour beaucoup, transmettre au monde ce qui se passe en Syrie est un combat sans concession.

Malgré les horreurs dont il est témoin, Abou Hussein affirme avoir « la force de continuer à travailler chaque jour (….) jusqu’à la libération de la Syrie, ou jusqu’à ma mort ».

« Nos armes sont nos caméras, et ces armes sont plus puissantes que n’importe quel AK-47 (fusil d’assaut) d’un rebelle. Nos armes sensibilisent, elles ne tuent pas », estime Abou Hussein.

« Les yeux du monde »

Son « collègue », Abou Omar, n’a pas survécu. Son casque et son gilet pare-balle sont toujours sur la chaise qu’il occupait au centre des médias de Deir Ezzor.

Abou Hussein en plein reportage, à Deir Ezzor le 19 février 2013 [Zac Baillie / AFP]
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Abou Hussein en plein reportage, à Deir Ezzor le 19 février 2013

[Zac Baillie / AFP]

Selon Abou Hussein, il est mort dans un bombardement, « payant de sa vie pour rapporter les atrocités perpétrées chaque jour par le régime contre des civils. »

« Ses affaires nous rappellent pourquoi nous faisons ce que nous faisons », ajoute-t-il, affirmant que son équipe envoie chaque jour des vidéos à une chaîne militante satellitaire basée au Caire, « Channel Deir Ezzor ».

Ces vidéos « peuvent ainsi être vues en Syrie et partout dans le monde », indique Akram.

Selon lui, des « malentendus » ont surgi récemment entre journalistes-citoyens et rebelles. « Certains combattants nous obligent à effacer nos vidéos. Ils affirment que c’est à cause de nous que le régime bombarde leurs positions », explique-t-il. »Le problème, c’est qu’ils se font bombarder, que l’on filme ou pas ».

En revanche, certaines factions rebelles tournent leurs propres vidéos « et nous les envoient pour qu’on les édite et les mette en ligne. C’est positif, parce que nous ne pouvons pas être partout, et ils se rendent dans des endroits auxquels nous ne pouvons pas accéder », précise Abou Hussein.

« Nous sommes les yeux du monde », assure Kinda, seule femme de l’équipe. « Sans nous, le monde ne saurait pas ce qui se passe ».

Auteur AFP

2 ans de soulèvement populaire en Syrie (Jeunes anticapitalistes)


Le 19 février 2013, les JAC organisaient à l’ULB sangsurlesmainsBachar2013une soirée de soutien à la révolution du peuple syrien contre la dictature de Bachar El-Assad. Cette conférence a été organisée par les JAC en collaboration avec Action Syrie et avec le soutien des Etudiants FGTB-ULB et d’Amnesty ULB. Une soixantaine de personnes ont participé à l’évènement.

Les intervenants étaient Yahia et Fadi, réfugiés syriens originaires de Damas, qui nous ont fait part de leur expérience personnelle au sein du mouvement, de l’actualité et de l’avenir de la révolution syrienne. Avec l’aide de Rend pour la traduction. Ils étaient accompagnés de Pascal Fenaux, journaliste au courrier international, qui nous a parlé de la perception de la révolution syrienne, de sa couverture médiatique et des enjeux internationaux de ce mouvement.

Aurélie des JAC s’est chargée de présenter notre position face à ce processus révolutionnaire. Voici le contenu de son intervention au nom des JAC.
“La situation syrienne pose de nombreuses questions aux militant-e-s de la gauche anticapitaliste :

En quoi la situation en Syrie se rapproche et se distingue des autres processus révolutionnaires arabes ? Pourquoi après bientôt deux ans, le soulèvement syrien ne débouche pas sur un changement de régime ? Pourquoi la gauche est-elle divisée ou n’ose pas se positionner ? Que penser de la possibilité d’une intervention militaire étrangère ?

Le soulèvement populaire en Syrie s’inscrit dans le contexte du dénommé « printemps arabe » (commencé en hiver 10-11 en Tunisie). Comme dans les autres pays de la région, le mouvement populaire demande plus de démocratie, la liberté, la dignité, la fin d’un régime dictatorial et réagit à la crise sociale et économique en demandant la possibilité de travailler et la redistribution des richesses.

Bientôt deux ans après son commencement, le 15 mars 2011 dans la ville de Deraa, le soulèvement en Syrie est longtemps resté pacifique mais s’est petit à petit militarisé face à la répression du régime. Aujourd’hui encore de nombreuses manifestations pacifiques ont lieu, notamment les vendredis, mais la violence de la répression entraîne l’escalade de la militarisation.

La Syrie est au cœur du Moyen-Orient et est au centre d’un jeu de puissances régionales et internationales. Située entre la Turquie, le Liban, Israël, la Jordanie et l’Irak, elle rassemble différents peuples de différentes confessions (importante minorité kurde – majorité sunnite, chiite, alaouites, druzes, chrétiens). On peut distinguer différentes influences ou « ingérences étrangères » : la première et la plus importante depuis le début du soulèvement est le soutien politique, militaire et financier de l’Iran et de la Russie au régime, à laquelle ont répondu ensuite la présence d’islamistes radicaux soutenus par les pétromonarchies du Golfe, alliés opportunistes qui espèrent se faire une place dans le régime post el assad et bloquer la dynamique émancipatrice et démocratique de la révolution,…

Comme dans le cas de la Lybie, la gauche est divisée. Le discours de propagande pseudo anti-impérialiste du régime et son alliance avec l’Iran et le Hezbollah libanais contre Israël et les États-Unis encouragent certains à soutenir le régime et fermer les yeux sur ses atrocités. Pour autant, le régime syrien a écrasé les palestiniens pendant les années 1970 et 80 et n’a pas bougé le moindre petit doigt depuis des décennies contre Israël, qui occupe le plateau du Golan syrien. Raison pour laquelle Israël est loin de se réjouir de la révolution syrienne, craignant les conséquences de la chute du régime : soit un régime plus démocratique et donc plus dur vis-à-vis d’Israël, soit un nouveau terrain de jeu pour le djihadisme…

En tant que Jeunes anticapitalistes, on essaie d’avoir des contacts en Syrie via nos camarades du Courant de la gauche révolutionnaire syrienne (Ghayath Naisse sera présent à l’école anticapitaliste de printemps du 15-16 et 17 mars) et d’éviter de tomber dans ce raisonnement-piège, ce vieux mal d’une certaine gauche : « les ennemis de nos ennemis sont nos amis ».

On soutient la révolution syrienne basée sur le refus de la dictature, du néolibéralisme et du chômage. Comme dans les autres pays du printemps arabe, c’est une révolution populaire, soutenue par la majorité de la population et où les jeunes ont une place déterminante. La présence islamiste est réelle mais n’est pas une exception syrienne et ils sont bien loin de constituer la majorité de la rébellion.

La particularité du soulèvement syrien est l’atroce répression de la part du régime, qui torture et assassine les enfants, les femmes, les médecins et vise les pharmacies comme les files devant les boulangeries. On estime aujourd’hui le nombre des victimes à environ 70 000 morts, sans compter les centaines de milliers de prisonniers, blessés et réfugiés, là où on parlait de quelques centaines de personnes en Égypte ou en Tunisie.

Malgré l’horreur de la répression et l’exacerbation de conflits confessionnels ou ethniques que le régime attise en permanence via des attaques ciblées et une propagande intense, la résistance au régime constitue un front large, constitué des couches sociales de différentes communautés et confessions. On trouve des exemples d’auto-organisation de la population qui gère par quartiers les besoins essentiels tels que la nourriture, la santé, la communication et l’auto-défense, comme dans la ville de Douma, près de Damas.

Nous espérons la chute rapide du régime de Bachar el Assad et la continuité du processus révolutionnaire, sachant que plus le temps passe plus les risques d’une guerre confessionnelle augmentent.

La question d’une intervention militaire étrangère s’est parfois posée mais se heurte aux différentes positions internationales et à la peur d’une plus grande instabilité de la région ensuite. Les raisons pour lesquelles nous nous opposons à une intervention impérialiste sont différentes : la première c’est que l’intervention n’est pas demandée par la grande majorité du peuple syrien. Elle ne garantirait pas l’aboutissement du processus révolutionnaire, elle donnerait toutes les clés de l’après-régime aux impérialistes. Elle provoquerait de nouvelles destructions et morts parmi les civils et renforcerait le discours anti-impérialiste du régime utilisé pour légitimer sa dictature. Il s’agit par contre d’entendre les revendications des syriens qui face à la violence du régime manquent d’armes et plus que tout d’aide humanitaire.

Nous organisons cette soirée et sommes en contact avec le comité Action Syrie car nous trouvons important de faire entendre la voix des Syriens, souvent mal représentée dans les médias qui se contentent de parler de la résistance armée ou du Conseil National Syrien, qui ne représente pas encore toute la diversité de la résistance syrienne.

Par cette soirée, nous voulons insister sur l’importance de communiquer sur la situation mais aussi d’encourager le soutien et l’aide humanitaire au peuple syrien, tout en nous opposant clairement à une intervention impérialiste dans la région.”

Syrie : encore une victime parmi les journalistes


Olivier Voisin, un photographe français d’origine coréenne est mort ce dimanche des suites de ses blessures en Syrie. Voici sa dernière lettre, publiée sur le site huffington.fr. C’est long, mais surtout poignant.

Syrie, 20 février 2013

Enfin j’ai réussi par passer! Après m’être fait refusé le passage à la frontière par les autorités turques, il a fallu passer la frontière illégalement de nouveau. Un passage pas très loin mais à travers le no man’s land avec quelques mines à gauche et droite et le paiement de 3 soldats. Me voilà tout seul à passer par le lit d’une rivière avec à peu prêt deux kilomètres à faire tout en se cachant pour ne pas se faire remarquer par les miradores. Putain, j’ai eu la trouille de me faire pincer et de faire le mauvais pas. Et puis d’un coup le copain syrien qui m’attend et que je retrouve comme une libération. Le sac et surtout les appareils photos faisaient à la fin 10000kg sur les épaules.

La Voiture est là avec les mecs de la section de combat que je rejoins au nord de la ville de Hamah, deux heures de route nous attendent et on arrive tous feux éteints pour ne pas se faire voir. Les mecs m’accueillent formidablement bien ! et sont impressionnés par le passage tout seul de la frontière plus tôt.

Les premiers tirs d’artillerie se font entendre au loin. J’apprends que les forces loyalistes tiennent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est représentée plutôt par les démarcations entre alawites et sunnites. Alors les forces d’Assad bombardent à l’aveugle et ils restent très puissants. Par chance les avions n’attaquent plus tant le temps est pourri!

Les conditions de vie ici sont plus que précaires. C’est un peu dure. La bonne nouvelle, je pense que je vais perdre un peu de ventre mais au retour je vais avoir besoin de 10 douches pour redevenir un peu présentable!

Aujourd’hui je suis tombé sur des familles qui viennent de Hamah et qui ont perdues leur maison. Ils vivent sous terre ou dans des grottes. Ils ont tout perdu. Du coup ça relativise de suite les conditions de vie que j’ai au sein de cette compagnie.

Je fais les photos et je suis même pas sûr que l’afp les prennent.

Il fait très froid la nuit. Heureusement que je me suis acheté un collant de femme en Turquie du coup c’est pour moi un peu plus supportable.
L’artillerie tire toutes les 20 minutes à peu prêt et le sol tremble souvent.
Le problème j’ai la sensation qu’ils tirent à l’aveugle et ont quand même des canons assez puissants pour couvrir une vingtaine de kilomètres.
Il y a peu de combats directs. Les mecs ont besoin d’à peu prêt 20000 us $ pour tenir en munitions entre 2 à 4 heures de baston. Du coup ils se battent peu. Ils font rien du coup la journée. Je me demande comment ils peuvent gagner cette guerre. Ca confirme ce que je sentais. La guerre va durer très longtemps. Alors le chef du chef vient parfois en rajouter une couche, apporte un mouton pour manger, les mecs vont alors couper du bois dans la forêt aux alentours. Il apporte aussi des cartouches entières de cigarettes et le soir fait prier tout son monde ! Certains sont très jeunes. Ils ont perdu déjà une vingtaines de leurs camarades, d’autres sont blessés mais sont quand même présents et je pense surtout à Abou Ziad, qui a perdu un oeil et c’est lui qui confectionne les roquettes maison pour les balancer durant les combats. Il est brave et courageux. Toujours devant, toujours le premier à tout, pour aider, pour couper le bois, donner des cigarettes, se lever. Avec quelques mots d’arabes on essaie de se parler. Evidemment les discussions tournent souvent sur la religion mais eux ne se considèrent pas salafistes. Entre nous si c’était le cas je serais plus vivant. J’aime être avec lui. Quand les autres me demandent des trucs -évidemment avec le matériel apporté- c’est toujours lui qui les « disputent » et de me foutre la paix!

Par rapport à Alep j’ai la sensation sensible que c’est moins lourd que pendant l’été. Cet été c’était du très lourd même si les vieux collègues disent que c’est rien en comparaison de la Tchétchinie. Certainement parce que j’étais plus proche des combats et que la mêlée était journalière. Ici encore un fois ça coûte tellement cher pour eux qu’ils ne se battent que de temps en temps. On est loin aussi de la Libye où ils avaient des munitions en vois tu en voilà. Et là on beaucoup plus sur de combats de campagne, rien à voir avec du combats de ville.
Alep vient d’être déclarée la semaine dernière la ville la plus détruite depuis la seconde guerre mondiale depuis Stalingrad.

Le commandant me demande quand la France va leur fournir une aide militaire? J’en sais rien! J’ai honte car ça fait depuis deux ans qu’on ne sait pas. On me dit que personne les aide et de quoi l’occident a peur. J’ai pas envie de lui répondre. On a peur de l’extrémisme qui se nourrit sans cesse du manque d’éducation intellectuelle de ces personnes qui considèrent que le coran sera le seul livre à lire… quoi faire? et puis merde je ne suis pas un homme de pouvoir ou politique. Je ne suis que le petit Olivier, qui crève la dalle avec eux et qui les emmerde car les combats directs se font attendre. Le problème, c’est ce que demande l’afp. Moins j’en fais, moins je gagne aussi et ce que je gagne c’est déjà pas fabuleux et plus les jours passent c’est autant de photos qu’on me demande de faire que je ne fais pas.
Et puis c’est vrai suis accro à cette cam’ de merde. Aucune autre drogue sera aussi puissante que l’adrénaline qui d’un coup fait jaillir en nous des sensations incroyables, notamment celle de vouloir vivre.

Ce soir ça fera 3 jours que suis arrivé. Et comme à chaque fois j’oublie comme un idiot d’emporter un livre avec moi du coup, j’ai pas grand chose à faire le soir. Développer les photos prenant à peu prêt 2 h en moyenne et comme il n’y pas internet et que la conversion reste limitée je me retrouve comme un couillon.

La plupart des gars sont gentils avec moi et essaient de rendre mon séjour parmi eux le plus agréable possible. Ils posent 1000 questions sur Paris et la France et ne comprennent toujours pas comment je peux être français. Je dis alors que mon Père est français et ma Mère coréenne. Cela dit c’est pas la première fois que ça m’arrive! Dans tous les pays du sud on me prend pour un « chinois » même si dire que l’on est coréen est toujours mieux perçu! Comme à chaque fois imaginent ils comment vivons nous chez nous? et ce même avant la guerre? J’ai toujours du mal quand on me demande des photos de moi à Paris car le décalage est tellement fort. C’est comme ce que disait un vieil ami sur l’un de ses voyages dans les pays de l’est dès le début de l’après mur, les gens en Lituanie avaient du mal à comprendre que l’on puisse avoir des pauvres chez nous qui meurent de froid l’hivers.
Ne pas montrer ces photos (faudrait il aussi en avoir dans le laptop !) me permet de vivre le moment présent et non celui d’avant ou celui d’après.
Ce qui manque c’est un peu d’alcool! Si Dieu est sympa, ce serait bien que la prochaine guerre soit ailleurs qu’un pays arabe ou musulman! 🙂 que l’on puisse parler aux femmes aussi. Les mecs me demandent si j’ai pas des photos pornos aussi. Ca c’est rigolo… et triste en même temps car ce sera certainement pas après la guerre qu’ils en auront plus, avec ces crétins de moralistes religieux.

La violence est forte. La haine est très forte. Comment peut on entretenir une telle haine ? une telle envie d’aller tuer? J’ai vu des vidéos des habitants de Homs tabassés par les soldats loyalistes, j’ai jamais vu une telle violence et du sang de partout avec des hommes qui pleurent comme des enfants… et les coups qui continuent de tomber que ce soit les pieds, les mains, ou que ce soient les coups de canne qui fait jaillir le sang. Pourtant j’en ai déjà vu pas mal de ce monde de merde. Ces vidéos par leur violence si elles sont confirmées un jour par des témoignages, vu que l’on voit les visages des soldats, c’est le tribunal international. Nous occidentaux croyons ou bien sommes nous éduqués dans cette idée du droit, qu’il est possible de juger des hommes par des hommes. Mais comment le faire avec des gens qui ne croient qu’en la justice divine. L’après sera sanglant aussi, si toutefois cet après arrive. La question de la réconciliation est importante aussi pour nous par notre culture chrétienne. Je me répète mais en Pologne ou en Tchécoslovaquie après la chute du mur, j’y découvre très jeune cette idée de réconciliation dans des pays chrétiens qui souffraient également de persécutions dans des pays communistes. Mais la comparaison s’arrète là. « Cette confiance du coeur » dont nous parlait le Frère Roger de Taizé qui aura tant marqué mes amis et moi, encore aujourd’hui.

Plus que jamais c’est bien la prière des paras qui me vient à l’esprit à chaque moment de doute : »Mon Dieu, donne moi ce que les autres ne veulent pas, donne moi la bagarre et la tourmente, je Te le demande ce soir car demain je n’en aurais plus le courage ».

Olivier

ps : désolé pour fautes d’orthographes et de grammaire mais pas le temps de relire !

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آثار الدمار الفظيع على حي جبل بدرو المكتظ بالمساكن العشوائية بعد قصف الحي بصواريخ أرض أرض من ريف دمشق ..

أعداد الشهداء حتى الآن غير محصورة !

Syrie, non loin de Damas : comment Daraya est parvenue à résister ?


février 2013

Un exemple à suivre en matière militaire Voici des procédés qui guident l’action de l’armée libre à Daraya, comparez et jugez-en par vous-mêmes à l’aune de ce qui se passe dans d’autres régions libérées :

Tous les mouvements et activités des brigades de l’armée libre se font en totale coordination avec le conseil local de la ville et sont soumis à son pouvoir administratif. Une caisse unique reçoit tous les dons et les aides qui arrivent à la ville. Le conseil local supervise cette caisse et répartit une partie du soutien aux brigades, une autre au financement des secours et de la distribution de l’aide quotidienne aux habitants assiégés dans la ville.

Toutes les brigades combattantes agissent sous commandement militaire central, et nul n’a le droit d’agir hors de ce cadre ou à l’écart des combattants et des brigades qui ont afflué pour défendre la ville. Il n’y a pas de forces ou de brigades extrémistes à l’intérieur de Daraya. Le commandement central de l’armée libre a empêché à plusieurs reprises leur entrée en dépit du besoin crucial de soutien. Leur présence et leur action sont soumises à la condition de leur soumission et leur incorporation complète sous son autorité. Il est formellement interdit aux combattants et aux brigades de l’armée libre d’arborer un drapeau ou une banderole autre que celui, convenu, de la révolution.

Il est formellement interdit de porter atteinte à l’intégrité des combattants de l’armée d’Assad, ou d’arborer leurs cadavres. Lorsqu’il est possible de les encercler, il est préférable de négocier avec eux leur reddition – plutôt que de tirer – et d’en faire des prisonniers dont la sécurité sera garantie. On ne doit pas se venger sur eux et on doit secourir leurs blessés à l’hôpital local.

En dépit du besoin crucial de soutien, l’armée libre a refusé dans la ville à quatre reprises au moins de recevoir des fonds politiques ou des aides militaires conditionnées offertes par des parties à la révolution […]

Le commandement central de l’armée libre a mis sur pied un appareil de police local pour protéger les biens des déplacés et empêcher les vols, les enlèvements et d’empêcher la présence des bandes criminelles. La police locale s’acquitte de cette mission sans aucune discrimination entre les biens des musulmans et des chrétiens. Elle protège le caractère sacré des églises de la ville et de leurs biens. Ces églises n’ont été visitées que deux fois ou trois, uniquement dans le but de déblayer des décombres après un bombardement.

Ce ne sont pas des paroles en l’air ou de propagande, c’est la réalité concrète détaillé que j’ai relatée. C’est un exemple à imiter qui je l’espère se généralisera à toutes les régions du territoire syrien soumises au pouvoir de l’armée libre.

Mouafak Zrik

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L’aide humanitaire prise à partie dans le conflit syrien


Par Hélène Sallon

« L’aide humanitaire en Syrie souffre d’un grave déséquilibre. Les zones sous contrôle gouvernemental reçoivent la quasi-totalité des secours internationaux tandis que les zones insurgées en reçoivent une partie infime », ont alerté, mardi 29 janvier, dans une tribune publiée sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Allié, présidente de Médecins sans frontières (MSF) et Fabrice Weissman, directeur du Centre de réflexion sur l’action et le savoir humanitaires à MSF. Un cri d’alarme lancé à la veille de la réunion des donateurs organisée au Koweït, sous le patronage des Nations unies, pour tenter de lever 1,5 milliard de dollars pour les cinq millions de Syriens affectés par le conflit.

Cette dissymétrie de l’aide humanitaire était déjà pointée, début janvier, par le Programme alimentaire mondial (PAM). L’agence des Nations unies distribue chaque mois des rations alimentaires à environ 1,5 million de déplacés dans les quatorze gouvernorats syriens, dans les zones où les autorités syriennes l’autorisent à intervenir avec son partenaire local, le Croissant rouge arabe syrien (CRAS). Les régions dans lesquelles le PAM, tout comme les organisations non-gouvernementales syriennes et étrangères ayant obtenu la précieuse autorisation de Damas, peuvent intervenir excluent les zones de guerre et celles contrôlées par les rebelles. Or, alertait Mme Byrs, un million de Syriens vont manquer de vivres, essentiellement dans les zones de guerre.

« LE BON VOULOIR DES AUTORITÉS »

Un chiffre très en dessous des réalités, estiment certaines organisations qui parlent de 4,5 millions de déplacés en Syrie, soit un quart de la population. « Ce chiffre est cohérent, mais invérifiable », commente Alexandre Giraud, le responsable des opérations de Première Urgence-AMI au Moyen-Orient. Le responsable de cette ONG dont les trois employés internationaux et soixante-dix locaux distribuent, en coordination avec le CRAS, de l’eau et des kits d’hygiène à 90’000 familles à Damas, Homs, Hama et Tartous, confirme les limites qui leur sont imposées. « On travaille principalement sur les zones contrôlées par les autorités, à la différence des ONG sans autorisation qui travaillent clandestinement à partir de pays frontaliers et dans les zones rebelles. » Dans ses zones d’intervention, Première urgence est également tributaire du bon vouloir des autorités. « Les autorisations d’aller sur le terrain sont données au compte-goutte tout comme les visas pour les personnels internationaux. Il faut renouveler notre demande d’intervention à chaque déplacement », explique M. Giraud.

Dans une situation sécuritaire dégradée et volatile, le travail des organisations internationales rayonnant depuis Damas est rendu encore plus difficile. « Les distributions sont tributaires de l’accès au terrain, qui varie selon les conditions de sécurité et l’approvisionnement en fioul. On enregistre parfois des jours ou des semaines de retard », reconnaît Emilia Casella, coordinatrice presse du PAM. Les personnels locaux s’exposent à de grands risques. « Des camions ont été attaqués et leur chargement dérobé aux checkpoints ou sur la route par des groupes armés », poursuit-elle. « Il y a des pillages, acquiesce Alexandre Giraud. On est parfois pris dans des tirs croisés et les kidnappings de personnel humanitaire se multiplient. »

UNE PRÉCARISATION ACCRUE DE LA POPULATION

Limitée, leur intervention n’en est pas moins essentielle pour répondre aux besoins croissants d’une partie de la population de déplacés en proie à une précarisation accrue par le pourrissement de la situation et la rigueur de l’hiver syriens. Après vingt-deux mois de guerre civile, les pénuries de pain et de carburant touchent désormais l’ensemble du pays. A Alep, le kg de pain non subventionné se vendait à 250 livres syriennes (LS) fin décembre (2,60 euros au cours actuel, soit 3,20 CHF), contre 15 LS pour le pain jadis subventionné. Le prix du litre de mazout est passé de 16 à 210 LS entre 2011 et fin décembre 2012. L’arrivée massive de déplacés dans certaines régions fait peser une pression énorme sur l’économie locale, commente Emilia Caselli.

« Une proportion significative d’entre eux a connu plusieurs déplacements successifs. Mais les populations sont désormais fixées dans la région de Damas, la zone de Raqqa et les zones kurdes », indique une source syrienne ayant requis l’anonymat pour des raisons de sécurité. Beaucoup sont partis dans l’urgence en pick-up ou en minibus, emportant le minimum. « Les familles partent majoritairement dans des régions où elles connaissent quelqu’un. Ainsi, en dépit du grand nombre de déplacés, une large partie d’entre eux est hébergée chez des proches », poursuit-elle.

Avec la pérennisation de la crise, les besoins dépassent les capacités d’hébergement, et les proches ne peuvent plus toujours subvenir aux besoins des déplacés. Les habitats collectifs se multiplient, en ordre dispersé, sur tout le territoire syrien. Ecoles, mosquées ou immeubles inachevés peuvent accueillir de 5 à plus de 300 familles. Des familles de déplacés ont investi des champs ou les seuils d’immeubles du centre-ville de Damas. Une promiscuité qui fragilise une population de déplacés composée en majorité de femmes, d’enfants et de vieillards poussés à l’exil suite à la mort ou l’emprisonnement des soutiens de famille. « On est sur une corde raide qui peut se briser du jour au lendemain. On peut avoir une augmentation rapide du nombre de morts si les gens sont épuisés après un premier hiver de privations puis six-sept mois de pénuries », alerte notre source syrienne.

UNE AIDE CLANDESTINE CAPITALE

Dans les zones hors de portée des organisations comme le PAM ou Première urgence, la solidarité locale et les réseaux d’aide clandestine animés depuis l’étranger ont permis d’éviter une situation dramatique. Cette aide humanitaire parallèle, organisée par des collectifs de bénévoles étrangers et des membres de la diaspora syrienne, répond à 70% des besoins humanitaires en Syrie, estime la source syrienne sans que ces chiffres puissent être vérifiés. Comme d’autres collectifs avec qui il travaille en coordination, le collectif Life4Syria apporte depuis novembre 2011 une aide aux populations déplacées, en s’appuyant sur des réseaux locaux organisés de façon pyramidale. Proximité et clandestinité sont les garants de leur efficacité. « De proche en proche, on a étendu notre maillage à toute la Syrie jusque dans les zones les plus reculées », explique Amélie Lumbrozzo, membre du collectif.

Ses relais les plus forts sont dans la région de Damas, à Lattaquié, Homs, Hama, Alep, Deir Ezzor et plus difficilement à Raqqa. Le collectif n’a pas les moyens suffisants pour toucher l’ensemble des populations déplacées, mais « est plus rapide en cas d’afflux de réfugiés, car on est affranchis des démarches administratives », indique Amélie Lumbrozzo. Quarante mille familles dépendent aujourd’hui de son aide qui couvre médicaments, vêtements et couverture, nourriture, lait pour enfants, produits d’hygiène et frais de logement. Des besoins que Life4Syria chiffre à 35’000 LS mensuelles par famille de cinq à sept membres en moyenne.

Les risques encourus pour les membres du réseau sont grands. Au regard de la loi adoptée en juillet 2012 par le gouvernement syrien, ils se rendent coupables de terrorisme. « Si l’une des personnes traverse la frontière et se fait prendre avec du matériel médical ou des médicaments, elle s’expose à une arrestation et à un interrogatoire poussé avec tortures. Des menaces pèsent ensuite sur l’ensemble du réseau », explique Mme Lumbrozzo. Pour éviter toute prise de risque, les réseaux n’organisent aucune distribution collective auprès des populations, privilégiant une aide au cas par cas et discrète comme les dons d’argent, de vêtements et de médicaments. A ce jour, le collectif a distribué 115’555 dollars (85’000 euros environ) et 887 kg de vêtements.

LA SOLIDARITÉ DE PROXIMITÉ COMME PRIORITÉ

Si la générosité de ses donateurs individuels suffit encore à alimenter sa capacité d’intervention, Life4Syria observe une augmentation des besoins sur le terrain. La dégradation de la situation sur le terrain a affaibli les sources de financement local et les capacités d’entraide de proximité. « Ceux qui arrivaient encore à tenir, qui pouvaient aider, sont soit partis par la force des choses à cause du danger et de la nécessité de vivre soit ont perdu leur emploi et se retrouvent à leur tour dans la situation de demandeurs d’aide », explique Amélie Lumbrozzo.

« Depuis la fin du ramadan, en septembre, il y a un effondrement complet de la solidarité locale, car les gens ont beaucoup donné à l’aumône légale, qui a été reversée à directement à ces réseaux ou à d’autres réseaux caritatifs », précise une source syrienne. « Quand on peut réabreuver ces personnes-là, les réseaux de solidarité de proximité, latents, renaissent », poursuit Amélie Lumbrozzo. « Notre but est de maintenir en vie une société qui tient en attendant la fin du conflit et d’empêcher que la population ne sombre dans une détresse telle qu’elle céde au diktat du pouvoir en place », poursuit la membre de Life4Syria.

Car, pour ces acteurs, la question des déplacés est aussi et surtout une arme politique utilisée par Damas. « Pour le régime, affamer la population qui s’est alliée avec l’Armée syrienne libre est un mode de punition collective. Il peut aussi créer intentionnellement des flux de réfugiés pour bloquer l’avancée des rebelles et épuiser l’ALS, qui doit alors prioritairement s’occuper d’un flux de réfugiés », affirme la source syrienne.

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Hélène Sallon est journaliste au quotidien Le Monde

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Brèves syriennes (1). Michel Kilo, les fondamentalistes et le patriarche Al Raï


Intervenant sur la BBC, au terme d’une mission de bons offices dans la ville d’Al Aïn, sur la frontière entre la Syrie et la Turquie, l’opposant syrien Michel Kilo a dénoncé en ces termes ceux qui tentent d’effrayer les citoyens en agitant l’épouvantail de l’extrémisme :

Michel Kilo

« Cessez d’abuser les gens en leur faisant peur avec les extrémistes. Je suis entré en Syrie. J’y ai rencontré des membres de la Jabhat al Nousra (Front de Soutien) et du Liwâ’ Ahrâr Souryâ (Brigade des Hommes libres de Syrie), que vous qualifiez de « fondamentalistes ». Moi qui suis chrétien, ils m’ont serré dans leurs bras, ils m’ont embrassé, ils m’ont entouré d’honneurs…

La Syrie ne s’oriente pas vers le fondamentalisme. Il s’agit d’une situation temporaire due à l’influence de la croyance dans la lutte contre le régime… La Syrie, au long de son existence, a toujours été modérée. Quant à ceux qui veulent défendre ce régime, comme le patriarche Al Raï, sous le prétexte qu’il protège les minorités, qu’ils sachent qu’aucune d’entre elles, en Syrie, n’a peur pour elle.

J’aurais préféré que le patriarche Al Raï, prenant position, apporte son soutien à la liberté ».

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Certes, comme il le rappelle, Michel Kilo appartient à la communauté chrétienne grecque orthodoxe de Syrie. Mais, pour l’ensemble de ses concitoyens et de ceux qui luttent aujourd’hui pour récupérer la liberté et les droits confisqués depuis 1963, il est avant tout un frère, un Syrien libre, un homme indépendant, un militant de longue date, pour qui la priorité donnée au dialogue et aux solutions pacifiques n’a jamais signifié ni compromission avec le régime, ni renoncement à ses principes.

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