Syrie : Évadés de leur asile, des handicapés sont la cible de snipers


11 janvier 2013 | Mise à jour 08h57

Le Point.fr – Publié le 10/01/2013 à 13:59

L’hôpital Ibn Khaldoun d’Alep a été partiellement détruit par les bombardements. Des patients, déficients mentaux, errent dans les rues.

Deux handicapés mentaux ont été tués par des snipers à Alep.
Deux handicapés mentaux ont été tués par des snipers à Alep. © Tauseef Mustafa / AFP

Échappés de leur asile gravement endommagé par les obus, des handicapés mentaux errent ces dernières semaines dans les rues d’Alep, la métropole du Nord syrien, à la merci des tireurs embusqués. Mercredi à l’aube, deux d’entre eux ont perdu la vie en s’aventurant à proximité d’une des nombreuses lignes de front qui morcellent la cité et qui ne sont reconnaissables que par quelques trous dans un immeuble d’où dépassent des fusils à lunette, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Le bombardement et les combats le 23 décembre près de la base aérienne militaire Nayrab et de l’aéroport international d’Alep, ont gravement endommagé l’hôpital Ibn Khaldoun, situé dans l’est de la ville. Une vidéo postée sur Youtube par les militants le 25 décembre montre l’intérieur d’un hôpital où le soleil passe à travers les murs perforés et les fenêtres brisées, alors que les chaises sont renversées et les salles vides.

Les médecins ne veulent pas risquer leur vie

Un des médecins a indiqué que l’administration de l’établissement avait lancé un appel fin décembre pour que les familles viennent chercher les patients en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. L’autre hôpital psychiatrique, Dar al-Ajaza, dans la vieille ville, est également la cible de bombardements et manque de nourriture depuis le début des combats en juillet, mais continue à fonctionner grâce au dévouement de plusieurs infirmiers et d’une position plus protégée.

Car pour atteindre l’hôpital Ibn Khaldoun, il faut emprunter, à ses risques et périls, la route de l’aéroport, théâtre de combats. Le médecin a d’ailleurs reconnu que ni lui ni ses collègues ne souhaitaient risquer leur vie et qu’aucun d’entre eux ne s’était rendu à son travail depuis plus d’une semaine, abandonnant à leur sort plus d’une centaine d’internés.

Aucune hygiène, pas de nourriture

Une vidéo, postée sur Youtube, le 1er janvier, montre un homme visitant l’hôpital et décrivant les conditions de vie. « Il n’y a aucune hygiène. Il n’y a pas de nourriture, ni d’eau. Nous allons leur apporter ce dont ils sont besoin », affirme le visiteur qui ferme à clé la porte avant de partir. Des dizaines de patients crient à l’entrée. « Nous avons été bombardés, nous n’avons rien, pas de nourriture, pas d’électricité », affirme l’un d’eux.

Le même visiteur apparaît sur une autre vidéo mardi qui a pour titre « Les raisons qui ont poussé à transférer les patients de l’hôpital Ibn Khaldoun ». « En raison des bombardements contre l’hôpital, un grand nombre de membres du personnel et des patients ont fui. Nous avons conduit ceux qui étaient restés vers un endroit sécurisé où nous allons leur donner ce dont ils ont besoin », affirme l’homme qui se présente comme membre d’une association de bienfaisance.

« Nous les ramenons quand nous les trouvons » (habitant)

Le médecin a confirmé que les patients ont été transférés au siège d’une association bénévole dans le nord-est de la ville dans le quartier de Hanano, mais a prévenu qu’ils étaient toujours en danger. « Cette organisation caritative n’est pas faite pour recevoir des handicapés mentaux et ne peut ni les soigner, ni les surveiller. Il y a de nouveaux cas de fuite de patients », a-t-il dit.

À Masaken Hanano, les résidents affirment que les patients se sont échappés du bâtiment cette semaine et traînent dans les rues. « Nous les ramenons quand nous les trouvons », confie Abdel Hamid, un plombier du quartier. Mais c’est tout ce que les habitants, vivant dans l’insécurité et souffrant de pénuries d’électricité et de pain, peuvent faire.

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Marine Le Pen dénonce l’”ingérence étrangère” en Syrie


Le Monde.fr avec AFP | 08.01.2013 à 19h56

mar

Marine Le Pen, le 8 décembre.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, dénonce “l’ingérence” étrangère – occidentale, qatarie ou saoudienne – dans le conflit syrien, dans un entretien diffusé lundi par la chaîne syrienne pro-Assad “Sama TV”. Interrogée par un journaliste indépendant dans son bureau au siège du Front national à Nanterre, Mme Le Pen livre sa vision du printemps arabe et du conflit syrien.

“Nous avions prévu que ces révolutions qui étaient au départ des révolutions sociales allaient être récupérées par les fondamentalistes islamiques et qu’au printemps arabe succéderait l’hiver islamiste”, explique la leader frontiste. “Et je crois que ce risque s’est aussi réalisé à cause de l’aveuglement des pays occidentaux”, ajoute-elle.

Sur la Syrie, la patronne du FN réaffirme sa position contre l’”ingérence” étrangère. “Nous nous battons en France pour la souveraineté du peuple français mais nous défendons également la liberté, la souveraineté et l’identité de tous les peuples du monde dont nous pensons qu’ils doivent garder la maîtrise de leur destin”, fait-elle valoir en dénonçant le rôle des puissances occidentales dans le conflit syrien comme dans le conflit libyen.

CHAÎNE FAVORABLE AU RÉGIME DU PRÉSIDENT ASSAD

“J’ai pensé, dès le départ que c’était par la diplomatie que l’on pouvait tenter de trouver la voie du dialogue mais cela n’a pas été le cas. Les puissances occidentales ont fait la même chose qu’en Libye mais de manière secrète. La réalité, c’est que nous avons contribué à conseiller les rebelles syriens qui eux-mêmes ont été pris en main par les islamistes, que nous nous sommes servis de nos alliés qataris et saoudiens pour les armer et qu’aujourd’hui on est face à une guerre civile dont évidemment les populations sont les premières victimes”, résume-t-elle.

Cet entretien devait à l’origine être repris par des chaînes libanaises, qui l’ont refusé. Il a été finalement diffusé lundi sur la chaîne Sama TV du groupe pro-gouvernemental Ad Dounia, a expliqué à l’AFP le Front national.

“Marine Le Pen savait dès le départ que cet entretien pouvait être diffusé sur une chaîne favorable au régime du président Assad. Elle ne l’a d’ailleurs pas critiqué, contrairement aux rebelles. Je crois qu’elle voulait ainsi casser l’embargo médiatique sur la Syrie”, a expliqué à l’AFP l’auteur de l’interview, Nader Allouche. La chaîne, quant à elle, s’est félicitée dans un communiqué qu’une personnalité politique occidentale ait accepté pour la première fois de parler à un média syrien.

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Soirée artistique en soutien au peuple Syrien !


Public · Par Mohamed Ouachen
  • Soirée artistique en soutien au peuple syrien !
    Appel aux artistes pour une action de solidarité !Faites vivre votre créativité pour cet évenement !Pour info :La Syrie a donné vie à plus de 30 civilisations différentes. Elle possède plus de 2000 sites archéologiques.La Syrie subit le caprice de nombreux envahisseurs à cause de sa situation géographique entre trois continents: l’Asie, l’Afrique et l’Europe. De son histoire la plus ancienne jusqu’à aujourd’hui, la Syrie a été connue pour sa grande tolérance religieuse. A Doura-Europos, on trouve un document relatant, qu’au début de notre ère, il y avait dans cette ville 14 temples, une synagogue et une église.Des centaines d’églises et couvents ont été bâtis en Syrie.A la conquête islamique, on bâtit de nombreuses mosquées ainsi que d’innombrables écoles coraniques.

    La Syrie a toujours offert une harmonie de vie inter communautaire qui devrait être citée en exemple.Tant de voyageurs, d’artistes, de poètes ou d’archéologues ont traversé la terre de Syrie et l’ont aimée. Sur la terre de Syrie et de Mésopotamie, le royaume Amorrite est considéré comme le premier état dans l’histoire de l’humanité.La Syrie est le berceau des arts, des sciences et des religions. Dès les origines, on y trouve d’anciennes fresques, des sculptures de cultes ou de décoration, un grand savoir dans le domaine des mathématiques, de la philosophie ainsi qu’une mythologie élaborée. Tout ceci contribua à l’éveil des civilisations.Malheureusement la Syrie est aujourd’hui est en pleine révolution et cela depuis presque deux ans. Les bombardements intensifs, les tueries, meurtres successifs,….

    Les populations fuient un peu partout où cela est possible….

    Pour ceux qui restent et pour les blessés, les besoins sont énormes, en médicaments, appareils médicaux, etc…Au cours de cette soirée, nous n’allons pas débattre de cette révolution car ce n’est pas le but de cette rencontre. Non, nous allons tenter de passer une agréable soirée en compagnie de nos chers artistes qui se sont mobilisés pour offrir au peuple Syrien, leur soutien.Je vous remercie de partager cet évènement en solidarité avec ce peuple oublié de tous. Notre objectif principal étant de leur apporter une aide humanitaire.Rendez vous donc le 11 janvier 2013
    au VK

    rue de l’école 76
    1080 Bruxelles
    Info & Resa. :
    02 414 29 07
    0486 70 32 15

    Ouverture des portes à 19h
    Avec restauration et exposition

    Soirée artistique à partir de 20h15 !
    avec ceux qui ont déjà répondu à l’appel :
    . Mohamed Mesbahi
    . Luisa Gherdaoui
    . Anouar Taoutaou
    . Loubna Kaya
    . Bx Stand Up

    Soirée animé par Issam Akel !!

    ——————
    – Récolte sera suivi et cheminé par Aide Sans Frontières –
    http://www.facebook.com/events/142787822531784/?ref=ts&fref=ts

Bachar Al Assad ignore le mécontentement populaire et tente de rassurer fidèles et alliés


Aurélien Pialou

Au cours de ce qui constitue l’événement médiatique du jour, le chef de l’Etat syrien Bachar al Assad s’est prononcé sur la manière dont il souhaitait conduire la Syrie pour lui permettre de surmonter la crise. Trois aspects de son dicours retiennent l’attention.

Nouveau discours, nouvelles promesses
(selon Ali Farzat)

Tout d’abord, la rhétorique. Dans le conflit en cours, il – le président… et ceux qui monopolisent avec lui les moyens de la violence qui s’exerce sur les masses – représente le peuple. Il ne fait que se défendre. Il est attaqué en raison de ses positions, ô combien courageuses, sur la Palestine, qui ne l’ont pas dissuadé, rappelons-le, d’attaquer récemment le camp de Yarmuk et de massacrer les Palestiniens qui y résident. Bref, le diptyque, « je suis la nation » et « la nation syrienne représente le monde arabe légitime », reste plus que jamais d’actualité dans la pensée présidentielle.

Ensuite, le programme. Il est clair. Un pardon circonstancié en fonction de critères obscurs, un dialogue national et un nouveau gouvernement. Précisons bien les termes. Le nouveau gouvernement demeurera sous la conduite du chef de l’Etat. Le dialogue national sera conduit et le pardon prononcé par les services compétents, les moukhabarat.

Enfin, le décorum. Des foules fanatisées qui ne crient pas pour défendre la Syrie, mais pour clamer leur amour de Bachar al Assad. Elles considèrent, mais sous une autre forme qu’en avril 2011, que leur « leader maximo » dispose de toutes les qualités requises pour accéder au titre et à la fonction de « président de l’univers ». Dans les rituels staliniens, il est indispensable de disposer d’une foule galvanisée, prête à s’enflammer quel que soit le discours. On est ici face au même cas de figure. En cela, il faut saluer la constance du président. Son discours d’avril 2011 et celui de janvier 2013 exploitent les mêmes arguments, les mêmes logiques, les mêmes visions, les mêmes méthodes. Le message est clair !

« Ophtalmo, guéris-toi toi-même »
(par Ali Farzat)

Pendant ce temps, la réalité devient chaque jour plus dramatique pour les Syriens, trop souvent occultée par la succession des événements. Elle offre deux faces, radicalement antagonistes.

D’un côté, le message du président et de son régime. Il s’écrit en lettre de sang. Le nombre de morts, objet d’un débat indécent depuis quelque jours, est brutalement passé de 47 à 60 000 morts durant la semaine écoulée. Ce « rattrapage » révèle la difficulté de ceux qui assitent au drame en simples spectateurs à percevoir l’ampleur du carnage. Alors qu’à l’intérieur, tout le monde s’entend pour parler de plus de 100.000 morts, voire peut-être 150.000, reconnaître une telle réalité reviendrait, pour les instances internationales, à reconnaître la faillite de leur approche. Que dire alors d’autres réalités de cette politique défendue et martelée par le président en personne ?  Que dire du million de Syriens et Syriennes torturés, dont quelques uns ne sont sortis des geôles du régime que pour décéder dans les jours suivants, et dont les autres ne se remettront sans doute jamais de cette épreuve, durablement brisés dans leur chair et leur être ? Que dire des quatre millions de Syriens jetés sur les routes par la destruction de leur demeure, grâce au zèle d’une armée qui brûle le pays pour sauver un seul homme, son « dieu », Bachar al Assad ? Faudra-t-il être en mesure de dénombrer les yeux arrachés dans les geôles syriennes par les sbires assadiens, pour comprendre notre aveuglement ? Le message est pourtant clair !

De l’autre côté, le manque de recul dissimule quelques traits qui ne manquent pourtant pas de force. Bien qu’affecté et meurtri, le peuple syrien reste uni dans l’épreuve. Il n’est pas une famille qui ne compte pas de martyrs, morts pour que vive un président dont l’unique souci est de se maintenir. Mais ces mêmes familles, dans leur majorité, participent à l’entraide quotidienne. Dans le chaos syrien, déclenché, maintenu et accru par la seule volonté d’un chef à mille lieues de la réalité, les Syriens font preuve d’un courage sans nom pour s’aider les uns les autres. Aujourd’hui, le lien social qui fait que la Syrie demeure un pays – et qu’elle le demeurera – tient à la solidarité quotidienne entre ses habitants, qui pour loger un proche déplacé, qui pour fournir une couverture, qui pour conduire un blessé vers un espace de soin, qui pour le soigner, qui pour fournir un panier de nourriture… Et ce sont ces Syriens anonymes, grâce à qui la Syrie reste unie après deux ans bientôt de massacres et de tortures, qui sont qualifiés, par la loi de juillet 2012, de « terroristes » !

« Même pas peur… »
(selon Ali farzat)

La Syrie d’aujourd’hui, c’est la rencontre de deux forces. L’une est celle du peuple. L’autre celle d’une mécanique dévastatrice. La première, incarnée dans l’Armée Syrienne Libre, a libéré depuis le mois d’août dernier la majorité des espaces ruraux du pays. Elle a assuré la maitrise des axes dans le Nord du pays. Elle a récupéré de nombreux quartiers dans les villes. De manière évidente, tout espace qui bascule se libère, et aucune force, quelle que soit sa puissance de feu, ne permet de le récupérer. Sur le terrain, le message est donc clair.

Et pourtant, malgré la limpidité de ce message, que fait la communauté internationale ? Successivement, à différents niveaux, elle a envoyé des observateurs qui ont vu le peuple syrien se faire massacrer. Puis elle s’est décidée à deléguer des médiateurs, sans mandat précis et sans capacité de contrainte. On en voit le résultat dans les pérégrinations touristiques de Lakhdar Brahimi, qui, affolé par la dégradation de la situation humanitaire sur le terrain, répète qu’il « faut trouver une solution ». Mais cette même communauté internationale reste paralysée, imputant tour à tour son immobilisme à la complexité de la situation, à l’absence de structuration de l’opposition, aux désaccords prévalant entre les puissances, et au blocage par la Russie et la Chine de tout processus politique. Leur inaction ne dissuade pas ces mêmes pays de poclamer leur « soutien ».

Les Syriens n’attendent que deux choses de notre part. Ils ne veulent ni de corps expéditionaire, ni d’opération militaire. Ils ont démontré, depuis deux ans, leur courage et leur capacité au combat. En revanche, ils attendent toujours les moyens qui leur permettront d’acquérir les armes qui leur font défaut pour contrer la folie destructrice d’un régime aux abois. Et ils demandent que nous cessions de parler, que nous agissions, que nos gouvernements donnent effectivement les sommes qu’ils promettent dans leurs discours, et qu’on les laisse enfin se procurer ce dont ils ont besoin pour assurer leur survie…

Au nom de quoi ces demandes seraient-elles illégitimes? Quel peuple, dans son histoire, n’a pas affronté de temps compliqués ? Si George Washington avait été abandonné sans arme et si un « dialogue » lui avait été imposé, les Etats-Unis auraient-ils aujourd’hui le privilège de vivre libre? Si les Alliés n’avaient pas consenti à fournir les matériels nécessaires pour contrer les forces de l’Axe, l’Europe serait-elle aujourd’hui une terre d’espoir et de droits pour ses citoyens?

A certains moments, il faut que les messages soient clairs!

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Des vidéos jugées trop choquantes par Youtube


Mis à jour à 21h20 2 Commentaires

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme a dénoncé la fermeture de son compte par Youtube à deux reprises, en deux mois. Le site de partage de vidéos parle d’images trop choquantes qui violent sa charte.

Image extraite d'une vidéo amateur tournée à l'est de Damas, le 2 janvier dernier.

Image extraite d’une vidéo amateur tournée à l’est de Damas, le 2 janvier dernier.
Image: Keystone

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) affirme que Youtube a fermé à deux reprises en deux mois son compte. Celui-ci lui sert à mettre en ligne des vidéos montrant des exactions en Syrie.

Youtube estime que les vidéos diffusées par l’OSDH violent sa charte car elles sont « choquantes et peuvent offenser », rapporte l’organisation, déplorant que Youtube n’ait « pas conscience de la valeur de ces vidéos pour témoigner » des atrocités commises en Syrie, en proie depuis 21 mois à un conflit meurtrier.

L’Observatoire accuse des partisans du régime de signaler comme inappropriés, sur Youtube comme sur d’autres réseaux sociaux, les comptes et les pages créées pour dénoncer les exactions commises par les troupes syriennes.

L’OSDH, qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins à travers la Syrie, affirme en outre signaler systématiquement les vidéos les plus violentes en y ajoutant « plus de 18 ans » ou « plus de 21 ans ».

Insoutenables

Alors que l’ONU a récemment dénoncé une « prolifération des crimes de guerre », les vidéos montrant les exactions en Syrie sont de plus en plus insoutenables.

Récemment, l’OSDH a mis en ligne un film montrant des hommes en treillis, des soldats du régime selon l’ONG, lacérant de coups de couteau deux prisonniers, avant de les assommer avec des blocs de béton.

Une autre vidéo, récupérée selon l’OSDH sur un téléphone portable trouvé sur un soldat tué durant des combats à Hama (centre), montre des hommes vêtus de tenues militaires torturant un homme, écorché et émasculé vivant.

L’OSDH recense les victimes du conflit depuis le début en mars 2011 des premières manifestations lancées dans le sillage du Printemps arabe.

Cette ONG basée en Grande-Bretagne s’est imposée comme une source majeure dans la couverture du conflit en Syrie, où les autorités restreignent drastiquement l’accès des médias internationaux. (afp/Newsnet)

Créé: 06.01.2013, 21h20

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Chirurgien à Alep : « On devient complétement inutiles »


Témoignage 05/01/2013 à 10h45

Issam, chirurgien syrien qui a opéré des mois sous les bombes, a fui le chaos après avoir été arrêté et torturé. Il témoigne, pour la deuxième fois sur Rue89.


Un médecin dans un hôpital à Alep, le 10 août 2012 (PHIL MOORE/AFP)

Pour avoir embrassé la révolution, la population d’Alep reçoit une punition collective de la part du régime. Les coupures d’eau et d’électricité en font partie.

En août, Rue89 avait reccueilli le témoignage d’Issam (prénom modifié), chirurgien d’Alep, ville du nord de la Syrie bombardée par le régime. Après plusieurs mois passés à opérer les victimes du conflit et au terme desquels il a été arrêté, Issam a fui son pays en novembre. De retour en France, il témoigne de nouveau.

C’est cette fois sur les conditions sanitaires, le chaos jusque dans les prisons et l’exacerbation des tensions communautaires qu’il a décidé de parler. Marie Kostrz

A l’hôpital, on s’est retrouvé en train d’opérer sur des batteries puis, lorsqu’elles étaient déchargées, à prendre trois ou quatre téléphones portables munis de torches et à se mettre à gonfler l’air à la main pour oxygéner le patient. On arrêtait d’opérer jusqu’à ce que l’électricité revienne.

Mes collègues mènent donc à présent une politique de sélection des cas. Ils ne soignent plus qu’une personne sur trois. Ils choisissent les malades qui ont le plus de chance de survivre. Ces gens-là sont opérés. Les autres non.

Ils disent à leur famille de les amener dans un autre hôpital. Les plus chanceux, ceux qui ont de l’argent, trouvent encore un hôpital privé devenu très cher ou sont emmenés en Turquie.

Hôpitaux bombardés, transformés en camps

Aujourd’hui, ce n’est même plus possible de soigner les gens en Syrie. Je suis médecin et je me sens impuissant. On devient complètement inutiles.

Après plusieurs mois à Alep, j’ai donc décidé de rentrer en France où j’ai étudié.

En Syrie, je travaillais dans sept hôpitaux différents : le Centre hospitalier universitaire (CHU) d’Alep et six autres établissements privés.

Aujourd’hui, seul l’un d’eux fonctionne encore.

Les autres ont été bombardés ou transformés en camps militaires par le régime. Ils accueillent aussi des réfugiés qui n’ont plus de maisons.

Mes collègues ont reçu des cas de peste

Les coupures d’eau sont elles aussi un désastre. Avec les poubelles qui ne sont plus ramassées et la pluie, cela fait un mélange horrible, idéal pour les épidémies.

Mes collègues médecins internes ont reçu pas mal de cas de peste. Tout le monde s’est donc mis à prendre de la pénicilline qui est encore disponible et l’épidémie a été vite endiguée.

Certains quartiers de la ville n’ont pas vu l’eau depuis quinze jours. Même les zones dites pro-régime ont des coupures de quatre ou cinq jours. Les habitants achètent des citernes d’eau entières. Deux mille litres coûtent environ 400 euros. C’est énorme et cela ne permet de tenir que quelques jours.

Une dispute avec un soldat : l’arrestation

Finalement, j’ai été arrêté. On m’a amené aux « moukhabarats » de l’armée de l’air, réputée comme la pire branche des services de renseignement. En Syrie on appelle ça « derrière le soleil » car bien souvent on n’en revient jamais.

Tout à commencé avec un jeune homme amené au CHU d’Alep avec des plaies partout. Un interne est venu me voir pour m’annoncer que ce patient avait été tellement torturé par le soldat censé le surveiller qu’une de ses blessures s’était transformée en fracture ouverte.

Les deux bouts de l’os lui avaient déchiré les muscles et la peau. Sachant que le jeune homme risquait une inflammation de l’os et des muscles voire une amputation, je n’ai pas tenu. Je me suis disputé avec le soldat. On encaisse beaucoup, on voit beaucoup de patients torturés, mais forcément on craque un jour.

Sur le coup il n’a rien dit, mais le lendemain on est venu me chercher à 6 heures du matin chez moi. J’ai été menotté, on m’a mis un sac noir sur la tête, on m’a insulté. Je n’ai pas été trop frappé car je suis mi-sunnite, mi-alaouite et cette moitié alaouite ne mettait pas mes bourreaux très à l’aise [Bachar el-Assad, président syrien, est alaouite, ndlr]. Puis j’ai été détenu.

La torture de la « chaise allemande »

Au départ, il y a une « procédure d’accueil ». Pendant une semaine environ, parfois plus, des personnes de la sécurité torturent, pratiquent leur sadisme jusqu’à ce que les officiers se rendent compte qu’une personne est emprisonnée et commencent une investigation sur elle.

On m’a donc mis sur la « chaise allemande ». C’est un énorme siège métallique dont le dos est en demi-cercle. On m’a attaché par les mains, qu’on tire vers l’arrière et le bas. Il y a donc une hyperextension de la colonne vertébrale. J’ai eu très mal.

J’en rajoutais, je criais qu’ils allaient le regretter, qu’un de mes parents était alaouite. J’essayais d’imiter l’accent de cette communauté, leur favori. Au bout de deux jours, quelqu’un s’est dit que j’avais peut-être raison. A la surprise de tout le monde dans la cellule où j’étais enfermé, j’ai été amené chez les enquêteurs.

Là, un des officiers m’a demandé pourquoi j’avais été arrêté. En fait, c’est le chaos total ! Il n’y a pas de chef d’accusation, rien de concret. Juste des détenus sur qui on a collé l’étiquette de terroriste ou de révolutionnaire. Les officiers ont même eu du mal à trouver mon nom sur les listes des prisonniers !

Invité dans le bureau des officiers

J’ai eu beaucoup de chance. Un enquêteur est passé par hasard dans le bureau. J’étais en bretelles et en culotte, ce qui ne donne pas l’image d’un chirurgien en chef, mais mon visage lui disait quelque chose. Quand il m’a reconnu, il a dit :

« Ah mais c’est vous docteur, vous m’avez soigné à l’hôpital ! Je vous reconnais !

– Ben oui c’est moi. »

Les chirurgiens sont souvent réquisitionnés pour soigner des membres du régime blessés contre l’ASL [Armée syrienne libre, ndlr]. J’avais en effet soigné ce responsable auparavant.

Il a dit aux autres de me libérer, que j’étais l’un des leurs. J’étais le prisonnier torturé, accusé de trahison suprême, de révolution. Cinq minutes plus tard, j’étais transformé en quelqu’un de loyal, de patriotique, de parfait.

Je me suis retrouvé en bretelles à boire du maté avec les officiers. C’est hallucinant, personne ne réfléchit !

Issam parle de sa libération.

Pour se déplacer, prendre un taxi chrétien

Etre neutre dans une telle situation est impossible. J’ai choisi mon camp dès le départ, je suis avec le sang innocent. Le péché original est de Bachar el-Assad.

En plus de soigner les victimes des bombardements et les responsables de l’armée, je me rendais donc en secret dans des hôpitaux de campagne situés dans des zones contrôlées par l’ASL.

Je n’avais pas de voiture car avec le chaos qui s’est installé, beaucoup de bandes kidnappent et demandent des rançons. Je ne me déplaçais qu’en taxi. Lorsque, pour me rendre sur place, je devais traverser une zone contrôlée par le régime, les combattants de l’ASL, dont une partie est alaouite et chrétienne, m’envoyaient des chauffeurs de ces communautés pour ne pas que j’aie de problèmes aux check-points.

Seules les apparences comptent : il faut une croix chrétienne sur le miroir du chauffeur. Ou que celui-ci s’appelle Tony ou Dany [prénoms très répandus parmi les chrétiens syriens, ndlr], qu’il parle très finement. Ou sinon qu’il ait un fort accent alaouite. Puis quand on entrait dans une zone de l’ASL, on changeait de voiture.

« On va se venger, les alaouites paieront »

Le régime a diabolisé la révolution en lui donnant un parfum sectaire détestable. Il a attaqué les mosquées, les églises. Maintenant il est clair qu’il y a de plus en plus de ressentiment entre les diverses communautés.

Moi-même qui ai soigné beaucoup de révolutionnaires de l’Armée libre, je n’ai pas de garantie, si je reviens demain à Alep, de ne pas être attaqué parce que je suis à moitié alaouite.

A partir du moment où la crise s’éternise et que personne ne fait rien pour l’endiguer, les gens commencent à se venger eux-mêmes. Les paroles sont claires, certains de mes propres amis le disent :

« On va se venger, les alaouites vont payer. Ils se croient en sécurité à Lattaquié et à Tartous [région côtière majoritairement alaouite, ndlr] mais ils ne le seront plus après la chute du régime. »

Il y aura des mois sanglants

Ça me fait mal au cœur mais en même temps je ne peux pas leur en vouloir. Je peux concevoir que Bachar el-Assad est fou et qu’il fasse tout pour rester au pouvoir. Mais pourquoi certains alaouites se battent pour lui, pour un seul homme ?

Après le renversement du régime, il y aura un ou deux mois très sanglants, de règlements de comptes. En particulier dans les zones de contacts alaouites-sunnites, dans la campagne de Alep, Homs, Hama. Là où ont eu lieu les massacres de Houla et Tremse. Car sur place tout le monde connaît l’identité des bourreaux.

Syrie : nouvel attentat meurtrier à Damas


Le Point.fr – Publié le 04/01/2013 à 06:59 – Modifié le 04/01/2013 à 08:52

Un attentat dans la nuit de jeudi à vendredi a fait neuf morts, au lendemain du bilan annoncé par l’ONU de 60 000 morts en 21 mois de conflit.

Des enfants figurent parmi les victimes de cet attentat à la voiture piégée (photo d'illustration).Des enfants figurent parmi les victimes de cet attentat à la voiture piégée (photo d’illustration). © STR / AFP

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins neuf morts à Damas dans la nuit de jeudi à vendredi, au lendemain de l’annonce par l’ONU d’un bilan de plus de 60 000 morts en 21 mois de conflit. Des enfants figurent parmi les victimes de cette explosion survenue dans un quartier du nord de Damas, où vit une importante communauté alaouite, la minorité religieuse du président Bachar el-Assad, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Sur le plan diplomatique, alors qu’aucune solution politique n’a été trouvée du fait des divisions de la communauté internationale, l’ambassadeur pakistanais à l’ONU a évoqué la possibilité d’une nouvelle rencontre « la semaine prochaine » entre l’émissaire Lakhdar Brahimi et des responsables américains et russes. L’ONU avait annoncé mercredi un bilan de 60 000 morts dans le conflit, mais pour Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), ce chiffre pourrait « ne pas faire de différence au niveau diplomatique ».

Des chiffres « statistiques »

« Toutes les grandes puissances ont leurs propres objectifs et elles semblent avoir décidé que les risques d’une intervention l’emportaient sur les avantages », estime-t-il. De plus, souligne cet expert, « le monde est désormais comme anesthésié, insensible face à ces chiffres, cela devient une statistique, chaque jour, 150 ou 200 morts de plus ». De fait, 160 personnes, dont 72 civils, ont péri jeudi à travers la Syrie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins.

La Syrie a basculé dans la guerre civile après que la révolte populaire lancée en mars 2011 et violemment réprimée par le régime s’est militarisée. Les combats opposent désormais les soldats à des déserteurs aidés par des civils ayant pris les armes, mais aussi des jihadistes venus de l’étranger.

100 000 morts, selon l’OSDH

L’OSDH a identifié plus de 46 000 morts en 21 mois, mais ne recense ni les milliers de personnes disparues ou en détention ni la plupart des morts parmi les « chabbihas », les miliciens du régime de Bachar el-Assad, et les combattants étrangers. De plus « les rebelles et l’armée ne révèlent pas le nombre de morts dans leurs rangs pour ne pas porter un coup au moral des troupes », a expliqué son directeur Rami Abdel Rahmane, qui estime qu’au total, le bilan pourrait dépasser les 100 000.

Alors que l’effusion de sang se poursuit en Syrie, le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, fervent soutien de Damas, a averti que le pays était menacé de partition et a appelé une nouvelle fois à un « règlement politique », estimant que « si la solution militaire perdure, la guerre sera longue ». Sur le terrain, où de nouveaux raids aériens ont fait jeudi des victimes à travers le pays, selon l’OSDH, les rebelles intensifiaient leurs attaques contre l’armée de l’air et ses redoutables appareils.

Pour tenter de mettre un terme à leurs raids dans le Nord-Ouest, tenu en grande partie au sol par les rebelles, mais toujours à la merci de l’aviation, des centaines de combattants du Front djihadiste Al-Nosra et d’autres brigades islamistes attaquaient l’armée autour de l’aéroport militaire de Taftanaz, où ils avaient pénétré la veille avant d’être refoulés, selon l’ONG. Deux combattants libyens et un palestinien ont été tués lors de combats aux abords de Wadi Deif, une autre base militaire de la région, selon l’OSDH.

En outre, les insurgés ont lancé avant l’aube des offensives contre une base chargée de la protection de l’aéroport international d’Alep, fermé pour la première fois depuis mars 2011, selon l’OSDH.

source

MSF : « Soigner en Syrie est devenu un acte de guerre »


Le Monde.fr | 28.12.2012 à 20h30 Propos recueillis par Hélène Sallon

A la mi-août, MSF a accueilli plus de 300 patients et pratiqué 150 interventions chirurgicales dans l'hôpital situé dans le nord de la Syrie.

Médecins sans frontières-France (MSF) a ouvert en juin un hôpital dans la région d’Idlib, une région du nord de la Syrie sous contrôle des rebelles. Situé à l’arrière des lignes de front, cet hôpital dispose de quinze lits et d’un personnel composé d’une cinquantaine de personnes, dont une dizaine d’internationaux. Conçu au début pour la chirurgie de guerre, avec l’éloignement du front, l’action du personnel médical a été réorientée vers les urgences médicales et chirurgicales. Les sections belge et espagnole de MSF géraient quant à elles deux autres hôpitaux dans le pays. La structure belge a été fermée du fait du danger.
Fabrice Weissman, conseiller à la direction des opérations de MSF, de retour de mission en Syrie début décembre, a été frappé par l’importance des besoins et l’absence de réponse internationale.

Dans quelles conditions le personnel médical de MSF exerce-t-il dans la région d’Idlib ?

Dès que l’on traverse la frontière, on s’expose au risque de bombardements de l’aviation du régime syrien, même derrière les lignes de combat. Notamment en ce qui concerne les hôpitaux, qui sont devenus une cible privilégiée du régime. Les hôpitaux publics sont ainsi désertés et ceux qui font de la chirurgie tendent à se cacher dans des maisons individuelles, des locaux publics abandonnés ou s’enterrent sous le sol. Lorsqu’ils sont repérés, les médecins changent d’endroit.

Cela rend complexe l’organisation des soins. Une partie du personnel médical syrien s’est exilée. Des dentistes et pharmaciens s’improvisent urgentistes. Ils s’améliorent mais ils sont rarement formés à la chirurgie de guerre, qui a ses complications spécifiques comme les infections osseuses notamment, et au triage des victimes en cas d’incident grave. Mais ils se débrouillent bien, compte tenu des conditions et des ruptures d’approvisionnement qui se font de plus en plus nombreuses, notamment pour les produits anesthésiques. Des médecins syriens de la diaspora viennent aider aussi.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce conflit est la transformation de la médecine en champ de bataille ; le fait que le gouvernement ait engagé une lutte contre les personnels et services de santé et fait de la privation de soins une arme. L’acte médical est devenu un acte de guerre et les services de santé deviennent une arme de résistance.

L’intervention humanitaire d’organismes internationaux comme le vôtre est-elle significative en Syrie ?

On ne voit pas en Syrie les acteurs traditionnels de l’aide en temps de guerre comme les agents des Nations unies et les grandes organisations humanitaires. En ce qui concerne les Nations unies, la raison est que le gouvernement légitime reste le régime de Damas, donc l’ONU n’a pas l’accord des autorités pour intervenir dans les zones contrôlées par les rebelles. Il existe pourtant des précédents dans le monde, comme au Sud-Soudan dans les années quatre-vingt, où les Nations unies sont intervenues dans des régions échappant au contrôle du régime en place sur résolution du Conseil de sécurité ou à la suite de négociations directes avec les parties.

En ce qui concerne les autres organisations, peu de fonds sont alloués à celles qui veulent travailler en zones rebelles. C’est un paradoxe car l’Union européenne et les Etats-Unis appuient l’opposition mais n’apportent que peu d’aide matérielle et logistique aux organisations humanitaires. L’essentiel de l’aide internationale se déploie ainsi dans les zones gouvernementales, avec les programmes notamment du Programme alimentaire mondial, de l’Unicef… qui travaillent depuis Damas. Les besoins en zone rebelle ne sont pas couverts.

Il existe tout de même un réseau d’entraide organisé par les Syriens sur place et dans la diaspora avec l’aide des pays voisins et des pays du Golfe, mais cette aide est insuffisante. Une aide internationale traditionnelle serait plus que bienvenue pour soutenir les efforts de ce réseau local. Il faudrait pour cela un peu de courage diplomatique des représentants des agences de l’ONU et des Etats qui les soutiennent pour cela, que ce soit l’Union européenne, les Etats-Unis mais aussi la Russie, la Chine

Quelles sont les besoins que vous avez pu observer sur place ?

En ce qui concerne l’aide médicale, les besoins sont nombreux pour les maladies chroniques, qui sont la principale cause de mortalité (diabète, insuffisance rénale, hypertension, problèmes cardiaques notamment…). Il existe une déstructuration très forte de l’offre de soin et une pénurie de médicaments, notamment dans certains domaines, car 90 % de l’offre était jadis produite en Syrie. Les maladies respiratoires, mortelles, sont également une source d’inquiétude. Au quotidien, les enfants et les personnes âgées sont bien entendu les plus vulnérables. Il y a une surmortalité des plus faibles et des souffrances qui peuvent être évitées.

Sur les six derniers mois, il y a eu une augmentation importante du nombre de blessés du fait de la croissance exponentielle des combats et du nombre de morts (25 000 morts depuis juin seul). On observe en parallèle une évolution du type de blessures, avec de plus en plus de blessés par éclats de munitions. Pour 70 % d’entre eux, ce sont des civils victimes de bombardements qui présentent des blessures délabrantes, du fait du recours à un armement lourd. Certaines blessures nécessitent une chirurgie réparatrice lourde qui implique une hospitalisation à l’étranger, comme en Turquie où 700 lits sont réservés pour l’hospitalisation des patients syriens. En revanche, nous n’avons pas, nous, observé de pathologies liées à l’utilisation de gaz nocifs.

Les besoins sont importants au-delà des considérations médicales. La vie au quotidien est devenue très difficile. Il y a une crise du logement due aux déplacements internes de populations, évalués à deux millions de personnes par le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA). La plupart vivent chez des parents résidant hors des zones de conflit ou dans des camps de tentes situés notamment à la frontière avec la Turquie. Et cela, dans des conditions très précaires, alors même que l’hiver s’installe, qu’il gèle la nuit. Il existe également une crise de l’énergie. Le diesel et le pétrole étaient subventionnés avant la guerre et désormais plus aucune subvention n’est accordée dans les zones rebelles. Les prix ont été multipliés par vingt ou trente, de même que dans les transports et pour les denrées alimentaires. Il y a notamment une pénurie de farine qui fait que le pain commence à manquer. Il faudrait des programmes d’aide alimentaire que seul le Programme alimentaire mondial est en mesure de mener.

Propos recueillis par Hélène Sallon

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